Six ans avant Ford et son célèbre film à l'atmosphère noire tourné pour la RKO, le cinéaste Allemand tournait une première version du roman de Liam O'Flaherty à Londres, pour le compte de British International Pictures. A la vue de ce dernier, on est totalement surpris de la façon dont l'histoire a choisi l'un (Le film de Ford) au détriment de l'autre (Celui de Robison), tant l'avantage de ce film, qui porte la marque de cette période durant laquelle le cinéma hésitait entre muet parlant, est flagrant. Peut-être, que l'importance du metteur en scène a été la seule raison. Peut-être parce que le film Anglais est surtout connu pour sa version partiellement parlante, aussi: dans un film Anglais, sensé se situer à Dublin, quand tous les personnages ou presque parlent avec un accent Oxfordien, la vraisemblance a du plomb dans l'aile! Mais le fait qu'il ait fallu doubler Lars Hanson (Gypo Nolan) et Lya de Putti (Katie Fox) a probablement joué un rôle... Mais quand on voit la version muette, largement supérieure, il n'y a plus de doute possible.
A Dublin, en 1922, les révolutionnaires (Opposés donc à l'établissement d'un gouvernement qui serait indépendant mais toujours affilié à l'empire Britannique) envisagent de mettre un terme à la lutte armée, pour entrer plus sereinement en politique... Mais ils ne sont pas aidés: durant leur réunion, les forces soutenant le gouvernement les attaquent. Durant la confusion qui s'ensuit, le chef de la police locale est tué par le révolutionnaire Francis McPhilipp. Il doit se cacher... Gypo Nolan, son meilleur ami, est amoureux depuis toujours de Katie, la petite amie de McPhilipp, et il va profiter de son absence pour la conquérir. Quand l'homme recherché revient en ville une dernière fois pour voir sa mère, il passe chez Katie, et Gypo les voit s'embrasser. Ce qui est à l'origine un geste d'adieu est mal pris par Nolan, qui prend une décision impulsive: il va donner son copain au poste de police...
Tout le reste découlera de ce geste fou: Gypo n'a pas d'autre motivation que la vengeance, et d'ailleurs il est très étonné quand on lui tend de l'argent, qu'il tente de refuser. Cette somme dérisoire devient d'ailleurs un symbole: celui de sa trahison autant que de sa confusion...Lars Hanson est formidable en homme impulsif, blessé par des gestes qu'il n'a pas compris, lui qui dès le début est dans l'ombre de McPhilipp à tenter d'attirer l'attention de Katie par tous les moyens. Mais une fois devenu l'amant de Katie, le comportement de celle-ci est très clair: elle l'aime vraiment, le lien entre eux n'st pas fait que de pitié. Et Gypo s'ouvre à la femme qu'il aime en lui disant directement qu'il a dénoncé son copain, et il n'y aura pas le moindre doute dans l'esprit de la jeune femme: il faut l'aider!
A cette vision d'un amour total, mais compliqué, le film ajoute une grande part de poésie urbaine qui bénéficie d'une superbe direction des foules et des figurants; la scène de la décision de Gypo, qui le voit fendre la foule en pleine rue pour se rendre au poste de police, est à cet égard splendide... Et Robison, qui comme de juste a tourné tout le film dans l'illusion d'une atmosphère nocturne, se délecte d'un jeu d'atmosphères, d'ombres de fumées et de lumières, qui restent fascinantes... Bien plus que son exercice de style expressionniste, le fortement médiocre Schatten de 1923.
La version parlante du film ne l'est que partiellement, et suivant la mode de l'époque, on n'y parle que dans le dernier tiers. L'examen des deux versions est sans appel... La comparaison avec le Ford aussi: Celui qui prétendait parfois s'appeler Sean Aloysius O'Fearna (Mais s'appelait en réalité Sen Feeney, ce qui aurait été bien suffisant...) était surtout motivé par l'ambiance et l'enfilade de clichés: catholicisme, parcours christique, absorption massive de Guiness, etc. On a souvent l'impression que le Gypo de Ford vend son copain parce qu'il n'a plus de quoi se payer à boire. Grandeur et décadence...
Sans aller jusqu'à partager le cri du coeur de Louis Delluc, qui a vu le film à sa sortie Française et ne pouvait le juger qu'à l'aulne de ce qui existait déjà, ce film de Sjöström est, comme on dit, un sacré morceau! Une histoire d'amour hallucinée et jusqu'au-boutiste, dans laquelle le cinéaste nous livre une fois de plus sa vision de la vie, de la noirceur de l'existence, et du destin de l'homme, dans une fuite en avant magnifique... et d'un pessimisme radical. Et l'homme doit forcément entrer en conflit avec la société, c'est-à-dire avec lui-même, et se battre contre un ennemi encore plus implacable: la nature...
Dans une ferme, en Islande, un nouvel arrivant provoque les passions: la fermière, une veuve encore jeune et convoitée par tous les partis importants de ka région, est fascinée par celui dont on ignore tout, et le beau frère de la dame quant à lui, ne va pas tarder à découvrir qu'il a un passé sulfureux. Kari (Sjöström) s'appelle en réalité Egvind, et il est un voleur qui a fait de la prison. Mais Halla (Edith Erastoff), en l'apprenant, lui avoue quand même son amour pour lui. Et quand on vient le chercher, elle décide fuir avec lui vers la montagne, ou ils pourront vivre, sinon heureux, du moins ensemble.
Et bien sur, le film ne s'arrête pas là. D'une certaine manière il commence même vraiment tant la deuxième partie, entièrement située en montagne dans des décors naturels magnifiques et menaçants, est le coeur même de l'oeuvre. C'est là le choix qu'ont fait les deux amants, qui auront un enfant, et n'auront de cesse que de fuir les autres: la venue d'un ancien ami, par exemple, ou un parti de fermiers qui les cherchent, vont précipiter les deux héros toujours plus loin, et vont même indirectement provoquer un infanticide: préférant le tuer plutôt que de laisser son enfant à sa propre famille, Halla le précipite dans le vide... Et la venue de l'ami, qui au début apporte un peu de changement, va avoir un effet désastreux quand le nouveau venu apercevra Halla qui se lave dans une source. Il ne s'en remettra pas... Je ne peux m'empêcher de penser que si, dans The scarlet letter, Hester et Dimmesdale avaient pu s'enfuir, dans l'esprit de Sjöström, ils n'auraient pas connu un autre destin que celui-ci.
Louis Delluc non plus, qui voyait en ce film, jusqu'à la fin de sa vie, le meilleur film du monde! Je ne suis, bien sur, pas de cet avis. Mais la hauteur de vues, le fait que Sjöström ait osé aller tourner ce film dans des conditions incroyables, et la noirceur de l'ensemble, forcent l'admiration pour le savoir faire du metteur en scène, un homme entièrement dédié à un art qui n'avait pas 25 ans d'existence.
Chaplin considérait ce film comme le plus grand jamais réalisé... ingmar Bergman disait à qui voulait l'entendre, à quelques semaines de sa mort en 2007, qu'il avait du voir Körkarlen plus de cent fois... Certes il avait travaillé sur un film de fiction qui en retraçait les coulisses du tournage, mais quand même! Et à côté de ces impressionnantes louanges, on a malgré tout une histoire critique du film bien différente de ce u'on attendrait: en effet, il me semble que ce film a sa place aux côtés des monuments classiques incontournables du cinéma muet, que sont The gold rush, Metropolis, Sunrise ou Napoléon! C'est pourtant l'un des incontournables de l'oeuvre de ce géant qu'était Sjöström, le film qui lui a d'ailleurs valu une renommée internationale, et c'est aussi l'un des joyaux du cinéma Suédois, excusez du peu! ...Mais l'appréciation du film, après l'admiration de 1921-1922, a évolué jusqu'à un point, à la fin des années 20, lorsque tout le monde ou presque semblait considérer que "le film a bien vieilli". En cause, en tout premier lieu: les effets spéciaux.
Car l'un des attraits principaux pour le public de 1921, et c'était souvent noté par la presse, c'est l'utilisation savante et abondante, dans cette histoire qui dresse des passerelles entre le monde des morts et celui des vivants, de surimpressions pour montrer le passage de la charrette du passeur des morts. Et si tout le monde s'extasie en 1921, certains commentateurs n'ont as attendu pour dénoncer un recours systématique au trucage, qui empêchait au film d'accéder à la noblesse! Parmi les plus critiques, il y avait Bardèche et Brasillach, ces deux collaborateurs, dont on se demande encore pourquoi leur histoire du cinéma, vue par le tout petit bout d'extrême droite de la lorgnette, faut encore autorité chez certains! Mais si en effet le film a souvent recours à ce trucage, il le fait parce qu'il était nécessaire à Sjöström de rendre immédiatement compréhensible par le public, donc VISIBLE, la différence entre le corps des mortels, et l'âme des défunts. La sur-impresson devient donc un raccourci saisissant, et qui fonctionne en plein. Autre grief (et on n'en attendait pas moins de deux historiens, l'un qui a été fusillé à la Libération, l'autre qui a fait partie des inspirateurs du Front National, parti français fasciste d'inspiration xénophobe), La charrette fantôme est accusé d'être dégoulinant de bons sentiments... Encore une fois, avant de dire n'importe quoi, considérons le film.
Selon Casper Tyjberg, spécialiste Danois du cinéma Scandinave, le film, bien que fidèle sur bien des points au roman qu'il adapte, Körkarlen de Selma Lagerlöf, la grande inspiratrice du cinéma Suédois (Gösta Berling, Le trésor d'Arne...), s'en différencie sur le fonds, en choisissant de changer la fin. On peut juger ce changement cosmétique, voire moraliste, il n'est ni l'un ni l'autre: sans être Chrétienne, Lagerlöf affirmait avec son récit la puissance du monde des âmes, et le soulignait par un final un peu trop exagéré. Mais à l'origine, la motivation pour écrire le roman était plus terrestre: Selma Lagelöf répondait à une sollicitation pour écrire sur la tuberculose, un sujet qui la touchait puisque sa soeur en état décédée. Le récit du film va donc montrer quelques différences, mais ce qui me frappe, c'est surtout l'audace de sa construction en flash-backs, la force des compositions de Sjöström, la direction d'acteurs, bref la puissance de la mise en scène, l'un des premiers films à se situer systématiquement en pleine nuit, ce qui se traduit par des scènes effectivement tournées en nocturne: pas de recours aux teintes pour figurer la nuit, ici, c'est du vrai! Le montage, de par les flash-backs et l'intrigue,est complexe, et jette des passerelles non seulement entre les époques mais aussi entre les lieux éloignés les uns des autres. Bref le montage suit la thématique complexe du film au lieu de rendre compte de sa réalité physique ou géographique.
Au jour de l'an, Soeur Edit, une jeune femme de l'Armée du salut, va mourir. Atteinte par la tuberculose, elle dit qu'elle ne peut pas mourir sans avoir vu David Holm, il faut aller le lui chercher... Ses amis et collègues temporisent, certains sont même choqués: à l'article de la mort, pensent-ils, la dernière personne que soeur Edit doit voir, c'est David Holm! Mais on va le chercher. Chez lui, on ne trouve que son épouse, dévastée. Elle vient voir la soeur agonisante, et il est clair qu'elle ne l'aime pas... Pourtant la soeur la prend dans ses bras et lui demande pardon. Pendant ce temps, David Holm est au cimetière, avec deux amis, et ils boivent. Et ils se racontent des histoires: c'est ici que se situe le premier flash-back: ils se rappellent leur camarade Georges, mort l'année précédente à la même date. Si ça se trouve, selon la légende, c'est lui, le dernier pécheur mort dans l'année, qui conduit la carriole de la mort... Mais les trois hommes se disputent, se battent, et... David, assommé par une bouteille, s'écroule, alors que retentissent les douze coups de minuit. Ses amis s'enfuient, et la carriole arrive pour emporter David: c'est bien Georges qui la conduit, et il va lui dire et lui montrer les conséquences de son passé, de ses décisions malheureuses: l'abandon de la quiétude familiale, l'alcoolisme, le vagabondage, les mensonges, les violences faites à sa femme et à se enfants... Et la tuberculose, et la rencontre étrange avec la jeune femme de l'Armée du salut, qui dès leur première rencontre l'a aimé, et sur laquelle il a surtout passé sa méchanceté...
De flash-back en flash-back, c'est d'une prise de conscience qu'il s'agit. Et c'est ce qui a été largement critiqué, notamment par la gauche Européenne, car le film passait pour moraliste... Si vous voulez mon avis, il l'est beaucoup moins que Easy street ou The Kid, de Chaplin, avec leur recours à des conventions chrétiennes passe-partout! Casper Tyjberg émet pour sa part l'hypothèse que la plupart des commentateurs qui fustigent l'attitude moralisatrice du film, n'ont vu qu'une version diffusée dans certains pays, dont la France, qui simplifiait le parcours de David Holm: en particulier, ils n'auraient pas vu certaines scènes troublantes dans lesquelles la fripouille interprété par Sjöström s'invitait à un rassemblement à l'armée du salut, dans lequel le metteur en scène se moquait quand même assez ouvertement de l'attitude des soeurs! Et le film est bien plus complexe, suivant après tout les pérégrinations d'un homme qui est certes devenu un monument de rancoeur, mais qui a ses raisons: initié par Georges à l'alcoolisme, il a fini en prison, alors que son frère était carrément devenu un fou criminel. Sorti et plein de bonnes résolutions, il avait constaté que sa famille, soit son épouse et ses filles qu'il aimait plus que tout, étaient parties. Ce sentiment d'abandon, pour Holm, était bien sur un prétexte pour ne pas prendre ses responsabilités, mais c'était aussi la dernière chose dont il avait besoin. Du coup, le Holm qu'on rencontre au début du film, atteint de tuberculose à force de fréquenter les lieux de perdition, s'est drapé dans une attitude nihiliste militante, qui le pousse en particulier à tout faire pour répandre son mal. Il le dit même lors du fameux meeting qui tourne mal: "Quand j'ai une quinte de toux, je me débrouille pour toucher quelqu'un"... C'est à ce type d'attitude que la jeune Soeur Edit sera confrontée lors de sa rencontre avec lui, mais ce qu'elle verra elle, c'est l'homme, pas ses péchés.
La mise en scène de leur première rencontre est d'ailleurs très claire: Holm est venu passer la nuit au refuge, et la jeune femme demande à Holm de lui confier sa veste, qu'elle veut réparer. Elle va passer la nuit à recoudre ce vieux chiffon infesté de bactéries, qui lui seront fatales! Le lendemain, elle attend, fébrilement, que l'homme se manifeste quand il aura vu l'acte de bonté qu'elle a prodigué (Une attitude un rien vaniteuse, du reste), en espérant qu'il y voie un peu plus qu'une simple manifestation de charité: on la voit même s'arranger devant son miroir en attendant qu'on l'appelle! Mais la seule réaction de David Holm sera de déchirer les coutures, en riant diaboliquement... Donc non seulement cette scène aura pour conséquence la mort de Soeur Edit, mais en plus elle est une indication du fait qu'au-delà de l'alcoolisme et de la violence, Holm s'est réfugié dans la cruauté à l'état pur. Et c'est à mettre au crédit de Sjöström, l'acteur, qu'on puisse continuer à regarder le film dont il est le héros, et à voir u'au-delà de l'attitude odieuse, il y a de la colère, et un immense désespoir. Car ce film qui ne juge pas complètement, mais illustre une descente aux enfers, est une exploration de la condition d'être humain... Comme tous les fils de Sjöström, qui nous montrent des êtres au bord de la marge, qui plongent dans des ennuis jusqu'au cou: Le jardinier, Ingeborg Holm, Les proscrits, He who Gets slapped, The scarlet letter, The wind... Un autre point commun, c'est une forte dose de sado-masochisme, qui est courante chez Sjöström, mais en particulier dans ce film et dans He who gets slapped (1924): Sjöström, qui avait une piètre opinion de lui-même, s'y représentait sous la forme d'un scientifique que personne ne prenait au sérieux, et transcendait cet état de fait en se faisant clown. Ici, David Holm rejeté, fait tout pour motiver ce rejet après coup, fait tout pour qu'il soit finalement justifié!
L'interprétation est exceptionnelle, toute en subtilité, ce qui pour Sjöström en particulier (Oui, c'est bien lui qui joue le rôle de David Holm) a du être particulièrement difficile compte tenu de ses responsabilités sur le tournage. Astrid Holm (Edit) et Hida Borgström (L'épouse) sont excellentes aussi, toutes en finesse et en retenue. Et Tore Svennberg, qui devait interpréter l'ami Georges, celui qui inspire la descente aux enfers au début, avant de devenir sombre parce qu'il sent que son destin va basculer, est excellent: la fin du parcours de son personnage le voit devenir ce cocher de la mort, un personnage accablé par le destin. Ces trois identités complémentaires, et leur évolution, sont parfaitement rendues. A ce sujet, l'inspiration de Lagerlöf n'était pas suédoise! Elle s'est en effet souvenue d'un conte Breton, qui racontait la légende du passeur des morts, l'Ankou, et en a donné une vision toute personnelle... D'inspiration païenne donc: car le film n'a pas ce qu'on lui a reproché, à savoir une morale religieuse définie. Il y a un soupçon de puritanisme dans le roman de Lagerlöf, qui fustigeait l'alcoolisme, et choisissait d'accomplir le destin de David Holm en le faisant rejoindre dans son amour la jeune soeur Edit, donc dans l'au-delà, trouvant une transcendance spirituelle à une vie de débauche! Pour l'alcoolisme, le film le fait plus passer en toile de fonds, montrant quand même la déchéance de David Holm comme un choix motivé par la colère et le désespoir, mais surtout l'accomplissement de son destin sera, au terme d'une nuit de cauchemar, terrestre: car il reviendra à son épouse et affrontera ses démons en s'offrant à vivre de nouveau avec elle. Mais pour ça, il; faut que Georges montre une à une les conséquences du parcours de David Holm, sur les autres: la mort d'Edit, la destitution de son épouse, et... sa volonté d'en finir, en emportant les enfants avec elle.
Aucun moyen à la fin du film de savoir si c'est un rêve ou pas. C'est le personnage de Georges qui va donner le signal de la repentance, et renvoie l'âme de David à son corps. Mais ce qu'il a "rêvé" existe, et par exemple le geste désespéré de son épouse va s'accomplir s'il ne rentre pas chez lui, donc si on nous le dit pas, on n'a pas d'autre moyen que d'y croire... Ce qui clôt une longue évocation onirique entre la vie et la mort, entre le bonheur et le péché, dégagée de préoccupations religieuses, mais qui illustre toute l'étendue du mal que les humains se font. une démonstration qui n'a rien de religieux en soi, mais qui pouvait être reprise par bien des chapelles... Ce qui a du en gêner beaucoup parmi les distributeurs de division. Et presque cent ans après, ce film a gardé son pouvoir fascinant, celui de son intrigue complexe, de son humanisme pessimiste, et de l'onirisme oecuménique de ses images.
Le succès de Behind the doora fait des petits: on prend les mêmes (Bosworth, Ince, Willat) et on recommence, et après "derrière la porte", on se rend "sous la surface", dans un drame encore une fois humain et maritime, qui mêle savamment le mélodramatique spectaculaire, et le tragique...
Cette fois, Hobart Bosworth est Martin Flint, un scaphandrier qui loue ses services sur la côte du Maine. Il est amené, avec son fils Luther (Lloyd Hughes), à participer au sauvetage de l'équipage d'un sous-marin échoué, dont les vingt hommes n'avaient a priori aucune chance... Grâce à Martin, ils survivent tous, et l'incident va faire la une des journaux nationaux. Deux aventuriers, James Arnold (George Webb) et sa maîtresse Vera Gordon (Grace Darmond), pensent donc avoir trouvé un moyen de récupérer un trésor dont ils savent qu'il a coulé au large des côtes de la nouvelle Angleterre... Mais quand Martin refuse de leur venir en aide, ayant compris que leurs intentions sont louches, Vera va approcher Luther en se faisant passer pour la soeur de James, et elle va jusqu'à se marier avec lui, afin qu'il accepte de les aider...
La construction est beaucoup plus simple que celle du film précédent, et ne repose en rien sur la guerre, qui ne fait plus autant recette qu'en 1919! L'objectif de Willat, qui a cette fois encore fait appel aux services de Luther Reed pour le script de son film, est de capter le public et de l'amener à une révélation: bien qu'on s'en doute pleinement, c'est donc surtout une révélation pour Hobart Bosworth: sa belle-fille est déjà mariée... On sait que tout Behind the doormenait, par des chemins détournés, à un plan qui, s'il ne se vautrait pas dans le grotesque sanguinolent, nous faisait au moins comprendre de façon sûre qu'un acte de torture ignoble avait eu lieu; ici, tout nous conduit vers une séquence dans laquelle un homme trompé qui refuse de croire à la duplicité de son épouse, est amené à découvrir dans une épave son cadavre dans les bras d'un autre...
Willat construit donc parfaitement son mélodrame, jouant à fond sur les clichés établis. Le film se laisse donc voir tranquillement, et est particulièrement soigné. Mais si le drame humain repose volontiers sur du sensationnel, on voit quand même que l'effet coup de poing du film précédent n'est pas au rendez-vous... Il faut, sans doute, savoir rester raisonnable! Et la façon dont le film génère instantanément du suspense, dès le point de départ, en fait un exemple particulièrement fort de film Américain muet : chez Ince, Willat et Bosworth, on savait aller à l'essentiel en gardant aux images une force impressionnante.
On a gardé tellement peu de ces petits westerns qui s'enchaînaient à une cadence infernale, tournés entre 1917 et 1919 par Ford pour Universal, qu'en découvrir un nouveau est toujours une occasion à ne pas rater. Pour la plupart d'entre eux, ils montraient les aventures de personnages (Souvent nommés "Cheyenne Harry") interprétés par Harry Carey, qui subissait la forte influence de William S. Hart dont les films étaient toujours soignés. Cette influence s'exerçait essentiellement dans la parcours du héros, souvent une fripouille (Ici c'est un joueur poursuivi pour l'ensemble de son oeuvre!), mais doté d'un fort sens moral, qui le faisait revenir en arrière et se racheter... Mais contrairement à Hart, lors de sa rédemption, Carey n'en fait pas tout un plat!
Dans Hell Bent, Harry s'installe dans une petite ville tenue par des bandits, dont Beau Ross. Parmi les citoyens, une jeune femme, Bess (Neva Gerber) vit avec son frère Jack (Jack Pegg). Mais celui-ci état incapable d'assumer un rôle de chef de famille, elle est obligée de travailler... au saloon, en tant que danseuse. La première fois qu'il la voit, Harry lui manque singulièrement de respect mais se ravise le lendemain, honteux... et amoureux. L'intrigue s'emballe lorsque après un coup fumant, les bandits partent, emportant la jeune femme avec eux...
Le film est assez difficile à comprendre aujourd'hui, la faute n'incombant pas qu'aux cinéastes: on ne dispose de ces premiers films Universal, la plupart du temps, que dans des copies retrouvées en république Tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Ils ont fait l'objet de tripatouillages à leur sortie (Par exemple, le personnage de Carey, dans Straight shootin', s'appelle Hal Philips!); Mais ce qu'on comprend, c'est un cahier des charges western très bien rempli: dès le départ, Ford nous propose une étonnante introduction, qui voit un auteur de romans recevoir une lettre d'un lecteur qui se plaint du manque de réalisme de ses personnages. Pour y remédier, il regarde une reproduction du tableau de Remington, A misdeal... qui s'anime sous nos yeux, et le film peut commencer! Et il y a des inventions jusqu'au bout, lorsque le héros pourchasse son ennemi jusque dans le désert, dont il ne réchappera que de justesse. Le tout est pimenté de surprenantes ruptures de ton: à l'humour bon enfant du début, succédera bientôt un climat plus oppressant quand Harry se transforme de cow-boy solitaire en homme dévoué à la femme qu'il aime et qui est en danger. Hell-bent, après tout, est un adjectif qui veut dire qu'on est déterminé à aller jusqu'en enfer s'il le faut, pour faire triompher sa cause.
Bref, Ford fait ses gammes, et avec la complicité toujours précieuse de Carey, évite la monotonie, tout en devenant tranquillement l'un des meilleurs cinéastes du monde, tout bonnement.
Kevin Brownlow, interrogé sur Willat (qu'il a rencontré lors de son fameux séjour à Hollywood dans les années 60) et plus précisément sur Behind the door, dit en substance ceci: "Si on excepte la vision, dans Hearts of humanity de Allen Hollubar, de Erich Von Stroheim en officier Allemand, jetant devant une mère son bébé pleurant par la fenêtre, Behind the door est le film muet le plus brutal et le plus violent que j'aie vu."
Pour ma part, et loin de moi l'idée de contredire le grand historien, je mettrais effectivement, pour les avoir vus l'un et l'autre, les deux films à égalité...
Car si dans The hearts of humanity, la brutalité du Hun représenté à l'écran, et dont l'identité haïe est assumée jusqu'à l'extrême par l'immense acteur, qui a poussé sa caractérisation comme il le faisait habituellement jusqu'aux derniers détails vestimentaires et autres babioles, tient essentiellement à l'illustration globale d'une ignominie d'Epinal, et inventée par les circonstances de l'après guerre glorieuse, patriotique et xénophobe, la violence dans Behind the door est le sujet du film, et la scène dont parle Brownlow est l'aboutissement même de l'intrigue...
Celle-ci repose en effet sur deux flash-backs. Le premier est assez conventionnel: le capitaine Krug, un Américain d'origine Allemande, rentre chez lui. C'est le milieu des années 20, et l'homme est vieux et amer. Il ne rencontre personne mais se rend au cimetière pour aller visiter la tombe, nous dit un intertitre, du seul homme qui aurait été content de l'accueillir: Jim MacTavish est mort en 1924...
Ce qui m'amène une réflexion: cette date est volontairement située, pour le spectateur de 1919, dans le futur, un futur proche qui n'est pas si différent de l'Amérique directement contemporaine, mais qui semble donner à ce film l'aura d'une allégorie, qui permettra d'en prolonger l'effet au-delà de l'immédiate après-guerre. C'est malin, car il faut bien dire qu'il y a de fortes chances pour que le spectateur de 1930 ou 1921 a du bien rigoler en voyant avec retard des films comme Hearts of the world ou Hearts of humanity...
Donc, le capitaine Krug revient chez lui, et va s'installer dans sa boutique: avant la guerre il était taxidermiste, et son atelier est à l'abandon. Il croise d'ailleurs des gamins qui s'amusent à en casser les vitres, par défi, en sa présence... Une fois dans sa boutique, il laisse revenir les souvenirs douloureux à la surface: lors de la déclaration de guerre, Krug (Hobart Bosworth) était amoureux de la belle Alice Morse (Jane Novak), la fille du banquier de la localité. Ses origines Allemandes tendaient à le rendre mal vu de la communauté, et lorsque la déclaration de guerre a été rendue publique, les choses se sont envenimées... Une bagarre a éclaté, durant laquelle dans un premier temps toute la communauté sauf Alice semblait vouloir lui casser la figure! mais devant son empressement à s'enrôler, le brave MacTavish (Jim Gordon), un marin lui aussi, avait fini par se ranger à ses côtés.
Le début de la guerre voit Krug, marié à Alice, et devenu le capitaine d'un bateau dont le second n'est autre que le fidèle MacTavish. Lors d'une traversée, le capitaine découvre que son épouse a décidé de le suivre à son insu; lorsque le bateau est coulé par un sous-marin Allemand, les deux époux se retrouvent seuls dans un canot de sauvetage. Un sous marin apparaît à la surface; on va les secourir... sauf que Krug est rejeté à l'eau! Il menace alors le capitaine (Wallace Beery), lui promettant de l'écorcher vif...
Le reste du film voit Krug s'accrocher à sa vengeance, et retrouver le capitaine Allemand, dont il vient de couler le sous-marin. C'est là que se situe le deuxième flash-back, qui nous conte les événements qui ont suivi, à l'intérieur du sous-marin, l'enlèvement d'Alice.
Le propos, pour Thomas Ince, était de réaliser un film qui puisse à la fois s'éloigner du style de films qui inondaient les cinémas depuis la victoire alliée, tout en en récupérant les sentiments xénophobes et anti-allemands. A ce titre, on voit que tout oppose le capitaine Krug et le capitaine de sous-marin: le grand père de Krug a combattu durant la guerre de Sécession aux côtés du commandant Farragut, et son petit-fils se considère d'abord et avant tout Américain même s'il a conservé quelques bribes de culture Germanique, à commencer par le langage. A l'annonce de la guerre, il n'hésite pas un seul instant, et le film invite le spectateur à se ranger aux côtés de Krug. Mais le capitaine joué par Wallace Beery fait partie de cette galerie de méchants Huns traditionnellement fourbes, sadique et sans honneur; ses trois actions d'éclat, ici, sont la façon dont il enlève Alice (Une scène cruciale, qui hélas manque à l'appel dans les copies en circulation, remplacée par des photos de plateau), puis le récit qu'il fait du destin de la jeune femme, dont une fois de plus il convient de dire qu'il est assez graphique. On se souviendra longtemps après l'avoir vu, de ce plan qui nous montre l'officier ouvrir l'un des portes de sa cabine, pour montrer à la jeune femme aux vêtements arrachés les marins qui attendent leur tour de l'autre côté... avant de la leur lancer! Le troisième des actes du capitaine est justement de s'en vanter...
Mais ce n'est pas pour autant la fin. Le but de Ince, Willat, et de l'écrivain Gouverneur Morris (l'auteur, je le rappelle, de l'excellent récit dont Wallace Worsley un an plus tard allait tirer le magnifique film The penalty), était de choquer justement, de questionner le désir de vengeance de l'homme en temps de guerre; et ici, bien sur, tout concourt à justifier ce désir de vengeance ressenti par Krug, ainsi que son jusqu'au-boutisme. Mais le film, par la brutalité de son final, pousse le spectateur à ne ressentir que de l'horreur, en voyant ce qui arrivera à l'homme auquel Krug a promis de l'écorcher.
Quoi qu'il en soit, ce film en forme de poing dans la figure, qui nous est aujourd'hui restitué à la faveur d'une restauration fantastique, rappelle que dès 1919, des cinéastes, à l'abri de toute idéologie ou de toute convention, exploraient des recoins déjà bien sombres de l'âme humaine, qui allaient rester à l'écart des entiers battus par le cinéma, une fois la volonté de censurer bien établie dans les années 20. Et on pourra dire ce qu'on voudra de Willat et Ince, de leur possible appartenance au KKK, de la xénophobie affichée de Willat jusqu'au crépuscule de sa vie (Selon Brownlow, c'est sans doute ce qui lui aurait valu de terminer sa carrière pourtant partie sur les chapeaux de roue, et je le crois sur parole, d'autant que c'est également un élément important qui a valu à Marshall Neilan de se faire black-lister.), de leur flair un peu glauque pour relever des intrigues d'un soupçon de sadisme, ou d'un excès de mélo bien épicé (Pour les films avec William S. Hart, en particulier): ces gens-là savaient y faire pour faire un film qu'on n'oublie pas, et à ce titre, je ne suis pas près d'oublier le choc frontal de Behind the door.
C'est une sacrée surprise: non seulement ce film d'une réalisatrice peu connue, dont la carrière a été très courte, est excellent, mais en prime il nous apporte la vision d'une forme assez aigue de nostalgie de tout ce qui est le grand ouest Américain... en 1917! A l'époque, John Ford ou William Hart faisaient des films, qui étaient des westerns contemporains dans lesquels les cow-boys à cheval croisaient des Ford... Mais '49 -'17 anticipe sur le grand western historique de The covered Wagon ou The iron Horse, de six ou sept ans.
Le titre fait allusion à l'époque durant laquelle un gand nombre de pionniers viennent tenter leur chance dans l'ouest, en 1849, et renvoie aussi à l'époque contemporaine. Ceci s'explique facilement par l'intrigue: un juge âgé, et nostalgique de sa jeunesse, explique à son secrétaire qu'il a vécu une ruée vers l'or, une vingtaine d'années auparavant: il a participé à la création d'une ville, Nugget Notch, qui a depuis disparu. Il aimerait recréer cette période, et charge donc le jeune homme d'aller en Californie, et de se mettre en quête d'une population susceptible de le suivre dans son caprice. Le secrétaire de tarde pas à trouver "the 49 camp", un medicine show, des acteurs et cavaliers qui sont au bord de la faillite. Avec eux, le juge va pouvoir accomplir son rêve... et régler quelques comptes, car il n'en a parlé à personne, mais il a un secret.
C'est formidable: le film est drôle, et joue souvent sur le décalage de la situation,comme dans une scène qui voit l'arrivée du vieux juge nostalgique venue de l'Est à Nugget Notch reconstituée: la population l'accueille avec plaisir, mais il décide de sortir son flingue pour fêter ça, et emporté par l'enthousiasme, c'est le "pied-tendre" qui terrorise la population de la petite ville de pionniers éberlués de voir ce maniaque du six coups tirer dans tous les sens. Le film possède aussi son intrigue, qui part parfois dans tous les sens, mais elle permet de posséder un ingrédient essentiel et indispensable: un méchant, interprété par l'inquiétant, ténébreux et filiforme... Jean Hersholt. Un acteur qui ira loin, même s'il ne quittera pas beaucoup la Californie.
Tourneur et Pickford n’ont fait que deux films ensemble, et Mary Pickford aura parfois tendance à minimiser le premier, Pride of the Clan, en raison probablement du manque de succès ; ces deux films représentent néanmoins une date dans la carrière de l’actrice, qui va ensuite consolider sa position de productrice dans une série de longs métrages, allant jusqu’à prendre son indépendance en co-créant United Artists. Avec le deuxième film, Poor little Rich Girl , Pickford va pour la première fois jouer sans réserves une jeune fille, ce qu’elle refera si souvent, et obtenir un grand succès, aussi bien critique que public.
Ce film est peut-être la matrice des œuvres futures de l’actrice Mary Pickford, mais il s’agit bel et bien avant tout d’un film de Maurice Tourneur. Il conte les déboires d’une jeune fille riche que ses parents et son environnement ignore, jusqu’au jour ou un accident stupide du à la malignité d’un domestique menace la vie de l’héroïne. S’ensuit un curieux combat autour du lit de la malade, pour lui sauver la vie, combat relayé dans ses rêves par la jeune fille. La partie onirique est bien sur la plus belle du film, dans des décors irréels qui préfigurent le type de décors utilisés par Tourneur et Carré dans The blue bird, mais ici l’enjeu est de taille : la possible mort de la jeune héroïne se profile bien derrière la dernière partie. Le jeu naturaliste et sobre des interprètes, l’élégance des intérieurs, magnifiquement captés par la justesse des composition de Tourneur… Faut-il le rappeler, ces gens connaissaient leur affaire et le faisaient avec goût.
La carrière de MauriceTourneur aux Etats-Unis, bien que commençant par une mission très ciblée (assurer l’existence de la société Eclair et concurrencer Pathé sur place) va vite changer de cap : le metteur en scène a-t-il été rattrapé par son propre rêve Américain, ou a-t-il pressenti l’essor phénoménal que le cinéma américain allait prendre en quelques années (je rappelle qu’à cette époque, les pays leaders du cinéma sont le Danemark, la France, et surtout l’Italie), toujours est-il que Tourneur ne va pas rester à l’Eclair. Avec divers comparses producteurs, il va papillonner d’un studio à l’autre, constituant sa propre équipe et tournant toujours à Fort Lee et alentours, dans le New Jersey. Les commentateurs actuels ont tendance à dire qu’il cherchait à concurrencer Griffith, mais il n’y a pas de concurrence possible: les films de Tourneur sont généralement bien meilleurs, plus réussis que ceux de Griffith. Peut-être sont-ils moins populaires, peut-être Griffith a-t-il mieux senti le principe du genre, mais si vous n’avez pas vu de films de MauriceTourneur des années 10, préparez vous à une sacrée surprise…
Celui-ci est l'un de ses premiers efforts; en cinq bobines, Maurice Touneur promène la camera de John Van Den Broek dans les décors du New Jersey pour une petite comédie fraîche et sentimentale située dans une Angleterre de toujours. Le scénario inspiré au metteur en scène par une pièce contemporaine ne décourage absolument pas les auteurs du film de faire « du cinéma », au contraire. Le film est très bien joué, par des fidèles du réalisateur (Vivian Martin, Alec Francis, John Hines) et l’ensemble est d’une grande beauté : ce goût pour les décors esthétiques, les compositions imaginatives et l’utilisation de la lumière (Ici le soleil est pour beaucoup dans l’atmosphère positive du film), tout concourt à faire de The wishing ring une réussite. L’histoire raconte comment un jeune homme riche, amoureux d’une jeune femme qui ignore son identité, l’aide en lui faisant croire que les bienfaits qui lui sont donnés l’ont été par une bague magique qui exauce les souhaits. Autour de cette intrigue, une leçon de bon voisinage, un ensemble d’observations pince-sans-rire de bonne société et de la moins bonne, et la création d’un vieux personnage de grincheux par le déjà vétéran Alec B. Francis (Qui reviendra chez Tourneur) complète avantageusement l’ensemble.
Techniquement, ce film est crédité à "Alice Guy-Blaché". Cela fait déjà vingt ans que la réalisatrice est en activité, ce qui fait d'elle probablement la pionnière à la plus grande longévité! En 1916, Méliès ne fait plus de cinéma depuis longtemps, Porter non plus, et ça fait belle lurette que les Lumière sont passés à autre chose... Pour autant, je constate que le consensus fort sympathique autour d'Alice Guy, de ses films, courts comme longs, Français comme Américains, ne tient jamais vraiment compte du fait qu'ils sont souvent médiocres et poussifs. En particulier ses insupportables films comiques Français, mais je ne goûte que fort peu les cours métrages de comédie réalisés pour la Solax au début des années 10, même si leur principal atout reste quand même un jeu plus mesuré que les burlesques contemporains.
The Ocean Waif est une commande de Hearst, un film que la dame n'a pas écrit ni produit. L'intrigue est celle d'un mélo classique, qui voit un homme et une femme se rencontrer à un moment crucial de leur vie: une jeune femme, persécutée par son père adoptif ivrogne, se réfugie dans une maison isolée, dans laquelle se sont installés pour quelques temps un romancier sur le point de se marier et son domestique. La maison a la réputation d'être hantée, et la présence de la jeune femme, désireuse de se cacher, va occasionner des quiproquos comiques, mais elle finit par révéler sa présence. Il est inutile d'aller imaginer à partir de là, que le mariage (Et le prochain roman) du jeune homme est sérieusement compromis...
Doris Kenyon, qui a également tourné pour Maurice Tourneur, est pétillante et donne beaucoup de sympathie au personnage de conte de fées qu'elle interprète. Les autres sont moins intéressants. Le film est clairement inspiré de la formule Mary Pickford, et déroule tranquillement et sans faire de vagues une intrigue convenue et qui ne produira pas grande surprise. Pour conclure sur Alice Guy, il lui restait encore trois ans à exercer sa profession.