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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 16:37

S'il est un film qui est une halte bienfaisante dans l'univers de Lon Chaney, c'est bien celui-ci, réalisé par un metteur en scène méconnu mais qui se met clairement au service de son histoire et de ses stars. Chaney, pour la première fois depuis Outside the law, y est un oriental, et l'intrigue est étonnante:

En Nouvelle-Angleterre, dans une ville de pêcheurs, très rigoriste, on apprend qu'il y a eu un naufrage, qui a emporté la vie d'un certain nombre d'hommes du coin. Parmi eux, le violent Daniel Gibbs (Walter Long), marié à Sympathy (Marguerite de la Motte), et qui lui mène la vie dure... Un des rares survivants du naufrage est un Chinois, Yen Sin (Lon Chaney), qui n'est pas du village, mais comme il a tout perdu, et en dépit des réticences des locaux ("on n'est pas des païens") il va s'installer dans une péniche, faire son travail de blanchisseur et s'intégrer du bout des lèvres...

Arrive un nouveau pasteur, John Madden (Harrison Ford): il est jeune, il est beau, et il séduit la belle Sympathy; quelques temps plus tard, ils se marient, et ont une fille. Ce qui ne fait pas les affaires de Nate Snow (John Sainpolis), un homme du village amoureux de la jeune femme depuis toujours. Madden s'est attelé à évangéliser Yen Sin, ce qui n'est pas une mince affaire, mais il gagne au moins son amitié... 

Un jour, un drame secret arrive pour Madden: il reçoit une lettre de Dan Gibbs qui le fait chanter... Ne pouvant s'en ouvrir auprès de la population, il commence à souffrir le martyre et est obligé de se séparer discrètement de sa femme et de sa fille... 

C'est un petit film, produit par l compagnie Preferred Pictures (De B. P. Schulberg, futur cadre à la Paramount), mais ça ne l'empêche pas d'être de grande qualité: d'abord, par son refus du spectaculaire dans la peinture de petites gens; ensuite par l'ouverture d'esprit incroyable qui est ici manifestée (les protestants de Nouvelle-Angleterre y sont montrés dans leur intransigeance religieuse, et c'est yen Sin qui va les conquérir, voire les sauver, et non le contraire); enfin par la façon dont la mise en scène laisse vivre et respirer les acteurs: sans nul doute, l'influence de Chaney sur la production a du être énorme... Quant à lui, si parfois il en rajoute un peu trop dans la courbette, son maquillage est impressionnant, et la création du personnage de Yen Sin, joué avec une incroyable tendresse, fait quand même partie de ses très grands moments: c'est dire...

 

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Published by François Massarelli - dans Lon Chaney Muet 1922 *
26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 16:24

Un type étrange, un peu vulgaire et carrément bohème, commence à agiter la pègre Niçoise en distribuant les bourre-pifs et en posant des questions gênantes au sujet de la mort suspecte d'un flic, et d'une prostituée: c'est qu'en dépit des apparences (on a retrouvé son corps abattu d'une balle sur la grande corniche), le policier un rien pourri serait mort en compagnie de la jeune femme, dans un motel miteux. L'affaire, compliquée, est liée à deux sales types qui se partagent les sales coups sur toute la côte d'azur (autant dire qu'entre les deux, la moindre étincelle peut déclencher des hostilités), et qui semblent couverts par des avocats et des policiers...

Le type étrange qui mène l'enquête, c'est Belmondo. Alors on pourrait développer, ou se contenter que c'est l'acteur en roue libre, à son pire: c'est exactement ça, et il fâcheusement irritant. De son côté, Lautner assure son service habituel, avec quelques haltes bienvenues (deux scènes de meurtre ou d mort violente, dont celle d'ouverture qui est impeccable), et sa troupe. Audiard fournit à la star un dialogue à sa mesure, fait de monosyllabes, et l'enquête débouche quand même sur une bien sale impression: l'idée selon laquelle pour bien faire régner la loi, il faudrait empêcher les gangsters de la violer, et forcer les flics à le faire. Ce que Belmondo (oui, car il est représentant des forces de l'ordre) fait avec insistance: de là à traiter le film de fasciste, il n'y a qu'un pas, que je ne me refuse absolument pas de franchir.

Sinon, oui, un cinéma s'appelle "le terminus des prétentieux": au-delà de l'allusion aux Tontons, ne serait-ce pas un message codé, une façon de dire tout le bien qu'on pense d'un cinéma exigeant? Bref, au contact d'un acteur laissé à ses manies, Lautner et Audiard n'en finissent pas de perdre leur talent.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner Michel Audiard
25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 09:10

Le réalisateur Tod Browning, en 1920 et 1921, avait enchaîné les succès pour la Universal, notamment avec ses mélodrames criminels et films d'aventure interprétés par Priscilla Dean: en particulier, The Virgin of Stamboul et Outside the law, avaient été particulièrement salués par le public. Mais pour le chef de production du studio, Irving Thalberg, le metteur en scène ne va pas tarder à devenir un problème à part entière: l'alcoolisme de Browning ne fait plus aucun doute et finit par peser sur son travail. Et... ça se voit.

White Tiger est le fruit de cette situation: un film qui attendra d'ailleurs plusieurs mois sur les étagères et a probablement fait l'objet d'un remontage, et d'un re-titrage afin de le rendre ne serait-ce que présentable... Le tigre blanc du titre est une métaphore, un animal qui symbolise les criminels aux abois, devenant soudain solitaires et plus dangereux pour autrui. 

L'intrigue commence par un prologue dans lequel Hawkes (Wallace Beery), un Irlandais un peu trop copain avec la police, dénonce son copain Donovan, qui meurt dans l'opération policière qui s'ensuit. Il laisse derrière lui deux enfants, Roy et Sylvia, tous deux persuadés que l'autre est mort... Roy va grandir de son côté, et Hawkes va adopter Sylvia, la formant à son métier de cambrioleur et pickpocket. 

A Londres des années plus tard, Hawkes devenu 'Le comte Donelli' fait passer Sylvia (Priscilla Dean) pour sa fille. Ils "travaillent" à côté de Mme Tussaud's, le célèbre musée de cire, et font la connaissance d'un jeune homme, "The Kid" (Raymond Griffith), qui est un escroc d'un autre genre: il est l'automate joueur d'échecs, caché dans le support de la machine... Bien sûr, les deux jeunes gens ne se reconnaissent pas, mais ils affichent de suite une véritable complicité. Les trois vont s'associer, et filer à New York pour y effectuer des cambriolages élaborés... 

Déguisements, faux semblants, le petit monde des attractions canailles, échafaudages criminels improbables, et triangle criminel: tout ça ressemble à l'univers de Tod Browning tel qu'il se développera à la MGM, avec son complice le scénariste Waldemar Young. Mais ce qui me frappe, c'est à quel point l'intrigue de ce film ressemble à un rêve, dans lequel un improbable scénariste bifurquerait constamment. Il y a des qualités, notamment un certain humour, mais je ne suis pas sûr qu'il était déjà là au départ! L'association entre Beery, Dean et Griffith ne tient pas le coup, et comment faire passer la pilule mélodramatique du frère et de la soeur qui ne se reconnaissent pas, alors qu'ils sont précisément en compagnie de l'homme qui a trahi leur père?

Et pourtant, il y a des qualités, et des scènes intéressantes: le prologue, qui me paraît d'ailleurs tourné dans les mêmes décors que Outside the law, et en nocturne; et surtout, une scène située vers la fin: après un long passage durant lequel Roy, entre la vie et la mort, Sylvia (les deux savent désormais qu'ils sont frère et soeur, même si on ne sait pas trop comment Roy l'a appris), et un quatrième larron (Matt Moore) ont démasqué leur complice Hawkes, et l'ont ligoté; Sylvia qui croit Roy condamné à brève échéance, veut se venger sur la personne de Hawkes, auquel elle a juré de le marquer au fer rouge! Elle saisit donc un tisonnier... C'est la nuit, il y a un orage, et le rythme lent adopté par Browning fait merveille. Et quand elle ouvre la porte qui la sépare de Hawkes, elle réalise que celui-ci s'est échappé...

Le rythme, j'en parlais il y a quelques lignes, est ce style lent et contemplatif adopté par Browning, qui laissait les acteurs faire leur travail, mais les noyait dans des gestes qui tournaient parfois à la digression. Du coup, les redondances alourdissent le film, et certaines scènes, déjà mal parties (Cette idée de s'encombrer d'un automate joueur d'échecs pour un cambriolage! et pourquoi pas une animalerie tenue par une vieille ventriloque, tant qu'on y est!!), finissent par devenir incohérentes et incompréhensibles... 

Bref, on comprend que la Universal ait eu du mal à avoir envie de sortir le film, et ait viré Browning. Ironiquement, il allait revenir pour y réaliser l'un de ses films les plus connus, les plus médiatiques, et probablement l'un des pires films jamais effectués à Hollywood: Dracula!

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Published by François Massarelli - dans Muet Noir Tod Browning 1923 **
24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 16:37

Après The wicked darling, Outside the law est la deuxième collaboration de Browning avec Chaney, et quelque chose a changé... le film fait partie de la même veine, une histoire de gangsters avec rédemption à la clé, pour le personnage de Priscilla Dean, qui collaborait souvent avec le metteur en scène. Dean est une actrice intéressante, car si le maquillage tend à souligner un je-ne-sais quoi d'originalité dans ses traits, elle n'a rien d'un modèle, et possède une réalité corporelle bien plus intéressante pour Browning, qui aimait à croire en ses personnages et dans les situations qu'il filmait.

Dean est Molly Madden, la fille d'un gangster (Ralph Lewis) de San Francisco en quête de réforme. Celui-ci, sous l'influence de son ami le philosophe Chang Lo (E. Alyn Warren) souhaite devenir un homme respectable, et voudrait que sa fille prenne le même chemin... Ce qui n'est pas du tout du goût de Black Mike Sylva (Lon Chaney): celui-ci tend un piège à Madden et par une machination, l'envoie en prison pour quelques mois. Molly, dégoûtée par l'injustice et ignorante du rôle joué par Mike, est désireuse de venger son père en retournant vers une vie de criminelle. Sylva souhaite se débarrasser d'elle à son tour, en lui tendant le même genre de piège. Mais le bras droit de Mike, Dapper Bill (Wheeler Oakman), supposé mener la jeune femme en bateau, lui révèle la vérité, et ils vont doubler Mike...

Une histoire gentiment compliquée, résolue en trois actes: les agissements de Mike et la réaction de Molly occupent l'essentiel du premier; le deuxième est surtout consacrée à la période durant laquelle Molly et Bill se cachent, cohabitant dans un appartement où ils vont apprendre à mieux se connaître, et réaliser leur envie profonde d'abandonner une vie de criminels; enfin, Sylva réapparaît dans leurs vies pour le troisième acte, dans lequel ils essaient tant bien que mal de mener à bien leur projet de se ranger, tout en affrontant le danger sérieux représenté par leur ancien associé. Pendant ce temps, dans des conversations philosophiques à bâtons rompus, le chef de la police et Chang Lo échangent leurs vues sur la meilleure manière de combattre la criminalité...

Là où Browning faisait un travail efficace et au rythme marqué avec The Wicked Darling, ce nouveau film bénéficie d'une nouvelle philosophie de la mise en scène, probablement sous l'influence de Lon Chaney. Pour commencer, celui-ci a obtenu de son metteur e scène d'avoir non pas un, mais deux rôles: probablement une envie forte de se frotter à un exercice qu'il a toujours apprécié (voir à ce sujet les films Shadows et Mr Wu): le maquillage en un oriental... Donc en plus de Black Mike Sylva, qui est en quelque sorte une variation sur le personnage maléfique de The Wicked Darling, il interprète un personnage de Chinois, Ah Wing, un domestique de Chang Lo, rangé du bon côté de la loi, et désireux de protéger son maître et ses amis. Dans le film tel qu'il existe aujourd'hui (une version remontée en 1926), on suppose que ce rôle a été amputé. Du coup, ce qui frappe, c'est que Ah Wing est pour une bonne part du film un personnage décoratif, qui semble n'avoir pas d'autre utilité que de faire un peu couleur locale... Mais de même, la façon dont la vie semble surgir à l'intérieur d'un plan (par exemple à travers un détail, comme ce moment durant lequel Black Mike, au moment de quitter le restaurant, reste en arrière de ses copains, et empoche le pourboire laissé par Bill!) aide le film, et souligne la façon dont désormais Browning va agir: installer un monde devant nous, le laisser vivre, et nous laisser attraper les détails au vol. 

Le film n'en possède pas moins, dans une très belle construction, un très beau déchaînement de violence dans lequel Chaney, bien sûr, est particulièrement convaincant. Mais il n'est pas le seul: Priscilla Dean, elle aussi, donne de sa personne, dans un dernier acte marqué non seulement par la violence mais aussi par une belle présence du suspense... Un film nettement supérieur à mes yeux, à tous ceux que Browning réalisera durant son premier passage à la MGM entre 1925 et 1929.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Tod Browning Lon Chaney **
23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 19:25

Le dernier des films "Sud-Américains" de Disney, le plus connu d'ailleurs, est cette fois un long métrage, qui reprend le principe de Saludos Amigos en allant cette fois vers du quasi tout-animation. Il est beaucoup moins didactique que son prédécesseur, et s'il fonctionne à nouveau sur le principe de compilation, le fil rouge prend plus de place: Donald reçoit un cadeau de ses amis Sud-Américains, un grand carton dans lequel il va trouver de quoi nourrir un film sur l'Amérique du Sud, notamment un faux documentaire sur les oiseaux rares, et l'inévitable Joe Carioca, qui va l'emmener au Brésil, puis Panchito le Mexicain. 

Mais le film, s'il démarre avec beaucoup de finesse, se perd dans le musical à l'excès; dans la dernière demi-heure, seule une danse surréaliste de Donald et des Cactus (J'aime les Cactus) nous interpelle...

Sinon, fidèle à son habitude, le studio prétend avoir expérimenté dans ce film pour la première fois avec des personnages réels intégrés dans le dessin animé, ou le contraire... Faux! ça a déjà été fait, par les frères Flesicher (Koko the clown) mais aussi pour la série des Alice dans les années 20, par un petit studio de Kansas City, qui s'appelait... Disney.

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Published by François Massarelli - dans Animation Musical Disney
23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 17:35

En 1940, le projet de Disney pour Fantasia était de créer un rendez-vous annuel ou bisannuel avec le film, en intégrant de sortie en sortie des nouveaux segments, afin de renouveler le film. Un projet avant-gardiste, ambitieux, et... soumis à l'obligation de succès. Celui-ci n'ayant pas été au rendez-vous, le studio s'est donc arrêté à un seul film. Roy Disney, devenu gardien du temple, mais en position fragile, a toujours souhaité, selon ses dires reprendre le travail là où le studio s'était arrêté en 1940...

Fantasia 2000 est donc supposé être la continuation du premier film, avec comme lien direct la reprise évidemment emblématique de L'apprenti Sorcier de Paul Dukas réalisé par James Algar, qui met comme chacun sait en scène rien moins que Mickey Mouse lui-même... Sinon, dans l'esprit du premier film, les réalisateurs de films d'animation se suivent et ne se ressemblent guère, mettant en scène des oeuvres connues, ou moins:

L'ouverture de la 5e symphonie de Beethoven est donc le segment 'abstrait' d'ouverture, réalisé par Pixote Hunt. Hendel Butoy, superviseur du projet et réalisateur des liens entre les différentes parties, a adapté Les pins de Rome d'Ottorino Respighi dans un esprit grandiose-écologique qui se veut extrêmement beau, et qui le clame un peu haut et un peu trop fort; le premier des grands moments est un Rhapsody in Blue superbe qui transpose Gershwin dans un New York de toujours, sous la direction de Eric Goldberg, plus dans l'esprit de Chuck Jones et de la Warner que dans celui de Disney; Butoy revient avec un conte d'Andersen (Le stoïque soldat de plomb) qui illustre le Deuxième concerto pour piano de Chostakovitch, plutôt réussi; Goldberg signe le meilleur moment du film avec le final du Carnaval des Animaux de Saint-Saens; le segment d'Algar est placé ici, et suivi d'un passage de témoin, de Mickey vers Donald: Francis Glebas a réalisé un segment autour de Pomp and circumstance d'Elgar, qui suit l'histoire de Noé, avec Donald pour aider le patriarche. C'est révoltant de bêtise, à part pour UN gag: les dragons et licornes qui regardent Noé et les animaux se préparer, en rigolant... Le dernier segment est un retour à Stravinsky et L'oiseau de feu, qui est illustré par une allégorie poétique autour de l'anecdote de l'éruption du Mont St-Helens... C'est une réalisation des frères Brizzi.

On est forcément mitigé: d'abord le studio n'a plus rien à prouver, et plus souvent du retard à rattraper; le film prouve qu'il y a un style Disney mais que celui-ci confine à la sale manie (ces baleines qui volent, dans le deuxième segment, on dirait une mauvaise pub pour déodorant) et que l'intégration souhaitée de l'informatique ne se fait pas encore sans douleur (les segments de Butoy en particulier en abusent). Les meilleures choses dans le film sont justement celles qui ouvrent un peu la fenêtre: et Eric Goldberg, digne héritier de l'esprit Warner, plus que Disney, pose enfin la question essentielle: que feraient les flamants roses s'ils trouvaient un yoyo? En tout cas, il sauverait presque le film...

Mais pas au box-office, manifestement. Du coup, ce Fantasia 2000 qui s'est vautré est non seulement la suite, mais aussi la fin.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Disney
23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 07:38

En Chine, le vieux mandarin Wu se réjouit de pouvoir préparer le passage de flambeau vers son petit-fils. Une fois devenu adulte, celui-ci va pouvoir prendre la direction de la famille. Mais un drame va l'isoler et le rendre dur: son épouse meurt peu de temps après avoir donné naissance, à une fille.

Une fois celle-ci (Renée Adorée) parvenue à sa majorité, son père, qui ne s'interrompt dans ses affaires sérieuses que pour s'occuper d'elle, cherche à la marier selon les coutumes ancestrales. Mais Nang-Ping, la jeune femme, rencontre Basil Gregory (Ralph Forbes) un séduisant jeune homme Américain, avec lequel elle ne tarde pas à vivre le grand amour...

...Avec tout ce qu'un mélodrame implique dans ce genre de cas.

Je ne vais pas prendre de gants: dans ce mélodrame de la pire espèce, qui ne parvient même pas à donner vie à sa tentation esthétique et à nous faire croire un seul instant qu'on est en Chine, le seul avantage est la présence de Lon Chaney. J'y reviendrai... POur le reste, à aucun moment un effort n'est fourni pour nous sortir du cadre de la pièce de théâtre dont le film est une adaptation, et l'essentiel de ce qui nous est conté suit fidèlement les codes raciaux de l'époque: qu'un fils à papa, blondinet jusqu'au bout de la cravate, séduise une Chinoise, c'est du plus haut romantisme, y compris quand il est gêné de devoir assumer de l'avoir engrossée. Mais qu'on suggère ne serait ce que du bout des (longs, très longs) ongles qu'un Chinois puisse entretenir des rapports avec une blanche et de suite, c'est l'horreur. Et comme Ralph Forbes doit effectivement embrasser Nang-Ping, on a choisi de confier le rôle à Renée Adorée... Alors qu'on avait Anna May Wong sous la main!

Une scène, une seule, atteint une certaine dignité: celle durant laquelle Wu, déçu de la trahison de sa fille, et Nang-Ping qui ne se fait aucune illusion sur la conduite future de son amant, se préparent à observer la loi de leur clan: elle n'est plus pure, elle doit donc mourir de la main de son père. A ce moment, les acteurs sont impressionnants, et... William Nigh se réveille. 

Non, heureusement, il y a Lon Chaney: dans deux rôles, chacun à deux périodes de la vie, il donne vie une fois de plus à des orientaux, avec un certain génie de la transformation, une fois acceptée l'embarrassante manie des occidentaux de confier des rôles exotiques à des acteurs anglo-saxons. D'une part, que ce soit en vieux Mandarin Wu ou en jeune Wu, il montre toute sa science du maquillage avec un talent devant lequel on doit déposer les armes. Si je suis plus mitigé sur sa performance d'acteur (Chaney nécessitait une authentique direction afin d'éviter d'en faire des tonnes, et la dernière bobine le voit déborder sérieusement du raisonnable), on reste confondu devant sa capacité en un seul plan, à nous faire passer la vérité d'un personnage qui passe d'une certaine dignité calme, à une violence intérieure et une cruauté sans nom.

Et là encore, je vais me plaindre: le cinéma muet Américain avait quand même un sérieux problème avec les orientaux, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Lon Chaney *
23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 07:26

La télévision mène à tout, sauf que, parfois, c'est le contraire: tout peut aussi vous mener à travailler pour ce média. OU pour ce qui en tient lieu aujourd'hui, je suis de la vieille école et ne suis pas très au fait de tous les modes de consommation d'images qui sont actuellement disponibles... Bref. Ce court métrage est une réalisation de Karen Nielsen, coordinatrice des scripts d'un certain nombre de séries; la plus emblématique est sans doute, dans sa dernière incarnation, X-Files

Nielsen vient du court métrage, un médium à part entière. Il serait faux d'imaginer que le format court soit uniquement une carte de visite pour des réalisateurs en quête d'une carrière ou d'une reconnaissance; certains artistes travaillent strictement dans ce format... Peu décrochent la timbale, il est vrai. 

Dans Grace, nous assistons en moins de dix minutes à une histoire située dans un mode de toute évidence post-apocalyptique. Grace (Jena Skodje) est une petite fille seule avec son chien Maverick, qui se débrouille comme elle peut: on la voit chasser un lapin. Elle croise la route d'un homme, William (Daniel Arnold) auquel elle accepte de donner à manger. Ils parlent de leurs parcours, et de la façon dont Grace est devenue seule au monde. Puis William devient menaçant...

C'est d'une grande efficacité, même si ça devient prévisible, un peu à l'envers... Mais on ne va pas bouder le plaisir qu'on prend devant un film qui installe en moins de dix minutes un univers, grâce à deux personnages, un chien et un flashback...

Plus un lapin à la broche.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 09:11

Réalisé pour la compagnie Tuxedo, distribuée par Educational, ce court métrage de deux bobines fait partie des quelques survivants parmi les films du neveu de Roscoe Arbuckle; s'il n'avait pas son génie, encore moins celui de Keaton, pour créer des films loufoques qui soient en plus de bonne facture, il était au moins capable de réaliser des comédies qui tenaient à peu près la route, et offraient une vision glorieusement absurde de l'univers.

Et pourtant celui-ci est d'un raisonnable assez inattendu. Non qu'il soit mauvais, loin de là: c'est même un des meilleurs que j'ai pu voir... Mais l'intrigue y est établie, bien exposée, et située pour une fois dans un monde plus policé que d'habitude. Al vient de se marier, il emménage dans une luxueuse maison en compagnie de sa tendre épouse (Dorris Deane) et de sa belle-mère, et apprend qu'il va recevoir une fortune d'un oncle excentrique à la seule condition de ne pas être marié. Le meilleur ami du couple a l'idée d'un stratagème: la maison devient un hôpital psychiatrique, la belle-mère en est la directrice, l'épouse l'infirmière et Al le malade, sous le prétexte que, célibataire, il devient fou de frustration...

Bon, évidemment les gags volent bas, et restent très physiques. Mais ce qui me frappe, c'est quand même l'étonnante proximité, même s'il s'agit d'une inversion, de cette idée avec le film Seven Chances de Keaton. On sait que celui-ci est une adaptation d'une pièce de théâtre, et il se peut, tout simplement, que St-John et ses gagmen l'aient vue...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie
21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 09:00

Al St-John ou le troisième larron... Le neveu de Roscoe Arbukle faisait non seulement partie de la famille, c'était aussi un très proche collaborateur: comme Buster Keaton, il participait à l'élaboration de ses films quand il était présent, et le lien sera suffisamment fort pour que Arbuckle revienne vers lui et l'aide sur la confection de certain films: The Iron Mule en est un exemple.

Seulement St-John, comme Keaton après lui, en savait suffisamment en matière de réalisation pour se mettre à diriger ses propres films, ce qu'il a fait de 1919 à 1926, alternant avec d'autres sur des comédies de court métrage. Ces films sont sortis sous des deals de distribution avec de toutes petites compagnies: Sunshine ou Educational: pas de Paramount, de Roach voire de Sennett pour St-John, pas non plus de compagne créée de toute pièce pour lui comme la Comique Films Corp., qui présidait aux destinées de Arbuckle de 1916 à 1919, puis s'occupait des films de Keaton.

Donc on ne s'étonnera pas trop que l'univers des courts de St-John soit, disons, un peu plus rugueux que celui de ses deux copains... Celui-ci raconte les aventures d'un nigaud rural venu en ville pour s'installer, et qui reste bouche bée devant la sophistication des lieux. Ce n'est donc ni Shakespeare, ni Homère, mais c'est surtout l'occasion de sortir de son chapeau quelques gags sinon fabuleux, en tout cas bien menés. Le n'importe quoi, le grotesque envahissant, confinent au surréalisme, et si on se demande parfois si ça valait la peine d'en faire un film de deux bobines, ce film rescapé, contrairement à tant d'autres, se laisse voir.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie