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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 09:54

Un seigneur Japonais, soupçonné d'entretenir le chaos et la sédition car il est bon avec ses sujets, est destitué. Il doit partir en exil, et sa famille est forcée de le quitter. Tamaki (Kinuyo Tanaka), son épouse, part donc sur les routes en compagnie d'une domestique fidèle et de leurs deux enfants, le garçon Shizu et la fille Anju. Leur situation, précaire, ne s'améliore pas lorsqu'un décret interdit aux particuliers d'accueillir des inconnus... Ils trouvent pourtant refuge auprès d'une vieille femme, mais c'est un piège: le lendemain, des pirates enlèvent Tamaki et livrent Shizu et Anju à un intendant, le cruel Sansho (Eitaro Shindo). Celui-ci va les exploiter, comme esclaves.

Ils vont grandir: Shizu (Yoshiaki Hanayagi), qui fait rigoureusement ce qu'on lui demande, va-t-il devenir à son tour un bandit? Ou Anju (Kyoko Kagawa), qui n'a jamais renoncé à fuir, va-t-elle lui permettre de garder son humanité, et de retrouver le désir de liberté? Pendant ce temps, Tamaki devient une courtisane, mais ses jours ne sont-ils pas comptés?

Il faut toujours savoir se méfier des chefs d'oeuvre officiels... Pourtant, Sansho Dayu est un grand film, qui a gagné le lion d'or à Venise: la troisième fois consécutive pour son metteur en scène, Kenji Mizoguchi, un cas unique dans l'histoire du festival... Bon. Et ce film totalement ancré dans son œuvre brasse des thèmes importants, notamment celui de la résilience de l'homme, de la souffrance des femmes, et de l'injure qui leur est parfois faite avec la bénédiction de la loi. Après les années de guerre et de troubles divers (qui durent depuis bien longtemps au japon), le questionnement est pertinent. Mais si la première moitié du film ne souffre d'aucun défaut, c'est lorsqu'on se concentre sur le personnage de Shizu que le bât blesse. Celui qui revient progressivement à la vie, qui prend en charge son destin, et qui va finalement retourner la situation pour réparer, au moins partiellement, une injustice, n'était à mon avis pas le plus intéressant, et il suffit de voir le traitement accordé par le réalisateur au suicide de Anju, pour constater qu'il aurait sans doute lui aussi été plus intéressé par ce personnage, femme forte, véritable moteur de la rébellion de son frère, et dont le sacrifice va être l'élément déclencheur du retour de Shizu à sa mère...

Donc, le film est hélas un peu redondant, dans sa dernière demi-heure en particulier. Ce qui n'enlève rien bien sûr à la force du message, qui condamne toute attaque à la liberté, et scrute avec une certaine franchise les comptes du passé Japonais, et de ces époques médiévales qui s'accommodaient si bien de l'esclavage, de la prostitution, et de tous les mauvais traitements qui y sont liés. Et Mizoguchi utilise la nature avec génie, contrastant les premières séquences de la fuite en famille (tournées en studio, donc avec une nature sous contrôle), et les scènes de captivité des enfants, situées après la séparation (tournées en décors naturels, et d'un grand réalisme selon la tradition du film de période). C'est superbe, bien sûr... Mais je continue à préférer à cette belle reconstitution, le conte intérieur d'Ugetsu, ou le réalisme urbain de Akasen chitai. Question de goût, je suppose... Et peut-être aussi Mizoguchi visait-il directement et sciemment son troisième Lion d'or...

 

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Published by François Massarelli - dans Kenji Mizoguchi Criterion
17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 16:24

John Jones (James Cagney), technicien dans un aérodrome, rentre chez lui, auprès de son épouse (Ann Sothern) et de sa fille (Margaret O'Brien). Pendant que celle-ci donne un aperçu de sa prestation du lendemain (elle doit réciter la fameuse "Gettysburg Address" du président LIncoln), Jones est appelé pour un exercice d'alerte... Durant sa veille, il se rappelle pourquoi il est important de défendre les valeurs démocratiques.

C'est un court métrage produit par la MGM pour accompagner l'effort de guerre, et rappeler aux Américains la raison fondamentale de leurs sacrifices en ces années de seconde guerre mondiale. Ce qui le distingue des autres exercices de ce genre, c'est bien sûr les noms prestigieux qui y sont accolés: James Cagney, Ann Sothern, Mervyn Le Roy... On croit rêver, mais la cerise sur le gâteau, c'est la petite Margaret O'Brien (qui a déjà un rôle mémorable dans Meet me in St Louis de Minnelli): elle a une tâche particulièrement ingrate, celle de jouer toutes les victimes étrangères de la barbarie totalitaire que Cagney imagine durant sa ronde... Chapeau.

 

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Published by François Massarelli - dans Mervyn Le Roy
17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 16:13

Porky Pig, producteur de music-hall, aimerait aller déjeuner, mais... il doit affronter une tempête: l'impresario Daffy Duck venu lui présenter son poulain, un très très jeune canard qui ne cesse pratiquement jamais de téter une sucette géante, sagement et passivement assis sur un fauteuil. Sage et passif, deux adjectifs qui en revanche ne vont pas pouvoir être utilisés pour une description de Daffy Duck, qui dans son numéro classique de dynamo vivante, vante les mérites supposés de son poulain...

Freleng dans ses oeuvres, en fait: avant que le personnage de Daffy Duck ne s'affadisse, il en reprend la folie totale et profondément indomptable, qu'il oppose à la normalité affichée de Porky. L'idée d'un personnage raisonnable, confronté à la folie dangereuse et impossible à arrêter d'un perturbateur, c'est aussi le contexte de Back alley oproar, chef d'oeuvre du réalisateur. 

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Friz Freleng
14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 17:55

 

Un show en pleine dépression? Un show sur la dépression, plutôt!  Et pour le monter, les bonnes volontés sont les bienvenues. On suit les aventures de Carol, Trixie, Polly, et de leur voisin le mystérieux compositeur Brad, qui chante si bien mais se fait prier pour venir sur scène. Et lorsqu'il se laisse enfin faire, les ennuis commencent, puisque le jeune homme est l'héritier d'une puissante famille de financiers de l'est qui prennent assez mal son intronisation dans le milieu du show business...

Bien sur, il y a plus de chances de voir ce film rangé sous une bannière "Busby Berkeley" que Le Roy. Pourtant, tout en venant après deux films formidables également dus à la patte Berkeley, mais signés par Lloyd Bacon, en charge des scènes jouées (Footlight Parade et 42nd Street), cette comédie se prète assez bien à la comparaison avec les autres films majeurs de Le Roy. D'une part parce que contrairement aux deux films de Bacon qui obéissent à la même règle fondamentale (faisons un show, mettons des bâtons dans les roues du producteur, et attendons la fin pour lâcher les gros numéros de Busby berkeley), celui-ci tourne autour d'un prétexte de comédie plus traditionnel, et permet aux comédiennes et aux comédiens de développer une histoire pas entièrement dissoute dans le spectacle. Ensuite, en faisant intervenir Warren William et Guy Kibbee en hommes du monde qui tombents amoureux de deux showgirls, la vraie comédie de moeurs est plus encore de la partie. Et on retrouve la mise en scène discrète de Le Roy, son talent pour limiter le passage du temps en quelques mètres de pellicule, et son ton direct, quasi journalistique, à mille lieues du baroque des autres metteurs en scènes-artistes de la WB.

Quant à Berkeley, eh bien, ses scènes sont parfaitement intégrées, et vont encore plus loin que dans les films précédents, en particulier le grand final, Remember my forgotten man, qui prend le parti de montrer la crise et l'un de ses effets pervers de façon brutale et noire. Curieuse façon de terminer ce qui reste une vraie, une authentique "comédie" musicale, et décidément l'un des fleurons du genre. Et tant qu'à faire, rappel: il y a Joan Blondell et Warren William, et les petites manies de Berkeley en matière de numéros musicaux hallucinogènes. Donc c'est rigoureusement indispensable! Sans parler du fait que les films dans lesquels le jeune premier s'attelle à dépiauter les vêtements de sa petite amie avec un ouvre-boîte, ça ne court pas les rues...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Musical Busby Berkeley Mervyn Le Roy Danse
13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 10:05

Ce film est "l'autre" extrait du Décalogue, ensemble de dix téléfilms de Kieslowski et PIesewicz, à avoir bénéficié d'un remontage et d'une sortie internationale sous forme d'un long métrage. Tu ne tueras point est donc basé sur le plus célèbre cinquième commandement, mais celui-ci, originellement sixième film du Décalogue, est donc parti du sixième commandement, qui existe en plusieurs versions: le plus courant et plus direct étant Tu ne seras point luxurieux, mais on le retrouve aussi parfois sous le texte plus ambigu La pureté [tu] observeras, en tes actes soigneusement. Comme les neuf autres films du Décalogue, celui-ci est situé dans une cité de Varsovie, dans les dernières années du Communisme. Et comme les autres, ou du moins huit d'entre eux, le commandement illustré n'est qu'un prétexte: dans ce Brève histoire d'amour, Kieslowski et Piesewicz explorent la solitude et la difficulté d'aimer...

Tomek (Olaf Lubaszenko) est orphelin et postier, et il habite auprès d'une vieille dame, qui lui sous-loue une chambre. De là, tous les soirs, il observe avec fascination une voisine, dans le déroulement nocturne de sa vie intime. Magda (de son nom complet Maria Magdalena, interprétée par Grazyna Szapolowska) est une artiste, qui a plusieurs amants, et pas d'attache réelle. Entre le voyeur (Qui confesse avoir au début regardé par concupiscence, mais plus maintenant car il est amoureux) et sa victime (Qui elle reconnait qu'elle est "mauvaise", car elle n'aime pas, et ne croit ni en l'amour ni dans ses attaches), un lien complexe et souvent cruel va s'établir...

Hitchcock ou Powell? eh bien, aucun des deux en fait. Au voyeur de Peeping Tom, qui se punit en supprimant l'objet de son désir (donc en tuant), doublant le crime de voyeurisme de celui de meurtre, aux voyeurs de Hitchcock qui sont conscients de leur immoralité, au point de chercher à l'évacuer par des prétextes (en substance, si James Stewart dans Rear Window regarde avec insistance, c'est parce qu'il pense qu'il y a eu un crime, dit-il: ça fait de lui un justicier... ou un grand malade), Kieslowski ose opposer un voyeur délicat et attentionné...

Car "Peeping Tomek" n'est donc pas un voyeur au sens strict: quand ça devient trop intime, il a deux réflexes: le premier st de détourner le regard; mais le deuxième est de saboter les nuits de luxure de Magda, en lui envoyant des employés du gaz qui viennent vérifier une fuite imaginaire! Il a commencé à regarder en face de son appartement sur les conseils de l'ancien locataire, mais il a perfectionné la méthode, en utilisant une lunette volée. Il va multiplier les tentatives d'entrer en contact, en faisant venir Magda au bureau de poste sous des faux prétextes, en devenant laitier, en lui téléphonant même. Ce qui va culminer dans une rencontre directe, une soirée durant laquelle Tomek et Magda vont au restaurant. Lui va tout raconter, et elle, entre dégoût, défi, amusement et attirance, va l'attirer chez elle. Où ce qui se passe est pour elle une vengeance assez embarrassante, pour lui une tragédie: l'échec de son amour, et le sentiment d'avoir été attiré dans la luxure, plutôt que vers l'amour...

Le film court, la version du Décalogue, est structurée en trois parties: Tomek, Tomek et Magda, puis Magda: dans cette dernière partie, c'est la femme qui est désormais attirée par le jeune homme et qui tente sans vrai succès d'entrer en contact avec lui, soulignant l'insupportable solitude. Mais le long métrage s'autorise (à la demande expresse de l'actrice) une fin plus ouverte, dans laquelle la possibilité d'une relation se dessine. Le film se clôt, comme tant d'autres de Kieslowski, sur Magda qui vient de regarder, et en regardant, d'entrevoir l'espoir. 

 

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Published by François Massarelli - dans Décalogue Krzysztof Kieslowski
13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 09:19

Ce film existe en deux versions, l'une d'entre elle étant aussi connue sous le titre générique Décalogue V, partie intégrante de l'ensemble de dix films de Kieslowski réalisés pour la télévision Polonaise en 1988: un ensemble monumental qui prend prétexte des dix commandements pour aller s'intéresser à l'intime d'une série de personnages qui ne sont liés entre eux que par le fait qu'ils habitent un même ensemble d'immeubles, à Varsovie. Chaque film assume d'être un commentaire sur un commandement, mais sans jamais forcer la dose religieuse. Beaucoup s'amusent à détourner les injonctions divines, ou tout simplement à en souligner l'ambiguïté. Pas celui-ci.

Le choix des distributeurs français de titrer ainsi la version longue (de 25 minutes supplémentaires) est justifiée par le fait de renvoyer au Décalogue qui allait être distribué à son tour en salles, mais on peut lui préférer le titre retenu par Kieslowski lui-même, et appliqué dans de nombreux langages, dont l'anglais: "un court film sur le meurtre"... Dans ce cinquième film du Décalogue, Kieslowski ne rigole pas du tout, il va s'employer à donner sa vision des choses (Et celle du co-scénariste Krzysztof Piesewicz, cela va sans dire)... Un meurtre, dit-il est un meurtre, mais une exécution aussi. 

Nous suivons trois personnages: un jeune homme, Jacek (Miroslaw Baka), qui traîne apparemment sans but, commettant un certain nombre de petites saletés et incivilités, avant de commencer manifestement à préparer quelque chose de plus sérieux; un chauffeur de taxi (jan Tesarz) qui brique sa voiture, se prépare à faire une ronde, se promène sans but, sélectionne ses clients (il part sans demander son reste quand il voit deux types complètement saouls s'approcher de son véhicule) et finit par prendre Jacek dans sa voiture; enfin, nous faisons la connaissance de Piotr (Krzysztof Globisz), un jeune avocat qui vient tout juste de décrocher son diplôme, et qui se demande, comme Auguste dans Trois couleurs: Rouge (1994) qui sera son premier client... 

Et bien sûr, ce sera Jacek, qui va tuer de sang-froid, durant sept longues minutes et sous nos yeux, le chauffeur de taxi, dans le seul but de lui piquer sa voiture pour partir le plus loin possible avec une petite amie. Celle-ci a vu la voiture avant, et connaissait bien le chauffeur. Jacek est donc arrêté, jugé et condamné à mort. 

Ah oui, mais ça on ne l'a pas vu, puisque dans une ellipse impressionnante, on passe directement d'une scène de nuit durant laquelle Jacek parle avec la jeune fille dans la voiture qu'il a récupérée, à la scène qui suit l'énoncé du verdict à son procès... Le reste est facile à reconstituer... Et Kieslowski s'est ingénié à lier les deux parties les plus importantes du film en ayant recours à une série d'images-miroirs, pendant la première partie...

Le meurtre est sordide: Kieswloski retient la leçon d'Hitchcock qui souhaitait souvent rappeler qu'il était non seulement immoral, mais aussi très difficile de tuer... Et il était rendu encore plus terrible si c'était possible, par le choix du metteur en scène et de son chef-opérateur Slawomir Idziak, spécialiste des filtres (à l'oeuvre aussi sur La double vie de Véronique en 1991 et sur Trois couleurs: Bleu en 1993): les scènes sont filmées à travers des panneaux de verre soit teintés de vert, soit noircis partiellement; le résultat est que le monde du Décalogue, déjà passablement glauque, devient de la sorte insupportablement sale et répulsif. Mais cette teinte délibérée n'est pas limitée aux séquences de violence qui nous montrent l'acte répréhensible, répugnant, et presque gratuit de Jacek: tout le film bénéficie de ce traitement. Et après avoir consacré méthodiquement la première moitié de la narration au meurtre, on s'intéresse dans la deuxième partie à son inévitable conséquence, c'est à dire à l'exécution de Jacek. Et si la Pologne a justement suspendu la peine de mort en 1988, il faut dire que le mode de fonctionnement tel qu'il nous est montré ici nous semble quasi médiéval, le seul moment d'humanité durant la procédure étant l'offrande d'une dernière cigarette au condamné. Le reste est décrit avec minutie, et est aussi insupportable que le meurtre lui-même: les préparatifs méthodiques de l'échafaud, avec sa corde et sa trappe... Quatre gardes qui viennent prendre le condamné dans sa cellule, puis l'amènent brutalement vers le lieu d'exécution... La promptitude des "techniciens" à se saisir de lui quand ses jambes ne le portent plus... L'énergie professionnelle déployée par celui qui actionne la manivelle qui enroule la corde afin d'amener la bonne tension, puis le geste sûr et implacable d'ouvrir la trappe sous les pieds de Jacek.

C'est à travers l'expérience de Piotr (qui essaie de maintenir le contact avec Jacek après sa condamnation, d'abord parce que c'est son travail, et aussi parce qu'il se sent coupable de ne pas avoir obtenu de lui empêcher la condamnation) que nous voyons l'exécution, et le comble du sordide, est que quelques minutes après la mort de Jacek, nous voyons des matières fécales couler de son pantalon sur la faïence qui couvre le fond de la trappe... Rien, donc, ne nous aura été épargné, pas plus dans l'exécution que dans le meurtre...

Piotr permet au moins d'apporter un semblant de dialectique et de drame dans ce qui est par ailleurs la démonstration toute-puissante des convictions des deux auteurs: il se sent coupable, en dépit du fait qu'il a tout donné, et s'en ouvre au juge. Celui-ci lui dit que sa plaidoirie était la meilleure qu'il ait entendue sur la peine de mort, et l'encourage à s'endurcir... Mais ce qui importe dans ce film (dont Kieslowski voulait que des spectateurs choqués ne puissent pas le voir jusqu'au bout, comme l'a rapporté Jeanette Insdorff, sa traductrice Américaine), c'est bien sûr la mise en parallèle implacable et décisive, d'un meurtre... et d'un autre meurtre.

 

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Published by François Massarelli - dans Décalogue Krzysztof Kieslowski
12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 17:48

Comme le dit Alexandre Dupré, "Je ne fais pas dans l'utile, je fais dans le romanesque"... Et c'est là tout le problème de ce film!

Car après le succès de Flic ou voyou, Lautner, Belmondo et Audiard ont carte blanche et un budget conséquent: ce dernier point pour la première fois dans la carrière de Lautner, habitué au système D, et aux tournages gracieux à Nice parce que le maire est un copain... Les trois compères s'entendent pour réaliser un film qui sera une fois de plus un mélange entre comédie et espionnage, avec bien sûr accent sur les cascades et le côté bondissant de Jean-Paul Belmondo. Mais il y a deux problèmes insurmontables, qui sont pour beaucoup dans le fait que ce film au titre insupportablement crétin, est un tas de boue sans saveur...

Premièrement, Lautner est habitué à adapter des romans, les trahir certainement, mais il part d'une intrigue, d'une colonne vertébrale, quoi. Ici, il n'y a rien... Ou du moins, un personnage, qui adore se déguiser, tromper son monde, et qui a un problème avec les convenances et l'autorité (et le bon goût, aussi).

Et le deuxième problème, c'est Belmondo: une star avec caprices, et non des moindres: en gros, tout se passe comme si le flm s'était construit uniquement sur la promesse à la star d'une scène qui lui permettrait d'être suspendu à un hélicoptère, au-dessus de Venise, en caleçon à pois avec un haut de forme... j'imagine le jour où Lautner s'est présenté à Alain Poiré avec ce pitch! Bien sûr, Jean Vautrin (sous le pseudonyme de Herman) s'est attelé à un semblant de scénario, mais pour des raisons de décence, je ne vais même pas en parler.

Bref, passez votre chemin, à moins d'avoir envie de voir des personnages se sortir des pires situations en donnant un coup de pied dans les joyeuses d'un personnage qui se met alors à hurler en se tenant les cousines endolories. Surtout qu'à un moment, c'est Philippe Castelli qui se fait torturer ainsi, et s'il est accepté que cet acteur fétiche de Lautner est exécrable en toutes circonstances, il est ici pire que tout. 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner Michel Audiard
12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 12:48

Rouge est le troisième film de la trilogie  imaginée par Kieslowski, avec son complice Piesewicz: représenter, à travers trois films et trois héros ou héroïnes, les concepts de liberté (Bleu), égalité (Blanc) et Fraternité (ce dernier film donc). Fêté par tous les critiques, il a semble-t-il été victime du battage médiatique unanime qui l'a entouré, et n'a pas obtenu la Palme d'or que tous lui prédisaient. Une leçon à retenir, sans doute, mais Kieslowski l'a interprétée comme un coup d'arrêt, puisqu'il a arrêté le cinéma peu de temps après...

Le film commence comme les deux précédents par un mouvement, celui des ondes qui voyagent d'un téléphone à l'autre, depuis l'Angleterre jusqu'à Genève. On les suit, et le téléphone va jouer un rôle considérable dans cette histoire qui tourne autour de la fraternité, mais aussi des liens entre les êtres... Les deux personnages en sont d'une part Valentine, une jeune modèle (Irène Jacob) fiancée à une homme extrêmement jaloux et compliqué qui vit de l'autre coté de la Manche, et d'autre part Joseph Kern, un vieux juge (Jean-Louis Trintignant) retraité et misanthrope, qu'elle rencontre et qui passe le plus clair de son temps à écouter les conversations téléphoniques de ses voisins. Une intrigue apparemment secondaire nous intéresse à Auguste, un jeune juge (Jean-Pierre Lorit) qui a une relation avec une jeune femme de deux ans son aînée (Frédérique Feder), mais elle le trompe... Valentine et Auguste, que la caméra rapproche aussi souvent que possible dans de virtuoses plans-séquences, sont faits l'un pour l'autre, et le destin, sous la forme du vieux juge qui a un faible pour Valentine, va précipiter les choses... 

Kieslowski était très fier de ce dernier film, qui aborde une foule de sujets, et revient en les raffinant sur un certain nombre de traits déjà vus dans les deux films précédents mais aussi dans La double vie de Véronique: ainsi Auguste et le vieux juge sont ils présentés par l'auteur comme un seul et même homme: même relation amoureuse compliquée, suivie de fuite en Angleterre, même circonstances aussi durant lesquelles ils ont obtenu de devenir juges... et logiquement, Valentine sera un point commun entre eux elle aussi. Sinon, après tant d'années et de films à montrer des personnages (Weronika, Julie dans Bleu, puis Karol dans Blanc) assister sans pouvoir -ou vouloir- l'aider au triste spectacle d'une vieille dame qui essaie de placer une bouteille dans un container destiné au recyclage du verre, Valentine va l'aider, et triompher de la difficulté. Le thème de la fraternité est abordé de multiples façons: obsédée par le problème du mal-être de son frère qui l'a conduit à l'héroïne, Valentine est aussi celle qui va tenter de contrer le cynisme du vieux juge en essayant de le persuader qu'il a tort d'espionner ses voisins, et d'ailleurs elle va au moins réussir à le faire revenir à la vie...

Valentine partage avec les autres héros de Kieslowski le fait d'avoir une histoire de famille compliquée, et de ne pas savoir organiser les choses pour revenir au calme et à la simplicité: elle affronte d'ailleurs deux tempêtes dans le film: celle qui va couler le ferry-boat dont elle réchappera en compagnie des autres héros de la trilogie, mais aussi le fait que son frère s'enfonce dans la spirale de l'héroïne, délaissant de plus en plus sa mère. Mais celle-ci habite à Calais: comme Julie (Bleu) impuissante devant la maladie de sa mère, Valentine a fui, loin de sa famille dont elle assiste à distance à la destruction programmée... Le film raconte comment elle va commencer à se prendre en charge pour aider les autres. Un chien, par exemple, puis un vieil homme qui bien besoin d'un coup de pied aux fesses...

Rouge aborde de fait non seulement le thème de la fraternité à travers les mésaventures d'un certain nombre d'êtres humains, mais il est aussi l'histoire d'un vieil homme qui assiste à d'autres vies, sans les juger, en ayant le sentiment de ne pas avoir vécu comme il le voulait. C'est à Trintignant que revient le final, avec ce plan du vieux juge souriant face à une de ses fenêtres brisées par ses voisins, une larme sur la joue, après qu'il ait vu l'une des images les plus belles, mais aussi les plus énigmatiques du cinéma de Kieslowski... 

Unique point commun visible entre Rouge et les deux autres films, l'épilogue durant lequel un ferry coule, avec à son bord les héros de chacun des films, ainsi réunis pour un sauvetage télévisé: sont enfin réunis, Julie et son collaborateur et amant Olivier, Karol et Dominique, et bien sur Valentine et Auguste... Sans doute le film souffre-t-il de venir en queue de peloton, et d'avoir été peut-être un peu trop mûri: mais on ne va pas se plaindre de la virtuosité d'un cinéaste passionnant, qui aime à jouer avec son spectateur comme aucun autre artiste ne le fait.

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Published by François Massarelli - dans Krzysztof Kieslowski Criterion
12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 12:37

Le deuxième film de la trilogie 'européenne' Trois couleurs de Krzysztof Kieslowski commence par une énigmatique vision, celle d'une grosse valise véhiculée sur un tapis roulant dans un aéroport... un point commun entre les trois films, celui de commencer par un mouvement lié à une idée-clé du film. La valise, symbole à la fois du voyage, du dénuement, du déracinement, et de la ressource du personnage principal, s'imposait...

Blanc partage une scène avec Bleu, dans un tribunal au début du film; dans le premier film, Julie cherche une personne au tribunal, ouvre une porte et interrompt brièvement une audience: on aperçoit donc Juliette Binoche dans Blanc, qui interrompt l'audience du jugement de divorce de Karol Karol (Zbigniew Zamachowski) et Dominique (Julie Delpy)... Blanc aborde le thème de l'égalité sous l'angle... de l'inégalité! Karol est venu à Paris, mais tout autour de lui se casse: son épouse divorce parce qu'il n'est plus capable de la satisfaire sexuellement, elle garde tout, il perd son salon dans des circonstances peu glorieuses, et par dessus le marché, il ne comprend rien à rien... il retourne en Pologne, ou la malchance continue brièvement, avant que les rôles ne se renversent. Puisqu'il ne peut conquérir son épouse par l'amour, il choisit de la faire venir d'une autre manière, et va prendre effectivement le dessus sur elle.

Le film est une comédie, comme l'était du reste Décalogue X, la précédente collaboration de Kieslowski avec Zamachowski; ce dernier s'appelle Karol Karol, ce qui revient selon Kieslowski à l'appeler doublement comme Charles... Chaplin. La photo du film est baignée de blanc, mais ce film central du dispositif est aussi marqué par un nombre incroyable d'objets bleus et rouges... les bleus revoient le plus souvent au passé (Paris et l'échec du mariage), les rouges à l'avenir: lors de sa rencontre dans le métro Parisien avec Mikolaj, l'ami qui va lui permettre de retourner à Varsovie, ce dernier porte une écharpe rouge; à Varsovie, quand ils se retrouvent, Mikolaj a brièvement une écharpe bleue, qui redevient rouge lorsque les circonstances s'améliorent; la maison du frère de Karol (Jerzy Stuhr, vieux complice depuis L'amateur en 1979, et qui jouait déjà avec Zamachowski dans Décalogue X) est envahie d'objets rouges aussi: le drap dans lequel Karol se remet de ses émotions, l'évier... Le film est au centre de la trilogie, et Kieslowski nous le rappelle constamment.

La deuxième citation de Bleu est un gag, qui donne le ton satirique du film: lors d'une scène d'amour, Dominique a (Enfin!!) un orgasme. Fondu au blanc, comme lors des épiphanies de Julie, et l'écho du gémissement tient lieu de musique. Sinon, tout comme l'expérience douloureuse de la liberté dans Bleu, ce nouveau film tend à démontrer que Karol et Dominique sont condamnés à l'absence d'égalité: si Dominique méprise le Karol Parisien, ce dernier une fois revenu en Pologne a trouvé un moyen définitif de la conserver... prisonnière! Le dernier plan montre Karol qui pleure en contemplant avec ses jumelles la femme qui l'aime, dans une cellule de prison, qui lui dit avec le langage des signes qu'elle l'aime aussi... Une fin délicate pour un film dans lequel Kieslowski retrouve sa jeunesse, avec un vrai sens de l'humour iconoclaste qu'on lui reconnait assez peu!

Ce film est peut-être, de toutes les dernières oeuvres de Kieslowski, la plus pure, ou en tout cas celle avec laquelle il réussit à aller au bout de son propos avec le plus d'aisance. Le langage, sans doute, et aussi cette atmosphère particulière des scènes Polonaises, à la fois ouatées (c'est l'hiver!) et d'un réalisme sordide, l'aident dans sa démarche. Et puis tous les acteurs sont excellents, au service d'une tragi-comédie au ton si particulier...

Reste, pour les maniaques, une interrogation: comment Karol Karol, supposé mort mais bien vivant, et Dominique Vidal, son épouse accusée de son meurtre, vont-ils se sortir de cette situation et se rendre capables de prendre le fameux ferry dans la Manche, dont ils échapperont au naufrage dans le film Trois couleurs: Rouge? Nous ne le saurons bien sûr jamais...

 

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Published by François Massarelli - dans Krzysztof Kieslowski Criterion
12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 12:27

En 1994, au moment de sortir le dernier film de sa trilogie Européenne, Kieslowski est sans doute épuisé: il vient, depuis 1987, de sortir pas moins de 14 films, dont cinq sous le format de long métrage, et a été le centre de l'attention cinématographique, en France mais aussi à l'étranger. Les festivals se le sont arraché, il est consacré grâce au Décalogue, à La double vie de Véronique, vu et apprécié un peu partout, et presque muséifié grâce à une triplette extravagante de longs métrages... Mais il y a des ombres au tableau. Comme Pedro Almodovar ces derniers temps, Kieslowski ne recueille pas à Cannes la symbolique mais convoitée Palme d'or pour Rouge. Trop attendue? Peu importe. En tout cas, il annonce un peu partout qu'il ne fera plus de cinéma, et de fait tiendra parole puisqu'il décédera deux ans plus tard; trop tôt, cela va sans dire... Aujourd'hui, la trilogie est sans doute son oeuvre la plus "grand public", la plus connue, et la plus diffusée. Et les trois films ultimes de ce créateur obsédé par les séries (Le hasard et ses multiples possibilités, le Décalogue et ses dix films, ou encore la Double vie de Weronika et Véronique...) sont aussi bien visible comme des films indépendants les uns des autres que comme trois parties d'un tout.

A l'origine, Krzysztof Piesewicz son co-scénariste et Kieslowski ont basé leur idée initiale sur une erreur naïve: ils attribuent aux couleurs du drapeau Français des associations avec les trois concepts de liberté, égalité et fraternité, et se lancent donc dans trois scénarios basés sur ces concepts. Le producteur Marin Karmitz les a éclairés sur cette erreur, mais les a aussi laissé faire. Si chacun des films peut donc être visible en toute indépendance, ils ont été tournés sur quinze mois en une seule traite, par ordre d'arrivée. Ils ont aussi un grand nombre de points communs, tant conceptuels que structurels: un début sous forme de mouvement, une fin qui tourne autour d'un motif, un des personnages qui pleure, face à une vitre ou un obstacle, à l'issue d'un changement drastique, ou d'une épiphanie; trois héroïnes, aussi: Juliette Binoche, Julie Delpy et Irène Jacob, la muse de La double vie de Véronique. Et sinon, Zbigniew Preisner revient à la composition, comme toujours depuis Sans fin en 1985... Mais les trois films auront aussi des spécificités: Slawomir Idziak est le directeur de la photo de Bleu, Edward Klosinski celui de Blanc et enfin Piotr Sobocinski celui de Rouge: Kieslowski renoue ainsi avec la tradition du Décalogue dont neuf directeurs de la photographies assurent les images... Compte tenu des délais, deux monteurs assureront le travail: Jacques Witta pour Bleu et Rouge, et Ursula Lesziak pour Blanc. Pour ce dernier film, tourné en majorité en Polonais, il importait sans doute à Kieslowski de s'assurer la collaboration d'un monteur qui connaisse la langue... et donc, dernier point de divergence entre les films, Bleu a été tourné en France, notamment à Paris, Blanc a Paris et en Pologne, surtout à Varsovie, et Rouge à Genève pour la plus grande partie...

Bleu commence par une séquence durant laquelle on voit une voiture, sur une autoroute... Puis sur une route de Campagne ou elle a un accident. On apprend ensuite que des trois occupants, deux sont morts: Patrice de Courcy, compositeur, et sa fille. La veuve, Julie, va donc décider après une tentative pathétique de suicide, de tirer un trait sur tout: la musique de son mari, dont une oeuvre importante était en cours d'achèvement, la maison, les souvenirs... Elle va faire l'expérience d'une vie de liberté totale, sans attache, sans famille, et va surtout constater à quel point cette liberté à l'écart de toute attache affective est contraire à l'être humain. Le film se veut son parcours, et le personnage principal ayant tendance à étouffer ses émotions, il est le plus froid des trois...

Les efforts de Juliette Binoche pour se détacher de tout et de tous seront difficiles, puisqu'elle devient copine avec une prostituée pétillante (Charlotte Véry) qui fait elle aussi l'expérience amère d'une certaine liberté, qu'elle se lie avec Olivier (Benoît Régent), un ancien collaborateur de son mari, qu'elle visite sa mère (Emmanuelle Riva), victime d'un Alzheimer manifeste, ironique quand on pense au désir de Julie d'oublier; enfin, elle va rencontrer une femme (Florence Pernel) qui a partagé l'intimité de son mari, et qui attend un enfant de lui.

Personnage du drame, la musique de Preisner prend énormément de place, et ce n'est peut-être pas son chef d'oeuvre. Mais le film est fascinant par le jeu des sens, de la subjectivité qu'il déploie. Et il est sans doute l'oeuvre la plus virtuose de son auteur, avec ces moments ou, tout benoîtement, le réalisateur semble "débrancher" son héroïne, qui se laisse envahir par le souvenir, ce qui est suivi d'un fondu au noir, accompagné par de la musique. Bleu marque aussi par l'utilisation de cette couleur, réservée le plus souvent aux objets qui forgent un lien avec le passé, notamment les objets liés à la fille de Juliette Binoche (Un lustre, une sucette trouvée dans un sac). Le film se conclut sur un plan de l'actrice, seule face à une vitre et envahie par l'émotion, elle a enfin réussi à faire son deuil de la mort de ses proches, mais aussi de son expérience hasardeuse de la liberté...

 

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Published by François Massarelli - dans Krzysztof Kieslowski Criterion