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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 09:08

Voilà ce que j'écrivais sur ce film en 2011:

"Pourquoi s'intéresser à The professor, aujourd'hui, film inachevé de Chaplin car abandonné? Après tout, on a déja fort à faire avec les films qu'il a finis, avant de s'intéresser à ceux qu'il a lui-même mis de côté... seulement voilà, le décidément indispensable documentaire Unknown Chaplin a mis un coup de projecteur sur ce film, qu'on a donc découvert dès 1983, et qui s'est mêlé de façon indissociable aux nombreux souvenirs liés à la vision des films de Chaplin. Et puis en regardant bien les scènes achevées, on s'aperçoit qu'il est plein d'intérêts...

Pour commencer, le film est situé dans un asile de nuit, ou le héros se rend. Ce décor ne quitte pas Chaplin depuis sa tentative avortée de Life, lui qui y retourne encore et encore... il s'en souviendra pour The Kid.

Ensuite, The professor présente un Chaplin inattendu, au maquillage différent, au caractère différent, avec une identification forte: le "Professeur" Bosco est montreur de puces savantes. Son allure se rapproche de celle du vagabond, avec des vêtements qui ont connu de meilleurs jours, des grosses godasses, et la tignasse proverbiale de l'acteur, mais la moustache est plus vaste, le regard vide, et un chapeau très démodé, façon Dickens, achève de parfaire l'illusion. On note aussi la présence d'une de ces petites pipes en bois sensées compléter l'attirail de son personnage lorsqu'il est doté d'un emploi stable. Chaplin, qui n'allait pas tarder à laisser de côté son personnage le temps d'un long métrage, avait déjà envie de se débarrasser de lui 4 ans auparavant... La transgression n'a pas abouti, et on peut comprendre pourquoi. Ce professeur se comporte d'une façon différente. Son visage trahit une lassitude, un dégout presque, qui fait froid dans le dos. Lorsque les puces s'échappent de sa boîte, il fait usage d'une surprenante autorité, usant de son fouet. Une assurance qui étonne...

Les puces reviendront, dans une séquence rêvée de Limelight, le clown Calvero se voie dans un numéro assez similaire à celui du Professeur Bosco, sauf que les puces seront, là, imaginaires. Ici, elles sont réelles, ce qui entraîne une épidémie de gratouille chez les pensionnaires, par ailleurs très passifs, de l'asile. Un mot, d'ailleurs, au passage, pour parler de cette étonnante tendance au grossier et à la vulgarité assumée, chez Chaplin, qui va de pair avec une pudeur paradoxale. Ici, il s'agit d'utiliser la crasse, le manque d'hygiène associés à la présence de puces à des fins de pantomime...

Mélanger une fois de plus le pathos et le comique, noir, c'est devenu une habitude chez Chaplin. mais peut-être avait-il besoin de motivation? Peut-être ne sentait-il plus son personnage, en passe de rentrer dans le rang (il en fait un homme au costume de ville soigné dans The bond, un homme à tout faire dans Sunnyside, donc employé, un soldat dans Shoulder arms...), peut-être avait-il besoin de redéfinir de nouveaux contours afin de repartir à zéro avec le public. L'échec de la tentative le mènera de toute façon à The kid. Sans doute avait-il besoin d'un angle d'approche différent... ce film le lui a peut-être fourni: il n'est donc pas si anodin."

Et maintenant, il faut bien admettre que la donne a changé, car The professor, tourné selon le biographe et ancien secrétaire de Chaplin en 1919, durant la période troublée qui précède la sortie de The Kid, a effectivement été abandonné, mais le titre a resurgi dans le studio pour une possible sortie... En 1922, au moment de quitter la compagnie First National, Chaplin a tenté de faire un film complet avec des chutes de Shoulder arms et de Sunnyside, plus l'intégralité de la séquence décrite ci-dessus. Il a donc imaginé une continuité, qui a été préservée, et qui intègre les scènes domestiques coupées de Shoulder arms (afin de montrer le quotidien peu reluisant de son héros), la séquence du barbier non intégrée dans Sunnyside, avec Albert Austin et Edna Purviance (pour indiquer qu'au moins, le personnage a un emploi), la scène mémorable du conseil de révision supprimée de Shoulder arms, et enfin la séquence de l'asile de nuit placée en fin de deuxième bobine, pour montrer que le héros s'est choisi un destin...

Toutes ces chutes ayant été préservées, la continuité et la liste d'intertitres retrouvées, David Robinson a donné son feu vert à la reconstitution du film, dont no ne s'étonnera pas qu'il n'est pas sorti, en bout de course: ça ne ressemble à rien d'autre qu'à une série de chutes mises bout à bout, et ça montre essentiellement, d'une part que Chaplin pouvait parfois être à court d'idées, et pleine crise, au point d'être tenté par le recyclage (How to make movies part un peu de la même intention, mais a au moins le mérite de l'originalité); d'autre part, le fait que le film n'est pas sorti montre aussi que le metteur en scène savait aussi s'arrêter à temps.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 09:50

Dans le film The incredibles, une scène de pirouette finale est restée dans toutes les mémoires: alors que la situation s'est éclaircie, que tout va bien, c'est en écoutant les messages de la baby-sitter du petit Jack-Jack qu'Helen et Bob Parr apprennent non seulement que ce dernier a été enlevé, mais aussi qu'il a sans doute enfin démontré qu'il avait des pouvoirs... Et quels! Ce court métrage de complément (destiné au DVD) explore cette sous-intrigue en nous montrant l'envers du décor: comment Kari, la baby-sitter (Interprétée par l'animatrice Bret Parker), a vécu l'expérience de garder un bébé dont elle ne savait pas (et ses parents non plus) qu'il pouvait être invisible, léviter, traverser la matière, envoyer un rayon destructeur avec ses yeux et tant qu'à faire opérer une combustion spontanée sans la moindre conséquence sur sa propre santé... mais pas sur son entourage.

C'est une irrésistible suite de gags qui complètent avantageusement le film de long métrage; plutôt que de laisser cette suite de séquences très drôles à la fin du film, en lieu et place de l'énervant bêtisier qui était devenu la tradition Pixar, Bird a préféré en faire une cerise sur le gâteau, mais surtout un film de court métrage à part entière, soigné et fort bien construit... Tant mieux. 

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Published by François Massarelli - dans Animation Pixar Disney Brad Bird
16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 09:15

Le beurre et l'argent du beurre, comme on dit: peut-on à la fois mener la carrière qu'on s'est choisie, le faire bien et sans regrets, et du même coup maintenir une vie de famille résolument solide et "normale"? C'est la question soulevée par ce film... Tout en étant une histoire de super-héros, ce long métrage Pixar qui me semble être tout bonnement le pic absolu de la production du studio, aborde en effet une thématique qui tient particulièrement au coeur de Brad Bird, et dont celui-ci vient d'opérer un dépoussiérage avec son nouveau film, sorti cette année, et qui s'appelle... The Incredibles 2!

Mais n'allons pas trop vite: intéressons-nous à cette drôle d'entreprise, un film qui à la fois offre une satire enlevée des films de super-héros, propose une revitalisation du genre, une histoire modèle, et se paie le luxe d'en exposer les codes dans de nombreuses scènes de méta-cinéma de haute volée! Et tout ça, comme le film Superman de Richard Donner, part d'un lien établi à l'écran entre glorieux passé et présent incertain: on commence par des interviews vintage de super-héros qui apportent leur réflexion à un thème soulevé par des journalistes: qu'est-ce que la vie de héros, quelles en sont les frustrations, et l'anonymat y est-il nécessaire? Les trois héros interviewés, Mr Incredible (Craig T. Nelson), Elastigirl (Holly Hunter) et Frozone (Samuel L. Jackson) sont assez clairs: il est impossible de concilier une vie de famille et un sacerdoce de super-héros. Frozone va même jusqu'à s'en réjouir... Dans un soupir qui en dit long, cependant. 

Mais très vite, après une séquence fabuleuse en forme de florilège du "style" de Mr Incredible, on apprend que la situation de ces trois héros flamboyants est du passé, que les gens du public se sont lassés, et que les justiciers sont priés de faire profil bas, et de ne surtout plus intervenir. Mr Incredible, soit Robert Parr, marié avec Elastigirl alias Helen Parr, est agent d'assurances. Il est la proie de son patron, un insupportable connard de 62 cm de haut qui prend un malin plaisir à se payer la fiole d'un employé taillé comme un tank. Ils ont la sécurité, un petit pavillon et trois enfants... Je n'ais pas encore parlé des super-pouvoirs des deux parents: Bob Parr est fort, très fort: il fait ses exercices matinaux en soulevant des locomotives! Helen, comme son nom de scène ElastiGirl l'indique, est dotée d'une souplesse phénoménale... Et leurs deux grands enfants, la timide fille Violet et le turbulent Dash, ne sont pas en reste: Violet est dotée d'un pouvoir d'invisibilité qu'elle a pour l'instant du mal à contrôler, et peut générer des champs de force, mais là encore, c'est balbutiant. Dash est doté d'une vitesse et de réflexes impressionnants... Mais l'un comme l'autre, tout comme leurs parents, doivent rester discrets sur ce point...

Le film prend vraiment son envol lorsque Parr est licencié après un coup de sang (salutaire, si vous voulez mon avis). Il trouve un emploi mystérieux, en acceptant la proposition d'une femme inconnue, Mirage (Elizabeth Pena) de travailler pour un commanditaire qui restera secret: il accepte, en secret pour ne pas inquiéter Helen (ce qui s'avérera une erreur riche en conséquences), et ne sait pas que pour se remettre à effectuer son boulot de super-héros, il vient de signer un pacte avec un ancien fan frustré, qui a décidé de supprimer tous les super-héros dotés de pouvoirs... Afin de les remplacer avec ses inventions. Un danger public, incarné par "Buddy" (Jason Lee)...

La famille reste le maître mot du film, qui montre de quelle façon elle va être mise en danger, puis réunie par les circonstances. Brad Bird, qui avait montré un certain pessimisme sur le sujet dans The Iron Giant (et allait le faire de nouveau dès son film suivant, Ratatouille), me parait avoir fait une concession à l'esprit Pixar ici, mais ce n'est pas un gros problème, car le thème du film n'est pas que la famille, justement. C'est le problème de la place d'une personne dans le monde que cherchent à établir Robert Parr, Helen Parr et leur ami Lucius Best (Frozone), ce qui est transcrit par des scènes enlevées, de super-héros dans la vraie vie, d'engueulade familiale à table, de rivalité de fratrie entre deux membres de la même famille dotés de super-pouvoirs... Et autre thème (très présent dans les films Pixar, bien sûr): qui est-on? Une question non seulement soulevée par la frustration de ne pouvoir assumer leur réelle identité, pour les héros, mais aussi par le fait que Jack-Jack, le dernier né de la famille Parr, n'a pas de pouvoirs. Pas, ou pas encore? Et si c'est ce dernier cas, quels sont-ils? Réponse dans le film...

Bird arrivait dans Pixar auréolé d'un succès non négligeable avec The Iron Giant. Le studio lui a déroulé le tapis rouge, le laissant libre de développer son projet avec une quasi carte blanche (si on excepte la présence obligatoire de quelques thèmes maison, évoquée plus haut). Le résultat, qui est à la fois une parodie et un film qu'on peut après tout prendre au premier degré, est une réussite au-delà de toute espérance: superbe graphiquement, à l'animation fluide et surprenante, supérieurement monté, et doté d'un script absolument étanche. Pas un défaut ne vient se mettre en travers du plaisir que génère ce film. C'est un chef d'oeuvre...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Pixar Disney Brad Bird
15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 09:15

Alors que le Kin Lu s'apprête à quitter Hong Kong pour rejoindre Singapour, la tension monte d'un cran: le capitaine Gaskell (Clark Gable) découvre en effet deux mauvais présages: une troupe de pirates déguisés en femmes est repérée, et il constate aussi que certains passagers essaient d'emmener des armes... C'est que la cargaison est convoitée, il est de notoriété publique que le navire transporte de l'or. Mais les ennuis viendront d'ailleurs: d'une part, le fort affable McArdle (Wallace Beery) est-il vraiment le paisible exportateur de cochons qu'il prétend être? Et d'autre part, la présence dans le bateau d'une ex-fiancée Anglaise très comme il fait (Rosalind Russell) et d'une jeune aventurière (comme on dit) avec laquelle Gaskell a passé quelques nuits (Jean Harlow), et qui souhaite continuer l'expérience n'augure pas d'un voyage très calme... Surtout quand le mystérieux McArdle commence à tourner autour de la jolie blonde.

Des personnages aux destins contraires et complémentaires, des hommes et des femmes qui ont tout à refaire, à changer, à oublier ou à finir, des grands noms (Gable, Beery, Harlow), des acteurs de premier plan (Russell, mais aussi Lewis Stone ou C. Aubrey Smith)... Beaucoup de détails de ce genre tendent à faire de China Seas une sorte de Grand Hotel sur l'eau! C'était probablement une partie de l'intention pour la mise en chantier de ce film. Mais il n'a pourtant pas été confié à Tay Garnett pour rien: l'idée principale, ici, est de se vautrer dans l'aventure, la vraie, la seule. Du sang, de la sueur et des larmes, en quelque sorte, et sans surprise, voilà un film nourrissant et roboratif: vous en aurez pour votre argent...

La mise en scène est remarquable, et le montage aussi: c'est que la tâche était difficile, puisque on imagine que Tay Garnett devait à la fois livrer un film rempli de frissons, et de scènes spectaculaires, et... il y en a, de la scène d'ouverture largement occupée par des plans-séquences de toute beauté, jusqu'à la spectaculaire tempête, une scène de torture très enlevée, et bien sûr une attaque de pirates toute en suspense... Et le double jeu de Wallace Beery (il m'est toujours extrêmement désagréable de dire du bien de cet acteur exceptionnel qui était aussi un des pires salauds que la terre ait porté, un violeur de la pire espèce) maintient le spectateur à cran pour une bonne part des deux dernières bobines...

Et si je parle du montage, c'est parce qu'il fallait une certaine science du dosage savant pour réussir à faire passer la pilule d'un dialogue épicé (Harlow et Gable) et d'une avalanche de sous-entendus, alors que le code de production et son auto-censure venaient d'être renforcés... Mais le film n'est pas édulcoré pour autant, on peut faire confiance à certains acteurs, et par bien des côtés, le triangle Russell-Gable-Harlow nous rejoue la partition de Red Dust, de Victor Fleming (1932). A guichets fermés... C'est probablement ce film qui marque la renaissance d'un film d'aventures ambitieux, et il fera des petits, beaucoup de petits.

 

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Published by François Massarelli - dans Tay Garnett
14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 09:23

Des escroqueries très élaborées et des cambriolages spectaculaires sont effectués par des hommes divers: un vieillard se faisant passer pour un duc, un déménageur à la langue bien pendue, et un austère Norvégien... Tous sont le même homme (Louis Jouvet), et en dépit de l'invraisemblable ressemblance, cet homme n'est pas Gabriel Dupon (Louis Jouvet aussi). Lorsque ce dernier, employé d'une fabrique de boutons, est arrêté par erreur, le vrai bandit, Ismora, trouve une opportunité en or: un type malléable, nul, crédule, qui lui servira de parfait alibi. Et comme Dupon, que son arrestation a bouleversé, souhaite disparaître, l'arrangement entre les deux est vite établi. Mais croire que ça va rouler tout seul, ce serait compter sans le grain de sable: la petite amie d'Ismora, Coraline (Suzy Delair), n'est pas au courant de la combine, mais elle est bien mieux avec Gabriel qu'avec Ismora...

On peut se demander dans quelle mesure The whole town's talking, de John Ford, a influencé ce film. Ils ont bien des points communs, en effet... Mais le film de Dréville est malgré tout bien meilleur que celui de Ford! Le réalisateur est plus à l'aise avec son intrigue, et surtout Dréville a donné sa confiance absolue en Louis Jouvet, qui se livre avec un brio incroyable à un tour de force: jouer deux personnages, radicalement différents l'un de l'autre, en montrant de quelle façon l'un d'entre eux prétend être l'autre... Ca passe bien sûr par des effets spéciaux, tous impeccables. Ca passe par un maximum de timing, et là encore on n'a pas de problème. Ca passe surtout dans le jeu d'acteur, et Jouvet n'a aucun souci à "faire passer" ses deux personnages, sans jamais perdre le public. 

L'excellence de l'interprétation, le rythme de la mise en scène, Dréville fait un sans faute, mais il ne faudrait pas réduire ce beau film malin et souvent très noir à un simple tour de passe-passe distrayant: on y aborde (comme dans le film de Ford, du reste) une question inhérente à la comédie cinématographique, sur l'identité profonde d'un être. Le jeu de Jouvet est clair: lui s'est posé la question, pour chacun des personnages qu'il incarne; y compris le fabuleux Norvégien... 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 15:32

Après Goldfinger et son succès phénoménal, Thunderball (Opération tonnerre dans nos contrées) est le quatrième film de la franchise James Bond, et... le premier à faire vraiment dans le systématisme le plus assumé: endroits exotiques si possible ensoleillés, menace mondiale représentée par une organisation tentaculaire, mission plus floue que jamais, collection de jolies filles séduites parfois de force, et meurtres à gogo... Une fois de plus, l'eau joue son rôle de menace numéro un, avec une forte dose de requins dedans, et un nouvel ingrédient prend beaucoup de place, réduisant considérablement le rôle du metteur en scène: les gadgets.

Faut-il y voir la raison pour laquelle Bond (Sean Connery, vous le savez déjà) n'a pas l'air très heureux de croiser la route de Q, l'ingénieux et saoulant ingénieur spécialiste en objets de tous genres visant à rendre la mission de bond à la fois plus fun, plus facile et plus chère? En tout cas, les jet-packs, voitures à jet d'eau et autres montres explosives vont créer au sein de la confrérie des fans de la franchise une fracture entre ceux qui les aiment, et... ceux qui les détestent. C'est d'ailleurs le cas de l'excellent monteur de ce film, Peter Hunt: quand il aura la chance de réaliser son unique film avec James Bond, il s'en passera, tout simplement, et... ce sera le meilleur.

Ce qui n'est pas le cas de celui-ci: plaisant, décérébré, soigné, et un peu longuet...

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Published by François Massarelli - dans Bond
13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 09:26

Le cinéma muet Australien est aujourd'hui peu connu et pour cause: comme partout, mais plus qu'aux Etats-Unis, par exemple, la vaste majorité des films a disparu au gré des ans, et contrairement au cinéma Européen et bien sûr au cinéma Américain de l'époque (dont pourtant seulement un peu moins de 30% aurait survécu selon les estimations les plus optimistes), il n'y a pas eu un élan mondial de préservation comme dans les années 30 en Europe, qui aurait permis d'enrayer le désastre... C'est bien sûr l'un des éléments essentiels qui font le prix de ce film, l'un des plus significatifs de la période, et probablement le plus important film de son auteur, le pionnier Raymond Longford. Celui-ci s'est lancé dans une production indépendante foncièrement nationale, en adaptant en compagnie de sa complice Lottie Lyell les poèmes de C. J. Dennis consacrés à un Australien aussi typique qu'il est possible de l'être...

Nous suivons les mésaventures de Bill (Arthur Tauchert), un brave gars né dans les quartiers pauvres de Sydney, vendeur de légumes au marché; il rencontre Doreen (Lottie Lyell), une jeune femme de son milieu, mais comme il faut, et leur histoire d'amour nous est contée sans fards, sans excès de sentimentalisme, mais aussi avec une énorme tendresse...

C'est assez dur de résumer ce film sans avoir l'air de faire dans la banalité, tant on a parfois l'impression qu'il ne se passe rien ou presque dans ce film de 7 bobines... Les obstacles au bonheur entre Doreen et Bill existent bien sûr, mais ils sont vite contournés ou affrontés: le tempérament excessif de Bill qui doit lutter contre sa propre nature; les tentations offertes par les copains qui ne sont pas vraiment des gens très sophistiqués; la présence occasionnelle d'un rival mieux habillés, aux manières plus tempérées... Même une belle-mère potentielle ne s'avérera pas être le dragon attendu pour Bill! Arthur Tauchert, un comédien d'un certain renom, a été choisi justement parce qu'il avait l'habitude de jouer un personnage dans la lignée de ce Bill, créé par le poète C. J. Dennis pour dresser un portrait tendre de l'Australien moyen dans sa simplicité et sa modestie... Et Lottie Lyell, par ailleurs scénariste (et, il se murmure, co-réalisatrice), incarne Doreen sans jamais forcer la dose dans un sens ou dans l'autre...

La mise en scène du film est travaillée, dosée en fonction de trois critères: d'une part, une grande partie du sens est véhiculée par des intertitres en vers, inspirés des poèmes originaux, et écrits en argot australien, qui tous sont à la première personne du singulier: c'est bien sûr du point de vue de Bill qu'il s'agit. Ensuite Longford, disposant ainsi de deux fils narratifs possibles (Images et intertitres), évite aussi bien l'illustration que la redondance, ce qui était une prouesse. Il utilise avec une certaine rigueur la grammaire cinématographique, jouant des gros plans avec parcimonie mais aussi une justesse jamais démentie. Enfin, il fait osciller son style entre un véritable naturalisme, et l'influence du slapstick de Mack Sennett, mais débarrassé de l'obligation de faire rire. Non que le film soit triste, bien au contraire! Ce ton constamment entre rire et gravité est d'une grande originalité, et bien sûr le fait que Lottie Lyell ressemble un peu à Mabel Normand, ajoute à notre trouble!

Mais par ces moyens, Longford, qui a tourné dans les vraies rues et quartiers de Sydney, qui a imposé un maquillage minimal à ses acteurs, et qui anticipe Stroheim et son style de Greed (qui lui aussi reposait souvent sur une transposition du cinéma burlesque, on s'en rappelle), ce qui je vous l'assure est un compliment de taille. Je n'ai pas la moindre idée du fait que Stroheim ait vu ou non ce film, mais je ne serais pas étonné qu'il en ait tiré une part de son inspiration... Et en dépit de la présence envahissante de la poésie de Dennis, en dépit de la difficulté sémantique face à l'argot Australien qui prévaut dans des intertitres très nombreux, ce film rescapé est une très belle redécouverte...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 *
11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 08:26

Sous la présidence de John Kennedy, un laboratoire secret situé à Baltimore, dans le Maryland, s'occupe d'une créature étrange; un homme amphibie découvert en Amérique du Sud. Le responsable de la mission, Richard Strickland (Michael Shannon), est un homme ambitieux et surtout dénué du moindre scrupule. Son assistant sur le projet, le Docteur Robert Hoffstetler (Michael Stuhlbarg) ne partage pas son intransigeance, ni son ambition. Mais surtout, c'est un espion Soviétique, dont la mission est de voler les secrets apportés par l'étude de la créature, ou au besoin en priver les Etats-Unis. Pendant ce temps, nous faisons la connaissance de deux personnes qui vivent en voisins à Baltimore: Elisa Esposito (Sally Hawkins), muette depuis la naissance, travaille à l'entretien dans le laboratoire secret; Giles, un peintre raté (Richard Jenkins), trompe sa solitude en vivant dans son atelier entouré de ses chats. Ils vivent au-dessus d'un cinéma de quartier qui est en train de perdre ses derniers clients... 

Elisa va croiser la route de la créature, et ne s'en remettra pas; comme va le noter Hoffstetler, elle va réussir, contrairement à Strickland, à former un lien avec lui, et très vite va s'investir dans cette relation, développant des éléments de langage (des signes, bien sûr), lui faisant goûter la musique, lui donnant des oeufs... Lorsque l'ordre est donné par un haut gradé de procéder à la vivisection de l'amphibien, elle prend la décision de le retirer du laboratoire et de l'amener chez elle... Un coup de force pour lequel elle bénéficiera d'une aide inattendue.

On est en plein conte: Elisa, femme-enfant dotée d'un handicap (elle s'en sort bien mais elle le dit elle-même, elle est "incomplète") est une enfant trouvée au bord de l'eau, et son cou porte les stigmates d'une agression mystérieuse: elle aurait perdu sa faculté de parler lors de cette expérience... Orpheline, elle est comme d'autres femmes de Baltimore agent d'entretien, et donc ni considérée, ni susceptible de s'élever dans la vie. Si Elisa est différente par son handicap, son nom hispanisant la rapproche aussi des autres femmes, qui sont noires, ou ont un accent prononcé. La plupart des scènes rappellent l'idéologie dominante, à la fois pour des besoins d'installer un décor aussi véridique que possible, mais aussi pour avancer la thématique principale: car The shape of water est un film sur l'exclusion et la solidarité... Alors il est difficile de ne pas considérer Richard Strickland comme une synthèse de tout ce qui ne va pas dans le monde d'aujourd'hui: Michael Shannon, un acteur intense (déjà vu dans l'excellente série Boardwalk Empire de Terence Winter) incarne le personnage comme un descendant des pires sadiques aperçus chez Disney, mais avec tout le bagage d'un adulte de 2018: ambitieux, dénué de scrupules mais aussi de coeur, marié et père de famille, mais semblant n'avoir besoin de sa famille que pour le statut social normalisateur qu'elle lui apporte (et de son épouse pour quelques compensations sexuelles qu'elle lui offre sans voir l'air d'en retirer grand chose), il est violent, aime le sentiment de toute puissance que lui apporte la torture, raciste et aimant le souligner, il est aussi un prédateur sexuel de la pire espèce, qui tente de "séduire" Elisa en la dominant. Bref, c'est un fabuleux méchant, pas un subtil, loin de là...

Hoffstetler, de son vrai nom Dimitri, est plus ambigu. S'il a beaucoup de ce qui renvoie au cliché de l'espion de l'est, il n'est pas un fervent admirateur de sa propre mission, et se rebelle même lorsque on lui intime l'ordre de supprimer la créature. Il est joué dans un mélange de drame et de comédie par Stuhlbarg, qui était parfait dans le film A serious man, des frères Coen. Giles, le laissé pour compte qui partage plus ou moins le quotidien d'Elisa (Et qui est le narrateur du film), est non seulement un ancien alcoolique qui tente de se raccrocher sans succès à son métier d'artiste peintre (et qui doit affronter la mise au rebut de son art, puisque les publicités qu'il peignait auparavant sont désormais effectuées par des photographes), mais aussi un homosexuel solitaire: sa seule tentative dans ce sens, lorsqu'il tente d'établir un contact avec le patron d'un établissement qu'il fréquente, sera un échec, immédiatement suivi d'une scène durant laquelle l'homme en question demande à des clients potentiels noirs de quitter les lieux... Enfin Zelda (Octavia Spencer), la meilleure amie d'Elisa sur son lieu de travail est une forte femme, mariée (à un bon à rien, dit-elle) et noire (elle doit subir les remarques acerbes de Strickland) mais elle est surtout la voix d'un bon sens largement accompagné de résignation: non, décidément, dans l'Amérique de 1961, il n'est pas aisé d'être différent... Quelle que soit la différence.

Del Toro adopte dès le début un style fait de nombreux plans-séquences surtout dans les scènes d'exposition qui nous donnent l'impression d'assister à la cohabitation impossible de plusieurs mondes: la première "rencontre" entre Elisa et l'amphibien, par exemple, est un long plan durant lequel nous voyons bien de quelle façon le microcosme du laboratoire fonctionne, avec d'un côté les fonctionnaires, de l'autres les femmes de ménage qui leur semblent invisible, et au milieu, un coffre mystérieux qui attire l'oeil d'Elisa... Car l'essentiel du film, bien que raconté par Giles, est le développement de son point de vue à elle, et c'est une différence qui s'établit entre le film et l'un des ses modèles, The creature from the black lagoon (un film que je ne peux m'empêcher de considérer comme très, très moyen...).

Si on peut sans aucun problème, et je pense que c'est totalement assumé, considérer le cas de chaque personnage secondaire, de Strickland à Zelda comme une exploitation d'une série de clichés savamment intégrés, Elisa échappe à cette classification. On le doit bien sûr à Del Toro, mais surtout à Sally Hawkins, la fantastique actrice Britannique qui joue le rôle: différente, Hawkins n'a pas la beauté de princesse qu'un casting Disney aurait immanquablement recherché. Ca ne l'empêche ni d'être belle, bien sûr, ni de vampiriser l'écran. Le tout début du film nous attache à elle en nous détaillant sa vie quotidienne dans toute sa banalité: son réveil peu glamour sur un canapé trop petit, ses ablutions, son petit déjeuner, sa solitude, sa promiscuité avec Giles... Et son envie d'autre chose, un romantisme exprimé de multiples façons, notamment par son goût pour la comédie musicale (elle fait des claquettes dans un couloir vide) et par le rêve qu'elle fait en guise de prélude au film: elle dort, en suspension dans l'eau, au dessus de son canapé... Ce rôle muet et chorégraphié va loin, et "l'amitié"/amour qu'elle va éprouver pour la créature va n'être platonique qu'un temps... Car la jeune femme nous a inclus dans son quotidien, et nous savons que son romantisme n'est pas dénué de l'envie d'une vie sexuelle: ce qui va provoquer deux scènes de rapprochement audacieuses, et d'une grande beauté formelle. Littéralement, d'ailleurs, elle va accomplir son rêve. Et surtout, elle va trouver en l'étrange amphibien (dont Del Toro nous montre qu'il a effectivement des pouvoirs, mais ceux-ci ont le bon goût de ne pas prendre toute la place) une personne qui l'écoute (paradoxalement) et dont elle va prendre en charge l'éducation...

En 2018, on ne fait pas un film comme The shape of water de façon anodine. Passionné de cinéma fantastique (Il connaît bien l'oeuvre de Tod Browning et par ailleurs cite volontiers Vampyr de Dreyer comme l'un de ses films préférés), Del Toro a déjà réalisé deux films-contes qui étaient des réflexions sur le fascisme, L'échine du diable et Le labyrinthe de Pan. Qu'on ne s'y trompe pas: l'Amérique de 1961, recréée dans ses moindres détails, est un reflet peu aimable de notre monde, que nous soyions Américains ou non: plaidoyer pour la solidarité, l'ouverture à la culture et la différence, le message est clairement assumé, même caché derrière les oripeaux du film d'horreur ou du conte. La beauté formelle impressionnante du film, le suspense particulièrement travaillé, l'humour, et la poésie, tout concourt à faire de ce film une éclatante et singulière réussite, un film qui nous garantit qu'il n'y aura pas de Shape of water 2, malgré sa fin si élégamment ouverte. Un film classique dès sa première minute, qui mérite ses Oscars dès sa première seconde, et qui est une merveille, de bout en bout: voila. 

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro
9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 10:11

Après une poignée de films à la réputation assez médiocre, tous perdus, John Gilbert avait finalement obtenu de la Fox de tourner dans des oeuvres plus intéressantes, qui pourraient enfin rendre justice à sa flamboyante impétuosité: ce sont les seuls films de Gilbert pour le studio qui ont été conservés. L'autre est Cameo Kirby, de Ford; mais celui qui nous occupe aujourd'hui est plus qu'une curiosité: c'est une adaptation extrêmement décente du roman de Dumas, condensé avec une certaine expertise en 107 minutes... dans la version d'exportation en tout cas, la seule à avoir survécu.

On ne va pas reprendre l'histoire, qui certes a subi des micro-modifications, et dont la fin a été changée à travers une série de petites touches qui permettent de garder la cohérence du film intacte: si le fait que Mercedes et Dantès peuvent filer le parfait amour à la fin, ou du moins finir de vieillir ensemble, peut apparaître comme une petite trahison, du moins cela est-il préparé avec soin dans le déroulement du film...

Et celui-ci donc est soigné, tourné et accompli avec conviction, dans la tradition d'un mélodrame pris au pied de la lettre, sans bien sûr la flamboyance d'un Rex Ingram, mais avec une rigueur notable, Flynn ayant décidé d'utiliser en particulier la dramatisation des gros plans, avec goût! Les acteurs sont excellents de bout en bout, on y trouve des noms familiers, de chez Griffith tout d'abord: George Siegmann et Spottiswoode Aitken étaient bien sûr tous deux dans The birth of a Nation... Maude George n'est pas n'importe qui non plus, même si son rôle, celui de Mme Danglars, ne lui permet ps de se faire remarquer autant que dans ses rôles pour Stroheim. La délicieuse Renée Adorée ne sait pas encore qu'elle donnera la réplique à John Gilbert plus d'une fois dans l'avenir...

Et John Gilbert? Eh bien, s'il s'est donné à fond dans cette histoire éprouvée de trahison, de chute, de vengeance et de rédemption qui tient debout toute seule, il réussit à maintenir aussi bien l'intérêt que sa dignité dans le rôle d'un homme qui doit quand même beaucoup vieillir d'une partie à l'autre. Quand on sait que l'acteur avait la bougeotte, on souffre un peu pour lui de devoir incarner un homme vieilli précocement, qui s'accomplit dans la vengeance et n'aura sans doute au final pas beaucoup d'autre option que de mourir... Pourtant Gilbert joue essentiellement le film avec ses yeux... Le film est bien plus qu'nue curiosité de toute façon.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 * Dumas
9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 09:34

On a dit ça de beaucoup de films, je pense: Broken Arrow fait partie de ce cercle pas très fermé d'oeuvres qu'à un moment ou un autre on a désigné sous l'appellation de "premier western dans lequel on s'efforce de ne pas diaboliser les Indiens"... Ce qui est faux, et même archi-faux: après tout, Thomas Ince et David Wark Griffith ont développé, le deuxième dès 1909, une production de courts, moyens, et longs métrages qui justement évitaient les clichés racistes; et se contenter de dire que le western a toujours été raciste est ignorer tout un pan de l'histoire du genre. 

Mais ce qui différencie Broken arrow des autres films, c'est sans doute qu'il fait d'un pas décisif d'un anglo-saxon vers la culture Apache le sujet même du film. Il le fait avec une certaine naïveté, et un certain manichéisme parfois, mais il le fait effectivement: James Stewart y incarne un homme avec un passé de combattant Américain dans la guerre contre les populations natives, locales comme déplacées, qui découvre à la faveur d'un incident que les Apaches de Cochise, qui mènent une guerre sans concessions contre les colons d'Arizona, ont une civilisation; il le découvre par hasard mais cherche à en savoir plus, et c'est tout un pan de l'histoire fascinante du rapprochement entre les blancs et les Apaches qui nous est montré, à travers une série d'anecdotes de la nation Chiricahua et de la personnalité intéressante du chef Cochise (Jeff Chandler).

Delmer Daves choisit de donner à Stewart le rôle de nous amener dans le film, via une voix off; le décor, l'Arizona mais dans les coulisses de Monument Valley, est fidèle à l'image d'un territoire qui est effectivement totalement lié à l'histoire de la nation d'une peuplade d'Indiens qui ont souvent été amenés à se déplacer involontairement, ce qui les a unis: car les Apaches qui étaient particulièrement détachés de cet esprit nationaliste, ont été justement rapprochés, et donc galvanisés par le traitement qu'ils ont subi. Dans l'idée de voir progressivement la situation du seul angle de la nation Apache, le film prend le risque des raccourcis et du didactisme: il ne les évite pas, mais cette histoire qui par endroits tient du conte, est prise au sérieux par les acteurs et nous entraîne dans son sillage. Même si Cochise est joué par Jeff Chandler, un acteur qui a l'air en permanence d'incarner non pas un grand chef Apache, mais plutôt sa statue...

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves