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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 16:53

Dans la catégorie des courts métrages de la réalisatrice, ce curieux exercice vidéo de 15 mn a sans doute mérité la palme de l'oeuvre la plus saugrenue de Jane Campion... Il raconte la correspondance entre deux hommes, deux frères, occupés chacun à des conquêtes bien différentes les unes des autres: George Mallory, en effet, est en train de tenter l'ascension de l'Everest, alors que Geoffrey lui concentre toute son attention sur la conquête d'une femme qui lui résiste... Les lettres constituent l'essentiel de la bande-son, pendant que les images se divisent entre vidéo dé-saturée (sauf le rouge) pour les scènes impliquant Geoffrey et Emma en Angleterre, et 35 mm vintage (des rushes, en fait) pour les scènes nous montrant la tentative malheureuse et tragique de Mallory et Irvine en 1924...

Evidemment, l'ironie entre les deux "conquêtes" est difficile à ne pas voir, et Campion s'amuse de l'inconstance masculine de Geoffrey, pendant que son frère tente quelque chose qui va lui coûter la vie... Cela étant dit, c'est quand même un exercice un peu gratuit, dont l'humour très froid nous passe un peu à forte distance. Sans parler du fait que la partie vidéo a épouvantablement mal vieilli.

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion
26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 08:39

Ce film est basé sur des petits riens, le genre d'info vaguement absurde que Jean-Pierre Jeunet accumulera dans Foutaises, ou dans les petites introductions de personnages dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Ou encore, les faits "incroyables mais vrais" racontés au début de Magnolia de Paul Thomas Anderson, qui partagent d'ailleurs avec ce film de Jane Campion un narrateur à la voix monocorde...

C'est essentiellement de fractions de secondes qu'on nous parle ici, de ces moments intense où une idée ou son absence nous traverse l'esprit quand on s'ennuie ferme. Et le paradoxe c'est que justement, on ne s'ennuie pas dans ce film de douze minutes. Au passage, Campion en a hérité, lors de son passage à l'école de cinéma de Sydney, de son ami Gerard Lee, qui avait commencé le projet, mais n'avait pas pu (ou voulu?) le finir. Lee est aussi le co-scénariste de Top of the lake.

 

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion
26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 08:28

Lors d'un voyage morne en voiture, un garçon s'oppose à ses parents, en commençant par peler une orange dont il jette un à un les morceaux de peau, provoquant la colère de plus en plus agressive de son père...

Le film, en huit minutes, nous expose le conflit d'une famille entière (interprétée par une famille, à en croire le début du film puisque le père et la mère seraient frère et soeur dans la vraie vie, et le petit est leur neveu), dont le déclenchement s'effectue quand on pèle une orange... C'est cru, souvent profondément ironique, et ça se termine sur une vision qui laisse présager que les années à venir vont être fort délicates pour les parents!

Campion a tourné son film sur une petite portion d'une route de campagne, un endroit pas spécialement marqué, qui aurait pu être trouvé dans n'importe quel pays, et place sa caméra au plus près des gens. Dès ce premier film remarqué (qui gagnera quatre ans plus tard la palme d'or du court métrage), la réalisatrice oppose avec une ironie mordante des adultes en crise à leurs pires ennemis: leurs enfants... et comme on peut le voir dans le film, si les oranges sont bien la source d'un conflit, le garçon a des munitions!

 

 

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion
26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 08:20

Produit durant l'étrange période qui voyait la Warner participer à l'effort de guerre, y compris dans son département des dessins animés, ce film de Tashlin met en scène Porky Pig pour l'une des dernières collaborations du metteur en scène au studio. D'emblée, il se distingue par le côté volontiers anarchique de son animation, mais d'une anarchie bien différente de celles développées par Avery et Clampett: une tendance, notamment, à "poser sa caméra" beaucoup plus près des personnages, par exemple, qui participe à l'hystérie de l'ensemble. Autre fait notable: Porky Pig, dans ce film, porte... un pantalon.

L'intrigue est donc liée à l'attitude générale des Américains moyens durant la guerre, tout en usant d'une certaine ironie: toutes proportions gardées, on n'est pas trop loin de Draftee Daffy, de Clampett, qui voyait le peu patriotique canard tenter d'échapper à la conscription. Ici, une maman toute entière dévouée à l'effort de guerre, et désireuse de partir travailler sans inquiétude, confie son abominable garnement à Porky, et lui donne même un manuel d'instructions qu'elle prétend fort utile.

Oui, mais il faut savoir s'en servir... 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes
25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 23:59

Dans l'histoire de la Warner, les années 40 sont irrémédiablement marquées par les films sur la résistance, étrange groupe de films romantiques dans lequel surnage inévitablement Casablanca. Tous possèdent un je-ne-sais-quoi de baroque et d'exagération qui nous rappelle constamment qu'on est en pleine propagande, et beaucoup semblent obéir à une formule, celle qui fit la réussite totale de Casablanca, justement. Pas ce film, qui se concentre sur une improbable parabole autour d'un acte de sabotage, et dont Walsh fait un film d'aventures prenant et un "buddy movie", avec l'amitié inattendue entre un policier et la fripouille qu'il passe sa vie à tenter de punir... Erroll Flynn et Paul Lukas sont les principaux atouts du film.

1943: Jean Picard (Flynn) va être guillotiné lorsqu'un raid Britannique bombarde et anéantit la prison. Il s'évade, mais est rattrapé avant son passage en Espagne par l'inspecteur Bonet (Lukas) sa Nemesis. sur le trajet qui les ramène à Paris, Picard demande à Bonet de l'aider à mettre en place une mystification: condamnation pour condamnation, il souhaite se dénoncer pour un sabotage qu'il n'a pas commis, afin de sauver la vie de 100 otages. Bonet, scrupuleux mais très patriote, accepte, et les deux hommes mettent tout de suite à exécution leur plan un peu délirant.

Jean Picard, voleur, escroc, menteur et dragueur, est aussi un meurtrier. On sent Flynn désireux de casser son image, ce qui ne l'empêche pas, au terme d'un suspense quant à ses intentions, de se comporter en héros. De fait, le "couple" qu'il forme avec Lukas-Bonet est le principal intérêt, et renvoie à cet étonnant moment final d'un autre film qu'on ne présente plus, lorsque Bogart dit à Claude Rains qu'ils sont au début d'une belle amitié. Mais la comparaison avec Casablanca est inutile, c'est un tout autre genre de film, ici. La promenade dans une France meurtrie, au plus près des gens, est un moment certes peu réaliste, mais qui donne au film du corps. Et le fait d'y représenter certains Français moyens, oublieux des sacrifices de la Résistance, prêts à dénoncer le premier venu pour sauver leurs proches, ne verse pas dans l'imagerie habituelle. Lukas, de son côté, donne à voir le dilemme du policier sous l'occupation, chargé de faire respecter des lois contre lesquelles il souhaiterait se battre. Si le film peine à être bien sur aussi flamboyant que les films d'aventure avec Flynn, on y sacrifie avec bonheur, grâce bien sur à un talent de conteur exceptionnel, celui du grand Raoul Walsh.

Pour finir, comment ne pas voir dans cette histoire d'un homme qui finit par mentir pour se sacrifier et sauver toute une communauté, au mépris de sa propre gloire qu'il lui faudra taire, plus que l'esprit de résistance, mais bien une trace tangible du catholicisme de la forte tête qu'était Raoul Walsh, un bien curieux bonhomme, décidément!

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 17:04

Dans ce film qui reste avant tout une curiosité, Charle "Chic" Sale interprète un professeur d'école, qui a la vocation mais c'est à peu près tout, et qui devient la risée des élèves qu'il a en charge. Il devient aussi amoureux de Diana, la grande soeur (Doris Kenyon) du pire farceur parmi ses ouailles. celle-ci est fiancée, mais comme son bon ami est un sale caractère et jaloux de surcroît, elle a l'idée d'attiser sa jalousie avec, disons, le premier venu. Devinez qui...

Chic Sale n'est pas resté dans l'histoire comme un comédien d'envergure, et on le comprend en voyant ce film. Il est capable, mais étrangement incomplet: et pour cause, l'homme était un acteur de théâtre avant tout, et ici il a du mal avec le geste: il grimace, il exagère... Ce qui est embêtant quand on a un scénario à la Keaton. Le film se laisse voir, mais il faut bien dire que c'est la dernière bobine qui emporte l'adhésion: un pyromane évadé menace durant toute la deuxième moitié de passer à l'acte, et c'est évidemment l'école qui finit par en pâtir. Ce sera l'occasion pour l'inapte Prof. Timmons de passer à l'action en sauvant un enfant...

Et pas n'importe lequel: son tortionnaire, bien sûr. Bon, on est encore loin de l'humour à froid des films à venir de La Cava, mais je le répète: ça se voit sans trop forcer...

Sans plus. 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1924 Gregory La Cava **
25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 09:12

Après Désiré, Bernie... Bernie Noël, ainsi nommé car celui qui l'a trouvé, dans une poubelle d'une cité, quand il avait deux semaines, s'appelait Bernie justement, et bien sûr c'était durant la trêve des confiseurs. Donc "Noël". Le gamin, maintenant grandi (il le dit lui-même, il a 29 ans, bientôt 32) est simplet, mais doté d'une sorte d'hyperactivité dangereuse, pour son environnement surtout. Il a économisé pendant douze années de travail pour l'orphelinat qui l'avait accueilli, et a décidé de se lancer dans la vie. Car Bernie a un but: retrouver ses parents...

Bon, on va le dire tout de suite, ce n'est pas un film confortable du tout. Ultra-violent, le personnage irresponsable de Bernie devient une sorte d'incarnation de toute la bêtise humaine et de ses conséquences, et vous imaginez bien que si le rejeton infernal trouve ses parents, il suffit de les voir ensemble pour comprendre qu'il ne pouvait pas en être autrement! Parfois burlesque, parfois à la limite du regardable, parfois franchement grinçant, le film fait parfois penser aux moments les plus excessifs de la carrière de Terry Gilliam, avec une utilisation au cordeau d'objectifs inattendus, et une constante envie de chambouler le spectateur en tournant le film à une vitesse légèrement inférieure à la moyenne (ce qui a pour effet d'accélérer le mouvement durant le visionnage)...

Dupontel en profite pour montrer un portrait en creux d'une époque de transition, avec ses à-côtés, ses paumés, ses clochards, ses drogués et autres alcooliques, une époque qui semble parfaitement convenir à notre petit garçon qui a quand même mal tourné, et dans laquelle, à coup de vidéos-journaux intimes (parmi les moments les plus hilarants du film) Bernie semble se frayer un chemin, à l'aise... Jusqu'à un certain point, car tout a une fin.

 

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Published by François Massarelli - dans Albert Dupontel Comédie
24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 17:21

Un sous marin fait surface en baie d'Hudson, et une troupe de nazis en sort pour venir remplir une mission sur le sol Canadien... Si ça ne vous rappelle rien, c'est que vous n'avez pas vu le film de Michael Powell 49th Parallel... Mais il y a de sérieuses différences: tout d'abord, le film de Powell était grave, avec le souhait affiché d'être une fable visant à encourager l'engagement, tout en prenant, ou en feignant de prendre, le point de vue de l'ennemi. Pas ce film... Ici les nazis sont des nazis, d'authentiques ordures promptes à dégainer leur arme pour se débarrasser de celui auquel ils viennent de jurer qu'ils ne lui feraient aucun mal... Des gros balourds de mirlitaires obsédés par le rang et la pureté raciale. Des nazis, quoi: des meurtriers sanguinaires et bornés. Sinon, dans le film Anglais, les nazis se rendent vers le Sud, afin de tenter de rallier les Canadiens à leur cause, pour ensuite disparaître par les Etats-Unis qui étaient encore neutres à l'époque. Dans Northern pursuit, comme l'indique le titre, la direction est plutôt toujours plus vers le nord...

Du reste la petite troupe sera vite décimée par une avalanche providentielle. Tout surhommes qu'ils se croient, les fils d'Odin ne pèsent pas lourds face aux forces de la nature! C'est donc à un seul nazi, le colonel Von Keller (Helmut Dantine) que le capitaine Wagner, de la police montée, va avoir affaire... Et réciproquement: Wagner est d'origine Allemande, et dès la rencontre entre les deux hommes, Walsh installe le doute: en raison de ses origines, Wagner est-il sensible à la cause nazie, et aux victoires Européennes dont lui parle le colonel? Bien sûr qu'il feint d'afficher une sympathie, ce qui lui permet d'avoir une mission d'espionnage à accomplir. Mais ce n'est pas à proprement parler formidable: le film fait partie de ces petites oeuvres sans envergure, tournées à la Warner par walsh, dans le cadre de son contrat. Flynn a sans doute apprécié de pouvoir jouer un peu avec son image, mais le film vaut surtout pour certains à-côtés: par exemple, si vous aimez les poursuites à chiens de traîneau, dans la neige sous les arbres, vous serez ravi...

Disons que le film se situe quand même solidement dans une tradition propre au metteur en scène, de décrire l'aventure en mouvement. Mais malgré ça, ce film soigné mais sans génie n'est ni The big trail, ni Objective Burma!

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 17:52

On a écrit tellement de bêtises sur Rosita (probablement autant que sur Greed, Citizen Kane et Intolerance) que la légende l'a emporté: un film que sa star aurait détesté, sur lequel elle aurait tant affronté son metteur en scène qu'il en aurait été viré, au point qu'un autre (Raoul Walsh) aurait été convoqué manu militari pour finir le film... Au final, un film raté qui aurait été un tel flop qu'il devenait impossible à quiconque de prononcer le nom de Lubitsch devant Pickford! 

Du reste, si on lit les commentaires a posteriori de Pickford sur le film et sur le metteur en scène, c'est vrai: elle a en effet pris le film et son auteur en grippe, une fois sa carrière achevée... mais elle a eu tendance à faire d'un film qui ne fut pas un énorme succès, le flop qu'il n'était pas. Et les historiens qui lui ont emboîté le pas ont non seulement contribué (à une époque où il était assez facile de ne pas voir les films dont on parlerait abondamment, dans la mesure où le public ne les verrait pas plus!) à officialiser le film comme étant mauvais, ils ont aussi contribué à sa quasi-disparition. Rosita était virtuellement un film oublié, impossible à voir dans de bonnes conditions depuis des décennies...

C'est Pickford qui a fait venir Lubitsch aux Etats-Unis, une belle idée: si elle ne l'avait pas eue, il est probable que quelqu'un d'autre l'aurait eue... Sinon la face du cinéma Américain eut été changée. Je pense que ce qu'elle voulait était ce cinéma vigoureux, légèrement excentrique, mais au soin remarquable, qui triomphait dans le films les plus spectaculaires du metteur en scène: on ne s'étonnera donc pas trop que Rosita ressemble par certains côté plus aux films Allemands de Lubitsch, qu'à ses futurs films Américains. 

Rosita (Mary Pickford) est une jeune femme qui vit à Séville, pendant le règne d'un roi d'espagne (Holbrook Blinn) aussi dépravé que son épouse (Irene Rich) est juste et vertueuse; la jeune femme chante d'une façon provocatrice des chansons qui attaquent la moralité et la corruption de la cour. Quand elle est arrêtée, alors qu'elle vient de chanter en public devant un inconnu fasciné mais masqué, le roi incognito, le noble Don Diego (George Walsh) prend sa défense et tue un garde: il sera condamné à mort. Mais Rosita, protégée par le roi, va au contraire se voir dotée d'une villa luxueuse... Jusqu'à quel point pourra-t-elle échapper aux implications de sa nouvelle condition? ...Et comment sauver Don Diego, l'homme dont elle est instantanément tombée amoureuse?

Ce qui me frappe, c'est de voir à quel point le film est un confluent: si Rosita existe, c'est non seulement par la volonté conjuguée de sa star et de son metteur en scène, mais aussi par le fait que les collaborateurs les plus prestigieux se sont succédé: Hanns Kräly, venu avec Lubitsch, a apporté sa touche au script, le décorateur William Cameron Menzies (qui s'échauffait pour The thief of Bagdad, et ça se voit!) a partagé son crédit avec un autre import, Svend Gade, le cinéaste-décorateur du Hamlet de Asta Nielsen, et on retrouve sa patte dans la façon dont Lubitsch va composer avec des décors imposants mais qui restent étonnamment, si j'ose dire, à taille humaine! Enfin, Charles Rosher, le chef-opérateur attitré de Mary Pickford au cours des années 20, est déjà en place. 

Le film est intéressant aussi pour son maniement des foules, un point fort de Lubitsch dans tous ses films Allemands à grand spectacle: ici, il s'amuse de l'atmosphère de quasi-orgie permanente dans Séville... Car ce film de Mary Pickford, assez notable, est en effet la première tentative des années 20 de sortir l'actrice de son rôle d'éternelle petite fille, et Lubitsch a pris cette mission à coeur: tout ce qui tourne autour du personnage de Rosita permet à Pickford de jouer d'une façon surprenante, qu'on n'avait que peu vue jusqu'alors: un rôle d'adulte, de femme aimante, et lors d'une scène, il n'est pas très difficile de comprendre que Rosita a passé une nuit d'amour avec Don Diego (pour information, ils se sont mariés entre-temps, rassurez-vous)... Mary Pickford se joue avec génie de la façon dont Lubitsch fait exploser les frontières du drame et de la comédie autour d'elle, comme dans la scène célèbre du panier de fruits...

Autour d'elle, Holbrook Blinn interprète un roi qui est une insatiable fripouille, donc un rôle fort rigolo à jouer. Il est très Lubitschien, aussi, versant Emil Jannings: pas très éloigné du Henry VIII du film Ann Boleyn (1920), soit un type capable d'aimer avec tendresse la même personne qu'il exécutera deux années plus tard... un rôle de fieffé coquin sympathique, qui va quand même commettre deux trois exactions malfaisantes sans se départir de sa bonne humeur. Ceux qui verront Irene Rich en mère-la-pudeur un peu sèche en seront pour leurs frais à la fin du film, et... George Walsh n'est pas formidable, par contre... C'est amusant quand on apprend que Pickford voulait travailler avec Ramon Novarro, quand on sait que ce dernier a remplacé Walsh dans le rôle de Ben Hur...

Le film n'est pas un chef d'oeuvre, mais un cas intéressant, une sorte de ballon d'essai pour Mary Pickford comme pour Ersnt Lubitsch, qui mélange ici les genres avec maestria, mais se retrouve quand même avec une intrigue finalement assez anecdotique. Restent de belles scènes qui permettent au talent exceptionnel de Mary Pickford de s'exprimer. Mais l'expérience a été de courte durée: l'actrice a vu le succès mitigé du film comme un signe qu'il aurait mieux fallu s'abstenir, et a eu tendance à la fin de sa vie à en blâmer Lubitsch, ce qui est inélégant au possible: je répète que ce n'est pas son plus grand film, mais ce Rosita permet au moins au réalisateur de donner un film qui possède une grande classe. Quant a crédit de Walsh (Raoul, pas George) répété à l'envi par tous les journalistes sous-informés, je pense qu'il faudrait en tracer la source dans le fait qu'en 1923, Walsh était un visiteur fréquent du couple Pickford-Fairbanks, alors qu'il préparait The Thief Of Bagdad avec l'acteur (et incidemment avec William Cameron menzies). Peut-être a-t-il été consulté ça et là, peut-être était-il plus facile de dialoguer avec lui qu'avec Lubitsch, qui ne maîtrisait pas l'Anglais. Peut-être une Mary Pickford âgée a-t-elle souhaité arranger l'histoire en choisissant de donner le beau rôle à un Irlandais, comme elle? ...Ou peut-être que le whisky... Bref. On a enfin une restauration décente de Rosita, et ça, c'est formidable!

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 Muet Ernst Lubitsch Mary Pickford **
20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 14:48

Nous suivons les aventures de James "Gentleman Jim" Corbett, 1866-1933, champion de boxe Américain basé à San Francisco: son enthousiasme pour le noble art qui lui fait abandonner une position tranquille de caissier dans une banque, ses amours compliquées avec une autre Irlandaise née elle d'un autre côté de la ville, et ses vantardises accompagnées d'authentiques victoires, pour monter toujours plus haut, toujours plus loin... et toujours avec plus de bruit.

...Le personnage de Jim Corbett, grand boxeur d'origine Irlandaise, est déjà lié au cinéma par le fait qu'il a tourné un film pour John Ford, en 1920: The prince of Avenue A est aujourd'hui un film perdu, mais si le bonhomme était aussi menteur et culotté que l'interprétation d'Errol Flynn le sous-entend, alors la rencontre entre les deux Irlandais de seconde génération a du être explosive! Et c'est justement l'un des aspects les plus remarquables du film, justement, cet "irlandisme", qui est mis en avant d'une façon assez soutenue par Walsh, et relayé en particulier par Alan Hale qui interprète le père Corbett, une interprétation dont la saveur n'est en aucun cas due à la subtilité!

Ensuite, Walsh qui ici remplit une mission que lui a confié la Warner, voire deux missions (un biopic de Corbett, et participer à la tentative de changer le registre de Flynn), s'est beaucoup intéressé à une histoire qui doit être liée à sa vie et sa famille d'une façon ou une autre; il y a fort à parier que chez les Walsh, dans le Bowery, quand le gamin est né, on devait certainement avoir une certaine tendance à s'identifier, soit à Corbett, avec son incroyable culot, soit à ses nombreux adversaires. Après tout, Walsh n'avait-il pas demandé à son frère George d'interpréter le rôle de John L. Sullivan, le légendaire champion auquel va s'attaquer Corbett dans la dernière partie du film? C'était dans The Bowery, et ne nous y trompons pas: si Gentleman Jim commence à San Francisco, il se finit bien à New York, et participe de toute façon en plein de la tendance "nostalgique" des films de Raoul Walsh, dont c'est à mon sens l'un des chefs d'oeuvre: une façon classique et totalement satisfaisante de raconter des histoires, des personnages qu'on suivrait au bout du monde, un parfum de comédie, et... une vision superbe de l'histoire ressentie au plus près de l'homme.

Car ce Jim Corbett, qui arrive avec ses gros sabots et ses dents blanches, véritable butor, goujat auto-satisfait, c'est un peu une certaine vision de la modernité, d'un siècle qui s'apprête à tout balayer sur son passage. Et en affrontant un John L. Sullivan (Ward Bond dans un de ses plus beaux rôles), Jim Corbett fait avancer le monde, qu'on le veuille ou non... Et ce face-à-face homérique, d'un Irlandais face à un autre, devient une profonde réflexion poétique sur la part de l'Irlandais dans la marche de ce nouveau siècle: peut-être qu'à l'instar de cette famille Corbett, qui doit déménager pour s'accommoder de sa nouvelle richesse, Walsh est-il en train de nous dire que le XXe siècle est celui où les natifs d'Irlande ont pu jouer leur carte en Amérique... 

N'empêche que si c'est une méditation sur cet aspect des choses, il ne pouvait pas être fait de façon plus plaisante qu'avec ce film joyeux, braillard, drôle et impertinent. Voilà.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Comédie