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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 16:39

Peter (Ralph Ludwig), Lotte (Margot Misch) et Frieda (Fee Wachsmuth) sont des enfants placés dans une famille d'accueil, les Zielke: et comme on s'en doute dans un mélodrame, la vie n'est pas rose. Madame Zielke (Margarethe Kupfer) a recueilli des enfants illégitimes parce qu'elle peut en tirer quelque chose, et le père Zielke (Max Maximilian) est alcoolique et violent. Un jour, Peter et Lotte prennent très froid, et Lotte meurt de pneumonie: Peter décide de dénoncer le couple, et va se trouver placé chez une femme (Hermine Sterler) qui est très bonne avec lui. Mais son père (Bernhard Goetzke) réapparaît dans sa vie: il est batelier, et il se figure que devenu un peu plus grand, il peut faire travailler son fils...

Lamprecht choisit cette fois de s'intéresser aux gosses de Berlin, et crée à cette occasion un univers Dickensien, avec en prime un couple d'affreux parents d'accueil qui ont tout des Thénardier! Il choisit aussi de se situer à la hauteur de ses petits héros, et surtout de Peter: il est vrai que le jeune acteur, Ralph Ludwig, est excellent dans le rôle. Mais surtout, et ça lui sera reproché au vu des critiques contemporaines, le metteur en scène adopte le point de vue d'un enfant: ils souffrent, et le reconnaissent; ils envient ceux qui ont plus qu'eux (comme le prouve la toute première scène où on passe de la description des passe-temps d'une petite fille de riches, à la misère des deux héros), mais ils acceptent tristement le monde tel qu'il est, sans le questionner plus avant. Et le film ne le fait pas non plus...

Ce n'est pas la première fois que je le dis: Lamprecht est riche en compassion, et c'est un homme qui est motivé par la générosité. Ses films en font foi; mais changer le monde? Ca ne semble pas l'intéresser... Au moins son film est-il une plongée assez réussie dans la vie de ces enfants, mais on aura du mal à parler ici de réalisme, tant le film se nourrit des traditions du mélodrame et des romans simplistes. Maintenant, on ne quitte de toute façon pas l'univers de Lamprecht, puisqu'il fait ici appel à ses acteurs habituels, et que de nombreuses scènes, de par la vitalité des jeunes acteurs, nous prouvent que le tournage a du être un grand moment pour tout le monde. Cette joie de vivre transparaît au moins à l'écran...

 

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Published by François Massarelli - dans Gerhard Lamprecht 1926 Muet *
17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 08:18

Le titre du film est clair : il est question ici de ces fameuses courses contre la mort, de ces moments où il importe de faire vite pour sauver un personnage. Une fois de plus, Griffith prend du temps pour raconter la vie sentimentale de ses protagonistes afin de pouvoir provoquer plus efficacement la sympathie, en particulier, du public féminin: cette fois, c’est Blanche Sweet qui doit choisir entre Walthall et Wilfred Lucas. Elle choisit le dandy Walthall, mais elle s’aperçoit bien vite avoir fait le mauvais choix: il découche, joue, perd, boit, et va même voler l’argent de la firme ou il travaille (Avec Lucas) pour financer ses soirées de poker.

A la fin, l’épouse inquiète reçoit la visite du collègue de son mari qui l’informe que celui-ci a commis une grave faute, et le téléphone retentit: Walthall, une arme à la main, téléphone à son épouse pour lui dire adieu. Pour une fois, je ne dirai rien de l’issue de la chose, mais on se doute de ce qui suit.

Décidément, la technique est bien au point, et la combinaison téléphone-véhicules est une bonne base… Par ailleurs, le film est aussi centré sur le personnage féminin, avec une scène durant laquelle Griffith utilise le miroir pour accentuer la solitude de Blanche Sweet: le miroir est au fond d’une pièce. A l’avant-plan, la jeune femme dit au revoir à son mari, qui la toise d’une façon trop condescendante pour être honnête. Une fois seule, elle se dirige vers le fond de la pièce et s’écroule sur un sofa, en pleurant. C’est le reflet dans le miroir qui nous renseigne sur cet événement : l’héroïne est désormais habituée à dissimuler ses sentiments et sa frustration à son mari, mais le miroir nous renseigne sur les tourments de son âme. 

 

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet
17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 08:10

Une jeune femme (Blanche Sweet) vit en bord de mer, dans une petite communauté de pêcheurs. Elle a un petit ami, qui pratique ce métier, et tout va bien dans le meilleur des mondes... sauf que des contrebandiers se sont installés dans le coin et lors d'une de leurs opérations, elle est prise en otage sur un bateau...

Ceci, tout en étant l'un des plus embrouillés parmi les courts métrages tardifs de Griffith, est un peu l'anti-Lonedale Operator. La même actrice qui avait tenu tête à des bandits et sauvé la mise du télégraphe en bon petit soldat est ici réduite à être une otage. Elle va bien sûr attiser la convoitise d'un homme, mais le film repose essentiellement sur la mécanique du sauvetage de dernière minute, avec pour seule valeur ajoutée la rédemption d'un marin qui défend à sa façon Blanche Sweet contre les autres, et se rachète donc avant de se jeter à l'eau. C'est maigre, pour un film qui a du mal à être plus que, disons, "distrayant".

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet
16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 17:47

Continuant dans la veine de son film Die Verrufenen qui s'intéressait de façon naturaliste à la vie de pauvres berlinois, Lamprecht se lance dans une fresque dédiée à la vraie vie d'un immeuble sous la République de Weimar, utilisant le prétexte du lieu presque unique pour lier les histoires et les personnages entre eux.

Les personnages, c'est bien sûr le mot-clé: l'une des réussites du film dont je parlais plus tôt avait été dans la confection "prise sur le vif" de ces quelques habitants défavorisés de la capitale Allemande. Ce nouveau film n'est pas en reste, et le film repose sur plusieurs anecdotes liées au lieu, un immeuble de centre-ville qui abrite plusieurs familles et plusieurs destins:

La propriétaire, la veuve Büttner (Erika Glässner), est une méchante personne, qui n'est satisfaite que par l'arrivée en temps et en heure des loyers. Elle met un point d'honneur à menacer ceux qui ne paient pas de les mettre dehors. Elle va tomber entre les griffes d'un escroc qui va lui promettre le mariage.

...C'est d'ailleurs la faute de Ria Ricorda Roda, la "conseillère matrimoniale" (Margarethe Kupfer), une brave dame qui semble prospérer avec une affaire qui n'a sans doute pas grand chose d'honnête.

Madame Ipanovna (Olga Limburg) tient une école de danse dans l'immeuble, ce qui donne parfois de la vie dans les escaliers.

Dans les derniers étages, il y a la famille du vendeur de ballons (Berthold Reissig), et un vieux professeur de piano qui a du mal à joindre les deux bouts (Paul Bildt). Il y a aussi une dame qui a sans doute connu des jours meilleurs, madame Von Volgast (Mathilde Sussin) et son fils Dieter (Andreas Bull).

L'intrigue la plus importante, au milieu de tout ça (avec des ramifications évidemment) est celle qui concerne le bijoutier Rudloff (Eduard Rothauser) et ses deux filles: la plus jeune, Brigitte (Renate Brausewetter), travaille avec lui et est attentive aux malheurs des habitants des étages, surtout le jeune Dieter; la plus âgée, Gertrud (Aud Egede-Nissen), est mariée au conseiller d'état Helmuth Köhler (Alfred Abel), mais elle vient de passer en jugement pour avoir entraîné la mort d'un homme en conduisant. Au début du film, on apprend qu'elle vient d'accoucher d'un fils: la famille se déchire autour de la condition de la mère et de l'enfant...

Tout ce petit monde nous est présenté au début par deux infatigables commères, qui donnent un peu un ton léger au film. C'est vrai que contrairement à son précédent effort "Berlinois", Lamprecht a décidé d'insuffler un peu de comédie dans ce nouvel effort qui en dépit de similitudes de structure avec Die freudlose Gasse, reste beaucoup plus optimiste. C'est, tout de suite, un film passionnant, qui sait nous rendre proche des personnages, au moyen de scènes parfois en apparence inutiles, mais qui toutes participent d'un ensemble, soit en faisant le lien entre les êtres et les appartements, soit en créant des passerelles d'une intrigue à l'autre. 

Tout ne sera pas totalement résolu à la fin du film, mais la plupart des personnages vont évoluer, et beaucoup d'entre eux vont voir leurs problèmes résolus: ce qui n'a pas manqué d'attirer sur Lamprecht les foudres de certains critiques qui l'accusaient de légèreté, là où il avait plutôt tendance à  faire passer un message, fut-il naïf: car le futur metteur en scène d'Emil und die Detektive nous parle ici d'entraide, de main tendue et de compassion. Son film n'a rien d'un cri d'alarme politique, mais c'est beaucoup plus un éloge de la générosité, incarnée entre autres par Brigitte et son père. Mais on peut aussi voir cet aspect dans le comportement d'une ballerine anonyme, qui met en rapport Madame Ipanovna et le pianiste, sauvant ainsi ce dernier. Elle avait une bonne raison, car elle lui avait manqué de respect dans l'escalier. Et on en revient à ce que je disais plus tôt sur ces scènes apparemment inutiles: c'est parce qu'elle revient de l'étage où elle a acheté un ballon que la jeune femme bouscule le pianiste, et par voie de conséquence lui vient ensuite en aide. Tout le film fonctionne dans cette tendance à passer d'une strate (d'un étage) à l'autre, par des mouvements qui tous ont une suite, des conséquences, et une logique naturelle et désarmante. 

L'effort d'observation qui préside au film est remarquable, tout comme la mise en scène qui disparaît totalement derrière les personnages et leur destin. Ca donne un film généreux, qui emballe sans jamais faire d'étincelles inutiles. Car il est manifeste, au vu de  ses films, que Lamprecht aime demander de la retenue à ses acteurs, qui sont remarquables de subtilité. Les plus intenses restent, sans surprise, les deux "stars Langiennes", Alfred Abel et Aud Egede-Nissen, qui réussissent à ne pas déparer en jouant suffisamment le jeu. Et l'actrice, qui doit incarner dans le film une prisonnière séparée de son enfant nouveau-né, est sans doute le seul vrai lien de ce beau film avec le mélodrame. Pour ma part, je pense que l'interprétation de celle qui fut une Cara Carozza excessive dans Dr Mabuse, der Spieler, est ici irréprochable.

Voilà qui donne sérieusement envie de continuer à explorer le travail de Gerhard Lamprecht, un metteur en scène qui n'était ni Lang, ni Lubitsch, ni Murnau, ni Pabst, et qui a pourtant réussi à se bâtir une carrière hors des sentiers battus du cinéma Allemand, autour de quelques films hautement personnels, dont celui-ci est un excellent échantillon... Et à travers son plaidoyer pour la générosité et l'entraide, se niche un portrait fascinant d'une société en voie de désintégration, dont on sait ce qu'elle est devenue ensuite: alors ça donne envie de tirer la sonnette d'alarme.

 

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Published by François Massarelli - dans Gerhard Lamprecht Muet 1926 *
16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 17:24

Plus ou moins perdu et reconstruit à partir de plusieurs copies par une poignée de collectionneurs fous qui se sont aperçus qu'ils possédaient des fragments d'un court métrage inconnu de Lloyd, ce film aurait tout pour être rangé dans la catégorie des films très accessoires de l'acteur, en vérité: il date de 1917, soit la période durant laquelle l'acteur expérimentait en transposant le monde de coups de pieds aux fesses de son personnage Lonesome Luke, dans un monde un peu plus réaliste, en incarnant désormais un jeune homme un peu plus tangible, et tout ça par la grâce d'une paire de lunettes. On va même aller plus loin: ce film est répertorié dans sa filmographie comme étant le deuxième court métrage qui le voit chausser cet accessoire.

On ne sait plus vraiment comment il se fait que Lloyd s'en est affublé, en vérité: bien des protagonistes (à commencer par le comédien lui-même, et son producteur et ami Hal Roach) s'en sont attribué les mérites, mais quoi qu'il en soit, c'était une idée de génie, qui fait qu'aujourd'hui on reconnaît immédiatement « le comédien aux lunettes », alors que franchement, ce pauvre Lonesome Luke ne ressemblait pas à grand chose...

L'intrigue ? Eh bien... Lloyd, en voiture avec une petite amie (ce n'est pas Bebe Daniels, et elle va disparaître du film après un plan ou deux), perd sa casquette ; il veut la récupérer, mais elle est entre les mains d'un escroc, et Lloyd ne parvient pas à la récupérer facilement. Pire: dans l'échange houleux qui s'ensuit, un policier (Sammy Brooks) intervient, et donne raison au malfrat. Arrêté, Lloyd n'a pas d'autre ressource que... de taper sur le policier pour se libérer, puis décide de se déguiser pour échapper à la police. Et donc, il enlève son pardessus, sa casquette, et... ses lunettes.

Oui, vous avez bien lu.

Ses lunettes.

A priori, si dans un de ses films, on voyait Lloyd prendre une douche, il porterait ses lunettes: il dort avec ses lunettes. Dans certains films, on jurerait qu'il est né avec.

Mais là, non seulement il s'en débarrasse pour se déguiser (en femme), mais pire : quand un poivrot (Snub Pollard) qui a été viré de chez lui cherche à se déguiser pour retourner au bercail, il va trouver les vêtements, et les lunettes, et donc il ressemble à Harold Lloyd !

Dans le reste du film, on passe de quiproquo en poursuite, et Bebe Daniels intervient, car c'est l'épouse de Snub : elle a donc surpris chez elle un type déguisé (Snub Pollard), qui venait pour cambrioler la maison, car il avait besoin d'argent, et bien sûr elle prend désormais Lloyd, affublé de ses propres lunettes, pour le bandit.

Bien sûr, que c'est embrouillé : mais si je récapitule, on verra mieux l'intérêt du film : car quand il perd ses lunettes, Lloyd perd son identité. On a franchement moins envie de le suivre, et d'ailleurs on le perd plus ou moins de vue. Et ces lunettes finissent pas le résumer, comme le fait que lorsqu'elle souhaite décrire le cambrioleur, Bebe Daniels n'a qu'un seul détail à donner : il avait des lunettes!

Le film prouve donc par A + B que Lloyd se résume à ses lunettes, et qu'elles lui confèrent finalement ce super-pouvoir qui fait qu'on l'aime tant ! A noter dans une scène, un faux raccord : Lloyd perd ses lunettes le temps d'un plan très bref, qui me fait émettre l'hypothèse suivante : et si tout simplement une majorité du film avait été tourné avec l'acteur au naturel, puis les lunettes ajoutées parce que ça lui donnait un je-ne-sais quoi d'indicible ? Le plan en question aurait tout simplement pu être oublié dans la bataille.

Ce qui prouve, pour peu que mon hypothèse soit la bonne, que Pinched est vraiment situé au début de cette aventure optique, et que si ce n'est pas le premier film dans lequel notre comédien arbore son indispensable complément (ce serait le deuxième, voir plus haut), ce serait au moins le court métrage avec lequel il aurait pris la décision de ne plus jamais les quitter.

Et j'ai gardé le meilleur pour la fin: Snub Pollard, qui a fièrement arboré une moustache de gros morse dans tant de courts métrages, est ici glabre...

Décidément!

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Muet
16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 13:05

Au moment d'aborder ce bien curieux film, il me semble opportun de rappeler que dans les années 50, à cause de situations légales et fiscales bien particulières et dont l'énoncé serait fastidieux, de nombreux studios se sont trouvés dans l'obligation de produire des films à l'étranger, et notamment en Europe. Ca a donné, entre autres, To catch a thief (Alfred Hitchcock, 1955) et Two weeks in another town (Vincente Minnelli, 1962). Mais ce film de Walsh n'est décidément ni l'un, ni l'autre...

Jonathan Tibbs, fils d'une excellente famille britannique, est un incapable notoire: inventeur raté, il n'a jamais été capable de faire quoi que ce soit pour l'entreprise familiale, une très prestigieuse fabrique d'armes à feu. Il va donc devoir accepter une mission, celle d'aller selon sa propre suggestion "là où notre produit se vendra", c'est-à-dire dans l'Ouest Américain, encore à conquérir. C'est donc un quidam fortement décalé qui arrive quelques temps plus tard à Fractured Jaw, un petit patelin où les indiens sont turbulents, les familles ennemies, et le cimetière l'entreprise la plus florissante de la localité... Lui, le pied-tendre ultime, va pourtant y devenir le shérif...

Côté pile, un décalage entre le bourgeois Britannique et les bouseux de l'ouest, propice à la comédie, une vedette féminine en vogue (Jayne Mansfield), un petit monde westernien sur-représenté avec les silhouettes de Bruce Cabot et Henry Hull, des décors Espagnols qui arrivent à peu près à passer pour ce qu'ils ne sont pas. De l'autre, le sentiment que personne n'a pris ce film au sérieux, qui accumule les clichés sans en faire une histoire valable, où le principal gag reste que le héros ne comprend rien quand on lui parle, parce qu'il ignore l'argot. Sauf que quand Jayne Mansfield parle, la pauvre, on en comprend en effet rien du tout. Et si je dois dire qu'elle chante mieux que Marilyn Monroe et Marlene Dietrich réunies (il n'y a aucune difficulté, je sais), c'est bien son seul talent, car elle est nullissime.

Elle n'est pas la seule, en fait: ce film, où l'on convoque les clichés du western pour ne rien leur opposer, et avec son héros irritant au possible, est une tâche malodorante dans la prestigieuse carrière de son metteur en scène. Et je pense qu'il n'a pas attendu la fin du tournage pour s'en apercevoir, d'ailleurs.

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Published by François Massarelli - dans Western Comédie Raoul Walsh
15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 16:48

1925, à Berlin, deux hommes sortent de prison: l'un, Gustav (Arthur Bergen) content de sortir mais particulièrement insouciant, avise qui veut bien l'entendre qu'il ne va pas travailler. L'autre, Robert Kramer (Bernhard Goetzke), le visage marqué par la honte et la déprime, se met de suite à chercher un travail, et un logement: il est rejeté par son père, et va devoir passer sa première nuit de liberté dans un refuge. Il trouve du travail auprès de patrons peu regardants, mais se rend vite compte qu'il sera payé en alcool. Résolu à en finir, il est sauvé du suicide par une prostituée qui le prend sous son aile: Emma (Aud Egede Nissen) est la soeur de l'homme qui est sorti en même temps que Robert... Grâce à l'aide d'Emma, Robert va pouvoir recommencer à espérer. Mais son frère est là, et lui n'a pas changé d'optique: le travail, c'est bon pour les autres...

C'est l'un des premiers films significatifs de Gerhard Lamprecht, metteur en scène assez particulier dans la mesure où il est venu au cinéma par passion. Contrairement à Lubitsch, Wiene, Dupont, Lang ou Murnau, il n'était pas artiste au préalable, mais avait la passion de ce nouvel art, au point de s'y investir totalement. Et au point de toucher à tout, puisqu'on lui prête une gourmandise certaine pour à peu près tous les genres du cinéma populaire. Car, et c'est un autre aspect qui le distingue de ses illustres contemporains, Lamprecht n'avait que faire de l'expressionnisme et de ses effets. Et s'il est significatif, c'est parce que ce film appartient à un cycle d'oeuvres dans lesquelles il a cherché à peindre le Berlin des pauvres gens, d'une façon aussi réaliste que possible.

Ce que Lamprecht obtient n'est pas tant du réalisme que du naturalisme: une concentration de noirceur, de saleté et de pauvreté qui couvre le sujet, mais on espère quand même qu'il y a eu exagération! Si le cinéma des années 20, en Allemagne, était vraiment l'âge des studios, alors Lamprecht était vraiment un original, car il s'en est tenu à l'écart, apparemment, en choisissant de tourner en pleine rue, dans des lieux dramatiquement adéquats, et a engagé un grand nombre de figurants qui venaient directement de ce même milieu qu'il cherchait à dépeindre... Et ça se voit!

On s'attache à ce personnage ravagé par la honte, la misère, et surtout l'incompréhension, parce qu'il ne cherche pas des excuses. D'ailleurs, si on lit entre les lignes on comprendra que Robert, dont un flash-back nous apprend qu'il fut un bon vivant quand il était encore de l'autre côté, est en fait allé en prison pour quelqu'un d'autre, une femme qu'il a aimé, et qui ne l'a pas attendu. S'il s'en sortira au final, ce sera entièrement grâce à Emma et son monde, car il va trouver, avec son "association" avec a jeune prostituée, de l'entraide, de la chaleur et de l'humanité...

Sans être socialiste pour autant (la gauche comme la droite n'aiment pas les films de Lamprecht qu'ils trouvaient louche, et par ailleurs trop populaire), le film est très humain, marqué par un jeu subtil qui n'est pas l'apanage du cinéma Allemand. Tout au plus y a t-il un passage où Aud Egede Nissen en fait un peu trop, dans une grosse colère qui se termine par un intertitre, où elle invective l'ex-fiancée de Robert: "Salope!"... Oui, car on parle fort dans ce film muet qui évite le mélodrame, mais ne ment jamais. Et on y voit une belle collection d'acteurs, dont beaucoup viennent de chez Lang ou Pabst, mais pas que: Mady Christians, par exemple, vient de Lubitsch et Murnau... Mais on connaît bien Georg John, Robert Garrison, Bernhard Goetzke et Aud Egede Nissen...

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Gerhard Lamprecht *
15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 16:34

Rue Lepic, donc, un couple qui s'encanaille en fréquentant une brasserie achète à un camelot "un Rembrandt authentique" pour 35 francs. Une Anglaise qui souhaite boire une absinthe s'assoit... sur le tableau de maître, dont la peinture n'était que trop fraîche, et donc le tableau a changé de cadre, étant désormais imprimé sur la robe de la dame. Celle-ci voyant qu'on ne veut pas lui amener son absinthe, quitte les lieux, et elle est suivie par à peu près toute la clientèle de l'estaminet...

Bien sûr, dans sa fuite, la course va devenir une chasse au ridicule, et personne ne rentrera bredouille: destructions, accumulation de meubles, ruines et véhicules détournés, cabrioles, galipettes... L'équipe d'acteurs de Jean Durand (où on reconnait les fidèles Gaston Modot, Edouard Grisollet, et Berthe Dagmar) n'étaient pas acrobates et clowns pour rien. 

Et puis, tant que j'y pense: incidemment, le Rembrandt est faux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Jean Durand
15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 08:34

Bottleneck, une petite ville de l'Ouest, vit sous un régime bien établi: Kent (Brian Donlevy), qui est en partenariat avec Frenchy (Marlene Dietrich), la propriétaire du saloon (le "saloon de la dernière chance..."), escroque les paysans locaux en leur volant leurs terres au poker, et avec la complicité du maire Slade (Samuel S. Hinds)... Quand les escrocs suppriment le shérif ("il est parti, personne ne sait où"), le nouveau shérif, un indécrottable poivrot qui répond au nom particulièrement ouvragé de Washington Dimsdale (Charles Winninger), décide d'une part de ne plus boire, d'autre part de faire appel à un homme qui a sa part de légende: Tom Destry Jr (James Stewart) est en effet le fils du légendaire shérif Destry, qui a nettoyé Tombstone avant de se faire descendre par un lâche. Et il se raconte que le fils aurait lui aussi participé à l'opération, et serait une gâchette de première classe. on va donc faire appel à lui. Quand il arrive, pourtant, les citoyens honnêtes déchantent: ils voient arriver un homme pacifique, gauche, refusant de porter une arme, et respectueux des lois, du moins de leurs apparences. La première confrontation avec Kent et Frenchy va même tourner à l'humiliation pure et simple du nouveau représentant des forces de l'ordre... Pas pour longtemps.

Ce film, il me paraît évident que Morris et Goscinny l'ont vu et s'en sont inspirés à plusieurs reprises. On y collectionne les armes de shérif, dans Lucky Luke ce sera les étoiles trouées, mais ça revient au même! D'ailleurs dès le générique, un parfum de comédie envahit le film, avec une rue dans laquelle il y a tellement de gens saouls, de filles faciles et de cow-boys qui tirent au pistolet dans tous les coins qu'il est difficile de prendre tout ça au sérieux. Le nom du saloon lui-même, le personnage haut en couleurs et décidément baroque de Frenchy, tout concourt à donner au film un parfum parodique... Sauf qu'on est en pleine renaissance westernienne, que c'est seulement dans les mois qui précèdent que le grand retour du genre s'est opéré, à la Paramount (Pacific Express), à la United Artists (Stagecoach), à la Warner (Dodge City, Gold is where you find it) et à la Fox (Jesse James). La MGM suivrait plus tard... Donc si c'est une parodie, elle est faite à chaud par Universal. Peut-être en urgence, aussi, car le film n'est pas à proprement parler un sujet innovant: c'est un remake d'une adaptation de série B (1932, de Benjamin Stoloff avec Tom Mix) d'un roman éprouvé.

Et le film ne s'embarrasse d'ailleurs pas de psychologie, chaque personnage devenant un type posé dès la première seconde de son apparition. C'est assez judicieux d'ailleurs d'avoir confié la mise en scène à Marshall, qui vient de la comédie, et s'il n'a jamais brillé ailleurs de façon notable, dans ce film il fait un excellent boulot: il reste en permanence à hauteur de personnage, justement, et la lisibilité des interventions (je le répète, un coup d'oeil à un personnage, et on sait tout de suite à qui on a à faire, et à quoi s'attendre) est facilité par une galerie de portraits formidable: outre les acteurs mentionnés dans le résumé, on a aussi des participations des seconds rôles pas si courants (en particulier dans le western) que sont Allen Jenkins, Billy Gilbert, Warren Hymer, Jack Carson et surtout, surtout Una Merkel.

J'en profite pour lancer un cri: ici, au moins, Merkel affronte dans un corps-à-corps troublant et sans concessions (je suis sûr qu'elles se mordent) la star féminine (ce qui a pour effet de l'empêcher de chanter, ce qui me réjouit) et use à merveille de son accent du Tennessee, mais quand même quand on pense au talent qu'elle avait, on se demande pourquoi à part Harold Lloyd (The cat's paw) personne ne lui a jamais confié un vrai rôle de premier plan! Elle se rattrape un peu dans le rôle de "Mrs Callahan", une forte femme qui est mariée pour la deuxième fois à Boris (Mischa Auer), un mari tellement complexé et effacé qu'il semble passer derrière le premier mari pourtant décédé. Il en cultive un complexe sérieux...

Au-delà de la comédie, pourtant, Marshall a cultivé quelques ruptures de ton qui remettent l'histoire en ordre, et font avancer tout ça. Le sentimentalisme propre au western, incarné en priorité par James Stewart, a sa place dans Destry rides again... Et dans une scène à la fin, un mouvement de caméra particulièrement bien placé permet à Marshall de signer son film... Un film qui aujourd'hui, sans aucune prétention, avec son air de ne pas y toucher, sa chanteuse qui hélas chante (mais qu'est-ce qu'on lui trouve? je ne comprendrai jamais!), ses figures imposées du western (jeu, saloon, pistolet, prison) et sa comédie joyeuse parfois teintée d'un soupçon d'émotion, acquiert par le simple plaisir qu'il prodigue un statut de classique.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Comédie
14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 16:48

De la comédie? Assurément: Henry Van Cleve (Don Ameche), septuagénaire, vient de décéder, et se rend donc à ce qu'il considère un rendez-vous inévitable: auprès de l'hôte (Laird Cregar) de l'endroit où il est sûr qu'il va lui falloir passer l'éternité. Après tout, n'est-ce-pas là qu'on lui a toujours prédit qu'il finirait? Devant son interlocuteur qui manifestement ne s'attendait pas à le voir, Henry raconte l'histoire de sa vie: aucun crime, dit-il, mais un festival permanent de délits... En fait de vie, c'est surtout de sentiments qu'il s'agit; car né dans une excellente famille de New York, Henry n'a pas besoin de travailler. Et il a pris très tôt l'habitude de s'occuper... On s'occupe comme on peut, et la passion de Henry, ce sont les femmes.

Oui, c'est de la comédie, d'un genre supérieur, même! Lubitsch profite des soixante-dix années de vie de Henry Van Cleve pour nous détailler le temps de vie moyen d'un homme. Qu'il ait choisi un gros feignant de bourgeois importe peu, car dans le cadre de son film, comment ne pas succomber au charme subtil de Henry Van Cleve? Mais le propos du film, de toute façon, n'est pas social: ici, il s'agit de voir si la vue vaut la peine... D'où un changement subtil dans le déroulement du film; en effet, la première partie est riche en scènes de comédie pure, qui sont bien évidemment du pur Lubitsch: subtil, toujours bien équilibré entre visuel et sonore, avec un dialogue superbe de Samson Raphaelson. Le metteur en scène a d'ailleurs eu tendance à s'approprier le script, notamment en changeant le personnage principal, dont le scénariste voulait faire un actif: pas le Henry Van Cleve du film, qui est un jouisseur, et je le répète, n'a absolument jamais travaillé de sa vie!

Alors le film en progressant, suit les années qui s'accumulent, et devient grave. Les gens importants de la vie de Van Cleve partent les uns à la suite des autres, bien sûr, et à chaque fois c'est traité verbalement. Le passage des années s'effectue, et on constate l'absence de quelqu'un. Une fois, une seule, un décès comptera vraiment plus qu'un autre: celui de Martha, l'épouse de Henry (Gene Tierney), qui nous est annoncé sur un plan où le couple, fatigué, danse: ce sera la dernière fois. Un écho à cette mort nous est donné dans une scène très belle, où Henry Van Cleve négocie avec son bon à tout de fils pour avoir accès à une jeune compagnie pour tromper son ennui. Il prend un livre, et... se trouve avec un ouvrage que nous avons déjà vu, et qui fait écho au personnage de Martha: toujours cette faculté étonnante, pour le metteur en scène, de pouvoir nous éclairer en un seul plan sur ce qui se passe vraiment, en l'occurrence ici l'absence cruelle de l'être aimé...

Et donc le film, derrière ses oripeaux de comédie subtile, située à ce tournant du siècle d'une Amérique prude, est en réalité un bilan de la vie d'un homme à travers celles qu'il a aimées, et ne pouvait pas être plus grave qu'il ne l'est. Tout en restant une comédie, bien entendu... Franchement, je pense que ce film, dans la distribution duquel on profitera, en plus, de Charles Coburn (le grand-père Van Cleve, le seul à soutenir le héros), Eugene Pallette (le père de Martha), Louis Calhern (le père) et la formidable Marjorie Main (la mère de Martha) n'a que pas ou peu de défaut. Même Gene Tierney, il est vrai réduite à un personnage qui est vu à travers le filtre de la nostalgie, s'en tire bien... Heaven can wait était en tout cas le premier acte d'un changement de direction pour Lubitsch désormais cinquantenaire. Quel dommage qu'il n'ait pas pu continuer... C'est aussi, et c'est notable, son tout premier film en couleurs. Il n'y en aura qu'un seul autre...

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Comédie Criterion