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12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 00:31

C'est le troisième film tourné en 1925 par Browning et le troisième aussi pour la MGM: le metteur en scène revient de loin, et The unholy three et son succès, plus les retrouvailles avec Lon Chaney, connu à la Universal en 1919, ont été décisifs: il allait sombrer dans l'alcoolisme, il ne travaillait plus que pour des petites compagnies. Irving Thalberg, en lui offrant un contrat, lui a remis le pied à l'étrier, et lui a redonné confiance: c'est bien.

Seulement... j'ai déjà dit ailleurs que je n'étais pas convaincu outre mesure par The unholy three, le premier d'une série de thrillers MGM bizarres avec Lon Chaney, qui vont souvent virer au grand n'importe quoi. Je le suis encore moins par The Mystic, le deuxième film MGM, sur lequel on ne va pas s'étendre, pou l'instant du moins, par charité élémentaire! The Blackbird en revanche a une bonne réputation...

Limehouse, à Londres, est un peu comme le Barbary Coast de San Francisco: un endroit où tout est criminel, et les seuls riches qui y viennent entendent justement s'encanailler... Ou bien y travaillent. C'est le cas de West End Bertie (Owen Moore). Dan Tate (Lon Chaney) ne le porte pas dans son coeur, et pour cause, les deux voyous en ont après la même femme, une jolie petite française du nom de Fifi Lorraine (Renée Adorée). Tate va tout faire pour la conquérir, mais c'est Bertie qui va gagner la partie.

Il faut dire que Dan Tate, c'est tout sauf un parti enviable: violent, profondément craint et soupçonné de se livrer à tous les crimes possibles et imaginables. Pas comme son frère jumeau, qu'on a surnommé "L'évèque". Il est le dirigeant d'une mission située en plein coeur de Limehouse; on vient chercher une protection rare chez lui, et il en a remis plus d'un sur le droit chemin... Tout le monde l'adore... Et on vient souvent se plaindre de son frère, justement.

Et ça tombe bien: car le bon, handicapé sérieux, homme bon et ouvert, qui trouve des solutions et prend sous son aile toute la misère du monde, et l'ordure criminelle, ne sont évidemment qu'un seul et même homme, qui a trouvé la planque de rêve: c'est pas moi, c'est mon frère jumeau! Et j'ai renoncé à essayer de comprendre en quoi ça fournit un alibi à Dan Tate, d'avoir un frère jumeau estropié, qui est aussi bon que lui est fourbe. L'intérêt, évidemment, est ailleurs: dans la complicité morbide qui s'installe entre le film, le personnage et les spectateurs qui savent dès la première bobine la vérité; dans la réflexion qui s'engage alors sur la bonté et la criminalité: Dan Tate n'est donc pas si pourri? Et "L'évèque" est donc, fondamentalement, un criminel? pourtant les crimes de l'un sont réels, et la bonté de l'autre a des effets bénéfiques sur la communauté... C'est troublant, et on comprend que Lon Chaney qui aimait pousser son public dans ses derniers retranchements, ait pu être attiré par l'idée.

Seulement, une fois brillamment établi le début, il faut attendre la dernière bobine pour que le film, largement situé dans les bouges sans véritable vie de Limehouse, reprenne enfin vie, avec cette scène hallucinante durant laquelle Dan Tate meurt en essayant une fois de trop de forcer ses membres à adopter la posture tordue de l'évèque. Il lui importe de continuer jusqu'au bout à tromper son monde, et devant son ex-épouse, qui vient avec horreur de comprendre la vérité Dan Tate meurt sous l'identité d'un homme qui n'existe pas, son propre frère: il est satisfait: "I'm foolin' em", dit-il, je les trompe... Mais autour de lui,, c'est la tristesse: le seul homme qui faisait le bien est parti...

Ironique, cynique et sérieusement inquiétant, donc, le film va au bout de son étrange logique, mais déçoit: a trop vouloir développer une intrigue sentimentale très convenue, Browning perd l'intérêt pour son film. Et nous aussi...

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Published by François Massarelli - dans Muet Tod Browning Lon Chaney 1925 *
10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 09:42

Don Juan est à Rome, et c'est le pur produit d'une éducation prodiguée par un père trompé, et impétueux: Don José de Marana a en effet prodigué la leçon la plus décisive de toute sa vie à son fils Juan, le jour où il a répudié son épouse infidèle, et emmuré au passage son amant... Vingt ans plus tard, Juan (John Barrymore) consomme les femmes, sans jamais s'enivrer dans la moindre histoire d'amour. 

...Et il les lui faut toutes! Et comme il vit dans la Rome très corrompue de l'époque de Borgia, il est plutôt à son aise. Sa rédemption viendra de Donna Adriana (Mary Astor); la pureté angélique même. Dans un premier temps, il la convoitera comme les autres, et s'étonnera qu'elle lui résiste. Puis il cherchera sa présence afin de gagner son affection. Puis il la sauvera des griffes de l'abominable Giani Donato (Montague Love), homme de main de Lucrèce (Estelle Taylor) et César Borgia (Warner Oland)... 

Ce n'est pas par son intrigue que ce film se distingue. Celle-ci, signée par Bess Meredyth, qui n'allait pas tarder à devenir Michael Curtiz, est une excellente utilisation d'une formule raffinée de film en film, et qui allait souvent donner des splendides swashbucklers dans les années 30 ou 40: voilà où je voulais en venir avec mon allusion au ménage Meredyth-Curtiz! En voyant Don Juan, film luxueux dans un studio qui n'avait pas forcément les moyens en 1926 de se permettre de telles excentricités, on constate que le terrain est en voie de préparation pour les films de Curtiz Captain Blood ou The sea hawk...) Seulement en attendant, c'est Alan Crosland qui était préposé aux grosses machines de ce genre.

Et Don Juan est une splendide réussite dans le genre: le héros est à la fois suffisamment sympathique, et suffisamment fripon pour garantir le spectacle, les méchants (des Borgia qui ont été taillés sur mesure pour le public Américain de 1926: aucun lien avec la papauté, ils sont juste 'les maîtres de Rome': a-t-on besoin de plus? Si on est un historien, oui. Sinon...) sont parfaitement adéquats, les seconds rôles sont à foison: John George, silhouette inquiétante dans le prologue, symbolisant l'âme tortueuse du père de Don Juan; Warner Oland, au naturel, en César Borgia inquiétant, mais pas autant qu'Estelle Taylor qui est la véritable reine de la famille; Montague Love dans son rôle préféré: un homme de main libidineux qui se fait tuer à l'avant-dernière bobine... Myrna Loy dans un rôle inhabituellement développé de dame de compagnie-espionne, et le grand Nigel De Brulier, qui joue un mari trompé qui fait basculer l'histoire de Don Juan depuis la comédie vers la tragédie: au naturel, lui aussi, son rôle est crucial, et le personnage qui se lance dans un pétage de plombs intensif, nous change des bons pères et des Richelieu tout en manoeuvres feutrées, deux types de personnages qu'il avait l'habitude de jouer... Et puis il y a, dans le rôle d'un bourreau, Gustav Von Seyffertitz, l'inénarrable sadique dont Barrymore aimait tant copier les traits (voir son Mr Hyde, c'est troublant), et qu'il imite ici dans une scène située vers la fin...

On ne s'ennuie jamais, et on en prend plein les yeux: la photo de ce film, ses décors, le cadrage (avec un certain nombre de cascades jouées en plan large, et rendues plus spectaculaires encore) et les costumes, tout y contribue au plaisir. C'est que la Warner avait une idée derrière la tête: le Vitaphone. On lit souvent que Don Juan était le film par lequel la compagnie WB avait expérimenté ce système de synchronisation qui allait ensuite mener la compagnie à insérer 2 minutes parlantes dans The jazz singer. Sauf que pour une fois, c'est rigoureusement exact. Jack Warner jouait son va-tout avec Don Juan, dont le succès allait précipiter la révolution du cinéma sonore. D'où les précautions, et le soin apporté à la production. Et du même coup, ceci est le meilleur film de Crosland, et ce de très loin. Le principal atout du film, je pense, est son montage formidable, qui nous permet de toujours nous situer du bon côté de l'action (c'est à dire en prenant parti pour Don Juan, y compris avant qu'il n'entame une rédemption ô combien nécessaire!)... Mais franchement, il n'y a là-dedans que des motifs de satisfaction, et tant qu'à faire ce long métrage d'excellente facture est aussi à mes yeux le meilleur film de John Barrymore. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Alan Crosland *
9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 10:28

Au sujet de ce film, Francis Ford Coppola est très clair: en 1992, il avait des dettes! D'autant qu'une grande partie de son Dracula, qui était d'abord et avant tout un projet de Winona Ryder, a été pilotée par son fils Roman Coppola, crédité aux effets visuels et à la seconde équipe; l'idée, sympathique, défendue par Coppola père, c'était que tout le monde faisant toujours la même chose en matière d'effets spéciaux, il convenait de retourner aux sources du septième art, et de réaliser des truquages optiques, de montage et d'utiliser toutes les ressources permises par une caméra (y compris la vidéo, d'ailleurs). C'est Roman Coppola qui a pris ça en charge, et quand on fait le compte des scènes présentant des effets visuels (Tous réalisés en vrai, sans CGI), on comprend que le père a tout fait pour en faire le moins possible... Sur un film qui lui ressemble malgré tout: un opéra baroque, dans lequel on s'approche au plus près du mal, avec l'option de passer 'de l'autre côté', ou pas. Ca rappelle des souvenirs, non?

Et puis il y a l'hommage vibrant au cinéma fantastique, un domaine que le réalisateur connaissait bien en tant que spectateur: la présence fantomatique de Nosferatu de Murnau est évidente, et en prime, il y a un hommage permanent au cinéma tout court, avec des techniques diverses et variées utilisées tout au long du film. Scènes tournés à l'envers, matte-painting, perspective forcée, maquettes, et... tournage avec une caméra des débuts du siècle. Les Coppola poussent même l'hommage très loin en montrant Gary Oldman et Winona Ryder assister à une représentation de films des premiers temps... Mais pas d'authentiques films, non: il y a beaucoup de petites bandes érotiques à trucs à-dedans, et elles sont là encore réalisées par Roman.

Bref, ce film qu'il juge lui-même alimentaire (Il avait VRAIMENT des dettes!!), qu'il a tourné en se bouchant le nez, vaut au moins pour son extravagance, son humour distant et son érotisme franc et massif qui encore aujourd'hui, fait rougir... Francis Ford Coppola, mais oui. A croire qu'il n'a pas tourné ces scènes frivoles lui-même. Cette obsession, pourtant, de l'érotisme et du sexe, et du rapport brûlant entre la passion et le sang, est une façon d'ancrer ce film baroque et excessif, à l'âge du SIDA. Une façon un peu gratuite, maladroite, mais séduisante justement par son caractère unique. Quant à Bram Stoker, il a bon dos, car si Coppola assure avoir voulu adapter le romancier Irlandais, il passe son temps et son film à citer Murnau et les dialogues du film de Browning, prononcés par Gary Oldman avec l'accent de Bela Lugosi...

 

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Published by François Massarelli - dans Francis Coppola
7 août 2018 2 07 /08 /août /2018 09:02

Ce Dracula hispanophone, miraculé des archives poussiéreuses de la Universal, a tout pour être une curiosité, une note en bas de page de la grande histoire du cinéma. Ce qu'il est. Mais pas que... A l'origine de sa conception, deux choses: d'une part, la compagnie décide de se lancer dans la production de films d'épouvante afin de créer un genre à part entière dont deux ou trois de leurs films, dans le passé, ont pu contribuer à tracer les contours: The cat and the canary (1927) et The man who laughs (1928), tous les deux de Paul Leni, mais surtout The Phantom of the opera (1925), de Rupert Julian sont donc les précurseurs de toute une vague, qui commence avec le Dracula de Tod Browning. D'autre part, en ces temps de réadaptation de toute la machine cinématographique, la question des langues étrangères se pose de manière importante: comment importer les films dans des pays qui ne parlent pas la langue? Les sous-titres ne s'imposent pas encore, et si cet abruti de Mussolini a inventé le doublage, cette pratique éhontée, il n'est pas encore accepté par tous (et ne sera d'ailleurs jamais accepté par les anglo-saxons, qui eux ont du goût). L'idée de créer des versions multiples vient de là: une équipe tourne une version en langage natif, une autre dans un autre langage.

Si l'essentiel de cette production parallèle, dont la préservation ne s'imposait pas aux yeux des studios, a disparu, les versions étrangères sont aujourd'hui disponibles pour quelques films précis (Anna Christie, The big house, The merry widow, certains Laurel et Hardy), mais ce sont des curiosités. Le cas de ce Dracula, tourné la nuit quand Browning occupait le studio le jour, reste vraiment à part.

C'est que quand je dis que Browning occupait le studio le jour, c'est une façon de parler: son unité, oui. Karl Freund, le grand chef-opérateur, dont la présence est attestée dans quelques plans de caméra mobile de toute beauté, était bien là, et les acteurs, évidemment, aussi. Mais l'acteur David Manners a toujours soutenu n'avoir jamais été dirigé par Browning; pire, certains plans et des séquences entières sont purement et simplement bâclés. Bref, le grand classique a tout du vilain petit canard. Et ça se voyait lors du tournage, à tel point que Melford avait pris l'habitude de se rendre sur le studio avant la fin des périodes de tournage de l'équipe de jour, afin de jauger le désastre, et de concevoir des idées personnelles pour sauver SON Dracula, ce film en langue Espagnole qu'on lui avait assigné.

Le résultat est sans appel: bien plus cohérent, plus long aussi (103 minutes au lieu des 74 de l'original), mieux interprété, mieux monté, bénéficiant de meilleurs soins de la part des équipes techniques, le Dracula Espagnol reste le meilleur des deux: sans Bela Lugosi, bien sûr, remplacé par Carlos Villarias, un acteur compétent, qui lui ressemble vaguement, mais qui sur-joue aussi bien (ou mal) que l'illustre histrion Hongrois. L'intrigue, adaptée d'une pièce, reste bien sûr assez tarte, et on est encore dans les années de formation du cinéma parlant, donc la diction reste lente et lourde. Pablo Alvarez Rubio, lacteur qui transpose le rôle de Renfield, a beau en faire des tonnes, il sera toujours meilleur que l'abominable Dwight Frye! A ce propos, le montage favorise Renfield, au point de fournir des explications plus étendues sur son comportement. Car le montage du Dracula de Browning a sans aucune logique amputé les développements de plusieurs scènes, qui ici sont montrées in extenso, rendant la chose au moins plus fluide et plus cohérente. 

Je ne dis pas que ce Dracula est un chef d'oeuvre, loin de là: simplement, on voit que Melford, confronté à un pensum, a au moins fait son boulot consciencieusement, et a rendu une copie décente: deux choses que Browning a été incapable de faire avec son Dracula, l'un des pires navets de son oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code George Melford
6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 18:32

« Ca fait quinze ans que je me passionne pour votre plan quinquennal », dit le comte d'Algout à Nina Karushova, dans une scène de flirt qui reste surtout célèbre par son dénouement : en effet, à la fin de la scène, le comte atteint son objectif,à savoir faire rire la belle bolchevik. Et comme c'est Greta Garbo, la MGM peut fièrement annoncer dans sa publicité : « Garbo rit ! »

Ninotchka est plus que jamais la rencontre de trois univers, qui chacun atteignent un pic avec le film: Lubitsch a eu des hauts et des bas dans les années 30, et cette fois le succès revient. Il a travaillé pour la deuxième fois avec Charles Brackett et Billy Wilder, et ceux-ci sont très à l'aise : il n'est pas difficile de retrouver l'univers du futur cinéaste de A foreign affair dans ce film, aux dialogues précis. Enfin, la star n'est plus Jeanette McDonald, ou Claudette Colbert, ou Marlene Dietrich, comme à la Paramount. Passé à la MGM, Lubitsch peut travailler avec Greta Garbo, l'énigmatique Suédoise qu'il connait bien pour avoir fréquenté les mêmes cercles d'émigrés de Hollywood qu'elle. Mais pouvait-on imaginer Garbo dans une comédie? A en croire l'insistance de la publicité maison pour le caractère spectaculaire de son rire, il est évident que non !

Et pourtant elle est à l'aise, et s'amuse beaucoup à énoncer d'un ton lugubre les dialogues étincelants, jouant la réaction froide et marmoréenne face à l'enthousiasme de séducteur de Melvyn Douglas : elle est excellente dans ce film... Rappelons l'intrigue : trois envoyés Moscovites sont à Paris à la fin des années 30 ; Buljakoff, Iranoff et Kopalski (Felix Brassart, Sig Ruman et Alexander Granach) doivent en effet négocier la vente de bijoux ayant appartenu à la Grande Duchesse Swana, de la famille Impériale Russe. La vente se passerait sans encombre si la Grande Duchesse en personne (Ina Claire) ne se trouvait à Paris... Et elle n'entend pas laisser passer l'occasion, sans doute pas de récupérer ses bijoux, mais au moins de faire un scandale. Afin de l'aider, elle fait appel au Comte d'Algout, son amant (Melvyn Douglas); de leur côté, les trois Russes reçoivent l'assistance de la rigoriste envoyée spéciale Nina Rakushova, dite Ninotchka (Greta Garbo): cette excellente communiste vient à Paris non seulement pour récupérer les bijoux, mais aussi pour s'assurer que ses trois « camarades » ne se laissent pas trop aller à la douceur de vivre typiquement Parisienne...

Le script est parfait, et permet à la verve de Brackett et Wilder de faire mouche de bout en bout : d'une part, et notamment dans la première demi-heure, l'installation des trois communistes à Paris, leurs discussions, entre nécessité de garder les principes soviétiques et l'attirance du luxe Parisien, sont savoureuses, et Lubitsch sait demander à ses acteurs de jouer comme une entité à trois têtes! La façon dont ils utilisent la dialectique révolutionnaire pour justifier une suite royale dans un palace, par exemple, est un cas d'école de la comédie. Ensuite, ils créent avec D'Algout un personnage formidable, qui oscille en permanence entre ironie et fascination pour le monde délirant du communisme à la Ninotchka ! Car s'il est un film anticommuniste paradoxal, c'est bien celui-ci: certes, l'idée y est de montrer en riant de bon cœur que l'attrait du capitalisme à la Parisienne est trop fort pour les idéaux socialistes, à plus forte raison quand on est confronté à la liberté et au glamour. Mais derrière la caricature, les scénaristes ne manquent pas une occasion de rappeler les circonstances et les injustices qui ont déclenché la révolution. Et la méchante dans le film reste la grande duchesse Swana, bien plus que le pourtant redoutable commissaire du peuple incarné par rien mois que Bela Lugosi lui-même...

Lubitsch s'amuse donc beaucoup, avec ce film qui partage non seulement le don inné du metteur en scène pour ancrer une idée sans la montrer, sa façon économique de planter les personnages et son sens fabuleux du gag visuel exercé entre précision et sobriété: à tous ces niveaux, c'est un sans faute... Mais le metteur en scène, depuis Angel, sait aussi mettre de la gravité dans ses œuvres, et si elle affleurera toujours beaucoup plus, disons dans Heaven can wait, des films comme The shop around the corner et Ninotchka possèdent aussi un sous-texte dramatique, aussi subtil soit-il; une scène nous rappelle qu'il y a des dangers plus menaçants que ces trois communistes perdus dans la douceur de vivre Parisienne: ne sachant pas qu'ils attendent une femme, les trois compères sont à la gare pour accueillir leur envoyé. Ils pensent l'avoir trouvé quand ils aperçoivent un voyageur brbu à la mine austère, mais se révisent après l'avoir vu faire le salut nazi...

Mais « Garbo rit », et nous aussi : Ninotchka reste une comédie, l'une des plus belles de toute la carrière de Ernst Lubitsch. La rencontre entre Garbo et le metteur en scène restera sans lendemain et l'actrice ne tournera plus qu'un film. Mais ce sera une comédie...

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Greta Garbo Billy Wilder Comédie
6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 18:30

Ce long métrage de 1925 est aujourd'hui éclipsé par le remake de King Vidor, mais ce serait trop facile de se contenter de le considérer comme un précurseur à mettre poliment de côté, ou une simple note en bas de page... Henry King, maître exigeant d'un cinéma profondément humaniste, attiré par les occasions de sortir le médium de la facilité, l'a réalisé pour la compagnie de Samuel Goldwyn, éternel indépendant qui encourageait ses metteurs en scène à dépasser les codes et les conventions...

Stephen Dallas (Ronald Colman) aime la jeune Helen, depuis leur enfance, mais... le sort a décidé que les deux amoureux seraient éloignés : le père de Stephen, au cœur d'un scandale financier, se suicide, et le jeune homme va devoir se recostruire par son travail d'avocat... Seul, car helen s'est mariée de son côté, probablement poussée par sa famille suite au scandale. Devenu l'avocat d'une petite entreprise, Stephen se prend d'amitié pour Stella (Belle Bennett), une jeune femme au francparler rafraîchissant, et dotée d'une famille brute de décoffrage, particulièrement encombrante.

Ils se marient, puis ont une fille, la petite Laurel. Celle-ci va surtout grandir auprès de sa mère, car quand Stephen obtient une situation avantageuse à New York, où elle ne connaît personne, elle décide de rester. Séparés de fait, le mari et la femme vont cesser de s'aimer ou de compter 'un pour l'autre, et Laurel va donc vivre avec une mère aimante, mais qui la handicape socialement...

C'est un mélodrame, plutôt cruel, dans lequel Henry King joue d'une certaine ambiguïté : il n'adhère pas aux codes sociaux qui gouvernent le drame qui se joue pour le personnage de Stella, qui sera bientôt amenée à sacrifier sa présence auprès de Laurel pour le bienfait de la jeune femme, mais il les rend indispensables au spectateur pour comprendre le drame qui se joue. Ce n'est pas tant une ambiguïté liée à la moindre volonté de ménager les sensibilités, qu'une façon d'amener le public, en contrebande, là où il souhaite l'amener.

Et pour bien faire, le metteur en scène se donne les moyens : du temps d'une part, car c'est un film assez long, dans lequel chaque scène pourtant n'est pas étirée inutilement : ce n'est sans doute pas un hasard si Jean Hersholt, qui joue le seul ami de Stella, semble ici reprendre le rôle de Marcus Schouler de Greed ! Car Henry King utilise la caractérisation, le vêtement, les codes sociaux, et impose dans chaque scsène une vie formidable par des petits riens, à l'instar d'un Stroheim ! Et la mise en scène, d'une précision incroyable, joue aussi sur la profondeur de champ d'une façon encore assez peu courante : par exemple, quand Stephen séduit Stella sous le balcon de sa toute petite maison, nous voyons derrière les amants les deux frères de la jeune femme en train de se moquer d'eux derrière la fenêtre. Plus tard, la première vision des deux mariés et parents, est d'une grande clarté : au fond du cadre, à gauche, le bureau de monsieur ; au fond du cadre à droite, le boudoir de madame qui se pomponne. Au centre, la petite Laurel est sous la garde d'une nourrice. Si jeunes mariés, à peine parents, et déjà séparés. A maintes reprises, King utilise le cadre non seulement pour séparer les parents de Laurel, mais surtout pour séparer Stella du reste de la société ; quand elle offre des vacances à sa fille, la mère doit garder le lit, c'est donc d'une fenêtre qu'elle assiste au bonheur de sa fille...

C'est un rôle formidable pour Belle Bennett, qui doit ici jouer un personnage de son adolescence à un âge plus mûri par les vicissitudes, que mûr tout court, car quand nous voyons pour la dernière fois Stella, quasiment une clocharde, elle n'a sans doute pas cinquante ans... Mais le bon goût et l'audace impressionnante d'un cinéaste qui sera plus tard l'un des plus ennuyeux de tous les réalisateurs académiques, se manifestent ici par un vrai sens du mélodrame, accompagné d'un impressionnant savoir faire : il sait comment ne pas aller trop loin, comment suggérer, et la direction d'acteurs est constamment splendide. Bref, je le répète : il n'y a aucune raison de considérer ce film de 1925 comme un simple satellite de celui de Vidor, quelles que soient les qualités de ce dernier...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Henry King *
4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 21:53

Réalisé par un illustre inconnu au pedigree presque burlesque (Ancien Soldat - le film est d'ailleurs crédité au "major" Maurice Campbell - mais aussi activiste de la prohibition, lors d'une carrière bien remplie qui est allègrement passée du coq à l'âne), ce petit film est un véhicule pour l'ancienne partenaire de Harold Lloyd, que Paramount voulait lancer en tant que star à part entière, mais dans des petits films si possible... Et c'est Bebe Daniels elle-même qui a produit cette comédie de six bobines, prouvant que quand on participe en tant qu'actrice à des comédies de une et deux bobines pour les studios Hal Roach, on apprend toujours quelque chose.

Parce que toutes proportions gardées, ce film est excellent, venant contredire la prudence du studio, qui a préféré sortir Ducks and Drakes sous un label différent de Paramount, Realart (une filiale dédiée à des efforts moindres): c'est une comédie réussie, dans la lignée de celles de Cecil B. DeMille...

"Teddy" Simpson (Daniels) est une orpheline élevée (tant bien que mal, la belle est turbulente) par une tante d'un autre siècle (Mayme Kelso). On lui destine un mari bien comme il faut (Jack Holt), mais Teddy rêve de romantisme, lit des romans olé olé, et s'amuse souvent avec le téléphone: elle prend des numéros au hasard et flirte avec des hommes qu'elle ne connaît pas... Jusqu'au jour où elle tombe sur deux amis de son fiancé. Les trois hommes décident de la remettre sur le droit chemin, en utilisant un stratagème délirant...

Dès le début, on sent l'importance du geste, du vêtement et du confort comme éléments de caractérisation sociale. Bebe Daniels, en flapper des premiers temps du jazz age, est excellente, et mène la danse avec un tempo hérité de ses années de comédie. Ces 57 minutes passent comme un rien, et confirment que cette actrice que l'histoire a relégué au second plan, avait beaucoup de choses à dire.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 **
2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 18:42

C'est la deuxième fois que Wes Anderson s'attaque à un long métrage d'animation, après Fantastic Mr Fox: ce grand succès de 2009 avait prouvé qu'il était inutile de s'étonner de voir un réalisateur de longs métrages en «live-action» faire le grand saut. Après tout, Anderson est sans doute l'un des plus éminemment visuels de tous les metteurs en scène en circulation, et son style géométrique, sa marque de fabrique, s'accommode particulièrement bien de l'animation en volumes.

Oui, c'est une fois de plus un film d'animation à l'ancienne, avec des petites poupées en plastique ou en plasticine, qui sont animées dans des décors «en dur» installés dans un studio. L'animation est excellente, on pourrait certes la trouver un peu raide, mais c'est le style d'Anderson qui veut ça... le plus surprenant, dans ce film adapté d'une idée originale du metteur en scène, c'est le parti-pris de situer ça, en intrigue comme dans la forme, au Japon...

En 2035 environ, Megasaki, une municipalité imposante du Japon est entre les mains du maire Kobayashi, un homme qui a la phobie des chiens. Il a décidé d'exiler les animaux, supposés amener des maladies, sur une île située au large, et qui est totalement jonchée d'ordures. Nous assistons aux aventures d'une troupe de chiens, tous ou presque nostalgiques de leur vie passée, au contact des humains. Ils reçoivent une visite inattendue, celle de Atari Kobayashi, le propre neveu du maire, à la recherche de son ancien garde du corps, un chien valeureux qui répond au nom de Spot... Les cinq chiens, dont Chief, chien errant sans grande amitié pour les humains, vont l'aider à travers l'île et ses pièges...

D'un côté, on retrouve tout l'univers de Wes Anderson, avec ces groupes faits d'associations inattendues, ces personnages qui croient cacher des blessures qui se voient comme le nez au milieu de la figure, et qui tous trouvent en une destinée héroïque bizarre, une sorte d'épiphanie. Certains trouveront aussi l'amour, bien sûr... Le burlesque naît ici de la juxtaposition d'une composition immobile, et de ces conversations décalées entre des chiens (qui tous portent un nom de leader: Rex, King, Chief, Duke...) dont la plupart trahissent une tendresse profonde pour l'humanité... Et on se demande bien pourquoi!

Oui, car tout le film est vu du point de vue des chiens, et le langage s'y adapte: on nous prévient au début du film que les aboiements des chiens ont été traduits en Anglais, alors que les humains parlent systématiquement leur langue maternelle, donc majoritairement le Japonais. Certains procédés internes à l'histoire permettent d'obtenir des traductions, mais pour l'essentiel, on n'en a pas besoin: la gestuelle est éloquente, et de toute façon ce qui doit faire sens dans le film provient des chiens, et des chiens seuls. On ne s'étonnera donc pas du fait que les voix de ces animaux soient fournies par rien moins que Jeff Goldblum, Bill Murray, Edward Norton ou F. Murray Abraham...

Mais ce dispositif particulier pousse le film dans une direction inattendue : la présence courante de sous-titres Anglais internes, qui accompagnent l'action, ou qui soulignent eux-mêmes l'omniprésence du texte sous la forme d'idéogrammes qui prennent toute la place, donne l'illusion qu'on est devant un artefact Japonais authentique, ce que la musique superbe d'Alexandre Desplat (Qui cite aussi la bande originale des Sept samouraïs, tant qu'à faire) renforce particulièrement...

Et le miracle s'accomplit : le style de Wes Anderson est là, et bien là, sans qu'on puisse s'y tromper. Son mélange de burlesque froid et de géométrie, plus tendre peut-être que d'habitude, parce que même si ce film ne s'adresse pas particulièrement aux enfants, il n'en reste pas moins que c'est un film d'animation, et la cruauté n'est pas de mise. C'est le neuvième long métrage d'Anderson, et une fois qu'on s'est adapté à son aspect visuel très particulier, c'est le neuvième sans faute.

 

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Animation Arf! Criterion
2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 18:40

Ce film de 1932, longtemps perdu, est l'un des plus connus et des plus respectés dans la catégorie «Viens dans ma maison et fais-moi peur », mais ce n'est pas le premier du genre, loin de là... Rien qu'à la Universal, productrice de ce long métrage, un classique réjouissant de 1927 l'a précédé, avec sous la direction experte de Paul Leni une redéfinition complète du genre, hérité du théâtre et il faut le dire, bien poussiéreux (voir à ce sujet le très insupportable film The bat, de Roland West, afin de s'en convaincre): The cat and the canary...

Dans la continuité de cette renaissance d'un genre, il était logique que le style 'gothique' des films d'épouvante de la compagnie débouche sur une nouvelle histoire de maison hantée ! C'est selon les vœux de James Whale, auréolé du succès de son Frankenstein, que Universal s'est lancé dans cette adaptation d'un roman de J.B. Priestley, situé au Pays de Galles. Whale a fait venir le scénariste Benn Levy, et s'est entouré de nombreux acteurs Britanniques en plus de Boris Karloff : Charles Laughton, Ernest Thesiger ou Eva Moore, complétés par le Canadien Raymond Massey, ainsi que les Américains Lillian Bond, Gloria Stuart et Melvyn Douglas...

Une nuit, au Pays de Galles, une voiture et ses trois passagers doivent s'arrêter, tant la tempête fait rage. Une vieille maison située près d'eux leur tend les bras... Façon de parler, car l'accueil de la famille Femm sera particulièrement froid, pour ne pas dire étrange: c'est le commencement d'une nuit d'insécurité dans une vieille demeure habitée par une famille de dingos profonds qui cachent un secret: l'un d'entre eux, le pire de tous, est enfermé, et... leur domestique, le géant Morgan, est une brute, il boit, et il cache des ressources insoupçonnées en matière de friponnerie...

Whale se fait plaisir de bout en bout, c'est une évidence, et tous les personnages deviennent les poupées du metteur en scène, qui s'amuse à doser ses confrontations, entre des personnages qui passent souvent de la simple excentricité à la folie furieuse: je parle des Femm, essentiellement, mais les voyageurs ne sont pas en reste. Et surtout, le film trahit les goûts de son réalisateur pour les penchants nocturnes du cinéma Allemand (qu'il s'amuse quand même à parodier, dans une séance d'ombres chinoises menée par Gloria Stuart), maîtrisés et réadaptés au cahier des charges de la Universal post-Dracula...

 

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Published by François Massarelli - dans James Whale Pre-code
2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 18:36

1944 : fatigué de servir un état national-socialiste dans lequel il ne se reconnaît pas politiquement, et dont les crimes l'épouvantent, le Colonel Claus Von Stauffenberg (Tom Cruise) souhaite participer à toute action de résistance qui permettrait de rétablir une Allemagne plus raisonnable. Il trouve un groupe de militaires et de politiciens qui partagent cette défiance face aux SS et aux Nazis, et bientôt, la conspiration prend de l'ampleur...

Pas la peine de se précipiter sur un livre d'histoire pour en savoir plus : cette conspiration parfaitement authentique a bien sûr échoué, et l'ensemble des conspirateurs ont été exécutés entre 1944 et 1945, pendant que les alliés avançaient. S'il joue occasionnellement la carte du suspense, toujours assisté de son excellent monteur John Ottman (l'homme qui a la réputation d'avoir «sauvé» le deuxième long métrage de Singer, The usual Suspects, avant sa sortie), il semble finalement plus s'intéresser à une reconstitution minutieuse, non de l'époque, mais du geste. C'est le même principe du reste que dans Days of the future past, l'un de ses films de la série X-men : recréer une époque à travers des décors, des événements et des costumes, afin de rendre le jeu des acteurs au plus près de l'idée qu'on se fait d'un moment historique. L'avantage de Walkyrie sur les films X-men est de disposer de décors authentiques, qui ont sans doute dû ajouter à la caractérisation...

Le jeu des acteurs est souvent bon, très digne, et confronté à une solide troupe d'acteurs Britanniques (Bill Nighy, Kenneth Branagh, par exemple), Singer semble se mettre au diapason de son interprétation, du moins dans ses deux premiers actes. Tout au plus se permet-il une scène spectaculaire : dans l'intimité du couple Stauffenberg (L'épouse est jouée par Carice Van Houten), l'idée de génie germe dans le cerveau de Tom Cruise par le biais d'un disque qu'il écoute, une interprétation de La chevauchée des Walkyries de Wagner.

Tom Cruise : parlons-en justement... S'il est méconnaissable en quadragénaire posé et déterminé, qui ne prend pas prétexte de n'importe quelle bêtise pour taper dans les meubles, le scientologue reste irritant dans la mesure ou il a été choisi comme étant l'âme du complot, et aussi parce que l'agenda des cinéastes et celui de l'intrigue finissent par se trouver en porte-à-faux : Stauffenberg s'est trompé, s'aveugle, et emporte tout le monde dans sa chute... Tout en restant un phare pour la résistance, du moins c'est ce qu'on dit au spectateur. C'est un peu léger, et une fois de plus il faudrait voir quelle part les élucubrations de L. Ron Hubbard ont joué dans l'élaboration du script...

Et pour finir, cette histoire de résistance est bien belle, mais on demande à en savoir un peu plus : tous ces gens, qu'ils soient des politiques, ou des mirlitaires, ils ont laissé faire, non ? A quel moment la situation devient-elle intenable ? Quand un politicien passe d'un soutien aveugle, à la résistance contre le nazisme, est-il absous de sa participation à des crimes ?

Même romancé, édulcoré, passé à la moulinette des bons sentiments de la Fox, il me semble que le Rommel (Desert Fox) de Henry Hathaway (1951) était plus honnête que ce film ambitieux, mais essentiellement... distrayant.

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Published by François Massarelli - dans Bryan Singer