Retrouvant le scénariste Hans Kräly, son complice des années Allemandes, et bien sûr l'immense acteur Emil Jannings avec lequel il a tourné maintes fois avant de venir en Californie, Ernst Lubitsch a signé avec The Patriot un film que beaucoup parmi ceux qui ont eu la chance de le voir estiment être un chef d'oeuvre. Dans un premier temps, c'est Dmitri Buchowetski qui devait réaliser le film, mais Lubitsch, qui entamait une collaboration plus que fructueuse avec la Paramount, a finalement été appelé à la rescousse...
L'intrigue concernait le Tsar Paul (Jannings), un monarque en bout de course, qui n'accordait sa confiance qu'à un seul homme, son ami le Comte Pahlen (Lewis Stone). Mais celui-ci, pris entre son affection pour son ami et la raison d'état, jugeant le roi fou et criminel, entreprend de le trahir dans les règles...
On a particulièrement dit du bien de la mise en scène de Lubitsch, qui avait été éloigné des grosses productions depuis Rosita, et s'est plu à jouer avec les ombres avec talent, et à adopter un jeu de caméra mobile. En témoignent aujourd'hui les seules trois minutes de la bande-annonce, seule trace du film avec les photos de plateau, qui nous promet un spectacle fabuleux, que nous ne verrons sans doute jamais plus... Pas plus qu'une copie intégrale de Die Flamme ou quoi que ce soit de Kiss me again...
Voilà un film bien encombrant... Comme du reste pouvaient l'être, chacun à sa façon, les superproductions de Lubitsch Madame Du Barry, Sumurun ou Ann Boleyn. Chacun de ces quatre films comporte bien sûr, à sa façon, une méditation sur le rapport paradoxal des femmes au pouvoir, et une importante manipulation des foules par le metteur en scène. On murmure que celui-ci, particulièrement, était pour Lubitsch l'occasion de montrer aux studios Américains ce qu'il savait faire. particulièrement à la Paramount, qui a investi beaucoup de sous dans l'affaire...
En Egypte, le Pharaon Amenes (Emil Jannings) désire cimenter une alliance avec le roi Samlak d'Ethiopie (Paul Wegener); pour ce faire, il accepte d'épouser la fille (Lyda Salmonova) de ce dernier. Mais alors que les éthiopiens sont en route, se produit un événement qui sera lourd de conséquences: un Egyptien (Harry Liedtke) a volé une esclave Grecque (Dagny Servaes). Ce qui aurait pu être insignifiant va en réalité décider du destin tragique de la couronne Egyptienne, et de la mort de la plupart des personnages...
Décors imposants, foules menées de main de maître, et acteurs de premier plan au jeu lourd et ampoulé, vaguement héritier de l'expressionnisme théâtral: avec Wegener et Lubitsch qui se battent en essayant d'en faire systématiquement plus que l'autre, l'intérêt très relatif de ce gros spectacle tend à s'effriter au fur et à mesure. Le fait que le film n'est survécu que dans des copies fragmentaires n'arrange ni la continuité, ni la compréhension... Mais Lubitsch, qui signera ensuite un seul film en Allemagne (Die Flamme, aujourd'hui perdu), gagnera son ticket pour les studios Californiens.
Si ça n'est pas une bonne nouvelle, alors c'est à désespérer.
Au début du siècle, en Irlande, nous faisons la connaissance de James O'Connell (Russell Simpson), un fier Irlandais sans le sou, qui s'est marié par amour à une Anglaise d'une riche famille... Laquelle ne veut plus entendre parler d'eux. Une petite fille est née, Margaret dite Peg, mais Madame O'Connell se meurt, dans l'indifférence affichée et militante de son propre frère...
Les années passent: Peg est devenue une belle jeune femme (Laurette Taylor) qui accompagne son père dans des diatribes anti-Anglaises insensées. Ils sont vaguement hors-la-loi, et vivent parfaitement heureux, jusqu'à ce qu'un avocat, Montgomery Hawkes (Lionel Belmore) vienne les débusquer: il représente les intérêts de feu le frère de Mme O'Connell, et celui-ci a décidé sur son lit de mort de faire quelque chose pour Margaret. Hawkes persuade donc son père de la laisser partir pour l'Angleterre où elle sera prise en charge par sa tante Chichester (Vera Lewis), moyennant une rente coquette...
Le problème, c'est que personne chez les Chichester n'est au courant... mais une rente annuelle de £3000, n'est-ce-pas, cela ne se refuse pas, surtout quand les circonstances sont si drastiques que même un Chichester envisage éventuellement de... travailler.
Vidor et l'auteur de la pièce originale, J. Hartley Manners, se sont mis d'accord pour changer le début de l'intrigue: dans la version montrée à Broadway, Peg et son père sont aux Etats-Unis, où l'avocat vient les chercher. Mais Vidor a choisi d'amplifier le contraste entre la famille Chichester (la mère, totalement murée dans ses préjugés, le fils qui désire "se sacrifier" en cherchant à "faire carrière", et la fille pourrie et gâtée, mais qui seule comprendra que Peg est quelqu'un de formidable), et la jeune Irlandaise délurée qui va apporter beaucoup de péripéties dans leur foyer un peu trop tranquille.
Celle-ci est interprétée par Laurette Taylor, qui n'est autre que l'épouse de Manners, et c'est sans doute là que le bât blesse: sa présence en haut de l'affiche a valu un crédit de "Superviseur" à son mari, et elle joue le rôle d'une jeune femme bien moins âgée qu'elle (Taylor 39 ans lors du tournage) et... ça se voit. Non seulement, mais comme elle a tendance à jouer un peu à la façon dont Griffith demandait à Carol Dempster et Mae Marsh d'interpréter les femmes-enfants, c'est souvent, disons, gênant... Pour le reste de l'interprétation, il n'y a pas de problème, et Vidor s'amuse avec ce mélange éprouvé de conte de fées, de mélodrame et de comédie. Il n'oublie pas de signer le film, avec une utilisation savante du décor, soit pour pousser son lyrisme (L'Irlande), soit pour montrer les différences sociales (la demeure des Chichester), et surtout il utilise à merveille la nature: le marivaudage dans les vergers, et la scène de la rencontre entre Peg et l'homme de sa vie(Mahlon Hamilton), située pendant un orage, en témoignent...
Cette production Metro bien ficelée a consolidé la position de Vidor, et s'il est clair que le film ne porte pas totalement sa marque et reste un compromis, il n'en est pas moins une pépite, parmi celles qui mènent à The Big Parade.
Commençons par deux évidences: d'une part, ce film de 1932, le dernier des musicals Paramount réalisés par Lubitsch, est un remake de The marriage circle, qui transpose l'adaptation d'une pièce de Lothar Schmidt dans l'esprit d'une opérette; d'autre part, The marriage circle est un chef d'oeuvre dont le remake ne s'imposait pas. Mais une nouvelle "opérette" de Lubitsch avec Maurice Chevalier et Jeanette McDonald? Et en prime un auto-remake d'un de ses propres films par le grand Lubitsch? On ne va certainement pas faire la fine bouche...
Le docteur Bertier (Maurice Chevalier) et Madame (Jeanette McDonald) s'aiment: la preuve, les policiers de Paris les surprennent dans les bras l'un de l'autre dans un parc de la capitale, enlacés dans une embrassade gourmande et nocturne... Tellement occupés qu'on ne les croit absolument pas mariés. Mais ce mariage idyllique va être soumis à rude épreuve: la meilleure amie de Colette, Mitzi Olivier (Geneviève Tobin), véritable croqueuse d'hommes certifiée, vient en effet de déménager de Lausanne avec le professeur son mari (Roland Young), et si elle se réjouit de retrouver son amie Colette, elle va rencontrer le docteur Bertier avec le plus grand intérêt... Ce que ce dernier va d'ailleurs sentir passer, mais pas forcément à son corps défendant.
Le prologue installe le style du film avec autorité: un mélange permanent entre comédie parlante, scènes chantées, et musique accompagnée de récitatifs rimés, qui permettent à tout un chacun de participer à la comédie musicale, sans pour autant prendre le risque du ridicule, et aux chanteurs chevronnés d'intégrer la musique à la mise en scène, de façon fluide. Bref, c'est le style établi par Lubitsch depuis Love Parade en 1929. Et le ton est résolument égrillard, c'est le moins qu'on puisse dire. D'une certaine façon, One hour with you complète ou plutôt prolonge The marriage circle, avec un certain nombre de scènes qui permettent à Lubitsch d'aller un peu plus loin dans l'audace. Deux scènes, l'une est célèbre, montrent bien cet aspect du film: lorsque Adolph (Charlie Ruggles), le soupirant éternel de Colette lui téléphone pour annoncer sa venue à la soirée qu'elle organise, déguisé en Roméo, il a la surprise d'entendre son amie lui dire que ce n'est pas un bal costumé... Reprochant à son domestique de l'avoir induit en erreur, il s'entend rétorquer par celui-ci qu'il avait envie de le voir en collants... L'autre scène "nouvelle" est celle où, durant la soirée, Bertier et Mitzi se retrouvent seuls à l'extérieur, avec une métaphore insistante représentée par un petit jeu autour du noeud papillon: Bertier ne sait pas le nouer, et Mitzi passe son temps à le lui défaire, ce qui les oblige à passer du temps, intimement enlacés, Mitzi concentrant son attention sur la nécessaire satisfaction de Bertier...
Mais le film a changé le ton de l'histoire originale, aussi, pour des raisons semble-t-il personnelles: Lubitsch, qui devait être seulement le superviseur de la production, a changé en cours de route de fonction, remplaçant au pied levé George Cukor (qui le lui reprochera toute sa vie), afin de relever un peu la sauce, parce qu'il trouvait les premiers efforts de Cukor insuffisants (Et accessoirement parce que Chevalier ne le supportait pas). Et Lubitsch, justement, sortait d'un divorce particulièrement compliqué... Donc le metteur en scène a tout fait pour teinter ses marivaudages, finalement assez flous dans le film muet de 1924 (A-t-il, ou n'a-t-il pas?) de réalisme. Ici, bien qu'il s'en défende, tout concourt à nous faire penser que le Docteur Bertier a bien été infidèle... Et l'image du couple idyllique du début (et du premier film) en prend, quand même, un sacré coup...
Ce merveilleux film est, après Rosita (1923), le deuxième film de Lubitsch aux Etats-Unis, et plus que tout autre, c'est la fondation même de son style des années à venir, de cette fameuse "Lubitsch touch" que l'on sort comme ça sans crier gare dès qu'on parle du talentueux réalisateur... Une fondation paradoxale, pour un metteur en scène qui est quand même à l'ouvrage depuis 1914, ce qui fait de lui un vétéran en ces jeunes années du cinéma. On le verra, il y a une continuité réelle entre le Lubitsch Allemand, et les comédies sophistiquées qui seront désormais sa marque de fabrique. Une continuité, oui, mais aussi une cassure...
Mizzi Stock (Marie Prevost) s'échappe de son foyer, où elle vit avec un professeur de mari (Adolphe Menjou) qui se désole de la voir le négliger. C'est qu'elle souhaite ardemment un peu de romance, alors quand elle se trouve partager un taxi, par erreur, avec le docteur Franz Braun (Monte Blue), spécialiste des maladies nerveuses (parmi lesquelles en ce début de siècle le corps médical compte l'hystérie, qui fait d'ailleurs l'objet de beaucoup d'attention. C'est un détail qui pourrait s'avérer significatif), elle jette son dévolu sur lui.
Sauf que ça n'arrange pas les affaires de Franz Braun: il est d'autant plus gêné que la belle n'est pas vilaine! Mais voilà, Franz est amoureux, et Madame Braun (Florence Vidor) le lui rend bien. Le comique, c'est que Mizzi, lors de cette fatale rencontre en taxi, se rend chez sa meilleure amie... Charlotte Braun. Celle-ci, qui vivait un mariage jusqu'alors sans ombre ni tache, va par la seule grâce de la visite de sa meilleure amie voir le spectre du doute s'installer, ce qui débouchera sur une situation des plus absurdes: se méfiant de toutes les femmes et de toutes les occasions qui pourraient s'offrir à son mari, Charlotte va confier certaines responsabilités à Mizzi, mettant sans le savoir Franz au coeur de toutes les tentations...
Deux autres intrigues sous-tendent cette adaptation brillante par Paul Bern de la pièce Rien qu'un rêve de Lothar Schmidt: d'un côté, le fit que le professeur Stock ait engagé un détective (Harry Myers) pour coincer son épouse et se fendre d'un triomphal divorce; de l'autre, le collaborateur de toujours de Franz, Gustav (Creighton Hale), est amoureux de la belle Charlotte, et l mini-crise traversée par le couple va lui donner des occasions de tenter sa chance, mais... ce sera généralement lamentable.
The marriage circle est à l'intersection de trois influences: la comédie sophistiquée de Cecil B. DeMille (ce dernier étant parti vers de nouvelles directions en 1924) a sans doute eu un effet significatif; mais l'élégance d'un cinéma d'auteur, moins porté sur la comédie, et qui se retrouve aussi bien derrière les fabuleux films de Lois Weber (The blot) que dans les oeuvres de Chaplin (A woman of Paris, bien sûr) seront déterminants aussi. Enfin, il ne faut pas négliger ce que Lubitsch a développé en Allemagne, de comédies farfelues (Die Puppe) en contes grinçants (Ich möchte kein Mann sein): ce sens du détail, du timing, et le savoir-faire inné en matière de dosage... Et le film est notable aussi par son exceptionnelle interprétation: même si l'image cliché souvent véhiculée sur le film muet comme étant forcément mal joué, est la plupart du temps une impression partagée par ceux qui n'en voient jamais, on a rarement atteint une telle sobriété, une telle justesse même dans le jeu d'acteurs aux Etats-Unis...
Et il y a ces fameux non-dits, et l'art et la manière de contourner les interdictions et les codes moraux. Ces regards, ces gestes; cette scène fabuleuse d'un soudain élan de tendresse entre Monte Blue et Florence Vidor, un câlin qui nous est montré uniquement par un gros plan des deux tasses de café qu'ils consomment au petit déjeuner. Derrière les dites tasses, on voit l'esquisse de gestes, jusqu'à ce que la main ferme de Monte Blue ne pousse purement et simplement les tasses qui semblent-ils, gênent! Le rôle joué comme d'habitude chez Lubitsch par les portes, ascenseurs, lettres, et gens de maison, est déjà bien en place, et si la scène (reprise dans le remake One hour with you, de 1932) du placement des convives d'un repas est justement célébrée, j'aime énormément la dose de développements possibles du film: par exemple, avez-vous remarqué qu'avant de quitter un lieu, Adolphe Menjou a un regard particulièrement gourmand pour la bonne? Donc si l'homme est partagé entre l vengeance de l'homme blessé et le cynisme du bonhomme qui voir arriver l'opportunité facile d'un divorce avantageux, il n'en a pas moins des parts d'ombre...
Et le monde peint par Lubitsch, un monde d'élégance et de sophistication, est quand même sous-tendu par de bien noires idées, et autres immoralités bien ancrées. Quant aux dames, oisives en cette période, elles portent en elles une part d'ombre elles aussi, notamment Mizzi. Si ses tentatives répétées d'obtenir du bon docteur Braun un intérêt qui ne soit pas que professionnel sont notables par leur nombre, il n'en reste pas moins que son obsession pour lui relève de la médecine, ni plus ni moins!
Pour finir, j'en reviens à la filiation entre DeMille et Lubitsch: dans ses comédies de 1918-1920, l'Américain jouait avec les idées "risquées", pour finir par rétablir un équilibre moral acceptable. Ici, d'une part la lassitude des Stock déboucher sur un "changement de mari", pour faire une allusion aux titres des films de DeMille, et non sur un retour à la normale. Mais même chez les Braun, flanqué de l'éternelle cour lamentable de Gustav, on a le sentiment au moment où s'achève le film que l'avenir réserve des aventures bien troublantes, puisque rien n'a été réglé.
Sur un scénario de Darryl F. Zanuck, Dolres Costello est la star de ce petit film bien de son temps à tous points de vue, qui prend prétexte d'une histoire située à San Francisco d'avant le cataclysme de 1906, pour faire bouillir la marmite de la Warner! Après Don Juan, When a man loves et The better 'ole, ce film d'aventures est l'un des premiers programmes Vitaphone, et comme ses prédécesseurs le son n'y est utilisé que pour la musique et l'ambiance.
La famille Vasquez est venue s'installer dans la baie de ce qui deviendra San Francisco avec les premiers arrivants Espagnols, et elle a maintenu une certaine aisance... Jusqu'à la ruée de 1849. En 1906, c'est donc une vieille famille hispanisante qui tente tant bien que mal de conserver son statut, et qui a fort à faire pour contrer les spéculateurs de tout poil qui en veulent à leur terre, notamment l'étrange Chris Buckwell (Warner Oland), qui cache un secret inavouable, un secret qui pourrait bien se révéler au contact de la belle Dolores Vasquez (Dolores Costello)...
Autant vous le dire tout de suite: "Chris Buckwell" n'est pas blanc, mais c'est un métis, fils d'un blanc et du'ne chinoise. Alors on va le dire tout de suite: oui, le film est raciste, d'un racisme ordinaire et dégueulasse qui se cache derrière un respect des communautés, tant qu'elles restent chacune de leur côté. Le principal pêché de Buckwell est bien sûr de convoiter celle à laquelle il n'a pas le droit de rêver... Mais au-delà de cette identité gênante, et convention mélodramatique passe-partout qui n'a fait sourciller personne, le film est un long métrage d'obédience classique, avec ses péripéties absurdes, sa visite de Chiinatown (avec So-Jin et Anna May Wong, mais aussi Angelo Rossito en couleur locale) et... sa vengeance divine. Consultez les livres d'histoire si vous voulez savoir comment Dieu, décidément bien taquin, a opéré cette fois-ci! ...Ou voyez ce film.
Le chaud, le froid? Le metteur en scène, dans sa carrière même, passe depuis longtemps d'un extrême à l'autre. Et dans ses films aussi, ce dernier long métrage (le septième) en est un exemple particulièrement clair... Féru de jeux de point de vue, de films-labyrinthes aussi, Aronofsky a choisi depuis toujours de tout mélanger, de passer d'un genre à l'autre (ses deux précédents films, par exemple, sont Black Swan et Noah...), et de ne jamais se cantonner dans le rationnel. A son meilleur, ça donne l'exceptionnelle réussite de Black Swan, plongée magistrale dans la perception d'une jeune ballerine qui perd pied avec la réalité au moment où son rêve de devenir la star de la compagnie se réalise; mais ça peut aussi donner l'étrange The Fountain, dans lequel le metteur en scène semble régler ses comptes, ou en tout cas faire en public le deuil de sa relation avec Rachel Weisz, et on s'y perd...
C'est pourtant à ce dernier film (raté) que fait penser Mother!, qui lui est carrément enthousiasmant... On y retrouve les caractéristiques de son art, et son désir d'explorer une subjectivité sous un angle inattendu, comme il le faisait pour trois personnages dans Requiem for a dream. La forme, ici, est celle d'un rêve, qui tournerait volontiers au cauchemar: une jeune femme (jamais nommée, interprétée par Jennifer Lawrence qui est excellente) se réveille au milieu d'une maison circulaire, dans un cadre idyllique. Son mari (Javier Bardem) est là aussi, et le couple nous donne instantanément l'image d'un bonheur intense. Sauf que nous avons vu, en ouverture, des images étranges et perturbantes: une maison brûlée qui renaît littéralement de ses cendres, et surtout une jeune femme dans les flammes, puis l'homme qui place un objet (diamant? en tout cas une énorme concrétion) sur un support.
Mais le bonheur sus-mentionné ne durera pas, car durant tout le film, le point de vue qui sera celui de la jeune femme, relayé par une caméra au plus près des corps et de l'action, passera des joies, de l'effervescence même, à des craintes, de l'inquiétude, et même d'immenses frustrations. Et l'homme passe son temps à ne pas vraiment s'occuper de son épouse, la laissant souvent seule pour effectuer des réparations dans la maison, car celle-ci ne va pas bien:
la preuve, elle saigne.
Au début, c'est un homme (Ed Harris) qui vient quasiment s'installer chez eux, avec la bénédiction de l'homme de la maison (sans consulter son épouse, ce qui la blesse cruellement). puis l'épouse (Michelle Pfeiffer) de l'intrus, puis les enfants du couple, puis des dizaines, des centaines même d'inconnus, viennent s'installer. Et les changements intimes (la jeune femme est enceinte, et la date de l'accouchement est proche) n'y feront rien: l'homme laisse toujours plus de gens s'installer chez eux, tout casser, et toujours manquer plus de respect envers son épouse, car s'ils viennent, c'est pour lui: il est un poète vénéré, et tous viennent pour l'adorer. Très vite, l'intrigue tourne au cauchemar pour celle qui ne comprend pas pourquoi elle devient si vite la victime de la méchanceté de tous...
C'est dur, tant le cauchemar est tangible, justement, et Jennifer Lawrence a une tâche difficile: donner corps à un personnage pour lequel aucun contexte ne sera donné, et dont il faudra appréhender la vie, les craintes et l'existence même sans pour autant comprendre la dimension onirique: celle-ci n'attend guère pour s'installer. Mais contrairement à The fountain, ce film qui joue sur le registre de la terreur réussit son coup parce qu'après tout, il ne manque pas d'humour... Certes, un humour volontiers sadique, mais dans la mesure où ce metteur en scène, donc créateur, lui même marié à sa star, lui demande de jouer le rôle d'une femme vampirisée par son poète (donc créateur) de mari, on se doute qu'une dose salutaire de second degré s'imposait... La clé de ce film réside dans sa fin, sur laquelle je m'abstiendrai évidemment de tout commentaire.
Pluto s'acharne contre un chaton, qu'il poursuit jusque dans la maison de Mickey Mouse; celui-ci se fâche, Pluto puni s'endort au coin du feu, et... il subit une tentation extérieure: un chat vient le provoquer, il le suit jusqu'en enfer où une troupe de chats le condamne pour l'ensemble de ses mauvaises actions.
Très moral et impeccablement réalisé, ce court métrage est non seulement l'un des premiers en couleurs (l'excellent Technicolor trois bandes, dont Disney avait encore l'exclusivité), mais aussi l'un des premiers dans lesquels les scénaristes et animateurs essaient de passer outre la transparence du personnage de Mickey, dont il était clair que tout la ménagerie qui l'entoure est beaucoup plus intéressante à tous points de vue. Le voyage de Pluto aux enfers, monuments disneyien de sadisme contrôlé, est un grand moment, et on peut sans aucun problème y voir la source de l'inévitable "spin-off'", la série des courts métrages entièrement consacrés au chien, qui allaient se tourner quelques années plus tard... Ou Pluto.
Comme il est clair que l'enfer que visite le chien dans son cauchemar est une émanation de son subconscient, on se dit que ce personnage, par ailleurs si désespérément vide, a une vie intérieure assez effrayante.
Très officiellement la première comédie burlesque de long métrage, premier long métrage aussi bien de Mack Sennett réalisateur que de son studio, le film possède une importance historique indéniable, et on peut ajouter par dessus qu'il s'agit aussi du premier long métrage de Charles Chaplin, même si l'implication de ce dernier est limitée.
Marie Dressler, actrice reconnue pour son travail au théâtre, est la véritable vedette de ce film (Adaptée d'une pièce à succès,Tillie's nightmare), et interprète donc Tillie Banks, une jeune femme franchement disgracieuse dont un coureur de dot (Chaplin, en costume pré-vagabond) essaie de faire sa prochaine victime: il a en effet constaté que son père avait un sacré bas de laine. Lorsqu'il apprend par la presse que Tillie est l'héritière de la fabuleuse fortune de son oncle milliardaire, qui a disparu lors d'une chute en montagne, le malfrat l'épouse. Son authentique petite amie, interprétée par Mabel Normand, n'a aucun mal à se faire engager comme soubrette pour y voir clair et récupérer son homme...
C'est gros et gras, et si j'ai parlé d'importance historique, cela ne va pas beaucoup plus loin. Sauf... que Chaplin vampirise l'écran, et n'a aucun mal à s'imposer avec la mise en scène basique de Sennett: il demande au chef-opérateur de poser la caméra, et doit vaguement demander aux acteurs de bouger. Beaucoup d'entre eux s'agitent, certains en font des tonnes, Chaplin, lui, vampirise l'écran; rien que sa première apparition est splendide: il est de dos, et contemple la ville comme s'il prenait une pause avant de fondre sur sa proie. Quelques gestes, et subrepticement, il se place en plein milieu du cadre, tout simplement. En ces mois de mai et juin, il n'en était qu'à tourner ses premiers courts, mais nous qui savons ce qui a suivi,; nous n'avons aucun mal à le reconnaître. heureusement qu'il est là, sinon, le reste du film est bien sur regardable, mais pas franchement extraordinaire. Et pourtant, c'est par ce film qu'est née la comédie de long métrage, pas parThe kidcomme on le lit parfois.
On remarquera qu'au-delà de l'attraction représentée par le film lui-même qui quoi qu'il en soit était un grand pas en avant pour Sennett, il a fait en sorte que tout le monde participe. On peut s'amuser à reconnaître ses acteurs, de Mack Swain à Chester Conklin, en passant par Minta Durfee, Al St-John ou Charles Parrott. Mais on ne verra ni Sennett, ni Arbuckle, qui ne jouent ni l'un ni l'autre.
Admirable film, le premier Mickey régulier en couleurs, avec en prime l'apparition de Donald Duck en trouble-fête. Un concert y est donné par une petite fanfare, qui s'attaque à du lourd (L'ouverture de Guillaume Tell, par exemple) mais dont la prestation est sabotée par l'intervention de Donald, dont l'enthousiasme pour la musique le pousse à jouer avec l'orchestre... Sauf que lui ne sait jouer que Dixie.
Le film est indispensable, c'est celui qui fait le lien entre les années durant lesquelles Mickey évoluait au sein d'une basse-cour hétéroclite (Ici devenue un orchestre) et les futurs dessins animés qui le verront perdre de l'importance au profit de ses acolytes. le chef d'orchestre Mickey est très impliqué physiquement dans la prestation, et ça le rend volontiers agressif et irascible. Certes! Pour la bonne cause...
Mais il y a aussi une progression notable depuis les premier films musicaux un brin mécaniques, et celui-ci ou tout est si fluide... Un modèle indépassable d'animation où chaque geste est pesé, au profit d'un effet, qui ne rate jamais sa cible.