Revenu après la tentation deThe new janitorà des préoccupations plus terre-à-terre, Chaplin retourne au style de ses premiers films, pour un duo avec Chester Conklin, un complice qui reviendra jusqu'en 1940. Ici, ils sont rivaux en amour, mais avec toutes les femmes de la terre: il les leur faut toutes... Amusant, et on sent la mainmise de Chaplin de plus en plus ferme, mais bon, il faut reconnaître que ça ne va pas chercher loin.
Deux détails me frappent dans l'ouverture de ce film, une séquence pré-générique qui tient compte d'une nouvelle gestion du montage dans le cinéma post-68: d'une part, le mobilier japonisant qui renvoie probablement à You only live twice... Et d'autre pat, Bond (Sean Connery) est furieux, au point de débusquer son ennemi juré Blofeld (Charles Gray): nul doute que le fait que celui-ci ait tué froidement la belle Tracy dans On her Majesty's secret service. Une façon, donc, de s'inscrire dans la continuité de James Bond... Ou de faire semblant, peut-être?
Parce que cette histoire (que je n'ai comme d'habitude pas suivi, parce que l'intrigue dans un Bond n'a tellement pas d'intérêt que je ne vois pas pourquoi j'essayerais de la suivre) justement est une rupture à plus d'un titre dans la saga: dernier film avec Sean Connery (oublions l'auto-parodie inqualifiable tournée par l'acteur avec moumoute en 1983), premier film à se situer majoritairement aux Etats-Unis, tentatives notables pour rendre James Bond plus politiquement correct ("mon travail", précise de façon sobre et ambigue le scénariste Tom Mankiewicz), et... abandon de toute tentative de rendre le film logique et cohérent: c'est souvent du grand n'importe quoi. Sans être du niveau affligeant de Moonraker, le surréalisme involontaire de cet étrange long métrage souvent construit comme un rêve, est frappant.
Mais aussi et surtout, c'est sans doute le premier constat d'échec de la série, et d'Eon productions: ils viennent de tourner un chef d'oeuvre, On her Majesty's secret service. Le savent-ils? En tout cas, ils ne souhaitent plus tourner avec George Lazenby, et ont réussi à persuader Connery de rempiler. Que celui-ci soit las de tourner dans la saga est évident, sans compter le fait qu'il n'a plus le physique... Et l'humour particulier, un peu plus salé que d'habitude, sonne souvent d'une façon fort maladroite.
Le cowboy de rodéo Ron Woodroof (Matthew McConaughey) est un électricien macho, coucheur, buveur, et homophobe de surcroît; imaginez donc sa surprise, en 1985, quand un médecin lui annonce qu'il est atteint du SIDA, puis qu'il n'a probablement que 30 jours à vivre... Quand il réalise vraiment la situation, Ron souhaite tenter le tout pour le tout. Mais les industriels de la pharmacie limitent les protocoles de test pour les médicaments qui pourraient améliorer sa situation. Il décide de partir dans une direction moins légale, et après avoir trouvé des médicaments adéquats, il commence à non seulement les prendre, mais aussi les vendre...
Ce film du réalisateur Canadien Jean-Marc Vallée n'est pas un biopic, juste l'occasion de suivre un personnage flamboyant, excessif, mais qui progressivement va passer d'un égoïsme militant et aveugle, à une forme d'altruisme inattendu, mais qui est surtout le type de comportement que le cinéma aime et renvoie particulièrement bien! Ron Woodroof, interprété par Matthew McConaughey, c'est l'assurance d'un univers Texan brut de décoffrage, avec la plongée à 100% de l'acteur dans la vie de son personnage. Le parcours inattendu du cowboy de rodéo devenu militant passe aussi par des valeurs d'individualisme humaniste qui sont typiquement Américaines, ce qui est reflété par le final en forme de décision de justice ambigue: quand le FDA, l'administration nationale qui gère le commerce et l'échange de médicaments aux Etats-Unis, favorise les atouts d'une industrie pharmaceutique toute puissante au détriment des malades comme c'est le cas dans ce film, ils agissent suivant la loi Américaine. Mais c'est l'esprit Américain aussi que de se grouper pour détourner la situation, comme le font les gens du Dallas Buyers' club.
Bon, bien sûr, on passe un peu vite sur le fait que ce club commence par être une entreprise lucrative et particulièrement chère (adhésion de $400 par mois...)! Ca aussi, après tout, est Américain, et le film reste flou sur le devenir de ce financement. Reste qu'on est impressionné par le jeu de McConaughey, mais aussi par Jared Leto en travesti au bout du rouleau, qui apporte une humanité fabuleuse non seulement au personnage, mais aussi et surtout au film.
Chaplin, à la Keystone, va essayer toutes les facettes de ce nouveau médium qui l'enthousiasme tant, y compris un registre plus dramatique... Situé dans un décor de banque, ce film est une petite merveille, mais il faut lui rendre justice: oui,The new janitorest une grande date chez Chaplin, mais la maladresse de la mise en scène y est d'autant plus palpable que les ambitions sont importantes...
Il joue le nouveau concierge de la banque, qui essaie de s'atteler à ses tâches domestiques tout en se laissant aller à des langueurs pour une jolie secrétaire (Helen Carruthers); pendant ce temps, un drame se joue: un employé de bureau (John T. Dillon), accablé de dettes, va forcer un coffre, sous les yeux de ladite secrétaire.
On le voit, avec ce film, Chaplin est le seul vecteur de comédie, entièrement lié à son caractère, mais le reste est de la narration dramatique classique, et c'est là que le bât blesse. Le casse est filmé en un seul plan, les acteurs sur-jouent, et sont déjà anachroniques en 1914; quant à la scène remarquée par l'historien Jeffrey Vance, qui voit Chaplin jouer dangereusement avec la mort en risquant de rester suspendu dans le vide, il faut dire qu'elle reste plutôt suggérée que vraiment montrée, et elle est un tant soit peu gâchée par quelques fautes de grammaire: l'inversion de la perspective la rend un peu moins lisible. Il fera beaucoup mieux. Par contre, il joue avec adresse de son personnage un peu décalé pour créer du suspense, lorsque le concierge viré hésite à répondre aux appels (dont nous savons que ce sont des appels à l'aide) de la secrétaire...
Mais ce qui compte, c'est après tout le fait que pour Chaplin il n'y a plus lieu de tenter de rester coincé dans le carcan de la comédie lourdingue; de fait, le film n'est pas du tout comparable au reste de la production Keystone, et le metteur en scène reviendra sur le scénario pour le filmThe bank, l'année suivante, en allant plus loin dans la sophistication. A noter toutefois qu'ici, il sauve réellement la banque, et gagne le coeur de la belle... Admettons que ce n'est pas si souvent.
Collaboration totale entre les deux petits génies de la Keystone,The roundersréussit à être fidèle aux deux univers des deux acteurs, puisant l’argument chez Chaplin (Deux gentlemen saouls comme des cochons rentrent séparément à leur hôtel, ont des déboires avec leurs épouses légitimes, et résolvent de partir continuer leur activité favorite ensemble), lui permettant de distiller son sens de l’observation, mais beaucoup dans le déroulement de l’histoire est du à Arbuckle (Celui-ci n'est d'ailleurs pas vu les mains vides, et Al St-John fait partie de la distribution)... Par exemple, la façon dont les deux comédiens évitent de creuser jusqu’à épuisement leurs conflits conjugaux, pour s’enfuir et continuer la fête ailleurs, donnant lieu à toujours plus, toujours plus loin.
Chaplin aurait peut-être choisi de rester à l’hôtel, mais ici la situation s’enrichit de l’esprit vaguement anarchiste d’Arbuckle. Le final, d’ailleurs, qui voit les deux poivrots s’abîmer lentement mais surement dans l’eau d’un lac alors que leur bateau coule. Au préalable, ils ont mis une salle de restaurant à sac, et jeté pas mal de gens parfaitement innocents dans l’eau… On est toujours chez Sennett, mais on va loin dans l’humour délirant, on quitte assez franchement l’univers de Chaplin. Non qu’il ait à redire, il est évident qu’il s’amuse comme un fou.
Excellent film dès le départ,The masqueraderest unique dans la mesure ou Chaplin y opère un nombre impressionnant de transformations. Il prend pour commencer le prétexte de montrer la vie du studio Keystone, allant jusqu'à prétendre pendant les premières minutes avoir un caractère documentaire: on y voit, effectivement, Chaplin se préparer pour un film, en costume de ville et sans moustache, puis pendant le maquillage.
Mais la présence dans les vestiaires de Roscoe Arbuckle, et le fait que les comédiens se sentent l'un comme l'autre d'humeur farceuse (Ce qui est bien dans l'esprit de cet éternel gamin d'Arbuckle, mais qui détonne par rapport à la réputation de grand sérieux dont faisait preuve Chaplin dans son travail), et la séance de maquillage dégénère bien vite. Après, un Chaplin enmoustaché se préoccupe tellement peu du film qui se fait qu'il drague sans vergogne les femmes présentes, déconcentre ses partenaires, et empêche Chester Conklin (que le metteur en scène excédé a obligé à remplacer le héros) de faire son travail. Le résultat? Chaplin se fait virer du plateau, et n'aura d'autre ressource pour se faire rengager, que de venir déguisé... en femme.
Mais pas de façon caricaturale: on le sait, quand Chaplin joue un vagabond ou un bourgeois, il EST un vagabond ou un bourgeois. Quand il joue un poulet dansThe gold rush, il est un poulet. Et donc, ici, il est une femme, séduisante, élégante, et bien sûr il n'a aucun problème à se rendre sur le plateau...
C'est fascinant: non seulement Chaplin a réussi sans aucune gaucherie à faire du studio le décor de son film, non seulement il a réussi à intégrer la comédie et la réalité bien mieux que dans tous les films improvisés sur les événements publics, qui sont souvent le pire du pire de la firme de Sennett, mais il a réussi à mener ce film, à une époque ou les spectateurs ne connaissent pas le nom des vedettes, en assumant trois identités différentes tout en maintenant une parfaite lisibilité.
Un tour de force, aidé par une construction très adroite, et la complicité de toute l'équipe. Maintenant, pour ceux qui espèrent voir Chaplin au travail, ce n'est pas encore ça: en réalité, il détestait qu'on le filme quand il mettait en scène, et ici, il n'est supposé être qu'un acteur... En tout cas, le film ment: on n'aurait jamais viré Chaplin de la Keystone de cette façon, à cette époque. C'était, déjà, le maître.
La "nouvelle profession" du titre, en fait, est celle de garde-malade, puisque l'intrigue de ce petit, tout petit film tourne autour de la situation suivante: un jeune couple souhaitant folâtrer se débarrasse du vieil oncle (Jess Dandy) en chaise roulante, que le jeune homme (Charles Parrott, futur Charley Chase) est censé accompagner, en le confiant à un vagabond, qui n'a de cesse de se débarrasser à son tour de sa charge pour aller boire un coup.
Pas de surprise, et retour donc à du classique, un peu lourd et vulgaire, autour d'un lieu emblématique et utilisé jusqu'à la corde dans le film: en l'occurrence, une jetée en bois.On regrette bien sur qu'il n'y ait pas plus d'interaction entre Chase et Chaplin, mais pourquoi y en aurait-il eu? L'un est un anonyme en 1914, l'autre est déjà une star.
S'il est le film le plus court de la production Keystone par Chaplin, c'est aussi le plus mal conservé, à l'exception bien sur deHer friend the bandit(Mack Sennett), qui a carrément été perdu, et le restera jusqu'à nouvel ordre...
Le film est difficile à regarder, sauf pour une brève minute conservée par le British Film Institute sur une copie 35 mm à la définition splendide. Pour le reste, la version la plus complète (disponible sur le coffret Lobster de 2010) est tirée d'un abominable contretype en 16mm tellement dégoûtant qu'on ne sait pas toujours ce qui se passe, et comme c'est une fois de plus une histoire de gens qui se draguent et qui se battent à coups de briques, on se passera d'en savoir plus.
...Il y est beaucoup question de pousser des gens dans l'eau.
Adaptation d'un poème de Hugh Antoine d'Arcy, ce film d'une bobine est la première intrusion de Chaplin dans la parodie. Mais quand on sait le soin que le metteur en scène mettra dansThe gold rush, qui est une authentique comédie ET un vrai film sur la ruée vers l'or, on comprend vite que ce n'est pas un terrain de prédilection pour lui. Le film, une fois de plus se démarquant au maximum de la production Keystone, est pourtant assez fascinant, par la subtilité du décalage, apporté par de simples détails, des ajouts faits au comportement par ailleurs fortement histrionique de l'acteur Chaplin, qui joue ici le drame comme s'il y croyait: En plein geste ultra-dramatique, il rote, ou s'assoit sur sa palette, et se retrouve couvert de peinture, etc... Pour le reste, le film est joué de façon directe, le metteur en scène seul se réservant le droit de dériver vers la comédie...
L'histoire: un vagabond apparaît dans un bar, et supplie les hommes présents de l'écouter: il était un peintre de renom, jusqu'au jour ou la femme de sa vie l'a quitté pour un homme qu'il avait peint. depuis, il boit pour oublier. Dans le poème, le vagabond meurt en dessinant à la craie le visage de sa bien aimée. Ici, Chaplin a réservé une fin différente, mais pas illogique, à son héros. En tout cas, quelles que soient les limites du film, il est remarquable ne serait-ce que pour la tentative de diversifier ses films.
Avec ce premier effort en deux bobines, totalisant 24 mn, Chaplin situe son personnage dans un cadre professionnel lié au spectacle, autant dire que le comédien est à la maison. On le sent beaucoup plus à l'aise qu'avec les courses poursuites à vocation extra-conjugales qui étaient de mise chez son employeur...
Si la présentation des coulisses d'un minable vaudeville ramène forcément Chaplin en arrière, au temps des planches avant la célébrité des années Karno, il convient de noter que le comédien interprète un accessoiriste, et laisse donc le cabotinage à d'autres. D'ailleurs un détail me frappe: exactement comme son personnage dans le film Mutual Behind the screen, en 1916, l'accessoiriste ici joué par Chaplin est entièrement grimé en Chaplin, à trois détails près: il a tombé la veste, ne porte pas systématiquement de chapeau, après tout on est en intérieurs, mais surtout il fume la pipe en permanence: Chaplin a senti le besoin d'établir une bonne fois pour toutes le coté sédentaire du personnage, et la pipe est un outil essentiel à cet effet.
Mais bien sûr, on est encore à la Keystone, et si le film se passe de catastrophe en catastrophe, toutes liées plus ou moins au fait que les comédiens et le théâtre qui les emploie sont minables, ce qu'on retiendra en particulier c'est l'extrême agressivité, de tout le monde en général, et de Chaplin en particulier: voilà le trait de caractère qu'il lui faudra éliminer une fois qu'il aura quitté l'usine à gags, celle ou on envoie des briques et des tartes à la crème plus vite que son ombre. Pour l'instant son personnage est campé, qu'il soit vagabond ou pas importe peu, mais il lui manque un soupçon d'humanité qu'il saura lui conférer bientôt.