Medem étant l'auteur de l'abominable navet Lucia y el sexo (Un film sans queue ni tête... enfin si), on s'attendait au pire, rien qu'en entendant le sujet: un huis-clos consacré à la nuit de rencontre à Rome entre deux femmes qui sur un coup de tête partagent une chambre d'hôtel et tombent amoureuses l'une de l'autre. L'une, l'espagnole Alba (Elena Anaya), est lesbienne, et l'autre, la Russe Natasha (Natasha Yarovenko), s'apprête à se marier. C'est Alba qui mène la danse, mais si Natasha est farouche au début, elle finit par se laisser séduire. Pourtant le film ne se limitera pas à leurs marques d'affection; le jeu de séduction qui s'installe commence par des mensonges prudents, avant de virer à la confidence, puis la remise en question de bien des choses qui les définissent: Natasha commence à se demander si le mariage planifié est une bonne idée, et Alba, dont la vie a pris récemment un tour tragique, se demander si elle va pouvoir retourner en Espagne.
Entre la belle Slave, actrice (Ou tenniswoman? Ou étudiante thésarde? Les mensonges ne permettent pas forcément d'y voir clair) au destin d'épouse tout tracé, et l'indépendante aventurière Alba, l'ingénieure sortie première de sa promo (ce dont elle n'est pas peu fière, du reste), le film couvre un terrain important, et bien sur permet toutes les interprétations féministes. Mais il y a assez peu de militantisme en vérité, le film débouchant principalement sur la romance entre deux femmes. Les deux actrices (Seules ou presque du début à la fin du film, elles ne sont interrompues que par un garçon d'hôtel, qui ne donne pas forcément une vision très noble de la masculinité) font un boulot formidable...
Alors venons-en à l'aspect le plus saillant du film: deux actrices, dans une chambre d'hôtel, nues ou presque (les déshabillés sont vaporeux) durant 90 minutes. Le choix de Medem a été d'encadrer la rencontre entre ses deux personnages de vision du quartier de Rome, tournées sur place. La premier plan fait vraiment la jonction entre la ville et le travail en studio: C'est la nuit; depuis un endroit situé en hauteur, on assiste à l'arrivée à l'hôtel des deux femmes, dont on entend d'abord la voix avant de les voir s'approcher. Alba est déjà dans l'insistance, et Natasha dans l'hésitation. Finalement elle se laisse fléchir, elles entrent dans l'hôtel... La caméra est déjà dans la chambre, et se recule, se retourne et attend patiemment leur arrivée. Medem a construit en studio une chambre d'hôtel jusque dans ses moindres recoins, dont une salle de bains vraiment riquiqui: ce qui lui permet de maintenir une impression de tournage-guerilla tout en bénéficiant des conforts du studio. et s'il fait jouer au début la nudité comme un enjeu (Natasha semble vraiment réticente, et donne l'impression de craindre perdre sa virginité), la complicité (et bien sur, l'intimité) qui s'installe fait oublier cet aspect des choses... le naturel avec lequel les actrices relèvent le défi est impressionnant. Quant à leur ébats, le lieu autorise Medem à approcher la caméra au plus près, mais reste bien moins démonstratif ou cru que, au hasard, Abdelatf Kettiche avec La vie d'Adèle... sans pour autant tomber dans le téléfilm à la M6!
Le monde extérieur est présent à travers un certain nombre d'idées plus que pertinentes: quand elles commencent à sa raconter la vérité, les deux femmes vont sur Google Maps, pour se montrer leurs villes (Et vies) respectives et commencer à apporter des preuves du fait qu'elles disent la vérité. Natasha embrouille Alba avec des sites consacrées à sa soeur jumelle, mais finit par se dévoiler grâce à internet, et Alba montre à sa compagne d'un soir un film sur son portable, qui dévoile sa vie (Elle est en couple avec une autre femme, mère de deux enfants) et lui remet en mémoire un drame (L'un des deux enfants est décédé dans un accident). Bref, la nuit tourne à la catharsis...
...pour autant, je ne parviens pas à croire à cet amour qu'elle nous dessinent en se le déclarant à la fin du film, qui débouche sur une fin triste mais gaie, et franchement un peu plaquée. Pour autant le film est sinon une réussite, en tout cas un pari gonflé qui aurait pu déboucher sur un navet... Eh bien ce n'est pas le cas.

Le dernier des films d'Alice Guy sélectionnés sur le coffret Early Women Filmmakers est le moins connu: il s'agit d'un petit mélodrame dans lequel une fois de plus elle montre l'importance des actions de la femme sur le destin d'un homme, et la façon dont mine de rien, elle peut lui apporter le salut. On se réjouirait totalement si ce film ne possédait pas un défaut embarrassant, un de ces tics dont on aimerait qu'il se contente d'être le reflet d'une époque. Hélas, les vieux relents ont la peau dure...





