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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 18:44

Lady Godiva, selon la légende, était la femme du seigneur de Mercie, dont une légende qui date du XIIIe siècle raconte qu'elle a été soumise à un chantage sordide de la part de son époux, auquel elle réclamait à ma demande de leurs sujets, qu'il allège les impôts: la seule condition à laquelle il accéderait à cette requête, serait si elle acceptait de parcourir les rues de Coventry nue sur un cheval. Mais la fière dame décida d'accepter... De nombreuses variantes ont existé de cette histoire, dont Lord Alfred Tennyson a tiré un poème qui en a quelque peu cristallisé l'intrigue. Il en aurait écrit les vers (en 1840) alors qu'il était coincé à Coventry, pour passer le temps, dans cette ville ou survit jusqu'à nos jours le culte de la dame.

Et le cinéma dans tout ça? Bien sur qu'il y a succombé, et pas qu'une fois! la première fois, c'était en 1911 et à la Vitagraph aux Etats-Unis. Il y a eu une Godiva célèbre: Maureen O'Hara, qui apparaît dans Lady Godiva of Coventry d'Arthur Lubin... mais le rôle est surtout typique de la tentation de la nudité, avec cette convention bien pratique qui repose sur la tradition des longs cheveux de la dame. Gladys Jennings, qui interprète le rôle ici, est effectivement dotée de cheveux anormalement longs et touffus, qui lui permettent de passer la moitié du film entièrement nue (Ou du moins la légende le dit) sans rien montrer de plus que ses orteils. L'histoire, bien sur, est assez typique de ce jeu du chat et de la souris avec la nudité que le cinéma Anglo-saxon a pratique durant 75 ans. Mais il incorpore aussi son corollaire, le voyeurisme: le personnage de Peeping Tom fait en effet son apparition dans cette histoire, qui nous rappelle que lady Godiva avait quand même pris soin de prévenir la population de son passage, et demandé que nul ne la voit. Mais Tom, le tailleur salace, avait creusé un trou dans un volet... et fut foudroyé sur place. Bien fait!

Pour résumer: Gladys Jennings est très bien, très sobre et digne. Le reste de l'interprétation est sans intérêt, sauf le tailleur qui est atroce. Les décors sont abominables, les costumes moches, et les fausses barbe et moustaches sont tellement mal fichues qu'on se demande s'il y avait quelqu'un à la barre de ce court métrage!

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Published by François Massarelli - dans Muet
6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 23:47

 

Zemeckis a beaucoup promis, et sans totalement décevoir, il a eu tendance à se perdre dans des projets étranges et impersonnels, ou le technique (Notamment le procédé de "motion capture, par exemple dans Beowulf) a pris le pas sur le cinéma... Pour son retour à du 'vrai' film, avec de 'vrais' acteurs, Zemeckis met les petits plats dans les grands et tourne un drame humain avec Denzel Washington. Bon, cette histoire de pilote qui boit et prend des seaux entiers de coke au petit déjeuner vire vite à la démo sur la rédemption, mais le vieux Bob va loin dans la provocation, au moins pour les premières 105 minutes. Et puis il y a Kelly Reilly!

Ca commence sans aucune ambiguïté: un couple qui a passé une nuit très arrosée, et fournie en produits dopants, se réveillent... Ils consomment des restes de vodka, et l'homme (Denzel Washington) prend de la cocaïne pour se réveiller. Quand ils quittent la chambre d'hôtel où ils se trouvent, on constate qu'il est pilote d'avion... Il se rend à 'aéroport pour prendre en charge un vol, et retrouve d'ailleurs dans l'avion la femme avec laquelle il a passé la nuit, qui est hôtesse. Le vol part, sans problème notable, et à l'intérieur de l'avion le commandant Whip Whitaker continue à s'alcooliser. Mais lorsque l'avion a un gros problème, il réussit à manoeuvrer en urgence, et l'avion se crashe en relative douceur. Le bilan sera de 6 morts: quatre parmi les 102 passagers, et deux parmi les six membres d'équipage. A son réveil, Whitaker est à la fois le héros du jour à cause de sa manoeuvre insensée, et l'objet de suspicion, à cause de son rapport toxicologique...

D'un crash monumental à un lost week-end: le film prend un risque en faisant en sorte de mettre le crash, qui fait l'essentiel du premier acte du film, en ouverture. On n'y reviendra d'ailleurs pas. Et bien évidement, c'est l'argument-choc que la Paramount a utilisé pour vendre le film! Zemeckis connaît extrêmement bien son travail, et le résultat est impressionnant, générant une tension énorme dès que l'avion est dans les airs: nous avons vu, après tout, le "petit déjeuner" du pilote! Mais l'intérêt est quand même ailleurs, dans la bataille féroce menée par Whitaker contre ses démons, et contre les mensonges qu'il raconte depuis tant d'années, au monde entier et à lui-même, pour cacher ou ne pas assumer son alcoolisme. Et comme le film de Wilder, The lost week-end, Flight ne cache pas que ces démons-là, l'alcool et la drogue, sont d'un abord plaisant.

Du coup, un personnage-clé du film est le fournisseur de Whitaler, interprété par John Goodman, un vieil ami qui connaît tellement bien Whip qu'il peut le conseiller sur la dose exacte à prendre en fonction de l'effet demandé. Rigolard, Zemeckis brouille les cartes en donnant à ce personnage la chanson Sympathy for the devil des Rolling Stones pour en faire son thème, à chaque fois qu'on le verra... Mais ces scènes sont drôles, réjouissantes même;  de quoi plus facilement faire passer la pilule du gros défaut du film...

Rédemption, Denzel style: dans Malcolm X, de Spike Lee, Washington incarne son personnage qui va trouver dans la rigueur de l'Islam, puis dans la quête intérieure à l'écart des dogmes, la paix humaine nécessaire à échapper au monde de la délinquance. Il va même y trouver son destin. dans The bone collector de Philip Noyce il est un 'profiler' qui a beaucoup pêché, et qui pourrait tout aussi bien être le serial killer qu'il aide  traquer depuis son lit de malade. Dans Philadelphia, de feu Jonathan Demme, il est un avocat homophobe dont le combat pour son client gay va ouvrir les yeux. Enfin, dans American Gangster, de Ridley Scott, un gangster à la Scorsese s'affadit dangereusement en devenant un informateur, après avoir été le diable incarné... Bref, toujours la part d'ombre avant la rédemption pour l'acteur qui affectionne ce type de situation dans lesquels, soyons francs, il tend à se vautrer. Ce film ne fait pas exception à la règle: il souffre d'une fin édifiante, dont on imagine très bien que David Fincher, par exemple, aurait refusé qu'elle soit présente! Mais le personnage, attachant, et doté d'une petite amie rencontrée à l'hôpital, qui a un passé de junkie et d'alcoolique elle aussi, va vivre son combat de conscience sous nos yeux, et quand la conscience est interprétée par Kelly Reilly, on évite le cliché, parce qu'elle est hallucinante de vérité. Mais pour apprécier ces 115 minutes de montagnes russes (Dont une scène d'audition à la fin qui est absolument fantastique), il faut bien se farcir les lénifiantes et didactiques 10 minutes finales, dont on se serait bien passés...

Reste un crash spectaculaire et d'autres scènes coup-de-poing (Une overdose brillamment filmée et interprétée par Kelly Reilly, et tout le jeu autour de l'image du crash, et sa reprise par les médias) un film qui joue sur les tensions comme rarement, en bouleversant les codes structurels: il commence par du spectaculaire avant de tourner malsain... Et il nous ménage quelques scènes de suspense, liées à une bête porte qu'on a oublié de fermer dans une chambre d'hôtel. Whip Whitaker, la veille de son audition, a réussi à accepter de passer une nuit sans alcool no drogue, mais ses anges gardiens ne savaient pas que par hasard, ll allait trouver un chemin vers a chambre d'à côté, dont le mini-bar est, lui, plein. Un instant, Whitaker pose la petite bouteille de vodka qu'il a prise, sur le bar, et s'en va. Il sort du champ, et... sa main, soudainement, revient par la gauche et attrape l'échantillon: les démons ont gagné. Pourtant, rien de religieux dans ce film, qui reste d'une distance ironique vis-à-vis des multiples façons de s'égarer dans la foi: l'une des hôtesses tente d'intéresser son commandant à son église baptiste, et le copilote, à l'hôpital, se réfugie dans l'injonction religieuse avec son épouse qui passe son temps à embrasser son crucifix, pour essayer de digérer la situation. Clairement, Zemeckis se méfie de ce monde-là... Il a fait du problème de Whitaker un problème essentiellement humain et terrestre, qui sera pris en charge par trois personnages: le dealer mentionné plus haut, la jolie Nicole qui va devenir nue garantie d'avenir pour Whip, et un avocat dépêché par le syndicat, qui s'est fixé pour mission de sauver les meubles, et est interprété par Don Cheadle. Il est fantastique, comme d'habitude.

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis Denzel
6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 16:13

Sjöström a beaucoup tourné durant les années 10, mais très peu de films ont survécu. A part les trente minutes disjointes de Dodskyssen (1916), on n' a rien gardé de ses films (beaucoup ayant disparu dans un incendie) réalisés entre Ingeborg Holm (1913) et Terje Vigen (1917)! Et la vision de ce dernier film prouve que le metteur en scène a mis à profit ces années de formation pour faire évoluer son style! Terje Vigen ne fonctionne pas, comme Ingeborg Hom, selon une progression linéaire, par tableaux, mais intègre le montage ainsi que des flash-backs dans sa structure, flash-backs dont on sait l'importance qu'ils vont acquérir avec son film le plus célèbre... Et Terje Vigen se situe totalement dans sa thématique sombre, avec une histoire de vengeance, inscrite dans les conditions météorologiques houleuses d'une ville côtière de la mer du nord...

Adaptée d'un poème de Henrik Ibsen, l'histoire est située en Norvège. La guerre fait rage, et le petit port ou vit le marin Terje Vigen avec sa petite famille est victime d'un blocus: les gens meurent de faim, et Vigen sent que son fils ne survivra pas longtemps. Il prend la décision de tenter de forcer le blocus et de se rendre seul au Danemark, afin de récupérer du maïs, pour tenter de nourrir la population... Comme il n'a qu'un frêle esquif, il parvient au Danemark sans problème, mais il est repéré sur le chemin du retour par un bateau Anglais, et les marins décident de le prendre en chasse pour s'amuser un peu; le bateau est coulé, et Vigen se morfond de longues années en prison...

A la fin de la guerre, il sera libéré, et rentrera chez lui, mais les nouvelles ne seront bien sur pas bonnes. Le film inscrit cette intrigue dans un flash-back, motivé  par la vision de Terje Vigen (Victor Sjöström) vieilli, aigri, qui a donc perdu son épouse et son enfant, et survit tant bien que mal, en maudissant quotidiennement la mer... C'est un rôle dont on ne peut pas dire qu'il soit tout en subtilité pour Sjöström! Mais l'acteur est souvent isolé par la composition, dans le film, qui du reste est assez court: ses quatre actes (En fait, plus trois et un épilogue) se déroulant sur moins de 53 minutes. Et le film est clairement l'histoire d'une malédiction personnelle, car tout y est vu du point de vue de cet homme qui a tout perdu, et qui se réfugie dans un espoir de revanche impossible... Comme Körkarlen, ou comme He who gets slapped, il est l'histoire, à heure du bilan, de quelqu'un qui a vécu pour pas grand chose! ET le metteur en scène choisit d'utiliser à fond la nature qui entoure son héros, notamment la mer, faisant un usage dramatique des conditions de la mer du nord.

Donc, tout ça n'est pas très gai... Heureusement, dans l'intrigue qui a prévu également une rencontre tardive entre Vigen et le capitaine Anglais responsable de son emprisonnement, c'est la présence d'un enfant qui rendra à Terje Vigen la raison, au terme d'une tentative de vengeance qui n'aboutira pas.

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Published by François Massarelli - dans Muet Victor Sjöström 1917 *
6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 08:21

Les films de Steven Soderbergh inscrivent dans leur déroulement des notions de mise en scène qui en sont le sujet même, en tout cas l'un des thèmes. Les personnages, démiurges ou manipulateurs, ont des plans, les appliquent, nous les expliquent. Parfois cette notion devient plus discrète, parfois elle prend toute la place... Et avec ce qui reste sans doute comme les plus grands succès publics du metteur en scène, cet aspect prend absolument toute la place... Avec son casse détaillé de sa planification à son accomplissement, et avec ses ruptures de continuité permanentes, qui finissent par être le sujet même du film dans un jeu constant du chat et de la série, ce remake qui ne s'imposait en rien, d'une part parce que l'histoire n'a aucun intérêt, d'autre part parce que, sur le papier, qu'est-ce qui compte, dans l'oeuvre d'un metteur en scène? L'épopée grandiose, tragique et vivante des petits guerriers de la lutte anti-drogue (Traffic)? La réflexion sincère et désabusée sur le devenir de l'âme (Solaris)? La façon dont le monde se met à tourner dans le mauvais sens lorsqu'une épidémie transforme les rapports entre le public et les militaires, entre les scientifiques et les médias (Contagion)? ...ou le film rigolo dans lequel une bande de sympathiques bras cassés nous mènent par le bout du nez durant deux heures en accumulant bons mots et surprises visuelles, le tout dans un environnement contrôlé avec tant de soin qu'on n'en revient pas que le film n'ait pas eu besoin de tellement de temps pour se tourner?

La réponse, bien sur, est "tous ces films comptent". Mais j'aurai toujours une tendresse particulière pour ce film dont Soderbergh a admis qu'il "tait pour lui la clé pour se voir ouvrir toute grande la porte d'Hollywood, des studios et du succès, permettant du même coup à ses films plus personnels de se faire... Mais le plaisir de se faire manipuler, le défi de constater que la bande-son, l'image et le cadre temporel racontent finalement une histoire différente, et au final, ce casse accompli, travail d'équipe qui s'accommode d'une mise en scène calibrée, avec ses surprises, ses impondérables et ses passages obligés, je ne connais pas de meilleure métaphore d'un film.

Et le film, j'aime bien, moi.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh George Clooney
5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 10:59

Le dernier film Américain de Lang, bien que noir, et proche de M par son approche d'un sujet aussi complexe et "langien" que la peine de mort, est certainement parmi les plus clivants de son oeuvre! Certains critiques lui sont tombés dessus à boulets rouges à sa sortie, et aujourd'hui les avis sont encore partagés... Il serait une erreur d'imaginer que ce film prenne d'ailleurs vraiment parti pour ou contre la peine de mort, comme M d'ailleurs: les deux films prennent prétexte du débat sur la peine capitale, pour évoquer la justice, l'un à hauteur d'un homme, cet assassin qu'on cherche, qu'on traque, et qu'on séquestre, dont on interroge la posture de victime: de lui et ses pulsions, de ses kidnappeurs, qui sont les criminels? l'autre film situe le débat dans la sphère judiciaire, c'est-à-dire dans un univers policé où on est supposé voir plus clair, mais... ce ne sera pourtant pas le cas.

Tom Garrett (Dana Andrews) est un écrivain, et son meilleur ami, Austin Spencer (Sidney Blackmer), le patron du journal qui l'a longtemps employé, est un fervent militant contre la peine de mort. Il cherche à attirer son ami à sa cause, et celui-ci accepte de collaborer avec lui, d'autant qu'il est préoccupé par la possibilité d'envoyer un innocent à la chaise électrique. On parle en France, de "preuves à l'appui", la formule légale récurrente en Anglais est "beyond a reasonable doubt"', l'accusé doit être considéré comme coupable "au-delà d'un "doute raisonnable". C'est cette notion de "doute raisonnable", qu'ils veulent explorer: et si on fabriquait un coupable, pour guider la justice dans la mauvaise direction, et prouver ensuite au terme d'un procès bien huilé que la justice s'est faite avoir et s'apprête à condamner un innocent... Tom Garrett, l'écrivain sans histoire, va donc être le cobaye de l'expérience, et les deux hommes trouvent un crime inexpliqué, qui est parfait pour leur dessein: ils vont donc s'acharner à faire de Tom le seul coupable possible, en inventant des preuves de sa culpabilité... Tout va se dérouler comme prévu, jusqu'à ce que Spencer, qui porte les clichés et les preuves sur lui, soit victime d'un accident de voiture, et bien sur celle-ci est carbonisée...

Avec les preuves, bien sur.

Une motivation supplémentaire pour Tom Garrett qui va bien sur compliquer les choses, est qu'il est prévu qu'il se marie avec la belle Susan Spencer (Joan Fontaine), la fille d'Austin, qui n'est pas mise au courant de la machination et qui bien entendu doit voir son fiancé se comporter d'une manière inattendue: pour commencer, la victime du meurtre "exploité" par les deux héros est une strip-teaseuse, donc Tom doit fréquenter ce milieu, ce qui ne va pas arranger les choses.

On a donc un genre de suspense lié à l'issue du procès, rendu d'autant plus palpable que Garrett a perdu avec Austin toute chance de faire valoir sa vérité... Mais il y a aussi une exploration du mode de fonctionnement de la justice, et de la gravité de l'acte de condamnation: comme le dit le juge qui s'apprête à condamner Tom Garrett, en entendant sa version des faits (Après la mort de Spencer, il est bien obligé de parler de la machination), "ça m'a l'air bien invraisemblable, mais la vie d'un homme est en jeu". Alors bien sur, on peut quand même penser que cette machination tirée par les cheveux est absolument baroque, délirante, bien qu'elle ait été depuis supplantée en n'importe quoi par le fameux contre-exemple filmique qu'est Life of David Gale... Mais cette idée saugrenue nous permet d'évaluer le travail de la justice, approcher aussi et surtout une dimension inattendue de la justice: une dimension privée. Car dans ce film, il y a un homme qui agit d'une façon peu banale, pour des raisons très personnelles, et clairement, c'est mal... Mais je ne peux pas en dire plus.

Enfin, ce film situe son intrigue en plein sur la notion de culpabilité, car on nous montre bien comment on peut fabriquer un coupable, comment n'importe qui finalement, peut être accusé de n'importe quoi, ce sera toujours plausible. La culpabilité chez Lang (Voir Metropolis et Fury à ce sujet, entre autres) est un phénomène très partagé, en effet...

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Published by François Massarelli - dans Noir Fritz Lang
3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 17:32

Le titre de ce film provient d'une réplique, entendue à deux reprises. Sans ambiguïté, il nuos annonce le retour de Frank Borzage dans son domaine, celui des sentiments, dont nous ne doutons pas un seul instant avec un titre pareil qu'ils seront exacerbés... C'est aussi un retour à l'onirisme, de la part de l'auteur d'une poignée de films qui transcendent allègrement les confinements des genres, en affichant des portes de sortie possibles vers le surnaturel dans un certain nombre de films, dont certains sont parmi les plus intéressants de sa filmographie: Humoresque, Seventh heaven, Strange cargo, et Smilin' through...

Leopold Goronoff (Leo Dorn) est un maestro, un artiste arrivé, pianiste admiré, chef d'orchestre impétueux et novateur, professeur exigeant... et en prime un être détestable, arrogant, imbu de lui-même et totalement irrationnel. Il doit sélectionner parmi plusieurs candidatures un ou une élève, et en lieu et place des habituels tâcherons du clavier, il découvre une perle rare: une jeune pianiste, fille d'un vieil ami à lui, Friedrich Hassman (Felix Bressart) qui a lui aussi voyage depuis l'Europe pour s'installer aux Etats-Unis, mais n'a pas eu beaucoup de chance. Goronoff se décide à prendre sous son aile Myra Hassman (Catherine McLeod), et à faire d'elle une authentique pianiste de concert. Myra va souffrir, et va développer pour son professeur erratique une authentique passion, mais il va aussi falloir le suivre (Prague, Madrif, Londres, Rio...) au gré de ses caprices, et... servir de pianiste d'ambiance pour ses conquêtes nombreuses. Enfin, va se poser un dilemme: que faire de l'ami George (Bill Carter), le confident, l'ami d'enfance, qui se meurt d'amour pour elle depuis toujours, mais... qui n'est pas Goronoff?

C'est pour la compagnie Republic que Borzage tourne ce film, en relative indépendance. L'idée de Herbert Yates, qui souhaite élever son tout petit studio en utilisant les services de metteurs en scène établis et de stars, est bien sur de confier cette tâche de mise en valeur à Frank Borzage, comme il le demandera à Ford en 1950. Mais Borzage en cette fin des années 40 est envahi par le doute, et va avoir les plus grandes difficultés à terminer ce film, changeant d'avis sur certains acteurs, occasionnant des nombres inquiétants de prises... le metteur en scène retravaille avec la couleur, ce qui n'est pas une première pour lui, mais il a des idées très établies, et en particulier voudrait pouvoir utiliser la palette la plus kitsch possible du procédé! Et il a confié le script à Borden Chase, qui s'en sort bien, mais... sous des dehors de comédie, de chronique artistique, de mélodrame et de film fantastique, I've always loved you est difficile à cerner: une partie des fans du cinéaste le rejette complètement, préférant pour cette époque le noir profond de Moonrise. D'autres vont plus loin en rejetant toute l'oeuvre de Borzage au-delà de The mortal storm. Mais certains ont tant d'affection pour ce film, qu'il leur paraît comme un des chefs d'oeuvres du metteur en scène!

Je pense en effet que c'est un film nuique pour commencer, avec lequel on traite à la fois de passion amoureuse, de passion musicale, et d'une façon jamais vue. Le film suggère un lien inattendu qui se forme entre le maître et l'élève, les condamnant à forcer l'autre à jouer, par le simple fait de décider de se mettre au clavier, à des kilomètres de distance... Mais Borzage le suggère, sans jamais le souligner, permettant à ses personnages de vivre leur étrange expérience. Il savait depuis longtemps donner aux sentiments une coloration sacrée, et ne s'est pas privé ici, rappelant l'importance des serments, des objets de substitution aussi: rejoignant les nombreux personnages du réalisateur qui ont eu un mariage de pacotille en attendant le vrai, George, en voyant partir Myra pour faire le tour du monde avec Goronoff, lui donne une bague qu'il a bricolée. Cette bague nous annonce le lien futur entre les deux, mais servira aussi (Sacrilège!à la jeune femme pour faire croire qu'elle est mariée à son professeur lorsque certaines des maîtresses de celui-ci se feront trop insistantes... Car tout l'enjeu de ce film, n'est pas tant de déterminer si Myra a une authentique passion pour son professeur, c'est plus pour George de faire valoir son amour auprès de sa future épouse... 

Borzage utilise le Technicolor avec une vision très personnelle, poussant souvent es tons autour de la sacralisation de l'acte de représentation musicale. Quand Goronoff reçoit des femmes, impossible pour nous de ne pas voir au fond du champ, la "niche" dorée dans laquelle Myra joue, en colère, pour que son professeur séduise d'autres femmes... Et puis en plus de la couleur, bien sur, Borzage utilise la matière musicale même: il a confié à Arthur Rubinstein le soin d'enregistrer les parties fougueuses de piano (Dont plusieurs interprétations du 2e concerto de Rachmaninoff, le fil rouge du film), mais Catherine McLeod est souvent filmé à même le clavier, et si il est évident qu'elle ne joue pas vraiment, elle est plausible du début à la fin, dans ses gestes, la position de ses doigts, le jeu du corps... On comprend dans ce cas le nombre de prises. Et il réussit aussi à mettre en scène les deux concerts auxquels va participer Myra, qui vont être l'un et l'autre révélateurs du trouble de ses sentiments.

C'est amusant de voir que l'intrigue de ce film sera recyclée dans le film suivant, The magnificent doll, mais sans musique, ni la moindre option surnaturelle! Car les deux films sont vraiment différents: celui-ci est déraisonnable, excessif, passionné... les qualificatifs ne manquent évidemment pas, et tous vont dans le même sens: ce film n'est pas ordinaire, et vous plonge dans un univers de sentiments, dont la musique devient le passeur. On se souvient de Chico qui communiquait à distance avec Diane dans Seventh heaven par-delà la guerre, ici, la communication prend une autre tournure, mais elle reste bien fascinante, dans un film qu'on rangerait volontiers pas très loin de certaines oeuvres de Michael Powell. Rien que ça.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 15:08

En choisissant de situer son film au tout début de l'histoire de la démocratie Américaine, Frank Borzage transporte sa thématique favorite, celle de l'amour qui transcende tout, sur un terrain politique, où on ne l'attend vraiment pas. Non que le metteur en scène soit hostile à la politique, bien sur, certains de ses films l'ont vu mettre en valeur des choix personnels évidents, à l'époque de la montée des périls: Little man, what now?, No greater glory, Three comrades ou bien sur The mortal storm étaient, chacun à sa façon, des films engagés. Mais l'engagement ici, ma foi, ne s'impose pas outre mesure, il n'y a plus d'urgence absolue comme il pouvait y en avoir une à l'aube de la guerre.

car le film se passe entre 1785 et 1804, essentiellement: Dolley Paine (Ginger Rogers), fille d'un révolutionnaire quaker qui a retrouvé la foi après une bataille, va devoir se marier selon le voeu de son père à un autre quaker. elle ne le souhaite pas, mais finit par aprécier son mari. Hélas, il meurt des suites de la fièvre jaune. Devenue veuve, elle tient une pension de famille à la capitale, Philadelphie, dans laquelle viennent vivre des membres du congrès. Parmi eux, deux futurs poids lourds de la politique, qui seront l'un et l'autre candidats à la présidentielle: Aaron Burr (David Niven), un ambitieux persuadé de son destin, et James Madison (Burgess Meredith), un pragmatique doux et effacé. L'un et l'autre seront amoureux d ela même femme. Un seul aura sa main, et un seul sera président...

Ginger Rogers chez Borzage, évidemment, ça fait bizarre... mais c'est encore plus étrange de la voir en dame du début du XIXe siècle: que ce soit par son jeu, sa personnalité, ses vêtements, rien ne nous convainc. et si le film, Borzage oblige, se situe bien au niveau des sentiments, c'est encombré d'une comparaison balourde et symbolique entre Dolley, la muse des politiques, et le destin présidentiel... Bien sur, le film a au moins l'avantage de nous amener à revivre une période rarement utilisée dans les films, celle des débuts de la république, mais ça reste anecodtique.

Heureusement,le contraste entre David Niven, flamboyant, passionné, et un rien excessif (Son personnage s'y voit en Napoléon des Etats-Unis, rien que ça... mais c'était la vérité historique!), et la douceur humaine de Burgess Meredith, nous permet de bien comprendre le message sur les choix salutaires que la jeune Amérique a su faire en son temps. Le message est donc essentiellement patriotique, bien relayé par cette bonne vieille Républicaine que Ginger rogers a toujours été toute sa vie.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 16:38

Au début du siècle à Vienne, Le capitaine Karl Von Raden (Conrad Nagel) se rend à l'opéra, et doit se contenter de partager sa loge avec une mystérieuse jeune femme (Greta Garbo) pendant toute la représentation de La Tosca... dont il ne verra rien, subjugué par la présence de la dame à ses côtés. Il la ramène chez elle après la représentation, il accepte son invitation "d'un café, ou d'un Cognac", et... il rentrera chez lui le lendemain. Mais quand il rencontre le jour suivant son oncle, le chef des services secrets (Edward Connelly), il a la désagréable surprise d'apprendre ce dont nous nous doutions déjà: Tania Fedorovna n'est pas n'importe qui... C'est une espionne du tsar en même temps que la maîtresse d'un des hommes les plus dangereux qui soient, le général Boris Alexandroff (Gustav Von Seyffertitz). Dégradé, emprisonné, Karl obtient de son oncle de sortir de prison et d'être envoyé en Russie pour sa revanche...

Trois actes, dans ce film à la foi impeccable et complètement idiot: une première partie développe le début d'une idylle, qui s'avère authentique, entre les deux personnages principaux. puis l'intrigue devient celle d'un film d'espionnage, avec ses coups fourrés, ses coups de théâtre... avant de revenir au bon vieux style des films de la "formule" Garbo: romantique et dangereux, mais avec en prime une denrée rare: un authentique happy-end!

Je le disais plus haut: idiot, car on est vraiment dans le grand n'importe quoi, dans ce genre d'histoire improbable qui permet à Garbo de porter des robes qui sont autant d'invitations à les enlever, et à ses amants de lutter à mort pour elle! on assiste ici, en pleine prohibition, à des dégustations de litres de champagnes, dans Vienne et Moscou reconstruits à Culver City, et... on en redemande. Parce que Fred NIblo, qui n'a pas bonne presse (mais pourquoi??), est généralement considéré comme un tâcheron, et franchement si ce film ne convainc pas la terre entière du contraire, alors je ne comprends pas: il soigne chaque scène, ne lâche jamais so rythme, et sait donner de l'intérêt à n'importe quelle action avec un montage parallèle parfaitement assumé dans la partie moscovite. Et il permet à Garbo d'effectuer une scène d'anthologie, avec une sacralisation de la nuit d'amour à venir, au moyen de bougies... Le genre de scène dont Garbo avait le secret, et Mamoulian s'en souviendra en 1933 pour Queen Christina. Non, définitivement, des deux films d'espionnage de Garbo, ce n'est pas Mata-Hari mon préféré!

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Published by François Massarelli - dans 1928 Fred Niblo Muet Greta Garbo *
1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 16:29

On a retrouvé le cadavre d'un homme, le docteur Monro, à son domicile. Trois témoins sont appelés à éclaircir les circonstances de sa mort: une femme de chambre, celle qui a découvert le corps; et deux ingénieurs... dont le hasard a voulu qu'ils soient des sosies. C'est à cause de cela que l'un d'entre eux a été mêlé à la mort d docteur, bien malgré lui...

Sjöström expérimente avec ce film dont il ne reste aujourd'hui que trente minutes à peu près, et c'est bien regrettable: on ne comprend pas grand chose de cette intrigue alambiquée, et qui ne justifie pas vraiment de la nécessité pour le metteur en scène d'interpréter un double rôle... au-delà de la possibilité technique de s'amuser un peu à mettre deux Sjöström dans le plan! Donc je pense que c'est l'une des deux choses que le réalisateur s'est plus à explorer avec ce petit film. La noirceur propre à Sjöström a tendance à laisser la place ici à une sorte de puzzle extravagant, dans lequel le sinistre et l'étrange ressortent plus de la politesse du genre, que de la propension du metteur en scène pour le tragique! Et il se plait, en plus de la double exposition de la pellicule qui lui permet de se dédoubler, à situer tout son film dans la pénombre, ce qui lui donne un aspect cauchemardesque. Un savoir-faire dont le réalisateur se souviendra lorsqu'il tournera La Charrette Fantôme.

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Published by François Massarelli - dans Muet Noir Victor Sjöström 1916
1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 09:22

Pour commencer, Ingeborg Holm montre une image du bonheur: on se doute que ça ne durera pas, surtout quand on commence à connaître la noirceur de l'oeuvre de Sjöström... La famille Holm, donc, prépare gentiment l'avenir, dans une bourgade indéterminée. L'action n'est jamais explicitement localisée, et le caractère mélodramatique évite de se situer dans un milieu urbain qui serait immédiatement connoté... M. Holm, pendant que son épouse Ingeborg (Hilda Borgström) se consacre à leurs trois enfants, a contracté un prêt pour pouvoir payer l'épicerie qu'il projette de lancer. Tous les voyants, comme on dit, sont au vert, mais... Sven Holm a la tuberculose, et ça s'aggrave tout à coup, et il meurt. Pendant son agonie, la boutique est fort mal tenue, et suite au décès, Ingeborg doit faire face à des créanciers qui la mettent en demeure de payer, ce qu'elle ne peut pas faire. La déchéance est inéluctable, et la séparation d'avec ses enfants aussi...

L'intrigue est assez Dickensienne, à ceci près qu'il n'y a pas d'échappatoire, ni d'aid extérieure pour sauver Ingeborg Holm de la destitution, en lui tendant la main; elle est parfois secondée oui, comme par exemple lorsqu'elle apprend que ses enfants, placés dans des familles d'accueil différentes, sont malades, elle s'enfuit de l'hospice ou elle vit et travaille, et reçoit une certaine compassion de la part d'une des famille qui tente même de la cacher des fonctionnaires qui sont à ses trousses; mais on sent bien un système qui se referme sur elle comme il se referme sur d'autres, et un manque général de compassion, qui est véhiculé dans le film par la composition des plans. Sjöström utilise en abondance des plans qui situent la caméra à l'écart d'une ligne de perspective, incorporant ainsi dans la profondeur du plan une porte ou une fenêtre, et créant un espace dans lequel, le plus souvent, Ingeborg Holm est située à l'écart: à l'écart des autres, à l'écart des nantis, à l'écart du bonheur. Ainsi la première occurrence de ce dispositif a beau nous montrer le couple dans son bonheur, la construction de l'image anticipe sur la déchéance future.

Et bien sur, on est en 1913, donc le réalisateur ne compte pas encore sur le montage, donc il repose énormément sur ses acteurs, et principalement sur Hilda Borgström; celle-ci interprète une femme qui vieillit sur vingt-con années environ, et porte une large responsabilité du film sur les épaules. Les séquences sont largement dominées par les tableaux, et la distance adoptée par la caméra accentue l'impression d'une certaine dose de réalisme - certes, tempérée par certaines conventions de placement, de jeu, de raccourcis... Il s'agit de concentrer parfois des scènes (Notamment la mort du père) en des plans d'une minute environ. Mais lorsque le mélodrame joue en plein, et qu'à la fin Ingeborg reçoit à l'hospice la famille d'accueil de sa petite dernière, et que celle-ci ne reconnait pas sa maman, c'est déchirant!

Ingeborg Holm est donc bien un mélo assez classique, mais il se distingue par son traitement frontal, et sa dénonciation d'une société qui ne s'indigne pas assez des misères qu'elle crée. Peu de moralisme là-dedans, juste l'oeil aiguisé d'un artiste et le talent conjugué d'une équipe qui sait ou elle va...

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Published by François Massarelli - dans Muet Victor Sjöström 1913 *