Si on juge un metteur en scène à son premier film (Ce qui n'a rien d'idiot, après tout: prenez Welles et Citizen Kane!) Sonnenfeld apparaît définitivement comme celui qui ne fait rien comme tout le monde, avec une oeuvre extravagante et totalement burlesque, dont les censeurs, et autres maniaques du classement logique, ne doivent pas savoir quoi faire: le mauvais goût y est omniprésent, élevé glorieusement au rang d'ingrédient essentiel. Le comportement psychopathique de ce petit monde, et son installation au coeur de notre société sont la clé d'une histoire de toute façon impossible. Bref, c'est du cinéma qui joue à fond son rôle de ne pas refléter la réalité, et le fait avec un humour féroce et permanent.
...Et très drôle: le grand mérite de Sonnelfeld, qui le fera aussi après tout pour son Men In Black, c'est d'avoir aussi bien repris l'univers existant de Charles Addams, auteur des cartoons originaux, et de la série télé cheap des années 60, que créé sa propre vision en extrapolant tous les aspects les plus variés de ces personnages. Et tous les systématismes du film deviennent de précieuses pépites: les talents les plus multiples (Danse, escrime) de Gomez Addams (Feu Raùl Julia), sa manipulation des langues latines, les phrases en deux temps de Morticia Addams (Anjelica Huston) qui assènent en permanence la différence entre la famille et le reste de l'humanité, ou encore Lurch (Carel Struycken) et son allure tirée du monstre de Frankenstein.
Là où le metteur en scène a fait fort, c'est sans doute en confiant un rôle à Christina Ricci. Je pense d'ailleurs que c'est son meilleur! La jeune fille (Dix ans à l'époque) adopte instinctivement ce style de jeu absolument dépassionné qui sera la marque de fabrique du réalisateur, contrastant fortement avec le cabotinage phénoménal demandé à un des acteurs les plus excessifs au monde: Christopher Lloyd qui interprète le personnage de l'oncle Fester, ou du moins un imposteur se faisant passer pour lui...
Rappelons donc puisque je viens d'y faire allusion, l'intrigue du film: la très riche famille Addams, qui habite une immense et bien glauque maison, vit tranquille, absolument pas intégrée dans sa petite communauté, et chacun passant les journées à accomplir une série de tâches parmi lesquelles magie noire, torture, et autres bizarreries font toutes bon ménage. Les enfants jouent à se tuer mutuellement, et les adultes, Gomez et Morticia, s'aiment au point de se séduire en permanence, au mépris de ce qui les entoure. Mais il y a une ombre au tableau: le frère de Gomez, Fester, a disparu vingt-cinq années auparavant, pour ne jamais plus donner signe de vie, suite à une querelle. Un avocat véreux (Dan Hedaya) qui souhaite mettre la main sur la fortune des Addams, découvre un sosie (Christopher Lloyd, et un stratagème se met en place...).
Sonnenfeld souhaitait qu'il ne soit jamais clair si Lloyd était bien Fester, fin de donner à ce dernier une dimension plus mythologique, et sans doute afin d'asséner au spectateur l'idée que même si c'était un imposteur, la vie des Addams le séduisait tellement qu'il devenait son personnage! Cette impression reste un peu dans le film fini, mais peu importe: le film est une suite de décalages bouffons, de gags visuels et d'étrangetés parfois un peu inabouties, mais toujours extrêmement drôles. Et Sonnenfeld, qui était auparavant un chef-opérateur et non des moindres, s'est volontiers surpassé au niveau visuel: regardez de quelle façon il s'est débrouillé en toutes circonstances pour éclairer Anjelica Huston exactement comme si un rayon de lune lui éclaboussait le visage, et ce, en tout lieu et en toutes circonstances... bref, ne cherchons ni à la classer, ni à essayer d'y trouver de la logique et du raisonnable, et d'ailleurs, à quoi bon?
Il y a les films muets classiques et incontournables, ceux que des armées d'historiens, d'archivistes et de passionnés nous ont aidés à conserver, voir, revoir et apprécier, de The general à Metropolis, de Sunrise à Ben-Hur, de Greed à The thief of Bagdad... Et il y a les obscurs, ceux qui ont existé mais dont on ne se souvient pas, parce qu'on vient de les retrouver dans une fosse en plein Alaska, ou dans un grenier sec et frais, et que des copies attendaient qu'on les retrouve: les films Thanhouser, par exemple, ou tant de productions locales, ou de petits studios qui n'ont pas eu la chance de survivre pour raconter leur propre légende.
En Afrique du Nord, la belle et hautaine Lady Diana (Agnes Ayres) est fascinée par les coutumes étranges d'un potentat local, le Sheik Ahmed Ben Hassan (Rudolf Valentino). Mais elle s'approche trop près, et le Sheik la fait enlever, et elle devient sa prisonnière. Contre son gré, oui, à moins que... les semaines passent, et la confiance s'installe. Confrontée à la vie du prince du désert, Diana rencontre ses amis, dont le Français Raoul (Adolphe Menjou), par lequel elle va apprendre à apprécier Ahmed de plus en plus. Mais tous les hommes du désert ne sont pas aussi gentils qu'Ahmed... Surtout le dangereux Ohmair (Walter Long), un homme qui en plus convoite depuis longtemps ce qu'il n'a jamais eu: une femme blanche.

C'est en une seule bobine que l'équipe de Del Lord a fait ce film, un cas d'école en matière de crétinisme total, en même temps qu'un film tellement bouffon qu'on ne peut que rendre les armes. L'intrigue est située dans une île des mers du Sud donc on peut dire qu'il y aura des gags liés à une vision noire de l'anthropologie... C'est exactement ce qui se passe: Andy Clyde et la troupe de Sennett y jouent une tribu locale. Clyde se contente d'un peu de maquillage, mais les autres possèdent... un T-shirt "noir" du plus étrange effet, et d'abominables perruques afro! Sur l'île, donc, la princesse (Madeline Hurlock, pas du tout maquillée, comprenne qui peut), a vu dans un magazine un portrait de Billy Bevan, et ne voudra pas d'autre homme. Vernon Dent, puni, a pour mission de le ramener, ce qu'il fait.
Dans ce court métrage de deux bobines, on voit bien la marque de l'économie Sennett: quand on fait un film, on essaie de différencier les deux bobines, afin de pouvoir éventuellement les transformer en deux films indépendants! Et par ailleurs, ce film assez médiocre dans l'ensemble bénéficie d'un statut de classique... Ca s'explique très facilement. Le film est axé autour d'une invention, qui justifie le titre (Sorte de mélange balourd entre argot 1925 et une invention de l'époque): le pilotage des voitures par radio. Du coup, la première bobine est un festival de cascades et poursuites liées à une accumulation (Parfois littérale, aussi bien horizontalement que verticalement) de ces tacots à vil prix, qu'on surnommait des "Lizzies". C'est la partie la plus connue de ce film qui par ailleurs met en scène Andy Clyde et Billy Bevan.
Dans Black Oxfords, le script repose sur un cliché éculé du mélodrame, qui a été repris des dizaines de fois par les scénaristes de Sennett: une mère et une fille font face à un propriétaire véreux, qui les menace d'éviction car elles ne peuvent payer le loyer, à moins que... la fille n'accepte d'épouser le propriétaire! Le fils, qui est en prison, s'évade afin de leur venir en aide...
De tous les metteurs en scène de Sennett, il était le plus extrême, celui qui ne reculait devant aucun gag, aucune opportunité d'en rajouter: la filmographie de Del Lord est une suite fascinante de courts métrages surréalistes. Il a surtout tourné avec Sid Smith et Billy Bevan, mais au début de sa plus longue période pour le studio, il a aussi dirigé le comédien loucheur Ben Turpin, notamment dans ce classique de l'auto-dérision. C'est d'ailleurs l'un des nombreux films de Sennett dans lequel le lieu de l'action et le lieu du tournage se correspondent à 100%: le studio d'Edendale...
Après le grand bruit généré par la sortie de ce film au printemps 2014, on constate quand même que tout ça pour ça... Qu'il est loin le temps où Singer faisait oeuvre de révolutionnaire en osant prendre de front le mythe aussi plastique que thématique des X-men, les rebelles et résistants en skaï jaune fluo, et redonnait des lettres de noblesse à une saga de super-héros au premier degré. Il fait écho à son premier film ici avec un début qui rappelle l'allusion aux camps d'extermination, pour tomber ensuite dans le tout-venant: des effets spéciaux, des voyages dans le temps et des mutants qui ne servent pas à grand chose, si ce n'est à apparaitre deux minutes voire moins, faire leur show, et puis s'en vont. La concurrence musclée avec les autres Marvel (Ceux sui sont sous l'écurie Disney) tourne au ridicule, mais de toute façon, en matière de scénario bien ficelé, de personnages qui flirtent avec le second degré et même, pardon Bryan, de mise en scène (Il baisse le gamin, il commence à ressembler à Luc Besson), la lutte est inégale. Singer en fait trop, ou pas assez, son premier degré finit par virer au ridicule, et encore une fois, Hugh Jackman est caricatural. C'est dommage, mais décidément X-Men, c'est gentil, mais on ne fera sans doute pas mieux que X2 (Singer) et First class (De Matthew Vaughn, le jeune prodige qui monte)...