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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 08:58

L'un des derniers films muets Chinois, La divine (Appelé The Goddess, soit "La déesse", en Anglais) est un pur produit du cinéma de Shangai: soigné, mélodramatique, et totalement sous l'influence des grands maîtres du cinéma Américain de la fin des années 20, Borzage en tête! Le film ne quitte jamais son environnement citadin, qui pourrait être Shangai by night: l'héroïne (Ruan Lingyu) est une jeune mère qui tous les soirs, s'occupe de son fils, le nourrit, le borde... avant de mettre une robe de soirée et de confier la garde du petit à sa voisine, parce qu'elle doit partir pour son travail. On se doute qu'elle n'est donc ni boulangère ni avocate, mais elle effectue son travail, jusqu'au soir où, pour fuir un raid de la police, elle doit se réfugier dans une habitation... Là, l'homme qui vit sur place accepte de la protéger contre la police le temps que la rafle se termine... Puis lui impose de passer le reste de la nuit avec lui. Elle est prise au piège, parce qu'il décidera de devenir son souteneur. Et surtout de se servir dans sa caisse dès qu'elle gagnera le moindre sou. Ce qui contrecarre prodigieusement les plans d'avenir d'une jeune mère qui se voyait déjà fournir une éducation décente à son fils... Elle va donc tenter le tout pour le tout, et fuir...

Le film entier est accroché à la performance de sa star, la grande actrice Chinoise Ruan Lingyu (1910 - 1935), dont la vie présente de façon troublante des échos de ce rôle, celui pour lequel elle est aujourd'hui encore reconnue. Ce sont précisément ces échos qui la décideront, suite à un scandale du à l'attitude indélicate de la presse (Qui aimait à la confondre avec ses rôles de prostituée!) mais aussi à celle d'un ancien amant. Mais justement, ce que le film montre, c'est le sacrifice absolu, total, d'une mère à son fils: elle sacrifie sa réputation, dans une scène perturbante, lorsque le directeur de l'école vient la cuisiner pour savoir si les rumeurs la concernant sont vraies, elle choisit de dire la vérité pour montrer justement qu'elle a tout donné pour son fils. Et elle va aller jusqu'à faire le plus ultime des sacrifices dans une scène inattendue, qui est le point culminant du film. On est confondus devant le talent de la dame, qui monopolise le regard de la caméra et le nôtre. Maintenant Yonggang a un oeil, et ce n'est pas un manchot: montage, cadrage, composition, mouvement... Il avait tout appris des meilleurs, et il avait tout retenu. Bref: un classique, un chef d'oeuvre... Foncez!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1934 *
4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 14:31

Il s'agit du plus ancien film conservé de l'une des plus éclectiques de tous les réalisatrices et réalisateurs Français. Féministe, touche-à-tout Madame Dulac a contribué à créer un courant qu'on a baptisé l'impressionnisme, et a mis un peu d'ordre dans le fourre-tout de l'avant-garde en s'associant avec Antonin Artaud pour La Coquille et le Clergyman... Scénarisé par Jacques de Baroncelli, La cigarette ne porte pas en lui toutes ces innovations, bien sur, mais c'est un film de dimension modeste (51 minutes) qui mérite le détour, en faisant volontiers le lien entre le mélodrame bourgeois et les préoccupations formelles des cinéastes curieux de tout: il comprend des points communs avec l'oeuvre de Gance qui venait de sortir Mater Dolorosa et La dixième Symphonie, par exemple...

M. et Mme de Guérande s'aiment, mais on voit bien que Monsieur (Gabriel Signoret) est bien plus âgé que Madame (Andrée Brabant). Aussi lorsque l'auguste passionné d'Egyptologie voit son épouse aimée passer du temps avec un playboy qui prétend lui apprendre à jouer au golf, la jalousie s'installe et le parallèle avec la vie légendaire d'une momie dont il vient de faire l'acquisition le trouble: la princesse momifiée, en effet, a tourné plus d'une tête en son temps, quand elle était jeune et jolie, et frivole, alors que son époux était quand à lui bien plus âgé qu'elle...

La cigarette du titre est un moyen poétique d'ajouter un peu de suspense: le digne professeur tente de prendre du passé une leçon de romantisme, et imagine une fin digne d'un pharaon: il empoisonne une cigarette parmi toutes celles qu'il a, et attend tranquillement le moment où il mourra, libérant ainsi sa trop jeune épouse... Une hypothèse qu'on pourrait aussi bien qualifier de grotesque.

Le film prend donc beaucoup sur le drame bourgeois, l'obsession pour l'Egypte prenant ici la place des velléités artistiques des héros des films de Gance, par exemple. Par sa construction qui inclut un retournement de situation, Dulac fait se terminer un drame assez ampoulé par de la comédie assez légère ce qui est fort bienvenu! Et elle s'amuse avec le point de vue, nous donnant l'occasion de suivre le cheminement du mari pour une bonne part du film, sans jamais nous cacher la vérité des allées et venue de la femme, qui reste bien vertueuse de A à Z. Les ruptures de ton sont bienvenues, et le cadrage, ui n'oublie jamais de nous montrer tapie dans un coin, cette satanée momie, est très étudié... Bref, ce film qui ne révolutionne pas grand chose est au moins plaisant et très soigné...

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Published by François Massarelli - dans Muet Germaine Dulac 1919 **
3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 17:17

Quand une adaptation d'un roman débouche sur un ratage, les possibilités sont nombreuses. Eu égard à l'impression générale des autres films du scénariste de The Truman Show (Perfide, je sais), on aura tôt fait de désigner l'auteur Stephanie Meyer, la McDonald's du romantisme adolescent, comme la responsable de ce qui ne va pas dans ce film. Mouais. C'est facile. Pourquoi imputerait-on la débilité profonde des Misérables de Claude Lelouch à Victor Hugo? Après tout, le responsable d'un film est le réalisateur, à plus forte raison quand il a signé le script... Dont acte.

Non que le film soit totalement indigne... C'est bien là que ça heurte: il y a des petites choses énervantes ça et là, à commencer par Saoirse Ronan, qui ne déçoit pas. Et à tout prendre, Niccol ne fait après tout ici pas autre chose que dans Gattaca et In Time: il invente un monde futur de A à Z, avec un petit je-ne-sais quoi de plus: dans Gattaca c'était la génétique extrême, dans In Time l'espérance de vie devenue monnaie, ici, c'est... une invasion d'aliens qui viennent coloniser le corps des êtres humains. Mais le plus du plus, c'est que la cohabitation, après avoir été l'objet d'une guerre, commence à déboucher sur une fraternisation...

Mais deux heures? Non, vraiment, pas possible. Certes, les images sont jolies, mais...

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Published by François Massarelli - dans Andrew Niccol Saoirse Ronan
3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 09:15

Ce film est particulier dans l'oeuvre de Niccol dans la mesure où il ne se conforme pas à sa vision habituelle d'un futur hypothétique (Gattaca, The Truman Show réalisé par Peter Weir sur un scénario de Niccol, The host, In time) ou d'un monde aux techniques tellement avancées qu'on vit en pleine science-fiction (Simone). Et bien sûr, Lord of war a été rejoint dernièrement par Good Kill, consacré à un sujet voisin: Good kill parle de la solitude d'un homme face à la facilité de tuer, et du tourment moral qui s'en suit. Lord of war présente le rêve Américain sous un jour infect: son héros vend des armes... Pas un petit armurier, en fait, plutôt un spécialiste de l'import-export de Kalashnikov par paquets de 10 000. Quant à ses clients? ...Il n'est pas trop regardant.

Youri Orlov (Nicholas Cage) est le fils d'un immigré Ukrainien, c'est lui qui nous raconte son histoire par le menu, et on assiste à tout son parcours: les jeunes années de débrouille, puis la décision de devenir marchands d'armes, puis sa spécialisation, et son évolution professionnelle vers les quantités industrielles. Vers une certaine forme de légitimité aussi: vis-à-vis du droit, son statut est flou. Vis-à-vis du fait qu'il est devenu pratiquement un intime de certains grands de ce monde (Et pas des moins croquignolets bien entendu), ça lui tient lieu de légitimité. Maintenant, Youri lui-même ne se fait pas la moindre illusion; pour se construire une vie de famille avec les millions qu'il amasse en armant toutes les armées de la planète et en rendant possible un certain nombre de massacres, il va lui falloir mentir... Car son rêve Américain à lui, en particulier, c'est une femme, la belle Ava Fontaine (Bridget Moynahan), native du même quartier que lui, et qui est devenu un top model. Mais elle sera sa perte, aussi. A moins que...

Niccol, dès le départ, semble hésiter entre montrer comme il le fait d'habitude un monde en entier, sans aucune restriction de point de vue, et la narration certes omnisciente à la première personne, mais qui va conduire le spectateur vers une certaine forme de complicité avec le salopard qui nous raconte son histoire: l'ombre de Martin Scorsese plane sur le film, avec cette voix-off tranquille qui nous conte les pires horreurs... Pourtant l'indignation de Niccol passe par des voies différentes: il évite de laisser trop de flou dans la dimension des choix moraux du narrateur, qui sont de toute façon intenables! Et il garde sa capacité d'indignation en donnant à voir au spectateur le résultat des ventes de Youri: d'où la présence occasionnelle dans l'ombre de ce dernier de son frère Vitaly (Jared Leto) qui lui n'a pas l'estomac suffisamment armé pour ce qu'il voit! 

Un sentiment vague mais certain, non pas de ratage loin de là, mais de trop peu, s'installe assez vite... C'est qu'en choisissant de faire à la Goodfellas dès le début, on place la barre haut. Et peut-être Nicholas Cage n'était-il pas la meilleure des idées, pas plus, bien sûr, que ce pauvre Jared Leto en petit frère cocaïnomane qui vit ses crises de conscience morale avec de la poudre au nez et une Kalashnikov à la main... Le cinéaste a eu une excellente idée en revanche en plaçant dans le dispositif un "ennemi" à Youri, l'agent incorruptible d'Interpol Ethan Hawke, qui avec ses moyens (certes avancés, mais que sont-ils face à l'amitié de dix dictateurs?), tente de garder la morale sauve. C'est de lui, et de son refus d'abandonner sa capacité d'indignation (En écho évident à celle du réalisateur) que viendra la moralité de l'histoire. Elle est rude, sans appel, sans pitié. Elle rend aussi le film nécessaire avec ses qualités comme avec ses défauts.

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Published by François Massarelli - dans Andrew NIccol
28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 17:47

Au début, un animal court, pour échapper à ses chasseurs. Ils tirent des coups de fusil, mais ce n'est manifestement pas un fusil de chasse... Puis on voit un amoncellement de statues: des oeuvres d'art, Africaines, qui pré-datent l'Islam, sont "exécutées"... Absurde, mais aussi inquiétant: on sait que généralement, les barbares qui se réclament de l'état Islamique ne se contentent pas de tuer les statues. Le but d'Abderrahmane Sissako, clairement, est journalistique: rendre compte le plus fidèlement possible d'un état des lieux de l'Afrique Saharienne en proie au djihadisme. Il filme les apparences de la vérité, et se refuse à toute esbroufe cinématographique. Quant à l'esthétique, le cadre du film étant le sud-ouest de la Mauritanie, la beauté y est naturelle... Mais polluée.

Le titre n'avait à l'origine rien d'absurde ou poétique, le film devait être tourné à Tombouctou, mais la présence des Salafistes d'AQMI, venus s'installer dans la région à la suite d'une rébellion touareg, a rendu la chose impossible. Pour autant, Sissako a réussi à voler quelques plans en 2014, peu de temps avant la présentation de son film fini à Cannes. Le tournage de la majeure partie du film a donc eu lieu en Mauritanie, dans la petite localité de Oualata. Ce côté presque rural ajoute à l'absurdité ambiante, dans un film qui souvent prend des airs de comédie... Mais c'est loin d'en être une.

Les Djihadistes, venus d'un peu partout, s'installent dans le village et commencent à "éduquer" la population, en interdisant tout, forçant les femmes à se couvrir en permanence; des hommes avec des mégaphones rappellent les précisions essentielles de la vie de tous les jours: pas de musique, pas de jeu, pas de tabac ni d'alcool, et... si les femmes se rendent au marché, elles devront porter des chaussettes. Une poissonnière s'insurge: on veut qu'elle porte des gants. Comment veut-on qu'elle puisse s'occuper de ses poissons si elle porte des gants? un imam, choqué de voir des djihadistes s'introduire dans un lieu de prière, commence à dialoguer, et rappelle les vrais fondements du Coran: l'importance du dialogue avant d'imposer quoi que ce soit. Au début, il juge sévèrement ces hommes sans la moindre politesse ni le moindre respect qui s'introduisent ou bon leur semble, au nom d'une version de l'Islam dans laquelle le vieux sage ne reconnaît pas sa religion. Les soldats de Dieu, eux-mêmes, sont un ramassis hétéroclite, des Lybiens, des Mauritaniens, des Français. Parmi eux, certains parlent même football en Français! Et tout ce joli monde parle au moins cinq langues différentes; certains actes de loi auront du mal à passer, parce qu'il faut parfois jusqu'à deux interprètes afin de faire passer les messages...

On suit l'un d'entre eux, Abdelkrim (Abel Jafri), qui convoite une belle nomade, qui vit à l'écart... mais elle est mariée. Abdelkrim, avec sa timidité et son fusil sur l'épaule, apprend à conduire une camionnette Toyota... Il est toujours flanqué d'un interprète, qui lui parle un peu en Arabe, un peu en Français, et qui lui dit gentiment: "tout le monde sait que tu fumes...".

Les habitants questionnent, pestent, essaient de comprendre... Certains, même rigolent: la résistance est douce... Mais le Djihad, lui ne l'est pas: avant longtemps, les amants seront lapidés, les musiciens punis de coups de fouet, un homme qui a tué dans un geste de colère un voisin qui a abattu sa vache, va devoir passer par la sacralisation de son exécution... et les coups de Kalachnikov, relativement peu présents dans le film, se font entendre un grand nombre de fois dans la dernière séquence. Et cette fois, ce n'est plus un animal sauvage qui court pour échapper à son destin, mais des hommes, des femmes et des enfants. Ce n'est que le début...

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Published by François Massarelli - dans Abderrahmane Sissako
28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 09:28

Le cinéma muet Américain n'est pas particulièrement connu pour la tentation du merveilleux: pour un Thief of Bagdad, soit une oeuvre d'envergure, qui se plonge dans un merveilleux assumé, et qui ne tombe jamais dans le mauvais goût, combien de versions toutes plus laides les unes que les autres du Magicien d'Oz? Il y a quelques exceptions, dont bien sur The blue bird, de Maurice Tourneur, mais généralement les meilleurs films fantastiques sont plus gothiques (The phantom of the Opera, The man who laughs) que merveilleux.

Raison de plus pour s'attaquer à un film paradoxal, qui couvre un territoire inattendu pour les années 10, le glorieusement bizarre film que voici... une production Vitagraph, réalisée par Sidney Drew, un grand nom de la scène et du cinéma, qui a l'honneur d'être l'oncle des enfants Barrymore, oui oui: Ethel, Lionel et John. Rien de moins... Drew est aussi acteur, et joue dans ce film le second rôle, celui d'un médecin auquel quelque chose de peu banal arrive...

...Mais commençons par le début: dans une petite communauté de Floride, on annonce l'arrivée de Lillian Travers (Edith Storey), une jeune héritière qui a tout réglé chez elle plus vers le nord avant de rejoindre son fiancé le Dr Fred Cassadene (Sidney Drew). Le problème, c'est que ce dernier, sans pour autant être totalement responsable de la situation, a un succès non négligeable auprès de sa clientèle féminine, et Lillian en arrivant s'avise rapidement qu'il n'a que peu de temps pour elle, et qu'il est toujours accompagné d'une patiente ou de l'autre... Et elles sont entreprenantes.

Et c'est ici qu'intervient une relique du passé, une boîte qui contient un secret de la famille Ogglethorpe, les propriétaires de la maison qui héberge Lillian: cette boîte contient des graines, qui une fois absorbées changent le sexe d'une personne... Lillian, sceptique, essaie, et devient une nouvelle version d'elle-même. Plus forte, plus sûre d'elle-même, et franchement bien moins attirée par le bon docteur que par ses charmantes clientes...

Je viens de m'aviser que ma dernière phrase semble indiquer que le reste va être joyeusement pornographique! C'est vrai que ça aurait pu, tant le propos est clair: le film explore avec bonheur les frontières entre les sexes, et si Sidney Drew (Oui, le bon docteur pourra lui aussi faire l'expérience de la petite graine, bien sûr) en fait des tonnes lors de son changement d'identité sexuelle, Edith Storey est quand à elle fantastique, réussissant en permanence à caricaturer en subtilité les comportements masculins. C'est à mettre au crédit des auteurs, que d'avoir pensé à éviter le côté farce, ce qu'aurait probablement fait une comédie Pathé, en remplaçant un acteur par une actrice et réciproquement. Non, ici, le changement s'effectue en douceur, et pendant une bonne portion du film, Lillian Travers assume en effet sa nouvelle masculinité tout en restant une femme!

Mais le film, qui est drôle et impertinent, n'est pas pour autant un film lesbien militant, contrairement aux délires qui sont écrits sur lui depuis quelques décennies: juste une exploration rigolote et un peu osée des possibilités offertes par cette situation inédite. Et si l'équipe s'est bien amusée avec cette histoire hautement improbable, on constatera que d'une part la morale sera sauve (oui, ce sera bien un rêve!), d'autre part la Floride de 1914 maintient ses traditions: tous les domestiques sont noirs, et ce sont des acteurs blancs en blackface qui les jouent. Une explication à cela, et elle est navrante: c'est interdit à cette époque dans les états du Sud (Dont la Floride) de montrer à l'écran, ensemble, les noirs et les blancs. Les caricaturer, oui, mais les montrer, non... Donc le film s'exécute. Mais ce bémol n'enlève rien à l'audace gentiment foutraque de son scénario, et au jeu le plus souvent impeccable de ses acteurs et actrices.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1914 Sidney Drew Vitagraph ** Edith Storey
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 16:17

Nfissa vit dans une petite ville du bord de mer, en Algérie. La famille fait une sortie: la jeune femme va sur la plage avec ses deux enfants et sa maman, pendant que son mari doit se rendre à son travail. Lorsqu'elle lui demande de l'embrasser avant qu'il ne les dépose, Samir ne sait pas qu'il ne reverra pas sa femme, enfin pas telle qu'elle est maintenant... A la plage, les deux femmes restent à l'abri sous un parasol pendant que les enfants jouent, mais Nfissa a trop envie de se baigner pour se restreindre. Elle se jette à l'eau, avec sa robe afin de ne pas provoquer les hommes présents. Elle se laisse doucement porter, nage et profite du moment... jusqu'à ce qu'elle se trouve au milieu d'un groupe d'hommes. De tous âges, ils vont la tripoter, la traiter de tous les noms, l'agresser sexuellement, et finalement la noyer. Mais son corps n'est pas rejeté par la mer. Samir ne sait pas à quoi s'attendre... que sa femme revienne et qu'elle se prenne la gifle de sa vie, ou qu'elle soit morte? En lieu et place de ces deux optons, c'est sous la forme d'une femme-méduse qu'elle revient: décidée à assumer sa vengeance, en tuant tous ceux qui se trouveront sur son chemin, dans l'eau...

Sous couvert de fable fantastique, ce moyen métrage étonnant donne corps à une situation simple, mais à laquelle on ne pense sans doute pas beaucoup dans le monde qui est le nôtre: et si toutes les femmes qui ont été agressées sexuellement se transformaient ainsi en monstre de cauchemar, pour se venger, ou venger les femmes, tout simplement? Je ne pense pas qu'il faille limiter la portée de ce petit films sec et superbement interprété (En particulier par Adila Bendimerad qui a d'ailleurs écrit le script avec la collaboration de Damien Ounouri) au seul Maghreb, nos fameuses démocraties occidentales ont depuis longtemps pris de bien sales habitudes.

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Published by François Massarelli - dans Damien Ounouri
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 10:18

Anton Lorenze? Inconnu au bataillon, si ce n'est pour un film... celui-ci bien sur, réalisé en 1933 dans le sillage de la "révolution" The front page, le film de Lewis Milestone qui avait seriv à établir les histoires de journalistes comme un genre à part entière. Le principal titre de gloire de ce petit film, une comédie concentrée en une heure, c'est Peggy Shannon, une actrice qui aurait pu atteindre à plus de notoriété, mais sera empêchée de percer avant de décéder bien tôt, à 34 ans, des ravages de l'alcoolisme. Ici, elle interprète une de ces femmes indépendantes qui ont fait l'intérêt des films pre-code, une journaliste ambitieuse et douée, et bien sur intègre...

Jerry Hampton (Peggy Shannon) démissionne de la rédaction de son journal le jour où elle apprend que son enquête sur un suicide louche a été refusée parce qu'elle mettait en cause un gros bonnet. Elle se réfugie dans un petit patelin, Apex, Californie, où le journal local cherche un rédacteur en chef. Elle va s'appliquer à transformer la rédaction en une équipe moderne, affairée, et diablement efficace, tout en accompagnant la transformation de la localité en une vraie ville: la preuve, au bout que quelques mois, on y trouve des hommes d'affaire véreux...

C'est mignon, efficace, et gentiment drôle: Sterling Holloway y interprète un petit rôle, de ceux dont il avait le secret. Shannon est dynamique et excellente en femme moderne qui sait ce qu'elle veut, sans jamais exagérer sur sa séduction. On sent bien que le film est fauché, mais il est interprété avec une certaine conviction... reste à imaginer ce qu'un autre metteur en scène en aurait fait bien sur, mais en l'état on est déjà bien content de pouvoir disposer de ces petits films qui  nous rappellent qu'Hollywood en 1933 n'était pas limité aux Warner, Fox, MGM, Paramount, ni même aux Columbia voire aux Republic. Il y avait aussi les films de la Modern film and Sound corporation...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 09:47

Voilà un petit film mystérieux, qui aurait tout simplement du passer entre les mailles des filets, en faisant comme 80% de la production Américaine muette: disparaître sans laisser de traces... Au lieu de ça, on a retrouvé une copie Européenne presque complète et avec quelques traces mineures de décomposition, qui a été sauvegardée par le musée Eye d'Amsterdam, et qu'ils viennent de mettre en ligne via leur chaîne Youtube. C'est un mélodrame assez banal mais qui présente une nature, comme on disait alors, "risquée", ainsi qu'un sujet qui faisait florès: la traite des blanches. Mais était-ce bien le sujet? D'une part le film accumule les retournements de situation et les digressions, d'autre part, je dois admettre que ma connaissance du Néerlandais est tout bonnement au point mort... ce qui rend la compréhension de ce film, au sujet duquel il existe assez peu d'informations, très difficile.

Essayons toutefois; Maria (Marguerite Snow), une jeune immigrante Italienne, arrive à New York, et toute droit sortie d'Ellis Island, elle se met en quête de sa tante Loretta sensée l'accueillir. Mais elle est interceptée par un type louche et se retrouve directement confrontée à une scène inattendue: elle est placée à attendre dans une salle, où... une dame de la bonne société est venue "faire son marché": elle examine de jeunes immigrantes sous toutes les coutures. Comprenant vaguement qu'elle est entre les mains d'une dangereuse mafia, la jeune femme tente de s'enfuir, et elle est aidée et secourue par Jack Spaulding (James Cruze), un brave homme qui l'aide alors à retrouver sa tante. Ils se reverront...

Cette vague histoire de traite des blanches revient de façon intermittente, mais n'est jamais vraiment résolue; en réalité le principal aspect de l'intrigue qui sera développé, est l'attirance évidente de Jack pour Maria, et les conséquences que cet amour compliqué aura sur la liaison du jeune homme avec sa fiancée (Ou ex-fiancée?) Rosalie. Mais d'autres points demeurent obscurs: pourquoi Jack, qui a l'air selon les critères de 1917 d'être un brave homme parfaitement équilibré, invite-t-il la prude Maria à le suivre dans un "cabaret", pour reprendre les mots de l'intertitre (En Néerlandais dans le texte, donc), où ils vont assister à un spectacle vulgaire, de déshabillages déguisés en chorégraphie? Cet épisode aura l'avantage de résonner de façon douloureuse chez Maria, qui se rappellera à cette occasion son expérience traumatique, mais soyons francs: on n'y voit que prétexte à montrer de la nudité...

Par ailleurs on comprend mal les réticences de Jack à assumer son amour pour Maria. Est-ce parce qu'elle est Italienne? Auquel cas le film ne serait pas forcément un modèle d'ouverture d'esprit. A ce sujet, on constate que le film semble contenir toutes les possibilités de fin, avec des coups de théâtre successifs qui pourraient tout aussi bien être un bout à bout de deux issues différentes. Mais dans tous les cas, ça ne vole pas très haut...

La copie, outre le fait qu'elle ne contient pas de générique d'ouverture, est certainement une version d'exportation: les Européens ont toujours, à l'époque du muet, eu un rapport plus tranquille avec les étalages de nudité, et cette version ne se privant pas, on peut penser que c'est un montage qui nous était destiné. Reste à régler le problème de l'attribution du film: c'est une production soit de Kimberly films, soit de la plus connue Thanhouser. Bien que le film soit sorti en Europe en 1921, on retrouve les traces d'un Slave Mart de 1917 avec Cruze et Snow (Et de toute façon, Cruze passe d'acteur à metteur en scène en 1918). Le metteur en scène est inconnu, et au vu du résultat final, on tend à le comprendre...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 James Cruze
26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 16:15

Une petite famille tranquille, rendue prospère par des années de business sans histoires, doit soudainement faire grâce à une série de crises majeures, dues à trois facteurs plus ou moins liés: le père, Peter Brent, a bâti sa richesse sur un truquage légal mais immoral quand il était avocat, et sa conscience le chatouille un brin; son associé, Balcom, a décidé de faire main basse sur ladite fortune, en utilisant un stratagème bien compliqué (Rendre son ancien ami fou en utilisant des bougies spéciales... Oui, oui.); et enfin, sous la maison, un souterrain et des repaires tortueux cachent les activités troublantes d'un étrange... robot. L'automate, particulièrement agile, est-il une machine, ou un homme se cache-t-il à l'intérieur? Quentin Locke, le secrétaire de Brent, mène l'enquête, et il lui faudra quinze épisodes pour venir à bout de l'infernal machin...

Oui, c'est un serial, on l'aura compris. but du jeu: installer une atmosphère de mystère pour fidéliser la clientèle, et se débrouiller pour que Quentin Locke se retrouve à la fin de chaque épisode dans une posture embarrassante, si possible pieds et poings liés... car Locke est interprété par Harry Houdini pour la première de ses cinq apparitions cinématographiques. Et non seulement chaque épisode se finit en effet sur un cliffhanger bondage du plus haut niveau, mais en prime, à chaque fois, la belle Eva Brent, la bonne amie de Locke, est elle aussi dans une situation difficile, généralement face au robot... ce dernier est le principal mystère de ce feuilleton: même en se replaçant mentalement en 1919, en essayant d'adopter le point de vue qui n'aurait pas vu, disons, Metropolis ou The day the earth stood still, impossible de ne pas rigoler quand cette lessiveuse à bras se manifeste.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 Harry Houdini