Il y a semble-t-il débat, pour savoir si oui ou non ce film est la naissance d'une immense légende, celle des "Keystone cops", ces policiers ineptes qui courent dans tous les sens en sautant en l'air. Et en fait, non, et puis c'est anecdotique. L'important, c'est de savoir que le studio de Mack Sennett tournait sans jamais s'arrêter des film dans lesquels la frénésie (la plupart des acteurs ici en fait) côtoyait parfois la grâce, situés dans un monde si souvent rural ou le grotesque (Fred Mace et sa barbiche improbable) n'était qu'un reflet à peine déformé de la vie, la vraie.
Après, si vous me demandez de résumer ces six minutes de comédie, je dois bien avouer en être incapable...
Soyons franc: l'année conjointe de l'explosion disco, du punk, de Star wars et de Close encounters of the third kind, le James Bond contractuel risquait quand même un tantinet d'apparaître comme un ringard, non? Pourtant, coincé entre deux fort médiocres exercices de style dans lesquels Roger Moore peinait à nous faire accepter qu'il est bien James Bond, et un des pires films de tous les temps (Moonraker) cet espion fait finalement bonne figure.
Restons calme, c'est quand même un James Bond, donc l'espion qui tire plus vite que son ombre se comporte en vrai prédateur sexuel, vainc sans coup férir (Même si Moore se mouille côté cascades, le plus gros reste le fait des spécialistes, et... ça se voit) pendant que les Russes comme les britanniques s'allient contre un ennemi commun assez transparent interprété par Curd Jurgens. Q continue à fournir l'espion en gadget périssables, dont une voiture qui sent tellement fort 1977 qu'on s'en boucherait presque le nez, ce qui n'allait pas tarder à provoquer une réaction de la production pour retrouver l'action pure, privée de ces facilités puériles (For your eyes only).
Mais surtout, ce qui frappe, c'est cette naïve tentative de donner un pendant féminin à Bond (qui va bien sur succomber à son charme, England rules n'oublions pas), qui est interprétée par Barbara Bach, et qui a un trait commun avec l'espion à la paire de zéros: elle a perdu, elle aussi, celui qu'elle aime, allusion à Tracy, l'unique femme que James Bond a épousée (On her majesty's secret service)... Le rappel qu'après tout, ce grand enfant de James a un coeur lui aussi.
J'ai failli oublier, un défaut qui est aussi une qualité, à moins que ce ne soit le contraire: la séquence de pré-générique est le meilleur du film.
Tout commence en 1979, quand une excavation dans la petite bourgade de Dawson City, Klondike (Canada) révèle la présence d'environ 500 bobines de film nitrate sous ce qui fut auparavant une patinoire. Les films dits "nitrate" sont sur un support hautement combustible, dont la durée de vie est très limitée, et qui est dangereux à manipuler.
Trois choses sont à mettre au clair: mais qu'est-ce que ces bobines font là? Quels sont ces films? Peut-on les sauver? ...et bien sûr, on peut aussi se poser la question: faut-il les voir, dans l'état où ils sont?
Le film de Bill Morrison, utilisant beaucoup les images des films en question pour raconter son histoire, répond bien sûr à la première question en longueur, en en profitant pour raconter aussi l'histoire de la ville. On apprend ainsi comment lors de la ruée vers l'or de 1898, la ville de Dawson City s'est créée car des spéculateurs savaient qu'il y aurait une fortune à faire sur le dos de ceux qui allaient la chercher dans leur tamis... Donc une ville s'est créée mais pour dix années seulement. Le fait qu'elle ait survécu n'était pas forcément prévu! Mais une ville, ce sont aussi des gens, et les gens ça aime se distraire, d'où l'arrivée inévitable du cinéma à Dawson City. La région était la fin du voyage pour un grand nombre de copies. Et un jour ou l'autre, suite à des incendies à répétition dus à l'auto-combustion de bobines, il a fallu se débarrasser des copies: certaines ont été brûlées. D'autres, jetées dans la rivière Yukon. D'autres, enfin, ont été utilisées pour boucher des trous...
La deuxième question est inévitable, et c'est la plus intéressante, car les statistiques peuvent nous aider à comprendre l'intérêt de cette trouvaille. Le gros de l'exploitation des cinémas de Dawson s'est fait sur un vivier de cinéma Américain, des films produits entre 1905 et 1928, généralement projetés avec un certain décalage, parce que Dawson City, c'est vraiment le bout du monde! Or, quand on s'intéresse au cinéma muet, on apprend très vite que cette période a été très mal conservée, avec pour le cinéma Américain un chiffre de perte plus proche de 80% que des 70% estimés pour la perte des films du monde entier sur la même période. Donc dans ces films, retrouvés d'un coup de pelleteuse, il ne pouvait qu'y avoir des oeuvres fondamentales ET perdues. Des noms?
The Exquisite Thief (Tod Browning, 1917)
The half Breed (Allan Dwan, 1916), avec Douglas Fairbanks
Brutality (D.W. Griffith, 1912)
Polly of the circus (Charles Horan, Edwin Hollywood, 1917), le premier film Goldwyn, avec Mae Marsh.
A girl's folly (Maurice Tourneur, 1917)
Et même Balaoo (Victorin-Hyppolite Jasset, 1912)!
Etc...
En tout, plus de 300 films ont été identifiés. Car bien sûr, on peut les sauver. Ce n'est toutefois pas le propos de ce film documentaire, qui nous montre essentiellement de quelle façon on a tout fait pour qu'ils soient détruits! Mais les films ont été particulièrement bien conservés, si ce n'est une fâcheuse tendance de l'eau à détériorer les côtés de chaque rouleau de pellicule, ce qui donne à chacun des films une marque caractéristique qu'aucune restauration ne pourra jamais enlever.
Voilà, au final, le film obtenu est étrange, assez envoûtant, mais frustrant sur bien des points: on finit par se demander s'il s'agit de raconter la ville, si c'est le cas, c'est très réussi (Morrison détourne avantageusement les films retrouvés à Dawson, pour raconter non seulement l'histoire des copies mais aussi les avatars de la ville et principaleent de ses cinémas, constamment brûlés puis reconstruits sur près d'un siècle) ...ou si ce long métrage documentaire se concentre vraiment sur la découverte des films et leur destin. Et à ce niveau, on est un peu déçu: les films sont ils complets? Exploitables? Visibles? Va -ton pouvoir enfin voir The half breed? Quels sont les plus belles trouvailles? Autant de questions que de curieux, sans doute. Une autre question, bien sûr, s'impose: on le sait, manipuler du film est dangereux, et ça nous explique pourquoi la médiatisation dont fait l'objet cette découverte ces dernières années (notamment à travers ce film) ne vient que près de quarante ans après la découverte des bobines. Mais y aura-t-il un autre Dawson City? Rien n'est moins sur, le temps ne joue décidément pas en la faveur du cinéma des pionniers.
En attendant, on pourra toujours se précipiter pour voir ce film d'un artiste fasciné par les vieilles bobines au point de leur consacrer tout son art: il est aussi l'auteur de Decasia, et de courts métrages dont The letter, autant de films qui recyclent précisément des extraits de films perdus, ou retrouvés dans des états lamentables... Des images fascinantes, soudain regroupées dans de nouveaux arcs narratifs et se trouvant dotés d'un nouveau sens. Une oeuvre confidentielle mais dont le propos me semble attachant, dans la mesure où Morrison inscrit sa démarche en marge des films au lieu de leur substituer sa vision, comme le faisaient les compilateurs, comme Robert youngson, qui en racontant l'histoire du cinéma à partir d'extraits, détruisaient littéralement les films qui étaient la source... Morrison, lui, les laisse se préserver.
Tiré de l'oeuvre Biograph de Sennett, ces films qu'il a tournés pour la firme de Griffith, dans un genre auquel l'aristocratique metteur en scène ne daignait pas s'adonner, ce court métrage surprend: il est clair, subtil, et évite de prendre le chemin de la frénésie qu'on connait tant chez Sennett. Ce dernier y interprète un rôle posé, qu'il joue avec clarté mais sans forcer les effets.
L'intrigue conte un épisode de la vie d'un barbier, qui a engagé une manucure (Vivian Prescott). Elle est aimable avec les clients, les attire même dans la boutique, mais elle a un défaut: le barbier (Sennett) est fou amoureux d'elle... Et non seulement il tombe dans une grave crise de jalousie à chaque fois qu'elle sourit à un client, mais en prime, elle n'a rien à faire de lui. Le barbier, timide et complexé, va tenter le tout pour le tout dans une scène inattendue...
C'est un petit film qui s'éloigne donc des canons de la comédie tels que Sennett les avait déjà posé chez Griffith, sous l'influence des européens. On est dans une narration basée sr la richesse des personnages, c'est indéniable, et le metteur en scène ne perd jamais de vue que nous devons être avec son barbier, contre son rival (Edward Dillon). Ce qui se fait sans problème...
Encore un chaînon manquant! Mack Sennett, premier producteur-réalisateur vraiment spécialisé dans la comédie aux Etats-Unis, a toujours revendiqué un double héritage: celui du burlesque Français (En particulier les films Pathé des temps héroïques), et celui du maître David Wark Griffith, qui était à la Biograph son employeur principal. On voit ici la jonction des deux, dans l'un des premiers films non seulement interprétés, mais aussi écrits, par Sennett.
Il y interprète un personnage de dandy (Dont les historiens pensent qu'il serait un hommage appuyé à Max Linder, ce que le nom Français du personnage dans le script semble devoir confirmer) qui a cassé une tringle à rideau chez des amis et qui va se mettre en quatre pour la remplacer, déclenchant au passage le chaos dans les rues où il passe. Ce qui commence comme une comédie domestique se termine par une course poursuite délirante impliquant au moins une cinquantaine de passants...
Le film a été un gros succès, et est très réussi. Il porte en plus la marque des grands Biograph: une invention formelle qui se manifeste dans deux plans spécifiques; un gros plan appuyé sur un personnage à la fin, et surtout un plan dans lequel on suit de gauche à droite un personnage qui sort de chez lui, dans un mouvement de caméra dont Billy Bitzer était pourtant avare à cette époque. On comprend maintenant que Griffith, qui détestait la comédie et avait dû être affligé par le résultat de ce tournage aussi réussi soit-il, ait ensuite confié la direction des comédies à une autre: Frank Powell, puis Mack Sennett justement à partir de 1911. Et le monde du cinéma en a été durablement influencé...
Constitué pour une très large part d'archives inédites ou oubliées, ce film est d'un pedigree inédit: la découverte de films jamais utilisés auparavant a créé le désir de réaliser le projet... Parce que on peut toujours poser la question: avions-nous besoin d'un nouveau film documentaire sur les Beatles? La réponse est non, comme pour la compilation de clips et autres prestations de la BBC Beatles 1, sortie il y a quelques années, c'était globalement inutile, sauf pour les grands malades (J'en suis) qui voulaient pouvoir visionner ces bouts de nostalgie les uns à la suite des autres, dans des conditions optimales. Du coup, ça en devenait indispensable...
Les quatre idées relativement simples sur le papier, mais pour lesquelles il ne fallait pas rater son coup, étaient premièrement de s'assurer le concours de Apple Corps afin d'avoir accès à tout le matériel possible pour lier le tout, mais aussi, bien sur, aux bandes-son idéales: les chansons elles-mêmes. Deuxièmement, s'assurer la collaboration pleine et entière de Paul, Ringo, Yoko Ono (La célèbre co-compositrice d'Imagine, nous dit-on) et Olivia Harrison, mais aussi de Georges Martin (décédé avant la sortie) et son fils Giles, désormais dépositaire de l'empreinte sonore du groupe. Troisièmement, avoir une trame: elle a été toute trouvée. Puisque le gros du film est composé d'images d'archives glanées lors des déplacements des Beatles entre 1962 et 1966, Eight days a week est donc une chronique des tournées, de l'évolution des personnages des quatre musiciens, de leur ascension, jusqu'à la décision salutaire de quitter la scène. Et enfin, quatrièmement, il fallait un metteur en scène capable de joindre tous ces bouts intelligemment... Et c'est donc à celui auquel on doit la réussite de Frost/Nixon qu'on a confié la chose. Pas bête.
Et au final, on a... l'impression que ça en valait la peine. La juxtaposition de l'impeccable bande-son, des souvenirs, souvent entendus et rabâchés (Ceux de Lennon) ou rares (Harrison) voire nouveaux (Ringo, Paul), de ceux de quelques stars triées sur le volet (la partie certes la plus arbitraire, mais pourquoi pas: Whoopi Goldberg, Richard Curtis ou Sigourney Weaver) qui ont tous pour point commun d'avoir grandi avec les Beatles, et de ces images jamais vues (Un amateur a filmé les Beatles à la Cavern, par exemple...), ravivent la nostalgie, but ultime de l'entreprise, et nous rappellent que Les Beatles, vous pourrez en penser ce que vous voudrez, mais ça n'arrêtera jamais: c'est du dur, du concret, et là, pendant 105 mn, eh bien... on y est. On excusera l'un ou l'autre cliché, l'une ou l'autre erreur (Non, Magical mystery tour et Yellow submarine ne sont pas des albums des Beatles.), pour se laisser aller au plaisir. C'est le même que d'habitude. Et alors?
On a retiré 20 survivants des décombres du WTC après les attentats du 11 septembre 2001. La plupart étaient des policiers et des pompiers, les premiers arrivés sur les lieux, piégés alors qu'eux-mêmes ne savaient pas encore toute la portée de ce qui s'était passé au-dessus d'eux. Ce film raconte les souvenirs de quatre personnes, dont deux de ces survivants, Will Jimeno (Michael Pena) et le sergent John McLoughlin (Nicholas Cage), deux policiers de la même unité qui ne se connaissaient pas plus que ça, et qui se sont maintenus en vie pendant qu'ils étaient coincés. Les deux autres témoignages qui ont servi à alimenter le script sont ceux des deux épouses, Allison Jimeno (Maggie Gyllenhell) et Donna McLoughlin (Maria Bello). Le film se concentre sur une histoire d'héroïsme ordinaire, et pour bien faire il convient de laisser au vestiaire les habituels commentaires cyniques sur la bien-pensance au cinéma: tant pis pour les pisse-vinaigre et autres peigne-culs, pour les conspirationnistes et les cons tout court: Oliver Stone, cette fois, s'est concentré sur l"humanisme de l'expérience. Pas d'éditorial, du vécu, du tangible.
On commence le film par une vingtaine de minutes consacrées à la façon dont les deux agents qui vont faire l'objet du sauvetage ont vu leur journée glisser d'une routine rassurante à l'étrangeté de plus en plus terrifiante dont nous pouvons si aisément nous rappeler: le film contient beaucoup de renvois au fait que dès 2001, nous vivions en permanence entourés d'écrans et d'informations. Le metteur en scène nous permet en douceur de suivre les réactions naïves de tous ces gens qui découvrent l'horreur des attentats, celle avec laquelle nous avons appris à vivre. Les témoignages, chronologiques, des épouses, suivent le moment durant lequel les deux hommes et leurs copains sont ensevelis, sous la forme de scènes qui mettent en valeur l'attente puis l'inquiétude, et les regrets des familles: la réalisation par Donna qu'elle n'a rien dit à son mari avant qu'il ne parte ce matin-là, le souvenir d'Allison, d'une scène de discussion autour du choix futur du nom de leur bébé, un débat non tranché encore. Puis l'inquiétude, l'abattement, la terreur...
C'est remarquablement juste, d'une part par le talent des acteurs (Même Nicholas Cage!!!) mais aussi par le choix de privilégier le point de vue en permanence. Stone reste concentré sur l"histoire qu'il a à raconter et sur ses protagonistes humains. On réussit à en sortir un peu rassurés, il fallait le faire. Comme le dit Oliver Stone lui-même, un Stone assagi et plus adulte qu'à l'accoutumée, le film n'est finalement pas consacré à l'attentat, mais tout bonnement à la mécanique qui se met en branle quand il s'agit de survivre.
Hervé (Vincent Lacoste) et Camel (Anthony Sonigo) sont en troisième à Rennes, et on ne peut pas dire qu'ils sont parmi les gosses les plus cool de leur établissement: ils sont médiocres, pas bosseurs, mal fagotés, mal vus par tout le monde. Quand une fille propose à Hervé de sortir avec lui, puis lui promet une après-midi torride, c'est uniquement dans le but de le charrier, et la vie sexuelle des deux "beaux gosses" du titre se limite à la fréquentation régulière de chaussettes qui n'avaient rien demandé à personne avec des éditions vintage du catalogue de la Redoute.
Bref: des losers...
...Sauf que dans cet univers impitoyable il y a une fille, Aurore (Alice Trémolières) qui a vu autre chose en Hervé, que pas même lui, ni sa mère (Noémie Lovsky) n'ont vu. Et elle va s'attacher à le conquérir, et partager avec lui une expérience émotionnelle riche en expériences, en vexations, et en malentendus.
Riad Sattouf, c'est bien sûr l'auteur fêté de L'arabe du futur, une bande dessinée autobiographique, qui n'a pas de correspondance avec ce film, si ce n'est la coiffure imposante de Camel, qui pourrait bien être une allusion à l'imposante coiffe de cheveux blonds du petit Riad. Il a écrit un script sans failles, avec Marc Syrigas, dont le franc-parler des personnages permet d'aller droit au but. Et s'il est souvent question de sexualité dans ce film après tout situé essentiellement dans l'affectif des garçons d'un collège, d'autres thèmes affleurent, qui sonnent juste et parfois font mouche: exclusion, rejet, différence, difficulté à envisager l'avenir, incommunicabilité entre les ados et les adultes, servis avec des dialogues hilarants, et un jeu d'acteurs exceptionnel: bref, ce n'est pas du Rohmer, on y parle grossier, direct, et sans jamais forcer.
Un miracle, quoi.
Et comme Sattouf est un artiste graphique, il n'oublie jamais que le cinéma c'est de l'image: le film est une réussite... grinçante, qui touche juste et qui a le bon goût de rappeler que tout ça, au fond n'a guère d'importance: après les douleurs du collège, on survit, on change, et on vit.
Marie-Louise Iribe: elle est entrée dans l'histoire, un peu par la petite porte, comme comédienne d'abord (Tanit-Zerga dans L'Atlantide de Feyder, son rôle sans doute le plus emblématique), comme l'épouse de Pierre Renoir ensuite. Ses liens avec la famille Renoir nous renvoient à son rôle de productrice aussi, puisque c'est à elle qu'on doit la mise en chantier du film Marquitta de Jean Renoir, qui selon certaines sources serait perdu. Elle y interprétait le rôle principal. Elle partage avec Musidora l'honneur pas souvent mis en avant par les historiens d'avoir été aussi réalisatrice: elle a donc produit, interprété et réalisé Hara-Kiri en 1928. Et l'année suivante, intéressée par le cinéma sonore, elle a mis en chantier son deuxième film, inspiré du poème de Goethe éponyme (Erlkönig) , ainsi que par une oeuvre de Schubert qui s'y réfère. Son idée était de compléter l'offre existante (Poème, oeuvre musicale) avec des images qui bougent. Du coup, le fait d'en faire un film sonore s'imposait.
L'histoire est celle d'un homme et de son garçon malade, qui doivent chevaucher afin de consulter un docteur. Mais dans son délire, le garçonnet voit le Roi des aulnes, une divinité qui commande à la mort, et qui lâche ses fées pour l'attirer dans ses filets. Le père met le délire de son fils sur le compte de sa fièvre, mais nous, nous avons aussi vu ce que lui a vu.
C'est donc cette période durant laquelle le cinéma n'est plus tout à fait muet et n'est pas encore vraiment parlant... s'il fallait comparer Le Roi des Aulnes à un autre film, je pencherais pour Vampyr: même impression de rêve éveillé, même mélange malaisé entre bruitages, musiques, dialogues au compte-goutte et impératifs de doublage (le film a été sorti en deux versions, une allemande et une française: j'ai visionné la française, les acteurs ont un fort accent Alsacien!). Ce n'est pas que le film d'Iribe est aussi bon que celui de Dreyer, loin de là, mais le style s'en rapproche... Forcément ambitieux, le film est l'occasion de tenter de recycler les bons vieux truquages des années 10 et 20 (la surimpression en particulier), et certaines expériences débouchent sur des effets intéressants. Tous en tout cas servent leur office, pour une expérience étrange pas tout à fait aboutie, mais qui force au moins le respect.
Etienne Arnaud est l'un des pionniers du cinéma Français, tous ces premiers cinéastes qui sont passés par les compagnies Pathé, Gaumont ou Eclair. C'est chez Gaumont qu'il a fait ses films les plus connus, sous le haut patronage de Louis Feuillade, mais c'est en compagnie d'Emile Chautard et de Maurice Tourneur qu'il est parti, mandaté par le studio Eclair, à Fort Lee dans le New Jersey: le but, bien sur, était de lancer une production locale. C'est à ce titre que le metteur en scène a réalisé ce petit film, dans lequel on reconnait l'acteur vétéran Alec B. Francis, qui allait souvent jouer pour Tourneur.
Il raconte une sombre histoire de rancoeur et de soupçon d'adultère qui tourne bien mal, et débouche sur trois vies gâchées: un homme qui soupçonne à tort son épouse d'infidélité provoque sa mort d'une crise cardiaque en la confrontant. Une fois le deuil consommé, il éloigne leur fils en l'envoyant en Californie. Mais apprend vingt années plus tard qu'il s'était trompé... Il souhaite donc revoir son fils qui a bien sur bien grandi.
Pas grand chose à dire, sinon que n'est pas Tourneur qui veut: ce film est assez plat, desservi par une mise en scène limitée au fait de placer la caméra avant de demander aux acteurs de faire deux trois mouvements. Le sujet sombre aurait en revanche beaucoup inspiré Tourneur... C'est dommage; ce dernier était le troisième à partir et se trouvait encore en France au moment de la sortie de ce petit film.