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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 17:37

Le nom de Magnus Sifter, l'acteur Autrichien qui a réalisé ce film, m'était inconnu avant le visionnage. Il interprète également un rôle de second plan important... Mais le principal atout de cette petite comédie est bien sur plus sa star que son metteur en scène, qui s'il n'est pas Lubitsch, fait après tout bien son travail. La comparaison est volontaire, et n'est pas motivée que par la date qui correspond à la période "Berlinoise" de Lubitsch: il y a ici des similitudes avec un film de 1918 du grand Ernst, Ich möchte kein Mann sein, dans lequel Ossi Oswalda expérimentait une journée en tant qu'homme, pour voir... Dans ce "B-A-Ba de l'amour", pour traduire le titre en Français, on a une situation qui n'en est pas très éloignée...

Deux gens de la bonne société qui ne se sont jamais rencontrés, Lies et Philipp vont se marier. Mais si Lies a passé sa jeunesse à rêver d'une union avec un homme, un vrai, grand et fort, et de toute la tendresse et plus encore qui pourrait s'ensuivre, lui n'a jamais rien imaginé. On a le sentiment, d'ailleurs, à le voir, qu'il n'a jamais quitté sa maison: la première fois qu'on le voit, il est à la maison, veillé par ses deux tantes acariâtres, emmitouflé d'une couverture... La première rencontre vire au cauchemar pour Lies, qui décide donc de faire un homme de cet échantillon défectueux. Elle va le sortir de sa coquille, quitte à se grimer en homme afin de lui montrer le chemin. Mais non seulement l'élève n'est pas terrible, mais Lies aura du mal à convaincre les reste de l'humanité, et surtout les femmes, qu'elle n'est pas un homme...

Asta Nielsen, bien que deuxième mentionnée au générique (Après l'acteur qui joue Philipp, Ludwig Trautmann), est bien sur la vedette, et le centre de ce film qui finit après avoir semé le trouble par rentrer gentiment dans le rang, et montrer que les femmes sont bien les femmes. Mais le temps du film, on sent qu'elle s'amuse beaucoup avec cette situation dans laquelle le déguisement ne fait pas tout. Et elle joue à fond la carte comique, en interprétant cette jeune femme qui joue le rôle d'un homme du monde... Saoul comme un cochon. Et elle y met, bien sur, une belle énergie. Quant à Sifter (Qui fera une belle carrière en tournant jusqu'aux années 40, donc il ne faut peut-être pas trop fouiller...), il s'en sort bien, en insufflant un rythme soutenu à sa comédie de boulevard.

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Published by François Massarelli - dans Muet Asta Nielsen 1916 *
4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 16:13

Emile est veuf, et il pêche. C'est à peu près sa seule activité valable, même s'il a une vie sociale: il fréquente beaucoup le bar de son village avec les copains, et surtout il ne pêche pas seul: son copain Edmond l'accompagne, et bien sur ils se livrent à une concurrence acharnée: c'est toujours Emile qui gagne, tant en terme de nombre de poissons pêchés qu'en terme de grosseur des bestiaux. Mais un jour il apprend quelque chose qui le souffle: son copain lui cache, ainsi qu'à tous les autres d'ailleurs, qu'il se rend à la ville parfois, et qu'on l'y voit en fort galante compagnie... Edmond passe aux aveux, et admet qu'il a depuis quelques temps une vie sentimentale échevelée, et que Lucie, qu'il a rencontrée lors de réunions de danse, est sans doute la femme de sa vie. Mais plus encore: Emile, qui a fait un trait sur ce chapitre, apprend que son ami a une vie sexuelle débridée... Le problème, c'est qu'Edmond, qui ne se modérait sans doute pas assez, meurt un jour, d'un coup. Et Emile va rencontrer Lucie lors des obsèques: il prend donc la décision de faire comme son copain, mais pour tout un tas de raisons ne va pas pouvoir mener son plan de reprendre le cours de son existence comme il l'aurait voulu, il prend donc la décision de partir en vacances, pour en finir une bonne fois pour toutes, ou pour retrouver les lieux de son enfance, mais c'est un voyage qui va lui apporter une véritable renaissance...

Les "petits ruisseaux" du titre sont bien sur ceux qui se retrouvent pour former une gigantesque rivière, puis l'océan. Tout est connecté, et tout le monde est connecté... le film, en forme de clin d'oeil souvent touchant, parfois triste, toujours drôle, jamais méchant, montre que rien n'est inéluctable. Emile, plongé dans le cours d'eau de son enfance, en compagnie de deux jeunes femmes nues comme au premier jour, va avoir l'énorme surprise de constater que là, au milieu de son corps, la vie se réveille (La scène est célèbre, et on peut d'ailleurs la voir dans la bande-annonce. Pour parler crûment, Daniel Prévost dit "Tiens? Je bande!") après des années d'inactivité... Le film explore avec tendresse la vie d'un vieil homme pas si vieux que ça, qui a renoncé à tout, et qui l'espace d'une escapade, va reprendre gout à tout, y compris d'ailleurs à ce à quoi il n'avait jamais gouté: la danse, le rock 'n roll, le cannabis, les bains naturistes, et même le sexe avec une jeune femme qui a quarante ans de moins que lui, avant de mordre à pleines dents dans sa vie, et de faire la rencontre d'une femme sur la même longueur d'ondes que lui. Et comme c'est Daniel Prévost, il est impossible de ne pas être touché par Emile et sa gaucherie, même avec ses copains, dont soyons clairs aucun ne serait un bon candidat pour polytechnique...

Rabaté est aussi un graphiste de talent, et son film, le premier de ses longs métrages, est inspiré de sa bande dessinée du même titre. Il y appelle un chat un chat, et se repose beaucoup sur la nudité, ce qui lui permet de toucher juste, avec Prévost, mais aussi Hélène Vincent, Philippe Nahon et Bulle Ogier leurs autre complices, qui ont accepté ce voyage au pays de leur propre vieillesse avec un aplomb admirable. Le film est une leçon de vie, en même temps qu'une observation qui fait mouche. La bande dessinée me paraissait un brin triste voire méchante, ce n'est absolument pas le cas avec le film, qui garde par contre de l'original une rigueur et une profondeur dans la composition qui sont impressionnantes. le texte est sur, précis, mais c'est loin d'être tout, le cadre de ce film est constamment parfait. Avec en prime une façon décalée de traiter certaines choses: rabaté a une obsession pour les petites voitures sans permis qui font que le film, par moment, va se promener dans un monde proche de Tati, de Pierre Etaix, voire des grands burlesques Américains, qui eux aussi savaient composer une image...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pascal Rabaté
3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 18:44

The big parade a semble-t-il tout débloqué: avant 1925, les films qui abordaient la première guerre mondiale aux Etats-Unis étaient généralement des productions très classiques, patriotiques et assez compassées... à une ou deux exceptions près, comme on le verra tout à l'heure. Et la sortie du film de Vidor a permis un réexamen de la guere, une désacralisation aussi, qui fait qu'on n'avait plus cette obligation de présenter la guerre sous l'angle cocardier. On pouvait prendre de la distance et la traiter avec humour, comme l'a fait en particulier Walsh avec What price Glory en 1926; Chaplin (en 1918!) et Langdon (En 1924 avec Soldier man) avaient fait des films burlesques courts qui tournaient la guerre en dérision, et ce film Warner, scénarisé par Darryl F. Zanuck, est un rare exemple de long métrage burlesque consacré à la première guerre mondiale. Il met en scène Sydney Chaplin, qui s'était déjà illustré aux côtés de son frère dans Shoulder arms! en 1918...

Old Bill (Syd Chaplin) est un soldat Britannique, simple troufion depuis 30 ans, qui participe au conflit mondial. Stationné avec son régiment à Boucaret en France (Je ne l'ai pas trouvé sur une carte, je pense que c'est dans le Cher-et-tendre), il coulerait presque des jours heureux malgré la menace permanente. seulement voilà: rien ne va plus, il y a un traître dans la troupe, et les Allemands vont venir prendre le village et avec lui, la petite vie tranquille du soldat. Il va, personnellement, et avec des méthodes pas vraiment orthodoxes, contre-attaquer de la plus éclatantes des manières...

C'est bon enfant, et Reisner, co-scénariste, a à mon humble avis du demander de l'aide à Syd Chaplin aussi souvent que possible. celui-ci domine cette joyeuse pochade aux allures de grosse farce, dans laquelle il replace parfois des gros gags dont certains viennent en droite ligne de la filmographie de son frère (J'ai reconnu un gag en particulier que Charles avait utilisé dans The pawnshop, et c'est précisément un des films dont Syd a été le gagman officieux, donc la paternité lui en revient sans doute). Parmi les films rares de Syd Chaplin, divisé en deux catégories, celui-ci fait plutôt partie de la division des grosses moustaches, par opposition au plus subtil (Et bien meilleur si vous voulez mon avis) Charley's aunt (Scott Sidney, 1925). Mais Syd Chaplin, sa gestuelle sure, sa présence et sa tendresse font qu'on s'attache, et en prime, il y a ici un rôle pour le grand Edgar Kennedy, qui de temps à autre était sollicité par un autre studio que Roach. Des bonnes raisons de s'attarder sur ce petit, mais fort attachant, film...

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Published by François Massarelli - dans Muet Première guerre mondiale Sydney Chaplin Comédie 1926 *
2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 08:37

Les jouets qui deviennent fous, c'est bien sur un passage obligé du bestiaire d'horreur, dont on attendait qu'à un moment ou un autre Joe Dante s'y attelle. En 1998, le metteur en scène est un peu mal en point, passé de façon répétée par la case télévision de sa carrière, faute de soutiens. Son denier long métrage était justement un film acclamé (The second Civil War) pour HBO, signe que les temps sont en train de changer. Et effectivement, tous les films qu'il fera après sont, d'une certaine manière, beaucoup plus marqués par le compromis que son travail de télévision, qui respire une certaine liberté... Pourtant, il y a peu de raisons de bouder notre plaisir devant cette poduction Dreamworks. Et le studio faisant appel à Joe Dante, on tendrait donc à penser que Spielberg lui a finalement pardonné d'avoir en quelque sorte "cassé" les Gremlins avec sa suite furieuse et infernale de 1990...

C'est vrai, on y revient toujours. Gremlins, c'est un peu le sommet de la carrière de Dante: sans doute pas le film qu'il préférait parmi ceux qu'il a réalisés, mais un classique, un énorme succès, et une oeuvre dont la thématique et le déroulement sont finalement une excellente introduction à son style. Un film marqué par son époque, assez typique du milieu des années 80, mais auquel on peut revenir sans crainte 30 ans plus tard. Alors ici, on ne va pas s'en priver: dès les dix premières minutes, le mot "Gizmo" est prononcé, voire souligné. Une clé dont on n'avait d'ailleurs pas besoin, par certains côtés, Small soldiers ressemble presque à un remake raisonnable de Gremlins. Presque, parce que le film va loin par certains côtés: on y fait quand même des expériences dégueulasses sur Barbie! ET les poupées ainsi créées deviennent folles, homicides et particulièrement moches...

Alan est un jeune homme assez typique de l'univers de son metteur en scène: un peu en porte-à-faux avec ses parents, avec l'autorité en général, il a été exclu de plusieurs écoles et comme tout se sait, il n'est pas très apprécié au lycée. ...donc il est seul. Il fait des efforts pourtant, en particulier auprès de ses parents, car il veut montrer qu'il a changé, et qu'il est devenu responsable. Son père vend des jouets en bois, des classiques, donc il ne vend rien ou presque, et Alan passe souvent du temps à tenir la boutique, c'est l'un des moyens qu'il utilise pour montrer qu'il est devenu plus raisonnable. Un jour, le convoyeur apporte une livraison, et par hasard, Alan aperçoit une cargaison de jouets modernes qui ont l'air très intéressants: il négocie afin d'en détourner une caisse, ce qui permettra sans doute à la boutique de faire un peu d'aargent pour une fois. Ce qu'il ne sait pas, c'est que ces jouets, un petit commando de soldats d'un côté, et des créatures extra-terrestres de l'autre, pas encore lancés sur le marché, sont dotés d'une puce ultra-sophistiquée qui leur donne des capacités bien au-delà d'un jouet moyen, et surtout sont programmés pour se faire une guerre totale et sans merci. Ce qu'ils vont faire, justement, de façon incontrôlable! Sale temps pour Alan, qui va en plus faire la connaissance de sa petite voisine Christy, une jolie ado "qui sort avec des garçons plus agés", selon ses propres termes, mais qui aime manifestement bien passer du temps dans la boutique...

Un prologue obligatoire nous explique la créations des "Gorgonites" et du commando de soldats qui les pourchassent: une petite entreprise qui fabriquait des jouets a été racheté par un gros ponte de l'électronique, un sale crétin d'ailleurs, qui entend bien leur demander de créer un jouet rentable. Les deux seuls rescapés de la boîte, deux concepteurs que tout oppose (L'un utilise l'informatique et crée les soldats, l'autre dessine au crayon et a créé les "Gorgonites", des créatures un peu plus poétiques) ont trois mois pour donner vie à un jouet "qui fait exactement ce qu'on montre dans la pub", comme le demande le nouveau propriétaire. C'est là qu'intervient un gimmick en forme de McGuffin: comme les Gremlins qui pour exister ont besoin que les mogwais mangent après minuit et d'un peu d'eau, les jouets créés par ces deux-là vont bénéficier d'une puce ultra-secrète et aux propriétés phénoménales, ce qui excuse par avance tout ce qui arrive dans le film! On s'en accomode très bien... Le groupe de créatures extra-terrestres est sympathique, mais autant le dire, ils sont assez laids. C'est le cas pour le commando, mais ce sont des militaires, donc on s'yattendait un peu! Par ailleurs, ils feraient passer Buzz Lightyear pour le clown Baptiste des Enfants du Paradis! En plus de Tommy Lee Jones, Dante a fait appel pour leurs voix aux acteurs de The dirty Dozen...

Une fois de plus, le film est situé dans une petite ville, pas dans la mégalopole. Depuis The 'Burbs on sait à quel point Dante est inspiré par l'Amérique moyenne; On sait aussi à quel point il réserve sa tendresse pour les petits, les exclus et les gens qui sont, gentiment marginaux, qu'ils soient ados (Explorers, The hole, Runaway daughters, Matinée), enfants (Piranha), adultes mal dégrossis (Innerspace) et en chômage technique (The burbs)... Il oppose ici les parents: ceux d'Alan sont des braves gens, certes un peu excentriques, mais ceux de Christy (Interprétée par la jeune Kirsten Dunst) sont en revanche atroces: madame noie son stress dans le gin, et le père est obsédé par son confort et la technique de pointe érigée en signe extérieur de richesse... Et il est un fort mauvais voisin, le genre à tronconner votre arbre sans vous demander votre avis! Pourtant, Dante aime bien les gens, les petites gens, s'entend. ceux qu'il n'aime pas, ce sont les puissants, mais comme le metteur en scène est gentil, il en pousse les caractéristiques jusqu'à les rendre si caricaturaux qu'ils deviennent inoffensif. Dante a depuis toujours un art consommé pour noyer le poisson. Ca lui permet de prendre des libertés comme ici de montrer un commando de jouets de 15 centimètres de haut qui se livre à une orgie de destruction, et en particulier à des expériences à la Frankenstein sur des Barbies (Nommées ici "Gwendy", mais on les a reconnues!). Il fait appel à ses acteurs fétiches, qui font des apparitions: Dick Miller, Robert Picardo, Belinda Belaski et Wendy Schaal sont tous là... Et surtout, le film décalque Gremlins: même situation de base, un jeune ado se retrouve avec des créatures sympathiques mais encombrantes, et très vite la violence et le chaos vont s'inviter autour de lui, et c'est la banlieue qui va trinquer. Et comme si on avait aussi recours à ce qui arrive dans Gremlins 2 the new batch, le commando infernal va faire appel à ...d'autres commandos sortis d'usine, qui sont exactement de la même trempe. Donc ça va péter dans tous les coins...

Le film est donc une fois de plus un portrait tendre et loufoque de l'adolescence perturbée, ce passage terrifiant de tout humain et en particulier des Américains, mais aussi une énième variation sur le monde de l'entertainment Américain, et sa capacité à générer la violence et le chaos, qui sont partie intégrantes de son ADN. Je ne pense pas qu'il y ait ici un "message" au sens philosophique du terme, mais la façon dont Joe Dante accomplit son film, en extrapolant autour d'un postulat simple, en maintenant jusqu'au bout son esprit de comédie et sans qu'aucune personne ne meure, est bluffante. Donc si ce n'est pas un chef d'oeuvre, voilà un film avec lequel on passe beaucoup de bon temps, en fort belle compagnie, et si c'est une redite, elle a au moins le mérite d'être effectuée avec un talent fou.

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante Science-fiction
1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 17:39

Urban Gad et Asta Nielsen ont répondu à la première sollicitation des studios Allemands par l'affirmative, et ce dès 1911. C'est d'ailleurs en Allemagne qu'Asta Nielsen allait devenir la plus importante vedettte des studios Européens des années 10. Ce film est l'un des 30 tournés par la dame entre son arrivée à Berlin et la première guerre mondiale. Le titre ne requiert aucune explication, à condition bien sur de savoir que les Suffragettes étaient ces militantes féminines qui se sont illustrées de la fin du XIXe siècle aux années 20 afin d'obtenir le droit de vote (En France, pays sous-développé, il leur fallut attendre jusqu'aux années 40). Le terme a été à l'origine créé en Grande-Bretagne afin de leur être désagréable, tant la gent masculine était irritée de l'insistance jugée contre-nature de ces militantes. Bien sur, on n'attend pas d'un film Allemand davant 1914 qu'il porte un regard mesuré face à une demande de participer à la démocratie, qu'elle soit effectuée par les femmes ou par les hommes... Asta Nielsen y est donc une jeune femme initiée au combat militant par sa mère, et le nom de l'héroïne, Nelly panburne, est une allusion très claire à Emily Pankhurst, l'une des grandes figures du mouvement en Grande-Bretagne...

La jeune Nelly est élevée par ses parents aisés dans l'attente d'un inévitable mariage de prestige, mais la jeune femme, insouciante et volage, n'est pas très décidée à se laisser faire. Elle a rencontré un homme qui lui plait, et c'est réciproque... mais elle n'en connait pas même le nom. Lord Ascue est en fait un politicien en vue, en lute contre les Suffragettes... Parmi elles, la maman de Nelly est l'une des plus influentes, et elle initie bientôt sa fille. Très zélée, celle-ci fait de la prison, où elle tente une grève de la faim. les autorités pénitentiaires répondent par des brutalités: on la force donc à manger... Quand elle sort, elle est l'héroïne du mouvement, et elle est désignée pour prendre contact avec Lord Ascue afin de lui signifier que des lettres très compromettantes sont tombées dans les mains des militantes. Elle a la surprise de trouver face à elle l'homme dont elle est tombée amoureuse...

D'un côté, le film fait référence à des actions réelles des suffragettes, et à des châtiments qu'elles ont en effet subi. Mais sinon, Gad semble clairement ne même pas devoir prendre parti: la façon dont il nous présente les Suffragettes, à l'exception de Nelly, comme étant de vieilles peaux acariâtres et disgracieuses... La caricature est d'époque, et était généralement partagée par toute la bonne société. Mais plus clairemen encore, on nous montre la mère de Nelly confiant une bombe à sa fille, et l'envoyant en mission, au mépris éventuel de sa vie... Le film s'ingénie à démontrer que si la femme mène le monde, c'est d'abord et avant tout par la séduction, et par la maternité!

Bien sur, on n'attendait pas autre chose, et on sait aujourd'hui que le monde a tourné dans un tout autre sens, heureusement. Mais ce qui est le plus intéressant, ici, c'est bien sur la façon dont Asta Nielsen interprète le personnage de Nelly. Accoutumée à jouer la tragédie avec une certaine grandiloquence, Nielsen choisit ici la retenue, pour interpréter une jeune Anglaise de la bonne société. gad la gratifie même de certains gros plans ou plans rapprochés intéressants. Par ailleurs le film a beaucoup souffert de la censure (Les autorités de Munich en particulier ont peu apprécié la façon don Gad montrait la police intervenir vis-à-vis des femmes en lutte), et il n'en reste que des fragments parfois disjoints, 30% du film ayant disparu.

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Published by François Massarelli - dans Asta Nielsen Muet 1913 Urban Gad *
1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 11:02

La révolution Française vue par Gaumont, c'est souvent assez drôle, finalement: on y montre à quel point cette tuerie a été dramatique pour toutes les bonnes familles décimées par les sans-culottes, ces vermines de basse extraction, sales et pouilleux, qui ne comprenaient rien à rien, surtout au génie humain! A l'opposé de Pathé et sa vision plus centriste voire plébéienne, notamment avec les films de Capellani, Gaumont flattait la droite, en poussant toujours plus avant les idées réactionnaires et les grilles de lecture qui prévalaient dans la bonne société de l'époque. Le film est attribué, bien qu'il fasse seulement 10 minutes, aussi bien à Arnaud, le spécialiste des films historiques en tableaux, qu'à Louis Feuillade, le metteur en scène des genres les plus variés de la maison Gaumont: et pour cause: d'une part on fait ici appel à ses acteurs de prédilection (Renée Carl, René Navarre), mais il y a aussi des évocations poétiques qui passent par des trucs techniques certes rudimentaires, mais qu'il maîtrisait: surimpression, split-screen...

André Chénier, poète helléniste, révolutionnaire mais très critique face à la terreur, devient ici juste un homme au dessus de la masse, et les complexités de sa pensée sont aussi mises en arrières que les évocations de sa vie sont simplifiées, le plus souvent dans le sens d'une glorification de la société à deux vitesses qui était la sienne. On a donc des scènes intéressantes, remarquez: Chénier, lors d'une communication du docteur Guillotin sur sa machine à tuer, a la vision du futur de tous les hommes présents, qui vont tous être guillotinés, justement... mais le film, assez typique des bandes au kilomètres de 1910, se contente d'enquiller les "tableaux" historiques (La part d'Etienne Arnaud?) sans trop aller dans le fond, et nous laisse sur notre faim. Léonce Perret, de loin, interprète un Chénier un rien ventripotent, et on pourra faire remarquer que l'acteur avait aussi réalisé lui même dans la même série un Molière, confiant ainsi le rôle de Jean-Baptiste Poquelin jeune à... Abel Gance. La ronde des cinéastes!

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade
1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 10:25

La désapprobation critique à peu près généralisée que se sont pris Scott et Russel Crowe, qu'il retrouvait ici pour la première fois depuis le triomphe de Gladiator, est-elle justifiée? Je suis mal à l'aise pour en juger, car si j'admets qu'à si souvent fréquenter ses films, le dernier genre dans lequel j'envisageais qu'il puisse s'engager est bien la comédie, a fortiori romantique, le fait est qu'on passe deux heures certes étranges, mais en relativement bonne compagnie avec ce petit film. J'ajouterais volontiers qu'ici, on est face à du très personnel, d'ailleurs. Le film, sur un scénario de Marc Klein adapté d'un roman de Peter Mayle, A good year est surtout le prétexte pour Scott de tourner un film autour de la passion du vin, situé en Provence ou il a une maison de vacances (Et quelques histoires avec ses voisins)...

Il a donc proposé à Crowe d'être ce trader cynique et révoltant d'arrogance, qui reçoit en héritage la propriété ou il a vécu des moments magiques mais largement oubliés de son enfance. Il se rend en Provence avec la ferme intention d'y précipiter la vente de la maison et de ses vignes, et va se heurter à quelques obstacles: la famille de vignerons qui depuis si longtemps travaille sur place n'est pas disposée à quitter les lieux, une cousine, fille illégitime du propriétaire décédé, qu'il soupçonne d'être une opportuniste vient s'installer avec lui, et surtout la Provence va faire son oeuvre, aidée par Fanny Chenal (Marion Cotillard), la jolie propriétaire d'un restaurant local...

Russel Crowe est-il doué pour la comédie? C'est essentiellement le débat qui domine dans les commentaires négatifs dont je parlais plus haut. Si beaucoup de scènes jouent sur la maladresse physique d'un trader décidément pas dans son élément, du moins le film nous permet-il de prendre gout au personnage, qui s'humanise au fur et à mesure de son accoutumance à la région et ses charmes. Marion Cotillard joue ce qu'on pourrait qualifier de "charmante voisine générique", mais Scott sait profiter des éléments à sa disposition pour mettre en valeur une actrice. Certes, le film joue beaucoup sur les clichés, et montre à quel point la vision du metteur en scène, bien qu'il ait vécu en France, est basée sur des clichés (Ah, ces Français de toute origine sociale qui sont capables de parler un Anglais parfait, mais avec un accent à couper au couteau... Un cliché qui a la peau dure depuis Charade!)... Mais l'accent mis sur le sensoriel, le décalage entre le Londres de la finance et des requins d'une part, et le sud presque Ninoferreresque du film finissent par séduire. Et d'ailleurs la morale du film fait beaucoup penser à la chanson, puisqu'il y est beaucoup question de se laisser aller.

Sinon, pour ceux que ça intéresse, le film parle de vin. Pouah.

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 14:34

Le film de Louis Feuillade, composé de dix épisodes (La Tête coupée; La Bague qui tue; Le Cryptogramme rouge; Le Spectre ; L'Evasion du mort; Les Yeux qui fascinent; Satanas; Le Maître de la foudre; L'Homme des poisons; Les Noces sanglantes) est paru entre novembre 1915 et juin 1916. Contrairement à Fantômas, et ses quatre suites (1913-1914), le film est bien une oeuvre, plus ou moins planifiée, et construite sur une histoire de combat acharné entre les forces du bien (D'honnêtes gens, journalistes, policiers, voire artistes ou anciens malfaiteurs repentis) et les forces du mal, qui font il faut bien le dire, tout le sel de cette saga, avec leur inventivité dans le crime, et leur cruauté sans pareil, décidément très cinégénique... Et le film va, volontairement ou non, se faire en filigrane l'écho des événements du front, bien que jamais une seule fois une allusion directe à la guerre ne transparaisse sur l'écran!

(Philipe Guérande (Edouard Mathé), reporter au "Mondial", livre une lutte sans merci contre la bande de malfaiteurs Les Vampires. Il est aidé en cela par son ami Oscar-Cloud Mazamette (Marcel Levesque), un ancien de la bande qu’il a persuadé de suivre le droit chemin et qui lui est très dévoué. Il ne ménage pas ses efforts pour contrer les agissements du Grand vampire, le chef de la bande (Jean Aymé), d’Irma Vep (Musidora), l’égérie des malfaiteurs, ou encore de Satanas (Louis Leubas), dangereux manipulateur d’explosifs, et Vénénos (Frédérick Moriss), le "maître des poisons"...

Les Vampires n'est pas le premier sérial Français : Victorin-Hyppolite Jasset avait réalisé les aventures de Nick Carter (1908) pour la compagnie Eclair. Avec la série Zigomar (1912), il avait poussé son expérimentation un peu plus loin en s’attachant non à un justicier mais bien à une bande de malfaiteurs. L’héroïne de Protéa (1913) était une femme, Josette Andriot incarnait une détective douée pour le déguisement. Après le succès des Fantômas, Les Vampires représente cette fois une tentative consciente et vaguement opportuniste de capitaliser sur le succès du genre serial. En particulier à cette époque, la noble Gaumont tentait de rivaliser avec la plébéienne Pathé qui distribuait alors les feuilletons américains (The Perils of Pauline distribué en France après le succès des films de Fantômas). Mais pour aller plus loin, le coté baroque des films de Jasset, la peinture d’une bande étendue de malfaiteurs unis dans le crime, avec leur hiérarchie et leur goût pour les armes, les techniques les plus diverses d’un côté et la volonté de donner un rôle important à une femme (comme cela avait été fait dans Protéa) d’autre part ont certainement joué un rôle dans la conception des Vampires.

Le mode de fonctionnement de la série tourne entièrement autour de quelques clous, comme on disait alors : évasion spectaculaire, meurtre élaboré, coup de théâtre... Par moments, on pourrait soutenir que le titre (La Tête coupée, La Bague qui tue...) est venu avant l’histoire, et c’est probablement souvent le cas, mettant en lumière une recherche de l’effet immédiat sur le spectateur. La narration, linéaire, est ancrée du point de vue de Guérande jusqu’au troisième épisode, lorsque Feuillade s’autorise à partir d’une scène qui montre la préparation d’un mauvais coup par les bandits, ce qu’il fera de plus en plus au fur et à mesure des épisodes. Une fois établies clairement les différences entre Guérande et les Vampires, il n’y a plus de barrière morale à montrer les agissements des malfaiteurs dans leur quotidien ! Le style visuel des Vampires est à la fois simple et direct, et repose souvent sur des images devenues depuis mythiques. Dans Les Yeux qui fascinent, Feuillade montre une séquence d’une grande beauté, d’un baroque assumé et qui louche clairement du côté du fantastique pur: les Vampires ont décidé de faire un gros coup et ont donné rendez-vous à toute la bonne société. Une fois la fête lancée, les Vampires se retirent, asphyxient tout le monde, et une fois chaque convive endormi dans la pièce sombre, deux portes s’ouvrent au fond du cadre dans lesquelles se détachent les silhouettes de vampires en collants noirs : les bandits vont pouvoir se servir sur leur victimes et les délester de tous leurs bijoux, portefeuilles et montres... La puissance onirique d’une telle scène doit beaucoup à l’incarnation trouvée par Feuillade pour le crime, le mal, le mystère, ces inquiétantes silhouettes qui échappent à toute rationalité (pourquoi d’ailleurs se grimer ainsi si les victimes endormies ou mortes ne risquent pas de reconnaître les bandits ?). Ces déguisements sont pour Feuillade aussi bien un geste artistique qu’un signe de reconnaissance, qu’une échappée de l’inconscient, surtout lorsqu’il joue de la silhouette sensuelle de Musidora, seulement habillée d’un collant plus que révélateur.

Guérande et Mazamette, les héros en titre du film, sont deux personnages bien différents l’un de l’autre. Deux archétypes, d'ailleurs: Edouard Mathé, le reporter, est un solide gaillard, droit dans ses bottes, qui avance du début à la fin sans jamais laisser le doute s’installer en lui. Il a une intelligence particulièrement aiguisée, le fruit d’années à lutter contre le crime, et a acquis une solide réputation grâce à ses enquêtes et reportages, ce qui fait de lui un notable. Ses entrées à la police, sa solide position de reporter-vedette, ses amitiés haut-placées (la danseuse vedette Marfa Koutiloff avec laquelle on lui prête une liaison, par exemple) font de lui un homme situé du bon côté de la loi et dans la bonne frange de la société. On ne peut s’empêcher de se dire qu’il doit être d’un ennui mortel... Il lui fallait donc un faire-valoir à la hauteur: Marcel Levesque deviendra une grande vedette après son interprétation d’Oscar-Cloud Mazamette, dont l’évolution dans le film trahit le côté instable, les ennuis économiques (un fils, parfois trois, à nourrir, un travail à trouver coûte que coûte) mettant en valeur son appartenance à une classe sociale défavorisée. Ici s’arrête la lecture socio-économique, car si Mazamette est dans le premier épisode un membre des Vampires, c’est certes par nécessité, mais c’est surtout parce que cela va bien servir le scénario: lorsque Mazamette habillé en Vampire découvre que l’homme prisonnier qu’on lui fait surveiller n’est autre que Philippe Guérande, qui a été bon avec lui, il n’écoute que son cœur et passe à l’ennemi. Désormais, le brave homme sera du côté de la loi, et trouvera du travail, avant de devenir riche à la faveur d’un épisode. Mais sa simplicité et son physique, ses constants clins d’œil au public font de lui un personnage burlesque qui allège les aspects sentencieux, pudibonds et ennuyeux de son copain Guérande, l’homme du monde qui vit chez sa mère jusqu’au cinquième épisode !

Jusqu’au quatrième épisode, la situation est relativement simple, renvoyant systématiquement à Guérande et Mazamette contre les Vampires... avant l’apparition de Juan-José Moreno. Celui-ci, interprété par Fernand Herrmann, est un bandit qui n’appartient pas à la bande des Vampires et qui va non seulement renouveler les combinaisons de scénario, mais aussi permettre de continuer à peindre les aventures des Vampires de l’intérieur sans pour autant risquer les foudres de la censure, la compétition avec Moréno devenant parfois plus dure encore que la lutte contre le vertueux Guérande.

La Gaumont, ainsi que Feuillade, allaient être accusés de faire l’apologie du crime avec cette série, depuis la vision fascinée d’un «Vampire» masqué qui échappait à la police en marchant lentement sur les toits de Paris, jusqu’à un final en forme de baroud d’honneur dans lequel ils luttaient jusqu’à la mort. Apologie, non, mais véritable fascination, la présentation du crime dans les films de Feuillade doit tout à une volonté innovante de synthétiser l’image du mal à travers des vignettes fortes qui ne sont pas réduites qu’à des concepts vagues. Une certaine idée de la liberté de faire ce qu’on n’a pas le droit de faire semble bien être ce qui différencie l’homme droit, vertueux et honnête (Philippe Guérande) et le Vampire : tuer, voler, enlever, menacer, hypnotiser, tirer au canon, se rendre complice d’une évasion spectaculaire, se faire passer pour d’autres... les figures libres du crime tel qu’il apparaît dans ces films ne manquent pas. Mais il ne s’agissait pas pour Feuillade de glorifier, juste d’exagérer le mal jusqu’à le rendre particulièrement "photogénique".

Produit en pleine guerre dans un studio qui menaçait de devoir tout arrêter, Les Vampires était sans aucun doute considéré comme un film économique pour la Gaumont. D'une certaine manière il représente comme une régression pour Feuillade. Mais celui-ci a eu tout le loisir d’y recycler des leçons de ses anciens films: Fantômas, mais aussi pour une large part les films sensationnels de La Vie telle qu’elle est, ou des sujets crapuleux comme Le Trust. Il a aussi pu y développer un style propre qui a eu une influence considérable sur d’autres cinéastes. Le côté "gratuit" des films a par ailleurs séduit les surréalistes et a beaucoup fait aussi pour la pérennité des Vampires. Pourtant, il m’apparaît quand même que le déroulement de la série obéit à une certaine rationalité. Il aurait sans doute été de mauvais augure de tout faire reposer sur un moment de suspense qui aurait certes mis tout le monde en haleine, mais pour Feuillade qui avait dû renoncer en 1914 à poursuivre la série de films qu'il avait imaginés autour de Fantômas, il devait être important de pouvoir retomber sur ses jambes à chaque fin d’épisode... L’improvisation a parfois été la règle, et certaines traces en restent dans le côté arbitraire de certains coups de théâtre: lorsque Jean Ayme, méchant en titre, a commencé à se comporter en star, on a purement et simplement tué son personnage (Les Yeux qui fascinent). Moréno, dans un premier temps, est un bandit opportuniste qui n’a aucune envergure mais beaucoup d’intelligence et de réactivité. Avec le bien nommé Les Yeux qui fascinent, il va devenir (par la grâce d’un intertitre) un homme inquiétant doué de talents particuliers pour l’hypnotisme, ce qui lui permet de pousser Irma Vep à tuer le grand Vampire, mais ce qui lui donnera aussi l’occasion d’enlever la jeune femme et l’attacher à lui... Les différents changements de "patron" des Vampires sentent eux aussi l’improvisation, ou une façon de rappeler à l’ordre les acteurs qui se sentiraient pousser trop d’importance. Une dernière trace de cette tendance à l’improvisation figure dans le recyclage sans vergogne d’un film inachevé tourné en Camargue, qui met en scène Renée Carl: pendant qu’Irma Vep va fouiller une chambre d’hôtel, son complice raconte une histoire qui tient tous les convives en haleine, permettant à Feuillade d’introduire son petit fragment de film.

On ne doit pas oublier que ce film profondément délirant (un quidam y menace les gens de son canon qu’il utilise pour couler un navire à distance; un stylo empoisonné est utilisé par une sexagénaire pour s’échapper alors qu’elle est retenue prisonnière, e tutti quanti...) a été réalisé pendant la guerre et devait probablement avoir pour mission, non pas de sauvegarder le moral des troupes mais bien plus de permettre une échappatoire à ses spectateurs. Néanmoins, le final de la série se devait aussi de montrer comment les honnêtes gens allaient savoir serrer les rangs devant une adversité rompue à tous les actes sadiques. Le dernier épisode, Les Noces sanglantes, survient après de nombreuses péripéties qui vont voir Musidora-Irma Vep passer de mains en mains, de bande (Vampires) en bande (Moréno). Mais il est intéressant de voir d’une part que Feuillade va faire en sorte que cet ultime chapitre se termine sur une action musclée des forces de l’ordre qui vont faire subir à la bande de Vep et Venenos le même type de traitement qu’eux-mêmes ont asséné à toutes leurs victimes : c’est lors d’une crapuleuse cérémonie de mariage que les policiers, emmenés par Mazamette et Guérande, vont massacrer les Vampires... je passe sur la description de l’assaut, surprenant par son côté expéditif, que vous pourrez aller voir par vous-mêmes dans le film. Il est troublant de voir que Fritz Lang s’en est probablement inspiré pour son final de Dr Mabuse der Spieler, six ans plus tard. Mais surtout, Guérande et Mazamette ont déployé les grands moyens pour une raison bien précise : deux femmes ont été enlevées. L’une (Jane-Marie Laurent) est la jeune épouse de Philippe Guérande, l’autre (Germaine Rouer) une jeune veuve (son mari, le concierge de la famille de la jeune Mme Guérande, a été empoisonné par les Vampires !) que convoite le sentimental Mazamette. Seule survivante de l’assaut, Irma Vep passera quelques minutes seule avec les deux femmes, dans la cave où elles ont été emprisonnées, les tenant en son pouvoir du moins le croit-elle. Quand Guérande et Mazamette arriveront, il sera trop tard: l’une des trois femmes sera morte. Pour ce final sans doute planifié, Feuillade abat ses cartes et, comme Lang quelques années plus tard, fait intervenir pour terminer son film la cave sombre d’une maison assiégée, trois femmes livrées les unes contre les autres, des héros fondamentalement impuissants à y faire quoi que ce soit, et un destin scellé dans le crime... Un final qui non seulement offre à la Gaumont une revanche musclée des forces de l’ordre sur les nombreux crimes des Vampires, mais aussi un message subliminal sur l’importance des femmes dans ce film hors du commun, qu’elles soient honnêtes ou criminelles.

Les Vampires a sans aucun doute révolutionné, voire recréé le cinéma de genre en France, et pas seulement. Nombreux sont les films de Lang, par exemple, qui renvoient aux canevas de rêve éveillé des Vampires, aux associations de scènes mises bout à bout qui forment un excitant parcours du combattant dans l’inconscient : Ministry of fear et son improbable itinéraire vécu par un Ray Milland en proie aux espions, sous toutes les formes les plus inattendues, se situerait assez bien dans la continuité des Vampires. Feuillade a libéré un cinéma assez conservateur de ses réserves dans la peinture du crime en action. Il a su créer des signes cinématographiques (là encore on s’en voudrait de ne pas penser à Lang ou Hitchcock) grâce à Irma Vep, grâce à Moréno et ses « yeux qui fascinent ». Le film à épisodes a aussi contribué à capter de façon sûre l’esprit d’une époque, non dans son art officiel et consacré mais dans ses plaisirs coupables, à l’instar de ces scènes situées dans le beuglant ou les Vampires se retrouvent pour écouter les imprécations de la chansonnière Irma Vep avant de descendre à la cave pour y regarder les mêmes danses des Apaches (un homme et une femme qui miment la comédie de l’amour brutal !)... Bien sûr, pour la conservatrice Gaumont et le royaliste Feuillade, toutes ces canailles sont une incarnation populaire du mal, généralement situé du côté de la racaille et du bas peuple. Mais Feuillade a aussi su, grâce à Mazamette qui est lui aussi un travailleur, éviter de dépeindre un univers trop manichéen. Et si Guérande est toujours du bon coté de la police, un représentant typique de la bourgeoisie, il est aussi amené dès le premier épisode à faire face à une police qui ne souhaite pas lui accorder le temps qu’il mérite (La Tête coupée). En revanche, il se rend compte de la facilité qu’ont les Vampires d’infiltrer la bonne société, justement... Tout en ménageant les couches les plus conservatrices de la société de 1916, Feuillade introduit comme en contrebande une vague idée de corruption de la société Française. Ce qui débouchera avec Judex, le serial suivant, sur une plus grande implication de la Gaumont pour une vision beaucoup plus tranchée du monde!

Enfin, comment ne pas voir que dans ce film, les méchants ont accès à un arsenal de la plus grande modernité? Masques à gaz, poisons élaborés, canons spectaculaires, et les Vampires sont organisés comme une armée... En creux, dans son portrait d'une époque, Feuillade n'a pas oublié de faire passer l'idée d'une guerre qui décidément, s'attardait... En attendant, Les Vampires est un authentique chef-d’œuvre, né par hasard d’une volonté de faire du cinéma au rabais... On aurait envie de dire que c’est raté, tellement la supériorité de ce film à épisodes sur tant de ses contemporains est évidente.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade 1916 **
28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:48

Un an après L'abîme, ce nouveau film de Urban Gad avec Asta Nielsen déçoit. On quitte l'intrigue filmée dans les rues de Copenhague, et ses audaces fulgurantes d'érotisme pour suivre des acteurs un rien ampoulés de salon en salon, mollement engoncés dans une intrigue bourgeoise, plate et ridicule. Asta Nielsen y interprète une talentueuse écuyère courtisée par à peu près tout le Danemark, qui refuse les avances d'un riche bijoutier (Gunnar Helsegreen) mais se jette (Littéralement) dans les bras du Comte Von Waldberg (Valdemar Psilander). Le bijoutier, Hirsch, ne s'avoue pas vaincu et revient à la charge, par la ruse plutôt que par la séduction... Il va piéger les deux amoureux, et le drame va, bien sur, finir mal, très mal pour la belle artiste.

Le film est donc un retour à du tout-venant après la réussite de leur premier film, mais Asta Nielsen, malgré tout, tire plutôt bien son épingle du jeu. Certes, la subtilité ni la retenue n'ont jamais été son fort, mais elle se bat avec une belle énergie, pendant que Gad, comme s'il prenait ses distances avec le film (Au scénario duquel il a pourtant contribué), tend à éloigner sa caméra, et créer au moins dans des scènes qui sont souvent réduites à un tableau, un semblant de vie. Mais une scène frappante lui permet d'élever un peu le débat: un miroir nous frappe par son omniprésence, pendant que dans le bureau du bijoutier, Stella vient le voir. Le miroir nous est encore plus évident lorsque Gad l'utilise pour prolonger le décor de son intrigue, et sert enfin au bijoutier lui même qui voit dans le miroir, la jeune femme qui lui dérobe des bijoux derrière son dos! Et dans la même scène, un insert vital permet à Gad d'aller plus près des acteurs qui jouent tous deux une scène avec une certaine duplicité... Quant à Asta Nielsen, elle continue à impressionner par l'aisance physique avec laquelle elle joue des séquences entières, comme une scène durant laquelle elle doit empêcher son petit ami de se suicider... Elle y met tout son coeur, peut-être pas de quoi rattrapper le film, mais c'est toujours ça de pris.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/den-sorte-drom

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Published by François Massarelli - dans Muet Asta Nielsen 1911 DFI Urban Gad *
26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 08:34

1600: Orlando (Tilda Swinton) est un homme, personne ne peut en douter... C'est donc sous la ferme mais tendre houlette de la vieillissante Elizabeth que le jeune homme s'installe dans la vie, avec une carrière prometteuse comme seuls les nobles peuvent en rêver; la reine lui accorde le droit de garder son chateau et son héritage toute sa vie, pour lui et ses héritiers, à condition qu'il ne vieillisse ni ne s'étiole jamais...

C'est comme si c'était fait...

Pourtant, tout va mal aller: Orlando végète, ne va prendre que les mauvais raccourcis, les mauvaises décisions, se laisser aveugler par l'amour de la belle Sasha (Charlotte Valandrey), et devenir le jouet des hommes qu'il croise, exploitant systématiquement sa gaucherie. A tel point qu'un jour, dans sa longue vie, puisqu'il est immortel, il se réveille une femme. Du coup, on ne lui demande plus les mêmes choses... Mais on ne lui reconnait pas non plus les mêmes droits, puisqu'il est une femme, et qu'en plus selon toute vraisemblance il, ou elle, devrait être mort (e)...

Voilà un film bien intrigant, adapté d'un roman de Virginia Woolf, qui questionnait de façon humoristique par ce conte extravagant d'un homme qui non seulement ne vieillissait pas, sans vraie explication, mais en prime se changeait à sa grande surprise en femme d'un jour sur l'autre! Et Sally Potter ne cherche pas à nous donner plus d'explication, laissant le film passer par la non-narration subtile d'une Tilda Swinton parfaite de bout en bout, qui s'identifie en narratrice à plusieurs reprises par des regards lourds de sens, appuyés, à la caméra.

Ce faisant, Orlando prend possession du récit, et un final en forme de vraie conclusion nous permet de mener cette appropriation à un point satisfaisant. En attendant, Sally Potter s'est bien amusée, a utilisé avec adresse des décors généralement superbes, et a bien profité du paradoxe d'Orlando pour faire passer subtilement des idées un brin féministes, sans trop forcer la dose. Et elle remercie Michael Powell, une preuve de bon gout, mais justifiée: d'une part, le vieux cinéaste (Décédé en 1990) lui a apporté son soutien durant la phase de préparation du film, d'autre part, elle cite ouvertement plusieurs films du maître: Gone to earth, The life and death of Colonel Blimp (Dont l'héroïne interprétée par Deborah Kerr, pâle et rousse, incarnait déjà l'éternel féminin constamment réincarné) entre autres...

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Published by François Massarelli - dans Le coin du bizarre