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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 09:37

Au milieu du XIXe siècle, un capitaine Américain (William Boyd) reçoit la mission d'aller chercher du thé à convoyer vers les Etats-Unis, et du même coup va être amené à entrer en compétition avec un bateau Anglais: le Lord of the isles a été conçu précisément pour permettre à la reine Victoria (Julia Faye) de réaffirmer la souveraineté naturelle de l'empire britannique sur les eaux mondiales. En acceptant le défi, le capitaine prend un gros risque: son Yankee Clipper est de conception nouvelle, peut-il résister aux conditions difficiles dans lesquelles il va courir? Parallèlement, une jeune Anglaise (Elinor Fair) doit se marier avec un lord véreux (John Miljan), mais par une coïncidence malencontreuse les deux futurs époux se retrouvent coincés sur le Clipper, et le capitaine n'est pas indifférent à la jeune femme, d'autant qu'il sait que son promis est un moins-que-rien...

Deux beaux voiliers, une course amicale, un capitaine flamboyant, un enjeu sentimental, et bien sur une tempête: comment voulez-vous que ça échoue? Mais le doute est permis: on est en 1927, et l'heure est plutôt au film d'art qui rivalise de prouesses photographiques qu'au film d'aventures... Pourtant le film fait mouche, grâce à un refus de trop se prendre au sérieux. A la base, DeMille avait monté cette production pour en effectuer lui-même la réalisation, mais accaparé par d'autres projets (Nommément, The king of Kings, certainement son film le plus ambitieux jusqu'alors) a finalement choisi d'en livrer clés en mains la direction à un réalisateur chevronné sinon génial, ce brave Rupert Julian. Et celui-ci, débarrassant ses huit bobines de tous les excès qui en auraient fait un DeMille picture, se concentre sur l'essentiel: il tourne une dose raisonnable du film dans des conditions proches de l'histoire, donne à voir une Chine certes de pacotille, mais suffisamment crédible pour le coup, et joue sans exagérer la carte du mousse pittoresque (Jackie Coghlan, sur lequel l'ombre d'un autre Jackie passe parfois...), qui lui permet de dégonfler un peu la baudruche de capitaine interprété tous yeux bleus et toutes bouclettes dehors par Boyd. Le film acquiert de l'humour, garde toute son énergie, et la tempête promise vaut le détour! On attendait pas Julian aussi à l'aise sur ce terrain, même aussi à l'aise tout court, c'est donc une bonne surprise...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Cecil B. DeMille Rupert Julian *
12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 17:02

1903: La famille Smith vit à St Louis, Missouri; la ville se prépare à accueillir une exposition universelle afin de fêter le centième anniversaire de l'achat de la Louisiane par le président Jefferson. Mme Smith (Mary Astor) et ses cinq enfants vivent leur insouciante vie de tous les jours: éudes, sorties, et surtout pour Esther (Judy Garland) et Rose (Lucille Bremmer), les garçons. Rose "se fait vieille", Esther dixit, et cette dernière a de son côté des vues sur John, le "garçon d'à côté" (The boy next door). Tout irait pour le mieux en attendant fébrilement l'exposition qui vient six mois plus tard, s'il n'y avait un détail navrant: le père (Leon Ames) se voit offir un poste prestigieux à New York, il va donc falloir dire adieu à tout cet univers...

Il y a un avant et un après Meet me in St Louis, autant pour Minnelli que pour Judy Garland, que pour le monde de la comédie musicale... Le film est une production spectaculairement éloignée aussi bien des canons de la comédie musicale établis dans les années 30, que des films standardisés qui entremêlent le musical vite fait et la comédie familiale à la MGM depuis la fin des années 30. Judy Garland, à l'exception de The Wizard of Oz, s'est surtout illustrée dans ce dernier genre et va trouver avec cette superproduction fabuleuse une nouvelle opportunité d'évoluer et de faire montre de son talent; quant à Minnelli, c'est son troisième film, et il semble avoir trouvé un style parfait auquel il reviendra occasionnellement. Et surtout, il a tourné un film en couleurs, qui a tout du chef d'oeuvre définitif...

Parallèlement à ce film, tout un pan du cinéma des années 40 va aussi revenir à cette période du début du vingtième siècle: Walsh tourne The Strawberry Blonde (1941) et Gentleman Jim (1942) à la Warner; Lubitsch sort son fantastique Heaven can wait en 1943. Michael Curtiz reviendra à la charge avec Life with father en 1947. Mais Meet me in St Louis semble trôner au milieu de tout ça, affirmant avec génie une sorte de croyance en une éternité du bonheur, à la portée de la main pour toute personne en ce début de siècle. Peu importe, paradoxalement, que nous sachions aujourd'hui ce que Minnelli et son équipe savaient en leur temps, que le bonheur est de courte durée, et que le monde ne tourne pas vraiment rond... le film nous invite avec esprit à profiter du moment, et le fait d'une manière définitive... Les chansons, intégrées finement à l'action, sont autant de chefs d'oeuvres: The trolley song, The boy next door (Martin/Blane), servent essentiellement l'intrigue sentimentale autour du personnage d'Esther (Judy Garland); Have yourself a merry little Christmas (Martin/Blane) sert de point d'orgue au drame familial de la nécessité de déménager, mal vécue par tous les enfants de la maison; le film utilise aussi d'un grand nombre de chansons et d'airs d'époque pour se glisser dans la période. le plus évident, servant de fil rouge, est Meet me in St Louis, Louis (Mills/Sterling): la chanson a été justement écrite afin de marquer l'année de l'exposition.

On verra, à la fin, un peu de la fameuse foire tant attendue par toutes et tous. Mais la caméra s'éloigne afin de laisser les Smith et leurs amis profiter tranquielles de cette célébration. Au mmoment ou le film se finit, les lumières de la foire s'allument, sur une impression d'éternité à portée de la main... Film familial par essence, narration prenante et irrésistible, il n'y a pas à tergiverser: c'est l'un des meilleurs films de Minnelli, et ça ne vieillira jamais...

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Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli
11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 18:03

Un homme sur le point de se marier détruit par mégarde le chapeau de paille d'une dame. Celle-ci avait en effet posé son couvre-chef sur un buisson le temps d'aller se faire lutiner dans les fourrés par un beau militaire, et notre héros (C'est Albert Préjean) n'a pu empêcher son cheval de croquer le rebord... C'est le point de départ pour le futur marié, Jules Fadinard, d'une rude journée! Nous sommes en 1895, et le beau militaire dont il était question est du genre plutôt ombrageux, il lui semble important de sauver l'honneur de sa belle, qui est bien sûr mariée à un autre, et cet autre aura sans doute à coeur de demander des explications quant à l'état du chapeau. Fadinard va donc devoir, d'une part, se marier, et de l'autre récupérer un chapeau similaire afin d'éteindre l'incendie, et de calmer le lieutenant Tavernier, qui menace de tout casser chez lui... Littéralement. La noce se déroule donc pour Fadinard dans une ambiance particulière, le temps presse, et le moindre détail peut faire basculer la situation...

Après La Proie du Vent, Clair a trouvé la perle rare: une adaptation de la pièce d'Eugène labiche, mais au lieu de la situer en 1851, il a l'idée de la transposer en 1895, créant ainsi une possibilité d'hommage au cinéma. Et ce film, de fait regorge d'idées visuelles fantastiques! Le metteur en scène ne se contente pas de filmer la pièce, et suit ses personnages dans tous leurs périples, tout en démultipliant l'espace filmique par le recours au point de vue de son héros. Nous avons vu, nous, l'incident initial, situé en pleine nature. Mais lorsque Fadinard le raconte, il devient un film-farce de 1905, tourné en décor peint avec les acteurs qui gesticulent comme dans les films Pathé de Ferdinand Zecca... Lors du bal de mariage, Fadinard sourit à qui veut bien le regarder, mais il passe son temps à imaginer les dégâts commis par le lieutenant dans son appartement. et Clair s'amuse avec la cadence de défilement des images, les meubles sortant au ralenti, jetés par un lieutenant Tavernier qui lui gesticule à toute vitesse!

Et durant tout ce temps, chaque acteur a un vrai rôle, certains étant prisonniers d'un petit détail, un problème de cravate, des chaussures trop petites ou trop grandes... tous vont porter ce problème jusqu'au bout, dans une narration qui passe sans effort du premier plan (Fadinard et les risques qu'il prend pour sauver la réputation et ses meubles!) au second (Les invités qui s'imbibent, le beau-père et ses chaussures trop petites, l'invité qui a perdu son gant, le mari de la femme adultère, joué avec génie par Jim Gérald).

La réussite de ce film, l'un des meilleurs jamais réalisés à la firme Albatros, et l'un des deux meilleurs films de René Clair qui à mon sens aura tout dit à l'arrivée du parlant 3 ans après, me fait immanquablement penser à l'univers d'Hal Roach, et en particulier aux courts métrages interprétés par Charley Chase, auquel d'ailleurs Préjean fait physiquement penser: il a aussi le même souci de respectabilité, pris comme argent comptant, et y est aux prises avec les aléas d'une situation qui n'en finit pas d'être embarrassante. On n'aurait pas cru que le théâtre de boulevard puisse donner naissance à une telle merveille, éminemment cinématographique.

 

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Published by François Massarelli - dans René Clair Albatros Muet 1927 *
11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 17:38

Ca fait belle lurette que Ridley Scott fait des films divisés en deux: d'une part, une histoire qui fonctionne comme elle peut, et déroule un univers dans lequel on peut puiser matière à création, et de l'autre, justement, le développement d'un univers dans tous ses moindres détails, qui fera bondir les spécialistes, historiens, maniaques et vraisemblants de tout poil, arguant du fait que telle épée utilisée par tel personnage ne pouvait exister à telle époque. Entre ces deux visages d'un film, Scott a depuis longtemps (Depuis le début en fait, dès les Duellistes) choisi de privilégier le second. Et rien ne semble plus lui plaire que de reconstituer une époque particulière à sa façon, voir à ce sujet Gladiator, Kingdom of heaven Robin Hood. Alors bien sûr certains s'attacheront à l'intrigue, et c'est là que le dernier film du metteur en scène pose un sacré défi... En effet, que penser de Scott s'attaquant à une épopée biblique, lui qui a plutôt bien démontré, avec Kingdom of heaven, sa méfiance vis-à-vis du religieux, et sa volonté de donner la parole à ceux qui ont justement perdu la foi! Alors, un remake des Dix commandements par l'auteur de Hannibal, forcément, ça pose des questions...

Si on ne va pas s'appesantir sur l'utilité d'un remake, si on peut d'ailleurs dire que les deux premières versions signées Cecil B. DeMille sont déjà navrantes dans l'ensemble, cette version a permis à Scott de se poser une fois de plus en esthète concepteur de mondes, et sa vision gourmande de l'Egypte de Ramsès est une fort belle chose. Sa vision des sept plaies d'Egypte est elle aussi un grand moment du film, d'autant que le metteur en scène a tenté de débarrasser le film d'une grande proportion de sa superstition: et le plus étonnant, c'est sans doute la façon dont il se plait à faire de Moïse un jouet de Dieu, parfois franchement réticent devant la façon dont les égyptiens, qui sont à l'origine le peuple dans lequel il se reconnait, vont avoir à souffrir du châtiment divin. En filigrane, devant un film qui en apparence se prête au jeu de l'épopée biblique avec son lot de spirituel mis au gout du jour afin d'accommoder la dose obligatoire de scènes d'action, on finit par se trouver face à une réflexion amère sur la façon dont l'homme devient facilement la proie du doute devant la divinité, transformé en jouet pour un être trop puissant, et peu enclin à la magnanimité. Enfin, comment oublier que dans un film comme celui-ci on attend de pied ferme le passage de la mer rouge! Scott réussit presque à en donner une version réaliste... J'ai dit "presque".

Quant à la polémique dont a été victime le film, on tourne en rond; reprocher le choix des acteurs à Scott qui aurait fait un film par trop Anglo-saxon, commettant de fait une faute ethno-centriste, est ridicule: chaque film de ce genre est de toute façon irrémédiablement daté dès sa sortie. Revoyez aujourd'hui Golgotha (Duvivier, 1936) et son Ponce Pilate incarné par Gabin, ou Charlton Heston en Moïse dans The Ten Commandments (1956) , voire Theodore Roberts dans la version de 1923... revoyez le quadragénaire H.B. Warner en Jésus dans King of Kings pour rester à Cecil B. DeMille... Tous ont l'air d'être un mauvais casting, pourtant tous ces films sont bien meilleurs que la Passion de Mel Gibson, interprétée en Araméen afin de se conformer à la vérité historique, mais qui vire dans l'antisémitisme navrant comme le premier Le Pen ou Dieudonné venu... Non, pour résumer, Exodus était sans doute plus une commande qu'autre chose pour l'auteur de Blade Runner, mais ça se laisse voir, et le vieux mécréant s'est manifestement bien amusé...

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 07:18

Le temps passe, et la perception des films change... Lors de sa sortie, ce film de fiction assez exceptionnel par ses choix (Pas de langage compréhensible, des 'costumes' limités à un strict minimum, et une tentative rationnelle de placer les acteurs dans des conditions aussi proches que possible de l'action) bénéficiait des recherches de plusieurs éminents spécialistes: Anthony Burgess, le linguiste, a fourni clés en main des notions de langage basées sur plusieurs indices sensés, et le zoologue Desmond Morris a livré pour sa part les clés d'un comportement proto-humain qui faisait sens. Le film n'est en aucun cas une oeuvre de vulgarisation scientifique, mais bien une fiction basée sur le roman de J.H. Rosny, ce qu'il convient de rappeler pour des raisons évoquées plus loin...

Dans notre monde, en pleine préhistoire, une tribu de pré-humains rassemblés autour des mêmes peurs, et conservant jalousement le feu, est attaquée par un groupe d'hominidés violents et plus forts qu'eux. Chassés de leur grotte, ils se réfugient sur une île, ou ils vont très vite constater l'étendue des dégâts: non seulement plusieurs d'entre eux sont morts, mais ils ont aussi perdu le feu, et ne savent pas comment en faire. La décision, pas unanime, de confier la recherche d'une source de feu à trois d'entre eux est prise, et les trois hommes partent ainsi en quête: Everett McGill, Ron Perlman et Nameer El-Kadi sont donc désignés. En chemin, ils vont rencontrer pas mal d'embuches: lions, mammouths, autres tribus hostiles voire cannibales, mais aussi une peuplade inconnue, nettement plus avancée, qui va leur apprendre trois choses essentielles: rire, utiliser des armes conçues pour tuer plus surement qu'une massue, et surtout... Faire du feu. Plus personnellement, l'un d'entre eux va découvrir aussi de nouveaux sentiments grâce à sa rencontre avec une jeune femme de cette tribu (Rae Dawn Chong), qu'ils vont sauver de la mort.

Annaud a réussi son film d'une manière éclatante, et il se voit encore aujourd'hui avec fascination, tant la clarté de l'intrigue et des comportements fait sens du début à la fin. Les émotions, essentielles en particulier pour les quatre héros, sont évidentes et parfaitement rendues, nous permettant de suivre sans aucun souci l'intrigue. Ce qui fait problème aujourd'hui, c'est bien sûr la rigueur scientifique vue par ceux que Hitchcock appelait d'un ton résolument moqueur "les vraisemblants", les gens qui vont s'attacher à certains détails d'un film pour en contester l'intelligence, puisque la vraisemblance n'y est pas. C'est particulièrement vrai avec ce film, qui mêle d'une certaine façon quatre époques bien différentes de l'humanité à travers quatre groupes d'humains ou d'hominidés aux stades d'évolution (Aussi bien physique que comportementale) bien différents... Par ailleurs, il charge un peu trop la barque pour l'animalité de la tribu des héros. Si le but était d'en faire des homo sapiens proches de nous, ils se font sérieusement coiffer au poteau par le tribu plus évoluée dont vient l'héroïne.

Et alors? Reproche-t-on à Guillaume de Baskerville de n'avoir pas existé? Ce film se présente comme une fiction, pas autre chose, et la naïveté de l'ensemble n'enlève rien au fait que c'est, décidément, toujours aussi touchant 30 ans après... Le voyage initiatique vécu par les trois grands dadais est captivant et la supériorité émotionnelle et intellectuelle d'une femme incarnée avec une énergie phénoménale par Rae Dawn Chong fait plaisir à voir. Surtout que depuis ce film, on a pu voir 10 000, de Roland "Ach!" Emmerich, qui retourne à l'âge de pierre des pin-ups à gros seins des films des années 60. La Guerre du feu a au moins tenté une approche, sinon scientifique, au moins sensée, et à la logique comportementale avérée, qui nous conte à sa façon condensée, le merveilleux de l'évolution.

 

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Published by François Massarelli - dans Groumf Yum yum Annaud
8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 14:37

Ce film rare, méconnu et... à tout petit budget s'inscrit dans une série de téléfilms commandés par la chaîne Showtime à des grands noms du grand écran (William Friedkin, John Milius, entre autres, figurent parmi les réalisateurs aux côtés de Dante), avec pour consigne de se situer dans les années 50, et de montrer des adolescents en rebellion à travers des remakes de films de série B de la période. Fidèle à sa tradition, Dante multiplie les références au cinéma, en faisant des parents de l'une des adolescentes des propriétaires d'un drive-in qui passe d'abominables nanars (L'une des affiches de film présentes dans le hall de l'établissement est bien sûr celle du film original Runaway daughters, d'Edward Cahn). Le film commence par un clin d'oeil affectueux de Dante, puisqu'on est plongé dans un film de loup-garous fifties, plus vrai que nature...

Mary (Holly Fields), Angie (Julie Bowen) et Laura (Jenny Lewis) vivent dans un trou perdu, au moment ou les Russes viennent de rendre public le lancement du Spoutnik, qui tend à bouleverser l'Amérique. Mais les trois adolescentes sont surtout concernées par les garçons, avec lesquels elles sortent souvent, mais dont les mains baladeuses ne trouvent pas auprès des jeunes femmes la même résistance. Laura est totalement réfractaire et le fait bien savoir; Mary se défend tant bien que mal, au grand désespoir de son copain Bob. Quant à Angie, elle tend à prendre les devants, avec son petit ami Jimmy (Paul Rudd), un vrai voyou certes, mais avec une morale. Mais Bob réussit à manipuler Mary tant et si bien que celle-ci... est enceinte. Bob, en l'apprenant, s'enfuit pour San Diego, où il va profiter de l'ambiance de paranoïa anticommuniste pour s'engager dans la marine. Les trois filles décident de simuler un enlèvement, et partent à sa poursuite afin qu'il ne laisse pas tomber Mary dans sa situation délicate. Elles vont rencontrer beaucoup de gens sur le chemin, dont des serial killers, des policiers corrompus, des miliciens d'extrême droite... Pendant que leurs parents décident devant l'inefficacité de la police de faire appel à un détective privé.

Bien sûr, on est bien devant un petit film à budget fort limité (Les génériques le trahissent, ainsi qu'une animation de spoutnik très indigente...), ce qui n'a rien détonnant quand on se souvient qu'à cette époque, seule HBO soignait vraiment la forme dans la télévision Américaine, avant que le succès de quelques séries ne pousse enfin les studios à quelques efforts. Mais on est aussi dans l'univers typique de Joe Dante, son Amérique profonde, ses gens certes butés mais montrés avec une réelle tendresse. Les préoccupations sont systématiquement soit totalement triviales, soit délirantes, entre le degré de tripotage acceptable et le risque posé par le Spoutnik! Et le film épouse une structure assez proche de celle de Matinée, dont les personnages semblaient obsédés par la menace de la Baie des Cochons. Dante ne se lance jamais totalement dans la comédie, préférant laisser les personnages s'exprimer dans leur premier degré, avec un respect notable. Mais ici, il manque un peu d'ampleur au film pour vraiment atteindre son but; il est probable que ce téléfilm est plus intéressant lorsqu'il est vu en compagnie des autres films de la série, tant on a l'impression d'assister bien plus à un brouillon, voire une copie de travail, qu'à une oeuvre achevée.

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante
6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 17:09

Avant-dernier film muet de Clair et troisième (Sur quatre) production des sutudios Albatros, La tour n'est peut-être qu'un court métrage fort anecdotique aujourd'hui, le genre de film désormais destiné à être présenté sous forme de bonus sur un DVD, ce qu'il est d'ailleurs (Sur le disque consacré au Chapeau de paille d'Italie chez Flicker Alley), c'est quoi qu'on en dise un film très personnel pour René Clair. Il l'a dit, d'ailleurs, il sentait devoir retourner à la grande dame tout en fer qui trône au beau milieu de Paris depuis le tournage de Paris qui dort, son premier film... Il avait seti comme une certaine frustration de ne pas pouvoir consacrer plus de pellicule à l'évocation de cet audacieux édifice, dans la mesure ou le film avait une histoire à raconter. Donc avec La tour, en 1928, il a les coudées franches, et l'Albatros le laisse faire. Il en résulte un poême cinématographique intrigant, mais d'une logique documentaire assez implacable. Pas de prétexte dadaïste ou surréaliste ici, rien que des vues motivées par une tentation de montrer la Tour sous l'angle d'une flânerie: une introduction faite de quelques images montées un peu à la façon de l'avant-garde, un rappel historique de la construction avec documents et photos d'archives, puis une visite, du bas vers le haut, puis du haut vers le bas... Ni plus, ni moins...

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Published by François Massarelli - dans René Clair Muet Albatros
6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 16:52

René Clair est encore un peu un amateur après ses quatre premiers films: Paris qui dort est un moyen métrage bricolé, Entr'acte un exercice de style vampirisé par l'esprit Dadaïste, et Le Voyage Imaginaire et Le fantôme du Moulin rouge, aussi sympathiques soient-ils, sont des fantaisies qui tirent un peu à la corde. La proie du vent, en revanche, est une commande de la compagnie Albatros au jeune cinéaste, basée sur un scénario qu'il a écrit, mais qui se doit de rester fidèle au roman d'origine, L'Aventure amoureuse de Pierre Vignal d'Armand Mercier. Charles Vanel, dans le rôle de l'aviateur perdu Pierre Vignal, s'y retrouve suite à une tempête dans un mystérieux château où une jeune femme prétend être séquestrée. Le héros décide de passer outre son attirance pour la châtelaine (Lillian Hall-Davis, qui tentait alors une carrière internationale) et d'aider l'infortunée prisonnière (Sandra Milowanoff)...

Un film de René Clair muet, c'est forcément intéressant, même si la fantaisie absurde si chère au cinéaste est absente de ce poème visuel. De toute façon, il laisse encore et toujours l'image et le mouvement primer sur le verbe, et si le scénario est très moyen, l'interprétation est extrêmement convaincante. Vanel prête tout son côté ombrageux au pilote qui ne sait pas vraiment à qui se fier, entre les deux femmes qui l'entourent. Et le spectateur, qui en sait juste un peu plus, grâce à un prologue trompeur, est bien obligé de céder à son point de vue: on sait que la prisonnière a été séquestrée lors d'une guerre, que son mari, Jean Murat) présent au château, a été libéré avant elle, mais que les codétenues lui ont dit que cette libération était louche. Quel jeu joue la châtelaine? Quel jeu jouent le mari, et le mystérieux docteur Massasky (Jim Gérald)?

On est en 1926, et Hitchcock n’a pas encore accompli son long parcours au pays du suspense et du point de vue, mais ce sont des éléments que le cinéma explore déjà et René Clair n’est pas en reste : dans ce film, il y a des effets de suspense, de fort belle tenue (sans parler d’une situation alambiquée qui rappelle un peu Notorious, à moins que ce ne soit que mon impression!), et un passage de l’autre côté du miroir qui s’effectue par le jeu du point de vue : Vanel comprend que quelque chose se trame entre la châtelaine qui l’attire, et le beau-frère de celle-ci qui garde ses interventions au château furtives. Clair fait passer les choses en utilisant en apparence le regard Vanel regardant une fenêtre illuminée, occupée par deux personnes dont il ne fait que deviner la présence; pourtant la séquence nous présente plus sûrement un rêve, dans lequel le personnage va trouver de quoi alimenter ses doutes, ainsi qu’une rocambolesque confrontation avec le beau-frère, armé. La scène est introduite et conclue par le même mouvement de caméra, mais inversé : on s’approche de la fenêtre, on en repart… L’utilisation du point de vue est ici magistrale.

Et puis Clair utilise à merveille la ressource de ses acteurs: Vanel va plus loin dans ce film que son personnage ombrageux habituel, il est un homme partagé entre le désir et une cause perdue; entre deux femmes donc, dont Clair s'amuse à brouiller l'impression qu'elles donnent au spectateur: si Lillian Hall-Davis joue la douce châtelaine et Sandra Milowanoff la soeur folle, cette dernière finit par nous convaincre tandis que l'autre installe une ambiguité... qui une fois de plus tient du point de vue de Pierre Vignal. Enfin, personnage essentiel mais toujours filmé de loin, Jim Gerald compose une silhouette rendue inquiétante de médecin louche, inquiétant parce qu'on ne va jamais vraiment le voir, et rendu plus étrange encore par le choix de s'être rasé la tête: à mille lieues de ses compositions de grosse brute dans les deux films suivants de René Clair...

Le jeu des acteurs et la gestion par René Clair de cette histoire constamment sur le fil entre rêve et réalité (D'ailleurs situé au-delà d'un long voyage, pour lequel l'aviateur Vanel a dû traverser les nuages...), font qu’on râle un peu quand on lit une critique contemporaine du film qui nous dit qu’une bonne part de ce film consiste essentiellement à montrer des gens bien habillés dans une vaste demeure richissime. Du coup, on applaudit à tout rompre lorsque tout à coup Vanel se décide et se précipite sur la châtelaine... dans le rêve. Mais il y a aussi, vers la fin, une jolie poursuite en voiture... Et enfin, on se réjouira surtout que cet exercice de style extrêmement soigné ait permis au cinéaste d’expérimenter en dehors de son cadre habituel (pour un type de film dramatique auquel il ne reviendra jamais) et ensuite de faire ce qu'il voulait dans ses deux films suivants: deux chefs d’oeuvre, tous deux tirés de classiques du théâtre populaire, Un chapeau de paille d’Italie (1927) et Les deux timides (1928).

 

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Published by François Massarelli - dans Muet René Clair Albatros 1926
4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 10:50

Ray (Tom Hanks) a sans doute trop travaillé, et il a pris une semaine de repos avec l'intention bien claire de ne rien faire. Mais alors rien... Et comme James Stewart dans Rear Window, mais avec la mobilité en plus, il observe inévitablement ses voisins dans leur vie de tous les jours, ce qui désole son épouse Carol (Carrie Fisher). Mais dans ce qu'il voit, il y a surtout un problème: leurs nouveaux voisins, les Klopeck, que personne n'a jamais vu, qui un jour ont remplacé le couple de retraités qui vivaient avant dans leur vieille bâtisse toute vermoulue... Ils font des bruits étranges, ils ne se sont pas présentés ce qui est une faute de goût dans toute banlieue qui se respecte... Le mystère va s'épaissir avec la disparition soudaine d'un autre voisin, Walter, mais aussi avec la découverte d'un fémur par un chien, juste sous la palissade qui sépare la maison de Ray de celle des Klopeck. Ray, son copain Art (Rick Ducommun) et le vétéran du Vietnam Mark Rumsfeld (Bruce Dern) mènent l'enquête, avec de biens piètres résultats...

Dans la longue, tumultueuse et étonnante carrière de Dante, The 'Burbs se situe entre sa participation à Amazon women from the moon, le film à sketchs de John Landis (Intitulé Cheeseburger film sandwich dans notre pays, et ce titre franchouillard est probablement ce que le film a de meilleur) et le long métrage controversé et haï par lequel il a tout perdu, Gremlins 2: The new batch. On peut considérer que The 'Burbs est l'aboutissement de sa carrière de réalisateur, même si les avis sont lourdement partagés. Avec son pedigree étrange, un tiers parodie de film fantastique, un tiers de satire joyeuse et grinçante de l'esprit de la banlieue, et Joe Dante oblige, un tiers de méta-film sur le rapport compliqué entre les terribles choses à voir et celui qui les voit avec fascination et un peu de pop-corn: un cocktail trop compliqué pour les vieilles gloires de la critique que sont les Roger Ebert et autres distributeurs impénitents de bons points, de notes et d'étoiles. Pourtant j'émets une hypothèse: The 'Burbs est son meilleur film, celui dans lequel justement il ne se force pas à choisir entre le fantastique et sa parodie, tout en se livrant à ce qu'il fait de mieux, la critique de nos médiocrités vues par le biais de la fascination envers nos médias. Tom Hanks et ses copains dans ce film sont des minables, des losers, et des beaufs de premier choix. Et comme le fait remarquer l'un d'entre eux, après avoir passé un film entier à chercher la petite bête pour expliquer par les plus alarmantes et les plus désastreuses hypothèses le comportement quelque peu étrange de leurs voisins les Klopeck, les êtres maléfiques, ce sont sans doute eux, ces Américains moyens qui s'arrogent le droit d'aller espionner chez leurs voisins parce que leur médiocrité ne ressemble pas à la leur...

Et la comédie avance à coup de parodies réjouissantes, enchainées sans temps morts (Ah, la parodie de western à la Leone, avec gros plans des yeux d'un caniche!) et d'allusions au péché mignon de Dante, l'insertion de séquences dans lesquelles des enfants regardent la télévision, ou encore les extraits des films que regardent les protagonistes. Dante s'est fait plaisir, avec ici des extraits magnifiquement insérés de Texas Chainsaw massacre, de The exorcist et d'un autre film particulièrement bien choisi; et il y a Ricky (Corey Feldman), un ado qui prend toute cette affaire en spectateur, et pour les dernières 45 minutes du film, s'installe sur sa terrasse avec tous ses copains et des pizzas, pour assister à l'étrange film qui se déroule sous leurs yeux... Joe Dante a réussi à transformer la banlieue Américaine en un film trépidant, qui s'en plaindrait? Les critiques, aparemment.

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante Comédie
22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 18:25
Sweeney Todd (Tim Burton, 2007)

Sweeney Todd est, une nouvelle fois après Corpse Bride, une fantaisie musicale de Tim Burton, adaptée d'un musical à succès (De Stephen Sondheim, en 1979), et qui permet à Burton une plongée dans l'Angleterre Victorienne, et un retour après Sleepy Hollow à l'horreur façon Hammer. Tout ici sonne comme un aveu d'amour au cinéma Anglais, depuis le choix des acteurs, tous Britanniques sauf Johnny Depp, jusqu'à la description d'un Londres suant, suintant et sordide, dont la boutique de tourtes révulsantes de Mrs Lovett (Helena Bonham Carter devient le symbole de tout ce que cette ville a de délicieusement malsain...

Le mystérieux Sweeney Todd (Johnny Depp), au visage si triste, sombre et menaçant, arrive en compagnie d'un jeune marin à Londres, une ville qu'il a quitté il y a longtemps. Il y vient, on l'apprendra vite, pour une vengeance, car il y a perdu sa femme et sa fille: parce qu'il convoitait son épouse Lucy (Laura Michelle Kelly), l'influent juge Turpin (Alan Rickman) n'a eu qu'un mot à dire pour faire arrêter l'innocent barbier Benjamin Barker, et tenter de lui ravir sa femme. mais celle-ci, harcelée par la cour malsaine et victime d'un viol orchestré par Turpin, n'a eu d'autre ressource que de prendre du poison. C'est ce qu'apprend Todd alias Barker à son arrivée, de la bouche de la gouailleuse Mrs Lovett, qui l'a reconnu. Elle propose à Todd de s'installer dans son ancienne boutique, située juste au dessus de son restaurant, et les circonstances vont mener Todd, au rasoir leste, et Lovett, qui peine à trouver de la viande de qualité, à s'associer en attendant que le barbier ne réussisse à se venger du juge, et récupérer sa fille Johanna (Jayne Wisener). de son côté, le marin Anthony (Jamie Campbell Bower) a croisé Johanna désormais sous la tutelle de Turpin, est les deux sont tombés amoureux...

Quelques morts violentes plus tard, on peut constater que cette fois, Tim Burton semble ne pas avoir pris de gants: si on peut penser à Edward Scissorhands lorsqu'on voit Depp, un rasoir dans chaque main, on doit aussi reconnaitre qu'on est bien loin de l'innocence des personnages habituellement campés par l'acteur, et aussi des personnages de premier plan qui peuplent généralement l'univers du metteur en scène. Et le Londres sombre légèrement mais surement teinté de rouge sang est un univers qui ne pardonne pas, et dans lequel les gentils marginaux ont laissé place à des monstres, que ce soit Todd-Barker et ses rasoirs, Mrs Lovett qui voyant arriver dans sa boutique l'homme qu'elle a tant convoité quinze ans auparavant ne laisse pas passer l'occasion de se l'approprier, ou encore ne s'embarrasse pas de scrupules au moment de transformer voisins et passants en nourriture qu'elle sert ensuite avec entrain... Turpin, aidé de son âme damnée le policier Beadle (Timothy Spall, encore plus répugnant qu'à l'habitude), n'est pas en reste!

...Pourtant, on ne peut s'empêcher de sentir l'exercice vite fait bien fait, une sorte de fin de mutation de Burton en habile faiseur, en illutrateur de concepts qui lui sont, finalement, étrangers: Sweeney Todd, avec l'alégeance de Danny Elfman à Stephen Sondheim, c'est l'oeuvre musicale, transposée au cinéma, avec métier, avec talent, même, de la part de tous les protagonistes. C'est un bon, voire un très bon film... Mais Burton n'a pas grand chose à y gagner ni à y démontrer. On l'a vu depuis avec un navet cosmique (Alice) et un film d'auto-parodie (Dark Shadows), la métamorphose de l'auteur s'est finalement achevée...

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Published by François Massarelli - dans Tim Burton