Avec ce petit film (Situé après The Shamrock Handicap, puis Three bad men, et avant Upstream, le premier film dans lequel Ford
s'appliquera à retranscrire dans son style l'influence Européenne, dont celle de Murnau), Ford dit semble-t-il adieu à un certain style de cinéma, auquel il reviendra de façon sporadique dans sa
carrière : un certain cinéma d'aventures sans grande prétentions... Il y retrouve certains de ses interprètes des films précédents, notamment George O'Brien (The Iron Horse,
Three bad men) et Janet Gaynor (The Shamrock Handicap). L'intrigue est centrée sur deux marins, des « blue eagles », George et Big Tim, qui sont rivaux
depuis des années, notamment auprès de la jolie Rose Kelly, qui n'a pas encore réussi à choisir entre les deux. Rentrés au pays après la guerre, les deux Américano-Irlandais vont pourtant devoir
mettre leur diférent de côté afin de s'unir contre les mauvaises influences du gangstérisme et de la drogue qui menace la jeunesse Américaine...
On voit bien à la lecture de ce résumé que le film est
à prendre au second degré, un petit film (Sept bobines à l'origine, dont 6 survivent) destiné à donner une fois de plus une impression de couleur locale dans la peinture des immigrants d'origine
Irlandaise, leur tempérament un brin volatil, et leur bon cœur proverbial. Erotisé à l'extrême dans une première séquence qui le voir tomber la chemise et suer dans la fournaise de la salle des
machines d'un bateau, George O'Brien prête son imposante musculature à un personnage de grand frère un peu trop vertueux pour ne pas être totalement ennuyeux, et il ne fait aucun doute que c'est
lui qui gagnera le cœur de Janet Gaynor, même si le film est loin d'être Sunrise!Au passage, mentionnons que parmi les autres personnages, Margaret Livingston est
également présente, mais dans unrôle bien éloigné
de la "vamp de la ville" qu'elle jouera dans le chef d'oeuvre de Murnau. Dans ce qui reste un petit film sans prétentions qui n'apporte ni n'enlève quoi que ce soit au mythe de John Ford, on
remarquera peut-être une petite touche de mise en scène, un petit rien : un personnage resté à l'écart d'une salle où figurent des gangsters s'approche un peu trop près de la vitre pour
regarder à l'intérieur : deux trous viennent soudain marquer la vitre, et l'homme s'effondre... Pour le reste, pour un film mené tambour battant et dans lequel Ford réussit à éviter de trop
se laisser aller à son sentimentalisme proverbial (Ici, il n'en a décidément pas le temps), on ne se plaindra pas !
Strange Cargo est un film bien embarrassant, qui semble par bien des aspects faire l'unanimité contre lui, zélateurs comme détracteurs de Frank Borzage s'entendant pour dénoncer une œuvre qui met forcément mal à l'aise, par son approche du fait religieux notamment. Pire, il a osé mêler de façon provocatrice le religieux et le sensuel, à travers une idylle sans fards qui s'exprime à travers les personnages de Clark Gable et de Joan Crawford, et dans le cadre pourtant ultra-sécurisé d'un film MGM ! Les ligues de religieux, catholiques puritains et fanatiques de toutes obédiences se sont rués sur le film pour en demander l'interdiction, et on en viendrait presque à les comprendre, du moins à comprendre, si on s'amuse à adopter leur point de vue, qu'ils l'aient demandé : l'histoire, après tout, est celle d'un groupe de bagnards évadés de Cayenne qui ont emmené une femme, Julie (Joan Crawford) parmi eux, celle-ci cherchant à quitter la spirale de la prostitution et passer aux Etst-Unis ; l'un des bagnards, l'individualiste Verne (Clark Gable) tente tous les travaux d'approche possibles pour séduire Julie, et va parvenir à ses fins dans l'intimité créée entre les deux sur un petit bateau à bord duquel les prisonniers vont finir leur périple...
A cette histoire sordide de rapprochement sensuel, Borzage ajoute ici un étonnant personnage, celui de Cambreau (Ian Hunter) , un bagnard qui semble venir de nulle part et se greffer sur les héros avant même leur évasion : après une sortie, Verne manque à l'appel des prisonniers, mais Cambreau est là pour compléter le nombre de 36 bagnards, permettant à Verne, de son coté, de prendre son temps dans une virée à l'extérieur, qui lui permettra de voir Julie. Puis Cambreau s'immisce dans les projets d'évasion d'un petit groupe, et va non seulement les aider en tout, mais également maintenir le moral des troupes, allant jusqu'à assister chaque homme mourant... Tous, y compris le cynique Hessler, un tueur de veuves à la Landru (Paul Lukas), s'accordent à reconnaître, voire admirer le dévouement presque surhumain de Cambreau, sauf Verne, que les manières trop polies, le laconisme et le recours à la bible de Cambreau agacent...
Borzage pose ici la question, à partir du personnage de Cambreau (Une performance énigmatique et comme toujours magnifiquement suggérée plutôt que jouée par Ian Hunter) de l'irruption du divin dans une entreprise privée, qui va accompagner le périple d'un groupe d'hommes certes, mais surtout accompagner Verne (Et Julie) jusqu'à la réalisation de leur amour, de leur nécessité de rédemption et pour Verne de l'importance de s'ouvrir aux autres, et de ne pas ses contenter de tout faire pour soi, mais bien de tendre la main aussi. C'est traité de façon à la fois subtile, les mots qui fâchent n'étant jamais trop clairement prononcés (Gable s'arrête avant de prononcer une phrase qui va lui faire comprendre la situation, en disant à Cambreau sur le point de se noyer, « On est tous Dieu, je suis Dieu, toi aussi, tu es... Il s'arrête, comprend, et sauve l'autre homme)...
Après il faut voir à choisir son camp : accepter d'avaler cette histoire de religion adaptée à un homme et un seul, et se régaler une fois de plus de l'irruption du divin dans l'amour, ou de la sensualité dans le religieux. Ce qui compte c'est que grâce à l'intervention inattendue d'un homme, Verne et Julie puissent enfin avancer en assumant ce qui est incontournable, leur amour... Soit on constate que cette fois, le cinéaste a été un cran trop loin dans la représentation d'une idée un peu folle, qu'il n'a pas su forcément mélanger aussi bien le profane et le sacré, et d'ailleurs le sacré tout en étant traité avec respect, est ici un peu trop appuyé dans le geste peu discret du plan de Victor Varconi qui se signe avant de prendre congé de Cambreau. Mais l'aventure de ces bagnards évadés, dans une Guyane poisseuse, ces personnages bien campés, avec Peter Lorre en mouchard corrompu jusqu'à la moelle, et Joan Crawford sommée de jouer sans maquillage, les aspects séduisants ne manquent pas dans ce qui reste un objet filmique non classable...
Après avoir tripatouillé le film noir et joué avec la comédie burlesque et sentimentale, les frères Coen ont beaucoup fait parler d'eux avec Miller's crossing, à juste titre. Le premier de leurs films dans lequel ils mèlent avec brio toute la gamme de leur inventivité et de leur savoir-faire: leur façon d'aborder un genre, de façon à la fois référentielle et déférentielle, de pousser les numéros d'acteurs juste un poil trop loin de manière à souligner sans trop d'effets le pastiche, et de construire un film sur les scènes, chacune d'entre elle étant anthologique. Et de fait, avec l'aide d'un personnage principal revenu de tout qui traverse cette histoire de règlements de compte et de luttes territoriales chez les gangsters de 1929, mieux vaut avoir des scènes auxquelles se raccrocher tant le propos est volontairement compliqué: on songe parfois à The big sleep, et son intrigue sans queue ni tête... qui reviendra de façon inattendue dans The Big Lebowski quelques années plus tard.
Tom Reagan (Gabriel Byrne) est l'homme de confiance du parrain Leo O'Bannion (Albert Finney); pour tout compliquer, il est aussi l'amant de Verna (Marcia Gay Harden), la fiancée de Leo. Celle-ci a demandé à Leo de protéger son frère Bernie (John Turturro), un électron libre qui ne s'attire que des ennuis, et Tom va être amené à croiser la route de celui-ci, mais aussi à "passer de l'autre côté", c'est-à-dire chez la concurrence, incarnée par l'Italien Johnny Caspar (Jon Polito); tombé en disgrace auprès de Léo, il se fait en effet engager par le grand ennmi de celui-ci, mais l'une de ses premières tâches est d'éliminer Bernie, et pour celà, d'aller à Miller's crossing, un lieu désolé et à l'écart de tout, où on va se débarrasser des gens encombrants...
Un motif récurrent, dont Reagan nous dit qu'il est venu d'un rêve obsessionnel, nous montre un chapeau qui tombe sur le sol feuillu du sous-bois de Miller's crossing. Puis le chapeau, emmené par le vent, part et ne peut plus s'arrêter; dans son rêve, Tom Reagan dit qu'il essaie de le rattraper. D'une certaine façon, bien sûr, on peut s'arrêter à l'analogie entre le chapeau perdu et Tom qui bien qu'il endosse toute la responsabilité de cette histoire, est aussi un pion dans son propre plan, qui va être amené non seulement à souffrir (Tout le monde ou presque lui en veut), mais aussi à terminer les bras ballants, sans avoir rien gagné... Mais le chapeau a un autre sens, qui renvoie à l'aspect référentiel du film, avec cette obsession des couvre-chefs soulignés par chaque plan, qui identifient Miller's crossing commme un film de gangsters, puisque tous les hommes y portent chapeau!
Comme toujours, une obsession maniaque et précise a présidé à l'élaboration d'un dialogue rempli d'argot d'époque légèrement exagéré, et de passages de témoins verbaux, les personnages établissant leurs liens par des expressions qui passent de l'un à l'autre, sans que ce soit aussi marqué que dans The Big Lebowski. Les références ne s'arrêtent pas d'ailleurs à la période de 1929, puisque la scène d'ouverture nous montre une entrevue entre un parrain et un autre homme, dans un bureau: comment ne pas penser à The Godfather de Coppola? Et puis comme toujours chez les deux frères, le diable fait son apparition, mais qui est-il vraiment? L'ange noir déchu Tom Reagan, artisan de sa propre mise à l'écart et qui ensuite utilise tout le monde contre tout le monde, ou le "Danois" (Eddie Daniels), l'homme de main laconique qui tire les ficelles chez Johnny Caspar?
Ce beau film désespérant, sardonique et cruel, est une excellente entrée en matière pour aborder l'univers décalé et plus vrai que nature des Frères Coen, avec sa photographie superbe signée de Barry Sonnenfeld, ses performances baroques (Polito, Turturro), codifiées (Marcia Gay Harden) son parfum d'époque, ses scènes d'anthologie, la meilleur étant sans doute la tentative de meurtre de Leo, avec son montage parfait, et sa tonne de cartouches gaspillées...
Contemporain à la fois des premiers films "psychologiques" de DeMille (The cheat en particulier), et de l'explosion du burlesque grotesque à l'imitation de la Kesytone, ce film est étonnant à plus d'un titre, d'abord par l'intrigue qui permet non seulement la comédie mais aussi, par moments, le drame, et ensuite par le soin de la mise en scène, constamment inventive et surprenante par son raffinement... Autant dire que si le film parle d'un soupçon de tricherie extra-conjugale, ce qui n'a rien d'exceptionnel dans les films "urbains" de Roscoe Arbuckle, il n'en est pas moins une expérience de subtilité unique en son genre qui tranche de façon radicale avec le gros des productions de la Keystone, et on se demande bien quelle a pu être la réaction de Mack Sennett devant cette production qui est bien loin d'arborer son style.
Arbuckle y est un médecin, marié depuis quelques années sans doute à Mabel Normand, et les deux tourtereaux sont vus au début du film se parant pour sortir, dans une salle de bains... il y a un peu de chamaillerie gentillette, rien de bien grave, mais plus tard, la jeune femme apprend la venue d'un vieil ami d'école, ce qui va provoquer la jalousie de Roscoe. De plus, pour tout compliquer, un groupe de voleurs va essayer de s'introduire dans la maison, amenant avec lui des quiproquos, de la confusion, et du drame...
Les vingt-cinq minutes du film sont utilisées pour installer une intrigue certes conventionnelle, mais qui tend à privilégier les personnages et l'atmosphère sur le gag. Bien sûr on rit, mais il y a toujours un soupçon d'inquiétude, un brin de sophistication aussi, à tel point que Roscoe (habillé cete fois sans aucune exagération burlesque, c'est notable) et Al St-John (dans une certaine mesure) réussissent même à élaborer un jeu subtil! La photo de Elgin Lessley est très étudiée, avec pour mission évidente de reproduire l'atmosphère sophistiquée des films de DeMille: les éclairages, qui privilégient une source de lumière intérieure au plan, contribuent ainsi grandement à l'ambiance particulière du film, et comment ne pas penser à The cheat?
Sans en être une parodie, le film montre que le metteur en scène a su s'en approprier le style, sans jamais céder trop de terrain sur ses affinités burlesques (La construction du film mène à un dénouement spectaculaire et hautement physique) ni la bonne humeur de l'ensemble: le titre d'ailleurs nous informe sans trop nous en dire sur le fait qu'il ne faut pas prendre tout ce qu'on voit ici pour argent comptant; je parle évidement du titre Anglais, pas de l'infâme titre Français dont il ne sera ici plus question... Aisément un chef d'oeuvre paradoxal pour le grand et sous-estimé Roscoe Arbuckle.
L'improbablement célèbre André Deed, connu principalement pour son personnage grotesque de Boireau (en français) ou Cretinetti (en italien) dans des comédies de moins d'une bobine au début des années 10, est devenu réalisateurune fois l'engouement pour le cinéma burlesque primitif retombéremplavé par la vogue plus ambitieusedu long métrage en Europe.Il était, en Italie surtout, considéré comme un artiste influencé par Méliès (Avec lequel il avait travaillé) et il est très malaisé de parler de ses films car ils sont tous, ou presque tous, perdus. Ainsi, l'édition DVD de L'uomo Meccanico (1921) vient à point nommé pour tout historien, tout fan de science-fiction, ou même toute personne intéressée par le cinéma muet, même si c'est sous une forme tronquée. Une fois que le spectateur est habitué à la mauvaise qualité du transfert, et le fait que 55 minutes de travail ont maintenant disparu pour toujours, ce qui ressort, c'est la singularité du film: il commence (dans la forme actuelle) comme tout bonsérial, avec du suspense, un incendie criminel, une évasion audacieuse, des déguisements et des poursuites.
Puis nous passons à l'intrigue secondaire romantique, impliquant un Deed maladroit et plutôt consciemment laid, qui ne pourrait passer pour un Valentino, ni un Fairbanks. On nous présente le clou du spectacle, un robot (L'un des premiers, cinq ans avant Metropolis!), qui va d'aileurs occasionner un suspense pas si éloigné du jeu de Nosferatu, une menace qui avance inexorablement, invisible derrière des portes fermées qui ne l'empêcheront pas de passer quand même... et le final se situe si une telle description a un sens, dans une sorte de mélange très original des univers de Feuillade, L'Herbier et Méliès... Visuel donc.
A la fin, les héros apprennent l'identité de la méchante: elle est l'une des victimes supposées du robot, et le réalisateur nous a à deux reprises gratifié de visions très claires de son anatomie, dans la pure tradition du cinéma Italien qui rappelons-le n'était en rien frileux à ce niveau;ce courant érotique était d'ailleurs très visible sur les affiches qui ont été longtemps le seul matériau existant de ce film. 3 ans avant Aelita, 5 avant de Metropolis, le film invente à sa façon "bricolée" une science-fiction typiquement européenne et le fait avec une telle naïveté touchante que la vision de cette pièce de musée rescapée, même sur un DVD Alpha qui fait bien mal aux yeux, reste une expérience finalement agréable.
OVNI récent, Cabin in the woods n'est pas ce qu'il parait être. Mais ça, la plupart des nombreuses personnes qui se sont intéressés au film le savent déja: c'est un superbe acte de parodie et de réflexion sur un genre, une approche intellectuelle rare et précieuse, qui renvoie tant de parodies et de métafilms à leurs chères études... Et c'est une nouvelle fois une brillante pépite dans la mine d'idées de Joss Whedon, père de Buffy, Angel, Dollhouse, Firefly, récent metteur en scène heureux de The avengers, et repreneur gonflé de Shakespeare dans un Much Ado Bout Nothing qu'on brûle de voir... Parmi les acteurs on remarquera les habitués Fran Kranz (Dollhouse, Much ado about nothing), Amy Acker qui a comme d'habitude une blouse blanche et une sortie spectaculaire (Angel, Dollhouse), l'admirable Tom Lenk en stagiaire douteux (Buffy, Angel) et tant qu'à faire Chris 'Thor' Hemsworth (The Avengers); Si Goddard est bien le réalisateur, il faut rappeler qu'il a débuté dans l'ombre de Whedon sur Buffy, qu'ils sont co-scénaristes sur ce film et que la raison pour laquelle Whedon ne l'a pas réalisé est sans doute que le méga-film Paramount / Disney sur lequel il travaillait alors était probablement déjà suffisant pour son appétit; cela ne l'a pas empêché de visiter le plateau fréquemment, et d'apposer sa touche... Et celle-ci est tout sauf discrète.
Cinq ados (Chris Hemsworth, Kristen Connolly, Fran Kranz, Anna Hutchinson, Jesse Williams) partent en week-end dans une cabane dans les bois qui leur est prétée par le cousin de l'un deux. Parallèlement à leur arrivée sur les lieux, on assiste à d'étranges scènes dans un bureau de contrôle qui semble justement monitorer les héros, leur arrivée et leurs réactions comme dans un gigantesque show de télé-réalité. Mais on découvrira que c'est bien différent lors des premières manifestations de créatures étranges, et généralement meurtrières. Les adolescents auront beau se comporter comme on attend qu'ils le fassent, la situation va dégénérer dans des proportions inattendues, et plutôt réjouissantes...
Les surprises finales, inévitables, sont séparées en deux catégories:d'une part, ce que les scénaristes cachent aux personnages, mais nous montrent non seulement tôt dans le film (Voire pour la toute première scène!), à savoir la façon dont les héros sont observés, scrutés, poussés à agir dans un sens ou dans l'autre; à ce titre, la peinture d'une entreprise dont les finalités restent bien obscures, mais dont la vie quotidienne est faite de moyens de tromper l'ennui (Chicanes, drague, alcool, paris idiots) détonne lorsqu'en fond les écrans de contrôle renvoient des images de diverses activités de massacre et autres phénomènes sanglants dont sont victimes les cinq héros! L'ironie ici est propice à de superbes ruptures de ton, et cette double casquette ironie/violence rend en plus le film plus regardable et plus intelligent: on n'est définitivement pas devant I know what you did last summer... Heureusement! D'autre part, les surprises réservées au spectateur sont largement concentrées sur la fin, et on ne va pas bien sur les révéler ici; mais avec Whedon, on passe le temps en compagnie d'un groupe humain qui tient moins de la famille dysfonctionnelle que d'habitude, mais dont les gagnants seront comme d'habitude les losers... Enfin, gagnants, gagnants... C'est beaucoup dire!
L'accumulation de scènes d'anthologie va de pair avec un dialogue brillantissime dans lequel le loser le plus acharné de la bande (Qui fume des substances qui font rire en permanence) se distingue avec aisance, et on a même droit à une scène d'approche amoureuse d'une rare délicatesse... Mais qu'on se rassure: il est aussi question d'apocalypse potentielle, ce que les fans de Buffy, Firefly, Dollhouse, The Avengers et Angel connaissent bien; enfin, comme toujours, le scénario (Et l'impeccable mise en scène de Goddard) joue brillamment sur plusieurs niveaux, et sur le principe des poupées russes. Ce film à regarder sans modération "n'est pas Citizen Kane" selon les mots de Whedon commentant le premier épisode de sa série Buffy the Vampire Slayer, mais on s'y amuse énormément, et on n'est pas au bout de ses surprises. Hautement recommandé, un méta-chef d'oeuvre qui en plus est...
Pourquoi ce film-là plutôt qu'un autre? Disons que dans la vaste oeuvre de ce géant de la comédie, il y a de tout, et en particulier dans les films réalisés à la Keystone entre 1913 et 1916, la routine était on ne peut plus répétitive. C'est surtout embarrassant dans les films d'une bobine, entièrement construits sur de simples histoires d'adultère, le bonhomme étant généralement un coureur de jupons invétéré dans la plupart de ses courts métrages... Le style Keystone, accéléré, exagéré, grotesque et le plus souvent d'un vulgaire un peu trop assumé, se faisait trop sentir. Avec ses films plus longs, la mutation opérée par le metteur en scène et comédien a été plus que bénéfique: les deux bobines étaient dédiées à une vraie histoire, dans laquelle le spectateur avait finalement le temps d'adhérer aux personnages, et de suivre une intrigue qui, si elle restait largement dévolue à des turpitudes extra-conjugales, était quand même un brin plus sophistiquée...
Lassé de la constante interférence de sa belle-mère (Mai Wells) sur son mariage avec Norma Nichols, Arbuckle quitte la maison et va bouder sur un banc; il se retrouve assis aux côtés d'une jeune femme (Louise Fazenda) dont le mari, un gros rustre (Egar Kennedy, avec des cheveux!!!) s'est brièvement absenté, et un photographe (Glen Cavender) qui passe par là les immortalise, persuadé d'avoir affaire à un couple... La chose va forcément être très difficile à expliquer non seulement à la belle-mère, à l'épouse mais surtout au mari, qui est vraiment très chatouilleux...
Si on juge les films burlesques en fonction de leur rythme et de leurs scènes d'anthologie, alors ceci est vraiment un grand classique: Prenant son temps pour établir le problème et les personnages, Arbuckle adopte un timing sobre, avant d'accélérer avec l'entrée en scène de Kennedy et Fazenda. Ces deux-là vont tout compliquer en venant s'installer dans l'appartement déserté de Arbuckle et madame, que la belle-mère s'est empressée de sous-louer. La sacro-sainte poursuite finale sera surtout effectuée dans une maison, et l'accélération se poursuivra jusqu'à une mythique scène sur des fils téléphoniques, pendant une intervention toujours aussi décalée et inutile des Keystone Cops... Chef d'oeuvre, pas moins.
Sjöström, rebaptisé Seastrom, est arrivé aux Etats-Unis en 1923, et a tourné un film (Perdu) pour samuel Goldwyn, Name the man. Ses autres films Américains seront produits à la MGM, jusqu'à son retour en Suède après son unique film parlant Américain, A lady to love. De ses 7 muets produits à la firme du lion, seuls trois ont survécu en entier, et ils sont d'une telle qualité qu'on aimerait voir tout le reste... Le premier, He who gets slapped, a la distinction d'être le tout premier film MGM, avec trois stars ou futures stars qui vont compter pour le studio: Lon chaney, Norma Shearer et John Gilbert... Cette histoire d'un homme qui abandonne tout suite à une humiliation, et qui va mettre en scène soir après soir ce traumatisme en public, dans un cirque, est l'un de ses plus grands films, dans lequel il a su éviter les pièges du mélo grandiloquent tout en allant au bout de son sujet. Ensuite, The scarlet letter montre bien comment Sjöström met en valeur un drame humain (Le conflit entre puritanisme et amour) en utilisant avec génie le cadre, les décors et la nature. Le film a été le plus grand succès MGM de Lillian Gish, et leur collaboration s'est prolongée par un film sublime, The wind, dans lequel Sjöström donne à voir les passions d'un groupe humain par le biais d'une représentation symbolique exacerbée de phénomènes naturels... et Lillian Gish y est à son niveau le plus haut: c'est dire l'importance du film!
Les autres films dont on a conservé des bribes trahissent un intérêt moindre, surtout Confessions of a queen, probablement l'un des films tournés par Sjöström afin de pouvoir monter ses autres productions plus ambitieuses. N'empêche, on aimerait voir une copie plus complète de ce film qui réutilise les vedettes de The prisoner of Zenda, Lewis Stone et Alice Terry. On aimerait mettre la main sur The tower of lies, dans lequel Sjöström retrouvait Chaney et Shearer, dans le but d'offrir un véhicule plus ambitieux pour la star de The unholy three. Enfin, The divine woman est l'unique film perdu avec Greta Garbo, et il n'en subsite qu'une dizaine de minutes. Sjöström est non seulement l'un des plus grands artistes de la MGM à cette époque, c'est aussi l'un des plus grands noms du cinéma mondial, et j'ai presque réussi à écrire cette courte notice sans jamais écrire "La charrette fantôme".
He who gets slapped (1924) Confessions of a queen (1925) Fragments seulement: environ 40 minutes The tower of lies (1925) perdu? The scarlet letter (1926) The divine woman (1928) 9 minutes de fragments, principalement deux scènes The wind (1928) Masks of the devil (1928) perdu?
Three Cedars, Arkansas 1917: Mrs Hannah Jessop (Henrietta Crosman) en veut à son fils Jimmy (Preston Foster) de passer du
temps avec une fille qu'elle méprise (Son père est un alcoolique notoire). Elle le chasse, et va jusqu'à faire en sorte qu'il parte en France pour combattre afin de briser le couple. Peu de temps
avant son départ pour le front, Jimmy apprend de sa petite amie (Marian Nixon) que celle-ci est enceinte. Quelques mois plus tard, la jeune femme accouche, alors que de son coté Jimmy est tué. La
mère ne s'ouvrira pas pour autant, et se contente de regarder son petit-fils grandir au loin, d'un air méprisant. Dix ans après, un comité décide d'envoyer des "gold star mothers", des mères de
soldats disparus au Front, en France afin de commémorer leur sacrifice. Hannah hésite à partir, puis se décide, pour un voyage qui va transformer sa vie...
Le remise en circulation de films méconnus de Ford a été l'un des évènements les plus significatifs de la décennie passée. On a
fini de considérer l'oeuvre d'un des cinéastes les plus importants et reconnus comme tels uniquement sous l'angle de ses quelques classiques et films les plus vus, de cette trentaine d'oeuvre qui
pour beaucoup sont majeures, mais resteaient la partie visible de l'iceberg. Certes, dans ce qu'on ne voyait pas, il y avait aussi des films embarrassants (When Willie comes marching
home), des films irrémédiablement datés (Black guard, du parlant typique de 1929, statique, lent et bavard) et des films sans gran intérêt, tout court... Mais on a pu
enfin mettre la main sur cette rareté, un film pourtant essentiel, qui d'une certaine façon fait le lien entre plusieurs tendances chez Ford, son gout pour la comédie Américaine et son sens du
drame; son sentimentalisme et sa veine symboliste, et bien sur l'influence de Murnau transposée dans un cadre rural Américain, plus tangible et réaliste que les décors symboliques des films du
maitre. Et Pilgrimage est un émouvant portrait, qui nous montre le parcours d'une femme qui a tenté de remplacer l'amour qu'elle voue à son fils disparu par de la haine et
de la rancoeur, vers une nécessaire rédemption qui lui permettra de s'ouvrir enfin à l'autre, et en particulier à la petite amie de son fils, et à leur enfant naturel, qu'elle embrasse enfin
avant qu'il soit trop tard dans un final tourné essentiellement en un plan. Henrietta Crosman est formidable, aidée par d'autres acteurs tous excellents. Marian Nixon aurait pu n'avoir pas grand
chose à faire, mais Ford lui a assigné autant d'émotions que celles refusées par la mère: tentation, affection, souffrance, résignation... De son coté, la mère ne parviendra pas seule à sa
catharsis, il lui faudra lors d'une escapade Parisienne voir un jeune couple vivre, qui lui rappellera étrangement son fils et sa petite amie...
La photographie de George Schneiderman se situe dans la droite ligne de ce qui se faisait à la Fox sous l'influence de Murnau,
et l'intelligence de la reconstituion des univers en studio est remarquable. On notera la façon superbe dont Ford et Schneiderman diffusent la lumière permettant notamment dans la première
séquence bucolique et pastorale d'indiquer au spectateur qu'on assiste presqu'à un rêve, à la vision idéale d'un fils par sa mère. Et bien sur ça ne durera pas. Le passage des saisons marqué par
la neige, l'utilisation des éléments (La tempête lors de la naissance qui arrive en écho à la guerre qui fait rage, et qui va tuer Jimmy) sont en droite ligne de leur usage traditionnel dans le
mélodrame à l'époque du muet, mais peu importe: c'est dans la ligne du style visuel et dramatique du film.
Le film est un duel à distance entre deux femmes, mais la plus forte personnalité aura finélamane l'intelligence de reconnaitre
la vérité des sentiments. Film sur la rédemption, sur la part de l'individu dans l'errance collective (Ces séquences à la gravité soulignée de mères qui partent en silence pour se recueillir en
groupe sur les tombes de leurs fils en Europe), Ford en a soigné la mise en scène en usant avec gourmandise de ruptures de ton, en particulier dans la deuxième partie en France, aidé par la
gouaille de Lucille La verne en copine délurée de l'héroïne, qui lui rend la vie en France supportable. De la même manière, l'escapade Pariesienne de la mère commence sous le signe du
renoncement (Elle se refuse à aller sur la tombe de son fils) et de la comédie (Elle aide un jeune Américain échoué à Paris, saoul à rentrer chez lui), pour aller vers une paix
intérieure retrouvée, et vers un ton dramatique apaisé. Portrait de femmes, portrait de mères: comment s'étonner que ce film soit si important dans les années 30 de Ford?
The quiet man commence par l'arrivée d'un homme en Irlande, quelque part dans les années 20 ou peut-être 30; il est Américain, et il ne tardera pas à être confronté au charme particulier du lieu. Sitôt sorti du train, il fait face à une redoutable troupe de gens (Conducteur de train, chef de gare, clients...) qui se mettent en quatre pour l'aider à retrouver son chemin, vers le petit village d'Innisfree. Mais la conversation va rapidement tourner au désastre, par la faute de trop de digressions, jusqu'au moment où, surgi de nulle part, un drôle de petit homme, Michaeleen Oge Flynn, prend d'autorité ses bagages et l'amène à Innisfree...
Hors du temps, le village apparait comme un pays d'Oz à partir de là, un autre côté du miroir, dans lequel sans que ce soit jamais trop grave, tout est légèrement distordu: la voix off par exemple, qui est celle de notre ami Ward Bond, interprétant comme de juste le curé de la paroisse, a beau nous raconter l'histoire, le personnage sera pris plusieurs fois de cours, pêchant (Des poissons, bien sur) au lieu de se tenir au fait de l'histoire qu'il est en train de raconter... Le prêtre protestant et son épouse, qui à la base ne servent à rien (Et d'ailleurs ne font rien, à part se promener à vélo, jouer à des jeux de société, faire des visites sociales, parler de sport et même faire des paris et des stratagèmes tordus...) sont ici parfaitement intégrés, fêtés même par une population catholique prête à se mettre en quatre pour qu'ils restent au pays au lieu d'être mutés en raison de leur inutilité. Le tenancier du pub local, autant dire le troisième représentant d'un culte, est Juif (Il s'appelle CohAn, comme le fait remarquer Michaeleen Oge Flynn: "c'est comme ça qu'on le prononce ici") et lui aussi parfaitement intégré... Bref, on est dans une Irlande qui se joue des clichés, et qui joue sur la couleur locale, surtout du vert...
Donc, Sean Thornton (John Wayne) vient en Irlande parce qu'il est riche et retraité, même si toute la première moitié du film garde le silence sur ce qu'était son activité avant, et il souhaite rentrer au pays, celui qu'il a toujours considéré durant sa vie aux Etats-Unis comme le paradis qu'il n'aurait jamais du quitter. Il vient dans l'intention d'acheter sa maison d'enfance, ce qui ne va pas être facile puisqu'elle est la propriété d'une riche veuve, Sarah Tillane (Mildred Natwick) qui n'entend pas céder ses possessions aussi facilement; c'est à la faveur d'un contentieux que Sean va pouvoir accéder à son rêve: l'homme fort du pays va réclamer cette terre avec tellement de grossièreté que la veuve va décider de la céder à Sean...
L'homme fort en question, interprété par Victor Mc Laglen, s'appelle Will Danagher; il est un vrai despote, riche, dictatorial, mais surtout un vrai personnage de comédie, sans doute aussi sentimental et doux qu'il souhaite apparaitre menaçant et colérique. Mais il prend en grippe Sean, qui en plus a repéré sa (Très jolie) soeur, la flamboyante rousse Mary Kate (Maureen O'Hara): il n'aimait déjà pas être supplanté en affaires par ce yankee (re)venu de nulle part, alors l'idée de faire de lui son beau frère, il ne faut pas y compter. Et ce que va découvrir Sean, qui en pince vraiment pour Mary Kate, c'est qu'en Irlande (Ou du moins dans ce film) la soeur aura beau être majeure, rien ne peut fonctionner sans l'accord de principe du chef de famille, ici en l'occurence le frère. Ce sera le moteur du film, le seul accroc à cette belle balade dans les décors naturels du Conté de Galway... et ça promet du sport.
Innisfree n'existe pas, à tous les sens du terme, il a donc fallu aller le chercher, en Irlande bien sur. c'est que Ford voulait tourner ce film depuis les années 30, après avoir lu le roman de Maurice Walsh; Il l'avait acheté, mais n'a pas pu trouver de studio pour le faire avec lui. Une fois la guerre passée, la formation avec Merian Cooper de Argosy Productions va lui permettre de faire le film, dans des conditions inattendues: d'une part, il intègre (Pour trois films) la Republic Pictures d'Herbert Yates, le beau-père de John Wayne, soit un studio de très petite envergure; d'autre part, il va aller faire le film en Irlande, ce qu'il n'avait bien sûr pas pu faire pour The Shamrock Handicap (1926), Mother Machree (1928), Hangman's house (1928), The Informer (1935) et The plough and the stars (1936); il n'avait d'ailleurs pas non plus mis les pieds au Pays de Galles pour How green was my valley (1941), le petit cousin de ses films Irlandais... Mais après la guerre, les studios vont vers plus de réalisme, et Ford se saisit de l'occasion.
Ce ne sera pas facile de faire admettre à Yates de tourner le film en Irlande, ou même d'utiliser le Technicolor. Ce n'est pas seulement l'avarice qui motive le patron, mais une certaine façon de faire des films, économiquement, à l'ancienne (Et les droits sur un autre système de couleur)... Ford, pour montrer patte blanche, va donc tourner un film vite fait, qui rapportera suffisamment: ce sera l'inutile mais sympathique Rio Grande (1950), le troisième film de cavalerie de Ford, qui recycle des éléments de Fort Apache (1948) et She wore a yellow ribbon (1949). Le travail en Irlande sera pour Ford l'occasion de renouer avec ses origines, un grand moment d'émotion sans doute, ce qui se sent en permanence dans le film; Sean Thornton, c'est surtout Ford lui-même, un homme qui abandonne tout ce qu'il est aux Etats-Unis pour redevenir un Irlandais, mais dans une Irlande rêvée, idéale.
Les indices, comme je le disais, ne manquent pas pour souligner cette non-réalité, depuis le plan qui voit la carriole de Michaeleen au début qui passe sous un pont sur lequel passe un train, comme on passe à travers le miroir, jusqu'à ce salut des acteurs-personnages à la fin du film, en passant par le climat d'envoûtement de certaines scènes, et bien sûr certains personnages qui font déborder l'histoire du côté de la farce, de la comédie, et du fantastique: Michaeleen Oge Flynn (Barry Fitzgerald), qui dicte au compositeur Victor Young un air folklorique pour la grande scène de bagarre, après tout, est comme une bonne fée, non?
Et puis le film ne se contente pas d'être un retour à une Irlande qui n'existe pas, c'est une halte bienvenue dans les films de Ford, qui ronronnaient de plus en plus; ici, il s'est passionné pour l'histoire de cet amour contrarié d'un homme marié, mais avec une femme dont le frère n'a pas voulu qu'elle dispose de tous ses objets et de sa dot: elle va donc exiger de son mari qu'il défende l'honneur de son épouse, avec ses poings s'il le faut. Celui-ci refuse, pour des raisons qui nous seront expliquées à temps (Il est un ancien boxeur, et a quitté le ring parce qu'il a malencontreusement tué un homme), et aussi parce qu'il ne parvient pas à comprendre cette coutume Irlandaise d'un autre siècle. Tout rentrera dans l'ordre, d'une façon folklorique et comique, dans une bagarre homérique, pour reprendre l'expression de Michaeleen Oge Flynn... Mais surtout, l'histoire d'amour contée, confiée aux bons soins de John Wayne et Maureen O'Hara, va bénéficier non seulement d'acteurs sublimes, profondément physiques, mais aussi de séquences d'une grande beauté, dans lesquelles le lyrisme purement Fordien, les avantages du lieu (Ce vert! Ces petits murets! ces moutons!), une certaine sensualité (Maureen O'Hara enlève ses bas dans la plus pure tradition érotique du cinéma muet, puis le baiser fougueux dans le cimetière) les éléments ( Le vent, la pluie) et même un souvenir de cinéma muet (La fameuse séquence en tandem, dans laquelle les acteurs jouent mais ne parlent plus, est jouée comme dans les années 20) vont créer une des plus belles scènes d'amour qui soient... Et qui prend son temps, d'ailleurs, dépassant une bobine: Wayne et O'Hara ont le temps de couvrir beaucoup de terrain, que ce soit en carriole, en tandem, ou à pieds...
Pour finir, les commentaires critiques sur ce film ont souvent semblé décalés par rapport au plaisir qu'on prend et à l'importance du film pour Ford lui-même: oui, bien sûr, ce n'est pas exactement l'Irlande, d'ailleurs les Irlandais n'ont au départ pas vraiment accroché au film, jugé caricatural. Il l'est certainement, même si ce n'est sans doute pas volontaire. Ford était d'origine Irlandaise, pas Irlandais: il n'a pas vécu en Irlande, et s'y est fait des copains, notamment à la faveur de ce tournage, exactement de la façon dont il s'est fait des amis d'une tribu Navajo qui l'a adopté durant ses nombreux tournages à Monument Valley. Il est venu en vacances en Irlande, avec sa troupe (Barry Fitzgerald, Wayne, Mclaglen, Bond, et même dans son avant-dernier rôle, son vieux cabotin de frère Francis Ford) et tous les enfants Wayne apparaissent dans le film... Si à la façon de Flaubert, il est Sean Thornton, c'est comme on devient un personnage quand on joue étant enfant, ou comme on rêve. Comme d'autres films, des très beaux, de Powell ou Minnelli ou Borzage, ce film est beau comme un rêve, qui finit bien, et auquel on a envie de revenir depuis la première fois qu'on l'a vu; c'est un film sacré, d'autant plus sacré que jusqu'à ce début 2013 (Sortie du film dans un superbe Blu-ray aux Etats-Unis chez Olive films) on ne pouvait le voir que dans d'abominables copies toutes plus laides les unes que les autres, et ça, cest désormais du passé!
Bref, The quiet man n'est pas l'Irlande, cest en tout cas le premier film authentiquement Irlando-Américain, ou Américano-Irlandais: le reflet décalé d'une culture rêvée plutôt qu'authentique... Il donne aussi furieusement envie de partir en vacances à Cong, dans le conté de Galway, et pour ma part je le considère comme un sommet de l'oeuvre de Ford, ayant même l'outrecuidance de considérer que si on n'aime pas The Quiet man, alors on n'aime pas Ford!