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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 08:34

Perpétuant la tradition, née dans Wabbit Twouble (D'ailleurs cwédité à Wobewt Cwampett, awors que ce fiwm n'est pas signé de Fwiz Fweweng), d'associer jusque dans le titre la présence de Bunny et celle de son adversaire le chasseur Elmer Fudd à a diction si caractéristique, Friz Freleng se livre donc à ce qui aurait pu être un film assez routinier, mais devient éblouissant, dès que la spécificité de l'intrigue apparaît: ayant appris qu'il héritait à condition de ne jamis toucher à un poil du moindre petit innocent animal, Elmer rentre chez lui dans son opulente maison et va devoir subir l'agressive intrusion du lapin, qui a une mission: l'importuner au-delà du raisonnable... Bien mené, énergique, le film est même doté d'un surprenant gag travesti: en cherchant le lapin chez lui, Elmer entre dans une pièce qui a tout du vestiaire féminin, et y surprend Bugs Bunny en plein remaquillage, en sous-vêtements bleu ciel. Mais bon, on peut se poser la question de la pertinence pour le célibataire Elmer d'avoir une telle pièce chez lui... On notera quand même que le design des personnages n'est pas encore totalement établi, notamment celui d'Elmer Fudd qui contrairement à Tex Avery, mais de la même façon que Clampett, a représenté un Elmer Fudd victime de surpoids.

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes Friz Freleng
16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 08:24

On connait le personnage de Hiawatha, le petit Indien qui chasse dans la forêt hostile pour rire, adapté d'un poème de H. W. Longfellow: il a fait l'objet d'un court métrage chez Disney, l'une des dernières Silly Symphonies. Il était sans doute inévitable qu'il fasse l'objet d'une Merrie melody, la série concurrente de la WB, mais a cerise sur le gâteau, c'est que le film permet d'y ajouter un adversaire de taille, en l'occurrence un lapin, rien moins que le tout récemment baptisé Bugs Bunny. Premier film de Bunny réalisé par Friz Freleng, on y voit un net ralentissement de l'action, poursuivant l'expérimentation entamée par Chuck Jones, et ici on est aux côtés du héros lorsque le petit chasseur arrive. Pour le reste, c'est bien sur une lutte inégale, comme d'habitude: Bugs Bunny ne peut pas perdre! Freleng excelle comme d'habitude avec la musique, le fait de rythmer les allées et venues des personnages reste son point fort, et les décors sont absolument superbes. Cela étant dit, on est devant un film moins caustique, plus enfantin que d'habitude... Et pourtant, sans gonfler le nombre des dessins animés censurés à jamais à 12, il est assez rarement diffusé à cause des stéréotypes raciaux qu'il véhicule. Un argument pas vraiment convaincant au vu d'un film bien gentil...

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes Friz Freleng
13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 16:10

Louis Delluc citait souvent ce film en exemple. L'exigeant critique (Et parfois cinéaste lui-même) y retrouvait un niveau artistique rarement atteint par le cinéma en cette époque... Pourtant une vision du film aujourd'hui produit souvent un sentiment de confusion, parfois d'ennui. Il faut vraiment y revenir pourtant, tant ce film, mélodrame revendiqué (L'Herbier donnait à tous ses films une catégorie changeante: Marine, Eau-forte, etc... C'était bien sur essentiellement de la prétention et un fort snobisme, mais dans le cas d'El Dorado, il a fait simple: la Gaumont a promu le film comme étant un "Mélodrame de Marcel L'Herbier".) tranche en effet sur toute la production Française, et même sur l'avant-garde, fort turbulente à cette période... Et il me fait penser aux efforts contemporains d'un autre cinéaste, et en dépit de la présence de sa muse Eve Francis, ce n'est pas Louis Delluc.

C'est afin de rendre hommage à l'Espagne que L'Herbier en a écrit le scénario, en compagnie de Dimitri Dragomir, son assistant sur plusieurs films. Il a imaginé une histoire de tous les temps, située à Grenade: Sibilla (Eve Francis) est danseuse, dans un bouge, l'El Dorado. Les filles dansent, et même si ce n'est jamais dit, elle vont peut être aussi un peu plus loin. Sibilla est la préférée des habitués, et elle danse toujours avec le sourire, même si la vie n'est pas rose: elle a eu un enfant d'une idylle ancienne, avec une crapule, Estiria, et le petit est malade. Sibilla sait que si personne ne lui vient en aide, le gamin mourra. Elle fait appel à son ancien amant (George Paulet), mais celui-ci marie sa fille (Marcelle Pradot) avec un homme de la haute noblesse, et ne veut pas laisser son passé le rattraper. Lorsque Sibilla découvre que la fille d'Estiria a un amoureux, un peintre (Jacque-Catelain), elle décide rpofiter de l'occasion pour assumer sa vengeance, tout en confiant son fils aux bons soins de la maman du jeune peintre...

L'Espagne de ce film a beau être essentiellement une image, une pose esthétique, L'Herbier lui donne une surprenante sensualité, en tournant quelques scènes-clés dans les palais hérités de la domination Arabe. Il favorise ici des caches très élaborés, rappelant les décorations de ces palais, et nous montre une vie intense et trouble dans les locaux enfumés de l'El Dorado. La faune qui peuple le café est évidemment en contraste avec la bonne société qui tourne autour d'Estiria, mais L'Herbier donne pour une fois à ces bourgeois suffisants une dimension satirique fort méchante, ce qui est une belle avancée pour ce moraliste impénitent... Et l'utilisation de tous les trucs habituels du cinéaste (Flous, caches, déformations) sont en harmonie avec le jeu intériorisé de l'actrice principale: El Dorado est le meilleur film d'Eve Francis, haut la main. Et si L'Herbier ira dans d'autres directions bientôt (L'inhumaine, Feu Mathias Pascal), ici, il se rapproche de Stroheim: même sens de la composition riche en détails, même mélange de sacré et de profane, de beauté et de laideur (Avec une composition étonnante de Philippe Hériat en fou du village qui ne pense qu'à violer Sibilla)... Il manque sans doute à L'Herbier un sens de l'éclairage que Stroheim possédait de manière spectaculaire, un sens plus sobre du montage (Celui de ce film est formidable, mais un peu trop pyrotechnique, contrairement à Stroheim qui savait doser son rythme)... et un scénario un peu plus solide! Mais en l'état, El Dorado, une fois passés les défauts si typiques de L'Herbier (Marcelle Catelain et Jacque-Pradot sont comme d'habitude la définition même de l'adjectif "tarte") est bien un film surprenant qui a après tout mérité son immense succès, et donné des ailes à L'Herbier qui s'apprêtait à lancer sa propre compagnie, Cinegraphic.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Marcel L'Herbier *
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 18:16

A wild hare (1940)

Après la création en quatre temps du personnage de lapin des Merrie Melodies et Looney tunes, le film sans doute le plus important pour terminer de cimenter tous les aspects du caractère de celui qui allait bientôt être nommé Bugs Bunny a été confié à Tex Avery; dans A wild hare, Bunny est aux prises avec Elmer Fudd qui est venu chasser le lapin... Et celui-ci le voit venir de loin, et va forcément, une carotte à la bouche, lui demander calmement... "What's up doc?" Le reste est de l'histoire, et ça marche tout seul... La voix de Mel Blanc sans accélération est là, avec un accent qui est un mélange de Brooklyn et du Bronx, et le personnage fonctionne tout seul, dans un partenariat qui sera la base d'un grand nombre de cartoons à venir. La seule addition notable du film suivant (Elmer's pet rabbit, de Chuck Jones, rare et indisponible en DVD) sera le nom lui-même.

Tortoise beats hare (1941)

C'est un Bugs très sur de lui qui s'introduit en douce sur le générique du film, et commente les noms des auteurs, puis s'offusque à l'annonce du titre... Avery avait déjà une idée très arrêtée du caractère de cochon du personnage, et si on s'étonne a posteriori un peu de voir Bugs Bunny se faire arnaquer par un autre, le côté matamore du personnage explique très bien l'idée de se laisser défier par... une tortue. Le concept sera réutilisé dans deux autres films, l'un par Clampett, l'autre par Freleng.

A heckling hare (1941)

Les historiens voudraient bien que ceci soit le dernier Bugs réalisé par Avery... Voir plus bas. Dans ce film qui est une suite de gags liés à la poursuite, Bugs a comme adversaire le chien idiot Willoughby, et c'est un plaisir de voir l'invention déployée par Avery et ses animateurs, notamment dans un concours de grimaces mémorable. Certains gags resserviront dès le Bugs suivant, celui dont on n'a à peine le droit de parler...

All this and rabbit stew

...Sans doute parce qu'il fait partie des Censored 11, les 11 Looney tunes et Merrie melodies interdits de diffusion pour présence de matériel controversé, le plus souvent des stéréotypes ethniques que nous qualifierons pudiquement de "passés de mode"... Remplacez Elmer par un jeune noir un peu lent, et vous aurez compris. L'une des variantes, c'est que Bugs triomphe de son opposant en jouant ses affaires aux dés...

Après ces quatre films, le film Crazy Cruise, fini par Clampett, nous montre une courte apparition de Bugs Bunny en 1942... Grace aux films des uns et des autres, Bunny est désormais une star, et Avery est à la MGM. Mais ses films auront beaucoup fait pour pousser les limites dans lesquelles le personnage évoluerait d'une part, et encore plus pour installer son personnage.

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes Tex Avery
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 15:56

Quatrième apparition de ce lapin qu'on n'appelait pas encore Bugs Bunny, et à nouveau la raffinement du personnage est en marche. Mais ici, l'essentiel de l'apport fait par Chuck Jones est concentré dans le ralentissement de l'action... Elmer Fudd y figure dans sa première apparition sous une forme quasi définitive d'un bonhomme rebondi et lent, avec la fameuse voix d'Arthur Q. Bryan, et cette manie d'utiliser en permanence des mots qui regorgent de R et de L, les deux consonnes qu'il lui est impossible de prononcer correctement... Il ne chasse pas encore, mais il cherche à photographier des animaux dans le cadre idyllique d'une forêt clairsemée... Et bien sur il va rencontrer un lapin qui va mettre un point d'honneur à se payer sa fiole!

La voix de Bunny (Qui s'appelait encore pour le personnel du studio, pour ce film et le suivant A wild hare, "Happy rabbit") n'est pas encore fixée, et ressemble beaucoup à ce qu'elle était dans Hare-um scare-hum, avec une sorte de signature pre-Woody Woodpecker (Dont la voix allait bien sur être fournie par Mel Blanc, ceci explique sans doute cela...): une sorte d'accent bien rustique, mais accéléré, ce qui ajoute au côté délinquant juvénile du personnage... Pas encore totalement défini au niveau visuel, le lapin est au moins très proche de son futur caractère, et comme je le disais plus haut, Jones en ralentissant l'action nous permet d'apprécier le vrai caractère du personnage, son côté farceur, et laisse aux gags le temps d'avoir du sens... Tout y passe dans la confrontation entre Bunny et un adversaire décidément trop bête pour lui... Le film est de fait classique, et superbe sinon éblouissant...

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 10:47

Il y a toujours quelque chose de vaguement insatisfaisant avec les films de Hardaway et Dalton, qu'on les compare à leurs contemporains Freleng, Jones, Tashlin ou Avery, ou leurs successeurs Davis, Mc Kimson et Clampett. Le dessin rondouillard et malhabile renvoie plutôt à la préhistoire du dessin animé, et les intrigues sont surtout le prétexte à des collections de gags parfois drôles, mais dont l'accumulation ne débouche généralement pas contrairement à ce qui se passe chez Avery par exemple, dont le sens du chaos est justement célébré. C'est pourqui il est cocasse de constater que ces deux metteurs en scène vont être à l'origine de la pus brillante carrière d'un personnage de dessin animé... qu'en toute justice d'autres metteurs en scène bien sur sauront bien mieux utiliser...

La véritable petite graine, ce n'est pourtant pas ce film. La première apparition significative d'un lapin dans un court métrage WB a lieu dans Porky's hare hunt, en fin 1938. C'est un film (Looney tune) en noir et blanc, qui reprend la situation de base de Porky's duck hunt, de Tex Avery, avec un lapin fou au lieu d'un canard. Celui-ci en est plus ou moins un remake en couleurs (Merrie melody), avec un nouveau personnage anonyme en lieu et place de Porky Pig (Qui était à cette époque cantonné aux films en noir et blanc), qui préfigure le chasseur malheureux Elmer Fudd. Il lui est d'ailleurs donné une motivation: il se sent harcelé par le gouvernement et les impôts, donc pour ne rien devoir à personne il va chasser... Mais l'intérêt principal de ce film est d'apporter cette fois au lapin un design plus intéressant, avec ce mélange de gris et de blanc qui fera la distinction du futur Bugs Bunny. Pour le reste, il ne mâche pas une carotte, mais du céléri, et la voix de mel Blanc n'est pas encore en place. Et enfin, c'est un insaisissable, énervant rongeur sans grand intérêt, qui bien sur ne se laissera pas facilement attraper...

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Published by François Massarelli - dans Animation Bugs Bunny Looney Tunes
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 10:24

Bien que particulièrement anecdotique de prime abord il est intéressant de se pencher sur ce film de 1939, un court métrage de la série Merrie Melodies de la WB (Et non Loney tunes comme on le dit un peu trop souvent, il y avait bien deux séries de dessins animés distinctes à la Warner...), du à la direction de Chuck Jones, et qui met en scène deux "héros" qui ne feront pas long feu, les two curious puppies, soit "deux chiots curieux". D'une part, ces deux héros qui ne parlent pas, et sont confrontés à d'étranges phénomènes dans la maison d'un illusionniste, sont l'une des premières occurrences de la veine animalière pour les plus petits de Chuck Jones, un trait finalement paradoxal pour cet animateur spécialisé dans la peinture cynique des désastres les plus tragiques de l'âme, et de l'échec à son plus ridicule. Bref, comment accepter sans broncher que l'auteur immortel du coyote soi aussi celui qui a créé la gentille souris Sniffles, ou le mignon petit chat qui vit avec le gros chien tendre Marc Anthony?

Ensuite, le film pose une question, qui résonne aussi dans un certain nombre de dessins animés de court métrage Disney: comment se fait-il que le surnaturel ne passe pas facilement dans les cartoons? L'absurde, oui. Le surréalisme, totalement, en particulier dans les films de Tex Avery, dans les Felix ou dans un film comme Porky in Wackyland, de Bob Clampett... Mais le plus souvent, un personnage qui va débarquer dans un endroit et être confronté à des phénomènes inexplicables, doit au préalable être doté d'une raison solide afin de permettre au surnaturel de sonner juste! C'est ce qui ne fonctionne pas vraiment dans ce film: les deux chiens se réfugient dans une maison qui est celle d'un illusionniste, et sont confrontés au comportement hallucinant d'une créature, un lapin qui apparaît, disparaît, les terrifie, et semble n'avoir aucune réalité physique.

Quant à la troisième et dernière raison de se pencher sur ce film insatisfaisant, c'est sans doute parce qu'il est, justement, l'histoire de la rencontre avec un lapin! En 1938, Ben Hardaway avait tourné une variation sur Porky's duck hunt, de Tex Avery, avec un lapin fou furieux. C'est donc la deuxième fois que cet anonyme rongeur vient perturber des héros de cartoons de la WB, et comme dans le film précité, on est encore loin d'avoir une forme notable pour l'animal, mais en tout cas l'idée faisait son chemin, et n'allait pas tarder, en deux films (Hare-um, scare-hum, de Hardaway et Dalton, puis Elmer's candid camera, de Jones) à aboutir à la création d'un héros, un vrai, un gros. Donc pas de bugs ici, mais déjà un "Proto-Bunny"...

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Published by François Massarelli - dans Animation Bugs Bunny Looney Tunes
9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 16:45

Difficile a priori de reconnaître la patte de John Ford, qui est engagé par la Goldwyn pour réaliser son unique film avec Ronald Colman. C'est un résultat passionnant, parfois ambigu, et profondément attachant. Colman y interprète le héros éponyme du roman de Sinclair Lewis, un médecin obsédé par la trace à laisser dans l'histoire de la science, et qui malgré lui revient toujours à découvrir avec stupéfaction en lui l'humanité d'un médecin généraliste... Une fois passé du côté de la science pure, Arrowsmith va avoir à sa disposition du pain sur la planche, à la faveur d'une épidémie de peste bubonique qui va tester sa résolution: faire avancer la science à tout prix et donc faire profiter l'humanité toute entière, au détriment des malades sil le faut, ou traiter les gens de manière à empêcher qu'ils meurent, sans pour autant faire avancer les choses... Arrowsmith, dès le début du film, fait une rencontre qui sera déterminante: Leora Tozer (Helen Hayes) va, en effet, devenir assez rapidement sa femme. Elle le soutiendra, et d'une certaine façon sera toujours par sa présence la garante de l'humanité du médecin. C'est précisément parce qu'il la laissera derrière lui lors de son expérience avec la peste que la situation va dégénérer.

Difficile de considérer Arrowsmith comme un héros Fordien, en effet. Il manque singulièrement d'humanité et laisse trop tardivement le doute s'installer en lui. Il a un côté Malthusien, dont toute l'empathie semble conditionnée à la présence de son épouse. Et on n'a pas l'habitude de voir Ford s'attacher à la vie d'un scientifique... Mais si le metteur en scène a en effet été greffé au projet sur le tard, le film a des qualités, d'abord plastiques: toujours surdoué pour la composition photographique, Ford avec la complicité d'un chef-opérateur Goldwyn, Ray June, s'amuse avec la brume, avec la lumière et profite des changements d'ambiance du film avec une certaine gourmandise; no passe, après tout, du Dakota à New York, de la neige à la mousson dans les caraïbes... Colman est Colman, c'est-à-dire qu'il est aussi impeccable que Britannique, et Helen Hayes, figure tragique, semble ici dirigée d'une main experte, elle qui avait parfois tendance à en faire sérieusement trop, fait ici connaissance avec la méthode Ford: si ce n'est pas mal à la première prise, pourquoi en faire une seconde?

Maintenant, si j'en crois les filmographies, le film est semble-t-il à 98 minutes incomplet, manquant sans doute 10 minutes. Une sous-intrigue pourrait bien avoir été sérieusement rabotée. Lors de son éloignement, Arrowsmith fait la rencontre d'une jeune femme qui lui décoche des regards d'autant plus langoureux qu'il s'agit de Myrna Loy. Le film en l'état ne nous montre pas leur idylle, mais il est probable qu'elle n'était pas que suggérée dans la version sortie avant le renforcement du code Hays. En attendant, la rencontre est, en un seul mouvement de caméra des pieds à la tête de l'actrice (C'est Myrna Loy!!! Je l'avais déjà dit?), l'un des moments les moins spirituels de toute la filmographie de Ford...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code
7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 07:22
The battle of Midway (John Ford, 1942)

Réalisé en 16 mm et en Technicolor, ce film de 18 minutes est sans doute le plus fameux des documentaires de John Ford effectués dans le cadre de l'effort de guerre. C'est, en dépit de tout ce qu'on pourrai penser, un passage important dans sa filmographie. Il est toujours fascinant à regarder, une fois admis les circonstances particulières de sa réalisation, et son ton ouvertement patriotique, qui n'a rien de forcé, du reste, la plupart des participants ayant milité pour le faire. C'est un compte-rendu commenté de la bataille, à laquelle Ford a effectivement participé à l'événement. Il tournait des images sur un porte avion lorsque l'aviation Japonaise a attaqué. Les images sont spectaculaires, et uniques, captées caméra au poing: Ford n'a pas son pareil pour composer de façon rigoureuse dans le feu de l'action! Et le montage semble ne rien laisser au hasard... C'est de son univers qu'il est question, il a tout capté, aussi bien l'effort, la sueur, que la camaraderie des hommes, le sentiment d'injustice devant les constats amers (La destruction par les avions Japonais d'un hôpital de la Croix rouge par exemple), et le film est complété par des commentaires dits par Donald Crisp, Jane Darwell (Interprétant, je vous le donne en mille, la Mère Américaine), et Henry Fonda et sa voix juvénile. De la propagande? Définitivement, mais pas n'importe laquelle: de luxe...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Guerre
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 16:38
Born reckless (John Ford, 1930)

Ce film est l'histoire édifiante d'un gangster: en 1917, Louis Berretti (Edmund Lowe), un bon fils pour ses parents, est en réalité le chef d'un gang de truands spécialisés dans le cambriolage de bijouteries. IL mène son monde à sa guise, truand certes, mais exigeant quant à la moralité de sa soeur (Marguerite Churchill). Arrêté, il va être puni d'une façon inattendue: il est envoyé en Europe pour participer au conflit contre les Allemands. Il en revient couvert de gloire, et désireux de s'élever. Mais va-t-il pouvoir reprendre sa vie dans le quartier, sans retomber dans les ennuis?

Sorti juste avant Up the river, Born reckless prouve que Ford n'était plus, en 1930, aussi à l'aise pour y tourner des films selon son coeur qu'il n'avait été depuis 1920 à la Fox... Il y a bien sur plusieurs facteurs, certains ayant d'ailleurs été fort bien exposés dans le documentaire Murnau, Borzage and Fox de John Cork: essentiellement, la perte de contrôle de sa société par William Fox a amené les nouveaux décideurs à redistribuer leurs cartes, et d'ailleurs, Ford comme d'autres vont être amenés à céder une partie de leur contrôle sur leurs films à des co-réalisateurs sensés plus à même de s'adapter au son. Officiellement, celui-ci est un film de John Ford, mais il a en fait été co-dirigé par un certain Andrew Bennison. Il serait facile de lui attribuer le ratage du film, je ne me le permettrai pas. D'abord parce que Born Reckless est malgré tout une tentative par Ford de retrouver partiellement dans certaines scènes le style qu'il avait adopté, à l'imitation de Murnau, avec Upstream en 1927, et dont il avait encore usé dans Hangman's house, Mother Machree et une partie de Four sons en 1928. Ainsi ce nouveau film, plutôt orienté vers la peinture de la faune urbaine et de la pègre, est-il riche en scènes nocturnes, en recherches sur l'éclairage et l'ombre, qui parfois sortent le spectateur de sa léthargie. On retrouve même vers la fin du film un décor qui nous est familier, pour l'avoir vu filmé de plusieurs angles dans plusieurs films: un marécage embrumé vu dans Lucky star (Borzage, 1929), Four sons (Ford, 1928), et... Sunrise (Murnau, 1927)... L'autre raison qui nous pousserait à continuer à attribuer ce film surtout à Ford, c'est une direction d'acteurs parfois erratique, déjà vue dans le poussif Black watch (1929) et qu'on retrouvera dans l'ennuyeux Flesh en 1932!

Tout comme son style visuel, le film est un mélange un peu indigeste entre film de gangsters, comédie ethnique (Avec des conversations en Italien mêlant les acteurs qui le parlent et ceux qui le déchiffrent...) et même comédie de guerre: durant le passage consacré à la première guerre mondiale, c'est comme si la Fox se souvenait tout à coup avoir produit le film What price glory? de Raoul Walsh... Mais si Ford essaie de s'imposer un style parfois recherché, avec de belles compositions ça et là, l'ensemble est quand même torpillé par la lourdeur des acteurs et des dialogues. Sorti un an avant Public enemy et Little Caesar, Born Reckless ne leur arrive pas vraiment à la cheville.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code