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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 09:22

Ne soyons pas timides: The wind est le couronnement de la carrière de Lillian Gish, actrice de premier plan dont la longévité force presque autant le respect que son génie. C'est aussi une grande date pour le réalisateur Victor Sjöström, tout en étant hélas son chant du cygne, et tant qu'à faire, rangeons-le par la même occasion dans la catégorie des meilleurs films de 1928, oui, oui, l'année de The circus, Steamboat Bill Junior, Street Angel ou The last Command: ça en impose...

Et comme de bien entendu, cet admirable film n'a pas eu le succès escompté, sorti en novembre 1928 à l'issue d'un montage qui n'a pas été de tout repos, le film a du subir les interférences de distributeurs qui espéraient ne pas avoir de nouveau un film de Lillian Gish qui se termine en tragédie, et surtout en cette fin d'année on aurait été voir n'importe quel film à condition qu'on y parle un peu... The wind était glorieusement muet, se contentant d'utiliser la bande-son pour fournir un accompagnement musical sans aucun relief.

Le carton de titre, qui clame "A Victor Seastrom production" (Seastrom était l'américanisation de Sjöström), ne doit pas nous tromper: à la base du film, on trouve Lillian Gish, actrice de renom, dont l'aventure en indépendante entre 1922 et 1924 n'avait produit que deux films, The white sister et Romola, tous deux de Henry King; cela l'avait amenée en 1925 à accepter une proposition de Irving Thalberg de venir s'installer à la toute nouvelle MGM, afin de grossir les rangs des acteurs sous contrat du studio. Le prestige de l'actrice était son principal atout, et l'un des objectifs de l'actrice était d'aller de l'avant, et de ne plus être associée systématiquement à son ancien mentor David Wark Griffith... Ce n'était pas faute d'avoir tout fait pour se dégager de son influence, jusqu'à avoir réalisé un film, aujourd'hui perdu, Remodeling her husband (1920), avec sa soeur Dorothy dans le rôle principal, et quand même sous la supervision de Griffith. A la MGM, Lillian Gish a la plupart du temps choisi ses scripts, ses partenaires, ses réalisateurs... et a relativement peu tourné: The wind n'est que son cinquième film pour le studio, après La bohême (King Vidor, 1926), The scarlet letter (Victor Sjöström, 1926), Annie Laurie (John S. Robertson, 1927) et The enemy (Fred Niblo, 1927). les deux premiers étaient des oeuvres artistiquement ambitieuses, menées par l'actrice, mais les deux suivants représentaient un compromis entre elle et le studio. Pas The wind: du moins, pour le film, Lillian Gish, Victor Sjöström et Irving Thalberg parlaient semble-t-il d'une seule voix, et le choix du metteur en scène incombait à Lillian Gish seule.

 

Non que le tournage ait été facile... comment en aurait-il été autrement avec un tel sujet? Un film, quasiment un western, mais privé des morceaux de bravoure qu'après Stagecoach on assimilerait systématiquement au genre, tourné en plein désert avec un vent à décorner les boeufs, qui souffle en permanence de la poussière... L'actrice, en perte de vitesse au box-office, a par ailleurs besoin d'un matériau adulte, et de ne pas trop se reposer sur son image éthérée de vierge éternelle... Elle a donc sélectionné elle-même le roman de Dorothy Scarborough, dont l'adaptation a été confiée à la scénariste Frances Marion: le film, en 75 minutes, nous détaille de façon hallucinante la transformation d'une femme déçue, une Bovary sudiste (Elle vient de Virginie!) qui doit affronter la crudité du monde, symbolisée par la tourmente incessante d'un vent et de tempêtes de sable, et s'éveiller aux sens, à son corps défendant d'ailleurs. Letty Mason arrive au Texas pour vivre chez son cousin, persuadée qu'elle va trouver un endroit plaisant à vivre, mais se retrouve chez des paysans qui vivent dans des cabanes délabrées, en plein désert, en plein vent... Et la femme de son cousin ne voit pas arriver une rivale potentielle avec la plus grande bienveillance. Au bout de quelques jours, Letty se voit contrainte de choisir un mari pour quitter les lieux. Trois choix possibles: Wirt Roddy, un séduisant voyageur de commerce, Lige Hightower et Sourdough, deux cow-boys amis de la famille...


Qui peut nous émouvoir aussi bien que Lillian Gish lorsque, sommée de choisir un mari pour survivre elle trouve comme par hasard rapidement la perle rare dans la personne de l'élégant voyageur de commerce (Montagu Love) qui la fréquente avec une certaine assiduité depuis le début du film? Elle réussit à maintenir la naïveté de son personnage sans pour autant se priver de lui faire exprimer ses désirs (en écho au personnage d'Hester Prynne dans Scarlet Letter, qui conduit effectivement le pasteur vers des rapports charnels, sans hésitation aucune, et sans apparaître pour autant une femme de mauvaise vie...). Mais l'homme est déjà marié, et Letty devra faire un autre choix. Et la scène de séduction finale, lorsque l'homme s'introduit dans la cabane de Letty Mason, toujours virginale, n'en prend que plus de poids: on peut dire que c'est un viol, mais le fait est que le personnage de Letty Mason consent et accepte son destin: elle choisit, entre la fuite et l'errance dans le vent ou le quasi-viol par un homme qui par ailleurs la séduit, le moins pire des deux, et scellera son choix en tuant l'homme. Elle le tuera dans un geste ô combien ironique, puisque le révolver est l'objet que Sjöström choisit de cadrer, dépassant de son holster, pour suggérer le rapport sexuel (on hésite à parler de nuit d'amour...) qui vient de se produire: après l'inévitable ellipse, on revient dans la cabane. L'homme se rhabille, ses armes sont sur la table. Letty les regarde, puis regarde l'homme au moment ou celui-ci se rhabille. Le regard qu'elle lui porte au moment ou il la presse de partir avec lui est sans ambiguïté: la nuit n'a pas été pour elle la révélation d'un amour... Elle est prête à le tuer pour l'empêcher de la prendre avec lui.


On est loin des bluettes Griffithiennes... Le forte de Sjöström, l'utilisation des éléments du décor et des éléments tout courts, dans le but d'exprimer les passions humaines, trouve un écho formidable dans une Lillian Gish magnifiée par l'approche de la quarantaine(Il faut voir la scène, célèbre du reste, dans laquelle la jeune oie blanche se transforme d'un coup en créature plus charnelle, mais sans en avoir conscience, en se coiffant, révélant de façon troublante sa chevelure jusqu'ici contenue, qu'elle coiffe avec énergie... La répression des pulsions est au coeur de cette scène et de ce film...) et sa collaboration fantastique avec Lars Hanson, qui donne une impressionnante consistance à son personnage de bouseux frustré: Lui qui croit que Letty le choisit par amour, il découvre à la faveur d'une scène magistrale de lune de miel maladroite (Sjöström ne cadre que les pieds des acteurs, exprimant leur désir, leur hésitation, leurs impulsions et leurs déplacements; une idée qui pourrait être attribuée à Lillian Gish, qui aimait les scènes d'amour les moins explicites possibles) qu'elle ne l'épouse que pour avoir un toit. Le personnage, jusqu'ici bouffon, va acquérir une véritable dimension tragique par le sacrifice auquel il consent: il va permettre à sa femme de partir et économise dans ce but. Du reste, Sjöström a beaucoup utilisé la fragmentation des corps dans son film, de multiples façons: les pieds qui jouent à la place des visages dans la scène évoquée plus haut; les mains des personnages, soit cadrées en gros plans, soit seuls "accessoires" utilisés par le metteur en scène et les acteurs (La scène ou Cora, l'épouse, regarde Letty sans bouger, sauf sa main qui tient un énorme couteau de boucher et en essuie le sang sur son tablier...); les yeux de Wirt Roddy (Montagu love) quand il regarde successivement la photo de Letty telle qu'elle était à son arrivée, puis la jeune femme aussi délabrée que la cabane dans laquelle elle vit, rendue folle par le vent... De même qu'il sait mettre en valeur n'importe quelle partie du corps pour pour lui faire exprimer des émotions, Sjöström a de toute façon un grand sens du détail, comme on l'a vu avec le fameux holster dont dépasse une arme qui va symboliser autant le viol que le meurtre qui suit.

 

Oui, car si on a beaucoup reproché au système Hollywoodien d'avoir imposé un happy-end à Sjöström et Lillian Gish pour ce film par ailleurs structuré en cinq actes en dépit de sa brièveté, il n'en reste pas moins que Lillian Gish se rend coupable d'un meurtre, même si comme le dit son mari, il a été commis de bon droit. Et ces deux amants poussés l'un contre l'autre par le vent et le sort plus que par l'amour, doivent désormais vivre dans la prudence, car ils ont un lourd secret à dissimuler.. On peut rêver plus heureux, non?

Quoi qu'il en soit, The wind est un admirable chef d'oeuvre, un film dont le visionnage s'impose... si on peut le voir, puisque Warner qui détient les droits du film, se refuse pour l'instant à l'éditer, ni dans un DVD ou Blu-ray digne de ce nom, ni dans la collection de VOD Warner archives. Le film est juste régulièrement programmé sur TCM. Un jour, peut-être...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Victor Sjöström Lillian Gish *
18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 16:36

La biographie ultra-fantaisiste de Cole Porter (1891-1964) par Michael Curtiz est en soit un "véhicule" pour Cary Grant, qui n'avait pas encore totalement établi son style Hitchcockien, entre comédie délurée et charme fatal d'espion dangereux... Alors on a droit a des scènes édifiantes, entre répétitions et représentations, évènements de l'histoire (Le Lusitania coulé, la nouvelle tombe en pleine premiière triomphale d'une revue qui va souffrir des suites de l'incident, l'engagement de Porter dans les forces Françaises sans attendre la déclaration de guerre en 1917, etc)... Son idylle tumultueuse avec son épouse (Alexis Smith), présentée ici d'une façon acceptable, quasi-familiale, alors que le principal problème entre eux, c'était bien sur l'homosexualité du compositeur. Le tout est émaillé de chansons de Cole Porter (Begin the beguine, Let's do it, Just one of those things...) , chantées ou jouées de façon teriblement académiques...

 

Michael Curtiz, qui ne se privait en rien de morceaux de bravoure de mises en scènes (Ces longs travellings d'exposition, ces ombres de danseuses, etc), tuait le temps en reluquant les danseuses, et faisait strictement son travail sans rien ajouter à sa gloire. mais ce film, dont les numéros musicaux sont signées d'un réalisateur/chorégraphe de la Warner, Leroy Prinz, se situe exactement au confluent de deux genres illustrés par Curtiz, qui sont parmi les moins intéressants de son impressionnante carrière: les "musicals" (Mammy, This is the army) et les biographies de grands hommes (Yankee Doodle Dandy, The Will Rogers Story); de plus, Night and day nous permet une fois pour toutes de montrer ce qui n'allait pas chez Curtiz dès qu'il s'attaquait à un musical: là ou avant lui Busby Berkeley, et après lui Vincente Minnelli ou Gene Kelly faisaient exploser les lmites du studio pour donner à voir du rève, Curtiz soulignait à gros traits le carton-pâte, maintenait en évidence le fait que tout ce spectacle était un travestissement de la vérité: une constante dans son oeuvre, et une sérieuse limite dans l'art escapiste et basé sur le merveilleux d'un genre aimé entre tous...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Cary Grant
18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 11:29

Première phrase accrocheuse visant à donner envie de lire. Faits rapidement énumérés dans le but de donner envie au lecteur d'en savoir plus; date de sortie, nom de la compagnie de production, casting et divers faits du même genre en rapide succession afin de montrer le sérieux de la critique, suivis par une phrase volontairement énigmatique dont le but évident est de faire en sorte que le lecteur aille jusqu'au bout de ce texte...

Ca peut paraitre idiot, voire C'EST idiot, de commencer un texte critique comme le paragraphe qui précède. mais c'est dans l'esprit du film, l'inclassable Schizopolis. Après avoir taté de quelques genres, et avant de le faire avec encore plus de moyens, Soderbergh s'est attelé à un film personnel, qui n'a peut-être aucun sens, pas plus si on veut que n'importe quel épisode de Monty Python's flying circus, ou qui traite d'un certain nombre de thèmes, on ne sait pas exactement.

Si on choisit la première hypothèse, alors Schizopolis est bien un film inutile, mais réjouissant; du moins pour moi, et je ne suis pas tout le monde, le film ayant été détesté quasi unanimenent au moment de sa sortie ultra-confidentielle... il consiste en une série de scènes vaguement reliées entre elles par une intrigue squelettique, et entrecoupées de saynètes, de liens, de provocations diverses (Un homme nu en T-Shirt, poursuivi par deux infirmiers, un dératiseur fou qui se tape toutes ses clientes en usant d'un langage incompréhensible, avant de changer de "métier" et se de mettre à agresser la terre entière, des flashes de news burlesques prononcées avec le plus grand sérieux, etc...). Le metteur en scène apparait, d'abord en tant que lui-même, tentant de présenter le film à une salle vide, mais aussi dans le double rôle de Fletcher Munson et de Walter Korchek, et la plupart des scènes ont lieu dans le quotidien d'un certain nombre de banlieusards sans âme.

Si on prend la deuxième hypothèse, le plus souvent réfutée par Soderbergh lui-même, à savoir que le film aurait un sens, on constate que l'histoire est celle d'un couple, les Munsons qui se désagrège, chacun d'entre eux pouvant exposer son point de vue ce qui résulte en des scènes d'ailleurs hilarantes: dans la version de Fletcher Munson, monsieur (Soderbergh) rentre, et au lieu de dire bonsoir à son épouse (Mrs Soderbergh), lui dit "salutation générale", ce à quoi elle répond par "salutation générale". Toute leur conversation est faite de mentions génériques de cet ordre.

Plus tard, on a la version de Madame qui, elle, pose vraiment les questions, mais son mari lui répond... en japonais. Lui est employé par un philosophe, et écrit des platitudes vides, d'ailleurs quand il parle, c'est vide aussi... Elle a un amant, qui n'est autre que Walter Korchek, dentiste; ça tombe bien, puisque Fletcher rêve d'être Korchek, et finit par le devenir, et donc finit aussi par se rendre compte de l'adultère. Etc etc etc... Un dénominateur commun à toutes ces scènes généralement drôles (La encore, si on est un aficionado des Monty Python...): le langage: vide de sens, vide de contenu. L'un des motifs principaux du film...

Donc, si on suit le raisonnement qui précède, Schizopolis (le titre, tiens donc, a un sens!) est un film sur le langage qui prouve en dissimulant son sens que le langage n'en a aucun... Un film masturbatoire dans lequel le metteur en scène tient le rôle principal d'un homme qui ne sait tellement plus communiquer qu'il se contente de se masturber dans les toilettes... Un film sur un couple qui se désagrège par un couple qui ne va pas très bien. ...Un autofilm? Je vous laisse avec ce terme. Bon visionnage!

Conclusion hâtive visant à laisser le spectateur potentiel de ce film sur sa faim, et créer une envie pour le film.

P.S.: Nose army. Beef diaper?

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh le coin du bizarre Criterion
17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 18:28

How the west was won est un objet bien encombrant, dont il est difficile de savoir quoi faire; c'est un western, qui couvre un ensemble de sujets particulièrement spectaculaires (Les débuts des déplacements vers l'ouest des pionniers, la ruée vers l'or, l'implication des gens de l'Ouest dans le conflit Nord-Sud, l'expansion due à la construction du chemin de fer, et enfin la fin du banditisme et des guerres Indiennes), sans en approfondir aucun, une collection d'entrées et de sorties, d'allées et venues de stars (James Stewart, Henry Fonda, Richard Widmark, George Peppard, Debbie Reynolds, John Wayne...) et se pose comme l'histoire d'une famille depuis la rencontre sur une rivière entre Eve (Bien entendu) Prescott et Linus Rawlings, elle une fille de fermiers et lui un trappeur, rencontre symbolique entre l'esprit d'aventure et la volonté de bâtir en profondeur donc...

 

Confié à trois metteurs en scène (Ainsi qu'à Richard Thorpe pour quelques transitions), le film est surtout le prétexte à montrer des morceaux de bravoure en Cinerama, depuis la descente mortelle des rapides jusqu'à l'attaque du train en passant par le stampede fatal des bisons... Marshall a pour charge l'épisode durant lequel les incidents émaillent la progression de la construction du chemin de fer, Hathaway a pour sa part signé le plus gros du film: trois épisodes, dont le premier (le meilleur?) situé sur les rivières; Ford laisse sa marque de façon évidente sur l'épisode de la Guerre Civile: sentimental, marqué par la mort des deux protagonistes du premier épisode, le réalisateur semble nous indiquer à quel point le guerre civile entre les Etats de l'est a profondément changé les mentalités de tous les Américains, provoquant une rupture émotionnelle y compris dans l'Ouest... Il en profite aussi pour représenter un duo de généraux, Grant et Sherman dont l'éternel second laconique, qui suit le premier comme un petit chien, est interprété par John Wayne. Les commentaires sur l'alcoolisme invétéré de Grant sont ils une private joke sur Wayne et Ford? Pour le reste, on ne va pas faire trop grand cas de cette Guerre civile; c'est du Ford, mais on n'est pas devant The Searchers...

 

Pour conclure, si How the west was won n'a rien d'un grand western, la sortie de la version blu-ray présentant une recréation de l'effet original du cinerama, sous la forme d'un écran "Smilebox", rend le visionnage extrêmement plaisant: peu importe que le film ne soit qu'une succession de moments faciles, c'est un musée dont le parcours est une source de plaisir... coupable.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Henry Hathaway Western Filmouth John Wayne
17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 17:38

Dans un désert inondé de soleil, deux policiers Mexicains procèdent à une arrestation de trafiquants de drogue, mais leur proie est interceptée par des barbouzes au service d'un militaire, le général Salazar, caïd anti-drogue du Mexique. C'est le point de départ d'un film choral peu banal, réalisé avant que cela ne devienne la mode (Babel d'Inarratu, Crash! de Paul Haggis, voire Contagion de Soderbergh), et qui prend le parti non pas de subdiviser la progression en autant d'intrigues que de personnages, mais plutôt de désigner trois lieux, ou groupes de lieux, où les actions se situeront, toute en rapport avec la lutte contre la drogue, entre Mexique et Etats-Unis. Chaque partie expose les parcours, stratégies, points de vue et mises en scène des différents protagonistes.

Dominées par un filtre bleu, un grand nombre de scènes se situent dans l'Est, autour de Cincinnati ou vit le juge Robert Wakefield (Michael Douglas), nommé par le Président à la tête de la cellule anti-drogue du gouvernement; le problème, c'est que sa fille (Erika Christensen), une jeune élève modèle d'une école privée très cossue, consomme avec un appétit vorace de nombreuses drogues, notamment du crack, et ne se prive pas d'expérimenter: cocaïne, free base, héroïne... Comment concilier dans ces conditions son objectivité, et surtout mener une bataille dans un pays ou la lutte contre la drogue passe d'abord et avant tout par la punition des consommateurs, considérés comme délinquants et en première ligne?

Les séquences tournées au Mexique sont marquées par une luminosité excessive, et nous présentent Javier (Benicio Del Toro) et Manolo (Jacob Vargas), deux petits policiers comme d'autres à Tijuana: fondamentalement honnêtes, mais sous-payés; ils arrondissent leurs fins de mois en se livrant à de petits arrangements sur le dos des touristes, jusqu'à ce qu'un jour, le Général Salazar (Tomas Milian), big boss de la lutte anti-drogue, leur propose de travailler pour lui, sans qu'ils sachent qu'il est à la tête d'un des cartels les plus voraces du pays...

 

En Californie, deux policiers (Don Cheadle, Luis Guzman) de la DEA (Drug Enforcement Agency) se livrent à une arrestation fructueuse, en mettant la main sur un "businessman" (Miguel Ferrer) dont la vraie activité est de couvrir un trafic de drogue; il va témoigner contre Carl Alaya (Steven Bauer), un puissant homme d'affaires de San Diego, impliqué dans le trafic, et dont l'épouse Helena (Catherine Zeta-Jones)va découvrir à la lumière de cette histoire la source de leur imposante fortune. au lieu d'un cas de conscience, l'épouse qui attend un enfant se mobilise pour faire libérer son mari coûte que coûte pendant que la protection du témoin s'organise...

Les trois "zones" vont occasionnellement se croiser, à la faveur par exemple d'un déplacement de Wakefield dans l'Ouest, ou lors d'un passage de Javier de l'autre coté de la frontière. La force principale du film provient d'abord de deux choses: un script exceptionnel, qui ne triche en aucun cas et expose les faits sans aucune gloriole héroïque, et une mise en scène organisée par un génie de la guérilla qui saisit cette occasion pour réaliser un hommage clair et dynamique au cinéma des années 70, en particulier les films de William Friedkin (French connection) ou Paul Schrader (Hard Core). Et le coté documentaire est rehaussé par la participation de vrais acteurs de la lutte anti-drogue. Pourtant, là encore, on a l'impression d'une guerre perdue d'avance, tant l'écart entre les moyens mis en oeuvre et la réalité du terrain est grande. Que ce soit le juge nommé par le président pour chapeauter la lutte, ou les troufions représentés par Cheadle et Guzman, ils ne pèsent pas lourd face à des organisations dont le film montre bien qu'elles ne craignent pas les frontières, ou en regard de l'aspiration des jeunes bourgeois du film à simplement trouver leur plaisir dans la consommation de drogue; on apprécie cette honnêteté du film qui échappe au misérabilisme de la drogue, tout en ne se voilant pas la face et en montrant aussi la réalité des ghettos où les stupéfiants sont un produit qui va permettre l'existence d'une économie parallèle pour certains minorités. Et le film a des atouts formidables avec la saga de Javier qui va semble-t-il réussir à écarter Salazar, et redonner un semblant d'espoir à son quartier, même si c'est pour deux jours, et avec les aventures sordides de Caroline Wakefield, qui se livre pieds et poings liés à toutes les drogues dures qu'elle croise, ne serait ce que dans le cadre d'une crise d'adolescence particulièrement aigue. ces séquences entre Erika Christensen et Michael Douglas sont magnifiques, et quand on a des enfants, elle laissent un poids conséquent sur le spectateur... Le film se termine sur des étapes satisfaisantes pour la plupart des histoires, mais on ne se cache pas que le réalisme impose un certain pessimisme au spectateur.

 

Le film reste à ce jour celui qui montre le mieux la façon dont Steven Soderbergh a pu à sa façon et dans son coin, révolutionner le cinéma Américain, sans effets spéciaux, avec une intrigue fouillée et une mise en scène volontariste, une confiance dans des acteurs chevronnés (Et quel casting!), et une collaboration non seulement avec le scénariste Stephen Gaghan, mais aussi avec le monteur Stephen Mirrione, et bien sûr avec lui-même, puisque sous le pseudonyme de Peter Andrews, il est responsable de la prise de vues du film. Et il le fallait, car il est probable qu'aucun autre directeur de la photographie ne se serait laisser aller à de telles expérimentations... Cette histoire de points de vue entrecroisés, de mise en scènes antagonistes rejoint le fil de sa réflexion entamée avec Sex, lies and videotape.

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Criterion
16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 10:23

Quand une femme monte l'escalier... en direction de son lieu de travail, un bar dans le quartier de Ginza, à Tokyo, elle s'arrête un instant pour considérer le cours de sa vie. Et on est totalement dans l'univers de Mikio Naruse, dans un enchevêtrement savant de moments du quotidien enchainés avec un incroyable talent par le réalisateur qui nous donne à voir son sujet de prédilection en cette aube des années 60: le bilan amer de la vie d'une femme à la croisée des chemins. Pourtant, contrairement à Histoire d'une femme, tourné l'année suivante, pas de flash-back ici, tout est situé en cette période de crise dans la vie de Keiko (Hideo Takamine): elle est hôtesse de bar, travaille sans relâche, mais voit autour d'elle les autres femmes évoluer différemment; son amie Yuri par exemple a joué le tout pour le tout, et a réussi à trouver des appuis pour ouvrir son propre établissement, tout en lui volant sa clientèle. Pas d'amertume entre elles, juste de l'inspiration: Keiko est tentée de faire de même, et démarche activement les financiers probables, généralement des clients, en compagnie de Komatsu (Tatsuya Nakadai), le fidèle comptable, amoureux d'elle en silence. Une autre femme qui se débrouille, apparemment, c'est Kundo; elle aussi a de l'ambition, mais elle n'hésite pas à aller plus loin, et couche sans vergogne dans le but d'acquérir son indépendance. entre ces deux exemples, la vie difficile de Keiko va basculer, elle qui a trente ans est entrée dans la dernière période de sa vie au cours de laquelle elle pourra soit se marier soit devenir sa propre patronne...

 

Les choix de Keiko sont nombreux au début du film; les sentiments tout d'abord, dans la mesure ou le personnage joué par Nakadai (génial, comme d'habitude) ne fait aucun mystère de son attirance; elle peut même devenir la maitresse d'un autre homme, mais au vieux dégoutant qui lui fait des avances (Ganjiro Nakamura), elle préfèrerait l'homme qu'elle aime en secret depuis cinq ans, et que par orgueil elle n'a jamais démarché pour de l'argent (Masayuki Mori); elle peut aussi suivre l'exemple de Yuri (Keiko Awaji) mais elle aura vite la surprise d'apprendre que son amie et rivale est au bout du rouleau sous la pression... Elle peut peut-être se marier, mais le seul prétendant raisonnable (Daisuke Kato) s'avèrera plus que décevant; et bien sur, elle a aussi l'option de coucher, mais elle s'y refuse. Confrontée au cap de la trentaine, Hideo Takamine promène son beau visage lumineux en faisant illusion, mais le point de vue du film ne trompe personne sur le fait qu'elle soit clairement à un tournant dramatique de sa vie. Le cinémascope, en noir et blanc, la musique de Toshiro Mayuzumi largement inspirée du jazz chic du Modern Jazz Quartet, qui sied parfaitement à ces histoires de sorties nocturnes, contribuent à donner un écrin magnifique, de grande classe, à une histoire terrible de vie gâchée, racontée avec une étonnante franchise par un maitre.

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Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse
12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 17:47

Avec Green light dont Flynn entendait faire un changement radical par rapport à ses épopées précédentes (Captain Blood et Charge of the light brigade), Borzage a donc réalisé son dernier film Warner, qui tranche sur tous les autres, et est de fait plus proche de ses préoccupations. Errol Flynn y incarne un médecin, le Dr Newell Paige, particulièrement préoccupé du bien-être de ses patients, et qui confesse n'avoir aucun temps pour se soucier des âmes. sa rencontre avec la fille d'une patiente décédée qui le croit responsable va bouleverser sa vie, et l'amener à se remettre durement en question...

 

Le dr Newell Paige est un héros sans tourment, à la vie réglée: il résiste vaillament aux avances de l'infirmière Ogilvie (Margaret Lindsay) parce qu'il la sait amoureuse, et ce n'est pas réciproque. Il prend bien soin de ses patients, ce qui le pousse à remplacer au pied levé un collègue qui tarde pour une opération; mais lorsque celui-ci commet une faute dans l'opération, il ne le dénonce pas. La crise qu'il traverse suite à sa démission vont pourtant lui faire trouver sa voie: il va se sacrifier, trouver dans une expérimentation sur lui même la façon dont il peut être utile pour toute l'humanité. Aidé en cela par l'infirmière Ogilvie, qui va sacrifier son amour, par Phyllis Dexter (Anita Louise), la fille de la patiente décédée dont il est tombé amoureux, par le doyen Harcourt (Cedric Hardwicke) enfin, un vieux révérend qui va se placer non pas en juge, mais plus en conseiller des personnages principaux dans le film, assumant ainsi l'habituel rôle dévolu aux "bonnes fées" dans les contes inspirés de Cendrillon: on est bien dans l'univers du cinéaste.

 

La spiritualité dans ce film, en dépit de tout, y est représentée comme un ensemble de choix, un parcours atteint à l'issue d'un ensemble d'épreuves. on retrouve le gout de Borzage pour les passions et sentiments mis à l'épreuve du travail, du sacrifice ou de la passion amoureuse. On le retrouve tout en sachant que le film, aussi délicat et inhabituel soit-il, n'est pas son meilleur, s'entend. Du reste, Flynn est revenu ensuite à de plus classiques aventures, mais certains aspects sacrificiels de son personnages se retrouveront dans Dive Bomber et dans They died with their boots on quelques années plus tard...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 16:29

"Why not call it Joe Mankiewicz's western?", aurait dit le metteur en scène à ses producteurs afin de résoudre le problème du titre de ce film... There was a crooked man commence par un générique assez typique des années 70, dans lequel des illustrations westerniennes à la fois traditionnelles dans leur imagerie, et modernes dansleur style psychédélique accompagnent les crédits alors qu'une chanson folk se fait entendre... Dès le départ, le film se situe entre traditions western et parodie. Le scénario de cet avant-dernier film de Mankiewicz est crédité à David Newman et Robert Benton, et le film ne possède pas de dialogues ouvragés coutumiers du cinéaste; mais par contre, celui-ci reprend le thème de la manipulation, et le cynisme généralisé du film lui convient plutôt bien...

Paris Pitman Jr (Kirk douglas) et un certain nombre d'autres malfrats (Deux petits escrocs, un jeune homme qui a tué le père de sa petite amie par erreur, un Chinois qui en a tué un autre, et un braqueur) se retrouvent dans une prison de l'Arizona, un trou infect. Après quelques semaines, le directeur tué par un prisonnier lors d'une émeute est remplacé par un ex-shériff (Henry Fonda), incapable de reprendre ses activités suite à une rencontre avec le braqueur précité, Floyd Moon (Warren Oates); ce nouveau directeur, humaniste et rigoureux, a à coeur de changer les méthodes de direction de la prison afin de responsabiliser les détenus, et en faire des exemples; il croit pouvoir se fier à Pitman, qui va jouer le jeu tout en lançant un ambitieux plan d'évasion.

Dès le départ, on a une idée de ce qui sera le destin du personnage principal, qui peu de temps avant de se faire épingler, a planqué son magot dans un trou de serpents à sonnettes, ce qui du reste donne au film son titre Français. Paris Pitman est un anti-héros particulièrement tordu, qui n'hésite pas à se débarrasser de tous ses complices pour réussir son évasion, mais le Shériff de Fonda, sans être le même Henry que dans Il était une fois dans l'ouest, n'est pas jusqu'au bout le modèle de vertu affiché durant une bonne part du film: dès sa première apparition, en fait, lorsqu'il se rend dans la chambre d'une prostituée pour lui faire quitter la ville; elle lui offre un tour de manège gratuit, qu'il refuse. Mais il finira par se rendre compte que sa chevalerie et son austérité sont décidément bien vieux-jeu. D'ailleurs, le film nous montre un Mankiewicz qui a fait peau-neuve, appelle désormais un chat un chat: Pitman se fait pincer dans un bordel, en pleine activité alors qu'une des victimes de ses rapines est de l'autre coté du mur à le reluuquer, puis le reconnait; Coy, le jeune condamné à mort, se fait pincer pour meurtre après avoir failli avoir des rapports avec une jeune délurée sur une table de billard; enfin, les deux escrocs (John Randolph et le vieux complice Hume cronyn) sont un couple homosexuel qui passe son temps à se disputer de façon fort caricaturale...

Le film souffre un peu de venir après que le public se soit fait à des films de prisonniers, comme Stalag 17 ou The great escape. Y compris le personnage de William Holden dans le film de Wilder, tous les protagonistes de ce genre de film doivent avoir quelque chose de solide au bout; mais les manigances pas très catholiques de Pitman ne le rendent pas extrêmement sympathique aux yeux du public; et l'impression d'ensemble, à l'exception de Coy, C'est que tous ces gens, prisonniers ou gardiens sont trop vieux, qu'ils ont cessé d'imprimer la légende de l'ouest, à l'image de Fonda qui envisage manifestement le job de directeur de prison comme un passe-temps utile en attendant la retraite; on note ce motif dès l'apparition de "Missouri Kid", la légende de l'ouest, qui lorsqu'il apparaît est en fait le plus vieux des vieillards de toute la prison.

Film pour continuer à exister, ou pour prouver qu'il était encore capable de suivre la mode, ce western bien peu traditionnel, mais dont le postérieur est sérieusement rivé entre deux chaises n'est pas un grand Mankiewicz. il est distrayant toutefois, parfois embarrassant par ses fausses audaces, mais on se dit que Mankiewicz n'était sans doute pas taillé pour le western, un genre dont les codes décidément ne lui conviennent pas.

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz Western
11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 18:53

Le retour à la vie (1949) est une initiative intéressante, qui tente quelques années après la libération de faire le point sur le sort de ceux qui ont été "déplacés", selon un terme qui a des saveurs d'euphémisme et qui couvre des destins bien dissimilaires... Cinq courts métrages en fait, deux de Jean Dréville, un de George Lampin, un en forme de coup de poing d'André cayatte (Il s'est attaché au retour des déportés, en livrant un film qui montre une famille s'organiser pour essayer d'expliquer à un de ses membres qu'ils l'ont dépouillée de tous ses biens pendant la guerre), et surtout la pièce de résistance, ce petit film de 28 minutes intégralement signé Clouzot, qui prenanit par certains cotés sa revanche d'avoir été frappé d'indignité nationale (Sic) à l'issue de la libération, pour avoir osé tourner... un chef d'oeuvre, Le Corbeau

Il conte, avec Le retour de Jean, la difficulté à émerger du cauchemar pour Jean, un homme resté prisonnier durant cinq années, et qui a appris à son retour de captivité les horreurs dont se sont rendus coupables les Allemands. Mais il ne veut pas se réfugier derrière quelque bannière que ce soit, accusant l'homme plutôt que les Allemands. Autour de lui, les petites gens de la pension de famille ou il a trouvé refuge, des médiocres comme seul Clouzot savait les créer (Noël Roquevert est "le commandant", un petit bourgeois qui commande surtout à la soupe qu'on lui livre, et Maurice Schutz y joue un vieux qui  déclare avoir bon pied bon oeil, comme le maréchal, en montrant une photo de De Gaulle...) se drapent au contraire dans un patriotisme rassurant. un soir, donc, un soldat Allemand en fuite se réfugie dans la chambre de Jean, et celui-ci en apprenant qu'il a à faire à un tortionnaire, cherche à savoir, laisse éclater sa colère, et doit ensuite résoudre un dilemme: faire selon la loi du moment acte de patriotisme en livrant l'Allemand, ou acte de miséricorde en l'aidant à mourir en paix?

Jouvet incarne Jean, revenu d'un camp de prisonnier avec une patte folle, comme on dit. Jean en veut à tous, est dégoûté de l'humanité, parce qu'il la plaçait au dessus de tout: des patries, de Dieu. Son choix final est comme les mots que lui donne Clouzot à prononcer un éditorial, et le film souffre du reste parfois de cette charge textuelle, on sent comme une envie de régler ses comptes. Mais le propos, de vouloir à tout prix refuser la barbarie, est d'un tel bon sens, qu'on n'en voudra pas au metteur en scène qui en moins d'une demi-heure nous livre de toute façon une fois de plus un film fascinant. Ce qui était presque un paradoxe en même temps qu'une vraie provocation, l'idée de confier un tel film à "ce collabo de Clouzot" (Même s'il a été exonéré, chacun sait qu'un homme qui a été cité dans les journaux pour des accusations aussi fausses soit-elles, est de toute façon condamné à être soupçonné jusqu'à la fin de ses jours, et même au-delà, voir à ce sujet Roscoe Arbuckle...) s'avère au final un excellent calcul...

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Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot
10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 17:25

http://1.bp.blogspot.com/_TEyvXPoVuNY/Rs1RogJzx8I/AAAAAAAAAWY/_WNwlA62Ig8/s320/Nuages+d'%C3%A9t%C3%A92.jpgAu milieu des mélodrames contemporains essentiellement urbains de Mikio Naruse (Quand une femme monte l'escalier, pour ne citer que le plus célèbre), ce film apparait de prime abord comme une halte rurale inattendue, mais on va vite se rendre à l'évidence: si le film parle effectivement de la condition paysanne, Naruse dresse un constat maussade, et parle comme à son habitude de gens arrivés à une période difficile de leur vie.

 

Yaé, veuve de guerre, reçoit un journaliste, Okawa, venu étudier les effets d'une réforme des héritages imposée par les Américains, et lui expose la situation familiale: elle-même est presqu'une esclave pour sa belle-mère, jusqu'à ce que son jeune fils se marie. Son frère Wakusé est quant à lui confronté à des problèmes: son grand fils Shin travaille désormais dans une banque, et souhaite s'affranchir de la tutelle paternelle, qui lui coute; Hatsu, son deuxième fils d'une deuxième épouse, a vieilli sans trouver d'épouse, et il faut le marier; enfin, Jun, le troisième fils, d'un troisième mariage, souhaite prendre son indépendance lui aussi: devant tant de manquements à la tradition, le frère de Yaé est submergé par le conflit de générations. de son coté, les rencontres de yaé avec Okawa se multiplient, et vont progressivement la pousser à s'affirmer, à tenter elle aussi de s'affranchir des traditions. Plus grave, elle tombe amoureuse de lui, alors qu'il est marié...

 

L'enchevêtrement de personnages, mélangés par Naruse au gré d'un chengments permanents de points de vue, ne rendent pas la navigation facile dans le film, mais l'accumulation des anecdotes et des rapports entre es gens sont une récompense pour le spectateur, qui s'atache forcément à tous ces gens, à Shin et Hamako, les deux cousins qui tombent amoureux, indifférents aux tractations de leurs parents, en coulisse; à Hatsu et Michiko, qui vont assumer tant et si bien leur mariage arrangé qu'ils vont de leur propre chef prendre les devants; à Chié, la condisciple de Yaé tellement indépendante qu'elle apprend à conduire; à Wakusé, le paysan si attaché à ses traditions qu'il ne se rend pas compte qu'il souhaite imposer à ses enfants les mêmes limites que lui imposait son propre père et dont il a tant souffert... Mais surtout il y a Yaé, personnage central, à laquelle naruse a donné les scènes les plus belles; cette rencontre sur la plage avec Okawa, durant laquelle les sentiments commencent à se révéler à travers des non-dits... puis l'adultère est montré comme un développement logique, assumé avec tristesse par l'héroïne. Le réalisateur a confié à l'actrice Chikage Awashima le rôle de ce trait d'union entre tous les êtres, qui finit par constater que tout s'est arrangé, que tous ont évolué, mais qu'elle est elle-même toujours au même point...  Naruse est tellement rare, que n'importe lequel de ses films est une occasion de se réjouir de toute façon.

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Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse