C'est un Mankiewicz libre comme l'air qui fait un retour remarqué au studio dont il a été congédié en 1943, aux commandes d'une adaptation de Shakespeare voulue et cornaquée par le producteur John Houseman. Celui-ci fait ainsi appel à un cinéaste accompli qui comprend aussi l'écriture afin de préparer un film qui soit à la fois fidèle à la pièce et riche en morceaux de bravoure. Ce sera pourtant difficile, le budget ayant été largement circonscrit par un studio qui se méfie d'une telle entreprise, et le cinéaste ayant décidé de ne pas broder autour de la pièce: ce qui frappe dans cette adaptation de Shakespeare, c'est peut-être qu'il n'y a pas grand chose de frappant, justement. C'est une excellente adaptation, avec bien entendu une lecture propre à l'équipe de production, Houseman et Mankiewicz en tête, mais le réalisateur a laissé la part belle au texte, sans chercher à dynamiser l'ensemble de façon excessive.
On retrouve donc le drame de Shakespeare, avec son ambiguité initiale, même si
Houseman comme Mankiewicz ont clairement fait pencher la balance, tous les deux du même coté heureusement: à la suite de la spectaculaire relecture de Julius Caesar par Orson welles,
qui faisait de César un tyran fasciste et de Cassius et Brutus des démocrates, ce nouveau film aurait pu, selon Mankiewicz lui même, s'appeler Brutus. Rappelons
l'argument de la pièce: au moment ou Rome et en particulier un groupe de sénateurs et hommes publics regroupés autour de Marc Antoine, cherche à couronner César et lui donner un pouvoir accru, un
autre groupe mené par Brutus et Cassius assassine le grand homme. Mais Marc Antoine et Octave, le futur empereur Auguste, les combattent et les comploteurs se suicident les uns après les autres.
César, vu par Shakespeare, pouvait incarner l'accession au pouvoir dans toute son ambiguité. Il était un politicien, qui se méfiait des intellectuels (Son dégout de Cassius s'exprimait par un
cinglant 'il pense trop') mais souhaitait gouverner par le sentiment et l'affection. Brutus, de son coté, était mené à participer à l'assassinat uniquement après avoir établi que cet
acte serait nécessaire à Rome, plus que la survie de César. Mais il reste un homme juste, qui a à coeur de laisser s'exprimer les autres, ainsi, il laisse Antoine prononcer un discours qui
retournera la foule contre les assassins. Cassius, plus radical que Brutus, est suffisamment manipulateur pour parvenir à ses fins, même si ses buts restent les mêmes que Brutus, et enfin Antoine
est le fils spitituel de César, celui qui relève le flambeau après le crime dans une scène célèbre, au cours d'une adresse au peuple de Rome.
Dans le film de Mankiewicz, donc, Brutus est interprété par James Mason. Il est au centre: aimé par César, il est un homme d'une
grande sensibilité, qui répugne à commetre le crime; démocrate, il agit en fonction d'une raison d'état qui lui est agitée avec insistance par Cassius devant se yeux. Il est affecté lui-même par
la mort de César. John Gielgud, interprétant Cassius, en fait un personnage manipulateur, certes, mais aussi assez ambigu; il porte la responsabilité du jusqu'au boutisme des félons. César, joué
par le très bonhomme Louis Calhern, est un quasi monarque suffisant et assez débonnaire, mais autour de lui, s'agitent de redoutables politiciens qui mettent en place un système
totalitaire: les premières scèens du film sont sensées l'établir. De plus, le personnage de César, qui se méfie des intellectuels, tombe dans la catégorie des béotiens pour
Mankiewicz... Le principal attrait du film réside dans le personnage de Marc Antoine: si Mankiewicz et Houseman en faisaient le méchant de l'histoire, son monologue dans lequel il retourne le
public en sa faveur, en utilisant sa colère et son affection, le propulse dans une autre catégorie; Brando est assez exceptionnel dans ce rôle, et il vole sans aucun effort apparent la vedette à
James Mason...
Le film était une belle entreprise, et reste une grande adaptation de Shakespeare, dont la plupart des acteurs (Presque tous rompus à l'exercice) se sortent bien; mais il est paradoxal que Mankiewicz ait aussi peu essayé de sortir des sentiers battus; peu d'efforts sont faits pour sortir le film de la logique théâtrale, de ses décors évidents. La bataille de Philippes est tournée à la va-vite, avec des moyens mais peu d'imagination. Reste la magnétisme des acteurs, et la puissance des personnages, Brutus en tête, qui préfigure Hamlet; lui aussi a son fantôme, lui aussi meurt entre deux mondes, sans jamais avoir réussi à faire valoir sa raison d'être. Quant à Mankiewicz, il a quand même fait une fois de plus un film dans lequel il est beaucoup question de cerner les contours d'un personnage par les autres, comme, avant César, Eve ou Addie Ross. Ce moment dans l'histoire (Histoire d'ailleurs soulignée en permanence par le dialogue de Shakespeare, le barde peignant ces politiciens Romains comme conscients d'acrire la marche du monde) garde après tout suffisamment de lens avec l'oeuvre de mankiewicz pour justifier pleinement sa place dans ce cursus... Shakespeare reviendra inévitablement avec Cleopatra, en 1963.
Réalisé à nouveau par Harry Langdon, et pensé sans doute en réaction au flop monumental de Three's a crowd, The chaser n'a fait qu'envenimer les choses. Il n'aura pas plus de succès, et ne sera jamais vraiment apprécié, bien qu'il présente une comédie noire et typique du style de Langdon, à nouveau épaulé par un script du à son complice Arthur Ripley. Le film commence par deux cartons introductifs: Dieu a fait l'homme à son image, et un peu plus tard, il a créé la femme. Les mêmes cartons reviennent en conclusion, après une heure durant laquelle les auteurs auront usé de toute leur sauvagerie et d'un certains sens de l'absurde pour explorer une certaine forme de mysoginie, mais aussi l'ineptitude de Harry en tant qu'homme...
Julie n'avoue son amour à Liliom
que lorsque celui-ci est à l'article de la mort, mais ses sentiments ne font aucun doute. Elle n'a d'yeux que pour lui, et son dévouement est absolu. De son côté, Liliom se poignarde en disant le
nom de la jeune femme, et son sacrifice certes bien maladroit tend à prouver ses sentiments. cette tendance à l'absolu souligné est la marque de Borzage, qui profite de l'étrange climat
Mitteleuropa de la pièce pour reprendre le fil de ses obsessions interrompues avec le réalisme du parlant. Si le rythme manque encore un peu d'allant, comme beaucoup de films de 1930, la
stylisation des décors nous rappelle qu'on est face à un film Fox, mais le cinéaste ne fait aucun effort pour en cacher la fausseté: trompe-l'oeil, fausse perspectives, miniatures, tout est
souligné. Cela rend l'arrivée du train-Paradis plus acceptable, et ça renvoie aussi à la pièce de théâtre initiale, beaucoup plus que ne le fera le film de Lang. Si Rose Hobart, un peu lente,
déçoit dans le rôle monolithique de la jeune femme qui aime sans aucune conditions, Farrell est plutôt bon en éternel mauvais garçon, et on se fait assez vite à sa voix un peu acide. Le film nous
permet aussi de revoir Lee Tracy, en tentateur fatal, H.B. Warner en "St-Pierre", en redingote, et assis dans un compartiment de train, et l'ineffable Bert Roach, l'un de ces seconds rôles dont
le Hollywood de l'époque avait le secret. Il interprète le fiancé de Marie, l'amie de Julie; il s'appelle Wolf./image%2F0994617%2F20230718%2Fob_48696a_mcz7xlfxoonwsp48zmchnuvoxzzhrt-small.jpg)
Mankiewicz n'était
pas le metteur en scène initialement pressenti; ce devait être Henry Hathaway, alors expert ès fims noirs (Et d'ailleurs à ce titre réalisateur de Call Northside 777, avec james
Stewart). Il est impossible d'imaginer ce que Hathaway aurait fait de ce film, mais de toute façon, Mankiewicz, bien que non crédité, a repris le script et surtout les dialogues, et ça se sent...
James Mason, pour sa première incursion dans l'oeuvre de Mankiewicz, incarne donc Diello, un valet de l'ambassade Britannique en Turquie (Pays neutre durant la seconde guerre mondiale), qui
photographie des documents secrets et les vend ensuite aux Allemands, afin de se préparer une retraite dorée à Rio de Janeiro. Il est assisté d'une Française noble et désargentée,
la comtesse Staviska (Danielle Darrieux), dont il fut le domestique, et dont il est amoureux, et très vite, le bruit des fuites va se répandre, entrainant la venue de Colin Travers (Michael
Rennie), un agent Britannique qui doit retrouver la source des indiscrétions...
James Mason apporte son indéfinissblae Britannicité à ce film, dans lequel il incarne le manipulateur en chef. On est donc chez mankiewicz, qui livre sur son personnage principal les
informations au compte-goutte; la première fois qu'on le voit, il a l'air d'un aventurier, qui prend presque Moyszisch en ôtage, afin de le convaincre de se porter acquéreur de ses petits
secrets. son retour à l'embassade se fait devant un spectateur incrédule, et on le voit ensuite sans effort adopter la posture du valet... Dans ce jeu de manipulation et de pouvoir, bien sur,
James Mason est à la fête, et Mankiewicz aussi, qui tisse une toile faite de dialogues trompeurs et de suspense. Tout le monde pense manipuler tout le monde, et bien sur toute personne manipulée
trouve un protagoniste qui sera, au final, plus fort que lui, ou elle. La façon dont Diello se fait ainsi rouler dans la farine par la comtesse est un bonheur rare, mais celle-ci sera rattrappée
par le destin... Un peu à la façon dont Addie Ross verra tous ses plans tomber à l'eau dans A letter to three wives.
Les points de vue dans ce film, je l'ai dit, évitent d'être trop manichéens, et Diello est en effet un espion pour les nazis; mais ce n'est pas un nazi! Au contraire, il insiste pour
se faire payer en Livres, et s'en justifie auprès de Von Richter, en lui disant qu'il ne croit pas en la victoire de l'Allemagne nazie. Il se veut neutre, n'est au service que de lui-même, et
rejoint une autre apatride aux circonvolutions louches, la comtesse Staviska. la façon dont Danielle Darrieux la joue la situe plutot entre midinette et vamp, un brin vulgaire, j'ai peine à
croire que cette femme soit la source de tant de fascinations (en gros, tout le monde parle tout le temps d'elle, y compris lorsqu'elle a disparu de l'écran corps et bien!), et son jeu de
regards, sensé interpréter l'ambiguité, fait pâle figure aux cotés de James Mason... les Nazis ont été finalement plus soignés, certains restant jovialement caricaturaux, (Von Richter, sommé de
se déchausser pour une mission dans une mosquée, dont la caméra souligne un trou disgracieux dans une chaussette), poussant le film vers un parfum de comédie que n'aurait pas renié Lubitsch...
Quant aux Britanniques, disons qu'il est évident qu'ils n'ont pas du tout intéressé le metteur en scène.
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Américaine Criterion... la coupe concerne un dernier couplet de la chanson en langage inventé, qui manifestement raconte une histoire très précise. Officiellement, Chaplin l'a coupée parce qu'il estimait qu'elle était trop longue. Mais elle recèle une caricature maladroite d'usurier Juif, qui a du quand même sembler embarrassante. ce n'est pas de l'antisémistisme, mais un autre reflet de son temps, et d'une époque ou l'humour ethnique était monnaie courante, comme chez Keaton, Larry Semon voire Harold Lloyd....
aller quémander leur aide. Leur réponse à tous deux, ce sera
situations sont par ailleurs si rocambolesques qu'il est impossible
de prendre le film au sérieux, qui serait de fait plutôt un film-movida, une sorte de reflet de cette soif de provocation et de joyeuse fiesta, provoquée par la frustration de ces années dominées
par Franco, le catholicisme triomphant, et qui éclate décidément en ces années 80. Par ailleurs, la présence d'Almodovar lui-même en maitre de cérémonie punk et travesti d'une soirtée branchée
renvoie à un besoin personnel d'assumer une identité sexuelle qui est le propre de la plupart des personnages du film./image%2F0994617%2F20230717%2Fob_e79a4e_lhx6mhbuiauck7ki2hlfjguqs0wvk9-origina.jpg)