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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 11:41

C'est un Mankiewicz libre comme l'air qui fait un retour remarqué au studio dont il a été congédié en 1943, aux commandes d'une adaptation de Shakespeare voulue et cornaquée par le producteur John Houseman. Celui-ci fait ainsi appel à un cinéaste accompli qui comprend aussi l'écriture afin de préparer un film qui soit à la fois fidèle à la pièce et riche en morceaux de bravoure. Ce sera pourtant difficile, le budget ayant été largement circonscrit par un studio qui se méfie d'une telle entreprise, et le cinéaste ayant décidé de ne pas broder autour de la pièce: ce qui frappe dans cette adaptation de Shakespeare, c'est peut-être qu'il n'y a pas grand chose de frappant, justement. C'est une excellente adaptation, avec bien entendu une lecture propre à l'équipe de production, Houseman et Mankiewicz en tête, mais le réalisateur a laissé la part belle au texte, sans chercher à dynamiser l'ensemble de façon excessive.

 

On retrouve donc le drame de Shakespeare, avec son ambiguité initiale, même si Houseman comme Mankiewicz ont clairement fait pencher la balance, tous les deux du même coté heureusement: à la suite de la spectaculaire relecture de Julius Caesar par Orson welles, qui faisait de César un tyran fasciste et de Cassius et Brutus des démocrates, ce nouveau film aurait pu, selon Mankiewicz lui même, s'appeler Brutus. Rappelons l'argument de la pièce: au moment ou Rome et en particulier un groupe de sénateurs et hommes publics regroupés autour de Marc Antoine, cherche à couronner César et lui donner un pouvoir accru, un autre groupe mené par Brutus et Cassius assassine le grand homme. Mais Marc Antoine et Octave, le futur empereur Auguste, les combattent et les comploteurs se suicident les uns après les autres. César, vu par Shakespeare, pouvait incarner l'accession au pouvoir dans toute son ambiguité. Il était un politicien, qui se méfiait des intellectuels (Son dégout de Cassius s'exprimait par un cinglant 'il pense trop') mais souhaitait gouverner par le sentiment et l'affection. Brutus, de son coté, était mené à participer à l'assassinat uniquement après avoir établi que cet acte serait nécessaire à Rome, plus que la survie de César. Mais il reste un homme juste, qui a à coeur de laisser s'exprimer les autres, ainsi, il laisse Antoine prononcer un discours qui retournera la foule contre les assassins. Cassius, plus radical que Brutus, est suffisamment manipulateur pour parvenir à ses fins, même si ses buts restent les mêmes que Brutus, et enfin Antoine est le fils spitituel de César, celui qui relève le flambeau après le crime dans une scène célèbre, au cours d'une adresse au peuple de Rome.

 

Dans le film de Mankiewicz, donc, Brutus est interprété par James Mason. Il est au centre: aimé par César, il est un homme d'une grande sensibilité, qui répugne à commetre le crime; démocrate, il agit en fonction d'une raison d'état qui lui est agitée avec insistance par Cassius devant se yeux. Il est affecté lui-même par la mort de César. John Gielgud, interprétant Cassius, en fait un personnage manipulateur, certes, mais aussi assez ambigu; il porte la responsabilité du jusqu'au boutisme des félons. César, joué par le très bonhomme Louis Calhern, est un quasi monarque suffisant et assez débonnaire, mais autour de lui, s'agitent de redoutables politiciens qui mettent en place un système totalitaire: les premières scèens du film sont sensées l'établir. De plus, le personnage de César, qui se méfie des intellectuels, tombe dans la catégorie des béotiens pour Mankiewicz... Le principal attrait du film réside dans le personnage de Marc Antoine: si Mankiewicz et Houseman en faisaient le méchant de l'histoire, son monologue dans lequel il retourne le public en sa faveur, en utilisant sa colère et son affection, le propulse dans une autre catégorie; Brando est assez exceptionnel dans ce rôle, et il vole sans aucun effort apparent la vedette à James Mason...

 

Le film était une belle entreprise, et reste une grande adaptation de Shakespeare, dont la plupart des acteurs (Presque tous rompus à l'exercice) se sortent bien; mais il est paradoxal que Mankiewicz ait aussi peu essayé de sortir des sentiers battus; peu d'efforts sont faits pour sortir le film de la logique théâtrale, de ses décors évidents. La bataille de Philippes est tournée à la va-vite, avec des moyens mais peu d'imagination. Reste la magnétisme des acteurs, et la puissance des personnages, Brutus en tête, qui préfigure Hamlet; lui aussi a son fantôme, lui aussi meurt entre deux mondes, sans jamais avoir réussi à faire valoir sa raison d'être. Quant à Mankiewicz, il a quand même fait une fois de plus un film dans lequel il est beaucoup question de cerner les contours d'un personnage par les autres, comme, avant César, Eve ou Addie Ross. Ce moment dans l'histoire (Histoire d'ailleurs soulignée en permanence par le dialogue de Shakespeare, le barde peignant ces politiciens Romains comme conscients d'acrire la marche du monde) garde après tout suffisamment de lens avec l'oeuvre de mankiewicz pour justifier pleinement sa place dans ce cursus... Shakespeare reviendra inévitablement avec Cleopatra, en 1963.

 

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz Shakespeare
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 18:26

http://4.bp.blogspot.com/-8w2fq_NVBpo/TY6dE9EMV6I/AAAAAAAACXc/TVrtsW8ZQlE/s1600/56553.jpgRéalisé à nouveau par Harry Langdon, et pensé sans doute en réaction au flop monumental de Three's a crowd, The chaser n'a fait qu'envenimer les choses. Il n'aura pas plus de succès, et ne sera jamais vraiment apprécié, bien qu'il présente une comédie noire et typique du style de Langdon, à nouveau épaulé par un script du à son complice Arthur Ripley. Le film commence par deux cartons introductifs: Dieu a fait l'homme à son image, et un peu plus tard, il a créé la femme. Les mêmes cartons reviennent en conclusion, après une heure durant laquelle les auteurs auront usé de toute leur sauvagerie et d'un certains sens de l'absurde pour explorer une certaine forme de mysoginie, mais aussi l'ineptitude de Harry en tant qu'homme...

 

Harry est doté d'une gentille épouse, mais celle-ci a une mère, qui veille au grain, et empêche le mari de faire ce qu'il voudrait, c'est à dire participer à des fiestas imbibées (A distance, Harry Langdon étant ce qu'il est, il ne participe que de loin). Elle pousse sa fille à demander le divorce, mais un juge décide de proposer une solution alternative: il impose à Harry de prendre la place de son épouse: tâches ménagères, robe, le héros se voit contraint de tomber très bas... Si bas que lui-même va se révolter, et un peu malgré lui séduire des innocentes dans un épisode quasi-surréaliste.

 

Disons pour faire court que les auteurs ont été plus inspirés dans le film précédent; ici, le mot d'ordre est clairement dans un premier temps de charger la barque sur la mysoginie, de façon tellement insistante qu'il est impossible de prendre tout cela au sérieux, et dans un deuxième temps de revenir à un comique Sennettien; mais dans les deux cas, Langdon le fait selon ses propres termes, avec sa gestuelle et sa logique. Cela fonctionne parfois extrêmement bien, et de temps en temps, le film est très étrange, comme dans cette scène qui voit l'épouse (Gladys McConnell) rentrer et trouver des indices qui tendent à prouver que Harry s'est suicidé. elle pleure, et s'essuie avec un mouchoir, faisant couler son maquillage qui la rend hideuse, voire effrayante... Langdon s'est essayé à un dispositif spécial, en construisant la maison des protagonistes en coupe, avec trois pièces enchaînées. il utilise ce décor plusieurs fois, pour obtenir d'excellents effets. D'une manière générale, en dépit de ses défauts, le film est très bien mis en scène, il faut juste pour l'accepter être prèt à adopter la logique lente et à demi-endormie de Harry Langdon...

 

Heart trouble, le long métrage suivant, n'a pas survécu. Selon les historiens, il n'aurait été sorti qu'en douce par la First National qui souhaitait se débarrasser de Langdon. Cela fait de cet étrange film la dernière trace de l'auteur Harry Langdon, en même temps que son dernier film muet...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet 1928 Comédie *
16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 17:35

Liliom ou comment Frank Borzage prend le cinéma parlant à bras le corps et retrouve une partie de sa verve des années 27/28, avec Charles Farrell mais sans Janet Gaynor. Bien que Liliom, de Ferenc Molnar, soit une pièce de théâtre très à la mode (Voir l'acoutrement de John Gilbert dans The show de Tod Browning en 1926), Borzage comme Lang quatre ans plus tard en fait une oeuvre très personnelle, magnifiant des décors totalement faux, et livrant une fois de plus sa propre lecture de l'amour fou, tout en sacrifiant à sa thématique religieuse et à ses obsessions visuelles (Partout ou il va, quoi qu'il fasse, c'est toujours vers le haut que Liliom regarde avec envie ou avec crainte).

 

Liliom (Charles Farrell) est un aboyeur de foire, qui a pour habitude de porter une attention toute particulière aux jolies filles; il est l'objet de l'idôlatrie de Julie (Rose Hobart), une jeune femme qui va tout sacrifier pour être avec lui; pourtant Liliom, licencié le soir de sa rencontre avec la jeune femme, ne va rien faire pour se faire aimer: fainéant, raleur, il n'hésite pas à porter la main sur la jeune femme. Mais le jour ou celle-ci lui annonce qu'elle est enceinte, Liliom décide de faire un geste, et accepte de participer à un cambriolage, dans le but d'avior de l'argent pour emmener Julie et son enfant aux Etats-Unis. Le vol tourne mal, et Liliom se poignarde pour échapper à la police... Avant de mourir, il recueille l'aveu d'amour de Julie... et se retrouve dans un étrange train, en attente de son châtiment suprême. alors commence un bien curieux voyage...

 

Julie n'avoue son amour à Liliom que lorsque celui-ci est à l'article de la mort, mais ses sentiments ne font aucun doute. Elle n'a d'yeux que pour lui, et son dévouement est absolu. De son côté, Liliom se poignarde en disant le nom de la jeune femme, et son sacrifice certes bien maladroit tend à prouver ses sentiments. cette tendance à l'absolu souligné est la marque de Borzage, qui profite de l'étrange climat Mitteleuropa de la pièce pour reprendre le fil de ses obsessions interrompues avec le réalisme du parlant. Si le rythme manque encore un peu d'allant, comme beaucoup de films de 1930, la stylisation des décors nous rappelle qu'on est face à un film Fox, mais le cinéaste ne fait aucun effort pour en cacher la fausseté: trompe-l'oeil, fausse perspectives, miniatures, tout est souligné. Cela rend l'arrivée du train-Paradis plus acceptable, et ça renvoie aussi à la pièce de théâtre initiale, beaucoup plus que ne le fera le film de Lang. Si Rose Hobart, un peu lente, déçoit dans le rôle monolithique de la jeune femme qui aime sans aucune conditions, Farrell est plutôt bon en éternel mauvais garçon, et on se fait assez vite à sa voix un peu acide. Le film nous permet aussi de revoir Lee Tracy, en tentateur fatal, H.B. Warner en "St-Pierre", en redingote, et assis dans un compartiment de train, et l'ineffable Bert Roach, l'un de ces seconds rôles dont le Hollywood de l'époque avait le secret. Il interprète le fiancé de Marie, l'amie de Julie; il s'appelle Wolf.

 

Liliom meurt, mais son amour pour Julie, et l'amour de Julie pour lui, lui survivront. C'est la leçon de ce film, dont la fin baroque reste à ce jour l'une des plus bizarres intrusions d'un film Américain dans le fantastique. Je ne sais pas dans quelle mesure le film est fidèle à Molnar, sans doute moins que le film de Lang, qui a la réputation d'avoir été un peu vite fait. Mais si l'un des deux est inoubliable, c'est bien celui-ci...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 17:59

Voici le film qui a permis au cinéma Japonais d'exister internationalement, en raflant des prix un peu partout en 1951. Kurosawa, alors illustre inconnu en Occident, venait tout juste d'entamer une longue et fascinante relation avec le moyen-âge qui allait être sa période de prédilection... Trois hommes coincés sous une ruine pendant une pluie battante s'échangent quelques points de vue sur un drame dont deux d'entre eux ont été partiellement les témoins, et la vérité se dérobe: qui a tué un homme? Et une femme a-t-elle vraiment été violée, ou était-elle consentante? Quelle était l'arme du crime, et quelle fut la part du bandit Tajomaru (Toshiro Mifune) dans le crime?

Mine de rien, ce film bouscule toutes les conventions alors en place, en montrant des images qui mentent, qui ne sont que le reflet de la subjectivité des protagionstes d'un drame, tel qu'il a été jugé. on ne verra d'ailleurs jamais les juges, puisque les témoins s'adressent directement à nous. Mais c'est un piège: deux spectateurs côte à côte de ce film n'auront pas nécessairement la même idée sur la vérité à la fin...

Voici à peu près les faits: Le bandit Tajomaru, après avoir vu la belle femme (Machiko Kyo) à cheval et accompagnée de son mari, le samouraï (Masayuki Mori), leur tend un piège, ligote l'homme et se saisit de la femme. on retrouvera ensuite le mari mort. Selon Tajomaru, qui se dit prèt à mourir, et donc prèt à avouer tous ses crimes, il a tué le samouraï au cours d'un combat singulier qui a été suggéré par la femme. Celle-ci, objet de toutes les convoitises, prétend que le bandit est parti après l'avoir violée, mais qu'elle a libéré son mari, et l'a sommé de la tuer. elle s'est ensuite évanouie, son poignard dans la main; lorsqu'elle s'est réveillée, le mari était mort. Le fantôme du mari raconte au contraire qu'il s'est tué, après que le bandit l'ait libéré, alors que la femme était partie, l'ayant tout simplement renié. une quatrième histoire vient ajouter des précisions moins héroïques à chacune des trois précédentes, contée par un des trois hommes présent sous la ruine (Takashi Shimura), et qui était caché dans le bois au moment des faits...

Aucune des histoires n'est vraie, et Kurosawa prend un malin plaisir à brouiller les cartes en ne reprenant jamais deux fois le même plan. Il s'amuse beaucoup aussi à s'autoparodier, en particulier en montrant à deux reprises les mêmes deux hommes se battre, d'abord avec héroïsme, puis n'importe comment en se prenant les pieds dans leurs épées. L'humour de l'entreprise est évident, d'autant qu'il s'exprime largement aux dépens du spectateur. Celui-ci, donc, est dans la position du juge, certes, mais à aucun moment ce n'est un avantage: débrouillez-vous, spectateur... On a beaucoup reproché à Hitchcock, la même année, d'avoir fait mentir un flashback de Stage fright, mais ce n'est rien aux cotés de la transgression effectuée par ce film. Après Rashomon, on ne peut plus dire: je l'ai vu, c'est donc un fait... mais à coté de cette transgression, Kurosawa, par le biais du personnage d'un moine au bout du rouleau, pose la question: ou est la morale? Si tout le monde ment, comment retrouver foi en l'homme? une réponse vous sera fournie dans le film.

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Published by Francois Massarelli - dans Akira Kurosawa Criterion
11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 09:06

Ce film d'espionnage est donc le dernier du contrat Fox de Mankiewicz. On l'a vu, le metteur en scène a bâti avec ces 11 films un ensemble solide et qui dépasse l'impression de la simple éxécution d'une tâche; on est face à une oeuvre cohérente, dans laquelle le réalisateur-scénariste-dialoguiste a su dire ce qu'il avait à dire, avec esprit, savoir-faire, et en se pliant toutefois à des obligations qui venaient du studio, entendre par là de Darryl F. Zanuck. C'est à nouveau celui-ci qui est à la base de ce nouveau film, même si le producteur crédité est le plus malléable Otto Lang. Zanuck souhaite en effet que le studio sorte un film du très curieux livre consacré à une affaire d'espionnage en Turquie durant la guerre; il envisage à nouveau un film partiellement documentaire, en encourageant l'envoi d'une équipe sur place, et le producteur sera responsable du très curieux titre; là ou le script initial, tel qu'il arrive sur les bureaux de la Fox, est celui d'un film qui s'appelle Operation Cicero (Comme le livre de base, du reste), Zanuck décide de faire son superstitieux et considère qu'après des films comme Call northside 777 (1948), de Henry Hathaway, le fait d'avoir des chiffres dans un titre est une garantie de succès. Pourquoi Five fingers? sans doute pour souligner la maitrise de l'espion dont il est question...

 

Mankiewicz n'était pas le metteur en scène initialement pressenti; ce devait être Henry Hathaway, alors expert ès fims noirs (Et d'ailleurs à ce titre réalisateur de Call Northside 777, avec james Stewart). Il est impossible d'imaginer ce que Hathaway aurait fait de ce film, mais de toute façon, Mankiewicz, bien que non crédité, a repris le script et surtout les dialogues, et ça se sent... James Mason, pour sa première incursion dans l'oeuvre de Mankiewicz, incarne donc Diello, un valet de l'ambassade Britannique en Turquie (Pays neutre durant la seconde guerre mondiale), qui photographie des documents secrets et les vend ensuite aux Allemands, afin de se préparer une retraite dorée à Rio de Janeiro. Il est assisté d'une Française noble et désargentée, la comtesse Staviska (Danielle Darrieux), dont il fut le domestique, et dont il est amoureux, et très vite, le bruit des fuites va se répandre, entrainant la venue de Colin Travers (Michael Rennie), un agent Britannique qui doit retrouver la source des indiscrétions...

 

Moyszisch, interprété par Oskar Karlweis, est un personnage fascinant dans ce film: en effet, il est un attaché de l'ambassade Allemande, par lequel les transactions entre Diello, surnommé "Cicero" par les Allemands, et les Nazis s'effectuent; mais plus encore, il est supposé être l'auteur du livre, ce que souligne d'ailleurs un prologue du film; néanmoins, le rôle de "narrateur" est plutôt dévolu à une voix off brusque et anonyme, le pauvre Moyszisch apparaissant comme un personnage maladroit et gauche, à des années lumières de la position de narrateur omniscient des films de Mankiewicz. c'est dire si ce dernier a repris le script de michael Wilson... Entre ses mains, ce qui aurait pu être un film noir assez classique, avec ses scènes d'espionnage, devient un jeu de dupes, une série de manipulations dans lesquelles tout le monde peut à un moment ou l'autre prétendre jouer le premier rôle; Mankiewicz s'est par exemple gardé de donner aux nazis la position de faire-valoirs sytématiques; pour un Moyszisch, effectivement, on a des nazis plus brillants, notamment Von papen, un personnage aperçu dès la première scène, homme raffiné et qui baille devant Wagner; il commente un coup de téléphone à propos de l'espion, et s'étonne que Ribbentrop ait entendu parler de Cicéron, le romain, pas l'espion; il agit en dandy, cultivé, et presque humain. De leurs côtés, les Britanniques ne sont pas à proprement parler très glorieux, mais de toute façon, tout ce petit monde pâlit à coté de Diello.

 

James Mason apporte son indéfinissblae Britannicité à ce film, dans lequel il incarne le manipulateur en chef. On est donc chez mankiewicz, qui livre sur son personnage principal les informations au compte-goutte; la première fois qu'on le voit, il a l'air d'un aventurier, qui prend presque Moyszisch en ôtage, afin de le convaincre de se porter acquéreur de ses petits secrets. son retour à l'embassade se fait devant un spectateur incrédule, et on le voit ensuite sans effort adopter la posture du valet... Dans ce jeu de manipulation et de pouvoir, bien sur, James Mason est à la fête, et Mankiewicz aussi, qui tisse une toile faite de dialogues trompeurs et de suspense. Tout le monde pense manipuler tout le monde, et bien sur toute personne manipulée trouve un protagoniste qui sera, au final, plus fort que lui, ou elle. La façon dont Diello se fait ainsi rouler dans la farine par la comtesse est un bonheur rare, mais celle-ci sera rattrappée par le destin... Un peu à la façon dont Addie Ross verra tous ses plans tomber à l'eau dans A letter to three wives.

 

Mankiewicz, qui aura tendance à l'avenir (C'est d'ailleurs ce que lui reprochera James Mason lui-même) à privilégier le texte sur l'image, est ici un brillant réalisateur de thriller; on se rappelle qu'il a fait ses classes à la Fox en étudiant les possibilités des genres, et on retrouve ici le subtil mélange entre des plans d'extérieurs documentaires tournés à Ankara et Isamboul (Une fois de plus, Mankiewicz a insisté pour aller les filmer lui-même, en profitant pour rencontrer certains protagniqtes de l'anecdote historique), et les nmbreuses scènes d'intérieur. On voit ici aussi éclore le talent très particulier de Bernard Herrmann pour le film noir, avec ces extravagantes pièces supposées accompagner les allers et retours des protagonistes, mais dont le musicien fait des commentaires ambigus; là ou d'autres compositeurs auraient privilégié des motifs plus simples, Herrmann réalise un ensemble de mélodies jouées par les cordes, dont les ambiances sont systématuquement partagées entre légèreté et des plus inquiétantes menaces. Il accompagne la scène de suspense durant laquelle Diello doit photographier des documents alors que le temps presse, d'une musique qui accentue à l'évidence l'inquiétude ressentie par le personnage, et par le spectateur, ainsi rendu complice d'une machination contre le monde libre... On retrouvera cette association entre Herrmann et un metteur en scène, tous deux au service de thrillers, dans la collaboration avec Hitchcock, mais en attendant, certains des aspects de la partition de ce film renvoient à Psycho...

 

Les points de vue dans ce film, je l'ai dit, évitent d'être trop manichéens, et Diello est en effet un espion pour les nazis; mais ce n'est pas un nazi! Au contraire, il insiste pour se faire payer en Livres, et s'en justifie auprès de Von Richter, en lui disant qu'il ne croit pas en la victoire de l'Allemagne nazie. Il se veut neutre, n'est au service que de lui-même, et rejoint une autre apatride aux circonvolutions louches, la comtesse Staviska. la façon dont Danielle Darrieux la joue la situe plutot entre midinette et vamp, un brin vulgaire, j'ai peine à croire que cette femme soit la source de tant de fascinations (en gros, tout le monde parle tout le temps d'elle, y compris lorsqu'elle a disparu de l'écran corps et bien!), et son jeu de regards, sensé interpréter l'ambiguité, fait pâle figure aux cotés de James Mason... les Nazis ont été finalement plus soignés, certains restant jovialement caricaturaux, (Von Richter, sommé de se déchausser pour une mission dans une mosquée, dont la caméra souligne un trou disgracieux dans une chaussette), poussant le film vers un parfum de comédie que n'aurait pas renié Lubitsch... Quant aux Britanniques, disons qu'il est évident qu'ils n'ont pas du tout intéressé le metteur en scène.

 

Le film est un kaléidscope fascinant pour les admirateurs de Mankiewicz; moins abouti que ses deux chefs d'oeuvre (All about Eve et A letter to three wives), moins sublime que The Ghost and Mrs Muir, pour citer les trois films les plus courus de cette période Fox, Five Fingers est une fois de plus un extravagant mélange assez original de dialogues acides et de savoir-faire hollywoodiens au service d'une très belle manipulation dont le spectateur ne fait finalement pas trop les frais, une façon plus qu'élégante de finir un contrat, avant une étape Shakespearienne...

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Published by Allen john - dans Joseph L. Mankiewicz
8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 15:26

Relayant les mensonges et les petits arrangements avec la vérité de Frank Capra au sujet de Langdon, le grand public a de ce premier long métrage réalisé par Langdon seul l'impression durable d'un gâchis, d'un film raté et maladroit. De fait, ce fut un flop monumental, suivi par deux autres flops et la fin d'une carrière qui était pourtant prometteuse. Il convient néanmoins d'examiner ce film à l'écart de l'habituelle remarque, de cette critique obsessionnelle qui veut faire de cette tragi-comédie un plagiat éhonté de The Kid. On en est loin! le film est typique de Langdon, et confirme son style, enfin laissé libre de toute concession et de toutes interférence; après, bien sur, on aime ou on n'aime pas, mais si on veut voir du Langdon pur, c'est avec ce film qu'on le fera; en effet, Langdon  a conçu The chaser le film suivant, dans la panique qui a suivi l'insuccès embarrassant de Three's a crowd, et avec l'épée de Damoclès des menaces de la First National, qui réclamait un succès (D'autant que le studio était au bord du gouffre); puis, l'acteur et metteur en scène a fait de même avec Heart trouble, un film qui est à peine sorti, et qui a ensuite disparu corps et bien...

Harry vit de façon misérable dans un appartement situé au bout d'un long escalier branlant, dans un quartier pauvre; il est couvé par des amis, qui ne savent pas trop quoi faire de lui, et son rêve le plus cher est de trouver l'âme soeur; exaucé! il recueille Gladys (Gladys McConnell), une jeune femme enceinte qui a fui son amant alcoolique. Sitôt recueillie, la jeune femme accouche, et Harry se prend à devenir papa.

Comparer avec The kid ce film est déloyal, pour les deux; ceci reste après tout le premier effort d'un réalisateur novice, alors que Chaplin était particulièrement expérimenté, d'autre part, Chaplin a construit tout un univers et un quartier alors que Langdon situe 80% de son film volontairement dans "l'appartement" de Harry. Ensuite, Chaplin utilise les ressources du mélodrame pour construire une histoire qui implique une interaction entre ses deux héros, une complicité, un rapport enfin qui n'ont pas de place ici; c'est à peine si Gladys se rend compte de la présence d'Harry, et celui-ci limite ses désirs de rester en compagnie de la jeune femme et du bébé à un rêve, dans lequel, comble de l'ironie, il ne triomphe pas et doit abandonner toute prétention au profit de l'ancien petit ami. Là ou Chaplin nous montre une situation qui avance, Langdon à la fin de ce film ne peut même plus rêver come il le faisait auparavant...

Le style de Langdon diffère de celui de ses trois principaux compétiteurs (ChaplinLloydKeaton), aucun de ses films ne le montre plus que celui-ci. Là ou les autres vont utiliser le physique pour faire avancer l'action et le temps, Langdon utilise le corps pour ralentir l'action et arrêter le temps. Il agit en cartooniste (ce qu'il était d'ailleurs) et creuse les situations très loin. D'où ce décor étonnant, qui prend la place des personnages parfois. Chaque situation du film est donc soumise au développement de la réaction, de l'appréhension de Harry. Celui-ci imprime son propre état rêveur à une action décalée, dans laquelle le seul moment un tant soit peu rassurant est un rêve, qui tourne vite sinon au cauchemar, en tout cas à l'échec. Là où les autres contaient des histoires de réussite (Lloyd, Keaton) ou d'échec triste (Chaplin) au moins ils avançaient; Langdon souhaite nous faire voir l'immobilisme, l'échec sans recours, là ou Chaplin, au moins a avancé par son sacrifice ou sa bonté d'âme. Son personnage a le culot de ne servir à rien... il fallait l'oser, et c'est sans doute ce qui fait le bien méchant sel de ce film qui n'est en rien comparable aux histoires de clowns tristes, chef d'oeuvre paradoxal d'un comédien éternellement controversé: si le film vous rend inconfortable eh bien c'est peut-être parce que c'est précisément ce qu'il cherchait...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet 1927 *
7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 09:40

Chaplin dans la machine: une icône établie, le reflet d'un immense classique, qu'il était facile de reprendre à toutes les sauces, ce que personne n'a manqué de faire. Tout le film, d'ailleurs, fait office d'étendard, pouvant à lui seul être une vitrine fascinante du cinéma Américain, d'un cinéma de protestation, d'une évolution de la comédie burlesque passée enfin à l'age adulte, et bien sur du cinéma de chaplin. sinon, des coemmntateurs survoltés font aussi de ce film la preuve d'un cinéaste engagé, communiste, ce qui est drôle, mais il faut bien dire que Chaplin n'a pas fait grand chose pour les décourager. Bref, un superbe reflet de son époque, et un film primordial dans la carrière de son éminent metteur en scène.

Pour commencer, David Robinson, le précieux biographe de Chaplin, a fait état de la découverte de carnets préparatoires de ce film qui prouvent que City lights aurait du être le dernier film muet de son auteur; ce n'est pas rien, tant ce nouveau film est anachronique: si la Russie, le Japon ou la Chine se sortent tout juste du muet, les Etats-Unis ont bel et bien enterré tout ce qui y renvoie... Donc, Chaplin avait écrit des dialogues pour Modern Times, et a même commencé à tourner certaines scènes. la raison pour laquelle le film est finalement plutôt muet, c'est tout simplement afin de conserver au personnage qui renvoie à son vagabond habituel (Ici crédité comme "un ouvrier d'usine") sa dimension. On n'a jamais entendu sa voix, et sa diction, il fallait pour Chaplin préserver une part de mystère. Sinon, toutes les voix entendues le sont par le biais de machines, radio, télévision, etc... A l'exception de la voix de Chaplin entendue lors de la chanson finale. Si ce film est le dernier balbutiement du muet,c'est donc pour des raisons moins militantes qu'il y parait. Du reste, le désir de faire un film parlant qui avait été l'intention première a eu une conséquence inattendue: Chaplin, je le disais, a écrit un scénario, un vrai. Il a de fait tout tourné en séquence, et a planifié avec soin son tournage. Mais si le film s'en resent au niveau des décors par exemple, il ressemble à tous ses autres films muets... Par contre, il y a fort à parier que Chaplin s'y est retrouvé financièrement, d'autant que si le réalisateur a su conserver sa position financière, son studio inoccupé en 1933 et 1934 n'a pas été épargné par la crise...

Le film fonctionne beaucoup comme un ensemble de sketches dont l'unité est toujours, comme à l'époque de la Mutual, ancrée sur un lieu et une idée forte. On a donc la scène de l'usine qui démarre le film, les déambulations citadines, avec la conviction de l'ouvrier moustachu qu'il serait finalement mieux en prison dans cette période de crise, le grand magasin, et enfin à sa sortie de prison, le restaurant avec la "gamine", jouée par Paulette Goddard. Celle-ci évolue seule dans la première moitié du film, et représente un peu une actualisation du personnage de Jackie Coogan dans The Kid, auquel elle renvoie dans un plan, lorsqu'elle fait signe à chaplin de la rejoindre, alors qu'elle se situe au coin d'une rue. ce genre de compositions rappelle évidemment les tribulations de Charlie et Jackie... En dépit de cette structure épisodique (J'ai évoqué les films Mutual, on a même les appareillages sur les quels les gags sont centrés, machine à manger, escalator, patins à roulettes, etc...), le film garde une unité par le recours au contexte, et à la notion de survie.

Un reflet de son temps, voilà ce que Chaplin cherchait à faire; cela ne va pas sans quelques coquetteries éditoriales, comme la phrase ironique située à l'ouverture du film, qui rappelle que les Etats-Unis ont comme objectif la recherche du bonheur pour tous, ou les intertitres qui assènent des vérités assassines: dans les années 20, on pouvait en effet aller en prison pour la simple raison qu'on était soupçonné d'être un leader "rouge". Entendez par la "Bolchevik..." Et chaplin, alors, ou se situe-t-il? eh bien, si il se fait en effet arrêter dans ce film pour avoir agité un chiffon rouge devant une man,ifestation, on le voit bien, c'ets un hasard; l'auteur se refuse à faire de son personnage un activiste, tout son comportement dans le film va dans le sens de la survie, face à un système dont il ne fait partie qu'en extrême recours, lorsqu'il a charge d'âme: on le voit en effet courir et dépasser les autres afin d'être le dernier pris dans une usine ou on embauche au compte-gouttes, parce que désormais, il a la jeune femme à ses côtés...

Reflet de son temps, oui, et comme souvent reflet de ce qu'il a vu: on a beaucoup polémiqué sur le fameux procès en plagiat de la Tobis, qui accusait Chaplin d'avoir volé des idées à A nous la liberté. Ce n'est pourtant pas un problème: d'une part, en effet, Chaplin a surement vu le film de René Clair, et s'en est inspiré. Il a gardé l'essence des idées, et les a magnifiquement remodelées. René Clair l'en a même remercié, estimant qu'on lui faisait honneur... Ensuite, c'est comme ça que le burlesque a toujours fonctionné, il suffit de rappeler le fameux gag du miroir, qui passe de Chaplin à Max Linder et Billy West, de Billy West à Charley Chase, de Charley Chase aux Marx Brothers, via Leo McCarey... Aucun de ces gens n'a jamais accusé les autres de plagiat! Et du reste, Fritz lang aurait tout aussi bien pu intenter un procès à Chaplin pour l'utilisation de la télévision, qui retransmet les ordres odieux d'Allan Garcia, comme elle transmet les informations de Joh Fredersen dans Metropolis.

Comme d'autres films (On va refaire la liste, il convient de le rappeler, tant il me semble qu'on est trop indulgent avec Chaplin vis-à-vis de cette sale manie: The Kid, A woman of Paris, The gold Rush, Limelight, A king in New-York, et selon Pierre Leprohon, The circus), Chaplin a légèrement coupé ce film dans les années 50. Il me semble que la raison de la coupe est on ne peut plus claire, mais ce n'est selon moi pas celle qui est généralement invoquée; en tout cas, on peut juger sur pièces, la séquence étant en bonus sur les DVD MK2 et sur la magnifique et indispensable édition http://deadwrite.files.wordpress.com/2011/01/modern-times.jpgAméricaine Criterion... la coupe concerne un dernier couplet de la chanson en langage inventé, qui manifestement raconte une histoire très précise. Officiellement, Chaplin l'a coupée parce qu'il estimait qu'elle était trop longue. Mais elle recèle une caricature maladroite d'usurier Juif, qui a du quand même sembler embarrassante. ce n'est pas de l'antisémistisme, mais un autre reflet de son temps, et d'une époque ou l'humour ethnique était monnaie courante, comme chez Keaton, Larry Semon voire Harold Lloyd....

Bon, tout le monde connait sans doute ce classique, qui est de fait le denier film Américain muet historique, et l'un des films les plus connus de son auteur; les images fortes y abondent, les gags inoubliables aussi; on y retriouve tout ce qu'on aime de Chaplin, sa lisibilité, sa dextérité (Hallucinante partie de patins à roulettes), son goût pour les gags limites (Le ballet de l'ouvrier fou devenu un satyre, les borborygmes...) son univers de conscience sociale qui contraste tant avec la douceur de vivre Californienne, dont il donne une parodie avec la cabane délabrée au bord des eaux boueuses du port... Et puis il y a un final justement célèbre, qui résume à lui tout seul l'idée que le bonheur est peut-être au bout de la route, pour tout le monde, mais qu'en attendant il n'y a qu'à marcher.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1936 Criterion **
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 16:03

Voila un film devenu classique dont on n'a pas idée à quel point il est au coeur d'une polémique liée à de simples notions purement théoriques. Pourtant, le style de ce film, son montage, et aussi bien l'interprétation que la mise en scène entièrement basée sur la tension d'une journée particulière, sont finalement admirables.

Que lui reproche-t-on? La parole est à l'accusation: John Wayne et Howard Hawks, mais Wayne en particulier, ont été souvent cités par les historiens, reprochant à ce film son approche d'une communauté westernienne dans laquelle le marshall se trouve à aller vers les uns et les autres pour demander de l'aide; leur idée, c'était justement de faire valoir qu'un shériff, c'est précisément un homme payé par le denier public dans le but d'assurer la loi et l'ordre, il est donc absurde à leurs yeux de représenter un shériff (Surtout Gary Cooper) se trainer aux pieds de  ses concitoyens pour aller quémander leur aide. Leur réponse à tous deux, ce sera Rio Bravo, un film dans lequel Hawks comme Wayne insisteront sur l'idée d'une police professionnelle, et tous les gens qui demanderont à John T. Chance (John Wayne), le shériff de ce film de 1959, s'il veut leur aide, se verront envoyer sur les roses... Que Wayne, Hawks et d'autres, fièrement ancrés à droite, aient pu exprimer des doutes sur ce western produit par Stanley Kramer, et réalisé par Fred Zinnemann, c'est peu étonnant, ces derniers étant quant à eux marqués à gauche. On prète à High noon une allégorie anti-McCarthy, ce qu'il ne se contente pas d'être. Autant de prétextes pour que le film paraisse suspect... Pourtant, on peut le lire de différentes façons, et l'intrigue sied parfaitement à un western. Le montage très particulier a du influencer Sergio Leone, et la fin est on ne peut plus claire: dans la marche du temps, force est restée à la loi... malgré l'abandon de leur shériff par tous les citoyens.

Hadleyville, New Mexico. Le jour de son mariage avec une jolie Quaker (Grace Kelly, 1929-1955), le marshall Will Kane (Gary Cooper) apprend que le bandit qu'il a envoyé au bagne 5 ans auparavant est sorti de prison, et revient pour se venger. Il sera à la gare à midi pile... Il lui faut donc rester en ville (Alors qu'il partait pour de bon) afin de se défendre et par le même coup de défendre une dernière fois la ville contre un tueur et ses copains, particulièrement dangereux. Mais Amy Kane, la jeune épouse qui désapprouve la violence sous toutes ses formes, les citoyens de la ville qui pensent que Kane attire sur eux le danger en restant, les adjoints qui ont tous une bonne raison, tous refusent d'aider le shériff...

Un homme payé pour faire son boulot, le shériff? Oui, bien sur, mais il est souvent dit dans ce film à quel point Hadleyville a été un endroit dangereux. De fait, Kane et ses adjoints ont transformé la localité en un endroit vivable, dans lequel on ne craint plus de laisser vivre ses enfants. Symboliquement, le retour de Frank Miller, le bandit, est le retour du crime et de la violence qu'on avait crus éradiqués. Ensuite, cette entraide qui est demandée par le shériff est requise à ses deputies, ses adjoints d'abord, mais tous se défilent. Enfin, la vie sur la frontière est ce qu'elle est: le deuxième amendement à la constitution Américaine, pourtant érigé en 11e commandement divin par l'extrême droite Américaine, est très clair: en cas de problème, prenez la loi en mains, et si possible, formez une milice... C'est peu ou prou ce que propose Kane dans ce film. Il le fait avec insitance parce qu'il sait qu'il n'est pas suffisamment armé seul; d'autant qu'il reste la cible principale des quatre bandits; de plus, l'une des surprises du shériff, c'est d'entendre l'un de ses meilleurs amis, interprété par le grand Thomas Mitchell, lui dire de partir, tout simplement, afin de déplacer le problème... Mis au ban de la société il reste presque seul, juste aidé par Amy qui a fini par admettre qu'il était important de rester pour l'homme qu'elle aime.

Ce que dénonce le film, c'est aussi la mémoire courte. Hadleyville, au début du film, est une ville calme, propre, d'ailleurs le mariage qui a lieu au début fait que Cooper passe tout le film en costume de ville; la gare est flambant neuve, la ville est prospère; le chemin qui y mène est bordé de belles barrières... Bref, la civilisation a fait son travail, on n'est plus tout à fait la "frontière"... Mais celui auquel on doit ces changements est prié de partir afin d'attirer la violence après lui, mais ailleurs... Le confort dont sont jaloux les américains, nous dit le film en substance, ils ne l'ont pas acquis seuls, et l'histoire nous enseigne que ce type de comportement, depuis le traitement des vétérans de la première guerre mondiale jusqu'à la mise au placard des vétérans du Vietnam, est bien typique de la nation Américaine. A l'époque de la conception du film, la soudaine fureur anti-rouge qui saisit les Etats-unis ne pouvait manquer de résonner vis-à-vis de High Noon. Mais le considérer comme un brûlot communsite semble tout autant douteux, d'autant que le film se fait l'écho d'une unité nationale lorsque le Nord est fustigé dans le film pour avoir fait libérer Frank Miller... la rivalité entre états mine le bon fonctionnement de la justice.

Enfin, le grand aspect du film, c'est son urgence, le fait que dès le début, on plonge au coeur du drame, dont Zinnemann nous fait saisir les contours en proposant un découpage très serré, fait d'un montage qui alterne les moments pleins (les conciliabules et débats les plus divers) et les moments vides (L'attente du train par les bandits), puis en serrant au plus près des visages dans les moments de suspense. Ces 85 minutes de la vie d'un homme (A peu près) sont une période grande tension, donc, et évidemment la bataille finale est l'objet de la progression du film; bref... c'est un western!!!!!

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Published by François Massarelli - dans Western Gary Cooper
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 09:31

Le labyrinthe des passions, avec un titre pareil, renvoie à une certaine forme de mélodrame, celui qui accumule les péripéties, ou au soap opera. d'ailleurs la multiplicité des personnages et des sous intrigues de cet hallucinant film confime cette impression, tout comme le finale délirant dans un aéroport... Essayons d'abord d'y voir clair: Sexilia est une jeune artiste nymphomane, dont le père est un gynécologue rendu célèbre par ses expériences, son but étant de supprimer le rapprochement charnel dans la conception. Riza est l'héritier d'une famille dirigeant un micro-pays; homosexuel, il est caché à Madrid afin de vivre librement sa passion pour les jeunes hommes. Il est recherché activement par des terroristes qui cherchent à le kidnapper, et par Toraya, l'ex-belle-mère de Riza, qui souhaite se faire féconder par le jeune homme afin d'assouvir une vengeance personnelle. Sexilia et Riza se rencontrent et tombent amoureux, et tout un tas d'autres personnages, généralement liés au mouvement underground, se croisent dans ce film.

 

Dès le début, qui voit Sexilia  déambuler en regardant avec avidité le pelvis et le fessier de tous les hommes qu'elles croisent, pendant que Riza fait de même, le sujet est installé: il est question ici, et exclusivement de sexe. Sous toutes ses formes, dans toutes les obédiennces, en particulier avec l'anecdote ahurissante de Queti, une jeun femme qui travaille au pressing, et que son père devenu gâteux viole avec une métronomique régularité tous les deux jours, la prenant pour sa mère. les situations sont par ailleurs si rocambolesques qu'il est impossible de prendre le film au sérieux, qui serait de fait plutôt un film-movida, une sorte de reflet de cette soif de provocation et de joyeuse fiesta, provoquée par la frustration de ces années dominées par Franco, le catholicisme triomphant, et qui éclate décidément en ces années 80. Par ailleurs, la présence d'Almodovar lui-même en maitre de cérémonie punk et travesti d'une soirtée branchée renvoie à un besoin personnel d'assumer une identité sexuelle qui est le propre de la plupart des personnages du film.

 

Bien sur le film est plus soigné que le premier, plus regardable aussi, et si l'intrigue va très loin dans le n'importe quoi, on ne l'abandonne jamais tout à fait. Mais ce n'est quand même pastrès sérieux, tout ça...  Maintenant, il est fascinant de constater que beaucoup des ingrédients de ce qui fera le grand Almodovar quelques années plus tard sont déja là. A commencer par Cecilia roth (Sexilia) et un tout jeune Antonio Banderas (l'un des terroristes)...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 09:01

Avec son sixième film, Kurosawa ne peut qu'étonner ceux qui sont habitués à son style épique et flamboyant, mais il convient aussi de rappelelr que celui qui triompha avec des films aussi riches en action et en mouvement que Les sept samouraïs ou Yojimbo avait à coeur, à la fin des années 40, de montrer le Japon dans toute la mesure de son désarroi, que Kurosawa d'autre part a toujours alterné, tournant films noirs (Chien enragé, 1949), films médiévaux (Rashomon, 1950), ou drames intimistes (Ikiru, 1952); enfin, son prix gagné en 1950 avec Rashomon lui a toujours fait dire qu'il regrettait de ne pas collecter de récompenses avec des films qui reflétaient l'état du Japon, et il citait Vittorio de Sica comme un modèle à cet égard. Il y a justement un parfum de néo-réalisme qui se dégage de ce petit film attachant, mais il y a aussi des aspects embarrassants...

Un merveilleux dimanche? une antiphrase, plutôt: Yuso et sa fiancée Masako n'ont que quelques Yen pour passer la journée ensemble, dans un Japon encore marqué par la tourmente. Ils se disputent un peu aussi, frustrés de ne pas pouvoir encore se marier, et ont des déconvenues; ils visitent une maison en vue de l'avenir, mais cela les met devant l'évidence: ils ne sont près ni de se marier, ni d'avoir les moyens de se loger décemment; ils veulent manger ou se distraire, mais tout coute trop cher. Enfin, ils n'ont d'autre ressource pour clôre la journée que de mobiliser leur imaginaire en improvisant un concert virtuel dans un amphithéâtre vide...

Austère et dépouillé, le film suit patiemment les personnages dans leurs pérégrinations. Il faut s'accrocher tant les autres n'existent pas dans ce film qui est principalement un dialogue entre l'homme et la femme, une confrontation finalement assez inattendue chez Kurosawa, qui n'a jamais été le peintre de l'amour. Si le film renvoie principalement au modèle du néo-Réalisme Italien, il est néanmoins très proche d'un thème qui restera important chez lui, jusqu'à la fin, avec Rêves (1989): la façon dont Masako exhorte Yume de se laisser aller à imaginer qu'il dirige un orchestre renvoie à la poésie de l'imagination telle que le cinéaste vieillissant la montrera en action dans les curieux sketches de ce film tardif. Mais la scène est selon moi rendue lourde par le recours à un truc (déja essayé par Herbert Brenon dans son Peter Pan de 1924), lorsque les deux amoureux sont saisis par le désespoir, et que Yuso ne cherche même plus à essayer de faire semblant, Masako tente longuement de pousser le public en s'adressant à la caméra et pendant deux minutes, nous pousse à applaudir. Le public, en 1947, restait impassible devant la séquence...

Le film, comme tous les autres films des débuts de Kurosawa, est surprenant, et un peu décevant aussi. Au moins échappe-t-on à l'impression gênante de la propagande de Le plus beau, par exemple. Ce film est d'une honnêteté totale, jusqu'à l'embarras comme on l'a vu. Toutefois, Kurosawa avait sans doute besoin de'autres ingrédients pour ses films, et ses films noirs à venir (L'ange ivre et Chien enragé sont deux des trois films suivants du metteur en scène) vont lui permettre de trouver la dose nécessaire de baroque pour son cinéma, ainsi qu'un interprète exceptionnel...

 

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Published by François Massarelli - dans Akira Kurosawa Criterion