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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 10:25

La désapprobation critique à peu près généralisée que se sont pris Scott et Russel Crowe, qu'il retrouvait ici pour la première fois depuis le triomphe de Gladiator, est-elle justifiée? Je suis mal à l'aise pour en juger, car si j'admets qu'à si souvent fréquenter ses films, le dernier genre dans lequel j'envisageais qu'il puisse s'engager est bien la comédie, a fortiori romantique, le fait est qu'on passe deux heures certes étranges, mais en relativement bonne compagnie avec ce petit film. J'ajouterais volontiers qu'ici, on est face à du très personnel, d'ailleurs. Le film, sur un scénario de Marc Klein adapté d'un roman de Peter Mayle, A good year est surtout le prétexte pour Scott de tourner un film autour de la passion du vin, situé en Provence ou il a une maison de vacances (Et quelques histoires avec ses voisins)...

Il a donc proposé à Crowe d'être ce trader cynique et révoltant d'arrogance, qui reçoit en héritage la propriété ou il a vécu des moments magiques mais largement oubliés de son enfance. Il se rend en Provence avec la ferme intention d'y précipiter la vente de la maison et de ses vignes, et va se heurter à quelques obstacles: la famille de vignerons qui depuis si longtemps travaille sur place n'est pas disposée à quitter les lieux, une cousine, fille illégitime du propriétaire décédé, qu'il soupçonne d'être une opportuniste vient s'installer avec lui, et surtout la Provence va faire son oeuvre, aidée par Fanny Chenal (Marion Cotillard), la jolie propriétaire d'un restaurant local...

Russel Crowe est-il doué pour la comédie? C'est essentiellement le débat qui domine dans les commentaires négatifs dont je parlais plus haut. Si beaucoup de scènes jouent sur la maladresse physique d'un trader décidément pas dans son élément, du moins le film nous permet-il de prendre gout au personnage, qui s'humanise au fur et à mesure de son accoutumance à la région et ses charmes. Marion Cotillard joue ce qu'on pourrait qualifier de "charmante voisine générique", mais Scott sait profiter des éléments à sa disposition pour mettre en valeur une actrice. Certes, le film joue beaucoup sur les clichés, et montre à quel point la vision du metteur en scène, bien qu'il ait vécu en France, est basée sur des clichés (Ah, ces Français de toute origine sociale qui sont capables de parler un Anglais parfait, mais avec un accent à couper au couteau... Un cliché qui a la peau dure depuis Charade!)... Mais l'accent mis sur le sensoriel, le décalage entre le Londres de la finance et des requins d'une part, et le sud presque Ninoferreresque du film finissent par séduire. Et d'ailleurs la morale du film fait beaucoup penser à la chanson, puisqu'il y est beaucoup question de se laisser aller.

Sinon, pour ceux que ça intéresse, le film parle de vin. Pouah.

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 14:34

Le film de Louis Feuillade, composé de dix épisodes (La Tête coupée; La Bague qui tue; Le Cryptogramme rouge; Le Spectre ; L'Evasion du mort; Les Yeux qui fascinent; Satanas; Le Maître de la foudre; L'Homme des poisons; Les Noces sanglantes) est paru entre novembre 1915 et juin 1916. Contrairement à Fantômas, et ses quatre suites (1913-1914), le film est bien une oeuvre, plus ou moins planifiée, et construite sur une histoire de combat acharné entre les forces du bien (D'honnêtes gens, journalistes, policiers, voire artistes ou anciens malfaiteurs repentis) et les forces du mal, qui font il faut bien le dire, tout le sel de cette saga, avec leur inventivité dans le crime, et leur cruauté sans pareil, décidément très cinégénique... Et le film va, volontairement ou non, se faire en filigrane l'écho des événements du front, bien que jamais une seule fois une allusion directe à la guerre ne transparaisse sur l'écran!

(Philipe Guérande (Edouard Mathé), reporter au "Mondial", livre une lutte sans merci contre la bande de malfaiteurs Les Vampires. Il est aidé en cela par son ami Oscar-Cloud Mazamette (Marcel Levesque), un ancien de la bande qu’il a persuadé de suivre le droit chemin et qui lui est très dévoué. Il ne ménage pas ses efforts pour contrer les agissements du Grand vampire, le chef de la bande (Jean Aymé), d’Irma Vep (Musidora), l’égérie des malfaiteurs, ou encore de Satanas (Louis Leubas), dangereux manipulateur d’explosifs, et Vénénos (Frédérick Moriss), le "maître des poisons"...

Les Vampires n'est pas le premier sérial Français : Victorin-Hyppolite Jasset avait réalisé les aventures de Nick Carter (1908) pour la compagnie Eclair. Avec la série Zigomar (1912), il avait poussé son expérimentation un peu plus loin en s’attachant non à un justicier mais bien à une bande de malfaiteurs. L’héroïne de Protéa (1913) était une femme, Josette Andriot incarnait une détective douée pour le déguisement. Après le succès des Fantômas, Les Vampires représente cette fois une tentative consciente et vaguement opportuniste de capitaliser sur le succès du genre serial. En particulier à cette époque, la noble Gaumont tentait de rivaliser avec la plébéienne Pathé qui distribuait alors les feuilletons américains (The Perils of Pauline distribué en France après le succès des films de Fantômas). Mais pour aller plus loin, le coté baroque des films de Jasset, la peinture d’une bande étendue de malfaiteurs unis dans le crime, avec leur hiérarchie et leur goût pour les armes, les techniques les plus diverses d’un côté et la volonté de donner un rôle important à une femme (comme cela avait été fait dans Protéa) d’autre part ont certainement joué un rôle dans la conception des Vampires.

Le mode de fonctionnement de la série tourne entièrement autour de quelques clous, comme on disait alors : évasion spectaculaire, meurtre élaboré, coup de théâtre... Par moments, on pourrait soutenir que le titre (La Tête coupée, La Bague qui tue...) est venu avant l’histoire, et c’est probablement souvent le cas, mettant en lumière une recherche de l’effet immédiat sur le spectateur. La narration, linéaire, est ancrée du point de vue de Guérande jusqu’au troisième épisode, lorsque Feuillade s’autorise à partir d’une scène qui montre la préparation d’un mauvais coup par les bandits, ce qu’il fera de plus en plus au fur et à mesure des épisodes. Une fois établies clairement les différences entre Guérande et les Vampires, il n’y a plus de barrière morale à montrer les agissements des malfaiteurs dans leur quotidien ! Le style visuel des Vampires est à la fois simple et direct, et repose souvent sur des images devenues depuis mythiques. Dans Les Yeux qui fascinent, Feuillade montre une séquence d’une grande beauté, d’un baroque assumé et qui louche clairement du côté du fantastique pur: les Vampires ont décidé de faire un gros coup et ont donné rendez-vous à toute la bonne société. Une fois la fête lancée, les Vampires se retirent, asphyxient tout le monde, et une fois chaque convive endormi dans la pièce sombre, deux portes s’ouvrent au fond du cadre dans lesquelles se détachent les silhouettes de vampires en collants noirs : les bandits vont pouvoir se servir sur leur victimes et les délester de tous leurs bijoux, portefeuilles et montres... La puissance onirique d’une telle scène doit beaucoup à l’incarnation trouvée par Feuillade pour le crime, le mal, le mystère, ces inquiétantes silhouettes qui échappent à toute rationalité (pourquoi d’ailleurs se grimer ainsi si les victimes endormies ou mortes ne risquent pas de reconnaître les bandits ?). Ces déguisements sont pour Feuillade aussi bien un geste artistique qu’un signe de reconnaissance, qu’une échappée de l’inconscient, surtout lorsqu’il joue de la silhouette sensuelle de Musidora, seulement habillée d’un collant plus que révélateur.

Guérande et Mazamette, les héros en titre du film, sont deux personnages bien différents l’un de l’autre. Deux archétypes, d'ailleurs: Edouard Mathé, le reporter, est un solide gaillard, droit dans ses bottes, qui avance du début à la fin sans jamais laisser le doute s’installer en lui. Il a une intelligence particulièrement aiguisée, le fruit d’années à lutter contre le crime, et a acquis une solide réputation grâce à ses enquêtes et reportages, ce qui fait de lui un notable. Ses entrées à la police, sa solide position de reporter-vedette, ses amitiés haut-placées (la danseuse vedette Marfa Koutiloff avec laquelle on lui prête une liaison, par exemple) font de lui un homme situé du bon côté de la loi et dans la bonne frange de la société. On ne peut s’empêcher de se dire qu’il doit être d’un ennui mortel... Il lui fallait donc un faire-valoir à la hauteur: Marcel Levesque deviendra une grande vedette après son interprétation d’Oscar-Cloud Mazamette, dont l’évolution dans le film trahit le côté instable, les ennuis économiques (un fils, parfois trois, à nourrir, un travail à trouver coûte que coûte) mettant en valeur son appartenance à une classe sociale défavorisée. Ici s’arrête la lecture socio-économique, car si Mazamette est dans le premier épisode un membre des Vampires, c’est certes par nécessité, mais c’est surtout parce que cela va bien servir le scénario: lorsque Mazamette habillé en Vampire découvre que l’homme prisonnier qu’on lui fait surveiller n’est autre que Philippe Guérande, qui a été bon avec lui, il n’écoute que son cœur et passe à l’ennemi. Désormais, le brave homme sera du côté de la loi, et trouvera du travail, avant de devenir riche à la faveur d’un épisode. Mais sa simplicité et son physique, ses constants clins d’œil au public font de lui un personnage burlesque qui allège les aspects sentencieux, pudibonds et ennuyeux de son copain Guérande, l’homme du monde qui vit chez sa mère jusqu’au cinquième épisode !

Jusqu’au quatrième épisode, la situation est relativement simple, renvoyant systématiquement à Guérande et Mazamette contre les Vampires... avant l’apparition de Juan-José Moreno. Celui-ci, interprété par Fernand Herrmann, est un bandit qui n’appartient pas à la bande des Vampires et qui va non seulement renouveler les combinaisons de scénario, mais aussi permettre de continuer à peindre les aventures des Vampires de l’intérieur sans pour autant risquer les foudres de la censure, la compétition avec Moréno devenant parfois plus dure encore que la lutte contre le vertueux Guérande.

La Gaumont, ainsi que Feuillade, allaient être accusés de faire l’apologie du crime avec cette série, depuis la vision fascinée d’un «Vampire» masqué qui échappait à la police en marchant lentement sur les toits de Paris, jusqu’à un final en forme de baroud d’honneur dans lequel ils luttaient jusqu’à la mort. Apologie, non, mais véritable fascination, la présentation du crime dans les films de Feuillade doit tout à une volonté innovante de synthétiser l’image du mal à travers des vignettes fortes qui ne sont pas réduites qu’à des concepts vagues. Une certaine idée de la liberté de faire ce qu’on n’a pas le droit de faire semble bien être ce qui différencie l’homme droit, vertueux et honnête (Philippe Guérande) et le Vampire : tuer, voler, enlever, menacer, hypnotiser, tirer au canon, se rendre complice d’une évasion spectaculaire, se faire passer pour d’autres... les figures libres du crime tel qu’il apparaît dans ces films ne manquent pas. Mais il ne s’agissait pas pour Feuillade de glorifier, juste d’exagérer le mal jusqu’à le rendre particulièrement "photogénique".

Produit en pleine guerre dans un studio qui menaçait de devoir tout arrêter, Les Vampires était sans aucun doute considéré comme un film économique pour la Gaumont. D'une certaine manière il représente comme une régression pour Feuillade. Mais celui-ci a eu tout le loisir d’y recycler des leçons de ses anciens films: Fantômas, mais aussi pour une large part les films sensationnels de La Vie telle qu’elle est, ou des sujets crapuleux comme Le Trust. Il a aussi pu y développer un style propre qui a eu une influence considérable sur d’autres cinéastes. Le côté "gratuit" des films a par ailleurs séduit les surréalistes et a beaucoup fait aussi pour la pérennité des Vampires. Pourtant, il m’apparaît quand même que le déroulement de la série obéit à une certaine rationalité. Il aurait sans doute été de mauvais augure de tout faire reposer sur un moment de suspense qui aurait certes mis tout le monde en haleine, mais pour Feuillade qui avait dû renoncer en 1914 à poursuivre la série de films qu'il avait imaginés autour de Fantômas, il devait être important de pouvoir retomber sur ses jambes à chaque fin d’épisode... L’improvisation a parfois été la règle, et certaines traces en restent dans le côté arbitraire de certains coups de théâtre: lorsque Jean Ayme, méchant en titre, a commencé à se comporter en star, on a purement et simplement tué son personnage (Les Yeux qui fascinent). Moréno, dans un premier temps, est un bandit opportuniste qui n’a aucune envergure mais beaucoup d’intelligence et de réactivité. Avec le bien nommé Les Yeux qui fascinent, il va devenir (par la grâce d’un intertitre) un homme inquiétant doué de talents particuliers pour l’hypnotisme, ce qui lui permet de pousser Irma Vep à tuer le grand Vampire, mais ce qui lui donnera aussi l’occasion d’enlever la jeune femme et l’attacher à lui... Les différents changements de "patron" des Vampires sentent eux aussi l’improvisation, ou une façon de rappeler à l’ordre les acteurs qui se sentiraient pousser trop d’importance. Une dernière trace de cette tendance à l’improvisation figure dans le recyclage sans vergogne d’un film inachevé tourné en Camargue, qui met en scène Renée Carl: pendant qu’Irma Vep va fouiller une chambre d’hôtel, son complice raconte une histoire qui tient tous les convives en haleine, permettant à Feuillade d’introduire son petit fragment de film.

On ne doit pas oublier que ce film profondément délirant (un quidam y menace les gens de son canon qu’il utilise pour couler un navire à distance; un stylo empoisonné est utilisé par une sexagénaire pour s’échapper alors qu’elle est retenue prisonnière, e tutti quanti...) a été réalisé pendant la guerre et devait probablement avoir pour mission, non pas de sauvegarder le moral des troupes mais bien plus de permettre une échappatoire à ses spectateurs. Néanmoins, le final de la série se devait aussi de montrer comment les honnêtes gens allaient savoir serrer les rangs devant une adversité rompue à tous les actes sadiques. Le dernier épisode, Les Noces sanglantes, survient après de nombreuses péripéties qui vont voir Musidora-Irma Vep passer de mains en mains, de bande (Vampires) en bande (Moréno). Mais il est intéressant de voir d’une part que Feuillade va faire en sorte que cet ultime chapitre se termine sur une action musclée des forces de l’ordre qui vont faire subir à la bande de Vep et Venenos le même type de traitement qu’eux-mêmes ont asséné à toutes leurs victimes : c’est lors d’une crapuleuse cérémonie de mariage que les policiers, emmenés par Mazamette et Guérande, vont massacrer les Vampires... je passe sur la description de l’assaut, surprenant par son côté expéditif, que vous pourrez aller voir par vous-mêmes dans le film. Il est troublant de voir que Fritz Lang s’en est probablement inspiré pour son final de Dr Mabuse der Spieler, six ans plus tard. Mais surtout, Guérande et Mazamette ont déployé les grands moyens pour une raison bien précise : deux femmes ont été enlevées. L’une (Jane-Marie Laurent) est la jeune épouse de Philippe Guérande, l’autre (Germaine Rouer) une jeune veuve (son mari, le concierge de la famille de la jeune Mme Guérande, a été empoisonné par les Vampires !) que convoite le sentimental Mazamette. Seule survivante de l’assaut, Irma Vep passera quelques minutes seule avec les deux femmes, dans la cave où elles ont été emprisonnées, les tenant en son pouvoir du moins le croit-elle. Quand Guérande et Mazamette arriveront, il sera trop tard: l’une des trois femmes sera morte. Pour ce final sans doute planifié, Feuillade abat ses cartes et, comme Lang quelques années plus tard, fait intervenir pour terminer son film la cave sombre d’une maison assiégée, trois femmes livrées les unes contre les autres, des héros fondamentalement impuissants à y faire quoi que ce soit, et un destin scellé dans le crime... Un final qui non seulement offre à la Gaumont une revanche musclée des forces de l’ordre sur les nombreux crimes des Vampires, mais aussi un message subliminal sur l’importance des femmes dans ce film hors du commun, qu’elles soient honnêtes ou criminelles.

Les Vampires a sans aucun doute révolutionné, voire recréé le cinéma de genre en France, et pas seulement. Nombreux sont les films de Lang, par exemple, qui renvoient aux canevas de rêve éveillé des Vampires, aux associations de scènes mises bout à bout qui forment un excitant parcours du combattant dans l’inconscient : Ministry of fear et son improbable itinéraire vécu par un Ray Milland en proie aux espions, sous toutes les formes les plus inattendues, se situerait assez bien dans la continuité des Vampires. Feuillade a libéré un cinéma assez conservateur de ses réserves dans la peinture du crime en action. Il a su créer des signes cinématographiques (là encore on s’en voudrait de ne pas penser à Lang ou Hitchcock) grâce à Irma Vep, grâce à Moréno et ses « yeux qui fascinent ». Le film à épisodes a aussi contribué à capter de façon sûre l’esprit d’une époque, non dans son art officiel et consacré mais dans ses plaisirs coupables, à l’instar de ces scènes situées dans le beuglant ou les Vampires se retrouvent pour écouter les imprécations de la chansonnière Irma Vep avant de descendre à la cave pour y regarder les mêmes danses des Apaches (un homme et une femme qui miment la comédie de l’amour brutal !)... Bien sûr, pour la conservatrice Gaumont et le royaliste Feuillade, toutes ces canailles sont une incarnation populaire du mal, généralement situé du côté de la racaille et du bas peuple. Mais Feuillade a aussi su, grâce à Mazamette qui est lui aussi un travailleur, éviter de dépeindre un univers trop manichéen. Et si Guérande est toujours du bon coté de la police, un représentant typique de la bourgeoisie, il est aussi amené dès le premier épisode à faire face à une police qui ne souhaite pas lui accorder le temps qu’il mérite (La Tête coupée). En revanche, il se rend compte de la facilité qu’ont les Vampires d’infiltrer la bonne société, justement... Tout en ménageant les couches les plus conservatrices de la société de 1916, Feuillade introduit comme en contrebande une vague idée de corruption de la société Française. Ce qui débouchera avec Judex, le serial suivant, sur une plus grande implication de la Gaumont pour une vision beaucoup plus tranchée du monde!

Enfin, comment ne pas voir que dans ce film, les méchants ont accès à un arsenal de la plus grande modernité? Masques à gaz, poisons élaborés, canons spectaculaires, et les Vampires sont organisés comme une armée... En creux, dans son portrait d'une époque, Feuillade n'a pas oublié de faire passer l'idée d'une guerre qui décidément, s'attardait... En attendant, Les Vampires est un authentique chef-d’œuvre, né par hasard d’une volonté de faire du cinéma au rabais... On aurait envie de dire que c’est raté, tellement la supériorité de ce film à épisodes sur tant de ses contemporains est évidente.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade 1916 **
28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:48

Un an après L'abîme, ce nouveau film de Urban Gad avec Asta Nielsen déçoit. On quitte l'intrigue filmée dans les rues de Copenhague, et ses audaces fulgurantes d'érotisme pour suivre des acteurs un rien ampoulés de salon en salon, mollement engoncés dans une intrigue bourgeoise, plate et ridicule. Asta Nielsen y interprète une talentueuse écuyère courtisée par à peu près tout le Danemark, qui refuse les avances d'un riche bijoutier (Gunnar Helsegreen) mais se jette (Littéralement) dans les bras du Comte Von Waldberg (Valdemar Psilander). Le bijoutier, Hirsch, ne s'avoue pas vaincu et revient à la charge, par la ruse plutôt que par la séduction... Il va piéger les deux amoureux, et le drame va, bien sur, finir mal, très mal pour la belle artiste.

Le film est donc un retour à du tout-venant après la réussite de leur premier film, mais Asta Nielsen, malgré tout, tire plutôt bien son épingle du jeu. Certes, la subtilité ni la retenue n'ont jamais été son fort, mais elle se bat avec une belle énergie, pendant que Gad, comme s'il prenait ses distances avec le film (Au scénario duquel il a pourtant contribué), tend à éloigner sa caméra, et créer au moins dans des scènes qui sont souvent réduites à un tableau, un semblant de vie. Mais une scène frappante lui permet d'élever un peu le débat: un miroir nous frappe par son omniprésence, pendant que dans le bureau du bijoutier, Stella vient le voir. Le miroir nous est encore plus évident lorsque Gad l'utilise pour prolonger le décor de son intrigue, et sert enfin au bijoutier lui même qui voit dans le miroir, la jeune femme qui lui dérobe des bijoux derrière son dos! Et dans la même scène, un insert vital permet à Gad d'aller plus près des acteurs qui jouent tous deux une scène avec une certaine duplicité... Quant à Asta Nielsen, elle continue à impressionner par l'aisance physique avec laquelle elle joue des séquences entières, comme une scène durant laquelle elle doit empêcher son petit ami de se suicider... Elle y met tout son coeur, peut-être pas de quoi rattrapper le film, mais c'est toujours ça de pris.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/den-sorte-drom

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Published by François Massarelli - dans Muet Asta Nielsen 1911 DFI Urban Gad *
26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 08:34

1600: Orlando (Tilda Swinton) est un homme, personne ne peut en douter... C'est donc sous la ferme mais tendre houlette de la vieillissante Elizabeth que le jeune homme s'installe dans la vie, avec une carrière prometteuse comme seuls les nobles peuvent en rêver; la reine lui accorde le droit de garder son chateau et son héritage toute sa vie, pour lui et ses héritiers, à condition qu'il ne vieillisse ni ne s'étiole jamais...

C'est comme si c'était fait...

Pourtant, tout va mal aller: Orlando végète, ne va prendre que les mauvais raccourcis, les mauvaises décisions, se laisser aveugler par l'amour de la belle Sasha (Charlotte Valandrey), et devenir le jouet des hommes qu'il croise, exploitant systématiquement sa gaucherie. A tel point qu'un jour, dans sa longue vie, puisqu'il est immortel, il se réveille une femme. Du coup, on ne lui demande plus les mêmes choses... Mais on ne lui reconnait pas non plus les mêmes droits, puisqu'il est une femme, et qu'en plus selon toute vraisemblance il, ou elle, devrait être mort (e)...

Voilà un film bien intrigant, adapté d'un roman de Virginia Woolf, qui questionnait de façon humoristique par ce conte extravagant d'un homme qui non seulement ne vieillissait pas, sans vraie explication, mais en prime se changeait à sa grande surprise en femme d'un jour sur l'autre! Et Sally Potter ne cherche pas à nous donner plus d'explication, laissant le film passer par la non-narration subtile d'une Tilda Swinton parfaite de bout en bout, qui s'identifie en narratrice à plusieurs reprises par des regards lourds de sens, appuyés, à la caméra.

Ce faisant, Orlando prend possession du récit, et un final en forme de vraie conclusion nous permet de mener cette appropriation à un point satisfaisant. En attendant, Sally Potter s'est bien amusée, a utilisé avec adresse des décors généralement superbes, et a bien profité du paradoxe d'Orlando pour faire passer subtilement des idées un brin féministes, sans trop forcer la dose. Et elle remercie Michael Powell, une preuve de bon gout, mais justifiée: d'une part, le vieux cinéaste (Décédé en 1990) lui a apporté son soutien durant la phase de préparation du film, d'autre part, elle cite ouvertement plusieurs films du maître: Gone to earth, The life and death of Colonel Blimp (Dont l'héroïne interprétée par Deborah Kerr, pâle et rousse, incarnait déjà l'éternel féminin constamment réincarné) entre autres...

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Published by François Massarelli - dans Le coin du bizarre
25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 15:34

Arrêtons un peu de recourir aux clichés en usage, et voyons les choses en face: ce film iconique, ultra-célèbre, et considéré à lui tout seul comme la boule à paillettes ultime, n'est pas limité à sa musique, ou au fait qu'une portion non négligeable de la pellicule y montre des gens qui dansent le disco avec il est vrai une certaine adresse... Ce n'est en rien une comédie musicale, voire un petit film jetable, mais bien un document sociologique sur une communauté rendue autrement célèbre par des histoires de mafiosi, généralement plus malhonnêtes que ne le sont les héros ou anti-héros de ce film âpre et qui touche souvent juste. Comme l'a souvent dit Martin Scorsese, réussir pour un jeune Italo-Américain qui grandit à Little Italy, c'est souvent faire un choix entre le gangstérisme ou la prêtrise... Heureusement pour lui, il avait trouvé le cinéma comme vocation alternative! C'est une histoire un peu similaire qui nous est racontée ici...

Tony Manero (John Travolta) a dix-neuf ans; Italo-Américain de troisième génération, il est confronté au chômage de son père, à l'incertitude de l'avenir, et à une certaine crise communautaire: comme le dit son père, avant qu'il ne soit sans emploi, son épouse n'aurait sans doute jamais levé la voix contre lui, et n'aurait pas non plus, honte suprême, évoqué la perspective de chercher elle-même un travail pour subvenir aux besoins de la famille. Les Manero ont trois enfants: le plus grand, Frank, est prêtre catholique, mais ne passe pas assez de temps avec ses parents; la plus petite est encore à l'école. Quant à Tony, il travaille depuis quelques mois dans un magasin de bricolage sur le quartier, et son patron l'a vraiment à la bonne. Mais ce à quoi il consacre essentiellement son argent le week-end, c'est la danse: Tony est un danseur émérite de disco: on est au milieu des années 70, et les jeunes portent talons hauts, pattes d'éléphant en lycra, gomina et cols "pelle à tarte". Un concours se profile à l'horizon, et Annette (Donna Pescow), une jeune femme amoureuse de Tony avec laquelle il danse parfois, lui propose de s'associer et de rafler le premier prix. Il accepte, mais change très vite de partenaire, car il est très perfectionniste, et a vu Stephanie Mangano (Karen Lee Gorney) danser: elle aussi en veut, et pour Tony, c'est la partenaire idéale.

Les jeunes Italo-Américains, qui vivent dans un Manhattan saisis sur le vif, sont la principale communauté vue dans le film, mais il y est question aussi des rivalités parfois violentes avec les hispaniques, et les noirs. D'ailleurs, il y a même une comptine bien salace à ce propos. Les amis de Tony, à cet égard, tentent de maintenir une espèce de contrôle culturel sur la ville, qui passe parfois par la violence. Mais une expédition punitive tourne à la mauvaise farce pour Tony lorsqu'il apparaît que les "Barracudas" hispaniques, que la bande vient de punir pour un méfait, n'étaient en fait pour rien dans l'histoire. C'est là qu'apparaît un trait de caractère essentiel du jeune homme: il a une morale. Bien sur, elle ne l'empêche pas de considérer les femmes comme des objets de conquête, et de traiter la jeune Annette qui n'a d'yeux que pour lui, avec un mépris qui va jusqu'à la goujaterie. Mais le sens de la justice qui l'anime l'empêche de tirer parti de façon égoïste de certaines opportunités, comme lorsqu'il met un point d'honneur à reconnaître avoir moins bien dansé que des Porto-Ricains, par exemple. Et surtout, le film raconte un passage fulgurant à l'âge adulte, lorsque son frère, en pleine crise de la vocation, quitte l'église, et que de son côté Tony s'investit de façon mature dans un nouveau projet.

Le film est plein de vie, et chaque séquence de danse lui confère un atout supplémentaire: certaines scènes sont vues d'un point de vue clairement sociologique (Aucun de ses héros n'est vraiment sophistiqué), et la lutte à l'amiable pour un trophée de danse devient une opportunité de s'affirmer, tant pour Tony ou Stephanie (Qui en dépit de ses grands airs est motivée par une volonté de s'élever qui sera vite contagieuse), que pour l'ensemble des protagonistes. Il y a bien quelques clichés, quelques aspects non aboutis, mais le film vaut le coup d'oeil pour nous montrer la vie à Manhattan et dans d'autres quartiers en 1977. Avec des boules à paillettes et des platform shoes, certes.

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Published by François Massarelli - dans Musical Danse
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 11:30

Dans ce très étrange et envoûtant film de science-fiction, une jeune femme particulièrement séduisante conduit un van dans toute l'écosse. Elle cherche des hommes seuls, les attire dans son camion, et sous la promesse de coucher avec eux les entraîne dans un espace mystérieux, ou elle les déshabille et les dépèce purement et simplement. Mais au fur et à mesure, à force de se confronter à des solitudes, elle commence à ressentir son propre isolement, et commence à chercher la sympathie chez ses victimes potentielles.

Se situant dans le sillage de 2001 et de Solaris, le film de Glazer est donc de la science-fiction différente, avec une alien séduisante qui attire des hommes dans ses filets, sans doute pour se nourrir ou pour nourrir sa communauté. Mais dans la peau d'une belle humaine, elle se prend à désirer être ce qu'elle semble, et c'est là que ça ne va plus... Scarlett Johansson est fantastique dans un rôle complexe, fait de beaucoup de silence et de lenteur. Le film est esthétiquement remarquable, faisant du cadre un usage impressionnant. Le cadre est souvent utilisé pour amplifier l'impression grandissante de solitude du personnage principal. La musique, énigmatique, de Mica Levi participe aussi beaucoup à cet objectif.La beauté (Et parfois une certaine laideur fascinante) de l'Ecosse fait le reste.

Par contre, on va être clair: n'allez pas voir ce film pour y manger du pop-corn, c'est un exercice de style et de construction intellectuelle qui n'a rien de facile. Le résumé qui précède n'est d'ailleurs que mon interprétation d'une intrigue assez ouverte, et jamais explicite. Enfin si, les images le sont (Un des grands arguments de vente du film est bien sur le fait qu'on peut y voir beaucoup plus de ce que la Veuve Noire cache habituellement sous du Spandex!) mais pas le sens!

Dès le départ, ce décalage entre le film et le public est souligné par une introduction en forme d'énigme, avec des formes géométriques qui s'agencent, afin de former quelque chose: construction du "déguisement humain" de l'alien? Par ailleurs, un "homme" à moto suit avec insistance la jeune femme, nettoyant parfois les dommages collatéraux de ses actions... Le film, du coup, prend la forme d'une énigme, sensorielle et inattendue, à voir et revoir.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 11:15

The screwfly solution est, comme Homecoming, un film de moins d'une heure réalisé pour la télévision par Joe Dante, scénarisé par Sam Hamm, et adapté d'une obscure nouvelle: Alice Sheldon a écrit la nouvelle en 1977, et l'histoire est une intéressante variation sur le féminisme. Mais cette interprétation reste en creux, car du début à la fin, le film multiplie les fausses pistes: deux scientifiques qui ont travaillé dans la forêt tropicale sur des solutions pour régler un problème d'insectes, constatent quand ils reviennent chez eux à Houston que les Etats-Unis sont en proie à une guerre entre les hommes et les femmes: on se rend vite compte que les hommes ont été touchés par une maladie liée aux insectes, qui les rend agressifs dès qu'ils ont des pulsions sexuelles, et ils finissent par se livrer au meurtre des femmes, quel que soit leur age, et quels que soient leurs liens avec leurs victimes. L'épidémie s'étend, et l'un des scientifiques, Alan (Jason Priestley), fait comprendre à son épouse (Kerry Norton) qu'elle ferait mieux de partir avec leur fille aussi loin de lui que possible...

Nettement plus linéaire que The Homecoming, le film est aussi beaucoup moins drôle. Le propos, durant presque toute la durée de l'intrigue, nous oriente vers une lecture environnementaliste, en pointant du doigt une force extérieure (Divine? Extra-terrestre? la solution, pur truc de fiction, est donnée pour la satisfaction du public à la fin, mais à mon sens, elle importe peu) qui aurait pris la décision de se débarrasser de la race humaine en détraquant la libido des hommes. De fait, le film à mon humble avis parle plutôt de cette étonnante tendance des hommes à toujours chercher les prétextes les plus divers pour se retourner contre les femmes. Un maire tue une épidémiologiste, parce qu'elle est une intellectuelle; des hommes dans la rue font un écart en voiture pour tuer deux piétonnes, et un père qui éprouve une attirance pour sa fille va la tuer... On évoque aussi la Charia des fondamentalistes Islamistes... Bref, une tendance partagée, et le problème c'est que ça n'a rien d'une fiction, même si le film va loin: il prévoit effectivement la disparition de la gent féminine, et donc à terme de la race humaine...

Quoi qu'il en soit, le message est clair: cette tendance, si répandue, de l'homme à agir avec violence contre les femmes, est une façon de jouer contre lui-même. Le film le dit, et le dit avec la science impeeccable de Dante pour la mise en scène, et la construction dramatique. Une fois d eplus, il peut en dire plus à la télévision qu'au cinéma...

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 10:34

2008: David Murch, un conseiller Républicain du président en exercice, candidat à sa propre réelection, est interrogé à la télévision par une mère de soldat. Elle a perdu son fils, engagé en Irak, et réclame des réponses à toutes les questions légitimes que peuvent se poser les mères dans son cas. Il est troublé: il a lui-même perdu son frère, parti se faire tuer au Vietnam, et la question va longtemps résonner dans son esprit. Il fait en direct le voeu que les soldats reviennent afin de juger si l'intervention était légitime ou non. Egalement présente sur le plateau, une intellectuelle de droite, mais vraiment de droite, et séductrice notoire, Jane Cleaver, applaudit à ce qu'elle croit être une technique de Murch. Elle va d'ailleurs lui conseiller de souffler au président de faire le même voeu, tout en débutant une relation agressive avec le jeune conseiller. Le problème, c'est que le camp Républicain ne va pas tarder à constater que le voeu s'est bien réalisé, mais que les zombies de la guerre d'Irak ne sont pas contents, mais alors pas du tout: il veulent voter, et a priori pas pour le président... Son staff électoral a des soucis à se faire. Pendant ce temps, l'ambitieuse Jane Cleaver monte un à un les échelons de l'appareil de campagne...

C'eest dans le cadre d'une série de télévision, l'anthologie Masters of Horror, que dante a réalisé ce petit film. Le constat est sans appel: autant le cinéma semble ne plus avoir de place pour un metteur en scène aussi reconnu et talentueux que Dante (Qui pour les studios, reste probablement le responsable du naufrage de Gremlins 2, The New Batch), autant la télévision est une terre d'accueil pour des projets décidément atypiques, mais dans lesquels il a, relativement, carte blanche. Le sujet de ce film d'horreur politique (A ma connaissance, une première) est inspiré d'une nouvelle de Dale Bailey, Death and Suffrage, publiée en 2002, et qui voyait avec préscience le camp de Bush tout faire pour exploiter la ferveur guerrière, et éventuellement contourner l'opposition à la guerre en leur faveur, pour l'élection de 2004. C'est exactement ce qu'ils ont fait... Sam Hamm, scénariste réputé, a adapté la nouvelle afin de l'intégrer à l'anthologie produite par IDT Entertainment. Le choix de Dante est d'autant plus pertinent qu'il est de notoriété publique plutôt à gauche, et depuis toujours s'est fait un chantre d'une Amérique des bonnes gens face aux tricheurs et menteurs de tout poil, généralement situé sdans les conseils d'administration (Looney Tunes back in action), dans l'armée (Piranha), les politiciens (The second Civil War).

Le film, en son état, est plutôt une comédie qu'une film d'horreur, dont il détourne par contre certains codes: le choix a été fait de débuter sur une scène spectaculaire de rencontre entre David (Jon Tenney) et Jane (Thea Gill) d'une part, qui conduisent de nuit sur une route isolée, et des zombies qui les ont identifiés comme ceux qui les ont trahis. La scène donne lieu ensuite à un flash-back qui nous présente toute la situation, mais elle est aussi chargée en sens: la voiture est conduite par Murch, mais Jane fume sans vergogne, lui disant que c'est "sa voiture". Toute l'outrecuidance du personnage est contenue dans un échange amer; quelques instants après, une clé transparente est donnée par les auteurs: on aperçoit la plaque d'immatriculation, dont l'identification est BSH BABE, un renvoi, à un U près, au président contemporain. Sans jamais le nommer, le film est un brûlot anti-Bush, particulièrement fort d'autant qu'il est surtout destiné à taper sur son camp: ainsi Murch, politicien intègre qui s'est trompé, est-il le seul à êttre épargné. tous les autres voient arriver les zombies et décident de trouver le moyen devoler l'élection avec eux. A plusieurs reprises, Jane Cleaver (Cleaver, c'est un hachoir à viande, au passage) dit des horreurs sur la gauche, dont il est clair qu'elle les pense (Elle me fait immanquablement penser à Nadine Morano, mais elle pense quand même); il est parfois fait allusion à l'histoire lamentable du vol de l'élection de 2000 par les Républicains de Floride, et le staff du président parle effectivement de "ne pas l'élection à l'autre camp"! Donc, nous dit en substance ce film de moins d'une heure, la démocratie est en danger...

Bon, tout ce qui précède donne sans doute l'impression d'un spectacle d'une grande finesse, mais on peut faire confiance à Dante pour éviter toute grandiloquence: il s'amuse, comme il le fait dans tous ses films, avec les codes, le jeu des ateurs, et la sacro-sainte urgence d'un film d'horreur: pas de discours pesant, du gag, de l'exagération... Et des allusions: parmi les tombes de soldats aperçues ça et là au cours du film, on notera celles de Gordon Douglas, George Romero, et Jacques Tourneur. Dante est, depuis toujours et pour toujours, un connaisseur et le choix de l'hommage à ces trois cinéastes fait sen... Ne payant pas de mine, ce petit film gonflé et pétant de santé est excellent, d'autant qu'on ne peut pas le taxer de la moindre prétention. Il est aussi bien plus réussi, à mon sens, que l'autre participation de Dante à la même série, intitulé The screwfly solution, et diffusé l'année suivante.

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante
23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 17:14

L'Abysse, comme le film est appelé en France, est le premier film de Urban Gad avec Asta Nielsen, tourné au Danemark. Paradoxalement, le couple ne va pas attendre avant de répondre aux sirènes de l'écran Allemand, puisqu'ils vont partir tout de suite après l'immense succès obtenu par ce film... L'essentiel de leur carrière commune sera donc faite en Allemagne, mais l'un et l'autre resteront indissociables du scandale de ce premier film, qui en 1910, à une époque durant laquelle les films commencent à s'allonger et la narration quitte les conventions des studios, semble revendiquer une place de premier plan pour le cinéma Danois: il est le plus spectaculaire des mélodrames naturalistes et sensuels, spécialité locale...

Un jeune homme, fils de vicaire, rencontre sur un tramway en plein Copenhague une jeune femme, professeur de piano, dont il tombe tout de suite amoureux. Leurs rencontres se font de plus en plus fréquentes, et un jour Knud (Le jeune homme, interprété par Robert Dinesen) invite Magda (Asta Nielsen) à se joindre à sa famille qui se rend à la messe. Elle le concainc de l'accompagner au cirque, et lors de a journée, se laisse aller à danser de façon provocante avec l'un des artistes. Durant une nuit, l'un des forains vient la chercher, et elle s'enfuit avec lui, et devient partie intégrante du spectacle, avec une danse particulièrement lascive... Pourtant, l'aventure avec le beau ténébreux (Poul Reumert) tourne court: il a tendance à flirter avec toutes les danseuses qu'il rencontre, et la jalousie s'installe bien vite pour Magda...

Dès le départ, le nauralisme du film est frappant, surtout au regard de ce qui se mijotait à l'époque dans les deux seuls pays capables de rivaliser avec le cinéma danois, l'Italie et la France: la rencontre entre Magda et Knud est saisie sur le vif, dans un vrai tramway, au milieu des vrais gens. Les nombreuses scènes d'extérieur sont tournées à même la rue, et respirent la vie; elles sont autant de témoignages émouvants plus de cent ans après d'une Copenhague révolue. Mais le jeu des acteurs, dans l'ensemble, suit cette tendance au naturalisme, et Asta Nielsen paie de sa personne en permanence: on sait que le film est surtout célèbre pour avoir été censuré aux Etats-unis en raison de l'incroyable sensualité d'une scène de danse, et à la voir aujourd'hui, on comprend: Poul Reumert est au milieu d'une scène, ligoté debout par Asta Nielsen. celle-ci se frotte tout autour de lui, en s'attardant en particulier sur certains endroits, et lui tourne autour durant 3 bonnes minutes! Une autre scène, durant laquelle les amants maudits s'affrontent au terme d'une jalousie trop aiguisée, semble avoir été interprétée avec une violence pas si simulée que ça... Le film suit, bien sur, un canevas mélodramatique qui fait toujours triompher le bon droit, ou à défaut mourir les pécheurs, mais en attendant il nous gratifie d'un spectacle qui a du sembler révolutionnaire à plus d'un Européen en ce début d'une importante décennie pour le cinéma danois.

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Published by François Massarelli - dans Asta Nielsen Muet 1910 DFI Urban Gad *
23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 14:41

Depuis les années 30 et l'apparition de la "Comedie romantique", le genre a connu beaucoup de hauts, mais surtout des bas. Du coup, ce film est plus qu'une bonne surprise, en tant que tel d'abord, mais aussi parce qu'il révèle un cinéaste, lui même fils de réalisateur et de deux stars, mais qui a su développer une personnalité en dépit d'un désir de se référer au genre lui-même: il réussit la performance de passer par tous les clichés possibles et imaginables, mais par la même occasion de faire les choix de mise en scène les plus simples, de confier aux acteurs le soin de mener la barque (littéralement), comme son père qui laissait ses acteurs improviser devant la caméra. Les scènes coupées du film, rendues disponibles sur le Dévédé, qui auraient rendu le film plus explicite, plus fluide, mais aussi plus fade, montrent bien quels choix ont primé: laisser sa place à la gaucherie, notamment dans les scènes intimistes, laisser aux acteurs le temps d'habiter les scènes, les laisser vivre.

Un rappel de l'histoire s'impose: une vieille dame atteinte de la maladie d'Alzheimer est aidée dans son malheur par un vieil homme en assez bonne santé qui lui raconte une histoire couchée sur un mystérieux carnet, celle d'une couple passé par des hauts et des bas, mais dont l'histoire romantique passionne la vieille dame. Les flash-backs sont traités dans un style flamboyant, qui est encore rehaussé par le fait que cette histoire se situe dans le sud, et dans sa nature fascinante, avec deux acteurs splendides, Rachel McAdams et Ryan Gosling, qui auront du mal à se sortir du film, puisqu'ils seront un couple durant trois ans. Les deux personnes âgées, James Garner et Gena Rowlands, la maman du réalisateur, ont beau ne pas leur ressembler, il est clair très vite que les deux couples ne font qu'un, le film ayant la politesse de ne pas le dire explicitement, mais c'est un secret qui ne dure pas longtemps.

Le désir de créer un film qui soit du cinéma, jusqu'à l'extrême, qui se vautre avec le plus grand bonheur dans les clichés, et une thématique surannée, avec le renfort d'une imagerie symbolique très codifiée, sans jamais être ridicule, voilà le pari réussi par Nick Cassavetes. Autant je détestais les films du père, avec leurs psychodrames indécents, autant ce petit film délicat me charme.

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Published by François Massarelli - dans Nick Cassavetes Ryan Gosling