Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 16:05

Le jeune Charlie, brave garçon qui vit dans une masure délabrée avec ses parents et ses grands-parents, gagne un ticket pour la visite unique d'une usine de chocolat ultra-secrète, qui le fait rêver depuis très longtemps. Avec lui, quatre autres enfants, infects rejetons gâtés, vont se rendre dans la chocolaterie mystérieuse. Tous sortiront vivants de leur rencontre avec l'énigmatique chocolatier Willy Wonka, mais... dans quel état?

Le roman de Roald Dahl est sans doute l'un des meilleurs livres pour enfants qui soit, même si dans la mesure ou on peut y apporter ce qu'on veut, le livre n'est pas réductible uniquement à cette apellation. Et paru en 1964, il est aussi un pur produit d'une époque d'ébullition artistique, si définitivement ancrée dans les trente glorieuses... Tout en étant très fidèle au livre, jusqu'à un certain point du moins comme nous le verrons tout à l'heure, l'adaptation par Tim Burton est aussi un film très personnel; Burton, sans doute le meilleur metteur en scène (Avant qu'il ne se fourvoie dans un Alice du pire mauvais gout quelques années plus tard) pour s'attaquer à une telle entreprise, y fait sienne la malice de Dahl, et s'il fournit un pendant visuel riche et très satisfaisant au livre (Déjà magnifiquement ilustré par Quentin Blake dans une édition qui fait référence), il a le bon gout de ne pas fermer l'interprétation. L'usine de chocolat, machine à rêves sublime, garde de nombreux mystères, et on n'a l'impression une fois visitée avec ce film, de n'avoir vu que la partie immergée de l'iceberg.

Avec certains de ses complices habituels, Depp et Elfman en tête, Burton s'est approprié sans efforts apparents l'histoire de Dahl, dont il renvoie en pemancence à l'aspect de conte, sans se vautrer dans du déjà vu, ou le pire mauvais gout de la version de 1971 (Par Mel Stuart. Si le film de 2005 ressemble souvent à un rêve, celui de 1971 fait partie de ces cauchemars qu'on fait quand on a 40° de fièvre...). Il crée un monde cohérent en dépit de l'absurde de la plupart des situations et réussit (En dépit du fait que Depp en fait, à mon humble avis, bien trop...) à trouver un juste milieu entre une histoire qui fonctionne et un univers qui délire. Pourtant la dernière partie, annoncée par de nombreuses allusions préalables, se perd dans une sous-intrigue rajoutée, liée à l'oubli volontaire par Willy Wonka de son père, et de là d'où il vient. Tout en reposant sur une thématique déjà vue et revue chez Tim Burton, et qui était d'ailleurs la base de l'intrigue de Big Fish, le film précédent, cet aspect du film déçoit, tend à trivialiser le propos. Ca devient un conte édifiant de plus, au lieu d'être ce grand défouloir psychédélique qu'est le livre. Ce défaut mis à part, cette très sage, mais globalement réussie, appropriation de Roald Dahl m'apparait comme un pendant valide au roman, et un Tim Burton qui n'a rien d'indigne. Une fois de plus,le metteur en scène nous envoie vers l'univers décalé de quelques marginaux, et nous fait voir sous un jour nouveau nos propres turpitudes, car, eh oui, Mike Teavee, Augustus Gloop, Violet Beauregard et Veruca Salt, ces affreux sales gosses, eh bien... C'est nous.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Tim Burton
2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 19:00
Die Tausend Augen des Dr Mabuse (Fritz Lang, 1960)

Un homme, dont on vient de prédire la mort, est tué par une étrange fléchette... Un aveugle aide la police en leur annonçant les trépas à venir... Un Américain sauve une jeune et jolie jeune femme du suicide, et met les pieds dans un piège qui menace de l'engloutir... Un agent d'assurances particulièrement irritant, et un policier un brin trop placide, mènent l'enquête sur une série de meurtres de plus en plus étranges. Tout ça fait penser à la police qu'une sorte de résurgence des noirs desseins d'une sorte de nouveau Dr Mabuse pourait bien avoir lieu.

On est partagé devant ce film, le dernier de lang, et le premier d'une longue série qui vont solder le personnage mythique du docteur né de l'imagination de Norbert jacques à une toute autre époque. Dans les années 60, il est inévitable que ce personnage, confronté à des héros contemporains comme James Bond, ne finisse par rejoindre la liste des anonymes espions, et aures savants fous d'un cinéma B en bout de course. Et de fait, le film ressemble un peu à tous les nanars plus ou moins conscients qui vont suivre... Sauf que Lang, pour son dernier film, mène à son bout, tout en l'adaptant à une nouvelle époque faite de technologie de la communication, sa réflexion sur le génie du mal qui domine les consciences de l'Allemagne. Mais cette fois, il est devenu (Trop) facile de référer au nazisme, désormais passé. Et on baille un peu devant cette intrigue abracadabrante dont les personnages principaux sont interprétés fort poussivement. Un aspect reste stimulant toutefois, à savoir cette mise en scène typique de Lang qui lie tout, lorsqu'un personnage commente dans une scène l'action qui va immédiatement prendre place dans la séquence suivante, et que le réalisateur, d'aileurs, nous donne fréquemment la clé de l'énigme par ce petit jeu de questions et réponses...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Fritz Lang
1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 11:01

George Bailey va mal, George Bailey n'en peut plus: il tient quasiment sa ville à bout de bras depuis trente ans, lui qui aspirait à devenir un grand explorateur est coincé à vie à Bedford Falls, comme lorsqu'il a fallu se sacrifier pour reprendre l'affaire familiale à la mort de son père, et qu'il a du sacrifier ses études... Il y est pour l'éternité, plus surement que Truman dans son île... Garder la ville propre, ce n'est peut-être pas son travail, mais sa qualité de dirigeant d'une entreprise de prèts à visage humain a permis toutes ces années à Bedford Falls de ne pas tomber dans les griffes de l'odieux M. Potter, donc d'une certaine manière Bailey est un peu l'homme le plus important de la ville. Et en cette veille de Noël, sonné par un mauvais coup de son ennemi préféré, Bailey songe carrément à tout laisser tomber, et va se jeter à l'eau, alors qu'il fait extrêmement froid. C'est là qu'intervient son ange gardien...

Capra revenait au cinéma pour de vrai, après cinq années passées au service du cinéma des armées. On le sait, il a en particulier dirigé l'importante entreprise de propagande de l'armée Amériacine à travers les films destinés aux soldats alliés, de la série Why we fight ou autres. Mais cete oeuvre parallèle n'a pas grand chose à voir avec le reste de ses films, alors que It's a wonderful life, qui ne fut pas le succès que Capra escomptait à sa sortie, loin s'en faut (Ce qu'on n'imagine pas aujourd'hui quand on sait à quel point le iflm est devenu un classique!), est un retour à l'univers qui est le sien depuis Lady for a day en 1933... Mais il faut aussi le dire: si l'optimisme est une valeur sure dans le monde de Capra, cette-fois plus qu'avant, le metteur en scène est passé dans son film près du drame.

L'idée de génie (Par ailleurs aisément critiquable tant elle est frontalement naïve) de passer par une sorte de prologue "céleste", dans lequel Joseph (oui, le gardien des clés au Paradis) montre à l'ange Clarence la ve et l'oeuvre de George Bailey (James Stewart) permet une merveilleuse première partie, marqué par des digressions, et qui installe une constante rupture de ton. Chaque scène est du drame tourné en comédie, ou le contraire, et la galerie de personnages qui en découle est typiquement du Capra: bigarrée, cosmopolite... Je sais, le metteur en scène avait la réputation d'être raciste mais il n'y a pas de plaidoyer plus fort pour l'intégration et l'assimilation que les films de ce fils d'immigrés Italiens. On assiste avec le plus grand plaisir à l'exposition réelle du drame, dans ce qu'il faut bien assumer comme un conte de Noël, avec un vrai Scrooge, le Mr Potter joué par Lionel Barrymore.Puis Capra lâche son va-tout, et imagine avec James Stewart la ville, et la vie de ses habitants, si George Bailey n'avait jamais existé: tous les détails mis en place avec une précision maniaque dans la première partie trouvent un écho, et l'ange doux et un peu excentrique Clarence Oddbody (Henry Travers) est ici un peu notre guide. Un peu trop? c'est vrai que les aventures de George bailey dans la ville qui serait privée de lui sot un peu redondantes, mais Capra voulait que le message passe: il passe.

Et au final, on obtient un film dont la réputation n'est plus à faire, un "feel-good" movie, comme on dit désormais, qui a l'avantage de pouvoir être vu et revu, et de panser ocasionnellement les plaies, ou en tout cas réconforter. L'émotion qui se dégage de ce film, pour ceux qui sont bien sur prèts à l'accepter, est encore valide après des dizaines de visionnages, donc tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les scènes superbes, définitives, l'alchimie entre James Stewart et Donna Reed, la galerie touchante de personnages (Tous ces acteurs récurrents, Thomas Mitchell en vieil oncle distrait et alcoolique, Ward Bond en copain flic, H. B. Warner en pharmacien qui doit énormément à Bailey...), l'alchimie entre Stewart et tout le reste du casting... On peut toujours se plaindre que M. Potter est une vieille caricature trop facile, mais on ne fait sans doute pas de conte sans y aller un peu fort à un moment ou un autre, non? Et comme je le disais, le didactisme forcé de la séquence fantastique est pesant, mais moins si vous voulez mon avis que celui de Dickens dans A Christmas carol! Et puis des gens vont se plaindre, je suppose, que le cinéma de Capra est, plus encore dans ce film que dans tous les autres, motivé par le sentimentalisme. Si c'est un crime, autant mettre à la poubelle l'oeuvre intégrale de John Ford...

Et d'ailleurs, quels autres classiques Hollywoodiens construisent leur intrigue sur un personnage qui fait le contraire de ce qu'il souhaite, et doit l'accepter? Sur une nécessité du suicide? Sur un constat, au final, de semi-échec, car certes, le film démontre qu'au moins Bailey a des amis, mais une fois l'affaire en cours réglée, tout reprendra comme avant... Non, le message principal du film, c'est sans doute que le seul intérêt vivre, c'est de ...Vivre, justement, pour soi, un peu, pour les autres, beaucoup. Et le portrait en "work in progress" d'une Amérique au jour le jour, comme d'habitude, cache non seulement de l'optimisme et du volontarisme, mais aussi des blessures, des renoncements, et des cheveux blancs âprement gagnés, comme le James Stewart "noir", qui interprète ce film, le premier dans lequel il est, enfin, un adulte.

It's a wonderful life (Frank Capra, 1946)
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Frank Capra
31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 09:37

Comme tous les gens qui aiment Astérix, et Goscinny et Uderzo, on ressent un embarras profond lorsqu'une conversation porte sur les films adaptés de l'oeuvre. Si on se réjouit que la renommée de cette bande dessinée lui ait permis d'être aussi souvent transcrite au cinéma (13 fois si on excepte le court métrage Deux romains en gaule, pour la télévision, qui n'était qu'un hommage appuyé, sans réellement s'aventurer dans l'univers du petit Gaulois à la potion magique), on ne peut pas dire que c'est jusquà présent marqué par la réussite. On apprécie les efforts d'un Alain Chabat, dont le Mission Cléopâtre est l'hommage fervent d'un connaisseur, mais le film est qund même sérieusement déséquilibré, comme si le metteur en scène faisait tout pour mettre Christian Clavier et Gérard Depardieu à l'écart... En me relisant, je pense que je le comprend, remarquez... Tout ça pour dire qu'après des films embarrassants, et des dessins inanimés, dont les deux premiers (Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre) qui étaient adaptés au plus près des oeuvres d'origine, sont sans doute les plus indigents, ça fait le plus grand bien d'avoir devant soi une adaptation qui prend le meilleur d'un album, ou presque, et s'en tire avec les honneurs, sans pour autant négliger l'un des aspects les plus importants: oui, ça doit bouger et faire rire, mais le dessin d'Uderzo doit quand même y être rappelé, et à ce niveau, le choix de la 3D s'avère, enfin, la bonne solution. Louis Clichy n'est pas n'importe qui, puisqu'il a fait ses classes d'animateur chez Pixar, et Astier (Principal scénariste, dont la part de réalisateur a essentiellement consisté à diriger les acteurs avant qu'ils soient animés) est désormais établi comme un humoriste rigoureux dont l'univers est fait d'une imprégnation dans une époque, avec des anachronismes surtout basés sur des comportements: voilà qui fait une équipe à même de traiter à sa juste valeur un classique de la série. Et ça marche! le rythme est soutenu sans être hystérique, les personnages y sont globalement respectés, les dialogues bien ouvragés, avec la dose appropriée de réinvention. Et on a en prime l'apparition de trois patronymes Romains rigolos, ingrédient indispensable pour qui doit passer son examen de Goscinnysme: PetitMinus, Appeljus, et le facile mais de bon aloi Travaillerpluspourgagnerplus.

Le Domaine des dieux raconte comment César, avec l'aide de l'architecte Anglaigus, tente de vaincre les Gaulois en leur imposant une invasion d'un genre nouveau: ils font en effet construire des logements de luxe au plus près du village, en poussant (Par des moyens publicitaires) les citoyens Romains à s'y installer. Les Gaulois répugnant à s'attaquer à des civils, on voit bientôt le village envahi par des voisins et voisines qui viennent s'approvisionner, les Gaulois découvrent alors le pouvoir capiteux du miracle économique...

On notera au passage dans le film quelques changements, inhérents au processus d'adaptation d'un album de 44 pages qu'il convient de transformer en un film de 80 minutes, des manques mêmes, sans parler sèchement... La principale transformation consiste surtout en l'absence d'une sous-intrigue marrante comme tout, dans laquelle Obélix se faisait passer pour fou furieux pour provoquer un départ d'une famille du Domaine des Dieux, résultant en l'infiltration des Gaulois. ici, il y a bien infiltration, mais elle se fait de manière plus frontale, et ce n'est pas l'aspect le plus convaincant. Mais j'ose l'avancer, s'il est un détail par lequel on peut juger de la validité d'une adaptation d'Astérix (Au-delà du plaisir de n'y retrouver aucun acteur Sarkozyste, bien entendu), c'est bien...

...Les poules. Car Uderzo, de son propre aveu, ne peut s'empêcher de dessiner des gallinacés dans quasiment toutes les cases de son village Gaulois. Eh bien Clichy l'a vu, l'a intégré, et ça me fait rire comme un gosse. Voilà.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Animation René Goscinny
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 16:32

C'est sans aucun doute le succès non négligeable de Beetlejuice, et le talent singulier particulièrement mis en valeur dans la mise en scène, qui ont permis à Burton d'hériter du projet de Batman, que la Warner voulait relancer. Il était sur les rangs dès 1986 mais à n'en pas douter, avec la concrétisation de son talent, le réalisateur a été confirmé, et a même pu mettre des conditions dans la balance: Danny Elfman, son complice depuis trois films, est de retour, et c'est tant mieux (J'y reviendrai), et Bruce Wayne est interprété par Michael Keaton, l'anti-héros de Beetlejuice... Ce qui n'est pas vraiment attendu, et pourtant selon moi (Mais il y a des voix dissonnantes) il s'en tire à merveille avec son mélange de retenue et de rage concentrée, qui éclate d'ailleurs lors d'une scène étonnante...

Le film se concentre sur la naissance de la légende de Batman, non pas la conception par Bruce Wayne, et l'émergence d'un sentiment de nécessité d'accomplir la justice: ce sera le thème du très ennuyeux film de Christopher nolan, Batman Begins. Non, ici, il s'agit de la progressive reconnaissance par Gotham City de l'existence d'un justicier déguisé, vue à travers la presse, et deux personnages de journalistes, d'un côté, et par sa lutte contre Jack Napier, le "Joker": un bandit brulé à l'acide à cause de Batman, et qui se définit lui-même comme un "artiste homicide"... Au cours du film, Bruce Wayne, le richissime et mystérieux dandy, va tomber amoureux de la journaliste Vicky Vale (Kim Basinger), et apprendre aussi qui a tué ses parents. Le final aura lieu sous la forme d'une confontation entre le super-héros et le "Joker", située dans un beffroi, au milieu des vieux boies et de lacier menaçant des engrenages d'une horloge géante...

Le film est typique de cette époque, durant laquelle Warren Beatty tournait son Dick Tracy, et Spielberg transcrivait son envie de tourner du Tintin dans les films mettant en scène Indiana Jones... Who framed Roger Rabbit (Bob Zemeckis) n'est pas loin, non plus: bref, l'époque est à la bande dessinée, et contrairement à ce qui arrivera à ce type de franchise, voir à ce sujet les films de Nolan, on ne demande pas à Burton de faire autre chose. Le film est un intéressant compromis entre les desiderata de la Warner et l'univers de Burton, qui s'approprie certains éléments de l'intrigue, pour en développer les thèmes: Il fait de ses deux personnages principaux, Batman (Michael Keaton) et le Joker (Jack Nicholson) des êtres à part, marginaux comme il y en aura tant dans on oeuvre. Bien sur, Bruce Wayne est le vrai héros, mais en attendant qu'il règle son compte au joker, celui-ci aura été autorisé à faire de la casse, beaucoup de casse. Comme dans ses deux précédents films, Burton se livre à beaucoup d'excentricités et de farces grotesques, grâce à Nicholson qui a manifestement pris le plus grand plaisir à jouer ce rôle, mais cette fois il installe le grotesque dans la fabrique même du drame, ce qu'il refera bien sur souvent. Et il ose faire de ce "joker", dont le visage grimaçant nait de la rencontre avec le super-héros, un père symbolique pour Bruce Wayne: celui-ci a perdu ses parents lorsqu'il était enfant, et se rend compte que c'est bien Napier qui les a tués tous les deux, provoquant ainsi chez lui cette soif de rendre la justice, en solitaire bien entendu. Désormais vêtu de noir, et hantant les sous-sols sombres de sa propriété, Bruce Wayne-Batman s'est plus ou moins retiré du monde, en l'attente de régler cette quête impossible de vengeance, mais Burton va lui faire rencontrer son "créateur". Il sera rejoint dans d'autres films, par d'autres personnages en quête de filiation, de Edward "Scissorhands" à Willy Wonka...

Le film était suffisamment réussi pour garantir une suite, et Burton s'y sentira vraiment chez lui: Batman returns, on le verra, est un film encore plus personnel pour le réalisateur. Mais ce Batman a aussi ses petits défauts, un cahier des charges un peu trop lourd et donc impossible à tenir, entre film d'action, narration gothique et contemplative, humour subtil et grotesque avec tartes à la crême... Et il y a Prince. Je ne sais pas qui a décidé que cet artiste, par ailleurs tout à fait défendable, allait fournir les chansons du film, mais celles qui restent dans le déroulemet du film ne s'intègrent absolument pas à l'ensemble, alors que la musique d'Elfman, par son classicisme tranquille, fait magnifiquement le boulot... Mais tel qu'il est, Batman et son esthétique assumée de bande dessinée, fait figure de classique, et est un peu le grand-père de toutes les productions Marvel et DC actuelles, sans en partager le relatif réalisme, s'entend... et la chose plus importante est sans doute qu'il a permis de cristalliser l'idée que Tim Burton était, décidément, un nom à suivre.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Tim Burton
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 10:24

Deuxième ou troisième film de DeMille (Les filmographies divergent à ce sujet), The Virginian avait beaucoup pour être un Squaw Man bis, avec les mêmes acteurs, les mêmes décors (Du moins en ce qui concerne les aspects Westerniens du premier film), et le même genre de source théâtrale; pourtant, la différence entre les deux est grande; d'une part, le metteur en scène sait désormais où il va et fait désormais du cinéma, sans avoir à tout inventer sur place pour retranscrire un pièce de théatre; d'autre part, le film est un western, le premier Western conscient de Cecil B. DeMille, alors que The Squaw Man était un mélodrame qui se déroulait dans l'ouest. Ici, Dustin Farnum est chez lui dans le Wyoming, et le folklore Westernien joue un rôle considérable.

L'intrigue, assez simple, repose sur deux conflits; d'une part, le "Virginien"(Dustin Farnum)est unCow Puncher, très apprécié de ses collègues et amis dans le Wyoming; son meilleur ami, Steve, est tenté par le banditisme. Lorsque Steve rejoint une bande de voleurs de bétail, le héros se doit de le punir avec les autres bandits et préside à sa pendaison. Sa petite amie, une institutrice fraîchement arrivée du Vermont, est déchirée entre son amour pour le héros et sa haine de la violence.

D'emblée, ce qui frappe dans ce nouveau film, c'est la décontraction de l'ensemble, mais aussi l'aspect transitoire du film: on est encore entre deux mondes, dans un style expérimental fascinant oscillant constamment entre archaïsme et nouveauté: Beaucoup de scènes sont tournées de façon théâtrale en un seul plan, mais le montage joue malgré tout un rôle dans l'identification des deux personnages principaux, ou encore pour construire ou raffermir une tension; la continuité, héritière des "tableaux" des films Edison ou Pathé, est par endroits un peu elliptique, ainsi lorsqu'on passe de l'arrivée de maîtresse d'école a la fête organisée en son honneur, sans que cela soit nécessaire. Par contre, ici ou là, la caméra s'approche, ou se laisse approcher (Réminiscence des Musketeers of Pig Alley(1912) de Griffith?), laissant la distorsion de l'espace souligner le suspense; si les plans de gare sont tous inspirés de la fameuse Arrivée d'un train en gare de La Ciotat des Frères Lumière, il est intéressant de souligner des plans de voyage en diligence filmés depuis l'habitacle du véhicule; enfin, tout en reproduisant le théâtre dans ses plans, DeMille cherche systématiquement des décors (Beaucoup d'extérieurs évidemment) qui élargissent le propos, et les place à bon escient; ainsi une poursuite se déroule-t-elle dans des prés, des forêts, des vallées, laissant le spectateur en profiter pleinement. Cette recherche de l'espace, cette excitation de la nature profite au film - et au western muet en général - et se marie bien avec la photographie solaire de Alvin Wyckoff, qui collaborera de nouveau avec DeMille; son travail est pour beaucoup dans l'impression naturaliste de l'ensemble.

Bien que DeMille emploie les mêmes acteurs, ils sont meilleurs que dans The Squaw man, comme si là aussi ils avaient pris conscience de n'être plus au théâtre, mais dans un autre médium; on est plus proche d'un certain naturalisme, à l'instar des productions Universal ou Ince de la même époque, dont la retenue du jeu est d'ailleurs souvent dictée par une volonté d'efficacité en même temps que pour échapper à la grandiloquence: a ce sujet, il faut revoir les Westerns Universal de John Ford avec Harry Carey, du moins les rares qui nous soient parvenus...

Quant à l'argument du film, il est plus intéressant, plus Westernien que celui du film précédent: du reste, si The Squaw Man contait l'arrivée d'un Européen dans l'ouest, celui-ci inverse le point de vue, et se place du coté des autochtones, qui voient arriver une institutrice. Le plus surprenant dans le film reste d'ailleurs l'impression que le conflit entre le progrès et la Frontière, qui sera à la base de très grands Westerns plus tardifs (Oxbow Incident, The man who shot Liberty Valance, les films de Peckinpah) est exposé, par le biais de l'institutrice et de son dilemme, puis remis à plus tard à la fin: Dustin Farnum la séduit dans la séquence finale. Mais les jalons sont posés: en ce monde idyllique(Les cowboys chevauchent, boivent, rigolent, font des farces de collégiens, etc), le problème de la violence est bien là: la scène de la pendaison est à ce titre exemplaire: dans un premier temps la violence tragique de l'acte est atténué par les fait que des bandits libres y assistent, cachés au loin. Le spectateur, qui les a vus peut plus facilement prendre parti pour les héros en dépit de la gêne que leur acte peut nous inspirer; mais une fois la pendaison effectuée, la vision fugitive de deux ombres de corps pendus nous renvoie à la réalité, tout

en continuant à la dissimuler. Une autre séquence nous procure un exemple de la volonté de l'équipe de faire du cinéma à tout prix: lors de la nuit qui précède la pendaison, les deux amis silencieux côtoient dans le même plan une surimpression témoignant de leur insouciance passée. Aussi crue soit-elle, elle anticipe des recherches qui culmineront avec The Whispering chorus 3 ans plus tard. On notera que le chef opérateur des deux films est le même. A qui faut-il attribuer cette idée, DeMille ou Wyckoff? Les paris sont ouverts, mais la présence de cette surimpression, des années avant la mode venue de Suède (Körkarlen, en 1921) est assez rare dans un film Américain de 1914, à plus forte raison un western.

Bref, ce film ne manque pas de qualités, tout en ne faisant pas plus de 55 minutes. Il témoigne de la vitalité de son metteur en scène, et de son équipe. Si The Squaw Man était une réussite, ce nouveau film va plus loin encore, et annonce beaucoup de feux d'artifices, aussi bien chez DeMille lui-même, que dans le cadre, alors en devenir, du Western.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet Western 1914 *
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 10:19

Voila un film étonnant à plus d'un titre; évidemment, DeMille s'est targué toute sa vie d'avoir fait avec ce film le premier long métrage du cinéma Américain. C'est faux, dans la mesure ou Kevin Brownlow a rappelé (Silents please, paru le 24 mars 2007 dans The Times) que la compagnie Kalem a sorti en 1910 une Vie de Moïse en 5 bobines, mais à raison d’une bobine par semaine. Quoi qu’il en soit, The Squaw Man reste une grande date. Pour un premier film de cette époque, sa durée et sa capacité à maintenir l'intérêt tout au long de ses 80 minutes sont remarquables, surtout avec un tel scénario:

Un Aristocrate Anglais accusé (A tort) d'un vol crapuleux fuit aux USA, protégeant du même coup son frère, le véritable voleur, dont  il est amoureux de l'épouse... Devenu ranchman, il épouse une jeune Indienne, qui lui donnera un fils. Celle-ci tue un homme pour protéger son mari, et lorsque le frère félon meurt, il prend le temps d'une ultime confession; Diana, sa veuve, arrive aux Etats-unis pour proposer au"Squaw man" de revenir, mais celui-ci pleure sa femme qui s'est suicidée... Le film finit assez brutalement, et on se doute que le héros restera aux Etats-Unis pour y finir ses jours.

La force de ce film est d'enchaîner les péripéties avec un incroyable aplomb, sans le moindre temps mort et avec une grande lisibilité, grâce à un scénario qui tient la route (la pièce originale était rodée, mais le film la transpose dans une multitude de décors: les Alpes, Londres, un port anonyme, l'ouest... Tout ça à Hollywood, bien sur), des acteurs qui sont plutôt sobres, et une caméra qui tient sa distance... Disons-le tout net, le DeMille de toujours est déja là, tout entier dans ce film et dans ce sens du cadrage simplissime mais idéal, sans forcer sur la profondeur de champ, en évitant les pièges de la composition théâtrale trop compassée (Contrairement à ses Dix commandements de 1956), et en prime, on sent dans ce petit film la joie de tourner en extérieurs et en Californie par dessus le marché. De plus, n'oublions pas que, non content d'avoir lancé la carrière imposante de son metteur en scène, The Squaw Man a contribué à établir la future Paramount...

Un doute demeure, malgré tout, puisque sont crédités deux réalisateurs, à savoir De Mille, dont c’était la première expérience de mise en scène, aussi bien cinématographique que théâtrale, et Oscar Apfel, l’un des acteurs qui lui a apporté assistance. Ce double crédit sera également au générique de The call of the North, le deuxième long métrage du metteur en scène, et Wilfred Buckland sera ainsi également crédité à la co-mise en scène de The rose of the Rancho en 1914.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille Western 1914 *
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 09:51

Réalisé entre les expériences de The cheat et The golden chance d'une part, et les audaces formelles de The whispering chorus d'autre part, il est tentant d'attendre de grandes choses d'un tel film; en 1916, le très long métrage est dans l'air; à la suite des européens, et notamment des Italiens qui ont montré la voie (Quo vadis?, 1912; Cabiria, 1914) Griffith s'est, le premier, engouffré dans la brèche et en a largement récolté les fruits avec The Birth of a Nation (1915); en cette nouvelle année, le maestro travaille sur Intolerance, son rival Thomas Ince va sortir Civilisation; quant à DeMille, qui avait le premier dégainé son long métrage en 1914 avec The Squaw Man, il avait déjà rodé sa diva Geraldine Farrar sur un Carmen en 1915, il lui confie donc un rôle spectaculaire dans un Jeanne d'Arc scénarisé par l'inévitable Jeanie McPherson. A coté des deux films de ses concurrents précédemment cités, ouvertement pacifistes, la présence de ce Jeanne d'Arc, qui fait d'ailleurs une petite intrusion sur le front de 1916 peut paraître intrigante: l'Amérique de 1916 est non-interventionniste; créant un film spectaculaire à destination du public, l'accent mis par sa Jeanne sur l'action, l'hommage rendu aux belligérants Anglais restent étonnants... A moins qu'il n'y ait une explication "politique" toute simple... Sur laquelle nous reviendrons.

Geraldine Farrar, la première star de Cecil B. DeMille, était cantatrice avant d'interpréter quelques rôles auprès du metteur en scène; soucieux de publicité personnelle, le réalisateur avait à coeur de créditer convenablement ses acteurs, à plus forte raison s'il étaient déjà des vedettes, et il sera le premier à le faire, poussant Griffith à faire de même, à la demande des intéressés eux-mêmes. Farrar n'est pas un modèle de subtilité, et sa Jeanne est largement tributaire des traditions de jeu ampoulé des premiers temps du cinéma, d'autant que DeMille l'a souvent laissée faire.

La mise en scène est parfois décevante, confirmant le soupçon d'un DeMille faisant le choix soit d'expérimenter, soit de raconter des histoires à grande échelle, et cela explique la mise en scène simpliste et peu aventureuse de films ultérieurs comme ses Ten commandments de 1956, qui ne brillent pas par l'avant-gardisme. Comparé à Intolerance de la même année, les scènes "intimistes" de ce Joan sont parfois plates. Par contre, lors du siège d'Orléans, passage obligé, DeMille s'en sort avec un impressionnant panache, grâce à l'armée de figurants qu'il a mobilisés, et un montage assez serré; lors du procès, un passage délicat pour tous ceux qui ont vu et revu La passion de Jeanne d'Arc de Dreyer, il entame la scène par une vue d'ensemble de la salle d'audience, puis nous montre les juges par deux panoramiques sur leurs faces inquiétantes, qui souligne l'impression de Jeanne d'être soumise à un destin contraire. En revanche, il gâche tout en nous montrant celle-ci arriver encadrée de gardes géométriquement rangés à la façon des girls dans les films Pathé de 1905... Il nous gratifie de belles scènes plus tard, lorsqu'il souhaite souligner la duplicité des juges qui montent une fausse évasion pour mieux confondre la jeune femme et, heureusement, il réussit l'exécution, utilisant la fumée pour masquer/montrer Jeanne, et alterner suivant la tradition les plans de la suppliciée, les plans de la foule désormais acquise à la jeune femme, et les plans des gardes et des juges (Wallace Reid est en charge de la célèbre réplique, sur un intertitre: nous avons brûlé une sainte). La couleur y est aussi convoquée avec des plans dans lesquels les flammes sont colorées à la main...

Mais ce n'est pas la fin du film; encadrée par la vision des tranchées de 1916, l'histoire de Jeanne trouve un écho lorsque Geraldine Farrar, en robe blanche de sainte avec une armure, apparaît à un soldat Britannique à l'heure du sacrifice pour le pousser à commettre une action héroïque, afin d'être pardonné définitivement de la mort de Jeanne d'Arc. La séquence fait à nouveau appel à la couleur, avec une utilisation intelligente du virage et du teintage, lors des scènes de nuit. Mais ce final un peu ridicule n'a rien à envier à Intolerance, dont les dernières images sombrent dans l'imagerie la plus dégoulinante, mais le message reste plutôt remarquablement interventionniste. Sans doute s'agissait-il de rassurer le public Anglais, mis à mal par le film, tout comme les Français,qui lâchent Jeanne de façon assez brutale: une façon diplomatique pour DeMille d'assurer ses arrières, dans la mesure où il vise une exploitation en Europe. Et puis le film tente l'impossible: parler de la guerre de cent ans, de Jeanne d'Arc, sans s'aliéner le public Anglais, sans mettre à mal le public français. Il fallait l'oser... Tout ceci me semble être après tout une justification suffisante pour le prologue et l'épilogue. 

On s'en doute, il ne faut pas chercher ici la vérité historique, c'est plutôt la vignette qui intéresse le metteur en scène, le spectacle, le souffle. La simplification et l'altération de l'intrigue sont de mise, mais tout celle n'empêche pas les obsessions DeMilliennes d'apparaître, depuis le sacrifice du personnage principal (Une constante chez DeMille, de The Squaw Man aux Ten commandments) jusqu'à l'inévitable assimilation entre la débauche d'une classe et la tentation du mal, ainsi nous montre-t-on Charles VII, après avoir lâché Jeanne, qui s'adonne en sa cour à une crapuleuse orgie dont le metteur en scène avait décidément le secret, et qu'il resservirait à bien des occasions, notamment son Manslaughter (1922)... Quant au féminisme ou à la féminité affichée dans le titre, c'est tout simplement un moyen d'attirer les foules plus qu'un commentaire social; le personnage de Jeanne se trompe lourdement lorsqu'elle sauve le personnage (Fictif) de Trent (Wallace Reid) dont elle est amoureuse: celui-ci sera sa perte, son Judas. Mais elle nous est souvent soulignée comme avenante, séduisante (Dans la plus pure tradition de l'opéra, cantatrice de 1916 oblige), et bien sur elle est une tentation pour les plus avinés de tous les soudards. Donc on serait peu tenté de parler de féminisme ici...

Le plus drôle dans tout cela, c'est de penser que DeMille était probablement sincère, qu'il croyait dur comme fer en cette paysanne dont il avait trituré l'histoire de façon assez grossière, obtenant de la sorte un film certes ambitieux, mais qui manquera singulièrement son but: le film ne sera ni un flop, ni un succès, à l'instar des productions concurrentes. Le film de très long métrage attendra la décennie suivante pour fleurir, et DeMille reviendra à de type de spectacle en 1923. On peut d'ailleurs extrapoler, et émettre l'hypothèse de la sincérité du metteur en scène sur tous ses films, y compris les pires... En attendant, nous voici avec un bien étrange objet sur les bras, fascinant et encombrant à la fois... Mais crucial pour son personnage principal: c'est le premier long métrage d'une impressionnante série; c'est le dernier film "libre" (C'est-à-dire avant les obligations imposées par la canonisation et le passage du statut de personnage de légende à héroïne nationale pour les Français, surtout ceux des franges Catholiques les plus droitières) consacré au personnage, et c'est le seul à prendre suffisamment de libertés avec le personnage pour en faire, justement, une femme. D'où le titre. Et DeMille a quand même su utiliser certains motifs qui rappellent son talent: on notera une constante obsessionnelle de Cecil B., le feu qui devient,comment y échapper, le motif principal de toute la dernière bobine; envahissant l'écran lors de l'exécution, faisant littéralement disparaître Geraldine Farrar, puis autorisant un fondu magistral avec le présent, centré sur la flamme vacillante d'une bougie; enfin, l'explosion d'une bombe, promise dès le début du film dans le prologue 14-18, offre à cette histoire de flamme historique un point d'orgue approprié. De plus, le film a été tiré en couleurs, avec des teintes concurrentes, du plus bel effet. Et puis le chef-op Alvin Wyckoff fait des merveilles du début à la fin, comme toujours. DeMille et lui ont eu recours à leur péché mignon, dans une scène au sens obscur: les surimpressions, lorsque Jeanne est visitée par de fantomatiques juges en cagoule. Quel dommage que sur l'ensemble de ce film, DeMille ait manqué de l'inspiration géniale de The Golden Chance , même si les films sont de deux genres différents, ils concernent tous deux une femme parfois tiraillée entre sa conscience et sa mission. DeMille féministe? ...Voir plus haut pour mes doutes sur le sujet.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1916 *
29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 16:37

Après des années 60 largement dominées par les succès (Breakfast at Tiffany's, Days of wine and roses, The Pink Panther, The Party), Darling Lili a du sembler à Blake Edwards comme un réveil difficile... le film a été un échec cuisant, et a mis fin à une période de tranquillité du metteur en scène qui parvenait à faire aboutir ses projets de façon indépendante. Les films suivants seront marqués par des interférences des studios, notamment la MGM sur Wild Rovers et The Carey treatment, et le succès ne reviendra vraiment qu'avec le grand retour de Peter Sellers, et de l'inévitable Panthère Rose, en 1975 (The return of the Pink Panther)... Si ce film est bien celui qui a sans doute le plus pâti de relations difficiles entre le metteur en scène et un studio (En l'occurence la Paramount), on peut sans doute aisément deviner quel est le problème, en voyant une copie complète de la version sortie en 1970... et minimiser l'impression d'échec.

1917; Lili Smith (Julie Andrews) est une vedette adulée de la scène Anglaise, qui ne manque pas une occasion d'afficher son soutien aux troupes alliées. Mais Lili, dont le père s'appelait Schmidt, et en fait une espionne Allemande, profitant des meilleures tables auxquelles elle est conviée (Tout l'état-major la courtise) pour passer des renseignements aux espions de l'Empire... La mission qui l'attend au moment où le film commence est de coller aux basques du Major Larrabee (Rock Hudson), un as de l'aviation... Mais va-t-elle pouvoir le faire sans tomber amoureuse? Et le bel aviateur est-il vraiment sincère?

Darling Lili commence et finit par des chansons, et est souvent considéré comme un musical (Comme Victor Victoria, du reste), ce qu'il n'est pas. Voilà qui en tout cas met bien en valeur l'importance des chansons de Julie Andrews dans le film, entièrement conçu autour d'elle par un jeune mari très amoureux. On peut d'ailleurs s'interroger sur le choix de faire de Julie Andrews, si marquée dans l'inconscient collectif par ses rôles dans Mary Poppins et The Sound of music, pour interpréter une Mata Hari, mais selon moi l'actrice n'est pas en cause, elle joue son rôle avec énergie, et est absolument adorable en mode 1917... Mais le film ne se contente pas d'être une évocation de la France en pleine guerre mondiale, ni un film chanté, il est aussi une comédie, avec l'irruption fréquente de personnages qui proviennent de la galerie d'hurluberlus de Blake Edwards, notamment les deux policiers Français déjà souvent vus en d'autres films, André Maranne et Jacques Marin, ou encore, un aviateur saoul comme un cochon (Lance Percival). Plus que du comic relief, ces trois personnages apportent une véritable perturbation de l'intrigue... Et comme Edwards a confié à sa seconde équipe le soin de tourner des plans acrobatiques dans les airs pour y figurer les affrontements entre l'escadron de Larrabee et le fameux "Baron rouge" Von Richtoffen, le film s'enrichit... Ou s'alourdit selon les points de vue.

Mais le pire, c'est que si on comprend l'embarras de la Paramount devant ce qui ressemble essentiellement à un caprice sérieusement hors des modes, d'un réalisateur légitimement amoureux de sa star, le film n'est pas mauvais, et se laisse voir. Certes, dans sa version intégrale de 143 minutes (Quoiqu'une rumeur persistante fait état d'une version de 190 minutes, mais ça me semble bien louche...), le film est trop long, mais ce mélange des genres, bien dans l'esprit d'Edwards, et dont l'allure est aujourd'hui impeccable, avec ses costumes, ses décors naturels et son interprétation, vaut bien plus que d'être le vilain petit canard de la filmographie de Julie Andrews et de son mari. Et il plane sur ce film comme un soupçon d'avant-gout d'une revanche que les deux artistes prendront 13 ans plus tard avec l'admirable Victor Victoria, non sans avoir au préalable réglé leurs comptes avec les studios dans le très caustique S.O.B.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Blake Edwards
29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 09:28

A la fois film intemporel et pur produit de son époque, The party est la profession de foi d'un grand cinéaste, dont on n'a probablement jamais reconnu le talent singulier. Bien sur, sur ce film en particulier, ou sur Breakfast at Tiffany's, Victor Victoria ou 10, on a reconnu sa relative importance, mais Blake Edwards, dont la carrière s'est faite à Hollywood, est souvent pour les critiques l'objet d'un "oui, mais" cinglant: comme si on ne pouvait parler de lui sans mentionner à un moment ou à un autre les films supposés "indignes" qu'il aurait commis. Selon les uns, ce sera The Pink Panther et ses suites, selon d'autres toute sa production depuis 1982... On ne sortira jamais d'un débat comme celui-ci: Blake Edwards est un metteur en scène qui a parfois été amené à faire des films qu'il n'avait pas envie de faire. C'est le cas de The Pink Panther, dont il était finalement assez fier dans la mesure ou il avait réussi à en détourner le style, le propos, jusqu'à y imposer sa propre touche. Et je pense que si le réalisateur pouvait revendiquer un film (en plus de sa superproduction de 1965 The great race, une merveille assumée d'un bout à l'autre de ses deux heures et demie), c'est bien The Party.

Rappelons les faits: égaré dans les années 60, l'auteur vouait un culte particulier au burlesque des années 20, et surtout à Laurel et Hardy. cet aspect se retrouve dans toute son oeuvre, et cet amour du duo le plus notable de l'histoire du cinéma s'affiche au générique de The great race qui leur est dédié. De fait, durant les turbulentes, bruyantes et bavardes années 60, Edwards est sans doute le seul aux Etats-Unis à se pencher avec insistance sur le cinéma muet, sa science de la comédie, et sa logique purement visuelle. Voilà l'enjeu véritable de The party, qui n'est pas qu'une caricature de Hollywood au repos: certes,il fallait bien un cadre. Celui-ci est admirablement campé (Une villa richissime qui appartient au richissime directeur d'un studio, dans laquelle ses richissimes employés, amis et obligés viennent participer à une réception), et suffisamment réaliste pour qu'on ne se pose aucune question; le principal ingrédient de ce film sera le grain de sable. Celui-ci s'appelle Hrundi V. Bakshi, est figurant, distrait et maladroit, et il est interprété par Peter Sellers, qui n'a pas son pareil pour rompre la glace dans une situation embarrassante d'une phrase comme "Parlez-vous Hindoustani?".

Faire rire, c'est un métier, un savoir-faire: ça nécessite des idées, du talent, mais aussi une science des rouages, et un sens du dosage. C'est tout cet art qui est ici exposé, de gags en gags, à travers des enchainements, des relations de cause à effet, et une prise à témoin du spectateur, aussi douce et didactique que possible tout en étant invisible. Si on résume ce film, on obtiendra une phrase, et une seule: un acteur maladroit et qui a été invité par erreur se rend à une party, et va tout détruire... Mais dès le départ, se pose la question: comment cet homme (Un acteur Indien raté, devenu figurant minable et rayé de toutes les listes par sa maladresse ingérable) peut-il se retrouver invité d'une telle occasion? C'est bien sur par un enchainement de circonstances que l'erreur va être produite, parce qu'il ne peut en aucun cas s'agir de malveillance: pour qu'on puisse le suivre, Bakshi doit être absolument persuadé qu'il a sa place dans cette petite sauterie, du moins au début... Chaque gag, chaque situation ressort de cette logique, et le film coule tout seul, en 99 minutes parfaitement menées. On n'oubliera pas les mésaventures de Bakshi tentant de récupérer une chaussure, trouvant des stratégies pour échapper aux conséquences de ses gaffes, essayant sans savoir que tout le monde l'entend un système de haut-parleur qui envoie sa voix disant le fameux "Birdie-num-num" dans toute la maison, et la réaction de toute la bonne société Hollywoodienne à ce personnage qui ne leur ressemble décidément pas, est toujours parfaite: indifférente, surprise dans un premier temps mais pas trop; quand les gens commencent à vraiment s'impliquer, et que la colère l'emporte, c'est toujours trop tard; l'oeuvre de destruction massive est belle et bien enclenchée...

Voilà, je m'efforce de ne citer ou de ne démonter aucun gag, parce que ça casse tout, et que ça ne sert à rien: si on ne connait pas ce film, il faut le voir séance tenante. Si on n'aime pas l'humour visuel, alors on a tort, mais je pense qu'il est inutile d'aller voir cette merveille. Mais ce film est bien un chef d'oeuvre de l'humour cinématographique, qui nous peint superbement l'ambiance d'une époque, la fin des années 60, dans le Hollywood essentiellement blanc soudainement envahi par l'esprit sans malice d'un Indien qui va tout transformer en une soirée, et finir dans la mousse.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Comédie