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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 12:06

Non, A hard day's night n'est pas un documentaire. C'est pourtant l'un des reflets les plus fidèles de cette étrange bête à corne qu'était la beatlemania, dont les héros du film semblent s'amuser mais qui n'est pas facile à vivre, du moins c'est ce que j'imagine. Chargé de tourner un film avec les gentiment immatures vedettes du moment, Richard Lester fait ce qu'il aime, c'est à dire du cinéma burlesque et un brin surréaliste dans lequel le meilleur côtoie, sinon le pire, en tout cas le franchement bouffon: le décalé faux grand-père de Paul, le soupçon d'obsession sexuelle autour de Ringo, et les meilleurs moments (Après la musique, bien sûr), les Beatles faisant les crétins sur un terrain de sport.

Sinon, le film a souvent été considéré comme le meilleur des films avec les Beatles, et c'est bien sûr tout à fait exact, d'autant qu'il n'a pas de concurrence; mais contrairement à la légende, il a considérablement vieilli. je pense qu'en 1966 ou 1967, il était déjà considérablement daté, alors aujourd'hui... Cela dit c'est probablement ce qui fait le charme de cette expérience mêlant le (faux) cinéma-vérité et les obligations contractuelles...

Mais par contre, la musique, elle, ne vieillira jamais.

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Published by François Massarelli - dans Musical Criterion
19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 08:18

Il est des films qui ne prennent pas de gants avec le spectateur, qui lui assènent d'une façon violente, étouffante, un reflet insupportable de notre humanité en déliquescence. N'en parlons donc pas, et arrêtons nous sur ce qui est désormais considéré -à juste titre- comme un "classique contemporain". Ici, le résultat, ou le reflet, est encore plus assassin, plus dévastateur; la beauté de la photo, la tranquille assurance de la mise en scène, et l'élégance du casting (Kevin Kline, Sigourney Weaver, Joan Allen, Christina Ricci, Tobey Maguire, Elijah Wood), sans oublier la précision de la reconstitution, tout concourt à la magnificence de l'ensemble, et du même coup à la méchanceté du propos. Pourtant, Ang Lee, l'esthète venu de l'est, a tout fait pour enrober la chose, comme toujours; ses films sont des bonbons, jusqu'au moment ou l'on s'aperçoit que ce sont des bonbons au poivre... Au départ, on croit vraiment que nous sommes dans une comédie grinçante tout au plus.... erreur, la tragédie veille et frappe.

Le cadre, c'est donc l'Amérique de 1973, année pas vraiment choisie au hasard: le Vietnam prend fin (du moins pour les Américains, les Vietnamiens vont continuer durant 18 mois), et Nixon prend feu, s'empêtrant dans ses propres mensonges, en direct à la télé. La révolution sexuelle a eu lieu, et dans l'Est (Le Connecticut, berceau de George Bush mais c'est une autre histoire...) on a fait semblant de ne pas s'en apercevoir, mais désormais on s'y attelle: lors d'une soirée entre voisins, on tente la "key party": les femmes qui quittent la soirée doivent prendre au hasard une clé de voiture, et se font "raccompagner" par le monsieur qui est ainsi désigné. Au-delà, la jeunesse fume des trucs pas catholiques tout en protestant véhémentement à tort et à travers, autant contre le gouvernement que contre les parents, et bien sur on s'adonne à d'érotiques tentatives de commencer une sexualité, mais avec plus d'horreur que d'honneur: une idée de génie (Droguer le copain dragueur pour avoir le champ libre avec la petite copine) se transforme en fiasco, et la cerise sur le gâteau, c'est bien sur lorsque la petite amie potentielle vous dit: "je t'aime comme un frère." Le pire malgré tout, c'est lorsque les pulsions, mêlées à la colère, vous font franchir la ligne jaune; deux personnages, ici, vont aller trop loin, et on peut être sur que pour l'une d'entre elles, les excès auront des répercussions: Elena est tellement perturbée par la désagrégation de son mariage qu'elle vole à l'étalage (Elle est prise sur le fait) et Wendy, sa fille de quinze ans, cherche par tous les moyens à attirer le jeune voisin (11 ans? 12 ans?) dans son lit, et bien sûr y parviendra; la réponse des adultes à ce dernier méfait est sans ambiguïté: ils sont mécontents, mais tous tellement coupables, que plus rien ne semble avoir d'importance; alors lorsque le bouquet final, orchestré de façon sublime par Ang Lee autour d'une tempête de glace, mène à la mort pure et simple du plus innocent de tous ces êtres humains, on est, vraiment, à la fin du monde.

A la fin, une impression rassurante de recomposition de la cellule familiale nous fait espérer une sortie de crise, mais nous le savons, nous: les dérèglements observés dans ce film ne sont en rien la fin d'une période noire, ils n'en sont que le début... Encore un peu de vitriol?

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee Criterion
8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 17:27

Avant même le générique du film, des images de rue, comme en écho au concept soulevé par le titre: la rue comme métaphore de la vie en même temps que son cadre... les premières images sont énigmatiques, marquées par un montage serré, la touche des premiers Naruse. des gens qui vivents, se retrouvents, s'attendent, travaillent, passent dans la rue. Des éléments économiques aussi, une vitrine avec des bijoux, puis une autre avec des viennoiseries... la décor est planté, l'univers aussi, pour un film peu banal de Mikio Naruse: en conflit de plus en plus ouvert avec la Schochiku, il ne voulait pas de ce sujet. Des quatre autres films muets conservés de l'auteur de ce film, on constate qu'un seul n'est pas écrit par lui, le plus mélodramatique, Après notre séparation. Ici, c'est encore de mélo qu'il s'agit, et naruse n'en veut pas parce qu'il a trouvé son univers et ne souhaite pus revenir en arrière, à plus forte raison pour traiter un sujet qu'il considère comme un feuilleton sans envergure... le film lui sera imposé avec la condition qu'il fasse ce qu'il veut ensuite.

Sugiko est serveuse dans un bar, et elle a un amoureux, un homme dont la famille souhaite qu'il fasse un mariage prestigieux, mais lui n'en a cure: il veut Sugiko. Celle-ci est courtisée par un studio de cinéma qui s'intéresse à sa plastique, bref tout va pour le mieux... mais Sugiko a un accident, renversée par un jeune bourgeois, et son petit ami, sans nouvelles, disparait purement et simplement de la circulation. Sugiko commence à fréquenter Hiroshi, le riche automobiliste responsable de l'accident, et entre les deux, l'amour commence à poindre. Hiroshi va donc, contre la volonté de sa mère et de sa soeur, épouser Siguko. tout est pour le mieux? Pas sûr...

Le destin, une fois de plus incarné par non pas un, mais deux accidents de voiture, va donc placer Sugiko sur un terrain glissant, et son environnement aussi. Mais la cible de naruse, c'est aussi et surtout la bourgeoisie et ses préjugés, les manies qui consistent à privilégier le prestige sur l'amour, tout un carcan de conventions sociales qui emprisonnent aussi bien Hiroshi que Sugiko. comme en écho, l'amie serveuse de Sugiko qui a saisi l'opportunité laissée vacante par Sugiko et est devenue actrice: elle aussi est rattrappée par les préjugés, et demande à son petit ami de resteer à l'écart, puisqu'il est d'une autre classe... un monde de classes, donc, dans lequel il faut s'élever, et tout abandonner. Au beau milieu de ce film, la personnalité de Setsuko Shinobu domne sans mal, impérieuse, au visage de marbre, dur et sévère à la fin, autant qu'elle était douce et optimiste au début. On comprend un peu Naruse, qui souhaitait dépeindre un monde mois fermé, moins circonscrit par les conventions de la fiction: ici, l'histoire aboutit à une étape ou certains des protagonistes trouvent le bonheur, mais qu'on ne s'y trompe pas, cette Sugiko, qui choisit un conflit sans concessions contre sa belle-famille, qui reprend sa liberté dans un monde dominé par les hommes, au risque de rester dans l'incertitude - et au plus bas de la classe ouvrière -  toute sa vie, avec la plus belle des dignités, est bien une héroïne de Mikio Naruse, une grande.

Le réalisateur, à la veille de s'essayer au cinéma parlant, utilise le montage d'une façon toujours aussi inventive, avec ses inserts étonnants (Et même déroutants parfois, comme cette conversation entre deux amants entrelacée de vues de lampes éclairées et de bâtiments), ses plans en mouvement qui balaient l'espace, ses séquences de montage rapide: l'accident de la fin, vu entièrement par le biais des obkets personnels des victimes qui dévalent une pente sans fin, et un chapeau qui arrête sa course sur un rocher... Naruse va donc faire ce qu'il veut à l'issue de ce film: quitter la compagnie à laquelle il a travaillé depuis 24 films.

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Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse Muet 1934 Criterion *
5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 16:31

Dans The General, Keaton partait à la poursuite de sa locomotive, et découvrait une fois arrivé sur les lignes ennemies que sa petite amie avait été enlevée par-dessus le marché. Dans Go west, lorsque le riche fermier lui demandait ce qu'il voulait en échange du service rendu à la fin, il avait préféré la vache plutôt que la fille... Ici, Buster (jamais nommé, mais manifestement Marceline Day l'appelle Buster si on lit sur les lèvres...) est en plein travail, lorsqu'une équipe de prise de vues d'actualité le bouscule, avec la foule massée pour accueillir une célébrité en pleine rue, et Buster se retrouve face à la jeune femme, et c'est le coup de foudre. Seulement plus tard, lors de leur seconde rencontre, il va découvrir sa vocation: il sera cameraman d'actualités... C'est un détail, mais c'est aussi une preuve, aussi infime soit-elle, que Keaton ne fait plus ce qu'il veut. Enfin, pas tout en tout cas: il a réussi à mener en contrebande un tournage entier, sans être crédité, et à imposer son montage, ce qui n'est pas rien! The cameraman est un film paradoxal: à la fois il inaugure la déchéance, en étant le premier film de son contrat MGM qui est une émasculation en bonne et due forme, et il reste parmi les meilleurs films du comédien.

Donc, il sera caméraman, mais les films qu'il ramène sont pour le moins déroutants. Parallèlement, il entame une maladroite mais touchante cour auprès de la jeune femme, interprétée par Marceline Day (Elle a travaillé chez Sennett, notamment aux cotés d'Harry Langdon, et est une jeune vedette en vue à la MGM), et rencontre souvent un policier qui le soupçonne d'être un fou furieux, Harry Gribbon... 

New York n'est pas, dans les années 20, une destination privilégiée, et pourtant il va le devenir: en 1928, deux films, deux comédies, vont capter avec bonheur la ville dans sa vérité, dans son quotidien, avec des extérieurs tournés sur place, en liberté: celui-ci, et Speedy, de Ted Wilde, avec Harold Lloyd. Le film qui nous occupe a été décidé par d'autres personnes, et un réalisateur, des gagmen maison, et des techniciens ont été imposés par la MGM. Trouvant le script ridicule, Keaton a profité de l'éloignement vers l'Est pour une partie du tournage, pour faire ce qu'il voulait, et le film est en réalité un savant mélange de situations imposées (les mésaventures de Keaton avec le policier commencent par une scène que les auteurs MGM ont écrite pour en faire un dialogue basé sur de nombreux jeux de mots, ce qui en dit long sur leur science la comédie burlesque muette!) et d'improvisations (Le match joué par un Keaton rêveur sur un stade absolument vide, la course dans les rues très peuplées d'un New York qui s'avère en réalité être Los Angeles, pour arriver chez Marceline alors que celle-ci ne s'est pas encore rendue compte que Buster n'était plus à l'autre bout du fil, ou encore la vision d'un Buster affublé de sa caméra, accroché à une voiture de pompier). L'ensemble possède une unité, une humanité aussi, qui en font tout simplement un très grand film. L'enjeu final, durant lequel Buster se fait voler le sauvetage de sa petite amie par un sale type, arrache immanquablement des soupirs de frustration du public, quel que soit l'âge, quel que soit le lieu ou il est projeté. 

A ce niveau d'identification et d'empathie du public pour le héros, on s'incline: Buster Keaton, en liberté, flanqué de son équipe (Fred Gabourie, Elgin Lessley, Clyde Bruckman) ne pouvait pas faire autre chose que du bon. Au lieu de reconnaître leur erreur et d'admettre que le film était réussi grâce à Keaton, le studio s'est approprié la réussite, et de fait, avec The cameraman, empreint de sa sensibilité, de son humour si typique, et de son sens visuel si distinctif, Keaton signe son dernier grand film.

 

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet 1928 Comédie Criterion **
30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 15:32

Le troisième film muet accessible de Naruse est plus proche que les deux précédents de son cinéma le plus connu: il se situe dans la peinture des femmes en pleine survie, et qui avancent avec stoïcisme. On n'est pas en pleine tragédie, ni en plein mélodrame: les conflits qui marquent ce film sont là depuis longtemps lorsque l'intrigue commence, et ne seront que partiellement résolus à la fin. il tourne autour de trois personnages: Kikue(Mitsuko Yoshikawa), une geisha vieillissante qui craint d'être définitivement rattrapée par l'âge, et dont les clients commencent effectivement à se détourner; Sumiko (Sumiko Mizukubo), une jeune geisha que ses parents ont forcé à entrer dans le métier plutôt que de chercher à améliorer leur condition par eux-mêmes; enfin, Yoshio (Akio Isono), le fils de Kikue, qui reproche quotidiennement son métier à sa mère en la traitant avec de plus en plus de mépris et qui dérive lentement mais sûrement vers la délinquance.

Sumiko  est au centre de tout ce dispositif, et c'est elle qui prend l'initiative d'amener Yoshio avec elle chez ses parents afin qu'il se rende compte que le métier de geisha est imposé de l'extérieur, jamais choisi. Elle veut lui en faire prendre conscience afin qu'il se ressaisisse et cesse de maltraiter sa mère. De fait, elle le change, et lors de la seule séquence diurne du film, ils tombent amoureux tous deux, en présence de la mer. Mais le drame guette... Naruse concentre énormément de son dispositif dramatique sur le beau visage de Sumiko, et sur son regagrd aussi. Il se permet un flash-back lyrique lors d'une scène finale, qui voit Sumiko et Yoshio revenir mentalement au plus beau moment de leur voyage... Une prouesse qui renvoie mine de rien à un paroxysme de montage déjà observé sur Trime donc larbin, tourné deux ans auparavant.

Les acteurs sont excellents, mais ce qui frappe, c'est que ce bien beau film est marqué une fois de plus par les mouvements de caméra brusque et répétés, qui soulignent le drame, comme dans la conversation entre Sumiko et son père alcoolique, au moment ou celui-ci voudrait sans doute être en paix alors que sa fille s'oppose à la décision familiale de prostituer aussi la petite soeur. de la quiétude attendue par e spectateur, ainsi que par Yoshio, on passe à l'affrontement, et le montage se met de la partie. Naruse utilise aussi beaucoup le plan comme une unité de valeur, qui unit ou oppose les êtres, comme dans la scène amère durant laquelle les trois personnages, enfin réunis pour une fois, sont dans une même pièce alors que Sumiko a été blessée dans une altercation. L'union fragile et vouée à l'échec entre les deux jeunes gens est marquée par mouvements de caméra rapide de l'un à l'autre... ces expérimentations sont encore une trace de l'héritage des premiers films de Naruse et de ses expérimentations, mais il les atténuera plus tard, pour fondre les mouvements de caméra dans le style plus fluide de ses films parlants. En attendant, ces films muets de Naruse sont toujours une exceptionnelle découverte.

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Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse Muet 1933 Criterion *
23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 15:54

http://storage.canalblog.com/52/01/110219/49947142.pngCe film muet tardif est le plus ancien des films de Naruse à être parvenu jusqu'à nous, un rescapé de nombreuses catastrophes comme tous les quelques pauvres films muets survivants de Mizoguchi, Shimizu, ou encore Ozu. Il reflète particulièrement l'époque durant laquelle il a été filmé, en termes cinématographiques: Naruse s'amuse à enchainer les ruptures de ton, et à utiliser le montage afin de donner des illustrations, digressions et contrepoints. L'influence d'un cinéma bouillonnant et expérimental, du cinéma Européen des années 1925-1930 notamment, se fait sentir dans un montage qui part dans tous les sens et qui donne une grande énergie à ce film court.

et pourtant ce qu'on retiendra en priorité, c'est la forte influence d'un certain cinéma américain, dont on sait qu'il était particulièrement bien diffusé dans le Japon des années 20 et 30, et marqué par le burlesque, les films de Harold Lloyd en tête: il y a beaucoup du Harold de Safety last dans le héros de ce film. D'ailleurs, l'histoire est à la base une comédie, ce qui surprendra bien sur un peu les familiers de l'oeuvre du cinéaste, et qui plus est, cette comédie est centrée sur un homme, père de famille et modeste employé d'une compagnie d'assurance. Le film le voit à la fois travailler (ni avec un grand talent, ni grande efficacité) à essayer de placer ses assurances, et échapper à sa condition d'adulte. Il essaie d'être un père modèle, encouragé par sa femme, mais se cache lorsque le propriétaire vient réclamer son loyer, et joue à saute-mouton avec les enfants d'une cliente pendant qu'un concurrent réussit à embobiner cette dernière et lui refourgue une assurance-vie... Bref, un enfant, coincé dans une vie mal partie; mais jusqu'à un certain point, la vie reste belle, et le personnage principal réussit même à retourner la situation en sa faveur, et se rend ainsi capable de réaliser son (petit) rêve, acheter un jouet à son fils. C'est à ce moment que ce dernier est impliqué dans un accident très grave...

Le passage délicat de la comédie de caractères à un drame très noir, c'est sans doute la caractéristique la plus notable du film. Du reste, le drame inspire Naruse, qui déploie les grands moyens du clair-obscur dans les scènes d'hopital, absolument magnifiques y compris dans cette copie bien malade. De même, le morceau de bravoure le plus commenté du film, le moment ou on apprend la sale nouvelle au héros, brille-t-il par une séquence de 20 secondes en montage rapide qui nous montre les associations d'idées, souvenirs et regrets à cent à l'heure du personnage. Le film n'est pas, évidemment, comparable à ces grands drames familiaux et pessimistes qui s'attachent à décrire des personnages féminins en lutte quotidienne avec les éléments, mais il est une introduction plus que plaisante à l'univers d'un très grand cinéaste. Il faut remercier Criterion et Eclipse d'avoir une fois de plus permis l'accès à des films rares avec ce coffret des films muets de Mikio Naruse.

 

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Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse Muet 1931 Criterion *
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 08:05

Cinéaste, mais aussi chef-opérateur, Roeg a un oeil, un sens de la composition et un talent plastique qui trouvent dans ce premier long métrage toute la latitude pour s'exprimer. Walkabout devient ainsi l'un des films qui s'inscrivent le plus durablement dans les mémoires de ceux qui l'ont vu... Il présente aussi deux thèmes, au moins, qui le rendent tout aussi inoubliable, en racontant cette histoire de deux jeunes Anglais, une adolescente et son petit frère, coincés en plein désert Australien et pris en charge par un jeune Aborigène en plein rite de passage, le "walkabout": il doit survivre seul dans la nature afin de devenir un homme. Le film est bien sur l'histoire d'une confrontation entre deux civilisations, qui vire au drame, mais aussi celui d'un rendez-vous manqué, plus intime...

Quand leur père les amène à un pique-nique, les deux jeunes ne peuvent pas savoir qu'il va essayer de les tuer, puis mettre le feu à sa voiture et se tirer une balle dans la tête... Mais la jeune fille (Jenny Agutter) a la présence d'esprit de s'éloigner avec son jeune frère (Lucien John) sans perdre de temps, sans lui expliquer ce qui vient de se passer. leur survie serait vite compromise sans leur rencontre avec un Aborigène de 16 ans (David Gumpilil), qui les sauve en leur procurant de l'eau, puis les emmène avec lui. La jeune fille ne parle pas sa langue, pas plus que lui ne parle l'Anglais, mais il parviennent plus ou moins à se comprendre durant leur périple. La complicité naît très vite entre les deux garçons, mais c'est plus difficile avec la fille, et lorsque le jeune homme se lance dans une danse rituelle afin de la séduire, elle le rejette sans ambiguïté. 

Le début est énigmatique, mais cela n'a aucune importance: toute la civilisation Blanche est finalement montrée à l'image de ce père qui devient fou et cherche à supprimer ses enfants. Chaque "rencontre" avec la civilisation Anglo-saxonne dans le film débouche sur la mort ou l'abandon, comme cette cabane abandonnée, les météorologues dans le désert même pas capables de faire leur travail correctement, ou cette mine fermée, avec son matériel rouillé, premier contact dérisoire avec leur civilisation pour les jeunes Anglais. Le film se clôt sur une phrase, en Français: Rien ne va plus. Symboliquement, Roeg choisit de montrer le père, cadavre en voie de décomposition, placé comme un épouvantail dans un arbre à proximité de la carcasse de sa voiture, investie par une famille Aborigène qui joue à l'intérieur... A ce cadavre, Roeg ajoute un grand nombre de carcasses disséminées dans le film, avant-goûts d'une mort programmée: des cadavres d'animaux bien sur, mais on verra aussi beaucoup d'animaux mourir, victimes de chasse, qu'elle soit sportive (Deux blancs qui ressemblent furieusement à la caricature des Australiens par les Monty Python) ou pour la survie (Dépeçage de Kangourou par David Gulpilil). Le message est clair, Nicholas Roeg oppose deux civilisations, deux manières de marcher sur terre, et deux façons de traiter la nature. Son choix est fait, il ne tarde pas à être le nôtre, pourtant le jeune fille garde ses distances, parlant parfois à son sauveur comme à un serviteur, et ne laissant jamais la complicité s'installer totalement.

Après la confrontation, le film nous conte une autre rencontre, amoureuse celle-ci, qui passe d'abord par les regards des deux jeunes gens l'un sur l'autre, de Jenny Agutter qui ne peut s'empêcher de regarder assez clairement en toute circonstance l'anatomie de Gumpilil, alors que celui-ci la regarde mais uniquement au bivouac. Rien n'arrivera entre eux, la fille restant Anglaise, et habillée en la présence de l'autre, jusqu'au bout. Il y aura des tentatives, des passerelles, comme durant la scène ou on verra les dessins Aborigènes sur le corps du jeune garçon: on constate que la jeune fille s'est laissée faire pour le dessin d'un serpent sur  son bras. Le symbole est clair, mais elle n'ira pas plus loin. Pourtant, une scène la voit s'abandonner à une baignade récréative, nue dans une mare, mais seule, farouchement attachée à son intimité. Donc attirée par la sensualité, mais arrêtée par les barrières trop nombreuses, et d'ailleurs les avances rituelles de son compagnon lui font, clairement, peur. Elle va donc s'interdire de succomber à ses désirs, et le moment des adieux la verra impassible devant la dépouille du jeune homme. A-t-elle compris?

Pourtant, de retour à la "Civilisation", la jeune femme a une vision tout autre, et la dernière séquence qui la voit s'imaginer rêveusement une baignade mutuelle des trois jeunes nous éclaire sur ses regrets...

Beau film donc, dont la narration lente et contemplative reste bien sur envoûtante, et dont le sens du montage est un aspect des plus expérimentaux, pour un metteur en scène qui aime à jouer avec le temps. Le fait que le film épouse le point de vue Aborigène et son mépris de la chronologie ne pouvait qu'inciter Roeg à s'amuser de façon gourmande. Le sentiment, c'est qu'il fallait sans doute un Anglais pour traiter un tel sujet. Comme le prouve le film, dans une séquence un peu énigmatique, les Australiens de 1970 n'étaient pas encore sortis de leur racisme: on y voit une famille Blanche exploiter des jeunes Aborigènes, et il faut rappeler que les colons Britanniques ont tenté d'éradiquer cette civilisation en l'assimilant par la force afin de transformer les premiers Australiens en une race de serviteurs... Cette politique ayant pris fin dans les années 1970, on mesure l'importance d'un film comme Walkabout.

 

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Published by François Massarelli - dans Nicholas Roeg Mettons-nous tous nus Criterion
13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 11:53

Au beau milieu des cinq longs métrages du réalisateur Hispano-Chilien, son premier film en Anglais trône, imperturbable, oeuvre à mi-chemin entre un film de genre, référentiel et soigné, et un film d'auteur, qui se jouera de toutes les impressions fausses; devant ce genre de film dont l'essentiel de la narration repose sur une énigme, comme chez Shyamalan, mais aussi comme Les Diaboliques ou Psycho pour citer les plus nobles, on a coutume de penser qu'une fois le film vu, il n'a plus aucun intérêt. Bien sur, c'est prévu: tous les réalisateurs un tant soit peu compétents savent donner plusieurs dimensions à ce genre de film, et The others n'est pas une exception. Il pourra être accusé d'une certaine froideur, aussi, impression qui est contredite par la forte personnalité des protagonistes, et par le fait qu'ici, certains se trompent, et entrainent d'autres personnes dans leur erreur, mais les circonstances l'expliquent, voire l'excusent. Enfin, il est de bon ton, dans une critique qui juge beaucoup sur les intentions et est parfois mal à l'aise devant le savoir-faire technique, de discréditer ce film en arguant du fait qu'il est réalisé par un "malin", entendre un virtuose sans âme. C'est stupide, et Amenabar est l'un des plus intéressants réalisateurs d'aujourd'hui. 

Raconter The others sans trop en dévoiler, c'est possible. Cela va être un peu plus difficile de l'analyser, mais on va essayer: l'enchainement des découvertes et des coups de théâtre sont un des plaisirs (Coupables, oui, oui) les plus vénéneux de ce beau film. Grace, une jeune Anglaise Catholique rigoriste (Nicole Kidman), vit à Jersey, en 1945, après la guerre. Son mari mobilisé n'est pas rentré, et le manoir dans lequel elle réside est plongé dans l'obscurité pour deux raisons: d'une part, l'électricité a été coupée durant l'occupation (Oui, Jersey, comme toutes les îles Anglo-Normandes, a été occupée par les nazis), et Grace s'y est faite, et d'autre part, ses enfants (Anne et Nicolas) souffrent d'un mal incurable, qui les rend extrêmement photosensitifs: il ne peuvent être exposés à la lueur du soleil, et une lumière plus forte les tuerait. Leur mère doit non seulement s'occuper d'eux, mais aussi prendre toute leur éducation en charge; de plus, elle s'impose une gymnastique cruciale: en plein jour, elle est obligée de superviser les déplacements de ses enfants dans la maison, s'assurer que les endroits ou ils se rendent soient saufs, c'est à dire que les lourds rideaux omniprésents soient fermés...

Au moment ou commence le film, le manoir est pris dans une brume tenace, et trois domestiques font leur apparition. Grace, déjà nerveuse par les circonstances, leur fait visiter la maison, mais ils la connaissent. Bertha Mills, la gouvernante, Mr Tuttle le jardinier et Lydia la bonne à tout faire muette, ont en effet déjà vécu et travaillé sur les lieux. Mais le principal événement qui va bouleverser la vie déjà mouvementée de la maisonnée, c'est l'apparition d'une présence qui terrorise les enfants, de quatre entités fantomatiques qui mettent à mal le Catholicisme aveugle de Grace... Celle-ci n'est pas au bout de ses peines. 

Alors que le moindre dessin animé traditionnel se barde d'effets spéciaux spectaculaires (Sorti la même année, Les aventures de Tigrou possédait une séquence de sauvetage assez énergique. On ne peut même plus avoir confiance en Disney...), les références de ce film sont plutôt tournées vers les classiques. par le pouvoir de la suggestion, on est dans un territoire proche de Tourneur (Cat people)... la maison, espace privilégié et inquiétant, nous renvoie à The haunting, de Robert Wise dans lequel plutôt qu'une maison hantée, c'était la demeure elle-même qui était le fantôme. Enfin, la référence obligatoire, surtout si on s'amuse à comparer Nicole Kidman avec Deborah Kerr, c'est The innocents, de Jack Clayton, d'après The turn of the screw de Henry James. La croisade de Kidman dans le film d'Amenabar renvoie bien sur à la décision de Kerr de s'attaquer à la possession démoniaque dont les deux enfants du film de Clayton sont victimes. Mais Amenabar, qui a déjà deux hauts faits d'arme à son actif, n'est pas là seulement pour faire un film référentiel et "malin", donc: il a aussi des choses à dire. D'une part, les deux films qui précèdent (Tesis, sur le voyeurisme extrême, et Ouvre les yeux, sur un étrange choix effectué pour ne pas mourir) ont abordé le sujet de la mort, dont ils offrent deux visions: la mort à laquelle on assiste, et les notions de voyeurisme et de culpabilité liées à la mort de l'autre; la mort "contournée" afin de s'assurer une chance d'immortalité. Ensuite, le film qui suivra (Mar Adentro) raconte le combat d'un homme qui souffre pour mourir de son propre choix. Avec ses histoires de fantômes, et ses discussions sur l'endroit ou vont les âmes lorsqu'on meurt (Une de ces conversations, savoureuses, voit la mère au catholicisme très fondamental prise en défaut par ses propres enfants), le film s'inscrit dans cette thématique. 

En prime, une fois qu'on a vu le dernier film en date du réalisateur, Agora, on constate aussi que la réflexion extrêmement acide sur le catholicisme de Grace abordée dans ce film est un sujet que le réalisateur a décidé de poursuivre, en contant à l'inverse des peplums habituels (Ben Hur et Quo Vadis en tête) l'arrivée de la religion Chrétienne comme un recul dans la marche de l'humanité. Une provocation? Une vengeance d'un ancien élève de pensions sévères, menées par des prêtres suspects? Je vous laisse juges, mais disons que la scène durant laquelle, confrontée à une inattendue disparition de tous les rideaux de la maison, Grace protège ses enfants du danger en déplaçant un tableau noir, sur lequel des préceptes religieux sont écrits en lettres aussi visibles que discrètes, ne manque pas de sel: la religion, dans ce film, après tout, est le principal moyen de ne pas laisser la lumière entrer...

Comme en plus le film est excessivement bien fait, le suspense laissé entre les mains d'un expert, et qui plus est l'osmose entre le réalisateur, ses acteurs, le chef-opérateur (Toute l'équipe du film est celle d'Amenabar en Espagne), et surtout entre le réalisateur Alejandro et le compositeur Amenabar, on peut passer outre tout sens, toute thématique pour se laisser aller à la peur contenue dans ce film... Qui en prime n'est pas dépourvu d'humour: on peut aussi s'amuser à compter les faux fantômes, les vrais reflets, Amenabar s'amusant à truffer ses scènes de draps suspects, et de robes blanches... malin, mais admirable.

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Published by François Massarelli - dans Alejandro Amenabar Criterion
29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 10:53

Faut-il présenter ce film? Pas touché par l'apparition du parlant, qui était désormais bien installé en 1929, et amené à se généraliser, Chaplin se lance dans un muet, avec pour seule idée l'envie de placer son personnage de vagabond dans la ville. Par la ville, c'est toute la société, voire l'humanité qui est visée par Chaplin, pourtant il n'y a pas ici, pas plus que dans ses deux précédents longs métrages, d'intention de satire sociale: en dépit de quelques remarques acerbes et guoguenardes sur l'homo Américanus, c'est un mélodrame comique mais pur, juste une histoire d'amour impossible, pour un homme qui n'a plus rien à attendre de la vie, et qui va se trouver tout à coup, pendant quelques jours, une raison de vivre, et un but impossible à atteindre.

L'histoire très simple est bien connue: un vagabond tombe amoureux d'une jeune vendeuse de fleurs, aveugle, qui le croit riche. Les circonstances vont l'aider à entretenir cette illusion, lorsqu'il va "sauver" un homme riche et saoul du suicide, et devenir son meilleur ami; le problème étant que lorsqu'il est sobre l'homme ne le reconnait plus, et que l'illusion est très difficile à maintenir...

L'ouverture "parlante" parodique de ce film, manifeste burlesque qui voit les officiels s'exprimer dans une langue canardesque avant que le vagabond qui se réveille vautré sur la statue qu'on inaugure ne leur fasse littéralement des pieds de nez, place City lights dans la continuité directe de son oeuvre de comédie; pourtant l'auteur va souvent laisser la mélancolie s'installer. Les scènes de comédie, nombreuses et variées, sont parmi les meilleures de toute l'oeuvre: la scène de boxe, la meilleure de tous les temps (Je confesse détester cette occupation brutale, mais le cinéma a su souvent rendre ce sport, que je juge d'une absolue stupidité, intéressant...) avec sa chorégraphie hilarante partagée avec Hank Mann. Les scènes des joyeux fêtards, où Chaplin est plus brillant que jamais, ou encore la courte scène avec Albert Austin... En revanche, Chaplin, à en croire le fabuleux documentaire Unknown Chaplin de Kevin Brownlow et David Gill, était très peu satisfait de Virginia Cherrill. N'empêche! On à peine à imaginer la fleuriste jouée par une autre. Georgia Hale, qui a failli prendre sa place en 1929, aurait sans doute été compétente, mais le film a trop marqué les mémoires pour qu'on spécule des heures durant de façon inutile. Tel quel, il nous présente une version idéalisée de l'étoile impossible à atteindre, presque rêvée. Cette notion éclaire d'ailleurs la scène finale d'un jour intéressant, et d'une multitude d'interprétations; j'y reviendrai. En attendant, le film donne définitivement raison à Chaplin, dont on sait que ce film représente le plus extrême exemple de ses méthodes de travail: deux ans durant, il s'est livré à de l'improvisation sur pellicule, faisant sortir des développements, des situations inattendues; rien n'était écrit; le résultat est d'une rare perfection, d'une grande poésie, et chaque séquence brille par la fluidité de sa narration, et par l'éloquence de ce qui est montré. Deux exemples parmi d'autres: la scène de la rencontre, qui bloqua Chaplin durant plusieurs mois, tient à un seul fil, ou plutôt un seul plan: le vagabond, qui passe par les voitures elles-mêmes pour traverser une route encombrée, est appelé par la jeune aveugle, qui désormais, ayant entendu une portière, va croire que son client est riche. La simplicité de la scène à l'écran est une des sept merveilles du muet. Comme un écho à cette scène, la fin voit Chaplin se battre contre des gamins, et on s'aperçoit après quelques instants que la jeune femme, qui voit désormais, a été témoin de la scène. Elle est désormais libre de tout souci, et propriétaire d'un magasin. Elle n'imagine pas que ce vagabond aux habits déchirés, parfaitement ridicule, puisse être son prince charmant. Tout ici passe par le regard, et bien sur le geste qui va tout faire comprendre à la jeune femme, soit le fait de toucher la main du vagabond. La scène est très belle, et ouverte: on a le droit de considérer que les deux amis vont continuer leur chemin ensemble, mais Chaplin a aussi chargé son personnage comme jamais: il est sale, pathétique, et semble-t-il irrécupérable. Il sort de prison. Ce peut donc être aussi leur dernière rencontre. Sinon, la scène est cruelle, puisque non seulement les gamins en ont après Chaplin, mais la jeune femme avant de le reconnaître se moque ouvertement de lui.

Le film ne se départit pas d'une certaine ironie, incarnée par Harry Myers et son valet, Allan Garcia, qui jouera le patron dans Modern Times: bref, un type désagréable. Myers est le sympathique ivrogne devenu absolument imbuvable (Si j'ose dire) quand il est sobre: un commentaire acerbe sur les années qui viennent de s'écouler, faite de divertissements orgiaques et dans lesquels les Etats-Unis viennent de s'oublier. Chaplin n'a pas été en reste, et à travers ce personnage de soiffard schizophrène, il y a probablement un peu de lui même. Mais le valet, lui, n'a qu'une seule personnalité: c'est lui qui jette Chaplin sans ménagement, qui veille au grain, qui est la bonne conscience conservatrice de son maître... Autre ironie, celle qui consiste à faire de la jeune orpheline pauvre et aveugle, qui vend des fleurs, et qui rêve du prince charmant, quelqu'un de finalement plus riche que le 'prince' lui même. Cette ironie éclate également dans la dernière scène, bien plus complexe qu'il n'y paraît. Elle ne s'attend pas du tout à ce que ce moins que rien soit effectivement son prince charmant, parce que c'est tout simplement impossible...

Ce qu'il a fini par transformer en un film muet militant n'était pourtant pas parti sur ces auspices. Mais Chaplin l'a transformé en un manifeste de l'art muet dans toute sa splendeur, toujours aussi beau à la dixième vision; je le sais, j'ai compté. Film parfait, quoi qu'on dise de Virginia Cherrill, film qui nous rappelle que le cinéma, c'est de l'émotion pure, et ici, ce sont toutes les émotions.

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1931 Comédie Criterion **
30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 14:01

Je n'aime pas ce film, et je ne suis pas le seul, si j’en crois l’anecdote racontée par Gilliam au sujet de Cannes : il attendait à l’issue de la projection à cannes, et a eu la désagréable surprise d’apprendre que le public de la Croisette avait hué et franchement détesté le film. Aujourd’hui, Fear & Loathing partage le redoutable honneur d’être à l’instar de The fight club, de David Fincher, un film détesté de la critique, et adoré, révéré même par une certaine partie du public.

Pourquoi, donc, ce film, qui tranche non seulement par rapport aux films américains contemporains par son originalité et sa verdeur, mais aussi qui n’a que très peu de rapports avec les films ultra-compartimentés et sur-produits de Terry Gilliam ? Celui-ci ne cache pas son admiration pour Hunter Thomson, le journaliste auteur des textes de base, et qui est représenté par l’étrange personnage chaotique de journaliste drogué campé par Johnny Depp. Il a souhaité depuis longtemps adapter le livre recueillant les articles de celui-ci, et accomplissait un vieux rêve. Mais plus encore, outre Gilliam, ses acteurs et Thompson lui-même, il y a un public pour un livre qui est un classique, certes bizarre, mais un vrai classique à part entière. Et puis la drogue, vue par Gilliam qui confesse n’y avoir jamais succombé, c’est un échappatoire au moins aussi intéressant que les rêves de Time bandits et Brazil, les inventions de Münchausen, les contes du Graal de Fisher King ou le monde vu par cet enfant adulte qu’était Bruce Willis dans Twelve monkeys … Bref, aussi mauvais soit le film, au moins il ne dépare pas totalement. Mais une chose est sûre: personne ne s’est retenu, sur le film, ni Gilliam, ni ses acteurs, Benicio del Toro en tête (il est hallucinant), ni Johnny Depp (il n’est pas mal non plus…).

Le principal défaut du film, c’est d’être trop graphiquement soumis au délire de ses héros. On sait, ou on peut savoir en le voyant, que le film n’est qu’une farce, consistant à laisser ses héros se vautrer sur le modèle américain, et le traîner dans la boue. Gilliam souhaitait faire résonner le vitriol de Thomson, qui sentait que la liberté qui avait soufflé dans les années 60 allait être oblitérée par les années 70 (Et il avait raison !): pour Gilliam, les 90s sont une série d’occasions manquées, et de dénis graves; allons, semble-t-il nous dire : la décennie de Kurt Cobain et de la libération de Nelson Mandela restera-t-elle uniquement cette fade période durant laquelle on a sagement adapté le libéralisme carnassier des années Bush Père avec un sage Bill Clinton, afin de mieux préparer à Bush Fils? En ce contexte, la sortie de Fear & Loathing, aussi raté soit le film, ne peut pas laisser indifférent. Je n’aime pas le film, non. Mais il y des moments de délire, de méchanceté, de clowneries aussi, qui sont, partiellement, irrésistibles. C’est souvent odieux, un peu froid, très impoli et agressif. Mais au moins ce film ne nous laisse-t-il pas indifférent…

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Published by François Massarelli - dans Terry Gilliam Criterion