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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 16:45

"Utopia", 1924: le gens attribuent la crise dans laquelle ils se morfondent aux Juifs et soutiennent de plus en plus des politiciens qui les débarrasseront d'eux. C'est chose faite quand une loi chassant tous les juifs est votée, et ils partent pour se réfugier où ils peuvent, et quand je dis "ils partent", c'est sous bonne escorte pour être sûr qu'ils s'en vont... L'un d'entre eux, Leo, décide d'agir et commence à fomenter de l'agitation politique sous couvert d'une autre identité, pour faire changer les gens d'avis. Il est aidé en cela par le fait que les citoyens d'Utopia découvrent assez rapidement qu'en chassant les Juifs ils ont rompu un lien essentiel de la chaîne sociale. 

Ce film qu'on redécouvre aujourd'hui est une source constante de bêtises qui sont écrites dans la presse, que voici: d'une part, on écrit un peu partout que le film anticipe de manière impressionnante ce qui allait se passer quelques années après. Disons que ce qui est montré dans le film, c'est plutôt un exil forcé, et on est bien loin de la réalité qui sera celle du nazisme; du reste, qui pouvait prévoir l'ignominie du régime nazi? Sinon, film Germanique oblige, ça ne loupe pas, on parle un peu partout d'expressionnisme. Quand cessera-t-on de confondre le cinéma muet Allemand et la mode de l'expressionnisme, qui ne concerne finalement qu'une poignée de films? Si une scène (un antisémite farouche devient fou, et nous visualisons son délire) semble imiter le Cabinet du Docteur Caligari, c'est surtout dans le but de le parodier, car pour le reste cette comédie Viennoise n'est pas vraiment notable par ses prouesses visuelles...

Non, là où elle est intéressante, et là où elle fait un peu mal à l'heure où ce genre de comportement grave revient très à la mode, et est de plus en plus accepté, c'est lorsqu'elle présente l'antisémitisme comme un délire sans fondement, une maladie irrépressible à laquelle on succombe en devenant incapable de penser autrement. Mais le film n'est pas exempt de facilité, ni d'une sorte de pensée simpliste assez embarrassante... Cest que Breslauer, qui adapte un livre à succès, a décidé d'en reprendre l'aspect pamphlet et de se tenir à l'écart du réalisme. Dans un rythme assez soutenu, il raconte donc de façon strictement chronologique, un contexte agité avec une montée de l'antisémitisme, une décision politique inique, mais présentée comme un progrès social, sous les vivats des antisémites militants, puis un exil forcé dont les images, c'est vrai, font froid dans le dos. Si le film est une comédie, la chronique des déchirements provoqués par la loi, oscille entre rire et authentiques larmes...

Si le film reste une curiosité, il a quand même un pedigree historique fascinant: monté un peu en contrebande, montré devant des salles enthousiastes, il sera considéré comme une insupportable provocation par les cafards à croix gammée, qui obtiendront sa suppression dans de nombreuses salles, puis son interdiction, avant qu'un illuminé ne tue l'auteur du roman. Il a été ensuite acquitté... l'histoire, hélas, était en marche.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Comédie **
3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 16:27

Fielding Pierce (Billy Crudup) est un jeune homme bien sous tous rapports, qui a esquivé la guerre du Vietnam sans pour autant resquiller, et entend bien mener son destin comme il estime qu'il doit se dérouler: il ambitionne en effet de devenir sénateur Démocrate de l'Illinois, et va tout faire pour occuper ce poste... mais en attendant, il rencontre en 1972 Sarah Williams (Jennifer Connelly), jeune étudiante turbulente, catholique et militante de gauche, particulièrement investie dans la lutte contre Pinochet et l'aide apportée aux Chiliens en exil: en dépit des différences importantes entre eux, le coup de foudre est réciproque, et les soirées où le couple est invité, ne manquent pas de piquant quand Sarah attaque avec véhémence les braves politiciens compromis qu'elle rencontre. Un jour pourtant, le jeune homme apprend la mort de sa compagne, et va devoir se reconstruire seul.

Nous l'apprenons assez rapidement, il refit tant bien que mal sa vie, et s'apprête à bénéficier d'un coup de pouce du parti Démocrate pour s'installer sur un fauteuil très convoité. c'est à cette époque qu'il commence à avoir des hallucinations, et à voir Sarah partout... Pire, elle lui téléphone. 

C'est un bien étrange film, construit sur d'incessants allers et retours en passé (les années 70 et la vie avec Sarah), et présent (les années 80, la campagne et l'imminence de la fonction publique). Mais surtout nous ne quittons jamais le point de vue de Fielding, ce qui permet à Gordon de ne jamais répondre à la question qui nous taraude, et devrait d'ailleurs tarauder le héros lui aussi: est-elle donc toujours vivante, et sa disparition est-elle une machination qui consiste à donner à sa cause une victime sacrificielle qui puisse émouvoir le public peu enclin à se soucier des Chiliens? ou est-elle vraiment morte mais tellement vivace dans la conscience de Fielding qu'elle y hante son esprit, comme un fantôme. On notera que la distribution Française dans son habituel manque total de scrupules a opté pour un titre qui en dit long: Le fantôme de Sarah Williams... mais ce serait trop facile si on pouvait résoudre le cas de ce film en se contentant de répondre à une question.

D'aord parce qu'il va falloir, cher public, apprendre à accepter qu'un metteur en scène vous laisse insatisfait à la fin, d'autres (et de sérieusement plus doués, par exemple Hitchcock ou Peter Weir, ou Kubrick, ou Clouzot) vous ont déjà laissés sur votre doute à la fin d'un film. Ensuite parce que ce film, qui nous suggère qu'une cause a toujours besoin de tricher pour gagner les gens à sa cause, d'une part, et qu'un bon politicien doit abandonner tout idéalisme pour s'occuper des vrais gens, me paraît quand même véhiculer un message un brin douteux. Dommage pour les acteurs, qui sont très bons l'un comme l'autre, mais... pas le film.

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Published by François Massarelli
2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 18:17

Douze années séparent le dernier film achevé de Gance, Le  Capitaine Fracasse, de ce nouvel effort, et... Il a sans aucun doute perdu beaucoup. La main, d'une part. La foi, sans aucun doute. Et la tête? Non, ça, c'est fait depuis très longtemps! Ce film est une commande que le cinéaste a accepté, d'un consortium Franco-Italien dirigé par Fernand Rivers: le fait que le dit producteur soit un ami auquel le grand cinéaste a mis le pied à l'étrier a sans doute joué, il avait supervisé deux de ses oeuvres de jeunesse dans les années 30. 

La motivation de Gance, pour tourner ce film, est on ne peut plus claire: comme il confie à sa collaboratrice Nelly Kaplan dans son court métrage documentaire sur le cinéaste Hier et demain, "je l'ai fait non pour vivre, mais pour ne pas mourir". Pourtant, il a sans doute été intéressé par le fait de se saisir d'un script très moyen, d'une cosmique absurdité, et de le tourner avec un grand luxe de couleurs! Il va d'ailleurs amener avec lui son Pictoscope, un procédé un peu similaire (mais en nettement moins efficace, surtout en couleurs) que le procédé Shüfftan, et l'utiliser un peu partout.

Et par-dessus le marché, ce film leste était aussi destiné à un marché particulier, car il était pour adultes. Dans le cinéma traditionnel d'avant les libérales années 70, ça veut dire qu'on s'y déshabille à gogo, et qu'on y parle vaguement de sensualité. Mais pour le vieux Gance, déshabiller une actrice était une seconde nature, et de toute façon les "victimes", généralement de plantureuses Italiennes, ont été fournies par la production dans le but d'être dépoitraillées... 

Bref: on me voit venir, je pense. Le film est d'une abyssale nullité, deux heures d'un insupportable ennui, dont l'on ne peut se sortir qu'avec une ahurissante dose de second degré, que je m'aperçois bien que je ne possède manifestement pas malgré un entraînement cinquantenaire. maintenant, si vous êtes tentés par cette adaptation d'une pièce de Dumas, qui tourne autour d'un insondable mystère que vous résoudrez pour vous-même aux alentours de la trente-cinquième minute, et dans laquelle Pierre Brasseur cabotine, fleurette, lutine et aboie sans aucune retenue,eh bien...

...Tant pis pour vous.

 

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance Dumas
2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 17:54

Gance, je pense, a vu les films de Cecil B. DeMille qui seront distribués en France, avant l'entrée en guerre des Etats-Unis, je pense bien sûr à The cheat, connu ici sous le nom de Forfaiture. ce qui a du tant plaire à Gance, c'est d'une part le jeu épatant des lumières réduites le plus souvent à l'essentiel, des petites plages éclatantes dans la nuit noire, permettant justement au spectateur de se concentrer sur l'essentiel, un visage, voire une ombre... La révélation des années 10, c'est qu'on n'avait même pas besoin de montrer, et ça c'est à DeMille qu'on le doit! L'autre aspect qui a du intéresser le cinéaste Français dans le film, c'est à n'en pas douter le fait de pouvoir explorer la pensée, l'une des obsessions du jeune Gance. 

Mater Dolorosa est donc l'un des premiers films avec lesquels Gance va explorer ces possibilités, et il partage avec La dixième symphonie le fait d'être en effet parvenu partiellement à ses fins. Je dis partiellement, car ces deux films de Gance, comme souvent, reposent sur une exploitation du mélodrame éprouvé, et de valeurs hautement bourgeoises. La femme y est, en particulier assujettie, et c'est bien le point de départ de ce film:

Marthe (Emmy Lynn), l'épouse d'un grand chirurgien (Firmin Gémier), est amoureuse... de son beau frère, qui le lui rend bien. Mais si la jeune femme est prête à partir et à abandonner son ménage, en dépit du fait qu'elle attend un enfant de son mari, le frère lui ne peut s'y résoudre. Découvrant une arme avec laquelle son beau-frère (Armand Tellier) est prêt à se tuer, elle s'en saisit, mais dans la confusion, Marthe le blesse mortellement. Il lui fait promettre de ne jamais révéler la vérité à son mari... mais celui-ci, des années plus tard, découvre une lettre qui incrimine la jeune femme, sans nommer son "amant". Persuadé qu'elle lui a menti, et qu'il n'est pas le père de leur fils, le médecin va imposer à son épouse la torture du silence et du mépris, jusqu'à ce qu'elle donne le nom du coupable...

On le voit, tout cela n'est pas des plus légers... Mais Abel Gance se résout à le raconter par le biais d'une série de séquences formidables, toutes tournées dans la pénombre. les acteurs, Emmy Lynn en tête (elle est extraordinaire) ne jouent qu'avec une partie de leur éventail, ici la silhouette, là les yeux... Le drame très pesant avance, mais les scènes sont vivaces, innovantes... On regrettera deux choses toutefois: d'une part, le metteur en scène se sort un peu facilement de certaines situations en demandant à ses acteurs d'écrire une lettre; d'autre part, comme toujours, Gance a recours a des raccourcis douteux, ici il se rend coupable d'exploitation pure et simple en sortant de son chapeau un tableau (ou une photo?) représentant la maternité, dévoilant le visage grave un sein bien charnu): il va s'efforcer de faire rejouer à Marthe, une mère qu'on éloigne de plus en plus de son enfant, la même scène, revue et corrigée par un peu de pudeur. dans La Dixième Symphonie, c'est la victoire de Samothrace qui servira de transfiguration à la même actrice, d'une façon un peu gratuite!

Mais ce que Mater dolorosa (au fait, le titre renvoie à une conception très chrétienne, et très traditionnelle, de la maternité, comme étant le versant d'une famille qui doit endosser la douleur) apporte vaut bien mieux que ses scories: Gance, en suivant un maître Américain, se saisit du matériau cinématographique et le fait progresser de manière insoupçonnée, avec une science du clair-obscur qui le place au-dessus des autres cinéastes. Bien sûr, Perret et Tourneur avaient déjà beaucoup expérimenté avec la lumière, mais Gance lui explore avec la pénombre, la disparition du corps au profit de la pensée. 

 

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Published by François Massarelli - dans 1917 Abel Gance Muet
2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 09:07

Egghead est le premier personnage qui vienne vraiment de l'inspiration de Tex Avery, et qu'il a essayé de lancer comme plus tard on lancerait Bugs Bunny. Mais le moins qu'on puisse dire c'est que ça n'a pas marché. Les quelques tentatives qui nous restent montrent un personnage en quête d'identité, qui est toujours à son meilleur en perturbateur d'intrigue, pas quand on lui confie le rôle principal... Sauf sans doute dans Johnny Smith and Poker-Huntas, mais il est vrai que ce film est de toute façon déjà pourvu d'une intrigue complètement dynamitée de l'intérieur! Autre problème, la voix: parfois dotée d'un accent New Yorkais de wise-guy, grâce à mel Blanc (Johnny Smith and Poker-Huntas), parfois plus indicative d'un simple d'esprit, et parfois proche d'une imitation de Jimmy Durante comme c'est le cas dans ce film, ces changements montrent que l'équipe d'Avery n'avait pas encore trouvé quoi faire avec le personnage, qui allait évoluer vers Elmer Fudd en assez peu de temps.

Dans ce film, Avery se paie au moins le plaisir de parodier un monde qu'il affectionnait et pour cause, celui du western: Egghead rêve de partir à la conquête de l'ouest sauvage et répond à une annonce du Bar-None Ranch: on cherche des cow-boys... Les essais seront peu convaincants, c'est une évidence...

Quelques gags se distinguent ici, notamment ceux de l'environnement westernien... Mais le film est comme le personnage, il se cherche. Et Egghead, quand il doit mener une histoire sérieuse, ne fait décidément pas le poids...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tex Avery Looney Tunes
2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 08:56

Tex Avery se plaindra souvent du manque de liberté dont il disposait à la Warner, mais il faut reconnaître qu'il y aura eu de fort bons moments... Ce film qui aurait pu en d'autres mains virer au conte édifiant en est un exemple, et sur un grand nombre de points, il annonce le style qui sera le sien à la MGM, le systématisme en moins...

Une famille de perroquets est en pleine leçon: les trois petits reçoivent des instructions de leur maman pour dire convenablement "Polly wants a cracker", ce qui déplaît fortement à l'un d'entre eux: il voudrait être marin comme son père... Malgré les efforts de sa mère pour l'en empêcher il se lance vite à la conquête du vaste monde...

Pour ce faire, on notera au passage qu'il est aidé d'un caneton (jaune) interprété par Mel Blanc qui commençait à poser sa marque indélébile sur les films du studio. Les raisons d'apprécier ce film (qui finit quand même par raconter une histoire, tout en s'adonnant au plaisir du gag) sont nombreuses, notamment dans la destruction du fameux quatrième mur, lors d'un flash-back (le père ivre, dont la mère raconte le départ définitif, qui corrige la narration entre deux hoquets), et aussi par le fait que la mère s'adresse directement à nous. Avery fait tout pour nous montrer qu'il ne croit pas une seule seconde à l'histoire édifiante qui nous est racontée, en dynamitant le suspense interne, et il s'amuse beaucoup avec l'environnement, d'une façon qu'il affectionnait.

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Tex Avery
2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 08:47

Des affiches publicitaires et les personnages qui y figurent s'animent, et entrent en interaction avec leur environnement: Eddie Camphor chante une chanson, et un poussin qui a une sérieuse envie de voir le monde affronte un ver vindicatif et un chat gourmand...

Billboard frolics est intéressant pour deux raisons essentiellement: d'une part, il semble établir un précédent riche en possibilités, qui se concrétiseront souvent, que ce soit sous la responsabilité de Tex Avery, ou sur celle plus féconde de Bob Clampett qui adorait l'exercice: un monde qui s'anime et devient prétexte aux jeux de mots, aux chansons allusives de la culture populaire, etc... L'autre raison de se pencher sur ce petit film, c'est bien sûr la musique: comme son nom l'indiquait, la série des Merrie Melodies était souvent le prétexte à revisiter une chanson qui était la propriété de la Warner. Ici, la bande-son de l'intégralité du film est Merrily we roll along, qui deviendra précisément l'air entendu au début de tous les Merrie Melodies, y compris une fois que la série fusionnera avec les Looney Tunes...

Pour le reste, bien sûr le film est assez moyen voire routinier, Freleng se réfugiant un peu vite dans le mignon Disneyien. 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Friz Freleng
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 16:43

1867: un joueur qui vient de ratisser un certain nombre de notables dans une ville de la frontière, se retrouve coincé: s'il veut qu'on lui laisse la liberté, il devra accepter une mission dangereuse. Il doit enquêter incognito et trouver l'identité du voleur mystérieux qui dévalise la Wells Fargo depuis quelques temps. Systématiquement, les diligences se retrouvent détroussées, sans que quiconque s'en soit approché, et le seul indice est un petit poème, laissé au fond des coffres vides... Jim Wylie, qui tient autant à la liberté qu'à ses cartes, accepte et part pour Cheyenne, la ville autour de laquelle les derniers hold-ups ont gravité...

C'est l'histoire de Black Bart qui a inspiré le scénario de ce film. Charles Boles (1828 - ?) était en effet un citadin qui avait suffisamment de renseignements sur les déplacements des diligences, pour ensuite se servir lui-même, en opérant des attaques à main armées, très théâtralisées: il était masqué, et avait lui aussi cette petite manie de laisser de courtes poésies, souvent tournées autour d'une petite vulgarité. Mais on attendrait de Walsh un film enlevé, et... celui-ci ne l'est pas du tout.

Le problème, c'est la multiplication des problèmes justement: plusieurs femmes, plusieurs bandits, plusieurs bandes, plusieurs missions... et au milieu, une énigme qui finit d'en être une, car on apprend assez vite qui est ce "Poet" recherché par toutes les polices, et on en vient d'ailleurs à se demander comment ils ont fait pour ne pas comprendre! Tout cela n'est pas très sérieux, comme ce personnage principal mal défendu par Dennis Morgan, plus prompt à flirter sans vergogne avec Jane Wyman, qu'à faire son travail de héros. Et la confusion s'installe lorsque le "poet" que tout le monde recherche s'avère être un filou assez sympathique. C'est le problème lorsqu'un film cherche à lancer un bandit aux trousses d'un autre bandit. On se rattrapera avec d'autres westerns de Walsh, à n'en pas douter.

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 16:38

Un homme entre dans un hôtel

, avec précaution. Il entend bien y passer un séjour normal, mais c'est peine perdue: tout est fantastique dans ce lieu où les objets semblent avoir une âme...

Quand je dis qu'il y entre, c'est qu'il prend son temps: tout dans ce film me paraît planifié, millimétré, car on ne fait pas un film à trucs sans un solide plan de départ. Oui, mais voilà, venant sur un sujet déjà traité par Méliès (qui lui aurait plongé en pleine frénésie), Blackton et De Chomon, Cohl semble ici appliquer les recettes de l'animation image par image avec application, sans heurts, mais aussi pour déboucher sur un récit totalement raisonnable...

Pour ne pas dire un peu ennuyeux: ce voyage méthodique en trois plans, qui totalise 11 minutes, est sans doute un jalon important, ça ne le rend pas passionnant pour autant.

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Published by François Massarelli - dans Emile Cohl Muet
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 08:54

Plus ou moins basée sur Washington Square de Henry James, la pièce originale avait tapé dans l'oeil de Olivia de Havilland, qui depuis son départ de Warner se lançait avec audace dans des projets de plus en plus personnels. De même, c'est elle qui a fait appel à William Wyler - en espérant qu'il dise oui! C'est dire si le film lui tenait à coeur...

Les Sloper vivent à Washington Square à New York, un quartier tout ce qu'il y a de convenable pour des gens "très biens". Le docteur (Ralph Richardson) fait son travail, hautement respecté de sa clientèle; il vit avec sa fille Catherine (Olivia de Havilland), accueille pour un petit temps sa soeur Lavinia, récemment devenue veuve (Miriam Hopkins), et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes... Austin Sloper, veuf inconsolable, souhaite bien entendu que sa fille trouve un jour un mari, mais... Il en doute, car il n'a pas le moindre doute: elle est irrémédiablement, définitivement, incontestablement médiocre. Le seul atout en sa faveur serait, probablement, son argent: et c'est bien là le problème, comme Catherine ne va pas tarder à le constater quand un prétendant, Morris Townsend (Montgomery Clift), va s'infiltrer avec insistance dans sa vie. Pour Catherine, peu habituée aux attentions, ce sera l'amour au premier regard. Pour son père, Morris n'est qu'un chasseur de dot. Pour Morris...

La cruauté: c'est bien sûr le mot clé de tous les commentaires sur le film, aussi bien la cruauté de James, que celle de la situation développée dans le film, celle du père également, qui a tant regretté le décès prématuré d'une épouse qu'il adorait qu'il en a en retour projeté sur sa fille unique l'image impossible à atteindre de la perfection. Et en retour, aussi des développements qui vont encore plus loin, le fait d'être cruel dans cet environnement devenant la solution à tous les problèmes, semble-t-il...

Wyler organise sa mise en scène autour d'un nombre limité de personnages. Aucun des domestiques ne partage son point de vue, et Lavinia est hors-jeu, y compris lors de quelques scènes où elle complote gentiment pour faciliter les affaires des amoureux, que le père empêche de se voir. Morris est quant à lui toujours cantonné dans le point de vue des uns (Austin, qui n'a pas le moindre doute quant à la duplicité du jeune homme, et qui a des arguments) ou des autres (Catherine, amoureuse, et qui a des arguments elle aussi, est persuadée que son affection est réelle). Et pour cause: il est l'enjeu même du film, et à travers lui, le destin d'une femme qui a tellement été étouffée par son père qu'elle en a acquis une certaine incapacité à vivre par elle-même...

Outre une utilisation parfaitement maîtrisée du cadre dans ces scènes généralement situées dans la maison des Sloper, le miroir est sans doute le "truc" le plus souvent utilisé dans le film par la mise en scène, dans ces pièces immenses où évoluent les personnages. Extension de l'action, raccourci génial quand l'image qui s'y reflète est celle de Lavinia (Miriam Hopkins vit le film entier comme une occasion pour son personnage de revivre sa vie amoureuse par procuration, elle est formidable) qui dévale l'escalier pour rejoindre sa nièce; occasionnellement le miroir est aussi un reflet de l'âme des personnages notamment dans deux plans, l'un où Austin aperçoit sa fille occupée à son unique passe-temps, la broderie, mais l'image qui se reflète d'elle montre un visage dur, voir impitoyable vis-à-vis de son père. Puis quelques instants plus tard, le père qui vient d'annoncer une mauvaise nouvelle se retire, aperçu dans le miroir comme assujetti à la volonté désormais bien affirmée de sa fille, multipliée par deux: la vraie Catherine et son reflet. mais cette fois-ci les deux ont exactement la même attitude...

Olivia de Havilland a joué ce rôle avec une gourmandise particulièrement visible, et n'a pas lésiné sur les effets pour se vieillir, et comme la réaction de toute la bonne société, à part Morris bien sûr, est de lever les yeux au ciel quand il s'agit d'elle, on notera aussi qu'elle évite le maquillage, sauf sur les paupières mais pour les enlaidir; elle joue en permanence dans le premier et le deuxième acte une jeune femme qui tient sa place et ne comprend pas grand chose... Avant de revenir transformée au troisième, légèrement maquillée, comme rajeunie: elle a pris son destin en main, car elle est livre: son père est mort...

Le film est d'une richesse inépuisable, une grande gorgée de venin et d'ironie vacharde, déguisée en drame romantique, avec ces décors et ses costumes si soignés... La vie de la pauvre Catherine n'est pas rose, certes, mais quel bonheur cinématographique! Quel film! Quelle actrice!

 

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Olivia de Havilland Criterion