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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 18:16

Emile Cohl, le précurseur de l'animation Française, était aussi un cinéaste qui a parfois produit des oeuvres qui reposaient entièrement sur la prise de vues réelles. Mais ce film, produit en 1910 et bien dans sa manière, est un mélange savant des deux techniques: 

Un garçon de café, pendant que la clientèle vaque à son occupation principale, s'assoupit tranquillement... et rêve que son corps est soumis à bien des transformations! Le réveil sera brutal mais surtout humide!

Sitôt endormi, le garçon de café laissera la place à un double dessiné, qui va passer à travers toutes les techniques possibles et imaginables: Cohl en fait une figurine articulée en trois parties, l'anime en image par image, et au gré de son humeur et de son inspiration, transforme un rêve qui joue sur le physique même de l'humain, en un cauchemar de têtes grimaçantes. On navigue en pleine association d'idées, quelque part entre George Méliès et les surréalistes...

 

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Published by François Massarelli - dans Emile Cohl Animation Muet
31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 17:03

C'est de la mer que viendra l'aventure, ou tout du moins l'intrigue de ce film: un bateau brûle au large d'un petit village côtier du Finistère, et le sauvetage s'organise. Dans une maison, les femmes sont inquiètes et nous faisons la connaissance d'Annaïck (Yvonne Mario), une jeune Bretonne qui vient de sortir en chemise de nuit de son lit clos pour s'enquérir de l'agitation qui vient de prendre tout le village... 

C'est frappant, comment Mariaud réussit, dès le début de son film, à camper de façon totalement tangible à la fois le décor, ses traditions, la vérité des corps et des métiers des uns et des autres: les vieilles pierres des maisons, dont les murs ont été usés par les embruns, le pavé rustique, les rues étroites... et les sauveteurs qui mettent le bateau à la mer pour aller secourir les victimes: on est en Bretagne, ça ne fait aucun doute.

Puis au retour des matelots, l'intrigue proprement dite va pouvoir commencer: seul rescapé du naufrage, un mystérieux jeune homme est devenu amnésique. Annaïck va se charger de lui, lui faire reprendre pied dans la vie, avec douceur et patience... Mais aussi avec des contes de fées auquel elle va l'intéresser. Mais ce sera justement l'un d'entre eux, qui révélera l'identité du jeune homme, au grand dam de la famille qui l'avait recueilli, et surtout d'Annaïck qui perdra plus qu'un ami.

Ce film superbe prouve qu'il n'y avait finalement pas que Feuillade et Perret à la Gaumont avant 1914: Mariaud, l'un des cinéastes les plus mystérieux qui soient, avait lui aussi un talent visuel distinctif, qui éclate dans la façon dont il traite le cadre dans ce beau film. A bonne distance des acteurs, mais juste de quoi leur donner le champ nécessaire pour composer une certaine vérité. Le jeu est sobre, contenu, mais suffisamment expressif pour aller droit au but...

Et Maurice Mariaud (au fait, ne serait-ce pas lui qu'on voit dans les premiers plans, sonner l'alarme après avoir repéré le bateau qui brûlait?) s'est déplacé jusqu'en Bretagne, et il n'y est pas allé pour rien: sa séquence de sauvetage, dont il se sert précisément pour camper son décor et ses personnages, est fort belle et bien vue, et la façon dont il se sert aussi de la pierre, mais aussi de l'authenticité des intérieurs sombres, de la texture boisée du lit clos, nous transportent aussi sûrement qu'un TGV! Ce qui ne l'empêche pas de montrer, à partir de sources de lumière pas forcément évidentes, de jouer avec brio sur l'éclairage, pour souligner l'angoisse de la jeune femme restée à la maison, durant le sauvetage dramatique, et pour montrer la tranquillité de la petite communauté réunie à la veillée, et éclairée depuis le modeste foyer de la cheminée.

On reparlera de ce cinéaste, d'autant que Frédéric Monnier, au terme de plusieurs années de recherches pour reconstituer le parcours du cinéaste méconnu, et explorer sa filmographie (moins d'une vingtaine de films sur 40 ont survécu), vient de lui consacrer un livre. La nouvelle est d'importance, et elle a été assez peu relayée dans les médias: un oubli à réparer, en se procurant l'ouvrage, accompagné d'un double DVD contenant une poignée de films. ...Quand je vous disais qu'on en reparlerait!

Pour se procurer cet ouvrage: http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913 Maurice Mariaud *
31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 16:28

Pour être franc, je n'attendais plus Spike Lee aux commandes d'une comédie, et le film n'appartient d'ailleurs finalement que de justesse au genre... Mais ce n'est pas ce qui fait son prix: Spike Lee, du début à la fin du film, joue avec talent la carte de la reconstitution d'une époque (en adoptant d'ailleurs le style du cinéma de l'époque), en retournant au début des années 70, pour nous raconter une anecdote authentique, mais son but est ailleurs. J'y reviendrai...

Ron Stallworth (John David Washington) est motivé pour entrer dans les forces de police à Colorado Springs. Les autorités hésitent, car ce serait le premier membre noir parmi la police locale... quand il est finalement pris, c'est pour accomplir des tâches ingrates. Il insiste pour se voir donner des activités plus intéressantes, et obtient d'infiltrer un meeting d'un ancien des Black Panthers, où il va faire la connaissance de Patrice (Laura Harrier), une jeune étudiante très militante. Puis, avec son partenaire Flip Zimmerman (Adam Driver), il prend contact au téléphone avec le Ku Klux Klan local, dans le but de les infiltrer. Puisque c'est Ron qui a le premier téléphoné au Klan, il va désormais garder le contact au téléphone, mais pour tous ses déplacements en chair et en os, c'est son copain qui sera "Ron". Ce ne sera pas une mince affaire, car parmi les dingues du Klan, il y a Felix, un fou-furieux persuadé que "Ron" est Juif... Et justement, il n'a pas tort...

Le ton est badin, souvent ironique dans la première partie du film, mais justement, l'enjeu semble surtout être le fait pour Ron d'intégrer une organisation policière poussiéreuse, et disons-le, raciste. Le meeting des activistes auquel il assiste en tant que policier infiltré est pour Ron une révélation, car il y découvre que sa vocation n'est pas foncièrement en contradiction avec son origine Afro-Américaine. S'ensuivra d'ailleurs un dialogue avec Patrice, mais je ne pense pas que cette partie du film soit la plus passionnante... Non, ce qu'on veut voir, ce sont les efforts de Flip et Ron pour maintenir de la cohérence dans le personnage commun, pour l'un qui l'incarne en vrai et celui qui le joue au téléphone.

Et puis le voyage au pays du KKK est plus qu'intéressant, car les années 70 étaient celles de la tentation de normalisation, une période durant laquelle en surface l'organisation semblait s'assagir, voire s'embourgeoiser. On verra beaucoup d'éléments dans le film qui renvoient à l'idée d'un groupe désireux de se faire accepter dans la vie politique: des affiches dans lesquelles le Klan appelle à voter Nixon, par exemple. Ou encore le personnage intéressant de David Duke, grand dragon du KKK à l'époque (même si Lee a déplacé le contexte de l'enquête plus tôt dans la décennie que les vrais événements, qui s'étaient déroulés en 1979, Duke étant pour sa part devenu Grand Wizard dans la réalité en 1974), et qui essaie de faire le grand écart permanent entre une volonté de se recentrer, et des idées suprémacistes dont le discours raciste et antisémite ne laisse pas planer le moindre doute. 

Spike Lee garde du début à la fin ou presque un style qui est celui, plus ou moins, des films des années 70: on n'est pas loin, par exemple, de Serpico. Mais c'est un trompe-l'oeil, car derrière l'histoire édifiante, rigolote même, avec un quasi-happy end de rigueur, se cache une angoisse forte, une révélation qui est le fil rouge du film: on aura beau les infiltrer, les révéler, les mettre au grand jour, voire les réduire au silence, mais ces gens seront là toujours.

Une conversation entre Ron et ses collègues nous donne le ton, d'ailleurs: le héros du film ne veut pas croire qu'un jour, s'installera peut-être à la maison blanche, un président choisi et soutenu par le KKK. Lors d'une scène qui voit les bouseux du KKK se retrouver chez l'un d'entre eux, on entend distinctement l'un d'entre eux proposer de "make America great again". Et le final du film est sans aucune ambiguité: Lee choisit volontairement de ne pas finir son intrigue et de laisser Ron et Patrice en plan, et de montrer à la place les événements tragiques de Charlottesville en 2017, un discours du vrai David Duke qui juge, prenant appui sur la présence de Trump à la Maison Blanche, que le moment est venu de "reconquérir l'Amérique", et bien sûr il nous montre aussi le président en question, disant qu'une manifestation entre les gens du KKK et des anti-fascistes, est une confrontation entre deux groupes violents, et que les torts sont partagés entre ceux qui condamnent les agissements de néo-nazis, et ceux qui écrasent des manifestants en scandant des horreurs racistes et antisémites.

la présence de Trump dans le film était pourtant annoncée par un prologue au cours duquel Alec Baldwin, l'un de ses plus virulents détracteurs, qui a maintes et maintes fois incarné le président à la télévision, interprète un ponte du Klan qui débite ses horreurs, tout en montrant de nombreux extraits de The Birth of a nation de D.W. Griffith; un film que les braves gars du KKK se regardent en projection privée comme on se regarde un Disney en famille...

Le film n'est donc pas une comédie, mais un pamphlet vigoureux qui rappelle que le travail entamé par Martin Luther King, Malcolm X, les frères Kennedy, et tant d'autres, n'a pas été fini. Et qu'il ne sera peut-être non seulement jamais fini, mais qu'il faudra sans doute le faire et le refaire en repartant de zéro. Un message d'espoir? Même pas: je pense que c'est plutôt un message d'alarme, de la dernière chance, un message qu'il nous faut entendre, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi ici, en Europe.

...vaste programme? On n'a pas le choix.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Spike Lee
31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 16:13

Le titre annonce la couleur: Hip, c'est une hanche... Il est souvent question du corps féminin, dans cette petite comédie musicale due au petit studio Radio pictures, qui allait bientôt fusionner avec RKO, mais c'est beaucoup plus dans le décor qu'au premier plan. Toutefois, la toute première scène, un numéro vaguement chorégraphié (avec un style qui tente de faire du Busby Berkeley sans trop de moyens) y va carrément: des mannequins prennent leur bain sur un podium, leur modestie protégée par des objets stratégiquement placés, pendant que Ruth Etting pousse la chansonnette... On est à Maiden America, une entreprise qui produit des cosmétiques, et on s'y inquiète d ela concurrence effrénée de Madame Irene. Mais la jeune vendeurse Daisy fait la connaissance de deux bons génies, supposés avoir le génie de la vente...

...Sauf que les deux garçons en question sont des escrocs. Et puis, qu'importe le script et l'intrigue, ce qui compte dans ce film c'est la dose solide de farfelu, qui est bien fournie mais sans doute pas tout à fait assez. Au moins, il y a une scène d'anthologie: les deux escrocs (Wheeler et Woolsey) se lancent dans une chorégraphie hallucinante, en compagnie de Thelma Todd et Dorothy Lee qui participent à la fiesta sans trop se poser de questions. Cinq minutes de pur bonheur qui sont sans effort le sommet du film. Pour le reste, c'est une comédie musicale fauchée et pre-code. Comme des dizaines meilleures que certaines, pire que d'autres...

Pour finir, si on regarde sans doute ce film plus pour y voir la grande Thelma Todd qui joue cette fois la patronne d'une entreprise et qui commençait à glisser vers des rôles plus murs avant que la tragédie ne nous en prive,  en tout cas je peux dire que j'ai vu un film avec les deux comiques étranges que sont Wheeler et Woolsey. Ils ne sont pas incompétents, non... Pas totalement insupportables, pas manchots non plus; mais... n'est pas Laurel ou Hardy qui veut. Ici, ce serait plutôt un mélange entre Groucho sous tranquillisant et Jimmy Durante sobre pour l'un, et un compromis entre ce pauvre Zeppo Marx, et un Harry Langdon bavard pour l'autre... 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Musical Pre-code
30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 15:47

The man I love, c'est bien sûr la célèbre chanson de Gershwin, qui va jouer les fils rouges dans ce très beau film de Raoul Walsh, un retour au film noir, un retour à Ida Lupino aussi, mais surtout un film qui se tient à l'écart de tous les sentiers battus: il aurait pu être un musical, après tout, ou un film réaliste qui ausculte l'état des Américains au lendemain du traumatisme de la guerre. Voire un film de gangsters sanglant... A la place, on aurait presque un conte de Noël, avec une bonne fée très inattendue...

Petey Brown (Ida Lupino) chante, c'est son métier et sa vie. Ce qui veut dire que pour elle, la stabilité ne signifie pas grand chose: d'engagements en contrats de quelques jours, elle a l'habitude de sillonner les Etats-Unis. Pour Noël, elle a pris la décision de retourner vers sa famille, chez sa soeur Sally (Andrea King) qui vit avec leur petite soeur Virginia (Martha Vickers), leur petit frère Joey (Warren Douglas), et Buddy, le fils de Sally. Le mari de cette dernière est revenu amoché de la guerre, et il est pour l'heure interné en hôpital psychiatrique... Toute la famille vit plus ou moins dans l'ombre de la famille Toresca: l'oncle, un brave homme, emploie Sally dans son restaurant, et le neveu Nick (Robert Alda), un jeune séducteur avec des accointances louches, tient une boîte de nuit dans laquelle Joey travaille. Il a des vues sur Sally, et Petey décide d'intervenir pour alléger les soucis de sa soeur... Elle rencontre Nick Toresca, et ça va avoir des conséquences...

Durant cette histoire qui voit Nick tourner de façon insistante aur=tour de Petey, cette dernière va rencontrer un homme pour lequel elle aura le coup de foudre: San Thomas (Bruce Bennett) est un ancien pianiste qui a gravé quelques disques formidables, mais qui a disparu de la scène jazz: et pour cause: son lien avec une femme, dont il fut le premier mari, et dont il ne parvient pas à se débarrasser, le maintient à l'écart des studios. Cette prépondérance de la musique dans le film ne débouche pas sur une utilisation baroque de séquences musicales telles qu'on en trouverait dans de nombreux films et en particulier bien sûr dans les comédies musicales. Ca permet de souligner l'univers très particulier dans lequel évolue l'héroïne, et on tend justement à éviter bien des clichés. Même si on râlera bien sûr de voir dans le film le jazz représenté uniquement par des musiciens blancs, au moins la plupart d'entre eux sont-ils d'authentiques jazzmen.

Petey, une femme qui a roulé sa bosse et qui est toujours plus seule que jamais, va être la bienfaitrice d'à peu près tout le monde dans le film, agissant comme une bonne fée de Noël, au mépris généralement de son propre bonheur. Je ne vois pas beaucoup d'actrices qui auraient pu jouer le rôle aussi bien voire mieux que Ida Lupino ne l'a fait: elle est parfaite, même s'il a fallu la doubler pour les rares scènes où elle chante, par Peg La Centra, une illustre inconnue en ce qui me concerne. Par un ton souvent noir, une tendance à tourner de nuit, et son personnage principal, The man I love est un regard d'une grande humanité sur la vie nocturne et sur ces gens qui se tiennent à l'écart de certaines tentations, même si Petey, qui le souligne dans une des premières scènes, sent bien qu'elle est extrêmement dépendante de l'alcool, et si la mise en scène ne le souligne jamais, elle boit une quantité impressionnante de verres dans son film...

Enfin, le personnage de San Thomas, le pianiste génial mais lessivé, et amoureux d'une saleté qui l'a complètement assujetti au point d'avoir ressorti de lui toute volonté de se remettre à l'oeuvre, pourrait être bien des exemples de jazzmen géniaux: Charlie Parker (qui commençait à peine à émerger), Fats Navarro, ou même Bix Beiderbecke viennent à l'esprit. Mais en ce qui les concerne, ce n'était pas une femme qui a eu leur peau... Raoul Walsh avait-il eu cette tentation de passer par une métaphore pour parler de ces parcours de génies usés en peu de temps par les drogues dures? je ne sais pas, mais c'est en tout cas troublant, et ça augure assez mal d'un avenir pour Petey Brown, encore une belle âme qui se sacrifie pour le bien-être de tous...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Noir
30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 08:53

La Birmanie est un élément essentiel du puzzle de la guerre dans le Pacifique, et quand elle tombe aux mains des Japonais, le commandement Américain est déterminé à mettre tout en oeuvre. Un groupe de parachutistes conduit par le capitaine Nelson (Errol Flynn) est donc envoyé en mission pour détruire un radar. La mission se passe sans le moindre incident, jusqu'à ce qu'au moment d'être récupéré, une forte troupe Japonaise arrive et empêche le sauvetage. La trentaine de soldats doivent donc partir vers d'autres points de ralliement, et se séparent: les ennuis commencent...

Pour rendre le film aussi fluide et clair que possible, le scénario a . ajouté un personnage formidable: Henry Hull joue un reporter décidé à ramener l'article de sa vie, et qui se joint aux soldats et va partager en dépit de son âge la vie à la dure... jusqu'au bout. Une idée très pédagogique qui fonctionne très bien dans le film, tout en permettant de voir l'humanité profonde des hommes engagés dans cette mission, qui vire très vite au très sale boulot...

Je vous préviens tout de suite, si vous n'avez jamais vu ce film: au moment de sa confection, la guerre était en cours, et le ton est engagé sans la moindre ambiguité. Si le point de vue est surtout celui de soldats Américains qui sont dans la jungle à se battre contre un ennemi souvent invisible, on n'est absolument pas épargné, et la mission de détruire le radar passe par un massacre pur et simple, présenté par les protagonistes Américains comme une excellente chose. Par contre, les Japonais eux se livrent bien sûr à des exactions atroces, qui font dire au journaliste que ce sont des monstres... pour le reste le film est raisonnable et d'un réalisme impressionnant. Walsh n'a cédé à aucune concession romanesque, dans un film qui raconte un parcours d'un point A à un point B, en détail, et avec la rigueur démontrée par le metteur en scène depuis sa participation à The Birth of a nation en 1915: on s'en doute, devant raconter l'errance d'un groupe en proie à l'incertitude et au danger, Raoul Walsh auteur de The big trail est parfaitement à son aise, servi en prime par la photo superbe du sorcier du noir et blanc, James Wong Howe, par une musique efficace de Franz Waxman et par des acteurs dont beaucoup sont inconnus, renforçant le côté réaliste du film.

Je le disais, la guerre est ici montrée comme un sale boulot, mais un boulot à faire. Peu de discours patriotique, peu de triomphalisme, juste une humanité en proie au danger, et des hommes qui se réfugient dans leur camaraderie, dans leur pudeur aussi, pour rester solides jusqu'au bout. Errol Flynn est ici confronté à l'un de ses plus beaux rôles et s'en acquitte avec génie, et le film est structuré en trois parties. La première se termine par une scène de suspense fabuleuse: les hommes se sont séparés en deux groupes, et l'un des deux groupes arrive à son point de ralliement. Ils n'ont aucune nouvelle de leurs camarades, et sont prêts au pire, lorsqu'un bruit de déplacement de feuillages se fait entendre... Deux de leurs amis sortent d'un bois, et annoncent que tous leurs camarades ont été massacrés: c'est le début de l'horreur...

Walsh n'a sans doute qu'un seul concurrent dans ce style de film, ce serait pour moi le William Wellman sans concession de Battleground, mais le vétéran Irlandais garde quand même un petit côté boy-scout que "Wild Bill" Wellman, lui, a éliminé de son cinéma. Ce qui rend du reste ce film d'aventures guerrières parfaitement attachant en plus d'être fortement réaliste... Construit comme un voyage au bout de la terreur pour la plupart des protagonistes, est sans doute l'un des chefs d'oeuvre de Raoul Walsh: voilà qui en impose...

 

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 08:46

Après Tale of two kitties, de Bob Clampett, les personnages de Babbitt et Catstello deviennent des souris. Largement influencés par Abbott et Costello, les deux sous-comiques curieusement très populaires (on se demande vraiment pourquoi!) des années 40, les deux personnages de cartoon ont un duo assez classique, avec un dominant et un dominé parfaitement nigaud. Ils font beaucoup, beaucoup appel, comme leurs modèles, à des éléments verbaux qui personnellement me tapent sur le système.

L'histoire est un prototype de ce qui arrivera souvent dans les cartoons de Speedy Gonzales: deux souris convoitent du fromage, et doivent braver un chat. Sauf que ce sont les deux souris qui sont à la peine, et Catstello impose à Babbitt de faire tout le travail.

Tashlin n'est pas crédité dans ce film, qui a été fini à son départ du département d'animation de la Warner, et par moments on jurerait qu'il s'agit d'un film de Clampett: même distorsion des corps, même décomposition anarchique du mouvement, et même tendance à l'excès. mais, est-ce l'irritation que me causent les personnages, l'indigence du script, ou un ratage de l'ensemble? Ca ne marche pas, le film n'arrive pas à se hisser au-dessus de son anecdote.

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Frank Tashlin
29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 19:37

Deux amis se battent... Pour un oui ou pour un non; et pourtant, ils s'adorent! Clin d'oeil, ou cuisine interne? Les deux chatouilleux du bourre-pif sont justement interprétés par les deux comédiens (Snub Pollard, photo du haut, et James "Paul" Parrott, photo du bas) testés par Hal Roach pour prendre la relève de Harold Lloyd, désormais embarqués dans de plus en plus prestigieux (et sublimes) longs métrages, et que le producteur ombrageux a relégués, l'un comme l'autre, dans le département des courts métrages. La dernière humiliation qui leur sera faite est de les mettre ensemble, sauf que... Avec le frère de James Parrott aux commandes, l'alliance ne pouvait que donner d'excellents résultats.

D'ailleurs, personne n'est dupe, dans ce court métrage de moins de dix minutes qui accumule tellement de péripéties idiotes qu'il est irracontable: les deux vedettes, en particulier, ne se prennent pas au sérieux du tout et ont clairement la ferme intention de s'amuser avant tout. Même si, quelques semaines après, l'un comme l'autre allait se faire virer; Parrott trouverait une seconde vie dans la mise en scène, et Pollard, dans des apparitions de plus en plus austères...

Mais regardez ce joyau d'idiotie, cette sublime cornichonnerie, dans laquelle les deux hommes sitôt réconciliés, se lancent dans une farandole endiablée, dans laquelle à l'issue d'une poursuite dans laquelle les deux amis ont gardé chacun une jambe liée à une jambe de l'autre, Parrott a soudain l'idée de les détacher, et au sein duquel on trouve une séquence de music-hall hilarante et dont la gestuelle est accomplie avec maestria. C'est beau à pleurer.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Charley Chase Comédie
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 16:00

Ce film est une commande de la télévision Australienne pour la jeune diplômée des écoles de cinéma locales. Il s'agissait de produire un programme court visant à étudier les mécanismes de défense de la société patriarcale vis-à-vis du harcèlement sexuel...

Nous suivons donc le calvaire de Lorraine, une jeune femme qui a subi les avances maladroites de son patron, et qui en a réchappé... mais elle a ensuite été licenciée sans autre forme de procès. La narration alterne les scènes de confrontation entre Lorraine, la fonctionnaire qui suit son affaire, ses anciennes collègues, et son entraîneur de natation, ainsi qu'une scène dans une piscine vide, avec un garçon qui est probablement son petit ami, et qui maudit l'employeur... tout en se tenant à bonne distance de la jeune femme. Seule continuité véritablement chronologique, une série de scènes qui racontent l'affaire telle qu'elle s'est réellement passée, nous permet de nous situer fermement aux côtés de Lorraine, qui dit effectivement la vérité. 

A ses côtés, où bien évidemment nous sommes totalement seuls, cela va sans dire... Campion est ici en pleine commande, mais elle a au moins l'occasion de raffiner plus avant son sens de la composition qui est d'une grande précision, dans ce film cruel...

 

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 15:45

A peu près au début de ce film, des écolières Australiennes en uniforme interprètent non seulement I should have known better des Beatles, mais aussi le type de comportement des jeunes filles dans les années 60 lorsqu'elles voyaient leurs idoles en vrai... Juste avant, une autre séquence, sans véritable rattachement chronologique, montrait des mains d'adolescentes qui ouvraient un livre d'éducation sexuelle, s'arrêtant sur une représentation sans équivoque d'un pénis en érection. ...Le ton est donné: entre nostalgie et sexualité, exploration et souvenirs, Jane Campion fait de cette histoire qui n'est probablement pas autobiographique, une évocation intime des émois de l'adolescence féminine, qui n'oublie rien.

La réalisatrice s'est basée sur trois personnages: Pam, Gloria et Stella. Pam et Stella sont très préoccupées par leur sexualité bourgeonnante, au point d'expérimenter (en douceur, pour l'instant) l'une sur l'autre: Pam met un masque de Ringo Starr afin que Stella puisse l'embrasser... Gloria, de son côté, est passée à l'acte, ce que nous voyons dans une scène dont le ton est dangereusement proche de la comédie dans un premier temps: avec son frère... Sinon, Pam qui est par bien des côtés le personnage central du film, assiste mi-amusée, mi-affligée à la vie complique de ses parents. Le père est tenté de vivre une affaire extra-conjugale au grand jour, alors que la mère hystérique ne sait comment le retenir...

Tout ceci est raconté en scènes courtes, froides, dans un noir et blanc sale, et en 26 minutes, ponctuées de chansons. La chanson de Beatles d'abord, que je mentionnai plus haut, et une autre, marquée des sons de la new wave contemporaine, dans laquelle Pam, Stella et Gloria chantent I'm cold... coincées entre une éducation rigoriste, des parents menteurs, un frère profiteur et leurs propres pulsions, comment voulez-vous qu'elles sachent échapper à cette froideur?

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion