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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 16:35

Ne pas confondre ce Calino-ci avec le personnage interprété par Clément Mégé dans les films Calino: voilà qui complique sérieusement la tâche des historiens du cinéma, sachant qu'un grand nombre d'entre eux sont justement des réalisations de Jean Durand! Blague à part, ce film raconte comment le jour de son baptème, le petit Calino décide de prendre la poudre d'escampette; il est poursuivi par toute la famille qui emprunte pour l'occasion des bicyclettes. Toute personne familière du cinéma de Jean Durand sait ce qui va se passer à partir de là: la poursuite va dévier en chaos indescriptible...

Je me demande toujours quelle a été la part de l'influence du cinéma Français burlesque, lui-même hérité de Méliès pour une large part, dans le développement d'une comédie à l'Américaine... Car il suffit de voir un film comme celui-ci, qui est développé sur 220 secondes pas une de plus, et de le comparer avec n'importe quel film Sennett même réalisé aux débuts de l'indépendance du producteur, deux années plus tard: on constatera que le film Français, quelles que soient ses qualités, ne fait pas le poids. Pourtant c'est sans nul doute les Français qui ont le plus inspiré les Américains (voyez un film burlesque Allemand de la même époque pour vous en convaincre), et la part de Jean Durand a peut-être été dans le dosage entre le réalisme et le grotesque. Lui qui venait du cirque avait son mot à dire...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Jean Durand
13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 18:15

Je suis à peu près sûr que les frères Hakim, quand ils se sont lancés dans cette production, avaient pour intention de faire un petit scandale... C'est que les moeurs du cinéma grand public se relâchaient un brin, quand même, l'année du triomphe de Brigitte machin dans Et dieu créa la femme, de Roger Vadim! Et Duvivier, je pense, était au courant de cette sulfureuse intention, car c'est même pour ça, et pour l'exposer un tantinet si vous voyez ce que je veux dire, qu'il a engagé Dany Carrel! Mais le film va au-delà des ces intentions peu orthodoxes, et assez typiquement, il devient plus un port rait en creux de l'époque à laquelle il a été conçu, plutôt qu'une reconstitution du second empire...

Le jeune et idéaliste Octave Mouret (Gérard Philipe) arrive à Paris avec de grandes ambitions et la soif de conquêtes qui sied: conquête de Paris bien sûr, mais surtout comme il le dit lui-même, des Parisiennes... Nous assistons à son évolution, de commis Au Bonheur des Dames, l'établissement de Madame Hédouin (Danielle Darrieux) puis lorsque les rapports se tendent avec sa prude patronne, il expérimente chez Vabre, en face, de nouvelles idées commerciales diablement efficaces. pendant ce temps, il fait comme à peu près tous les hommes du film: il monte et descend les escaliers de sa maison, de chambre de bonne en alcôve, avec les unes et les autres...

Dans chaque volume des Rougon-Macquart, Zola a dosé trois ingrédients: la dimension sociale parfois pamphlétaire, la peinture des moeurs... et le scandale! le dernier découle des deux autres, et Zola est devenu Zola quand il a vraiment décidé consciemment de les doser, en changeant bien sûr la formule d'un volume à l'autre: Pot-Bouille, qui préfigure Au bonheur des dames, n'est pas à proprement parler l'un de ses chefs d'oeuvre, mais c'est l'un de ses livres les plus réjouissants... Duvivier en a conservé la peinture des moeurs, et le parfum de scandale, mais en poussant un peu plus loin dans le registre de la comédie. Sa mise en scène suit Gérard Philipe, pas si Candide que ça, dans ses allées et venues, qui toutes semblent combiner ambition et coquinerie, et il bouleverse un univers d'hommes consommateurs, monde qui s'avère dans le film un véritable château de cartes, qui permet à Duvivier, aidé des dialogues impeccables d'Henri Jeanson, de questionner et d'asticoter un peu les moeurs des années 50. Certes, on le préfère à son plus noir (Voici le temps des assassins, ou encore le classique Panique), mais aucune raison de bouder notre plaisir devant cette tambouille, où l'appétit est surtout sensuel...

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Comédie
13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 18:09

Trois années après sa création pour le film Mexicali Shmoes, celui qui n'a failli exister que pour précipiter la fin d'un dessin animé s'est retrouvé à sa façon la star d'un autre film: car une fois qu'on a vu le cousin de Speedy Gonzales, le tristement bien nommé Slowpoke Rodriguez, il est impossible de le chasser de son esprit.

Grâce à ce nouveau film dans lequel il vient s'installer chez son cousin au mépris du danger (et le danger, c'est Silvero Gato, soit le chat Sylvestre, principale victime de Speedy Gonzales à travers les années), on va en apprendre un peu plus sur lui: d'une part il chante La cucaracha, mais tellement lentement et tellement mal que c'en est une torture. Ensuite, il est lent, mais quelle fourchette! Il a faim. Tout le temps... Enfin... mais non, je ne peux pas vous révéler ça!

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes
13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 18:02

Certes, ce n'est pas la période la plus glorieuse de la filmographie des Looney tunes, et certes Freleng n'est pas Bob Clampett. Mais le vieux renard avait des idées à revendre et y compris lorsque son style est essentiellement devenu la répétition de vieilles formules et automatismes (tout comme Jones et Avery, remarquez...), il a su nous charmer. Speedy Gonzales et les clichés des hispaniques, qui ont tant embarrassé la Warner, ont la réputation d'avoir au contraire charmé bien des Mexicains parce qu'il est difficile de prendre au sérieux ces aventures, d'une part, et parce qu'ils ont apprécié de voir une sorte de super-héros typiquement Mexicain... Ou supposé tel.

J'ai un faible pour celui-ci, pour lequel Freleng cède à la tentation de faire de José et Manuel, deux chats particulièrement lents d'esprit, les personnages centraux: toujours cette conception selon laquelle le "méchant" est nettement plus intéressant que le héros. Et puis il y a ici la toute première apparition, laconique mais hilarante, d'un personnage dont la gloire ne tient qu'à deux films, pas un de plus: Slowpoke Rodriguez. 

...And he pack a gun.

 

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes
13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 00:04

Ce film offre une variation sur le thème de la chasse car cette fois (Comme dans The Heckling hare de Tex Avery) c'est un chien qui poursuit Bugs Bunny de ses assiduités. Un chien d'ailleurs vaguement efféminé, totalement façonné comme seul Clampett pouvait le faire, avec une très improbable houppette rousse, et une queue ornée façon caniche de la même couleur...

C'est donc cet animal foncièrement marqué du saut de la crétinerie dès le départ qui va suivre Bunny dans l'eau (Une bonne partie du cartoon est en fait purement sub-aquatique... ce qui a tendance à en ruiner l'effet) et succomber à ses charmes comme à ceux d'une sirène. Si McKimson est à son aise comme à chaque fois qu'il doit animer une bestiole de taille conséquente, Scribner s'en donne à coeur joie avec les changements d'expression du molosse. 

Il existe deux versions du film: dans la plus courante, à la fin, Bunny entend le chien se plaindre et souhaiter mourir, il lui offre un revolver avec lequel l'animal se suicide... Il s'agit en effet de la version atténuée, puisque dans l'original il tirait lui-même...

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Bob Clampett Looney Tunes Animation
12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 16:19

Et nous retournons vers la guerre du Pacifique, qui décidément hantait Raoul Walsh, pour un film à l'histoire troublée... Qu'on s'en souvienne, le roman de Norman Mailer avait bouleversé Charles Laughton et son partenaire de The night of the hunter, Paul Gregory: l'idée était de reprendre la même équipe (Laughton, Gregory, Mitchum et le chef-opérateur Stanley Cortez) pour tourner une adaptation "sans concession" du roman... L'insuccès de leur premier long métrage en a décidé autrement... C'est donc une production RKO, distribuée par Warner (le studio RKO en était vraiment à la toute fin, après de rocailleuses années 50), mise en scène par Raoul Walsh, sur un script qui n'est qu'officiellement de Denis et Terry Sanders, les deux auteurs qui avaient été engagés par Paul Gregory. L'image est signée de Joseph LaShelle, en lieu et place de Cortez, et Paul Gregory est bien crédité en tant que producteur... Cerise sur le gâteau, la musique du film est une partition agressive et totalement appropriée de Bernard Herrmann...

On se souvient de Battle Cry dans lequel les Marines devaient accomplir leur devoir, et faire le sale boulot attendu d'eux, tout en rêvant au retour... On se rappelle aussi de Objective Burma, où des soldats coincés en pleine jungle devenaient les prisonniers d'une jungle des moins rassurantes, tombant de piège en piège au gré des embuscades des soldats Japonais qui se confondaient avec la végétation! Ce sont ces deux aspects qui se retrouvent entremêlés dans ce nouveau film, avec une nouvelle dimension de réalisme sordide, et aussi une réflexion amère sur la bêtise humaine face au pouvoir...

Comme dans les deux films précédents, ça passe plus par une galerie de personnages que par l'intrigue, mais Walsh ne refait pas celle de Battle Cry, dont les "types" sympathiques auraient ici été trop empreints de clichés. Et "l'arrière" qui était ce lieu mythique vaguement considéré comme une récompense, ou comme le "repos du guerrier", agit ici plus pour donner une sorte de contexte et de profondeur à certains personnages... Surtout un, en fait: le sergent Croft (Aldo Ray), dur, menteur, tricheur et manipulateur; autant de qualités qui en font pourtant un excellent soldat! Mais il a un secret qui explique en partie sa dureté, un secret sur son intimité qu'il va nous falloir deviner entre les lignes de flash-backs disséminés dans les deux premiers actes. Les autres personnages développés sont au nombre de deux: le général Cummings (Raymond Massey) est tellement auto-satisfait qu'il voir arriver le jeune lieutenant Hearn (Cliff Robertson), un fort-en-gueule mais qui a oublié d'être stupide, comme une opportunité d'affirmer sa supériorité. Il va oublier d'en être un bon commandant en chef... Hearn, de son côté, semble s'être trompé de vocation, comme en témoigne une scène à la fois hilarante et épouvantablement triste qui voit, sans aucun dialogue, Hearn collectionner les conquêtes (parfois jusqu'à trois en même temps). 

L'intrigue va en fait consister à ce que toutes les scènes du film contribuent à mettre le lieutenant Hearn en contact avec Croft, pour une mission suicide qui va tourner à l'affrontement sournois entre es deux hommes, au détriment des soldats bien entendu. Et le principal enjeu, pour Walsh, aura sans doute été de flirter avec les audaces du livre, tout en rendant le film acceptable pour le Hollywood de 1958! Donx exit le langage rude, et si le caractère éminemment sexuel des liens qu'entretiennent les soldats avec l'arrière est maintenu dans le film, il a été rendu acceptable, d'une part par des raccourcis mais aussi par des coupes: Walsh disait de ce film qu'on lui avait enlevé les nus et laissé les morts! Mais c'est à porter à son crédit de dire que c'est l'un des films les plus avancés de la période classique en ce domaine...

Au final, avec son cinémascope superbe et ses couleurs qui n'essaient pas d'être trop jolies, mais rendent justice à la réalité des combats et de l'ordinaire des soldats, c'est un grand film de guerre, âpre et brutal, qui réussit à ne pas trahir le message du roman, en faisant de la guerre un spectacle par exemple. Walsh n'a pas commis cette erreur, et a fait comme il l'a toujours fait, que ce soit pour ses films de guerre ou ses westerns: les batailles sont un contexte auquel il faut survivre. Mais cette fois-ci, l'éthique est en concurrence avec l'ambition, la folie du pouvoir et la frustration: les hommes vont en baver...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 09:52

1944, quelque part en Espagne, un capitaine franquiste et sa troupe arrivent dans une grande maison au milieu des bois: le but, clairement, est de s'installer pour traquer à leur guise les derniers Républicains réfugiés dans la forêt... Le capitaine (Sergi Lopez) est accompagné de sa nouvelle épouse Carmen (Adriana Gil) et de la fille de celle-ci, née d'un premier mariage, Ofelia (Ivana Baquero). Celle-ci est réticente à l'idée que le Capitaine Vidal devienne son "nouveau papa", et prend très mal les insistantes remarques de sa maman à ce sujet: "tu devras essayer de l'appeler Papa"... Celle-ci est enceinte, et la grossesse ne se passe pas très bien. 

A leur arrivée, Ofelia commence à entrer en contact avec un monde parallèle, étrange et envoûtant, dans lequel elle est une princesse et son père ("un tailleur", nous dit-on laconiquement, on n'en saura pas davantage, pas même son nom. Même Ofelia...) n'est pas son père... Mais le vrai géniteur serait un roi, puissant et bienveillant. Un monde qui pour se rétablir a besoin du concours de la jeune fille.

Pendant ce temps, la grossesse dégénère, le capitaine massacre, torture et terrorise, et les Républicains résistent, aidés par un médecin et par la gouvernante du logis, Mercedes (Maribel Verdu). Ofelia rêve-t-elle, ou bien ses actions magiques en parallèle, aident-elles la situation à s'améliorer? Une question qu'on peut toujours poser, mais il n'est pas sûr que le film y réponde...

Non seulement le film est formidable par lui-même, sans besoin de quelque autre influence, mais la vision du Labyrinthe de Pan (le titre Français, incidemment, est jugé impropre par Del Toro dont le personnage magique de faune, n'est pas le dieu Pan) après la découverte de l'extraordinaire The shape of water est fabuleuse, tant les films se correspondent, se complètent mutuellement, étant tous deux un reflet intime de l'artiste Guillermo Del Toro: au-delà de sa maîtrise technique ébouriffante, de son inventivité impressionnante et de sa capacité à entraîner des acteurs dans ses envies (il en fallait pour la pauvre Ivana Baquero, qui a du en baver sur le tournage!), l'artiste est un plasticien, et un conteur avec des idées bien arrêtées. Les deux films partagent une vision du monde dans laquelle l'héroïne est une jeune femme décalée, délaissée, qui cache un secret tellement enfoui qu'elle ne le connaît pas elle-même (ici, il est évident que le tailleur n'est en effet pas son père, mais on a bien peur que le vrai géniteur soit cet abominable franquiste de capitaine Vidal), et dont le destin va changer grâce à ses relations avec une ou des créature (s) magiques...

Mais si dans The shape of water, c'est à la frilosité humaine des années McCarthystes que Del Toro s'est attaqué, avec dans le viseur, de toute évidence, une charge contre l'Amérique de qui-vous-savez, ici, c'est au souvenir paradoxal de la fin de la guerre d'Espagne qu'il se consacre. Paradoxal, car le reste du monde était en guerre: pas l'Espagne, qui était neutre, et d'ailleurs beaucoup de gens y sont passés en relative tranquillité avant de trouver refuge ailleurs... Mais, nous rappelle Del Toro, un fasciste espagnol en valait bien un autre. Cette toile de fond déjà présente dans L'échine du diable est ici entremêlée avec les aspects oniriques de l'expérience de la petite Ofelia, dans une structure qui aurait pu tourner au grand n'importe quoi: en lieu et place, on a une histoire fabuleuse (au sens strict du terme d'ailleurs), qui enchantera forcément, fera parfois peur, très peur, touchera nécessairement, et marquera durablement le spectateur.

Garanti.

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro Criterion
11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 15:39

Quand on aime le cinéma, il faut parfois savoir laisser de côté tout raisonnable et tout sens de la mesure... Et faire des arrangements avec l'idéologie aussi. Comment par exemple accepter de se vautrer aujourd'hui en spectateur conquis, devant Gone with the wind, devant The birth of a nation, voire devant M de Fritz Lang? Je m'explique: l'époque dans laquelle nous vivons, où le spectre du racisme, de l'intolérance et des extrémismes de tout poil n'incite pas à l'indulgence devant le romantisme d'un film qui semble proclamer l'importance de l'idée romantique du Sud à n'importe quel prix, ou même comme le fait le film de Griffith, désigner le Ku-Klux-Klan comme une sorte de sauveur de la cause Sudiste. Et que dire d'un film comme l'admirable oeuvre de Lang, peut être aussi bien interprété contre que pour la peine de mort? S'imagine-t-on dire "c'est un chef d'oeuvre mais"?

Je me pose ces questions sans les poser, c'est juste l'enseignant en moi qui s'interroge. Et ces questions , il est probable que Raoul Walsh, qui rappelons-le, était non seulement acteur mais aussi assistant réalisateur sur The birth of a nation, n'a pas pu ne pas se les poser, tout comme il a du se rendre compte du fait que le film qu'il réalisait ici allait forcément être comparé avec Gone with the wind, et allait forcément être un jour regardé sous toutes les coutures pour lui délivrer, ou non, un certificat de viabilité... Car ce dont parle Band of angels, c'est une fois de plus le coeur du vieux Sud, et je ne parle pas seulement des beaux paysages... C'est bien de cette fascinante identité construite sur les mensonges et l'ignominie de l'esclavage...

Et puis, si le cinéma st souvent basé sur la suspension de l'incrédulité, ici on est plus que servi: à l'instar d'un personnage de la nouvelle de Kate Chopin, Désirée's baby, Amantha Starr doit affronter une quête identitaire sérieuse: elle est, elle ne le sait pas, la fille d'une esclave, et lorsqu'elle l'apprend elle est vendue dans la minute, un peu en bonus gratuit d'un paquet de viande humaine: elle est presque un porte-clés. Mais l'actrice qui l'interprète, c'est Yvonne de Carlo, donc il nous faut accepter, pas d'autre choix si on veut que le film fonctionne... Il nous raconte les péripéties de la vie d'Amantha, la jeune femme élevée comme la fine fleur du Sud par un papa aimant, mais trahie par ses origines, et qui va dans sa "vie d'esclave" passer par beaucoup d'aventures en raison du paradoxe de son apparence. Vendue, achetée, convoitée, quasiment violée, et toujours sauvée in extremis, ou par des gens avec des idées derrière la tête...

Car le film, qui ressemble dans sa structure épisodique à une sorte de nouveau Gone with the wind avec réactualisation, est aussi et surtout une formidable galerie de personnages: outre Amantha Starr, qui a été élevée non seulement dans un certain raffinement, mais aussi avec une grande tolérance à l'égard des esclaves, nous faisons la connaissance de Seth Parton, le pasteur passionné qui milite pour l'abolition de l'esclavage, mais qui est prêt à coucher avec Amantha puisqu'elle est noire et que ça n'a pas d'importance; de Rau-Ru, l'esclave élevé par son patron comme un blanc, qui a des fonctions élevées auprès de son propriétaire, mais qui hait sa condition à plus forte raison parce qu'on a fait de lui un secrétaire rigoureux et efficace; et puis bien sûr il y a Hamish Bond, le vieux planteur, ancien trafiquant d'esclaves mais capable de se remettre en question comme il l'a fait un jour en Afrique devant le massacre d'une tribu. Au fait, c'est Clark Gable...

Et tous ces personnages tournent autour de la jeune Amantha, révélant dans une anecdote qui flirte avec les codes du roman initiatique, les véritables valeurs d'une société basée sur l'esclavage, mais aussi de ceux qui comme Seth la combattent. On a parfois l'impression que Walsh s'est donné comme mission de faire une sorte de Gone with the wind, mais à l'envers, car le souhait ardent de Manty Starr devient une sorte de préservation de son univers, quelle soit blanche ou noire. Et derrière Rau-ru, interprété avec sensibilité par Sidney Poitier, se cache une sorte de lutte interne pour le sens de la vie, car Rau-Ru apprend au terme d'une bataille avec lui-même qu'il n'est pas vraiment un esclave, à l'inverse de Manty Starr: derrière le souffle épique, la beauté plastique ébouriffante de ce film, le vieux renard qu'est Walsh ne peut s'empêcher de diffuser une cruelle ironie, accomplissant avec Band of angels un film que les historiens auront beau jeu de trouver louche, ça ne le rendra pas moins magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 08:39

Deux hommes sortent d'un motel pour prendre la route, l'un d'entre eux va payer, dit-il, pendant que l'autre attend au volant. Le temps passe, et il s'impatiente: puis l'autre revient. celui qui attendait va à son tour dans le bureau pour chercher de l'eau (jusqu'à présent le film se résumait à un plan-séquence) et quand il y arrive, il y a deux cadavres. Une petite fille apeurée arrivé: il la tue.

Comme ça, si le titre ne nous suffisait pas, nous sommes doublement prévenus... Et ça tombe bien, parce que la demi-heure qui suit est entièrement consacrée à autre chose, une petite histoire Américaine comme il y en a des centaines: dans une petite bourgade du Midwest, un couple avec deux enfants mène une vie tranquille... Tom Stall (Viggo Mortensen) et sa femme Edie (Maria Bello) ont une petite affaire tranquille, un snack qui ne désemplit pas; Jack, le grand fils, se rend au lycée où il se maintient à flot en essayant de ne pas céder à la violence ambiante, et la petite Sarah est encore trop petite pour avoir des soucis. Chacun mène sa petite vie, jusqu'au jour où les deux hommes font irruption dans le snack-bar, et menacent Tom. Dans la confusion, il se saisit d'une arme et abat les deux malfrats, sauvant ses clients... Il est un héros, il passe à la télévision... Et c'est le début des ennuis: trois mafieux débarquent quelques jours plus tard, et proclament que Tom est en réalité Joey, un tueur redoutable disparu une vingtaine d'années plus tard, et que son frère, un patron du crime organisé à Philadelphie, souhaite le voir...

Peut-on, aux Etats-Unis, échapper à la violence? C'est la question posée par le film, qui établit de deux façons qu'elle est de toute façon partout (au lycée, d'une part, où Jack se fait vraiment harceler par un minable local, le genre qui est persuadé que le sport c'est la vie et la vie le sport, bref un con, mais aussi dans la vie des adultes où n'importe quoi peut arriver) et pire, qu'elle est parfois nécessaire (quand Jack, à bout, se défend et distribue les bourre-pifs, ça fait du bien, et Tom doit tuer de sang-froid pour protéger sa clientèle, mais aussi son anonymat)... Sauf qu'elle débarque sans prévenir dans la vie de gens qui ne lavaient pas convoquée. Pour Edie, la découverte que son mari est un ancien criminel est une crise majeure, la réalisation qu'elle a vécu dans l'ombre du mensonge d'un homme qu'elle aime, mais dont elle ne connaît pas l'identité profonde. Pourtant Cronenberg avait commencé pas nous montrer les deux vieux mariés en jeunes tourtereaux, qui s'amusent à rejouer une scène d'adolescence où Edie se déguise en cheerleader pour exciter son mari...

Le film est âpre, souvent ironique, mais c'est surtout, de par sa structure même, la mise en scène frontale et rigoureuse, et sa lenteur calculée, un vrai western, dans lequel l'ombre de classiques (Shane en tour premier lieu) passe... Un film dur aussi, où le pessimisme du réalisateur face au devenir d'une humanité qui est assez prompte à tuer, mais aussi à glorifier celui qui tue (ou même simplement celui qui s'assume par la violence, tel Jack). La violence non seulement préside à la vie des adultes, ais elle fait partie de l'héritage naturel laissé aux enfants, comme le prouve le destin de Jack (le personnage qui est choisi pour faire passer une transition majeure à la fin du premier acte, et ce n'est pas un hasard). C'est un très grand film...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir David Cronenberg
9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 08:08

Il aura fallu attendre les années 60 pour que McKimson, animateur respectable mais réalisateur d'une lourdeur et d'une insipidité presque révoltantes, se décide enfin à essayer de retrouver de l'intérêt dans son métier... Et ça passe par une poignée de films nettement plus intéressants que la plupart de ses contributions au canon des Looney Tunes...

Témoin ce petit conte tendre, narré par la voix très générique d'un garçonnet qui nous parle de son chien, un cabot rondouillard, un peu lent et un peu limité, avec un léger décalage entre le commentaire (affectueux) et les images (Bartholomew le chien, c'est quand même un bon gros balourd)... Et l'affaire de la vie de Bartholomew, c'est sa haine des roues, qui le pousse à poursuivre tout ce qui roule, pour les mordre!

Ce qui va le faire voyager... 

Le dessin, très travaillé, est rond lui aussi, schématique, et les personnages ont des couleurs simples, la plupart du temps une seule: les chameaux, les éléphants dans la section "exotique" de ce film ont une palette de couleurs qui renvoie aux recherches graphiques d'un Morris...

C'est séduisant, sympathique, court, et je le répète, bien meilleur que tout ce que Mc Kimson a pu signer dans sa longue carrière, avec Bugs Bunny, Daffy Duck et consorts.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes