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9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 13:33

Aucun rapport avec Tati, bien sûr! Sorti en 1925, ce film de cinq bobines est également connu sous le titre de Mon oncle de Passy. On a l'excellente surprise d'y retrouver le grand René Navarre, inoubliable interprète de Fantômas dans les cinq films de Louis Feuillade (1913 à 1914), un habitué des rôles inquiétants... Mais pas ici!

Le matin, dans un refuge pour miséreux à Paris, deux hommes parlent de leurs perspectives: Jean Bonnefous, dit "le père Jean" (René Navarre), est bien décidé à travailler parce qu'il a une morale, mais pas "la Bricole" (Paul Menant) qui lui attend de la vie qu'elle lui fournisse des combines. Jean se rend sur les quais de la Seine, où il a ses petites habitudes, travaillant auprès d'un toiletteur pour chiens. mais celui-ci n'a rien pour lui... si ce n'est un chien abandonné dont il souhaite se débarrasser. Quelques pas plus loin, Jean trouve au sol un paquet de vêtements, et des papiers. Une lettre, signée de Maurice de Champleux, annonce la couleur: l'homme, fatigué de vivre dans la solitude, a décidé de se jeter à l'eau. Il laisse une villa cossue, un coffre-fort et des clés. Le père Jean qui n'y croit à peine, se rend sur les lieux, et à sa grande surprise se retrouve le seul habitant d'une villa très confortable...

Mais "la Bricole", renseigné par un malfrat de ses amis, s'y rend cette nuit-là, et a la surprise d'y trouver le vieux Jean, qui le chasse sans ménagement. Le lendemain, conforté par une nuit passée dans la villa, Jean a la surprise d'y trouver une famille venue de nulle part: c'est la nièce du propriétaire (Francine Mussey, vue dans l'excellent La maison du mystère de Alexandre Volkoff) qui a décidé de reprendre le contact avec "son" oncle qu'elle ne connait pas, et dont elle ne peut pas savoir qu'il est décédé. Partagé entre l'affection d'une très mignonne nièce, et la menace du retour de "la Bricole", Jean s'enfonce dans le mensonge...

Certes toute cette histoire est impossible, et le ton est résolument à la comédie, mais derrière cette histoire structurée sur des besoins moraux (celui de Jean de ne pas aller trop loin dans un mensonge embarrassant, et celui du spectateur que la vérité éclate afin que la gentille nièce ne souffre pas à cause du héros), Maurice Mariaud se plaît à suivre les aventures d'un homme coincé dans une situation embarrassante dont il ne peut se sortir sans ajouter à son embarras. C'est le ressort le plus souvent utilisée à cette même époque dans les comédies de Leo McCarey avec Charley Chase! Et quand on annonce au faux Maurice de Champleux qu'il va devoir "recommencer" à écrire des romans à succès, la réaction de Navarre est impayable!

Et si bien sûr le film ne s'adonne jamais au slapstick, le ton reste constamment à deux doigts du drame sans pour autant y sacrifier. Le fait que Navarre soit formidable dans le rôle, bien évidemment, nous aide à adhérer au film, et celui-ci est très soigné. On notera de quelle façon le metteur en scène utilise le décor, que ce soit les quais de Paris, ou l'intérieur cossu de la villa. Et les quatre personnages (à Jean, sa nièce et le dangereux La bricole, vient s'ajouter un secrétaire timide, qui cache un intéressant secret) ont dans leur interaction de quoi soutenir un film entier sans forcer... Avec son histoire de vagabond embarrassé qui n'a pourtant rien de Chaplin, c'est une nouvelle excellente découverte, un film superbement interprété, toujours avec le ton juste, à voir séance tenante!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Maurice Mariaud Comédie *
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 09:59

Ce livre paru cette année est le résultat d'une enquête minutieuse, voire gourmande: en effet, de Maurice Mariaud, cinéaste Français (1875-1958), contemporain des Feuillade, Fescourt et Perret, on ne savait jusqu'à présent pas grand chose. La faute à qui? Peut-être partiellement la sienne, remarquez: le bonhomme, qui a quitté le cinéma au début des années 30 après avoir été acteur et scénariste-réalisateur, n'était pas du genre à se laisser enfermer dans un moule, et a travaillé pour beaucoup de compagnies, et pris des chemins de traverse. Et il a laissé une empreinte diffuse et originale, mais presque légendaire sur son chemin: certains se rappelaient de lui (Musidora, par exemple) quand d'autres n'avaient tout bonnement pas la moindre idée de son existence: Henri Langlois, pour commencer, ne le connaissait pas, ce qui en dit long quand on connaît la légende du fondateur de la Cinémathèque Française!

Frédéric Monnier, dont Mariaud était incidemment l'arrière-grand-oncle, s'est intéressé à lui de la façon la plus objective qui soit,, et en a tiré un portrait attachant, et aussi complet que possible, tout en montrant une nouvelle vision d'une époque fascinante mais mal connue du grand public: cet âge de formation du cinéma Français, quand un artiste pouvait du jour au lendemain passer d'un rôle d'acteur à celui de réalisateur sur un film, réaliser une grosse production (un Tristan et Yseult de 1920 qui posa de nombreux problèmes, un chapitre passionnant à lire!) puis devenir persona non grata dans un studio auquel il aura tant apporté. Adepte d'une conception méthodique de l'histoire du cinéma, l'auteur a soigné son livre, qui est une véritable enquête, basée sur des archives impressionnantes: car Maurice Mariaud ne s'est pas contenté de passer d'un studio à l'autre (Gaumont, Le film d'art, Phocéa, Nalpas...), mais s'est en prime retrouvé, à l'heure où d'autres (Perret, Capellani) partaient pour les Etats-Unis, l'un des pionniers du cinéma Portugais!

Et cet itinéraire pour reprendre le titre, est largement illustré d'extraits d'ouvrages nombreux, de critiques d'époque et de témoignages vivants des acteurs même de l'épopée: du moins, tous ou presque, sauf un: car Maurice Mariaud n'a pas laissé de témoignage, d'article ou d'interview. Tout au plus quelques lettres, citées ça et là. Tout se passe comme si la presse l'avait ignoré, à une époque il est vrai où le métier de faiseurs de films échappait à tant de personnes... C'est dire si le travail qui consiste à raconter son histoire a du être difficile. Et pourtant elle est là, et avouons-le, elle est rendue plus passionnante encore par le fait de la rareté des documents, et... celle des films! Car ce livre nous rappelle aussi que les films de Maurice Mariaud sont pour une très large part disparus, incomplets, ou invisibles... Du coup, cette reconstitution d'un parcours devient une indispensable renaissance d'un artiste qu'on va enfin pouvoir remettre à sa place. Et pour commencer, réintroduire dans l'histoire du cinéma, qui s'est jusqu'à présent contentée de citer son nom... ou pas: en faisant le lien avec la partie connue de l'histoire de ces années (Feuillade, Perret, la Gaumont, des témoignages cités d'Abel Gance, de Jean Epstein ou Henri Fescourt), Mariaud devient enfin plus qu'un nom.

Non seulement c'est bien documenté, et c'est écrit avec rigueur, mais aussi une certaine verve, mais en prime Frédéric Monnier a tenu à recouper, prouver, montrer le doute occasionnel quand il s'agit d'attribuer la paternité d'un film, par exemple. Il se base sur les recherches des quelques historiens qui ont cité Maurice Mariaud, et nous dit si le doute subsiste: une vraie démarche d'historien qui ne cherche pas à noyer le poisson! Le livre est richement illustré: les nombreuses photographies nous permettent d'approcher les films, qu'ils soient encore existants, ou non. Tout ça donne furieusement envie de voir les films qui restent...

Et justement...

Le livre, et c'est la cerise sur le gâteau, comme on dit, est édité en compagnie d'un DVD qui contient quatre films, deux courts et deux longs métrages de Maurice Mariaud, tous intéressants et bien sûr tous mentionnés dans le livre. Une sélection pensée pour ratisser au plus large : rien de chez Gaumont (une période symboliquement illustrée par la présence du film Au pays des lits clôs (1913) dans le coffret Gaumont: le cinéma premier, volume 1), mais un film Phocéa de 1919, un film Portugais de 1923, et deux longs métrages: Mon oncle de 1925, et Le secret du cargo, le dernier film Français de Maurice Mariaud, sorti en 1929.

Voici un lien pour se procurer ce voyage en forme d'enquête dans le passé du cinéma:

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Mariaud
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 16:46

En cette fin des années 40, Walsh est amené à refaire ses propres films à la Warner: ce n'était pas spécifique au metteur en scène de Gentleman Jim, du reste: n'avait-il pas, avec Background to danger (1943) et They died with their boots on (1942), revisité Casablanca (1942) et The charge of the light brigade (1936), respectivement, tous les deux de Michael Curtiz? Et ce dernier n'avait-il pas à son tour, en 1944, partiellement refait Casablanca avec Passage to Marseilles

Mais si Walsh revisite en mode mou The strawberry blonde dans One Sunday afternoon (1948), il va mettre beaucoup plus de lui-même dans ce film: Joel McCrea y incarne Wes McQueen, un bandit qui s'évade de prison juste avant son transfert dans une grande ville, et cette évasion est favorisée par un ancien associé, dans le but de profiter de l'expertise de McQueen pour un cambriolage de train. Le coup va être réussi, mais tournera au désastre en raison de l'incapacité et de la duplicité des associés de Wes...

Dans High Sierra, impeccable film noir, Humphrey Bogart incarnait un bandit d'un autre âge qui tentait malgré tout de trouver s place au soleil, se trompait de muse, et finissait par trouver l'amour avec Ida Lupino, juste avant d'accomplir son destin au pied d'une montagne. L'Amérique semblait continuer sans lui, alors que dans Colorado Territory (dont le final grandiose reste le plus beau moment du film) on a le sentiment que le monde qui entoure Wes McQueen disparaît avec lui... A Ida Lupino, succède Virginia Mayo, qui est excellente en sauvageonne revenue de tout, avec une sensualité à fleur de peau; elle est la première d'une série de jeunes héroïnes avec lesquelles Walsh va pousser un certain nombre de coups de boutoirs sur la censure tatillonne des années 40 et 50...

Quant à ce film, qui raconte à peu près la même histoire mais entièrement adaptée au western, il ne s'imposait certes pas, et il n'apporte sans doute pas grand chose ni à l'histoire initiale, ni au personnage. La rédemption offerte au personnage, thème éminemment Walshien par excellence, passe ici par un don inattendu fait par les deux personnages principaux à une église, dont la cloche sonne au final... Sans doute Bogart est-il largement au-dessus de McCrea, mais cette fin à la fois baroque et digne finit par envelopper le film dans une vision de tragédie qui emporte tout sur son passage...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 10:21

Ce film, un court métrage de deux bobines tourné au Portugal, est basé sur un tableau de José Malhoa, dont Maurice Mariaud a extrapolé une intrigue, assez simple, qui lui permet de montrer un aspect de la vie à Lisbonne dans les années 20. Il est dominé par le réalisme, et certaines scènes, tournées dans un café, ne sont pas sans nous rappeler Fièvre, de Louis Delluc, tourné à la même époque, ou même pour changer totalement de continent, un film rare mais dans lequel le metteur en scène utilise une ambiance assez proche pour re-transfigurer une oeuvre d'art existante: Fultah Fisher's boarding house, de Frank Capra (1922). Un pur hasard, à n'en pas douter...

Un forgeron quitte le foyer familial pour se rendre dans un cabaret où il dispute les faveurs d'une femme à un chanteur de fado. Celui-ci va ensuite oeuvrer dans l'ombre pour pousser la famille de son rival à venir le chercher. La principale victime, dans le film, reste bien sûr la femme, réduite à sa condition après avoir vécu une nuit de répit dans son destin...

Le film est court, assez sobre, sans doute parce que le but du cinéaste est de donner un contexte à un tableau : celui-ci est « reproduit » à la fin du film, nous montrant le musicien à droite, et la femme désormais soumise à son destin, à gauche, dans une position très recherchée... C'est un travail concentré autour de cette situation finalement assez simple, qui vaut surtout par son naturalisme marqué. Maurice Mariaud s'y révèle un observateur de l'humain, attaché aux détails : la façon dont il plante le décor pour mener à la représentation du tableau, le voit utiliser tous les aspects possibles : les visages, les objets (la mandoline, bien sûr), les vêtements...

Venu au Portugal à la demande de producteurs locaux qui souhaitaient vraiment faire démarrer une authentique production locale, il est sans doute assez paradoxal de voir ce sujet si iconique de la culture Portugaise (le fado est un genre musical exclusif au pays) illustré par un cinéaste Français. C'est une miniature, avec ses qualités mais aussi ses limites. Mais elle donne envie de voir les autres films Portugais du réalisateur, dont ses Gardiens de phare (1922), un long métrage qui a été conservé...

On peut voir O fado , en compagnie de trois autres films, dans le DVD qui accompagne la biographie de Mariaud par Frédéric Monnier, éditée par l'AFRHC (Association Française de Recherche sur l'Histoire du Cinéma) :

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Mariaud Muet
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 10:15

Les films de Maurice Mariaud sont rares : il a relativement peu tourné, mais surtout seule une petite moitié de son œuvre subsiste sous une forme ou une autre. Et le bonhomme est peu connu, je vous renvoie à sa biographie par Frédéric Monnier, parue cette année chez ACHCF : Maurice Mariaud, itinéraire d'un cinéaste Français, des Buttes-Chaumont au Portugal.

S'il a débuté en tant que réalisateur chez Gaumont, c'est à un petit studio qu'on doit ce moyen métrage, réalisé pour Phocéa-films. Le nom de la compagnie est clair : c'est bien à Marseille qu'il était situé, et Mariaud n'a pas manqué une occasion de saisir les lieux dans la poésie de ses extérieurs... Ce film est essentiellement un conte édifiant, qui nous parle des dangers de l'alcool en passant d'un certain réalisme naturaliste au quasi fantastique à travers un rêve, sans perdre ni sa verve ni sa cohérence.

François travaille sur le port, et il est d'une grande rigueur, fustigeant ses camarades qui partent passer une heure ou deux au café au lieu de rentrer chez eux: nous assistons en effet au retour du brave homme chez lui, et il ne manque pas de saluer son épouse, son vieux père qu'il a décidé d'héberger chez lui, et son fils qui lui tend les bras à son arrivée. La tablée est heureuse... Mais quand son frère, matelot, arrive pour un ou deux jours au port, François se laisse aller, et il se saoule. En revenant chez lui, il se comporte d'une manière violente et irresponsable. La nuit, il va faire un rêve étrange et un peu burlesque, qui lui fait ouvrir les yeux...

La première partie du film reste la plus intéressante, qui saisit François et sa famille dans la vérité de leurs vies. Le port de Marseille, avec son vieux pont transbordeur visible au fond des plans, et ses quais pleins de vie, et pas de la plus grande propreté, les hommes au travail, montrent un goût certain pour le naturalisme. Si la peinture de la vie en famille des Estaban, chez eux, n'est pas aussi enlevée que les intérieurs Bretons d'Au pays des lits clos avec son utilisation savante de la lumière, Mariaud s'y concentre plutôt avec intensité sur le jeu des acteurs. Lui, qui interprète François Estaban, trouve le ton juste aussi bien dans le naturel de son personnage quand il est est sobre, que dans sa scène d'ivresse qui est remarquable, et servie par la sobriété (sans jeux de mots!) des interprètes qui l'entourent... Le rêve, plus baroque, qui voit François devoir choisir entre boire et se comporter en brute, et tomber dans le piège qui lui est tendu, vaut au moins pour l'idée de l'avoir tourné dans les collines Provençales.

Certes, c'est un petit film, mais il montre un goût, une voix distinctive dans le cinéma Français de l'époque. Et il nous montre aussi un cinéaste qui à l'écart des studios, avec un budget sans doute très réduit, fait beaucoup avec peu, en se basant d'abord et avant tout sur son exigence... le message moralisateur tranche avec la vraie vie de Mariaud telle qu'elle nous est contée dans sa biographie, mais justement, le traitement du rêve nous permet de prendre nos distances avec cet aspect !

Pour le voir, on peut se procurer l'ouvrage que je mentionnai plus haut, l'auteur ayant eu l'excellente idée d'y adjoindre un DVD contenant quatre films du réalisateur tournés entre 1919 et 1929.

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Mariaud Muet 1919
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 09:56

Un copain a un accident, mais la joyeuse bande d'amis qui se préparait à partir en vacances ensemble, ne changent pas de plan. Ils laissent leur copain à Paris, à l'hôpital, et partent sur le bassin d'Arcachon, chez l'un d'entre eux. Et bien sûr, bien sûr, ça va être la foire à la révélation...

Evacuons tout de suite les qualités du film, car il en a: certains numéros d'acteurs, certains appariements intéressants, Laurent Laffite qui se tire d'un personnage qui aurait du être une tête à claques, mais ne l'est pas, et quelques gags drôles, ainsi que quelques ruptures de ton intéressantes... Par contre, les défauts sont là et bien là: cette tendance du cinéma Français à ne pouvoir exister que dans le conflit et la description maladive de la médiocrité humaine, la conception toute masculine du numéro d'acteur, aussi: Canet fait bien attention à montrer tout ça du point de vue d'un homme. Donc on a les soucis de Gilles Lellouche, de Laurent Laffite, de François Cluzet et de Benoît Magimel pendant que Jean Dujardin souffre seul sur son lit d'hôpital...

Et puis c'est trop long, d'ailleurs. Comme je prêche probablement dans le désert, à pérorer contre ce petit film sympathique mais mal abouti, avec ses personnages féminins vaguement sacrifiés, qu'on a tendance à nous présenter comme un film symbole d'une génération, je vais aussi considérer que j'ai moi-même été trop long, et m'arrêter là.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 09:35

Sawyer Valentini (Claire Foy) est une jeune femme dynamique;, amoureuse de son travail, sans aucun doute extrêmement individualiste et farouchement indépendante: une battante, certes. Mais une battante qui sait qu'elle a un problème... Elle a quitté Boston pour partir s'enterrer ailleurs, pour fuir un fou furieux, qui a décidé qu'elle lui appartenait, et qu'elle croit dangereux. Et lors d'un contrôle de routine auprès d'une conseillère-psychologue, Sawyer se voit tout à coup empêchée de rentrer chez elle, et va désormais vivre dans une institution psychiatrique, où elle n'a jamais désiré mettre les pieds, et qui l'empêche de sortir. Plus grave, parmi les soignants, elle a reconnu son ennemi de Boston...

Comme dans The Snake Pit de Anatole Litvak, ce film est une plongée au quotidien dans l'univers de la psychiatrie, menée avec des flash-backs nombreux et qui structurent le film... mais très vite les questions affleurent: l'univers "sain" de Sawyer n'est pas logique, on a le sentiment, très vite, d'y déceler plusieurs univers possibles. Soderbergh nous montre en effet des indices de perturbation réelle de l'héroïne, et le fait dès le départ, dès la première scène. Les séquences de l'institution semblent d'ailleurs continuer ce procédé, et donner à voir de nombreuses possibilités de développement. Pour ne pas tout révéler, dans certaines possibilités, Sawyer est, effectivement, séquestrée sciemment. Dans d'autres, elle est effectivement confrontée à son "stalker"... La question qu'il fait se poser devant le film, qui triche en permanence bien sûr, c'est dans quelle mesure il est possible que tout ce qui arrive à Sawyer (son infernal problème avec un fou dangereux, son burn-out, mais aussi sa séquestration et bien sûr etc) soit en fait combiné, partiellement vrai... ou pas du tout.

Soderbergh joue avec notre perception dans un film qui est surtout là pour ajouter une nouvelle réflexion sur le pouvoir de la mise en scène, celle du réalisateur autant que des personnages. Elle est intéressante. Mais il souhaitait aussi retourner au thriller avec une contrainte simple: filmer avec la plus petite équipe possible: Peter Andrews, l'authentique double du cinéaste, a en effet tourné avec un portable... Il en résulte un film délibérément direct, un tournage qui se joue de la contrainte, et un art de la mystification qui impressionne. Le film aussi, mais une fois de plus c'est par la capacité à se fondre dans les codes d'un genre, les subvertir, jouer avec le public et le retourner comme une crêpe que Soderbergh épate. C'est un peu gratuit? Ca oui. Je terminerai quand même par dire à quel point Claire Foy est excellente, et ce n'était pas facile: elle est l'une des nombreuses qualités de ce film étrange, profondément inutile, mais qui est une nouvelle déclaration d'amour au cinéma et à sa capacité à expérimenter.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 09:18

Je pense que pour commencer il conviendrait pour situer aussi clairement que possible, par dire ce que n'est pas ce film: car l'histoire de Doug, le crack de la construction qui menace de faire un burn-out à cause du stress de son travail et qui ne sait pas comment reprendre un peu de responsabilité quotidienne sur sa petite famille au moment où son épouse adorable désire clairement reprendre le chemin du travail, n'est pour commencer ni féministe, ni anti-féministe. Ce n'est pas un pamphlet, quel qu'il soit. 

Et quand la solution lui arrive toute cuite, sur un plateau, par hasard, et qu'il rencontre "les" scientifiques qui sont occupés à tester le clonage humain, le film aurait pu être une parabole sur la science et ses, soit méfaits, soit bienfaits... Il n'en est rien, même si c'est, objectivement, assez drôle. Non, Doug tombe sur une solution pratique: s'il se clone, il pense qu'il dédouble son temps de vie, et donc il peut littéralement se diviser...

Oui, on l'aura aussi compris avec ce qui précède, ce n'est pas non plus un film scientifiquement rigoureux, mais alors... pas du tout! Doug se fait cloner, et le processus dure littéralement deux heures. je pense que si vous voulez obtenir un clone d'un être A, à un âge B, il faut compter le temps de gestation de l'espèce, plus l'âge du sujet avant de pouvoir obtenir satisfaction... Pas ici: deux heures, et dong!, la sonnerie du micro-onde en fait foi, le clone est prêt.

Enfin, on aurait pu avoir justement une réflexion douce-amère sur le burn-out, mais... Ramis avait d'autres plans. Le metteur en scène de Groundhog days, qui avait récolté le jackpot avec une comédie à l'originalité évidente, n'a pas vraiment souhaité ici sortir de l'anecdotique, et s'est finalement contenté de profiter des effets comiques du clonage, à plus forte raison quand un homme se retrouve cloné trois fois. Ah, pardon, deux fois, le troisième clone étant le résultat d'une copie de l'un des clones, justement... Donc chaque clone a son caractère: Doug 2 est très masculin, Doug 3 ne l'est pas, et Doug 4 est à peine humain... On pourrait râler devant la caricature de Doug 3, et plus encore devant celle de Doug 4, mais ce serait inutile: non, ce qui compte ici c'est la comédie, et le numéro d'acteur. Ou d'acteurs: Doug  est interprété par Michael Keaton, qui donne la réplique à Andie McDowell, Michael Keaton, Michael Keaton, et Michael Keaton. 

Donc beaucoup plus qu'une réflexion intéressante sur le sens de la masculinité (ce qui est le propos de Ramis dans ses interventions d'époque) Multiplicity est un festival pour l'acteur, qui aura rarement une telle aubaine (à part peut-être pour Beetlejuice), et se fait plaisir. Donc clairement, si Harold Ramis avec ce film rate une occasion, ou deux, ce n'est pas trop grave: derrière cette histoire hautement improbable par définition de brave type qui se fait cloner à l'insu de sa femme, qu'il doit ensuite protéger des risques de coucher avec d'autres versions de lui-même, avec des quiproquos plus gros que Air Force One, on rigole. Mais vraiment.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 16:34

Au terme de six années de collaboration entre les deux hommes, Raoul Walsh et Errol Flynn ont donc tourné ce dernier western ensemble, un genre qui leur convenait à tous deux, mais dont il n'auront pas pu sacrifier très souvent l'un avec l'autre: l'unique autre expérience du duo en la matière est cette merveilleuse épopée, They died with their boots on. Flynn était content d'avoir échangé Michael Curtiz contre Walsh: il pouvait enfin sympathiser avec son metteur en scène et se sentait épaulé, plus que jeté dans l'arène, à charge pour les acteurs de se débrouiller sans le réalisateur. C'est du moins ce qu'ont ressenti de nombreux acteurs sous contrat à la Warner qui ont tourné avec le Hongrois génial mais ombrageux... 

Et puis Flynn en avait assez de jouer les Robin Hood, les vaillants Capitaines Blood ou les Aigles de mers, vertueux et dotés d'un code d'honneur même dans la piraterie! Certes, il allait jouer des héros avec Walsh aussi. Mais les personnages qu'il va interpréter dans ces sept films (sauf peut-être l'officier de Objective Burma, et l'Australien de Desperate journey) ont leurs zones d'ombre: Custer est épouvantablement vaniteux, Corbett manipulateur et porté sur une exagération systématique qui le met en avant en toutes circonstances; dans Northern pursuit, on soupçonne le canadien d'origine Allemande d'allégeance au nazisme; dans Uncertain glory, Jean Picard est une fripouille... Pire, c'est un assassin! mais à chaque fois, il va finir le film par une mort héroïque, ou a tout prendre, une rédemption bien assumée.

Et justement, la rédemption est un thème éminemment Walshien, qui l'a donc illustré dans Uncertain glory, mais aussi à travers Arthur Kennedy dans They died with their boots on, et on peut ajouter les héros de The roaring twenties, High sierra, et bien d'autres. Mike McComb, dans Silver River, en fait partie: il est un officier de la guerre civile qui a un jour pris une bien mauvaise décision, mais qu'il estimait juste. Il a brûlé la paie des soldats (un million de dollars) pour qu'elle ne tombe pas aux mains des hommes de Jeb Stuart (un officier Sudiste interprété au passage par Flynn dans Santa Fe Trail de Curtiz); mais le geste lui a valu promptement une dégradation, que McComb a fait suivre d'une descente aux enfers d'un style bien personnel: il est devenu en fondant un saloon, le maître du jeu à Silver River, une ville située près de mines d'argent, et dont il ne va pas tarder à devenir le  maître tout court...

Walsh choisit une narration parfois assez ironique, ayant sélectionné pour permettre au public de s'identifier (car il est difficile de s'identifier à Flynn dans ces circonstances) le personnage d'avocat interprété par Thomas Mitchell. Celui-ci prête sa bonhomie et son humanité au personnage, largement inspiré des rôles tenus par Mitchell chez Ford. Mais surtout, il va incarner la part positive de McComb, alors que ce dernier va multiplier les actes carnassiers: laisser le principal propriétaire minier se faire massacrer par les indiens, lui piquer son épouse (Ann Sheridan), et au final écraser toute opposition pour devenir le maître de la ville, allant jusqu'à promettre deux trois mots doux au président Grant, mais ces promesses ne seront pas tenues. Durant tout ce temps, Mitchell sera le baromètre de la popularité de McComb...

Sauf que dans l'ombre du spéculateur sas trop de scrupules, d'autres agissent, et ils sont pires. J'en profite au passage pour saluer la présence, comme dans tant de films parlants de Walsh, de Monte Blue, le grand acteur du muet, qui comme d'autres (Leo White qui est ici un barbier), a été sauvé de la misère par le metteur en scène qui lui confiant des apparitions dans presque tous ses films. Ici, son personnage de politicien est bien plus qu'une apparition. Et Walsh de nous montrer que si l'Amérique a souffert de la rapacité des hommes comme McComb, elle en a probablement eu besoin. Mais il réserve ses coups de griffe pour les profiteurs de tous poils, qui sont prêts à aller jusqu'au meurtre... 

Ainsi le film obéit-il à une sorte de structure en grandeur et décadence, suivie... de rédemption, bien sûr, car c'est dans l'ombre de son double positif, l'avocat Plato Beck, l'homme qui a osé briser les secrets du 'grand homme' McComb, que ce dernier va enfin prendre sa vraie place dans la communauté de Silver River, songeant enfin au bien commun et non à sa seule personne. A ses côtés, son épouse Georgia interprétée par Ann Sheridan. Du coup, le film prend son temps, mais Walsh fait monter la pression jusqu'aux dernières scènes, dans lesquelles l'intrigue se pare des couleurs sociales des plus belles heures de la Warner...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 07:40

N'attendons pas de ce film qu'il se situe d'une manière significative dans la lignée de ce qu'on attendrait d'une adaptation de L. Frank Baum: c'est vraiment un cas à part. Et pour commencer, c'est l'un des rares longs métrages de Larry Semon, l'un des "petits" comédiens qui n'a pas réussi à se hisser au niveau de la poignée de maîtres reconnus aujourd'hui dans le domaine du muet Américain: Semon n'était pas Chaplin, Keaton ou Lloyd, de très loin...

Et donc, son film n'est pas le film de Victor Fleming,de très loin non plus; d'abord parce que Semon n'a pas souhaité être fidèle à l'histoire du conte, et a donc fait de ce film une création originale inspirée du Magicien d'Oz beaucoup plus qu'une adaptation. Ensuite parce que si le souhait de Semon de réaliser un long métrage qui puisse le hisser un peu plus vers les cimes me paraît évident du début à la fin, le résultat n'en reste pas moins... une sacrée salade!

L'intrigue est encadrée d'une histoire, qui nous montre la narration par un grand père (Larry Semon) très vieux et très fatigué, à une petite fille, de deux contes. Comme elle n'aime pas le premier et lui demande, plus ou moins, de lui raconter les aventures de Dorothy au Kansas, il s'exécute mais mélange les deux histoires... Donc d'une part, on a le pays d'Oz qui vit dans la terreur d'un dirigeant fourbe, et de l'autre Dorothy, enfant trouvée, qui vit dans la ferme de ses oncle et tante adoptifs, et qui est courtisée par deux garçons de ferme rivaux: Larry Semon et Oliver Hardy.

Ce serait fort bon, mais... tout à la joie d'avoir été ambitieux sur la structure de son film, Semon a oublié de soigner les détails et a rempli ses bobines avec du slapstick. Beaucoup de de slapstick. Et pas du meilleur: coups de pied au derrière, envoi de nourriture, canard qui vomit un liquide façon projectile (n'ayant aucun connaissance en l'anatomie et le fonctionnement des palmipèdes, je me refuse à développer), poursuites, gags raciaux à gogo, et bien sûr une forte tendance à se moquer des personnes en surpoids qui deviennent tous des protagonistes placés du mauvais côté de la ligne entre le bien et le mal ... Dorothy Dwan, en héroïne, est totalement inexistante et ce qui est plus grave, Oliver Hardy est gâché, dans un rôle de "heavy" (voir plus haut pour les deux sens à attribuer à cet anglicisme, pour ce film du moins) qui ne requiert pas le moindre aspect de son génie naturel.

Ce n'est pas que le film soit à fuir, non: c'est juste que le désintérêt profond du public et de la critique à la sortie de ce film assez médiocre, se justifieraient cette fois sans trop de problèmes...

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Published by François Massarelli - dans 1925 Larry Semon Muet Comédie **