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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 06:13

Tourné dans les Bouches-du-Rhone des années 70, avec ses vedettes millésimées (Pierre Richard, Jane Birkin, Claude Piéplu, Henri Guybet), et sa (petite) satire sociale, ce film de Claude Zidi a tout de la madeleine... Je vais le dire tout de suite, pour moi, Zidi reste à tout jamais le metteur en scène des Bidasses en folie ou des Rois du gag, ou des Sous-doués: un tâcheron. Un type qui a sans doute eu du métier, du savoir-faire et des opportunités, mais dont le rapport au cinéma est compliqué, voir pour s'en convaincre la parodie (très drôle au demeurant) de metteur en scène dépassé par les événements dans ce film (Vittorio Caprioli) et l'insupportable, poujadiste "Wellson" dans Les rois du gag, ou le metteur en scène ambitieux tel que l'interprétait Michel Serrault au pire de la caricature...

C'est dire si ça me fait plaisir de pouvoir voir - ou revoir- une comédie comme celle-ci, dans laquelle le réalisateur s'est un peu plus impliqué... à moins qu'il ait tout simplement mis son ambition au service de quelqu'un qui en avait un peu plus que lui! J'y reviendrai.

Dans la région d'Aix-en Provence, le député-maire d'une petite ville, Hubert Durois, est en campagne électorale; son fils, lui, est au lycée: il y enseigne les maths. L'un et l'autre se rejoignent sur un point: le père est un vrai père-la-pudeur, obsédé par la pornographie, et le fils, qui est plus ou moins fiancé à une de ses collègues, se montre particulièrement prude. Et très maladroit, et pour cause, c'est Pierre Richard. L'intrigue est liée à la présence locale, pour un tournage, d'une actrice de premier plan; Jackie Logan (Jane Birkin): elle est harcelée par les paparazzi, et doit se battre quotidiennement pour les contrer. Le destin (et une substitution malencontreuse de dossiers) va les mettre l'un en face de l'autre, et le parfum de scandale qui en découlera aura des répercussions sur la carrière politique de papa...

Le film est, dans son intrigue, typique de Pierre Richard: il y incarne, une fois de plus, un fils à papa, un jeune homme qui fait probablement le malheur de son digne chirurgien de papa, interprété par Claude Piéplu sous la forme d'une évidente caricature de feu Jean Royer, pourfendeur obsédé de la pornographie sous toutes ses formes... Un jeune homme distrait, maladroit comme on aime tant le voir, et auquel il va arriver une drôle d'aventure. L'acteur est d'ailleurs crédité au scénario en compagnie du metteur en scène, et c'est là que ce film fait sérieusement la différence avec le reste de la production de Claude Zidi! Sinon, la satire des paparazzi est légère, celle du monde de la politique sympathique, et la peinture du milieu enseignant reste très puérile, mais qu'importe? On veut de la comédie de situation, on est servi. On cherche de la rigolade physique qui dépasse le coup de pied dans les joyeuses, et on a justement ce qu'on cherche... Oh, bien sûr, tout n'est pas parfait; il y a dans ce film une caricature des gays qui n'est pas de la toute première fraîcheur, mais dans l'ensemble, l'équipe a su s'amuser en amusant, et on passe assez près du bonheur des bonnes comédies de situation concoctées par Lautner ou Veber à l'époque. Pas un mauvais pedigree, donc...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 11:37

1896: John Wesley Hardin (Rock Hudson) sort de prison, et sa première visite sera pour le journal local: il y dépose son histoire, celle d'un hors-la-loi paradoxal, et le rédacteur en chef entame de suite la lecture qui s'avère passionnante: on y apprend comment Hardin, à peine sorti de chez son père qui l'a élevé à la dure, a tué un homme durant une partie de poker, mais en légitime défense... Pourchassé pour un crime qu'il estime ne pas en être un, désireux de s'affranchir de la conception morale rigoriste de son père, Hardin a aussi deux femmes dans sa vie: la gentille Jane Brown (Mary Castle), sage et réfugiée sous l'aile protectrice mais sévère du pasteur Hardin le père de Wes, et Rosie la fille de saloon (Julia Adams), qui sait très bien qu'elle vient après Jane dans le coeur du fougueux outlaw, mais ça ne l'empêche pas d'espérer... de jeu en évasion, de fusillade en poursuite, John Wesley Hardin tente d'échapper à une loi à laquelle il ne croit plus...

On se rappelle de George Custer: pas le vrai, celui que Walsh a concocté avec Errol Flynn; un maverick, un homme sans scrupules qui cherchait à compter quand même dans l'écriture de l'histoire des Etats-Unis. A sa façon, le John Wesley Hardin de Walsh, héros populaire dont on nous dit et on nous répète que certes il a tué des hommes, mais c'était lui ou eux, est un personnage totalement Walshien, un homme qui se définit par son action d'abord, mais qui paiera quand même sa dette à la société. Certes, c'est un peu manichéen, d'autant qu'à chaque choix, Hardin se retrouve confronté uniquement à l'adversité: la blonde ou la brune? la loi "divine" et forcément trop stricte de Papa Hardin, ou la loi aveugle de l'Ouest en devenir?

Mais Walsh maintient, après quelques films un peu trop lâches, une sorte de rigueur morale autour du personnage de Wes Hardin, auquel Rock Hudson et son manque total de flamboyance finissent par donner le meilleur des visages: un homme simple, aspirant au bonheur, mais sûr de son bon droit... Tout en étant soumis dans une évolution salutaire au doute de l'âge adulte. Et le doute ici est apporté par l'amour d'une femme, interprétée avec intelligence par Julia (Future Julie) Adams, elle aussi une créature totalement Walshienne. Il y a, dans l'amour entre Rosie et Wes, une série de réminiscences formidables, on y retrouve le couple Lupino-Bogart de Hugh Sierra, ou encore Virginia Mayo et Joel McCrea dans son remake Colorado Territory; on pourrait aller jusqu'à tenter une comparaison avec Gloria Swanson et Raoul Walsh lui-même qui lui donnait la réplique (muette) dans Sadie Thomson, et constater que le metteur en scène à la réputation d'indicible macho se laisse ici aller à une représentation d'amour fou assez inattendue. Rien que pour ça, ces 83 minutes en Technicolor de western impeccable valent le détour!

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 10:57

Madame Maniette Thomas (Catherine Frot) est une personne âgée, une digne vieille dame dont l'essentiel des activités tourne autour d'une croisade partagée par ses voisins: garder le quartier aussi authentique que possible, contre les promoteurs véreux qui ont déjà obtenu, à coup de liasses sous la table, d'acheter la majorité des maisons... Mais elle souffre d'une cause inattendue: elle se demande pourquoi, alors qu'il n'y a pas grand chose pour la retenir sur terre, Dieu ne l'a pas rappelée à ses côtés. Elle est persuadée, même, d'être immortelle car elle aurait commis une faute, mais... laquelle?

Sydney Thomas (Albert Dupontel) est quant à lui le fils de la précédente. Officiellement, il a quitté sa môman 20 années auparavant pour accomplir ses études: il lui avait même donné une durée, qu'il estimait à cinq ans, quatre mois... Inutile de dire que non seulement c'est un gibier de potence, mais en plus il n'a jamais eu le coeur de le dire à sa chère maman, qui en plus ne sait absolument pas ce qu'il a bien pu devenir.

Mais nous le saurons avant elle! Car Sydney vient de faire un casse, et si il a réussi, ça s'est bien moins bien passé avec ses complices qui l'attendaient à l'extérieur, et donc ceux-ci veulent sa peau. Une balle dans l'épaule, poursuivi par un camion noir avec des gens qui tirent sur tout ce qui bouge, Sydney vient presque par hasard, se réfugier chez sa maman... Qui va en une seule nuit de révélation, apprendre d'une part qui est vraiment son gamin... Et comprendre enfin quelle faute elle doit expier!

On pourrait croire que pour Dupontel, qui tend à peindre au vitriol des histoires basées sur des familles dysfonctionnelles et mal foutues, c'est "famille je vous hais", mais non: c'est plutôt "Famille, avec vous c'est compliqué". Après tout, y compris dans le délire cauchemardesque et funéraire de Bernie, on a un garçon certes perturbé, qui cherche à reconstituer le cocon familial! 9 mois ferme est aussi consacrée à cette reconstitution paradoxale, et les problèmes familiaux sont à la base de la fuite en avant de la "gueule cassée" de Au revoir là-haut... Donc tout ce film est basé sur la confrontation entre une (presque) sainte femme, et un fils dévoyé, dont l'historique nous apparaît dans une scène de révélation superbement menée (il garde dans un recoin secret de sa chambre les preuves de toutes ses ignominies, et elles remontent à la maternelle!): il y a une morale, mais Dupontel, dans sa sagesse, a décidé que celle-ci serait surtout "privée", entre Sydney le dingue et sa maman trop gentille.

Et il y a des gags: on comprend l'enthousiasme de quelques spécialistes qui ont prêté main forte à leur copain Albert pour la promotion de sa comédie: Terry Gilliam, Terry Jones, Ray Cooper et Marcel Gotlib ne sont-ils pas des connaisseurs en matière de rigolade? Car Dupontel, qui met toujours quatre ou cinq ans entre deux films, est un orfèvre en matière de gag, et un cinéaste rigoureux. Son style est raffiné, pensé à l'extrême, et d'une grande finesse. Il en fallait pour non seulement imaginer toute une sous-intrigue autour d'une tortue homicide (et couverte d'inscriptions obscènes) mais aussi la faire tenir dans le film, du début à la fin, et la cerise sur le gâteau, c'est que si vous enlevez la tortue, l'édifice se casse la figure...

S'il n'est pas encore à la hauteur des deux films suivants, ce film a au moins le mérite de montrer une facette de Dupontel, qui à sa façon et seulement à sa façon, s'attendrit. Quant à Catherine Frot, elle est absolument géniale du début à la fin du film.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Albert Dupontel
26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 15:44

Faire une suite à Cloverfield paraissait stupide, quand même: le concept du film était tellement spécifique qu'il semble impossible d'y retourner sans redite! Mais... L'idée de ce film était d'abord complètement indépendante, un huis-clos situé dans l'abri d'un complotiste confronté à ce qu'il estime être un cataclysme à prendre très au sérieux, et qui est accompagné de deux personnages, dont celui d'une jeune femme qui a été placée là contre son gré. Une histoire intéressante et propice à un suspense solide, donc, sur laquelle Drwe Goddard et J.J. Abrams ont eu l'idée de greffer leur univers de Cloverfield, et... ça marche!

Michelle (Mary Elizabeth Winstead) a quitté Ben, son petit ami, et a pris la route. En chemin, elle a un accident sérieux, et se retrouve le lendemain amochée mais vivante et soignée, dans une cave, attachée au mur. L'homme qui la soigne et lui apporte à manger, mais qui la séquestre également, est Howard (John Goodman) , un ancien marin obsédé par les théories du complot, qui a créé un abri à l'épreuve de tout, et affirme à la jeune femme avoir la preuve que l'air dehors est absolument irrespirable, et dangereux. Partagée entre la prudence et une envie plus forte que tout de s'évader, bientôt rejointe par un autre homme, Emmett (John Gallagher), un voisin d'Howard qui lui est venu de son plein gré, Michelle va vite se rendre compte qu'il y a en effet un cataclysme à l'extérieur de la maison, mais elle ne'en perdra pas pour autant l'envie de partir, surtout quand elle va commencer à se rendre compte qu'Howard cache quelques petits secrets peu engageants...

Exit donc (et tant mieux) le dispositif à une caméra de Cloverfield, on a ici une intrigue racontée par des caméras multiples, qui adoptent le plus souvent le point de vue de Michelle, et qui nous laissent à deux types d'interrogations; le premier type, celles qui sont inhérentes au film, portant donc sur la véracité potentielle des événements extérieurs, ou la nécessité de prendre le risque de sortir en fonction du degré de danger représenté par Howard. Une situation de suspense classique en somme, pas éloignée de celui développé dans The war of the worlds de Spielberg, dans la longue séquence située dans la maison de Tim Robbins. Sauf que chez Howard, il y a tout: le bonhomme a vraiment tout prévu! D'autres films nourrissent le suspense de celui-ci, d'ailleurs, le premier qui vient à l'esprit (les dix premières minutes) étant rien moins que Psycho! Le deuxième type d'interrogation tient finalement du gimmick, c'est la question que se poseront ceux qui ont vu l'autre film Cloverfield, et qui savent ce qui rôde... Quand les deux intrigues se rejoindront-elles, et qu'en fera Michelle?

Ce personnage est formidable, et pour commencer, il est intéressant de voir qu'on ne sait pas grand chose d'elle et de son vécu, si ce n'est qu'elle a quitté un homme qui lui demande pardon pendant son voyage désespéré; qu'a-t-elle vécu avant son nouveau calvaire? Et symboliquement, l'épreuve ne peut se finir par son départ de la maison, ce que montre bien le film. L'intrigue montre une façon élégante de tresser une métaphore d'un traumatisme qui ne fait que commencer une fois la jeune femme partie. Mais je ne peux en dire plus, évidemment...

C'est un cas assez rare d'un film sympathique mais assez quelconque, qui donne lieu à une suite nettement plus intéressante, qui se situe fermement dans la tradition classique du suspense, celle d'un Hitchcock dont Spielberg serait le prolongement, et J.J. Abrams, producteur engagé, aurait décidément pris la relève. Dan Trachtenberg est un illustre inconnu, dont c'était la première réalisation, et le moins qu'on puisse dire est qu'il a réussi son film. Haut la main! Aidé par un casting de premier choix, cela va sans dire...

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 15:32

18e siècle: Le lieutenant Maynard (Keith Andes) a une mission, celle de prouver que le corsaire Henry Morgan est en réalité un pirate. Il vient donc en qualité de chirurgien sur le bateau du capitaine Bellamy... Que nous ne rencontrerons pas, puisqu'au moment où le film commence, il vient de perdre son bateau, accaparé par le cruel Ned Teach, dit Barbe-Noire (Robert Newton), et subséquemment, Bellamy a aussi tant qu'à faire perdu la vie. Le bateau part donc pour une série d'aventures difficiles à résumer, en compagnie de Maynard, mais aussi de la belle Edwina Mansfield (Linda Darnell), qui s'apprêtait à partir en compagnie de Bellamy, mais qui est aussi convoitée par Morgan...

"Difficile à résumer" en effet, le film semble obéir aux caprices de sa paradoxale vedette, ce pirate dont Robert Newton donne un portrait délirant, exagérant absolument tout, au risque d'ailleurs parfaitement calculé de flanquer toute tentative de sérieux par la fenêtre... L'intrigue du film est située de bateau volé en bateau coulé, de trésor enfoui en traîtrise caractérisée, et Barbe-Noire n'a peut-être pas son pareil en ce monde pour s'entourer de traîtres, mais avec lui, ils sont à bonne école. 

Tout se passe d'ailleurs comme si Walsh nous poussait à adopter le point de vue du pirate le plus immoral, le plus grossier qui soit. Il est assez difficile de s'intéresser à ce pauvre Maynard qui finit par ressembler à un prétexte cinématographique, et puis clairement, on le voit bien, tout ce spectacle en Technicolor rutilant, c'est finalement de la bonne grosse rigolade! Un film de pirates avec à peu près tout ce qu'on en attend.

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 16:36

Si je voulais, je pourrais être lapidaire, et me contenter par exemple de dire: "Dire que ce film est contemporain des chefs d'oeuvre de David Lean!", et je pense sincèrement que ça suffirait. Mais la brièveté n'étant pas vraiment ma vocation, je vais y consacrer un peu de temps.

D'ailleurs, on doit bien ça à Gance: lui qui a raté tant de films (en gros tous ceux ou presque qu'il a réalisés après Napoléon, pour faire simple), a au moins le mérite d'avoir aussi commis d'incroyables films, indépassables et sublimes. Certes, ce n'est pas le cas de celui-ci...

Le problème, c'est que le réalisateur, qui n'avait pas tourné de nouveau film depuis l'infect La tour de Nesles, n'était il est vrai plus vraiment dans le coup, se contentant de chercher des nouveaux moyens d'exploitation cinématographique, en recyclant ses classiques (Napoléon et le J'accuse de 1938, principalement) au travers d'essais cinématographiques de polyvision. La commande cette fois, d'un long métrage, venait d'Alexander Salkind. Elle permettait à Gance de retourner à un personnage qui lui était cher, auquel il avait bien sûr consacré un fameux film, mais aussi un script tourné par Lupu Pick, Napoléon à Ste Hélène (1929); Austerlitz pouvait donc lui permettre de revenir dans la course en continuant à apporter des pièces au puzzle de sa grande biographie d'un des personnages historiques les plus notables... Ou de commettre un nouvel échec.

Ce sera la deuxième solution, d'une part parce que le scénario sacrifie à l'ignoble manie de Gance de se reposer sur un dialogue envahissant, dit de façon péremptoire par des acteurs qui interprètent soit des génies illuminés et touchés par la grâce, soit des imbéciles qui vont se faire balayer... Ensuite parce que si le metteur en scène est toujours habité par le génie, il ne le montre pas, mais alors pas du tout: pas plus en fait que dans La tour de Nesles, les plantureuses créatures dévêtues en moins. Même si on le soupçonne fort d'avoir cherché à titiller le spectateur avec les décolletés 1800 très loquaces de Martine Carol (Josephine!), Leslie Caron ou Claudia Cardinale... Enfin, le film n'a pu être achevé, c'est une manie, et au lieu de déclarer forfait, Gance a triché avec le montage, et toutes les scènes "à faire" se sont transformées en des compte-rendus verbaux! Sans parler d'une bataille qui donne son nom au film, qui dure bien cinquante minutes, mais qui ressemble à un brouillon monté par un technicien incompétent et aviné, sans aucun chance pour le spectateur, ni de s'intéresser à ce qui se passe, ni d'y comprendre quoi que ce soit. 

Reste Pierre Mondy: il y a eu des ricanements, et pourtant il est peut-être la meilleure idée du film! Il réussit à donner un portrait juste de Napoléon, génie militaire peu à l'aise dans le costume de politicien, mais habitué quoi qu'il arrive à aboyer des ordres à tout ce qui bouge, du haut de son mètre cinquante. C'est irritant, mais que voulez-vous, le fossoyeur de la révolution française, ce tout petit Poléon, était lui-même un personnage irritant...

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance
24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 17:35

Le titre du film provient de l'Apocalypse selon Jean, chapitre 8: "Et lorsque l'agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure. Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu; on leur remit sept trompettes." Un parrainage approprié pour la dangereuse évolution d'un chevalier, son page, et un certain nombre de personnes plus ou moins sous leur protection, dans des terres et villages infestés par la peste, en plein Moyen-âge... Une autre source importante du film est Albertus Pictor, un peintre médiéval Suédois du quinzième siècle, qui peignait des scènes qui mélangeaient habilement le profane et le religieux sur les murs des bâtiments religieux... Il est représenté dans le film, au cours d'une scène. Mais son principal lien avec le film reste bien sûr une de ses oeuvres, dans laquelle il représente la Mort jouer aux échecs avec un mortel aux riches vêtements.

Le chevalier Antonius Block (Max Von Sydow) et son page Jöns (Gunnar Björnstrand) rentrent des Croisades, en hommes changés. Le premier a tellement vu lors des combats qu'il s'est rendu compte de l'absurdité de son éducation religieuse, et il se pose incessamment des questions sur l'existence de Dieu. Le deuxième ne s'en pose plus, devenu totalement pragmatique et fermement attaché à une philosophie privée et totalement profane, dans laquelle la religion n'a pas plus de place que la morale. Ils viennent d'arriver dans une région où la Peste décime allègrement la population, livrant le pays et ses petites gens aux fanatismes de tout poil, et aux brûleurs de sorcières. Après le réveil des deux hommes sur une plage, Block est abordé par la Mort (Bengt Ekerot) qui accepte de lui accorder un délai, le temps d'une partie d'échecs...

On sait bien que la mort triche, donc on ne se fait pas trop d'illusion sur l'issue de la partie! mais il convient aujourd'hui de revoir ce film, qui a beaucoup souffert de l'ironie de ceux qui ne l'ont pas vu. Il a la réputation d'être une ouvre austère, philosophique et vaguement hautaine, alors qu'il s'agit d'un des films les plus ironiques de son réalisateur! Celui-ci, pour reprendre les conclusions de l'historien Peter Cowie, se mettait dans tous ses personnages, et ce film ne fait pas exception à cette règle. Dans Le septième sceau, on a le doute de Bergman le fils de pasteur à travers ce chevalier qui en vient à essayer de questionner tout son héritage religieux, mais aussi les aspects plus modernes du réalisateur à travers le personnage formidable de Jöns. Björnstrand est d'ailleurs le premier au générique, et il est vrai que la stratégie du personnage face à tout événement, est de parler, parler sans cesse pour se réapproprier la situation! Avec eux, on croise un certain nombre de personnages qui sont autant d'anecdotes qui tournent autour des deux hommes: le forgeron et sa femme volage, une servante muette ou presque (Gunnel Lindblom) que Jöns a persuadée de le suivre, et un couple avec enfants, des acteurs qui essaient tant bien que mal de traverser la folie hostile qui les entoure. Cette présence des métiers du spectacle est soulignée par le fait peu étonnant quand on connaît le rôle de l'art dans la carrière de Bergman, qu'ils seront les seuls rescapés...

Sinon, on suit ce petit monde dans un voyage glauque et drôlatique, ironique et foncièrement profond, dans lequel le Moyen-âge sert de toile de fond; et le moins qu'on puisse dire, c'est que le réalisateur partage avec Benjamin Christensen (dont le Häxan, bien que tourné au Danemark en 1922, était une production Suédoise) une envie de représenter la période médiévale sans filtre, à grande distance de la façon dont Hollywood traitait à l'époque cette ère de chevaliers et gentes dames. Dans le film de Bergman, on se saoule, on fornique, on pète et on périt dans d'atroces souffrances... Et il y a même des gags: mon préféré reste celui de l'acteur qui vient de faire semblant de mourir et qui réalise soudain que la Mort est en train de scier l'arbre sur lequel il a trouvé, dans les hautes branches, un refuge sûr... Du moins le croyait-il. 

Avec son Moyen-Âge radicalement différent des habitudes, mais si certainement authentique, son clair-obscur très travaillé, sa galerie de portraits riche et complexe, le film est sans aucun doute le chef d'oeuvre du metteur en scène, ce qui n'est pas rien quand même...Il nous présente le voyage crépusculaire et futile de deux hommes qui ont fait le tour de toutes les questions philosophiques, et continuent tant bien que mal à s'accrocher à leurs carcasses respectives, au point d'essayer de tricher avec l'Ankou! Et ça, il ne faut pas faire. Ce n'est pas à des vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces...

 

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Published by François Massarelli - dans Ingmar Bergman Criterion
23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 12:10

Rompant avec la tradition de satire des médias établie avec Ali G. et Borat, et continuée avec Brüno et The Dictator, Sacha Baron Cohen a accepté une proposition de mettre son humour et sa personne au service d'une parodie plus classique d'un film de genre, cette fois un film d'espionnage. L'idée d'engager Louis Leterrier avait pour but de donner au film autant de punch, et de cohérence qu'un authentique film du genre, et ça s'avère une excellente idée... Pour le reste, l'acteur-producteur-scénariste fait ce qu'il fait toujours, c'est-à-dire développer des idées de gag toutes plus provocantes les unes que les autres, et au passage égratigner toujours un peu plus l'humain, en mode light toutefois, puisque ce film qui nous raconte essentiellement les aventures de véritables médiocres à travers le monde, sont quand même surtout une sorte de spectacle familial qui aurait sérieusement mal tourné... avec du sperme d'éléphant dedans.

A Grimsby, Nobby Butcher, hooligan, père de 9 (ou 10? 11?) enfants, vit tranquille, de quoi exactement, on ne le saura pas, avec sa petite amie Dawn, sa très grande famille, et il aurait tout pour être heureux (indemnités non méritées, bière, football, pubs, copains, football, l'amour et les enfants, le football) s'il n'y avait une ombre dans sa vie: depuis sa plus tendre enfance, il est séparé de son petit frère Sebastian, et il meurt d'envie de le revoir... Celui-ci est un agent du MI6, a oublié sa condition antérieure, et est engagé dans une mission délicate. Les deux hommes vont se retrouver, et Nobby va créer des ennuis à n'en plus finir pour son frère, entre suçage de testicule et... sperme d'éléphant.

Oui, vous avez bien lu...

Pourtant, il est vraiment attachant, ce film, qui louvoie entre gros clin d'oeil balourd, gags plus gros que tout ce qu'on peut imaginer, et dialogue bien torché. On le sait depuis très longtemps, l'alliance de deux contraires donne du ressort à la comédie, mais Sacha Baron Cohen sait mieux que quiconque payer de sa personne pour rendre le sordide très drôle, même si c'est toujours vaguement gênant. Pour finir, c'est quand même à noter que dans ce film on se débrouille pour refiler le SIDA à Donald Trump, entre deux gags plus inattendus. Avec du sperme d'éléphant.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 16:57

Brüno (Sacha Baron Cohen) est Autrichien, et ça doit faire un moment qu'il se présente comme ayant 19 ans. Passionné de mode, attiré par les paillettes et le show-business, il présente une émission spécialisée, Funkyzeit. Lors d'un gala de mode, il a l'idée malencontreuse de venir avec un costume entièrement fait de velcro... Ca sera un désastre: il est viré, son petit ami Diesl s'en va, et il prend la décision de partir aux Etats Unis, à Los Angeles précisément, pour devenir une star. Le voyage va le changer, mais surtout, si pour Brüno il a l'air initiatique, il sera surtout bouffon.

Le film s'est fait à partir d'une série d'actions de tournage qui ont tout de la guérilla: la scène du gala de mode, par exemple, a été tournée à la façon d'une caméra cachée, où Cohen et une équipe réduite étaient les seuls à savoir qu'il n'était pas réellement Brüno. De même, la scène durant laquelle Brüno et son agent de L.A. présentent aux producteurs d'une chaîne de télévision le pilote le plus outrageusement trash, über-gay et sordide qu'on puisse imaginer, seul Cohen et son équipe de tournage (j'imagine qu'il est assez facile d'introduire une équipe de télévision légère en prétendant être l'objet d'un documentaire en Californie!) savaient que c'était du chiqué... Le but poursuivi par l'acteur est triple: d'une part, parodier le show-business en s'en servant; ensuite, traquer l'homophobie en la confrontant à sa pire peur: un type tellement gay qu'il dépasse les pires délires homophobes du plus W.A.S.P. des dirigeants du K.K.K. de l'Alabama, pour situer.

J'imagine que Cohen et son équipe on du prendre d'énormes risques, d'ailleurs certains se voient à l'écran: l'avant-dernière scène, qui nous montre "Brüno" essayant de se faire passer pour le présentateur hétérosexuel d'une séance de catch supposée être organisée par des associations protestantes de militantisme anti-gay, se termine par une escalade surréaliste: Brüno y retrouve son petit ami, et ils commencent à laisser libre cours à leur tendresse au milieu de l'arène littéralement entouré de plusieurs centaines d'homophobes aguerris qui réalisent soudain qu'ils ont été trompés. C'est certes douteux, mais le résultat est là: l'Amérique est aussi homophobe que ces chasseurs Sudistes qui apprennent à Brüno à tirer sur des lapins, ou que ce pasteur qui fait un business de sortir les brebis égarées de leur homosexualité. La façon dont Sacha Baron Cohen réussit à introduire dans ces échanges réels des allusions totalement loufoques, avec un accent pourtant tellement pourri qu'il semble étonnant qu'on s'y laisse prendre, est une certaine forme de prouesse...

Tout n'est pas parfait dans cet exercice de tricherie intéressant avec la vérité, dans lequel on prouve du reste par A + B que les médias de cette cruelle époque, quand le premier crétin venu est prêt à tout pour devenir célèbre. Mais on y apprend incidemment que les parents d'enfants acteurs sont prêts à tout pour placer leurs enfants (question: votre enfant est-il confortable près de guêpes ou de frelons? réponse: oui, pas de problème) y compris à voir leur bébé payé pour être déguisé en Hitler. Et sinon, la spécialité de Sacha Baron Cohen reste le gag inapproprié poussé jusqu'au bout, plus c'est embarrassant voire lamentable, mieux ce sera: croyez-moi, avec la vie sexuelle de Brüno, on est servi copieusement... Le meilleur moment est sans doute celui où il se retrouve coincé, harnaché à demi-nu avec son petit ami, au beau milieu d'une manifestation homophobe de l'extrême-droite Américaine. Que toute l'équipe ait survécu au tournage est un miracle...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 10:19

Droopy se retrouve embarqué dans un remake de Dumb-Hounded, son premier film, qui est aussi comme son titre en témoigne inspiré du film Northwest-Mounted police de Cecil B. DeMille. Un loup s'évade, et prend la direction du grand nord Canadien pour se planquer, mais ce qu'il ne sait pas encore mais va ne pas trop tarder à savoir, c'est qu'il est suivi par le sergent Droopy McPoodle, un limier redoutable...

Le film reprend donc la formule simple de l'évadé qui doit systématiquement se retrouver face à son poursuivant, et réagir de façon toujours plus folle. Si certains gags sont repris plus ou moins verbatim (à commencer par le génial moment où le loup pressé sort du cadre de la pellicule sous nos yeux), le rythme s'est accéléré, et les torrents de fou-rire déclenchés par le précédent film ont poussé l'équipe à en rajouter: les réactions du loup sont ici encore plus folle que dans Dumb-hounded.

Sinon, on l'a échappé belle: Avery a cherché à donner une explication rationnelle à l'omniprésence de Droopy, ce qui aurait pu déboucher sur une séquence inutile. En lieu et place il termine le film par un emprunt à Tortoise beats hare, un de ses excellents films Warner: il n'y a pas qu'un seul Droopy...

 

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Published by François Massarelli - dans Tex Avery Animation