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12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 09:52

1944, quelque part en Espagne, un capitaine franquiste et sa troupe arrivent dans une grande maison au milieu des bois: le but, clairement, est de s'installer pour traquer à leur guise les derniers Républicains réfugiés dans la forêt... Le capitaine (Sergi Lopez) est accompagné de sa nouvelle épouse Carmen (Adriana Gil) et de la fille de celle-ci, née d'un premier mariage, Ofelia (Ivana Baquero). Celle-ci est réticente à l'idée que le Capitaine Vidal devienne son "nouveau papa", et prend très mal les insistantes remarques de sa maman à ce sujet: "tu devras essayer de l'appeler Papa"... Celle-ci est enceinte, et la grossesse ne se passe pas très bien. 

A leur arrivée, Ofelia commence à entrer en contact avec un monde parallèle, étrange et envoûtant, dans lequel elle est une princesse et son père ("un tailleur", nous dit-on laconiquement, on n'en saura pas davantage, pas même son nom. Même Ofelia...) n'est pas son père... Mais le vrai géniteur serait un roi, puissant et bienveillant. Un monde qui pour se rétablir a besoin du concours de la jeune fille.

Pendant ce temps, la grossesse dégénère, le capitaine massacre, torture et terrorise, et les Républicains résistent, aidés par un médecin et par la gouvernante du logis, Mercedes (Maribel Verdu). Ofelia rêve-t-elle, ou bien ses actions magiques en parallèle, aident-elles la situation à s'améliorer? Une question qu'on peut toujours poser, mais il n'est pas sûr que le film y réponde...

Non seulement le film est formidable par lui-même, sans besoin de quelque autre influence, mais la vision du Labyrinthe de Pan (le titre Français, incidemment, est jugé impropre par Del Toro dont le personnage magique de faune, n'est pas le dieu Pan) après la découverte de l'extraordinaire The shape of water est fabuleuse, tant les films se correspondent, se complètent mutuellement, étant tous deux un reflet intime de l'artiste Guillermo Del Toro: au-delà de sa maîtrise technique ébouriffante, de son inventivité impressionnante et de sa capacité à entraîner des acteurs dans ses envies (il en fallait pour la pauvre Ivana Baquero, qui a du en baver sur le tournage!), l'artiste est un plasticien, et un conteur avec des idées bien arrêtées. Les deux films partagent une vision du monde dans laquelle l'héroïne est une jeune femme décalée, délaissée, qui cache un secret tellement enfoui qu'elle ne le connaît pas elle-même (ici, il est évident que le tailleur n'est en effet pas son père, mais on a bien peur que le vrai géniteur soit cet abominable franquiste de capitaine Vidal), et dont le destin va changer grâce à ses relations avec une ou des créature (s) magiques...

Mais si dans The shape of water, c'est à la frilosité humaine des années McCarthystes que Del Toro s'est attaqué, avec dans le viseur, de toute évidence, une charge contre l'Amérique de qui-vous-savez, ici, c'est au souvenir paradoxal de la fin de la guerre d'Espagne qu'il se consacre. Paradoxal, car le reste du monde était en guerre: pas l'Espagne, qui était neutre, et d'ailleurs beaucoup de gens y sont passés en relative tranquillité avant de trouver refuge ailleurs... Mais, nous rappelle Del Toro, un fasciste espagnol en valait bien un autre. Cette toile de fond déjà présente dans L'échine du diable est ici entremêlée avec les aspects oniriques de l'expérience de la petite Ofelia, dans une structure qui aurait pu tourner au grand n'importe quoi: en lieu et place, on a une histoire fabuleuse (au sens strict du terme d'ailleurs), qui enchantera forcément, fera parfois peur, très peur, touchera nécessairement, et marquera durablement le spectateur.

Garanti.

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro Criterion
11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 15:39

Quand on aime le cinéma, il faut parfois savoir laisser de côté tout raisonnable et tout sens de la mesure... Et faire des arrangements avec l'idéologie aussi. Comment par exemple accepter de se vautrer aujourd'hui en spectateur conquis, devant Gone with the wind, devant The birth of a nation, voire devant M de Fritz Lang? Je m'explique: l'époque dans laquelle nous vivons, où le spectre du racisme, de l'intolérance et des extrémismes de tout poil n'incite pas à l'indulgence devant le romantisme d'un film qui semble proclamer l'importance de l'idée romantique du Sud à n'importe quel prix, ou même comme le fait le film de Griffith, désigner le Ku-Klux-Klan comme une sorte de sauveur de la cause Sudiste. Et que dire d'un film comme l'admirable oeuvre de Lang, peut être aussi bien interprété contre que pour la peine de mort? S'imagine-t-on dire "c'est un chef d'oeuvre mais"?

Je me pose ces questions sans les poser, c'est juste l'enseignant en moi qui s'interroge. Et ces questions , il est probable que Raoul Walsh, qui rappelons-le, était non seulement acteur mais aussi assistant réalisateur sur The birth of a nation, n'a pas pu ne pas se les poser, tout comme il a du se rendre compte du fait que le film qu'il réalisait ici allait forcément être comparé avec Gone with the wind, et allait forcément être un jour regardé sous toutes les coutures pour lui délivrer, ou non, un certificat de viabilité... Car ce dont parle Band of angels, c'est une fois de plus le coeur du vieux Sud, et je ne parle pas seulement des beaux paysages... C'est bien de cette fascinante identité construite sur les mensonges et l'ignominie de l'esclavage...

Et puis, si le cinéma st souvent basé sur la suspension de l'incrédulité, ici on est plus que servi: à l'instar d'un personnage de la nouvelle de Kate Chopin, Désirée's baby, Amantha Starr doit affronter une quête identitaire sérieuse: elle est, elle ne le sait pas, la fille d'une esclave, et lorsqu'elle l'apprend elle est vendue dans la minute, un peu en bonus gratuit d'un paquet de viande humaine: elle est presque un porte-clés. Mais l'actrice qui l'interprète, c'est Yvonne de Carlo, donc il nous faut accepter, pas d'autre choix si on veut que le film fonctionne... Il nous raconte les péripéties de la vie d'Amantha, la jeune femme élevée comme la fine fleur du Sud par un papa aimant, mais trahie par ses origines, et qui va dans sa "vie d'esclave" passer par beaucoup d'aventures en raison du paradoxe de son apparence. Vendue, achetée, convoitée, quasiment violée, et toujours sauvée in extremis, ou par des gens avec des idées derrière la tête...

Car le film, qui ressemble dans sa structure épisodique à une sorte de nouveau Gone with the wind avec réactualisation, est aussi et surtout une formidable galerie de personnages: outre Amantha Starr, qui a été élevée non seulement dans un certain raffinement, mais aussi avec une grande tolérance à l'égard des esclaves, nous faisons la connaissance de Seth Parton, le pasteur passionné qui milite pour l'abolition de l'esclavage, mais qui est prêt à coucher avec Amantha puisqu'elle est noire et que ça n'a pas d'importance; de Rau-Ru, l'esclave élevé par son patron comme un blanc, qui a des fonctions élevées auprès de son propriétaire, mais qui hait sa condition à plus forte raison parce qu'on a fait de lui un secrétaire rigoureux et efficace; et puis bien sûr il y a Hamish Bond, le vieux planteur, ancien trafiquant d'esclaves mais capable de se remettre en question comme il l'a fait un jour en Afrique devant le massacre d'une tribu. Au fait, c'est Clark Gable...

Et tous ces personnages tournent autour de la jeune Amantha, révélant dans une anecdote qui flirte avec les codes du roman initiatique, les véritables valeurs d'une société basée sur l'esclavage, mais aussi de ceux qui comme Seth la combattent. On a parfois l'impression que Walsh s'est donné comme mission de faire une sorte de Gone with the wind, mais à l'envers, car le souhait ardent de Manty Starr devient une sorte de préservation de son univers, quelle soit blanche ou noire. Et derrière Rau-ru, interprété avec sensibilité par Sidney Poitier, se cache une sorte de lutte interne pour le sens de la vie, car Rau-Ru apprend au terme d'une bataille avec lui-même qu'il n'est pas vraiment un esclave, à l'inverse de Manty Starr: derrière le souffle épique, la beauté plastique ébouriffante de ce film, le vieux renard qu'est Walsh ne peut s'empêcher de diffuser une cruelle ironie, accomplissant avec Band of angels un film que les historiens auront beau jeu de trouver louche, ça ne le rendra pas moins magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 08:39

Deux hommes sortent d'un motel pour prendre la route, l'un d'entre eux va payer, dit-il, pendant que l'autre attend au volant. Le temps passe, et il s'impatiente: puis l'autre revient. celui qui attendait va à son tour dans le bureau pour chercher de l'eau (jusqu'à présent le film se résumait à un plan-séquence) et quand il y arrive, il y a deux cadavres. Une petite fille apeurée arrivé: il la tue.

Comme ça, si le titre ne nous suffisait pas, nous sommes doublement prévenus... Et ça tombe bien, parce que la demi-heure qui suit est entièrement consacrée à autre chose, une petite histoire Américaine comme il y en a des centaines: dans une petite bourgade du Midwest, un couple avec deux enfants mène une vie tranquille... Tom Stall (Viggo Mortensen) et sa femme Edie (Maria Bello) ont une petite affaire tranquille, un snack qui ne désemplit pas; Jack, le grand fils, se rend au lycée où il se maintient à flot en essayant de ne pas céder à la violence ambiante, et la petite Sarah est encore trop petite pour avoir des soucis. Chacun mène sa petite vie, jusqu'au jour où les deux hommes font irruption dans le snack-bar, et menacent Tom. Dans la confusion, il se saisit d'une arme et abat les deux malfrats, sauvant ses clients... Il est un héros, il passe à la télévision... Et c'est le début des ennuis: trois mafieux débarquent quelques jours plus tard, et proclament que Tom est en réalité Joey, un tueur redoutable disparu une vingtaine d'années plus tard, et que son frère, un patron du crime organisé à Philadelphie, souhaite le voir...

Peut-on, aux Etats-Unis, échapper à la violence? C'est la question posée par le film, qui établit de deux façons qu'elle est de toute façon partout (au lycée, d'une part, où Jack se fait vraiment harceler par un minable local, le genre qui est persuadé que le sport c'est la vie et la vie le sport, bref un con, mais aussi dans la vie des adultes où n'importe quoi peut arriver) et pire, qu'elle est parfois nécessaire (quand Jack, à bout, se défend et distribue les bourre-pifs, ça fait du bien, et Tom doit tuer de sang-froid pour protéger sa clientèle, mais aussi son anonymat)... Sauf qu'elle débarque sans prévenir dans la vie de gens qui ne lavaient pas convoquée. Pour Edie, la découverte que son mari est un ancien criminel est une crise majeure, la réalisation qu'elle a vécu dans l'ombre du mensonge d'un homme qu'elle aime, mais dont elle ne connaît pas l'identité profonde. Pourtant Cronenberg avait commencé pas nous montrer les deux vieux mariés en jeunes tourtereaux, qui s'amusent à rejouer une scène d'adolescence où Edie se déguise en cheerleader pour exciter son mari...

Le film est âpre, souvent ironique, mais c'est surtout, de par sa structure même, la mise en scène frontale et rigoureuse, et sa lenteur calculée, un vrai western, dans lequel l'ombre de classiques (Shane en tour premier lieu) passe... Un film dur aussi, où le pessimisme du réalisateur face au devenir d'une humanité qui est assez prompte à tuer, mais aussi à glorifier celui qui tue (ou même simplement celui qui s'assume par la violence, tel Jack). La violence non seulement préside à la vie des adultes, ais elle fait partie de l'héritage naturel laissé aux enfants, comme le prouve le destin de Jack (le personnage qui est choisi pour faire passer une transition majeure à la fin du premier acte, et ce n'est pas un hasard). C'est un très grand film...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir David Cronenberg
9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 08:08

Il aura fallu attendre les années 60 pour que McKimson, animateur respectable mais réalisateur d'une lourdeur et d'une insipidité presque révoltantes, se décide enfin à essayer de retrouver de l'intérêt dans son métier... Et ça passe par une poignée de films nettement plus intéressants que la plupart de ses contributions au canon des Looney Tunes...

Témoin ce petit conte tendre, narré par la voix très générique d'un garçonnet qui nous parle de son chien, un cabot rondouillard, un peu lent et un peu limité, avec un léger décalage entre le commentaire (affectueux) et les images (Bartholomew le chien, c'est quand même un bon gros balourd)... Et l'affaire de la vie de Bartholomew, c'est sa haine des roues, qui le pousse à poursuivre tout ce qui roule, pour les mordre!

Ce qui va le faire voyager... 

Le dessin, très travaillé, est rond lui aussi, schématique, et les personnages ont des couleurs simples, la plupart du temps une seule: les chameaux, les éléphants dans la section "exotique" de ce film ont une palette de couleurs qui renvoie aux recherches graphiques d'un Morris...

C'est séduisant, sympathique, court, et je le répète, bien meilleur que tout ce que Mc Kimson a pu signer dans sa longue carrière, avec Bugs Bunny, Daffy Duck et consorts.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes
9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 07:59

Dès le départ on sent qu'il y a quelque chose de changé: ceci est le premier des Looney tunes à disposer du nouveau générique, tout en ligne, abstrait, coloré et bref... Et il n'y aura pas que ça qui change. Le film, co-signé par Maurice Noble, le décorateur préféré de Jones, aurait tout aussi bien pu être attribué à l'ingénieur du son Treg Brown, car comme le titre l'indique assez clairement, il y est question de son...

Il n'y a pas d'histoire, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de continuité. Le cartoon suit en effet un enchaînement de pensée, dans lequel tout tourne autour du son, de l'effet produit par le son, de l'association entre image et son, de la dissociation entre image et son, et de l'association d'idées qui naît d'un son... Tout un programme, dans lequel le générique devient d'ailleurs partie intégrante du film! 

C'est intéressant, intrigant, et ça possède un point commun avec l'abominable Old Glory, réalisé en 1939 par Jones: ce n'est jamais vraiment drôle! Mais ce qui était un handicap de poids pour Old glory, tourne ici à l'avantage de ce bien curieux film, qui maintient notre attention quoi qu'il arrive.

 

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Animation Looney Tunes
8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 18:22

C'est de cette façon que certains des personnages emblématiques de la Warner sont nés: prenez le Coyote et le Roadrunner, par exemple, Chuck Jones et Michael Maltese avaient envie de s'amuser entre deux Bugs Bunny ou deux Daffy duck... Et ils ont créé un univers entier, qui a donné lieu à un nombre impressionnant de cartoons. C'est en créant par hasard un oiseau famélique dans un de ses cartoons que Bob Clampett a créé Tweety Pie... Michigan J. Frog (le nom est venu plus tard) est le héros paradoxal de ce cartoon unique, et par contre, il n'y en a qu'un.

Un ouvrier découvre, dans les fondations d'un immeuble New Yorkis qu'il vient de contribuer à détruire, une boîte. Dans cette boîte, une grenouille... Qui chante et danse, avec un répertoire assez varié, en plus. D'où une certitude: il vient de trouver la fortune. Sauf que la grenouille chante et danse, oui, mais uniquement quand il est seul...

C'est un exercice de style, d'une époque où Jones poussait son dessin vers un trait de plus en plus schématique, ais ce qui compte essentiellement ici c'est l'interaction entre un univers muet (nul ne fait entendre sa voix dans ce film, à part la grenouille) et une grenouille certes loquace, mais pas communicative. La démonstration, sur l'absurdité de l'appât du gain et de la vie en général, est cinglante, parfaite, et du coup... il n'y en a qu'un.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Chuck Jones
8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 14:57

Ce film est un classique, mais c'est surtout une oeuvre dont on entend parler sans vraiment la voir... Le film de Lamprecht est la première adaptation d'un roman de Erich Kästner, qui fut un phénomène de librairie dès sa sortie en 1929. Et pour continuer à inspecter le pedigree du film, rappelons que si Kästner a contribué au script, celui-ci est signé de Billy Wilder (qui orthographiait Billie à cette époque reculée), et de Emeric Pressburger, qui en revanche n'est pas crédité...

Le petit Emil Tischbein quitte sa coiffeuse de mère pour un séjour à Berlin, où il doit retrouver sa grand-mère. Il porte sur lui 140 marks pour sa grand-mère, et n'est pas peu fier de prendre seul le train et de voyager comme une grande personne. Au début, le compartiment est bondé, mais finalement il se retrouve seul en compagnie d'un curieux bonhomme, qui non seulement lui dit des absurdités, mais en plus paraît profondément louche. Il lui donne un bonbon, et Emil plonge dans l'inconscience... Arrivé à Berlin, il se rend compte qu'il a été volé, mais n'ose pas se plaindre à la police, car quand il était chez lui, il s'est livré à quelques farces douteuses aux dépens du pandore local. Il suit donc le malfaiteur et va bien vite trouver de l'aide auprès de gamins des rues de Berlin, des débrouillards dans son genre, qui se sont auto-proclamés "les Détectives"...

C'est l'un des quelques grands films de la fin de la République de Weimar, l'un des rares qui en plus, parle... Quoique, on n'y parle que peu, et toujours à bon escient. Lamprecht, touche-à-tout, trouve dans cette histoire pour sourire le prétexte à montrer l'entraide des petites gens contre la malfaisance, sans avoir besoin comme Lang de convoquer une histoire abominable de meurtre d'enfants... Il y a pourtant en Fritz Rasp, l'immense acteur qui joue le bandit, beaucoup plus que de la malhonnêteté: c'est un peu une figure satanique, surtout vu des yeux naïfs d'un enfant... Emil n'est pas un petit ange, comme le prouve un prologue particulièrement intéressant (et totalement muet) dans lequel on le voit se payer la tête d'un policier local en collant une moustache similaire à la sienne, et une casquette, à l'imposante statue d'un square...

Mais le film joue la carte de l'humour, du volontarisme, et montre comment se prendre en mains, avec un esprit typiquement boy-scout qui est celui des années 30, et d'ailleurs, à la fin, Emil et les "Détectives" se rendent en avion pour retrouver Mme Tibschein, et sont accueillis par une foule de fans en délire, comme Tintin à la fin de ses premières aventures. Au-delà du portrait tendre, de l'enfance éternelle et positive, le film incarne un peu malicieusement toute une époque, à deux pas d'Hergé et ses gamins Bruxellois...

 

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Published by François Massarelli - dans Gerhard Lamprecht Comédie Billy Wilder
8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 07:16

Dans le Montana, en 1866, deux hommes tentent avec difficulté de passer un col enneigé, avec leurs chevaux; ils peinent, et pour cause: l'environnement les change de leur Texas d'origine... Ce sont les frères Allison (Ben, Clark Gable et Clint, Cameron Mitchell) , deux anciens confédérés qui ont quitté le Sud pour changer de vie, et passer à autre chose... et accessoirement se rapprocher de mines d'or. Ils enlèvent un éleveur et notable, Nathan Stark (Robert Ryan), après avoir tenté de lui soutirer de l'argent, mais pendant qu'ils trouvent refuge dans une cabane, il les convainc de s'associer avec lui, car il a besoin d'aide pour une grosse affaire: ramener un troupeau géant pour le vendre dans le Montana. En chemin, ils vont venir en aide à une jeune femme, unique rescapée d'une attaque d'Indiens: Nella Turner (Jane Russell) a vécu, elle est habituée à vivre à la dure, et le coup de foudre avec Ben Allison est réciproque. Sauf que lui a tendance à se contenter de ce qu'il a, et elle souhaiterait s'élever un peu... Après une nuit partagée par les deux, ils vont se fâcher, et Nella va trouver refuge auprès de Stark...

C'est un western modèle, épique et totalement satisfaisant, où Walsh retrouve le souffle narratif de The big trail (Dont il reprend d'ailleurs certains épisodes, dont le difficile passage des chariots à flanc de montagne), les grands espaces aussi... Et il livre une fois de plus une méditation sur l'homme Américain, un peu revenu toutefois, non seulement du romantisme Sudiste, même si les frères Allison sont bien deux héros positifs qui en participant à la cause confédérée, ont tout perdu, mais aussi du mythe de la destinée manifeste... Nella Turner, personnage complexe et riche, interprétée avec verve par Jane Russell, se retrouve face à trois hommes qui représentent à eux seuls une sorte d'état des lieux du western...

Nathan Stark, l'ambitieux et riche notable, représente l'homme qui a oublié sa part de nature, et se jette corps et biens dans les causes douteuses. Il est riche, certes, il a de l'influence, mais est-il un "tall man", un homme d'envergure tel que le rêve Nella? Il a tellement oublié son humanité qu'il parle de la jeune femme comme d'une possession. Clint Allison est lui beaucoup plus 'nature'; un peu trop en fait. Il boit, a la gâchette facile, ne souhaite pas avoir d'attaches, et possède quand même de sérieuses qualités de scout. Ce qui lui coûtera la vie... Il est le prototype même du cow-boy sans avenir. Enfin, Ben, un homme qui a eu des causes lui aussi, et ne les a pas oubliées, même si son pragmatisme lui docte de ne pas s'acharner. Il se présente, à deux reprises, comme un quart Comanche, et est au plus près de la nature. Il est dur, mais a son propre code d'honneur... C'est bien sûr lui, l'idéal de Nella, mais il faudra qu'elle abandonne ses rêves de grandeur pour pouvoir l'accepter...

Et toute cette histoire est contée avec grandeur par Raoul Walsh, dans un Cinémascope de luxe (Raoul Walsh, ne l'oublions pas, est un ds pionniers de l'écran large, et sait parfaitement composer ses plans en fonction du dispositif du Cinemascope) et  un Technicolor aux belles teintes bien plus réalistes que d'habitude. La palette choisie n'est pas rutilante, elle est juste. Des monts enneigés du Montana (des images qui ne trichent absolument pas) au convoyage de milliers de vaches dans les plaines arides du Texas, de bivouac en embuscade d'Indiens, Walsh nous donne à voir un des derniers westerns classiques et épiques, avant les remises en cause des années 60, sans jamais perdre en crédibilité. Lui qui a toujours affiché avec insistance une sympathie pour la cause Sudiste (pas l'esclavage, l'indépendance des états), nous montre surtout comment les hommes avancent et comment l'Ouest aurait pu être à la fois conquis et préservé, avec des hommes comme Ben Allison: un homme d'envergure.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 08:48

Nous faisons la connaissance d'une poignée de femmes, qui vivent ensemble et pratiquent le même travail: elles sont prostituées, plus ou moins de luxe, car elle fonctionnent sur rendez-vous dans les hautes sphères de la société. Leur spécialité, c'est de se faire inviter pour les soirées délirantes organisées par les dignitaires Saoudiens en voyage. Nous faisons la connaissance de Soukaina (Halima Karaouane), qui rêve de se trouver un prince Saoudien, mais reste très attachée à un clochard qui peut être très violent, de Randa (Asma Lazrak), dégoûtée du métier qui la pousse dans les bras des hommes, alors qu'elle préférerait des clientes, de Hlima (Sara Elhamdi Elalaoui), la petite paysanne enceinte qui commence le métier, et qui a tout de la "tête brûlée" et enfin de Noha (Loubna Abidar), la doyenne de tout ce petit monde, qui essaie tant bien que mal de les mener à la baguette, mais qui cache une situation terrible: rejetée par sa famille qui s'occupe de son petit garçon, elle doit en plus penser pour toutes ses copines...

Si le film s'attaque au cas de la prostitution, du'ne façon très réaliste, ce n'est pour autant ni misérabiliste, ni de l'exploitation pure et simple. C'est un portrait d'un groupe au passage très féminisé, où les rares hommes (à l'exception de Saïd, le chauffeur et homme à tout faire de la bande, interprété par Abdellah Didane) sont des travestis qui rêvent d'Europe et d'opération. Et ces femmes, qui font un métier qu'évidemment on ne souhaite à personne, répondent pourtant à un besoin explicite de la société. Ca va même plus loin, car dans les anecdotes du film liées aux princes Saoudiens, des sacrés fêtards, il y a l'histoire de Soukaina et de son Saoudien attitré (Enaamane El Haulaili) qui fanfaronne, passe ses nuits avec la jeune femme, mais ne peut absolument pas coucher avec elle; quand elle découvre qu'il est gay, sa réaction à elle est inappropriée, mais la sienne, en se sachant débusqué, est ultra-violente: les filles accompagneront leur amie au poste pour porter plainte, mais elles devront subir l'affront d'une plainte à leur égard... Vous le verrez plus tard, cet épisode est tristement prémonitoire.

Pourtant, le film montre aussi qu'il y a une vie pour ces quelques femmes modernes, souvent habillées à l'occidentale, qui rêvent comme Randa d'un ailleurs (L'espagne où elle souhaite s'exiler, ou la douceur des amies), qui se serrent les coudes. Et le film est assez clair, le système du pays, foncièrement patriarcal, leur fait une place, tant qu'elle n'en abusent pas, et surtout tant qu'elles se contentent de faire ce qu'on veut d'elles. Jusqu'aux clients étrangers qui s'attendent à une soumission à leurs moindres désirs. Et paradoxalement, si elles ne sont pas libres, en tout cas ces prostituées bénéficient d'une sorte de traitement de faveur dans la mesure où elles peuvent se permettre des licences (tabac, cocaïne, alcool), qui bien sûr ne sont pas de ce qui est favorisé par les bien-pensants parmi leurs clients: beaucoup d'hypocrisie, donc...

Le style choisi par Ayouch est quasi documentaire, et il a choisi de placer sa caméra au plus près des corps, ce qui a profondément gêné les quelques détracteurs du film, qui en réalité n'en ont sans doute pas vu la vraie version... Des détracteurs qui n'ont sans doute aucun problème avec le "système" décrit dans le film, où chaque rouage (prostituée, facilitateur, client) a sa place, et qui est une machine bien huilée) mais qui n'ont aucun problème non plus à traiter explicitement l'actrice Loubna Abidar de "pute", ignorant totalement le courage de la jeune femme. Derrière la prostitution, c'est toute la condition féminine au Maroc, un pays pourtant réputé "avancé", qui est pointée du doigt.

On a écrit beaucoup de bêtises sur ce film sans fards, et je tiens à préciser que j'ai vu la seule version approuvée par Ayouch, la seule qui soit effectivement sortie: en effet, une version de trois heures, probablement un montage de travail qui n'était absolument pas destiné à être vu en dehors des membres de la production, a fuité peu de temps avant la sortie, et dans certains pays où le film n'est pas sorti, cette version indigne et parfois très explicite était la seule visible. D'où l'égarement d'un certain nombre de commentateurs, qui considèrent que le film est beaucoup trop long, et d'où surtout les ennuis subis depuis cette fuite par Loubna Abidar, traitée de prostituée sur les réseaux sociaux, et attaquée physiquement: embarquée de force dans une voiture, elle a été frappée avant d'être jetée du véhicule, et a dû en prime subir la moquerie des policiers auxquels elle s'est adressée. Son crime, tout simplement, était d'avoir participé à un tournage extrêmement réaliste... On n'ose imaginer ce qui lui serait arrivé si elle avait tourné avec Abdellatif Ketiche. Elle a décidé de s'exiler pour la France, et on lui souhaite de relever la tête et de continuer son métier, elle est formidable...

En attendant, c'est précieux de pouvoir voir un film comme celui-ci, mais la difficulté dans laquelle s'est trouvé Ayouch (le film est sorti au Maroc, mais on ne peut pas dire qu'il y ait été bien accueilli), et les ennuis subis par Loubna Abidar, nous font craindre pour l'avenir... A suivre.

 

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Published by François Massarelli - dans Afrique du Nord
6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 16:50

Un ronin dont l'épouse se meurt de la tuberculose accepte à contrecoeur un travail qui consiste à faire le garde du corps pour un clan de bandits sans foi ni loi; un frère et une soeur, qui ont perdu leur famille, massacrée par un groupe de bandits, se cachent derrière le déguisement de deux geishas, qui détroussent les clients de leur activité; une femme, veuve, se désole de la tournure que prend la vie de son neveu, un fainéant qui ne pense qu'à jouer... C'est dans un contexte qui est au confluent de toutes ces intrigues que Zatoïchi, le légendaire masseur aveugle extrêmement doué de son sabre, vient passer quelque temps dans un village...

...Les habitants, du moins ceux qui survivront, s'en souviendront certainement.

C'est une commande qui est faite à Kitano de faire revivre la célèbre franchise de plus de vingt films, qui a été créée depuis les années 60 et les romans de Kan Shimozawa... Loin de ses films habituels, le cinéaste et acteur y a vu une occasion de se frotter au film de sabre, l'un des genres fondateurs du cinéma Japonais. Et si possible de le dépoussiérer un peu...

Le résultat est une réussite, autant par les aspects du film qui se conforment au genre et en particulier à la légende de Zatôichi, mais aussi par un certain nombre de transgressions subtiles... Et d'autres qui le sont moins: en particulier Kitano dans son choix de couleurs a favorisé le rouge, en poussant au maximum les scènes sanglantes. Le baroque des scènes de combat dépasse en effet la violence codifiée des films de la franchise. Et l'humour déployé dans ce film qui s'amuse constamment de ce qui est souvent pris au sérieux dans les films Zatôichi des années 60, à savoir le paradoxe du héros aveugle tout puissant... Au point de se livrer à ce qui est peut-être une transgression de trop, sur la fin, mais c'est un point de vue personnel sur un aspect probablement mineur...

Sinon, le film vire inévitablement à une sorte de réflexion sur le genre, sa violence, sa chorégraphie, et Kitano s'amuse à interroger certains codes, notamment la division prude des caractères entre hommes et femmes: le frère et la soeur, déguisés en geishas, vivent bien du sacrifice sexuel de l'un d'entre eux, mais celui qui "se dévoue" pour plaire aux vieux cochons, c'est le garçon. A la fin du film, quand quelqu'un lui dit 'cesse donc de t'habiller en femme', il répond que ça lui correspond... Ce sont là des détails d'un film qui fourmille d'anecdotes, et interprété avec tendresse par des acteurs qui connaissent le genre et ses façons de faire. Kitano cinéaste et acteur s'est fait plaisir, et globalement, c'est vraiment partagé...

 

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Published by François Massarelli - dans Takeshi Kitano Zatoichi