Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 17:25

Décembre 1983: les Talking heads investissent les planches du prestigieux Pantages à Los Angeles, qu'ils comptent bien remplir de gens et de sons. Le concept, pour ce groupe fer de lance de la New Wave Américaine, est de reconstruire littéralement un groupe et son public à partir de rien: David Byrne (Chant, guitare) arrive donc sur une scène nue et pas préparée, une guitare à la main, et s'approche du micro pour chanter Psycho Killer, le premier single du groupe (de 1977), seulement accompagné d'une cassette dont le son vient d'un gros magnétophone posé à ses pieds: un ghetto blaster, comme on disait alors, en cette époque de fusion des genres et de rap naissant.

Puis il est rejoint par la bassiste du groupe Tina Weymouth, pour interpréter Heaven; Chris Frantz (batterie) et Jerry Harrison (Guitare et claviers) les rejoignent sur respectivement le troisième et quatrième morceau, puis les musiciens continuent à s'ajouter à la formule, pendant que les petites mains s'affairent à construire au fur et à mesure le décor du spectacle. Une fois tout ce petit monde (avec en plus des quatre membres, rien moins que cinq musiciens: deux choristes, un guitariste, un clavier et un percussionniste) en place, la mise en scène continue, constamment changeante: des projections font évoluer le décor, Byrne et Weymouth changent de tenue, cette dernière chante d'ailleurs une chanson (Genius of love) en grande prêtresse de l'encore plus avant-gardiste Tom Tom Club, et un éclairagiste se promène tranquillement dans les rangs des musiciens pour les illuminer de spots qui projettent des ombres changeantes...

Et durant tout ce temps, le groupe assure. Certes, en cette fin 1983, le groupe est plus qu'installé et respecté. Mais la façon dont le concert se passe est purement magique: une énergie folle de tous les instants anime ces neuf musiciens, les chansons sont une fusion constamment excitante de simplicité harmonique et de polyrythmie avancée, l'Afrique (dont le groupe a commencé à s'inspirer avec le superbe album Fear of music en 1979 est ici combinée d'éléments funk particulièrement bien assumés... qu'ils soient membres permanents ou "employés", les neuf artistes donnent tout et sont traités à même enseigne, par un David Byrne qui assure à lui tout seul une partie impressionnante du show, mais l'essentiel, bien sûr, c'est la musique: et là, on est servi, le groupe ayant suffisamment de bonnes choses à son actif pour que le spectacle soit réussi. Donc, pas un seul temps mort, pas un moment de repos.

Et on voit bien ce qui a intéressé Jonathan Demme, un documentariste passé chez Corman, ou un fictionniste chevronné fasciné par l'intrusion du documentaire, on ne sait plus très bien: car un groupe qui expose sa mise en scène dans toute sa nudité, tout en jouant live des chansons que personne ne peut réussir - ou rater- à sa place, c'est du pur documentaire avec de vrais morceaux de tension dedans, et ça peut, si c'est bien fait, faire un film formidable.

Et c'est exactement ce que les Talking heads et Jonathan Demme ont fait: un chef d'oeuvre, de part et d'autre. Le metteur en scène, qui fera interpréter live la chanson Heaven dans Philadelphia (où Denzel Washington citera aussi le titre de la chanson Making flippy floppy) se souviendra longtemps de cette expérience enrichissante.

PS: oui, bien sûr, les Talking heads interprètent les fabuleux Once in a lifetime, Life during wartime et Take me to the river

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Musical Jonathan Demme Danse
25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 17:13

Olivier (Sébastien François) attend sa petite amie Laurine (Shannen Ricci) qui le rejoint pour les vacances: ils se sont connus à Paris où ils sont tous les deux en fac, et il l'a invitée à faire le voyage depuis la côte d'azur pour le rejoindre dans sa famille à Bréhat. 

La première scène installe le ton, en prenant sans crier gare le point de vue des copains d'Olivier, qui attendent avec lui que Laurine débarque du bac qui l'amène depuis le continent: ils ne la connaissent pas, et leur première impression est disons, assassine: la jeune femme est en réalité des pieds à la tête le cliché absolu de la "bimbo", du short rose moulant au mini T-shirt flashy, en passant par les cheveux décolorés, le fuschia à lèvres et les sandales à semelle compensée... Sitôt arrivée, sitôt jugée...

Tous les efforts que feront Laurine la condamnent de suite, et l'environnement immédiat d'Olivier en prend pour son grade: c'est le constat de ce film malin qui montre bien vite qu'il est toujours absurde de juger une personne sur son apparence, mais ça va même un peu plus loin: l'image de la femme est ici jaugée, analysée, et le constat est amer: à Laurine, qui vient de se défendre contre la tentative d'un oncle aux mains baladeuses, on dit facilement "franchement, il ne te voulait pas de mal: ce n'est pas méchant", suivi d'un inévitable "et puis, tu as vu comment tu es habillée?"...

La comédie est donc trompeuse, mais aussi profondément amère, et il fallait des acteurs justes. Et on évite le piège Rohmerien, heureusement: la plupart de ces jeunes (et moins jeunes) gens sont compétents et naturels, sans tomber dans aucun des deux travers du cinéma français: soit de demander à des acteurs élevés dans le XVIe arrondissement de mimer la jeunesse en déroulant des alexandrins, soit de dire quatorze fois "putain" à la minute... Une bonne, et attachante surprise, que ce moyen métrage sensible et malin.

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie
23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 17:03

Les partisans de la politique des auteurs en seront pour leurs frais... en attendant, ce film intrigant et puissant a bien été vendu comme un western, dans le cadre de la production de films de genre par Cecil B. DeMille, qui était soucieux de remplir les salles afin de pouvoir continuer à financer ses projets coûteux. William K. Howard est ce qu'on appelle un solide technicien, et on lui doit quelques films intéressants: celui-ci est sans doute au sommet de la pyramide... Probablement par accident d'ailleurs!

Dans la ferme du père Carson (George Nichols), on élève des moutons. Ca nécessite du personnel, bien sûr, d'autant que le père est maussade: son fils (Kenneth Thompson), qu'il a élevé tout seul, est marié, et il n'aime pas sa belle-fille. Celle-ci (Jetta Goudal), pourtant, est adorable, loyale et volontaire, et particulièrement soucieuse de réussir à se faire accepter par son beau-père. Mais la routine s'installe, et le vieux Carson n'en démord pas: il estime qu'elle ne vaut rien. Quand un ouvrier de passage (George Bancroft), un dur à cuire un peu fort en gueule, vient travailler pour lui, il voit que le nouveau venu cherche à tourner autour de la jeune femme. Plutôt que de l'empêcher, il souffle sur les braises...

C'est âpre, et pour tout dire assez austère. Le film est un huis-clos dans l'essentiel de sa durée, et si un personnage d'ouvrier un peu gauche (Clyde Cook) vient apporter un peu de comédie, le ton est grave. On sent très vite que le conflit qui se joue (contrairement à celui qui est au coeur de City Girl de Murnau, assez similaire par certains côtés) est et restera entre Nichols et Goudal. L'actrice, qui était une découverte de DeMille, est fantastique, réussissant sans jamais perdre en cohérence à osciller entre la fragilité et la douceur d'une femme sur laquelle le ciel tombe, et la force de caractère d'une personne sûre de son bon droit, et qui est confrontée à trois caractères d'hommes qui la révoltent: au premier, la méchanceté et la mauvaise foi; au deuxième, la lâcheté; au troisième, la duplicité et la luxure... 

La mise en scène adopte très vite une linéarité intéressante, tout en concentrant l'essentiel du point de vue autour de Jetta Goudal. Si le premier plan nous montre Nichols sur son rocking-chair, le bruit fait par les ressorts nous permet de comprendre que le bruit indispose la jeune femme... Ce qu'il sait d'ailleurs probablement! Et une conversation à bâtons rompus entre père et fils, à table, est vécue par la jeune femme qui se noie dans leurs propos sur le bétail: pour illustrer cette conversation sans intertitres, on nous montre des surimpressions envahissantes du troupeau... Enfin, la scène-clé du film, celle qui va occasionner la confrontation finale entre les trois membres de la famille Carson (la jeune femme a été "visitée" par Bancroft durant la nuit), est absente, volontairement: à nous de nous situer, moralement, comme la jeune femme le demande à son mari qui l'accuse un peu trop rapidement...

Le western n'en est pas vraiment un, par contre les liens avec d'autres films de l'époque sont nombreux: comme Sunrise, White Gold est une épure. Comme le film de Murnau (sans pour autant être un tel sommet bien sûr), il se passe souvent de titres inutiles. Comme The Wind, de Sjöström, il est la confrontation d'une femme qui n'est pas préparée à la dureté de la vie chez les pionniers; et comme City Girl, de Murnau, White Gold est un tableau sans compromis de la vie campagnarde, qui se tient bien à l'écart des clichés du paradis pastoral...

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1927 **
23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 10:11

J'avais franchement été emballé par le premier film de cette nouvelle série qui semblait inaugurer d'un univers différent, plus adulte et généralement gentiment allusif à l'autre partie du monde de J. K. Rowling, qu'on n'appelle pas parfois le Potterverse pour rien... Mais ce deuxième film n'est pas du même acabit... Le rôle de ce deuxième chapitre d'une saga qui contrairement à Harry Potter ne vient pas directement d'une source littéraire, est d'installer les spectateurs dans la durée, de donner à voir quelques bribes d'une intrigue dont on devine qu'elle sera noire et qu'elle coïncidera fortement avec la noirceur historique des années 30: ce prélude au chaos est situé en 1927...

Mais le problème, justement, c'est la façon dont la production doit gérer un mélange entre narration, passages obligés, références au Potterverse, allusion à la sacro-sainte mythologie, efficacité, action, et magie... Profitant de décors superbes (dont Paris, totalement sous-exploité), David Yates se contente d'accumuler les morceaux de bravoure de ses personnages sans prendre une seconde pour leur donner la moindre substance. L'intrigue est une ligne d'événements parfois plus ou moins clairs, avec des personnages sympathiques ou non dont on sait qu'à un moment, il devront franchir une ligne: bons ou mauvais... Et on se raccroche au futile, à l'artificiel: tel personnage est lié à l'autre univers, par son nom, parce qu'il ou elle a été cité(e) dans tel chapitre de Harry Potter: comment voulez-vous qu'on s'intéresse à Johnny Depp en super-méchant après ça? Et pourtant, l'entrée en matière, une évasion spectaculaire où on ne l'entendra pas prononcer un mot, est vraiment très réussie... Mais après l'acteur, pas doué pour la subtilité, se lâche et fait ce pour quoi on l'a engagé: trop.

Mais ce qu'on avait aimé, dans le premier film, c'est précisément de suivre un personnage (Newt Skamander), mal-apprécié dans ce monde où TOUT, absolument tout, est supervisé jusqu'à l'extrême, et voir comment il allait pouvoir y mener sa petite vie d'excentrique en toute liberté, et y déployer en toute maladresse un bestiaire totalement décalé. Cette liberté poétique, réduite à sa plus simple expression, fait ici cruellement défaut, au milieu d'une machine bien huilée... mais vide de sens.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Harry Potter
22 mars 2019 5 22 /03 /mars /2019 11:13

Le dernier film retrouvé de Harold Lloyd est ce court métrage d'une bobine, qui sans être son chef d'oeuvre, est après tout de bonne facture: il enchaîne les quiproquos avec agilité et sans temps morts...

Harold et Bebe Daniels sont mariés, ils ont tout pour être heureux, y compris un berceau garni d'un adorable... chien. Mais un événement qui se produit alors qu'Harold est en ville va les mettre dans l'embarras: un bandit masqué (Snub Pollard) qui vient de voler le portefeuille d'un homme âgé prend Harold en otage, et échange ses vêtements avec lui. Désormais, Lloyd est l'ennemi public numéro un...

C'est du slapstick, du vrai, et il est assez étonnant de voir que le film commence justement par la vision d'une certaine quiétude domestique. C'est à ma connaissance la seule fois que Lloyd tente cette approche dans son oeuvre, du moins avec sa première partenaire Bebe Daniels. Mildred Davis, elle, jouera l'épouse légitime dans I do, et Jobyna Ralston dans Hot Water. A chaque fois Lloyd fera du reste le même constat: il était mal à l'aise pour trouver un créneau satisfaisant pour des gags dans ce domaine.

Ce que je trouve sévère: il s'en tire très bien, surtout ici et dans Hot Water... Pour finir sur ce film rare, il n'en a été conservé que deux copies, toutes deux sur support 28 mm, probablement complètes...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Muet
22 mars 2019 5 22 /03 /mars /2019 10:58

Un jeune homme, travailleur et dynamique, sort avec sa petite amie: ils vont au théâtre... sauf qu'il n'a pas les entrées, et qu'au moment de la rejoindre, un quiproquo fait qu'il est pris pour un joueur de base-ball. Son meilleur copain profite de son absence pour proposer à la jeune femme (passablement mécontente) de l'accompagner... à un match de base-ball, bien sûr!

La place de ce film dans l'histoire est assurée, et pour cause: Lloyd trouvait que son personnage à succès, Lonesome Luke, avait fait son temps, il souhaitait lui donner meilleure allure, et un plus grand réalisme, bref, en faire un "monsieur tout-le-monde"... le résultat est ici l'apparition, pour la première fois, du personnage de ce jeune homme dynamique avec des lunettes... Qui évolue pourtant dans un cadre qui est proche de celui de Luke, mais cette fois il a un travail, une vie plausible, donc.

Avec Lloyd, on retrouve toute l'équipe des Lonesome Luke, à savoir Bebe Daniels et son caractère, le concurrent/rival/copain à moustache de morse, Snub Pollard, et Bud Jamison qui joue les utilités. Et ce film sent l'improvisation, je pense que Roach a du négocier auprès d'un club sportif pour utiliser les temps morts d'un match de base-ball, et que ces scènes ont été tournées vite-fait, bien fait. Du reste, Lloyd se lâche complètement en une parodie géniale de base-ball, qui ne va pas très loin pour autant. 

Il ne reste de ce film qu'une version très abrégée: des probables dix à douze minutes de l'original, on ne conserve que 5 petites minutes, sauvegardées sur une copie 9.5mm. Mais au moins, on les a! Sinon, un crédit incompréhensible attribue sur plusieurs sites la direction du film à J. Farrell McDonald. Ce dernier, célèbre pour ses rôles chez John Ford dans les années 20, 30 et 40 (il a une filmographie distinguée, puisqu'on y trouve aussi bien Sunrise que My darling Clementine) était bien réalisateur à cette époque, mais il était en charge des sujets de prestige et des serials à la Universal. je doute fortement qu'il ait été amené à réaliser pour Roach un film d'une bobine, donc je m'en tiens à la version plus raisonnable d'une mise en scène assurée par Lloyd lui-même, ce qu'il faisait effectivement souvent, en alternance avec Roach et Alf Goulding, dans les années 10.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Harold Lloyd Comédie
20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 22:35

Helen Faraday a rencontré son mari alors qu'elle se baignait dans une rivière en compagnie d'autres danseuses; il était en vacances en Allemagne et elle faisait partie des curiosités locales... devenue mère de famille aimante aux Etats-Unis, il va falloir qu'elle redevienne une artiste car Ned Faraday est malade: exposé au radium, il risque même la mort; il faut financer un séjour à l'étranger pour le guérir... Elle retourne sur scène, et va rafler la mise en un soir: en effet, un playboy, Nick, est fasciné par l'artiste et lui donne un très gros chèque. Dès le lendemain, Ned part pour une cure, mais Nick est toujours là...

Un mélodrame, donc, mais un gros, un qui n'hésite absolument pas à faire dans l'excessif, le kitsch voire le franchement invraisemblable... Avec Herbert Marshall dans le rôle de son mari et un tout jeune Cary Grant dans celui de l'amant, Marlene Dietrich est encouragée à en rajouter dans les grandes largeurs. Il est évident que c'est un film pour la galerie, une sorte d'expérience qui multiplie les figures du style: ne serait-ce que pour passer de la ménagère Dietrich à la meneuse de revue Marlene, Sternberg fait en permanence le grand écart, et son film essaie de faire concurrence à tout ce qui se pratique à l'époque: Baby face, d'Alfred Green avec Barbara Stanwyck, Susan Lennox de Robert Z. Leonard avec Greta Garbo pour la fuite en avant, et Three on a match de Mervyn Le Roy pour la déchéance fulgurante de Ann Dvorak...

Tout y passe dans ce film dont une fois de plus l"esthétique prime fermement sur l'intrigue, et dont les scènes mémorables s'enchaînent sans vergogne: la scène inaugurale où Sternberg joue avec la nudité (et donc la censure) en montrant des Américains tout émoustillés devant des naïades en tenue d'Eve, mais aussi la célèbre danse avec Marlene Dietrich en orang-outang (mais oui!!!) qui joue d'ailleurs sur les pires clichés coloniaux, et d'autres: une scène nous rappelle le pouvoir de la mise en scène d'un auteur qui avait déjà un talent fou à l'époque du muet: le mari vient de reprendre son enfant à son épouse en fuite, et elle regarde partir le train en silence, mais en un ou deux gestes, l'immense douleur se fait sentir...

Ce n'est pas un grand film, c'est presque un état des lieux,une déclaration d'intentions, ou un catalogue. Mais la photographie est soignée à l'extrême comme de juste, les excès sont tellement voyants qu'ils en deviennent des prouesses, et de toute façon, dans ce monument de kitsch, personne n'est dupe: comment s'étonner qu'à sa façon ce film soit devenu un classique?

Hélas: elle chante, trois fois. Trois fois de trop.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Josef Von Sternberg Cary Grant
17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 17:15

Tout en affichant ma méfiance, j'ai décidé de faire comme tout le monde et de créditer Walt Disney à la réalisation de ce film, mais je n'y crois pas une seconde: c'est très probablement Ub Iwerks, principal animateur de ce qui est la toute première (et la plus courte!) des Silly symphonies, ces courts métrages qui allaient pendant environ dix années envahir les cinémas, bien placés dans des programmes de complément des longs métrages, et parfois rafler la vedette tellement ils étaient bons. Et chacun d'entre eux allait à sa façon apporter une pierre à l'édifice: l'utilisation inventive de la couleur, les raffinements de la bande-son, les essais de perspective et l'illusion du relief, tout vient des Silly symphonies! 

Pourquoi ne pas en créditer le patron lui-même? Tout simplement parce que le bonhomme a passé sa vie à placarder son nom sur des films réalisés par d'autres, le moins souvent possible crédités, alors que le nom de Walt Disney était sur toutes les lèvres: mais David Hand, Ub Iwerks, Burt Gillett, Jack King ou d'autres encore ont toujours fait beaucoup plus que le VRP Disney, commercial de génie, oui, mais dont la principale idée aura été de s'approprier les personnages des autres, à commencer par Mickey Mouse, créé par Iwerks...

Ce qui n'enlève rien à ce film, véritable merveille de grand n'importe quoi ironique et macabre, dont les squelettes prennent vie à l'heure où tout le monde se couche, et se lancent dans une grande farandole à la fois noire et idiote, faisant autant rire que peur. La musique de Carl Stallings (futur compositeur pour les Looney Tunes et les Merrie Melodies de la Warner, les éternels concurrents) y est formidable et a clairement servi de base pour les danses joyeusement crétines de ces squelettes bien inoffensifs. Pas un plan de trop, pas un geste inutile: cette Danse macabre (qui tourne autour de Saint-Saens plus qu'autre chose, sans jamais citer ouvertement le maître) est tellement rigolote que les modèles d'animation qu'elle propose seront utilisés et réutilisés dans plusieurs autres films de l'époque.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Animation Silly symphonies Disney
17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 17:00

C'est sans doute afin de donner un dernier coup de tournevis à leur nouvelle invention géniale que les ateliers Disney ont mis ce film de court métrage en chantier. Bien leur en a pris: le film a remporté haut la main l'Oscar du meilleur court métrage d'animation... L'utilisation de la caméra multi-plans, ici expérimentée avec succès (un dispositif qui permet de représenter plusieurs couches de décor, et d'atteindre un plus grand réalisme) va donner un avantage considérable à Disney, au moment d'entamer le premier long métrage maison, l'ambitieux Snow white and the Seven Dwarfs...

Un moulin tout vermoulu sert de refuge à toute une faune: oiseaux, rongeurs ont élu domicile dans son enceinte branlante, et sous l'ombre de ses ailes, une petite mare est habitée par des grenouilles. Mais le vent se lève, et l'orage menace...

Voilà, c'est tout, et c'est parfaitement suffisant pour remplir un court métrage de 8 minutes, rempli de prouesses d'animation, qui réussissent à être à la fois réalistes et en droite ligne de l'univers anthropomorphe des premiers courts métrages Silly symphonies: du coup, le film se place en précurseur de Blanche-Neige, bien sûr, mais aussi Bambi voire certains aspects de Fantasia.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Disney Animation Silly symphonies
16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 18:59

Tout film de la série Silly symphonies se doit d'avoir un angle d'approche technique, ici il est vite trouvé: King Neptune est essentiellement le deuxième film Disney à se pavaner en Technicolor trois bandes, le système de Gone with the wind dont Disney avait à cette époque l'exclusivité sur les autres studios d'animation. Et la mission donnée à Burt Gillett était simple: montrer de l'action, du mouvement, pour en mettre plein la vue...

Quant à l'intrigue, elle est réduite à l'essentiel: des pirates (avinés, pas fins et très schématiques) avisent un groupe de sirènes et décident de  les kidnapper, provoquant ainsi la colère de Neptune, et le déchaînement des eaux... Le film anticipe sur la Petite sirène à sa façon, et aurait largement pu s'appeler King Neptune and the Topless Mermaids, tellement ça saute aux yeux... 

Notons pour finir que Gillett, le metteur en scène (non crédité selon les mauvaises habitudes de la maison) était attaché à son personnage de Neptune puisqu'il l'a utilisé dans d'autres films... et pas forcément tous des Disney.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Disney Silly symphonies Pre-code Animation