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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 11:57

Un Harold Lloyd prédisposé à la déprime rencontre dans un parc d'attraction une jeune femme (Mildred Davis) hélas courtisée par un autre jeune homme (le rival est Roy Brooks). Elle leur donne une épreuve afin de les départager, qui va les pousser à beaucoup de mouvements, tricheries, et même à quelques actes illégaux.

La vitesse, le jusqu'au-boutisme, la débrouillardise de chaque instant... Tous ces éléments sont du pur Lloyd, pour le premier film co-réalisé par Fred Newmeyer, un réalisateur qui a l'oeil. Le film, qui fait appel à toute la bande habituelle (Sammy Brooks, William Gillespie, et bien sûr Noah Young en policier en civil, particulièrement menaçant), aurait du être le dernier film en deux bobines, l'acteur et son équipe se sentant pousser des ailes, mais il y en aura accidentellement un autre...

Pourtant, tout ici pousse vers une durée plus longue, à commencer par le fait que ce court est en fait en trois parties: une première dans laquelle Lloyd est à la fête et finit par fare la connaissance de Mildred, qui finit par demander à ses deux amoureux de contacter sa mère, autant dire qu'elle sonne le début officiel de la confrontation! Dans la deuxième partie, Lloyd prend pour cible le téléphone, et c'est tout un univers de communication et d'incommunicabilité qui se met en branle. Derrière cette suite de séquences formidables, à la mécanique diabolique, je soupçonne le talent de Fred Newmeyer... Enfin la dernière partie située de nouveau dans le parc d'attraction est plus conventionnelle, et plus rythmée: ce sont les déboires de Lloyd avec des policiers soupçonneux, et il y a de quoi! En effet, le jeune homme a sur lui un sac à main volé... Qui plus est, c'est celui de Mildred Harris.

Voilà, à sa façon, ce film survolté dans lequel Harold Lloyd dit adieu  à un format qui lui a permis de refaçonner son art de façon intégrale, et pour lequel il a tout donné, y compris sa main... Et il y pose déjà les bases de la suite, sans parler du fait que le parc d'attraction est un lieu propice, dans ces années 20, à faire du cinéma: l'acteur y reviendra huit années plus tard, dans le superbe Speedy.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie
21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 11:47

Regeneration serait le plus ancien film de Walsh encore disponible. Le conditionnel s’impose : on en sait peu sur cette période et les films vraiment consultables… Quoi qu'il en soit, ce film tourné dans les quartiers de New York vient, trois ans après The musketeers of Pig Alley, de Griffith, donner la version de Walsh du film de gangsters. La comparaison des deux œuvres permet de constater que le point de vue, la méthode, le script, les efforts demandés aux acteurs, sont bien différents dans l’un et l’autre.

Walsh aborde son film en Irlandais, et en catholique : c’est une évidence, même s’il fait jouer à l’amour au sens sentimental du terme un rôle extrêmement important, il est clair que la rédemption comprise dans le titre naît d’un engagement personnel complet du personnage principal. Il peint une Amérique des bas-fonds dans laquelle certes les gens les moins aisés ont la solution de facilité du crime, mais ne les juge d’autant pas que son héros, Owen Conway (Rockliffe Fellowes), s’est fait tout seul après avoir fui le domicile de ses parents adoptifs, le père (James Marcus) étant une grosse brute avinée. Son caractère fondamentalement positif apparaît dans une anecdote, lorsque Owen sauve un jeune garçon handicapé des brimades d’un groupe de grosses brutes: il le suivra ensuite jusqu'au bout du monde par reconnaissance. Le déclic se fait lorsqu’ Owen rencontre Marie Deering (Anna Q. Nilsson), une jeune bourgeoise qui participe à une mission. Il l’aide, et bien vite va tomber amoureux, ce qui va le pousser à s’amender. Mais tous ses ex-copains ne l’entendent pas de cette oreille.

Le naturalisme du film est son meilleur atout : autant dans la reconstitution des bas-fonds, que dans la participation de vrais gangsters et de figurants authentiques, on retrouve la vision simple et directe d’un monde tangible. Les acteurs sont amenés à jouer d’une façon toujours juste; Walsh atteint ainsi une certaine vérité des sentiments qui permettent à la dimension sentimentale importante du film (On est Irlandais ou on ne l’est pas) de passer sans forcer. Et puis contrairement à Griffith, il se repose largement sur les images sans imposer une seule fois d’éditorial: c’est un film réalisé par un conteur qui a compris que les images sont son seul vecteur.

Et il me paraît, par rapport au style certes foisonnant du cinéma Américain des années 10, particulièrement en avance sur à peu près tout le monde: lui qui vient de participer à l'aventure de The birth of a nation pourrait même, avec son découpage dans lequel aucun plan n'est inutile, et chaque image frappe par sa beauté, son authenticité et les couches de sens qu'elle contient, en remontrer à Griffith soi-même: par exemple, à l'heure où son ancien patron tente avec plus ou moins de bonheur d'imposer des travellings lents, qu'il appelle ses "mouvements Cabiria" en référence au film de Pastrone, Walsh lui non seulement les utilise de façon formidable, mais il leur donne constamment du sens...

Et cerise sur le gâteau, non seulement Raoul Walsh sait recréer le monde naturel et complexe dans lequel il a largement vécu (la dimension personnelle de ce film si Irlando-Américain ne doit pas nous échapper), il sait aussi tirer parti de la vérité face à lui: j'ai fait allusion aux "acteurs" de fortune, vrais gangsters et vraies filles de joie, qu'on croise dans le film, mais il n'avait pas prévu qu'il y aurait un vrai incendie sur un vrai bateau, celui précisément sur lequel il était en train de tourner une fête organisée par la mission. Imperturbable, Walsh a demandé à son équipe de continuer à tourner: il a ainsi obtenu une vraie panique...

C’est donc un drame superbe dans lequel l’un des plus grands réalisateurs du siècle se révèle dans toute sa fraîcheur… La Fox avait en son sein un artiste sur lequel elle allait largement se reposer dans les années qui suivraient ; quel dommage que la plupart des films qui en résulteraient soient aujourd’hui perdus…

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Raoul Walsh *
20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 17:37

Voilà ce qui arrive quand un groupe de comédiens-auteurs, qui ont tout dit, et ont pour mission de faire un film, sans avoir la moindre idée de ce qu'on peut mettre dedans: une sorte d'épisode géant du Flying Circus, avec un budget pharaonique, un semblant de direction ("parlons du sens de la vie"), une sorte de conclusion pré-déterminée (la vie et l'humanité ne servent à rien, n'écoutez pas ce que vous disent les corps constitués, surtout l'église, l'armée et l'éducation), et une envie de faire le tout d'une manière tellement folle qu'on ne vous confiera plus jamais les rênes d'un film...

Et c'est donc ce à quoi il fallait s'attendre: un film qui vous fera passer du sourire au rire gras, en envoyant aux orties toutes les occasions de finir proprement, à tout les sens de cet adverbe. Un accouchement traité comme une formalité, une comédie musicale sur l'interdit de la contraception interprétée par une famille pauvre et Catholique du Yorkshire, une leçon d'éducation sexuelle particulièrement graphique, une série de chapitres particulièrement sordides sur l'armée, la mort vue sous les angles les plus idiots, les plus scandaleux ou les plus crétins possibles, et au final, bien sûr on n'a pas avancé. Alors c'est un film, oui, par moments hilarant.

Mais je ne sais pas, et ne saurai jamais quoi en penser: escroquerie du siècle, ou coup de génie? John Cleese, lui, pense que ce bouquet de transgressions n'aurait jamais du exister. Terry Jones, pour sa part, le préfère à tous les autres. On ne les réconciliera jamais, ces deux-là!

Ce film qui joue avec sa forme comme jamais auparavant (laissant le court métrage de complément de programme le parasiter...) est une énigme, qui possède l'avantage de vous faire chercher le poisson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Lemon Curry Monty Python Terry Jones Comédie Fish Terry Gilliam John Cleese
20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 17:23

Comme Cocktails, de Monty Banks, ce long métrage est une curiosité tournée en Grande-Bretagne, mais ce sera la dernière fois que Harald Madsen et Carl Schenström tourneront si loin de chez eux. Ils feront de nouveau des films hors du Danemark dans les années 30 avant le décès de Schenström, mais ce sera en Suède ou en Allemagne. Pour le reste, il n'y a pas grand chose à dire de ce film, si ce n'est que c'est du grand n'importe quoi...

En perse, un magicien est appelé à retrouver un tapis volant qui s'est échappé. On le retrouve à Londres, où il est tombé: plus précisément dans un terrain vague, où un bus antédiluvien attend qu'on veuille bien l'utiliser... ce que vont justement faire Alf (Madsen) et Bill (Schenström), deux copains. Avec leur bus et "leur" tapis volant, ils vont aider une jeune femme et le petit ami de celle-ci à retrouver son père disparu...

Il est à noter que c'est le premier film (partiellement) parlant des deux comédiens, et que la publicité de l'époque vantait l'authenticité de l'accent cockney. Ce qui me fait penser qu'il y a probablement eu un doublage... mais pour s'en rendre compte, ce n'est pas avec les copies en circulation: la version raccourcie de la ZDF est comme toutes les autres: muette. Ce qui donne, du reste, un certain charme à un film qui en manque sans doute cruellement...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Schenström & Madsen Comédie
20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 17:17

Quand Charley Chase (Bromo and Juliet, 1926) reçoit l'invitation par Katherine Grant de participer en public à une pièce de théâtre, c'est pour se promener en costume sur tout un court métrage, mais nous aurons quand même droit à un fragment de la pièce, qu'il marquera de son empreinte indélébile. Et justement, dans ce petit film, Mildred Davis, qu'Harold Lloyd a l'intention d'épouser, lui demande de lui donner la réplique sur scène...

Mais ce n'est pas le même film, loin de là: ce qui compte vient, en effet, c'est que Harold Lloyd joue ici avec un accessoire typiquement associé aux années 20: la voiture individuelle. les personnages joués par Lloyd ne sont pas passés à coté de l'opportunité et du progrès, ils les ont adoptés. Dans ce film, le jeune homme a pour adversaire une voiture, généralement récalcitrante, alors qu'il est pressé: sa vie sentimentale en dépend. Du cinéma classique, qui n'adopte pas la forme que ce type de films prendra chez Laurel & Hardy, plus destructeurs...

Et cette folle équipée finit quand même par être un peu sage. Ce ne sera pas du tout le cas quand Lloyd devra empêcher le mariage de Jobyna Ralston dans le final grandiose de Girl Shy en 1924.

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Published by François Massarelli - dans Muet Harold Lloyd Comédie
20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 09:43

Ce film est une véritable curiosité, dont l'existence même pose de nombreuses questions: qu'est-ce que Monty Banks, comédien Italo-Américain qui n'a jamais vraiment percé (disons qu'on ne l'associera pas avec Chaplin, Langdon, Keaton, Laurel ou Lloyd...) faisait à Londres en 1928? Pourquoi lui a-t-on confié ce film? Et par dessus tout, qui a laissé faire les transgressions contenues dans cette étrange comédie burlesque Britannique?

Sur un transatlantique, nous faisons la connaissance d'un certain nombre de personnes: un gentil jeune couple d'amoureux, la femme de chambre de la jeune femme, un escroc international et sa bande, trafiquants de drogue, et deux pickpockets alcooliques: concernant ces derniers, nous avons deux transgressions en une: que Fy Og Bi (Doublepatte et Patachon) soient des escrocs minables, passe encore, mais de redoutables pickpockets, ça ne leur va pas - et l'alcoolisme pratiqué par Madsen ici comme une religion et qui donne d'ailleurs son nom au film, ça fait très bizarre!

L'intrigue concerne le fait que pour écarter les soupçons, le bandit va se débarrasser d'un peu de cocaïne, en la cachant dans le vêtement du jeune amoureux, qui va immédiatement avoir des ennuis avec la justice. Les seuls témoins sont les deux vagabonds, mais ceux-ci sont débarqués dans un port par l'équipage: bref, course-poursuite, quiproquos divers, etc...

C'est plaisant, autant qu'une comédie décérébrée puisse l'être. Mais si on comprend très bien que la compagnie British International Pictures, qui souhaitait faire honneur à son nom, ait voulu faire du cinéma avec les deux immenses vedettes européennes qu'étaient Harald Madsen et Carl Schenström, j'aimerais savoir comment ce dernier a été amené à trahir son personnage et se laissant raser la moustache, et en apparaissant à la fin du film sous son vrai visage, celui d'un gentleman, certes grand, mais surtout élégant et semble-t-il désespérément normal. Oui: normal. Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark...

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet Schenström & Madsen Comédie Monty Banks
19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 18:42

Le titre signifie "Afrique, droit devant!", et ça s'explique aisément: alors que Schenström-le-maigre et Madsen-le-petit-rablé travaillent dans une taverne à matelots, une émeute provoque un raid. Parmi les clients, il y a deux charmantes jeunes femmes qui ont fait le mur de leur somptueuse propriété pendant un bal costumé, et dont les soupirants les ont lâchement abandonnées. Les deux héros inattendus les déguisent en marins, pour traverser le port, mais se font attraper par l'équipage d'un cargo qui les embarque de force: direction l'Afrique, donc, où une partie du film a été tournée.

...Ou plus précisément les Canaries, mais une chose est sûre: ce n'est absolument pas au Danemark que ce film au budget probablement conséquent (une preuve de l'importance de l'équipe Lauritzen-Schenström-Madsen pour la Palladium) a été tourné... C'est l'un des meilleurs, et aussi sans aucun doute les plus politiquement incorrects avec sa tribu Africaine qui semble regarder avec une certaine envie l'embonpoint de Madsen.. Parmi les nombreuses péripéties du film, il y a une évasion, un enlèvement de masse par des indigènes, et diverses tentatives de fraterniser entre les Danois d'un côté, et une tribu Africaine où "Doublepatte et Patachon" sont tellement bien intégrés qu'ils se voient dotés d'épouses...

Mais ça ne les empêche pas de tout faire pour s'enfuir, en compagnie toujours de ces deux femmes dont ils sont responsables, et d'un cuisinier fort sympathique; par contre, dans ce film dont le titre Allemand était Kannibalen, nos héros n'hésitent pas à laisser la tribu agir comme bon lui semble avec deux malfrats qui sont à leurs trousses.

Quoi qu'il en soit, c'est une occasion fort plaisante de voir l'art naïf mais précis de ces pionniers du rire, dont l'humour bon enfant puise aussi bien chez Chaplin (ces sentiments si frontaux) que chez Roscoe Arbuckle (les gestes de précision dans la taverne), et dont les héros sont si faciles à suivre: leur gestuelle, leurs mouvements, leur jeu et les expressions de leurs visages dictent la mise en scène précise et efficace de Lau Lauritzen. et en plus, contrairement à tellement de cas similaires (Prenez Three's a crowd, de Langdon, par exemple), eux au moins ils ont une belle récompense à la fin.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Lau Lauritzen Schenström & Madsen Muet Comédie *
19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 16:35

Tous les comédiens de l'époque du muet, sauf Chaplin, se sont amusés à un moment ou un autre, à jouer avec la comédie de maison hantée. Mais le meilleur, c'est sans doute ce film. Keaton a plus ou moins raté le sien, et Lloyd ne se contente pas d'imaginer une intrigue de fantômes, il y place ses personnages: un jeune homme (Lloyd, bien sûr) est "engagé" pour être le mari d'une riche héritière (Mildred Davis, bien entendu), puisqu'il importe que celle-ci soit mariée pour toucher le pactole; toute la première bobine est entièrement consacrée aux déboires amoureux du jeune homme et ses tentatives pathétiques de suicide... On est loin du personnage conquérant généralement associé à l'acteur.

La deuxième bobine montre les machinations menées par l'oncle de la jeune femme (Wallace Howe) pour les éloigner de la maison familiale, et de l'héritage. On trouve ici toute une batterie de gags parfois un peu lourds, dédiés à la convention vaguement raciste des noirs qui seraient facilement superstitieux et auraient fortement peur des fantômes, mais l'avantage est que Lloyd participe lui aussi de cette peur, et qu'il a donné des rôles conséquents à Blue Washington (le majordome qui découvre le pot-aux-roses) et surtout à l'espiègle Ernest "Sunshine Sammy" Morrison...

En tout, il y a beaucoup de gags qui font mouche, dans une mise en scène très soignée. Pourtant, lorsque le tournage de ce film était en cours, Lloyd a eu un accident très grave, qui l'a éloigné des plateaux pour plusieurs mois et a rendu sa main droite quasi invalide. Ca ne se remarque pas... Et c'est donc à partir de ce film que l'acteur, imperturbable, a pris l'habitude de porter un gant spécial pour masquer son handicap... Y compris pour faire semblant d'escalader les buildings.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Harold Lloyd
18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 10:00

Avant-dernier film muet de Tod Browning, ce film taillé pour choquer un maximum, montre à la fois les caractéristiques de l'univers tout entier de Tod Browning, et ses limites de plus en plus flagrantes. Marqué par un montage serré et très sec, il fait preuve d'une mise en scène réduite à l'essentiel, et tout y est question d'atmosphère: la photo bien sûr, le jeu des acteurs: en pleine jungle, ils sont sales, suants, malades et on est en plein réalisme brutal. Et toutes les péripéties vont délibérément vers le sordide...

Phroso (Lon Chaney), un prestidigitateur de foire, est fou amoureux de sa jeune épouse, mais se rend compte qu'elle souhaite partir avec l'aventurier Crane (Lionel Barrymore). Celui-ci le lui explique, et dans la bagarre qui s'ensuit, Phroso se blesse et restera paralysé en dessous de la ceinture. Ce qui ne l'empêche pas de se mouvoir: quand il apprend quelques mois après que son épouse a trouvé refuge dans une église, il s'y rend, et c'est en rampant qu'il vient constater qu'elle est morte... dans l'église, il y a une petite fille, et Phroso jure alors devant Dieu qu'il fera payer Crane et sa fille...

Près d'une vingtaine d'années plus tard, "à l'ouest de Zanzibar", en pleine jungle, Phroso dirige un petit trafic de vol d'ivoire. Il ourdit une machiavélique vengeance qui implique d'attirer Crane, et de méthodiquement transformer sa fille (Mary Nolan) en une épave alcoolique. Mais il souhaite aller plus loin, en prenant appui sur une loi indigène qui décrète que quand un homme meurt, ses épouses et filles doivent l'accompagner dans la mort...

Tod Browning, illusionniste jusqu'au bout, utilise tous les écrans de fumée possibles et imaginables pour nous faire passer la pilule de cette "loi ancestrale" susceptible de sérieusement dépeupler les villages, et d'ailleurs noie tout son film dans la fumée, la boue, la nuit. C'est l'un des films MGM les plus désespérément noirs de toute la décennie... C'est aussi, probablement, une épure du style,ou du non-style de Browning. On constate que trois années avant le tournage de son Dracula, il installe son atmosphère particulière en multipliant les images d'animaux qui grouillent, garde ses distances face à tout ce beau monde, et laisse faire ses acteurs qui tout adoptent un jeu fait de grimace et d'excès: on est loin de la machine à glamour, et on voit que le studio commençait à ne plus trop savoir quoi faire, ni de Chaney, ni de Browning.

L'acteur commençait d'ailleurs à opérer une transition vers une carrière à la Lewis Stone, et désormais n'était plus l'amant délaissé, mais bien le père frustré (même s'il avait joué un peu les deux dans Laugh clown laugh); et dans Thunder, son dernier film muet, il jouerait un vieil homme sur le point d'être mis de côté... Avec West of Zanzibar, c'est un peu à un baroud d'honneur que le comédien nous convie: il y interprète pour la dernière fois un infirme qu'il doit jouer aussi physiquement que possible et joue avec force de son visage extraordinaire...

Et le metteur en scène oscillait entre succès et films problématiques. Je pense que West of Zanzibar n'ajoute rien à sa légende, et se contente de faire semblant de renouveler une formule en poussant au plus loin le bouchon de la cruauté, du bizarre et du malaise. ...le tout dans l'illusion, bien entendu. Et encore, le film a la réputation d'avoir été sévèrement coupé par la MGM avant sa sortie (ce que prouvent des photos de scènes qui sont absentes du film, dont une troublante apparition de Chaney avec un costume d'homme-poule, quatre ans avant Olga Baclanova)! Cela étant dit, cet avant-dernier muet de Browning vaut bien mieux que son film suivant, Where east is east, un film absolument et résolument vide du moindre intérêt.

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Tod Browning Lon Chaney Muet *
16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 15:59

Le film commence lorsque une troupe de comédiens ambulants arrivent dans un trou perdu pour y donner un spectacle. L'ensemble du film va se dérouler sur une journée, et suivra les aventures d'un accessoiriste-homme à tout faire (Harold Lloyd) qui a vu l'une des danseuses (Bebe Daniels) et a clairement un faible pour elle. Mais il va surtout engendrer catastrophe sur catastrophe...

Et gag sur gag, bien sûr: comme tous les courts métrages d'une bobine de Harold Lloyd, celui-ci se sert de son cadre comme d'un prétexte à multiplier les occasions de faire rire. C'est l'un des rares à être intégralement situés dans le monde du spectacle même si d'autre titres viennent à l'esprit dans lesquels le monde de la comédie a de l'importance: Bumping into Broadway et Movie Crazy, par exemple. Les deux sont bien sûr très largement supérieurs à celui-ci...

Notons toutefois que celui-ci se termine sur une situation qui anticipe l'univers de Buster Keaton: Lloyd a vu la jeune femme, sent qu'ils ont un petit quelque chose, et c'est probablement le cas, mais... elle est déjà mariée à Snub Pollard. Et à la toute fin, le film devient encore plus Keatonesque, puisque Lloyd ouvre le gaz et se met le tuyau dans la bouche.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Muet