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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 16:23

Pat Halahan (Harry Carey) aimerait beaucoup se marier, mais il est le shérif d'une petite bourgade de l'Ouest, et on a besoin de lui. Mabel (Majel Coleman), la femme qu'il aimerait épouser lui fait comprendre qu'elle voudrait retourner en ville, et il comprend très vite que la seule chose qui l'intéresse est l'argent. Quand il se retrouve avec un peu de fonds, il décide d'aller prendre du bon temps à San Francisco... seul avec son chien. C'est là qu'il va faire la rencontre inattendue d'une voleuse charmante (Lillian Rich), qui elle ne demande qu'une seule chose: la vie au grand air... Mais le patron (Francis Ford) de la demoiselle ne l'entend pas de cette oreille, et il va falloir ruser pour pouvoir sortir Faith de sa vie de crime...

C'est un revenant, un de ces films qu'on a longtemps crus perdus, qui revient tout à coup, dans une copie certes incomplète, mais qui correspond à une condensation du récit sortie en Europe en 1925. Un film qui n'a rien d'un classique, c'était plus un complément de programme destiné à lancer une nouvelle série de logs métrages de comédie avec Harry Carey. Ca n'a pas du marcher très fort, mais c'est étonnant: d'une part, le film est très distrayant, joué à la perfection et photographié avec goût, les décors (et l'ambiance particulière) de San Francisco sont plutôt bien rendus, et d'ailleurs une partie du film y a été filmée. 

Ce type d'histoire (dont l'argument vient de Carey lui-même) a déjà été l'objet de plusieurs films: dans Bucking Broadway de John Ford, Carey lui-même quittait l'ouest pour venir à la grande ville secourir une jeune femme qui était tombée dans les pattes d'un escroc, et dans Go West, Buster Keaton revenait à la grande ville qu'il avait quittée avec un troupeau... Mais la grande surprise, au-delà du plaisir de retrouver Francis Ford ou Sojin Kamiyama, des à-côtés comiques du récit (toute une portion située dans un hôtel où un quiproquo persuade un homme irascible que Carey est l'amant de sa femme), du charme de Lillian Rich, c'est quand même le talent pour la comédie de Harry Carey, le mauvais garçon au coeur tendre des premiers films de John Ford. Il est excellent... Restauré en grandes pompes et montré au printemps dernier à San Francisco, le film est désormais visible en streaming sur le site de la NFPF, la National Film Preservation Foundation...

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Western Comédie
24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 11:12

Lotus Flower (Anna May Wong) aurait tout pour être heureuse, si d'aventure elle n'avait croisé la route de l'étranger (Américain) Allen Carver (Kenneth Harlan)... Ayant manqué de se noyer, le riche jeune homme a été sauvé par l'intervention de la jeune femme et celle ci n'a eu aucun mal à interpréter l'idylle qui s'ensuivit comme une véritable histoire d'amour. Mais à son départ pour les Etats-unis, Carver doit se plier aux convenances, et il laisse donc derrière lui celle qui va continuer à se croire sa femme, à plus forte raison parce qu'elle est enceinte...

Le script de Frances Marion doit beaucoup à Mme Butterfly, l'opéra de Puccini, avec ceci de changé que le film est situé en Chine et non au Japon. Pour le reste la scénariste a adroitement adapté l'histoire mais si celle-ci adopte pour une large part le point de vue de Lotus Flower, la morale revient quand même à la sempiternelle prudence à l'égard des mariages inter-ethniques... Ca reste donc frileux, avec une bonne base de tragédie, mais le résultat final, assez linéaire, reste une miniature. La mise en scène de Chester Franklin, conformément à son style, est tout sauf notable, mais elle est évidemment fonctionnelle: c'est tout ce qu'on lui demandait, après tout!

Mais le principal intérêt du film, bien entendu, est ailleurs: la couleur. C'est le premier film en Technicolor qui fut vraiment satisfaisant, et qui grâce à la Metro, a bénéficié d'une distribution décente, et a obtenu un succès significatif. Une grande date, techniquement parlant, et honnêtement, le rendu est efficace, avec des teintes d'une authentique poésie... Rien que pour ça, un détour occasionnel s'impose.

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Published by François Massarelli - dans 1922 Muet Technicolor *
23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 15:49

Juste une petite note au passage, pour rappeler qu'il existe, dans l'ombre de Citizen Kane, un film fascinant et hélas aujourd'hui mutilé de façon irréversible, mis en scène par le même réalisateur certes, mais un Orson Welles qui a décidé de ne pas jouer dans ce deuxième opus. Le film est certes connu des cinéphiles, mais méconnu par ailleurs, et si on en avait une copie complète, on serait devant un film dont beaucoup pensent qu'il serait sans doute supérieur à son aîné...

The magnificent Ambersons se voulait une saga intimiste au vitriol qui se promène dans l'âme américaine du début du siècle, en utilisant toutes les ressources de la mise en scène de la même façon que Citizen Kane, mais sans passer d'une époque à l'autre. Au contraire, la chronologie est totalement respectée. En revanche, un narrateur (Welles lui-même) s'implique jusqu'à commenter de façon ironique certains éléments du début. Le film part sur un ton badin, sur un rythme de comédie également, en établissant les aventures peu glorieuses de Gene Morgan (Joseph Cotten), amoureux depuis toujours d'Isobel Amberson (Dolores Costello), jusqu'au jour ou une mauvaise idée de sérénade l'a ridiculisé aux yeux de tout le quartier. Une scène dont découlera toute la descente aux enfers qui suivra, mais cette scène-clé, séminale même, est traitée volontairement dans les trois premières minutes, comme un aparté comique. 

Du coup, la belle a consacré son coeur à un autre, et Gene est parti se faire voir ailleurs... De l'union d'Isobel Amberson et Wilbur Minafer, un fils est né, un odieux personnage qui une fois adulte a croisé le chemin de Lucy, la fille d'Eugene Morgan... Et à partir de là, le film se pare de couleurs de plus en plus sombres, et les rancoeurs, malentendus, malédictions sociales, vengeances de vieilles filles (Agnes Moorehead, géniale dans le rôle ingrat et fascinant de la tante Fanny, éternel second couteau derrière la belle Isobel) et comportements plus ou moins égoïstes vont hélas prendre le dessus sur la vérité des sentiments.

La mise en scène de ce film, faite de plans au plus près des personnages, de plans-séquences ahurissant, d'une composition étonnante mêlant des avant-plans sombres et des arrière-plans lumineux (Après Gregg Toland sur Kane, Stanley Cortez est à la manoeuvre), utilisant le son off comme jamais, est aussi incroyable que celle de Citizen Kane, mais la virtuosité est ici plus concentrée sur l'objectif linéaire d'une histoire à conter. Il n'y a pas tant un puzzle à résoudre ici, qu'un ensemble de scènes familiales ou sociales dans lesquelles les conflits se font jour, se résolvent, et engendrent des brisures et des drames personnels. Un poison méchant fait ça et là son apparition, mais on a pourtant la capacité de s'attacher à tous les personnages, y compris à l'insupportable George Amberson Minafer (Tim Holt), dont dans un premier temps on attend qu'il reçoive sa correction, mais dont la correction sera tellement cruelle qu'on en souffre pour lui... Je rejoins les nombreux critiques qui pensent que Welles ici agit comme un Stanley Kubrick qui aimerait, exceptionnellement, ses personnages!

Le destin du film sera cruel aussi, peu éloigné de celui de Greed, un autre film dont la mutilation est célèbre. Testé devant un public inapproprié, le film a été remonté par Robert Wise, trahi par rapport à la fin choisie par Welles, et resserré. Quarante minutes précieuses en ont été retirées, détruisant une structure ingénieuse sur laquelle Welles, mais aussi Bernard Herrman, avait basé leur travail respectif: le metteur en scène avait pensé à tout un enchaînement d'échos, qui suivait une évolution précise... Certaines scènes ont été retournées, voire ajoutées, et donc tournées par d'autres, Welles étant à l'époque absent. Hélas, comme pour le film de Stroheim (un autre film inclassable sur une certaine Amérique), on n'a pas retrouvé les éléments manquants, et il à peu près certain qu'on ne les retrouvera plus. En attendant, il faut pouvoir voir, en l'état, ce film superbe de temps en temps, et rêver qu'un jour, dans le grenier d'un collaborateur de la RKO, on trouve... Mais non.

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Published by François Massarelli - dans Orson Welles Criterion
23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 10:13

Ce film existe aujourd'hui dans une version condensée, réduite à deux bobines, et sorti en Grande-Bretagne en 1931, soit six ans après sa sortie. C'était à l'origine un long métrage de 7 bobines, produit par la Vitagraph à la toute fin de son existence: le 20 avril de cette même année 1925, la direction a décidé de mettre la clé sous la porte et de vendre le studio à la Warner, qui le mit en sommeil immédiatement avant de le transformer en... Vitaphone. Dans les bagages, les nouveaux propriétaires ont donc trouvé ce film dont on pouvait sans doute se demander quoi faire...

C'est que cette histoire ironique de la grandeur et de la décadence des sentiments d'une famille bourgeoise avec ses squelettes dans le placard, était sans doute aussi séduisante pour un patron de studio que, disons, Greed de Erich Von Stroheim! Mieux, avec son étonnante utilisation de costumes d'époque (1880-1915), le film était presque révolutionnaire, à une époque où chaque film situé dans une époque passée mais proche montrait le plus souvent une codification vestimentaire ramenée au plus près de l'époque de sa confection: pas dans Pampered Youth, où la mode a été examinée, respectée et fort bien rendue. Le roman d'origine étant largement basé sur des rencontres, des croisements, on ne s'étonnera pas que les auteurs aient pris la décision de remplacer une scène potentiellement poignante, celle de la mort d'un personnage important, par une séquence excitante d'incendie dans laquelle les coeurs se révèlent, le courage se démontre, et... le feu se déchaîne: la scène est spectaculaire, en l'état (c'est-à-dire dans la copie en circulation, qui est d'un 9,5 mm qui a vécu)... 

Ces 28 minutes sont finalement passionnantes, autant pour ces qualités que pour des petits défauts touchants: on y voit une scène supposée être tournée dans l'Indiana, mais dont les palmiers trahissent la localisation Californienne! Mais de toute façon, il y a une raison cruciale pour voir ces 28 minutes. Il s'agit de la première adaptation d'un roman de Booth Tarkington.

Son titre?

...The Magnificent Ambersons.

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet **
22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 13:47

Algie (Billy Quirk), un jeune homme de bonne famille un peu trop efféminé, doit prouver qu'il est un homme un vrai, s'il veut épouser sa fiancée: le père de celle-ci lui impose un ultimatum drastique: il va travailler dans une mine dans l'Ouest pendant un an, et reviendra pour se soumettre au test... Une fois arrivé, le pauvre Algie détonne. Mais le mineur Big Jim le prend sous son aile...

Bien sûr, ce film Solax, produit mais pas mis en scène par Alice Guy, est vaguement moralisateur, mais pas dans le sens qu'on attend: si ce pauvre Algie va finir par se départir de ses tendances efféminées (soulignées à l'extrême dans le film), il va surtout se faire accepter par les autres. Hélas, il va surtout être accepté pour sa capacité à se changer, plutôt que pour ce qu'il est; mais il est intéressant de voir de quelle manière ce cow-boy d'un autre genre est protégé par une grosse brute moustachue au coeur tendre.

Billy Quirk, un solide comédien, tient tout le film sur ses épaules, et fait preuve d'une grande présence, pas seulement dans les scènes excessives du début... Et sinon, on constate que dès les années 10, le western commence à s'insinuer un peu partout dans le cinéma Américain... Y compris quand comme celui-ci il est fait dans l'Est! Ici, le recours au western permet un jeu curieux sur les pistolets, qu'ils soient petits ou gros... Passons.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie Western
22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 13:39

Un nouveau contremaître arrive dans une exploitation minière de l'Ouest; tout de suite, une jeune femme, Florence, tombe amoureuse de lui, au détriment de Jake son ancien fiancé. Celui-ci souffre mais accepte de se sacrifier... Mais il entend un jour les mineurs qui se liguent contre son rival. Il décide d'avertir Florence et son nouveau fiancé, et garde l'argent contre les mutins en attendant les secours...

Cette histoire assez classique d'un sacrifice vaut pour son esthétique de "western contemporain", qui prouve que les films Solax faisaient feu de tout bois: contrairement à leur réputation on n'y tournait pas que des comédies. C'est un honnête film, mais il n'apporte pas grand chose si ce n'est une forme de réalisme qui anticipe un peu sur les productions de Thomas Ince: pas dans le jeu en revanche, on est en pleine théâtralité triomphale...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western Alice Guy
22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 13:25

Un couple d'amoureux aimerait bien changer l'avis du père de la demoiselle qui leur refuse le mariage. La jeune femme a une idée (vaguement saugrenue quand même): on va simuler une attaque de la maison par un vagabond, et devant la mise en danger de sa fille, le père est sûr de changer d'avis. C'est bien entendu le garçon qui jouerait le vagabond. Sauf que deux authentiques clochards ont tout entendu, et se disent que l'occasion est trop belle pour la laisser passer: ils enlèvent le jeune homme et l'un d'entre eux prend sa place et peut profiter des largesses de la maison...

Ce qui, vous en conviendrez, ne me semble pas plus sensé qu'à vous, mais ce n'est pas trop grave: ces premiers temps du cinéma regorgent d'histoires dans lesquelles les clochards, vagabonds et autres bohémiens sont les protagonistes de contes tous plus ou moins délirants, et Griffith, par exemple, n'était pas en reste (et ce dès The Adventures of Dollie en 1908). Ce qui motive ici Alice Guy est bien sûr la comédie bourgeoise et non le commentaire social! La comédie, justement, profite chez Alice Guy de deux petite révolutions: l'une est cette envie de tout situer dans les maisons des protagonistes, et de prendre parti de développer une situation au lieu de faire reposer ses effets comiques sur une poursuite ou une accumulation de grotesqueries diverses, et l'autre est bien sûr d'avoir rapproché la caméra. Nous sommes devant des comédies qui sont, de plus en plus, à visage humain...

Et si je n'ai pas la moindre idée de qui peut bien être cet acteur qui compose un vagabond haut en couleurs, je dois dire qu'il me fait beaucoup penser à un autre comédien, Britannique celui-là, qui n'était pas encore arrivé aux Etats-Unis: Sidney Chaplin, le frère de. Ils partagent le même goût pour les gestes apparemment anodins, destinés à rester dans les coulisses, profondément idiots, mais aussi très drôle. Charles en était avare, préférant subordonner ses gestes à son personnage, mais Sidney adorait ça..;

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Comédie Muet
21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 17:07

Ceci est sans doute le plus ancien conservé des films de madame Alice Guy, de ceux qu'elle a réalisés aux Etats-Unis pour la compagnie qu'elle a formée, la Solax: une bonne occasion de se confronter à celle qui a deux réputations assez contradictoires... D'une part, on veut en faire une sorte de génie absolue, qui aurait tout inventé dans le cinéma, à l'exception de deux ou trois truquages qu'on veut bien concéder à Méliès. De l'autre, sur la foi principalement de ses films Français, qui n'ont pas vraiment connu d'évolution entre les premières bandes (dont la plupart ont été perdus, ce qui rend le jugement compliqué) et les derniers films tournés avant son mariage, et son départ pour les Etats-Unis.

Mixed Pets est une comédie domestique, située dans la bourgeoisie du New Jersey: un couple de jeunes mariés est en désaccord, car Madame veut un chien alors que Monsieur n'en démord pas (si j'ose dire): un chien, pense-t-il, ce ne sont que des problèmes. L'oncle de la dame décide de prendre les choses en main et d'acheter un chien, puis se propose de jouer les intermédiaires; pendant ce temps, le couple de domestiques, qui sont mariés en secret, ont amené leur bébé à la maison en cachette: il y a du quiproquo dans l'air...

C'es sympathique, sans être beaucoup plus. Cela étant dit, dans ce film où le principal point de vue reste celui d'une femme, Alice Guy y montre son talent pour la miniature domestique. Mais le film ne fait pas beaucoup pour consolider la légende d'une directrice d'acteurs qui est obsédée par la subtilité: elle fera bien mieux dans ses courts métrages suivants qui tout en n'étant pas tous des comédies, resteront souvent sur ce terrain de la vie quotidienne de jeunes couples mariés...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:25

Annie Rooney, c'est une petite ado pétillante, qui habite un quartier populaire de New York en compagnie de son papa; Tim Rooney senior est un policier respecté de son quartier, qui vit en très bon voisinage avec les parents des copains de sa fille: ils s'appellent touts de noms assez exotiques, et certains sont Irlandais, d'autres Grecs, d'autres Chinois, d'autres Italiens, ou encore Juifs. Tous cohabitent, sans aucun problème, une vie doucereuse finalement et sans enjeu, me direz-vous? Sauf que non: si les plus jeunes cohabitent comme le font leurs parents, et tout en se flanquant des roustes collectives et monumentales, se préparent surtout à vivre une vie d'adultes sans histoires, les jeunes adultes eux louchent plutôt du côté de l'illégalité. C'est de là que viendront les troubles: un de ces voyous, un soir, va tuer un homme, et le problème c'est que la victime sera justement le père de la petite Annie...

Une claque! Une vraie claque! C'est pourtant un film dont l'existence est due essentiellement à la nécessité pour Mary Pickford, qui cumule les postes de productrice, actrice et scénariste, de retrouver le succès après les échecs de deux films consécutifs dans lesquels elle était une adulte. Une seule solution pour celle qui en avait assez de porter des boucles de gamine: retourner à ce qui avait fait son succès, et assurer le spectacle. Donc un film bien dans la formule... Ce n'était pas bien parti, et la seule façon d'ajouter de l'intérêt à ce qui aurait pu devenir un abominable pensum, était de trouver une histoire, des personnages et un lieu emblématique. D'où l'idée superbe de placer la caméra dans un merveilleux quartier populaire et multi-ethnique reconstruit en studio, et plus vrai que les vrais: dès les premières minutes, qui voient un affrontement homérique entre les gamins de la bande d'Annie et ceux de leurs ennemis jurés (à coups de briques fatales!), le film nous capte par le rire, la tendresse et le sourire... mais ça ne durera pas: je parle de cette atmosphère de comédie, qui cesse après une heure environ.

Le film est formidablement construit, superbement filmé (Charles Rosher est aux commandes de l'image et de la lumière et il se fait plaisir de bout en voit) et pour tourner ce retour aux affaires, Mary Pickford a choisi un vétéran du cinéma, le très expérimenté mais quasi inconnu William Beaudine, un choix motivé par le fait qu'il fallait pour obtenir du naturel de la part de son casting juvénile (des vraies numéros d'acteurs sont ici réservés aux enfants), et Beaudine qui avait dirigé plusieurs films de comédie avec des enfants, était en effet le candidat idéal! Il tire de ses jeunes interprètes un jeu naturel, énergique, mais aussi profondément subtil. Il fait en particulier voir de quelle manière Spec O'Donnell interprète Abie Levy, le petit voisin Juif de la petite Annie. La complicité qui les unit est prétexte à de nombreuses scènes qui demandaient un acteur confirmé: il est excellent (et rejouera souvent en grandissant, un rôle similaire aux côtés de Max Davidson). 

Car c'est l'un des atouts du film: la façon dont sont dépeints les rapports entre tous ces enfants d'origine différente, qui parlent parfois des langues différentes, s'envoient des briques pour un rien, mais sont tous prêts à se mettre en quatre les uns pour les autres. Un melting-pot de fait, que les adultes prennent souvent en exemple, et qui a en plus le mérite de souvent nous faire rire. Mais pas que: la façon dont Beaudine et Pickford traitent l'annonce de la mort du père Rooney est un moment de bravoure pour l'actrice, et un modèle d'utilisation de toutes les ressources à sa disposition pour Beaudine: montage, point de vue, champ-contrechamp, et le péché mignon de Miss Picford: les accessoires. Elle réussit ici à nous tirer des larmes avec son utilisation des bougies d'un gâteau. C'est donc sans aucun étonnement que nous retrouverons Beaudine aux commandes l'année suivante du prochain film de la star, Sparrows, dont on peut sobrement dire qu'il n'est pas mal non plus!

J'ai failli oublier: en plus, dans ce film, le jeune voyou fort sympathique qui fait rêver l'héroïne n'est autre qu'un jeune William Haines dans l'un de ses premiers rôles... Il est absolument irrésistible.

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Mary Pickford Muet **
17 décembre 2018 1 17 /12 /décembre /2018 16:24

Dans le cadre de ses films interprétés pour la First National, la grande "tragédienne de l'écran", Norma Talmadge, a fait à peu près tout. Mais tous ses films, hélas, ne peuvent être comparés aux plus beaux, notamment bien sûr les oeuvres dans lesquelles elle était dirigée par Frank Borzage... Parmi les autres, donc, ce succédané soigné mais sans plus, du Sheik de George Melford, avec Rudolph Valentino...

Dans ce sombre mélodrame, Norma Talmadge incarne Noorma-Hal, une danseuse orientale qui est la coqueluche des Touaregs, en particulier de leur chef Ramlika (Arthur Edmond Carew). En lutte perpétuelle contre l'envahisseur Français, celui-ci va avoir de la concurrence d'un mystérieux étranger, qui va très vite s'avérer être un espion de l'armée Française, Raymon Valverde (Rudolph Schildkraut). Si en découvrant l'identité de son nouvel amant, Noorma-Hal sentira sa fibre nationaliste se réveiller, les sentiments qu'elle a pour lui, vont sérieusement compliquer la chose...

C'est sans aucun second degré qu'il faut se lancer dans l'aventure, pour laquelle Norma Talmadge a une fois de plus interprété un personnage tout de flamboyance vêtue, et sans retenue dans l'émotion. Le cadre est très soigné, l'interprétation vivace, l'intérêt, par contre, très relatif... Sinon, c'est le deuxième film après The love light, qui ait été dirigé au moins partiellement par la grande scénariste Frances Marion. C'est aussi, hélas, le dernier...

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Published by François Massarelli - dans 1923 Muet Norma Talmadge ** Chester Franklin