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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 17:06

Il va falloir s'habituer à dire "feu Stanley Donen", mais il reste ses films. Et quels films! Et au sommet, si on s'en tient bien sûr aux oeuvres qu'il a réalisées tout seul, se trouve Charade, le "meilleur film d'Hitchcock qui n'ait pas été réalisé par Hitchcock", comme on dit... Pourtant Charade n'est pas qu'un pastiche formidable, c'est une leçon de style, un plaisir jamais coupable et pour finir cet encapsulage rapide d'un classique, une sorte de film définitif, oeuvre parfaite en tous points...

L'intrigue, adaptée par Peter Stone de son roman, concerne Regina Lampert (Audrey Hepburn): cette jeune Américaine est mariée depis quelques temps à Charles, un homme dont elle souhaite divorcer, ce qu'elle exprime lors d'une de ces très longues vacances dans lesquelles elle se trouve seule. Ou du moins, sans un mari parti en vadrouille on ne sait pas trop où, pour ses affaires... mais Charles est mort: nous l'avons vu dans la très économique scène d'ouverture, jeté d'un train, en pyjama. Regina ne le saura qu'en arrivant à Paris, où elle commence à constater qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond... 

En effet, son mari est mort en tentant de disparaître, après avoir mis à sac leur propre appartement Parisien, dans lequel il ne reste plus rien... Il a tout vendu, et en a tiré $250 000, dont personne ne trouve la moindre trace. Plus grave encore: Regina apprend que Charles, de son vrai nom Voss, était un aventurier, qui a participé durant la guerre à une mission avec d'autres mercenaires, et pas des tendres. Ils en avaient tiré une somme d'argent colossale, appartenant de droit aux Etats-Unis, mais Voss s'est volatilisé dans la nature en compagnie de l'argent... De plus, lors des funérailles, Regina Lampert voir débarquer trois personnages très louches, qui s'avèrent mes anciens "compagnons" de Charles: Ned Glass, George Kennedy et James Coburn composent des fripouilles formidables, menaçants, mais pas sans ressource comique.

Et pour compléter la galerie de personnages, il faut compter sur le fonctionnaire des services secrets qui "convoque" Regina: Bartholomew, interprété par Walter Matthau, est un père tranquille qui ne mâche pas ses mots, et qui va assister à sa façon la veuve. Comment oublier le personnage le plus mystérieux de tous, l'homme séduisant qui approche Regina dans les alpes lors des scènes d'ouverture, puis la retrouve à Paris en changeant de nom à chaque nouvelle scène? Ami, ennemi, ou... amant? En tout cas, Cary Grant.

C'est formidable: bien sûr, la référence du pastiche est évidente: Donen ne s'est sans doute pas remis de North By Northwest, dont il prétend adopter le style. Mais d'une certaine façon, cette imitation débouche justement sur un style profondément naturel: jamais le jeu des acteurs n'est forcé jamais la mise en scène ne prend le pas sur l'action, l'intrigue linéaire, ou le plaisir et l'humour. Tout se fond dans une cohérence rare... Et pourtant le metteur en scène a réalisé son film loin du confort des studios, le plus souvent dans Paris même... 

Et sous cette élégante chasse au trésor disparu Donen reprend à son compte l'idée d'Hitchcock d'organiser son personnage principal autour du vide: un trésor mythique détenu par un homme sans nom qui a cherché à disparaître et vient de perdre la vie en emportant une partie de ses secrets, cherchés par des êtres plus ou moins apatrides, et un inconnu séduisant, mais incapable de garder le même nom et la même profession... Mais dans North by northwest, c'est Roger O. Thornhill ("O stands for nothing"), le héros publicitaire, qui n'était rien ni personne avant d'assumer par erreur l'identité d'un homme qui n'existe pas, et se mettre à exister. Regina, elle a une vie, bien définie, des amis, et sans doute un gros manque affectif... Elle se confie dès sa première apparition, et toutes ses confrontations avec Cary Grant vont déboucher sur un flirt d'une fraîcheur et d'une franchise désarmante. Donen et ses acteurs réussissent à acquérir une liberté de ton qui permet aux personnages de jouer un marivaudage qui n'est jamais une digression, et avec la complicité de Henry Mancini, ils vont même parfois faire passer l'enquête au second plan. 

Sans jamais dévier, sans aucun moment faible, et avec le sourire. Sauf... dans une scène de suspense formidable dans le métro, où Donen montre que le film noir était un style avec lequel il savait jouer sans aucun problème, même si on était loin de l'attendre sur ce terrain. Mais film noir, comédie ou pastiche, rien n'y fait: ce film, comme tant d'autres de Donen, parle de la même chose: le mariage, au rayon "raté" du magasin. Catégorie "seconde chance"... fouillez un peu dans la filmographie et vous verrez que Donen, soit franchement, soit métaphoriquement (Gregory Peck et son métier dans Arabesque, et Gene Kelly et sa partenaire dans Singing in the rain), tournait toujours autour de ce thème...

Mais jamais avec une aussi époustouflante réussite. 

 

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Published by François Massarelli - dans Stanley Donen Criterion Cary Grant Audrey Hepburn
24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 09:45

Bon, s'il fallait inventer une catégorie pour ce film, le troisième de la franchise, ce serait bien sûr "les films dont vous n'avez pas besoin"... Sorti en 2016, et démodé deux minutes plus tard, le troisième film des aventures de Bridget Jones est une fois de plus taillé autour de l'actrice Renée Zellweger, et raconte une fois de plus les lamentables mésaventures sentimentales d'une jeune femme indépendante et Londonienne.

L'essentiel de l'intrigue repose ici sur un enchaînement d'événements: Bridget participe à un festival, au cours duquel elle se lâche et couche avec un parfait inconnu (Jack Dempsey); puis quelques jours plus tard elle rencontre son ex Mark Darcy (Colin Firth) lors d'un baptême, et couche avec. Elle est enceinte: de qui est le bébé? ajoutez à ça un problème important: les deux hommes vont non seulement revendiquer la paternité, mais aussi le coeur de la belle.

On se demande pourquoi.

Pardon, reprenons: on rit parfois, dans cet étalage mécanique de vannes ultra-calibrées, et dont on a finalement l'impression, au vu des nombreux films de comédie sentimentales torchés par les britanniques qui travaillent pour le studio Working Title, qu'elles sont aussi interchangeables que les films. Quand on rit, ce n'est jamais à cause de Renée Zelweger, qui j'imagine a du s'amuser sur le tournage. Je pense qu'elle adore maquiller son accent Américain en accent qu'elle imagine sans doute authentique. Pas à mes oreilles. 

Bref.

L'un des meilleurs éclats de rire (il y en a, je crois trois) est du à la co-scénariste Emma Thompson, qui interprète une gynéco-obstétricienne de première classe. C'est déjà ça... Si vous tenez jusque là, c'est vers la fin.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 17:22

Peu importe la religion: ce film est l'histoire de gens qui trouvent la force intérieure de faire bouger les choses, comme finalement d'autres films du même metteur en scène, Tol'able David (1921) ou le magnifique The winning of Barbara Worth (1926) en tête. Ajoutons pour faire bonne mesure un désastre naturel, ici une éruption, pour appuyer les passions; par ailleurs le fait que dans celui-ci les acteurs principaux soient Lillian Gish et Ronald Colman est évidemment une garantie de qualité, d'émotions, de spectacle enfin. En 2 heures et 20 minutes, on n'est absolument pas déçu... Ce film hors norme, tourné partiellement en Italie sur les lieux même du drame, est sans doute le film Américain le plus proche des inspirations des romantiques Européens, tout en les supplantant allègrement!

Et pour commencer, le film conte dans ce qui ressemble à un mélodrame classique, à Naples, la lente déchéance d'Angela Chiaromonte (Lillian Gish), qui un jour perd son père (Charles Lane); sa demi-soeur (Gail Kane) qui la hait se débrouille pour la déposséder de tout, et elle n'a plus que l'amour de son beau capitaine, Giovanni Severi (Ronald Colman); mais celui-ci est envoyé en mission en Afrique, et vite considéré comme mort. En apprenant la fausse nouvelle, Angela perd tout, et décide bien vite d'entrer dans les ordres. Et bien sûr à ce moment, Giovanni revient, bien décidé à se marier avec sa bien-aimée. Pendant ce temps, le Vésuve gronde, et se prépare à entrer en éruption...

Ce n'était d'ailleurs pas une trop grosse surprise, car parmi les nombreux protagonistes, on trouve le frère de Giovanni : contrairement à ce dernier, le professeur Ugo Severi (Gustavo Serena) s'est entièrement dédié à l'observation de l'évolution du Vésuve, dans le but de réussir à prévoir et surtout éviter un nouveau drame du à une éventuelle éruption. Il a dans son observatoire installé une machine qui enregistre l'activité du volcan, doté de voyants qui vont assez souvent être dans le champ, suffisamment visible pour qu'on puisse voir nous aussi comment évolue la situation : aussi bien volcanique que dramatique car dans ce film on s'en doute, les deux sont liés...

King profite de la longueur du film pour asseoir au maximum sa situation, et profite aussi de ses décors: le film a été tourné en Italie, et ça se voit! Il laisse une grande latitude aux acteurs, ses deux principaux en particulier, et Lillian Gish en profite pleinement, faisant passer son Angela par une évolution profonde, de sa post-adolescence à la maturité d'une femme de caractère. Dans ce qui est sa première aventure post-Griffith, c'est elle qui semble porter le film, d'ailleurs bâti autour d'elle. Le principal propos, une réflexion engagée sur le conflit propre à chaque humain entre le spirituel et le corporel, reste d'ailleurs partie intégrante de l'univers personnel et intime de l'actrice, qui doit ici composer avec une obligation, celle d'embrasser son partenaire dans quelques scènes-clé. On sait (les anecdotes du tournage de La Bohême en attestent) que c'était toujours quelque chose que l'actrice faisait tout pour éviter...

Justement, Colman est fidèle à lui-même, fort et séduisant. C'est Giovanni qui a le plus de mal à avaler la situation à son retour, et la scène ou il découvre la vérité passe par une implication physique formidable: il est venu au couvent retrouver son frère qui y est hospitalisé (Celui-ci a craqué, et risque fort de laisser le volcan se réveiller sans lui). Durant le début de la scène, alors qu'il attend, il ne prète aucune attention à le jeune nonne qui passe, et qui ne le voit pas non plus. Nous qui savons, attendons avec un suspense de plus en plus fort le moment ou ils réaliseront tous deux... La confrontation risque d'ailleurs de tourner à l'avantage de Giovanni: Colman est une force de la nature dans cette scène qui à la fin ne retient plus rien en matière d'émotion. Elle installe le fil rouge de la dernière partie: la volonté de l'un de mener une vie ensemble, à deux, contre le voeu de l'autre de se dévouer à la religion. On retrouve une autre scène forte entre les deux, où Lillian Gish, cette fois, mène la barque: Colman l'a attirée dans un stratagème qui vise à la faire signer un papier dans lequel elle renonce à ses voeux. La soeur, sans presque rien faire, fait comprendre à l'homme que c'est peine perdue...

Pendant ce temps, le vésuve ne menace plus, il attaque: la scène a lieu dans l'observatoire du frère de Giovanni, et un voyant peu discret nous informe de l'évolution dramatique du flot de lave.Bien sûr, comme dans Way down east ou La Bohême, Lillian Gish traduit de façon physique sa force de volonté dans des scènes nocturnes de toute beauté, ou elle affronte de métaphoriques tempêtes, avant de recueillir la confession de sa demi-soeur et de la pardonner avant son dernier souffle.

Renoncement, sacrifice, force intérieure, altruisme, rédemption... les mots ne manquent pas pour désigner les notions qui définissent les personnages et leur parcours. Encore une fois, on est dans le même esprit que pour Tol'able david: il n'est pas nécessaire d'être religieux pour apprécier ce film, habité d'une force peu commune, et d'une cohérence rare : si pas un seul des attributs du mélodrame ne manque, ils ont cette fois tous un sens, un vrai... Et la longueur du film (plus de deux heures) permet à King de prendre son temps et de donner à chaque personnage une vraie substance, en s'abstenant de trop sacrifier au manichéisme : du reste, à part la grande sœur, il n'y a pas vraiment de méchant ici. On appréciera aussi de quelle façon le metteur en scène nous prépare dès la scène de présentation à affronter la crise intérieure et mystique de son héroïne : la première fois que le public « voit » Angela, c'est en fait uniquement pas le biais de ses yeux quand la jeune femme, mi-attendrie, mi-fascinée, assiste aux prières incandescentes de son père très pieux. Cachée derrière une grille, son attitude à peine entrevue (mais la force des yeux de Lillian Gish suffit) tranche radicalement avec celle de sa sœur, qui attend irritée la fin des prières de son père en grillant une cigarette...

Plus tard, il continue en nous montrant un portrait sublimé qui annonce à Angela elle-même que son destin est au-dessus des hommes, mariée à l'au-delà : tel le portrait d'une autre Angela (Janet Gaynor dans Street Angel (1928) de Frank Borzage), le tableau va montrer symboliquement que seule la sainteté lui apportera sa raison d'être. Et dès lors son destin est tracé... Et celui de Giovanni, qui devra trouver une autre raison de vivre ou de mourir, tout en prenant la place de son frère, est scellé.

Et puis comment ne pas parler de deux morceaux de bravoure, situé de part et d'autre de la première partie: dans une scène qui correspond à la fin de son adolescence, Angela qui est allée se promener, et a croisé son beau capitaine, se laisse aller à danser quand elle entend la musique jouée par des gitans qu'elle entend depuis la rue, alors qu'elle est au fond de son jardin en compagnie de sa préceptrice. celle-ci, patiente, la laisse faire... Et Gish se lâche complètement: Angela n'a pas encore fait le deuil de son corps, et dans quelques instants elle escaladera un mur pour mieux voir et entendre les musiciens: debout sur le mur, elle verra son beau capitaine de nouveau, et celui-ci devra faire à son tour une ascension pour la rejoindre... Enfin, la dernière scène très notable est donc située à la fin de la première partie: Angela a appris la fausse nouvelle de la mort de Giovanni, et se laisse complètement aller à une crise d'hystérie mémorable dans laquelle l'actrice rappelle qu'elle interprète une femme-enfant, et où elle convoque à la fois le souvenir d'Elsie Stoneman, et celui de Lucy Burrows. Les connaisseurs apprécieront...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lillian Gish Henry King 1923 *
23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 11:05

Une fois indépendant, Griffith a commencé à réaliser systématiquement des longs métrages, de 6 bobines pour commencer, qui se sont succédé jusqu'à l'été. Le dernier d'entre eux, après les expériences de Home sweet home (film à sketches) et Battle of the sexes (adaptation de pièce de théâtre) est aussi un film bien curieux. Inspiré de Edgar Poe, un auteur éminemment Américain auquel le metteur en scène vouera longtemps un culte, le film se situe pourtant dans l'Amérique contemporaine, et plutôt que d'adapter un récit ou un poème précis, Griffith a amalgamé un certain nombre d'événements tirés de divers contes, nouvelles et poèmes. L'histoire est celle d'un enfant gâté par son tuteur et qui, devenu adulte, ne supporte pas que celui-ci lui refuse d'épouser celle qu'il aime. Pris de dépit, il l'assassine et emmure soigneusement le cadavre, et devra ensuite être tourmenté par sa conscience, par un détective un peu trop malin, et par un maître-chanteur Italien.

Les acteurs sont tous tirés de la troupe de Griffith, et à l'exception de Blanche sweet (Qui n' a pas grand-chose à faire ici, hélas) se retrouveront dans le film suivant: Walthall est le héros, assez convaincant. Spottiswoode Aitken joue l'oncle, affublé d'un bandeau sur l'oeil. Ralph Lewis est le détective, et George Siegmann l'Italien (forcément louche, un navrant signe des temps). Quant à Mae Marsh et Bobby Harron, Griffith les a placés pour un intermède comique qui ne s'intègre pas très bien à l'ensemble. Le résultat est, disons, bizarre, mais pas sans qualités: l'idée d'intégrer des éléments d'horreur dans un drame bourgeois donne lieu à une série de surimpressions, trois ans avant The whispering Chorus de DeMille, qui sont moins virtuoses, mais bien dosées: Bitzer a bien relevé le défi ici. Griffith utilise à merveille le montage, c'est bien connu, et on n'est pas déçu: les scènes spectaculaires intègrent de façon dynamique des gros plans qui relaient efficacement le suspense: outre un gros plan des yeux de Walthall torturé par la culpabilité (Il voit partout le fantôme de son vieil oncle), il y a aussi utilisation de plans des pieds d'un personnage pour souligner la nervosité, etc... Griffith fait même jouer pour un plan les mains de Lewis et Walthall, avec un effet de précision. C'est, bien sur, dans les deux dernières bobines que le feu Griffithien se déchaîne: montage parallèle, élargissement du cadre, accélération de l'action, meurtre, morts violentes, suicide... (Pas de train, par contre!) Honnêtement, l'attente est un peu longue, mais elle en vaut la peine...

Certes, Griffith se cherche encore en 1914, mais le film, s'il est souvent gauche, est une bonne surprise: on n'attendait pas vraiment Griffith sur le terrain du fantastique, et il ne s'en tire pas si mal. Et puis, avant de devoir se replonger dans le tumulte et la salissure du film suivant, The Birth of a Nation, ce petit conte est assez ravigorant.

 

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Published by François Massarelli - dans 1914 David Wark Griffith Muet *
23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 10:51

Le vrai titre de ce film, tel qu'il a été distribué en tout cas à partir du 8 février 1909, est Edgar Allen Poe, la copie la plus souvent montrée aujourd'hui commençant par établir que la coquille était attribuable à la volonté de la Biograph de sortir le film à temps pour l'anniversaire du poète...

Pour fêter le centenaire d'un auteur maudit que Griffith a toujours, de son propre aveu, admiré, il le représente donc en cinq plans: le poète (Herbert Yost) reste au chevet de son épouse malade (Linda Arvidson), et lors de la scène, est visité par l'inspiration, car un corbeau empaillé semble lui aussi veiller de façon lugubre la malade. Les deux plans suivants montrent Poe se rendre chez un éditeur, puis à la rédaction d'un journal, où on finit par accepter son poème. Le quatrième plan nous montre, en plan rapproché, la mort de Virginia dans une dernière convulsion. Le dernier plan enfin montre Poe retournant au chevet de son épouse.

Bien sûr, ce n'est pas dans ce court métrage commémoratif qu'il faut chercher le génie de Griffith, mais l composition soignée est un élément intéressant. Et le film, privé d'intertitres, se débrouille très bien tout seul pour véhiculer du sens. Griffith s'inspire de façon évidente de l'univers de l'écrivain dans The sealed room tourné la même année, et il retournera à Poe avec l'un de ses premiers longs métrages en 1914, The Avenging Conscience...

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 11:39

Dans Le rail, on a essentiellement quatre personnages, et un décor assez limité. Et surtout, c'est suffisamment répété dans l'histoire du cinéma, on n'a pas d'intertitres, enfin si: un seul... A part celui-ci, toute la communication non visuelle est ici limitée à la mention des actes et leur fin (chaque acte étant un des cinq jours de l'action), et à un télégramme.

Werner Krauss interprète un garde-barrière saisi dans sa routine. Il vit avec sa femme ( Hermine Straßmann-Witt) et sa fille adulte (Edith Posca); le quatrième personnage est un inspecteur des chemins de fer (Paul Otto), dont un télégramme annonce l'arrivée à la fin de la première journée. Il s'installe et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il séduit la jeune femme. Quand l'épouse les surprend, elle s'enfuit dans la neige et meurt en priant...

Tout le film, le premier d'une trilogie célèbre, est affaire de jeu : jeu d'acteurs, bien sûr, dont le style sera ensuite connu sous le nom de Kammerspiel, théâtre de chambre. La situation est aussi quotidienne, aussi banale même que possible, mais interpelle le spectateur par l'intensité du drame, soutenue par l'intensité du jeu des acteurs. Celui qui se détache du lot, c'est bien sûr Werner Krauss, auquel on peut faire confiance pour en faire des tonnes. Le résultat global est, comme on dit dans ces cas-là, intéressant. Somme toute, comme peut l'être Der letzte Mann, de Murnau, un film dont j'avoue que je ne le porte pas dans mon cœur ! Une expérience, donc, qui sera de courte durée : les metteurs en scène Allemands, Murnau en tête, finiront par admettre qu'il est difficile de se passer d'intertitres.

Le film garde son intérêt historique, et est une bonne illustration de la mainmise des scénaristes sur le cinéma Allemand des années . D'une certaine façon, Carl Mayer, qui va bientôt gagner une réputation phénoménale, est un peu l'anti-Thea Von Harbou... Ce qui ne l'empêchera pas de s'embourber.

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Published by François Massarelli - dans 1921 Muet *
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:10

Adapté d'une pièce Irlandaise, elle-même inspirée d'un fait divers authentique, The Collen Bawn raconte les rocambolesques amours d'un couple, un riche héritier marié à une paysanne, qui doivent s'aimer et se marier en cachette, jusqu'à ce que la famille du nobliau décide de le marier à sa cousine...

Quand je pense qu'on continue à voir un peu partout des articles qui patent du principe que le premier long métrage Américain est Birth of a nation! Si sa contribution à l'évolution du cinéma a été plus que minimale, au moins on peut concéder à Olcott d'avoir été parmi les premiers à étendre sciemment le champ des films, en livrant dès 1911 des films qui dépassaient les deux bobines. Notons qu'à la même époque, Griffith peinait à imposer à la Biograph des sujets de deux bobines, justement...

Mais il serait injuste de comparer Olcott et Griffith. Certes, l'un et l'autre tournaient à cette époque, l'un depuis 1907 (Olcott) l'autre depuis 1908, et l'un comme l'autre ont tant bien que mal maintenu leur activité jusque vers la fin (Olcott) voire au-delà (Griffith) du muet... Mais si Olcott était curieux des possibilités dramatiques du cinéma, comme son cadet, et avait choisi de partir de l'Est pour tourner dans les lieux emblématiques des histoires qu'il avait choisi (La Palestine ou l'Irlande, excusez du peu), sa grammaire restait bien rudimentaire, sa direction d'acteurs limitée, et une scène chez lui équivalait à un plan, comme au bon vieux temps des "tableaux" dans les films Français de 1905... 

Et par dessus le marché, sa vedette (et épouse) Gene Gauntier lui a par la suite contesté la paternité complète de ses films, en revendiquant sa part dans la mise en scène de nombreux films, dont celui-ci. Je ne sais pas si c'était une bonne affaire, tant le style est vieillot: l'une des raisons du succès des films "Irlandais" de Olcott et Gauntier, était justement le choix de décors Irlandais authentiques. Le fait est qu'on a le temps de les voir...

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Published by François Massarelli - dans 1911 Muet Sidney Olcott **
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 18:12

Peut-être serait-il plus honnête de titrer cet article: The Exquisite Thief, deuxième bobine... Car c'est bien sûr tout ce qu'il reste de ce film, situé dans la carrière du futur réalisateur de Freaks, juste après The Wicked Darling, film assurément très important aussi bien pour le metteur en scène que pour sa star Priscilla Dean, mais aussi bien sûr pour Lon Chaney dont le rôle était limité, mais inoubliable. L'acteur n'est pas présent ici, mais pour le reste on est dans le même univers de proto-film noir, excitant et novateur, que pour le film précédent.

Dans l'extrait donc conservé, Dean est une cambrioleuse de luxe qui s'introduit dans un dîner de la haute société avant de prendre le large avec tout un butin qu'elle a subtilisé à ses "hôtes"... Sans savoir que dans sa fuite elle emmène aussi sans le savoir l'un des convives, un lord Anglais de passage qui doit avoir, j'imagine, un faible pour elle... Il va devenir son prisonnier, à moins que...

C'est formidable: en un peu plus de huit minutes seulement, on peut voir un fragment extrêmement frustrant de ce qui a du être un sacré bon film. Priscilla Dean y joue un personnage déjà rodé, mais qu'elle tient remarquablement bien, et paie de sa personne en permanence. Les autres acteurs sont aussi remarquables de subtilité, et la réalisation est une constante démonstration du génie de Browning pour les ambiances noires, avant sa chute alcoolique vertigineuse... Inquiétante poursuite nocturne, clair-obscur, science de la lumière, silhouettes: tout y passe, et on en redemande. On pourra aussi noter, quelques secondes seulement sur l'écran, un acteur anonyme qui porte le costume que portait Chaney dans The Wicked Darling et qu'il allait de nouveau utiliser dans Outside the law: un signe que sa contribution avait été remarquée, et en son absence (son contrat avec Universal se terminait justement avec le film précédent) le réalisateur envoyait au spectateur une sorte de souvenir subliminal...

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Published by François Massarelli - dans 1919 Muet Tod Browning **
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 17:52

A l'origine, ce film contenait deux bobines, dont on imagine si on compare aux autres films Biograph de Griffith de la même période, qu'il était assez long, autour d'une demi-heure... Il n'en subsiste que la première bobine. 

Deux jeunes gens se rencontrent, elle est interprétée par Mae Marsh, et lui par Walter Miller. Ils s'aiment et se marient, mais au fur et à mesure de leur histoire, la jeune femme voit son mari devenir de plus en plus violent, au poing de se battre à la moindre occasion. Elle en fait elle-même les frais, et commence à le craindre. Au cours d'une représentation théâtrale, ils vont être confrontés à une version d'Oliver Twist dont une scène de violence conjugale va réveiller chez eux des souvenirs cuisants, pour l'une (qui a subi la violence) comme pour l'autre (qui va laisser enfin ses regrets s'exprimer)...

La fin de ce résumé est bien sûr tirée des nombreuses mentions du film dans l'histoire du cinéma, puisqu'on ne peut plus la voir. Mais il y a peu de doutes que c'est effectivement de cette façon que le film se termine, puisque il reprend une formule déjà exploitée à plusieurs reprises par Griffith, le plus souvent avec des films anti-alcooliques: What drink did ou The Dunkard's Reformation notamment. Le principal intérêt du film, au-delà de la mention pas si courante de la violence maritale, est bien sûr Mae Marsh: contrairement à sa co-star qui est lui absolument infect, la future enfant bondissante et irritante de Birth of a nation et Intolerance, est au contraire d'une grande dignité ici, profitant du temps imparti à l'intrigue pour ralentir sérieusement le tempo et laisser sa terreur monter et s'exprimer avec subtilité. 

On peut rapprocher l'utilisation dramatique de l'actrice de ce qu'il allait faire quelques mois plus tard avec une jolie jeune femme qu'il avait beaucoup négligée, à tort, et à laquelle il donnerait enfin, à contrecoeur sans doute, la vedette dans The mothering heart. Celui-ci est d'ailleurs un film autrement plus important que ce Brutality un peu sommaire.

Sinon, Griffith faisant appel à sa "troupe" pour tous ses films, ce qui nous gratifie ici d'une vision d'une figurante de grand luxe: Miriam Cooper... Voyez la photo ci-dessus.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 17:41

Ce court métrage anonyme et incomplet est bien sûr en directe provenance de Dawson City, où il a survécu sous la glace pendant une cinquantaine d'années. Il ne reste qu'une partie de la première bobine...

Ca commence comme une comédie: une jeune femme qui vit avec son père dans les bois, refuse les avances grossières d'un métis, mais se laisse volontiers séduire par le très gentil et très raisonnable trappeur qu'elle a rencontré, alors qu'il accompagnait un photographe en repérages. Mais quand celui-ci meurt, le métis qui l'a assassiné accuse le héros...

C'est rapide, assez anecdotique mais soigné. Le film, tourné dans l'est, fait un usage intéressant des sous-bois... mais se vautre sans scrupules dans la caractérisation d'un métis, qui non seulement est dans l'esprit des concepteurs du film, issu d'une union contre-nature, mais en plus il n'a pas été gâté! Une idéologie bien répugnante, qui était partie intégrante de tout le courant du mélodrame en ces vertes années du septième art... 

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Published by François Massarelli - dans Muet