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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 17:06

Mêlant une fois de plus la comédie, une dose de sentimentalisme et une rasade de sensationnel, Lawyer man est un film typique de la période: bourré de sous-entendus, souvent joyeusement immoral, et un exercice de style plus direct pour Dieterle, dont les films ont généralement plus de préciosité. Tout y est probablement question de public: ici, avec William Powell en vedette, il vise le public masculin, et le fait avec des armes parfois inattendues...

Anton Adam est un avocat doué, mais en pleine ascension: un jour, un adversaire malheureux mais admiratif lui offre un partenariat. Son ascension sera de courte durée, car il tombe entre les mains d'une organisation mafieuse, qui va tout faire pour le coincer. Car Anton Adam a un défaut: il est certes intègre, mais perd tout sens de la réalité dès lors qu'une jolie fille croise son chemin... Toutes, sauf une: sa secrétaire, Olga, dont il n'a pas l'air de s'apercevoir qu'il s'agit de Joan Blondell, et qui elle en revanche n'a d'yeux que pour lui...

Immoral, disais-je: en effet, cet avocat intègre va passer carrément de l'autre côté lorsqu'il se rend compte qu'il lui est impossible de faire triompher la justice en restant honnête... La fin justifie les moyens. Et Dieterle prend une décision inattendue: il se tient quasi systématiquement à l'écart des scènes de procès, préférant les scènes de tractation, de manipulation ou de négociation. Et surtout il nous intéresse à la vie privée de son héros et à son hobby principal: les femmes... Un accessoire lui sert d'ailleurs d'indicateur du trouble d'Anton Adam: quand il est en conversation avec Claire Dodd, les yeux dans son décolleté, l'avocat ne contrôle plus l'énorme havane qu'il arbore constamment à la bouche, et celui-ci se relève sans vergogne... Bref: on est en 1932, et Dieterle avait envie de s'amuser...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code William Dieterle Comédie William Powell
5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 16:46

Charles II, un roi de transition (Rufus Sewell), est le fils de Charles Ier, roi d'Angleterre maudit: déposé puis exécuté en place publique, il avait dû laisser la place à une expérience républicaine, dont Oliver Cromwell serait la principale figure. Après neuf ans d'expérimentation, pourtant, le Parlement Britannique s'était dit favorable à un retour de la Monarchie, à charge pour Charles II de composer avec le parlement. C'est le contraire qui s'est passé, et cette suite de quatre heures environ est le portrait foncièrement subjectif (la subjectivité en question étant celle de Charles lui-même) d'un monarque absolu, le dernier en Angleterre, qui avait du batailler à la fois contre les plus fanatiques de ses troupes, et contre un Parlement, souvent enclin à l'utiliser pour des fins indéfendables.

Et tout le folklore y passe: la sempiternelle lutte entre les clans religieux, la capacité du Roi à composer aussi bien avec un peuple très volatile, et un establishment politique plus rigoriste, sans oublier les passions du roi, qui ont la part belle: sans être trop ouvertement explicite, le film nous invite souvent dans l'alcôve... Et si les dialogues et la rapidité d'exécution sont très dans la manière de la BBC (cette manière qu'ont les personnages de parler de politiques étrangère dès le saut du lit, ou aux milieu des ébats, est souvent profondément irritante), Wright montre déjà des velléités de mise en scène qui le placent au-dessus du lot, et arbitrairement choisit de brouiller les pistes, en s'octroyant des passages en caméra au poing, et un plan-séquence bilan de toute beauté...

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Published by François Massarelli - dans Joe Wright
3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 16:32

A l'origine, je pense que ce film devait surtout être, dans l'esprit de son créateur principal David O. Selznick, une occasion de faire "un petit western", et en même temps un prétexte pour retravailler avec King Vidor, en souvenir de la petite escapade Polynésienne de Bird of Paradise (1932). Mais Selznick étant Selznick, ça a quelque peu dégénéré: plus de Technicolor, plus de stars, plus de scènes, plus d'érotisme bien lourd, plus de tout... Le résultat n'est pas, à mon sens, un film de Vidor. C'est du reste ce qu'en pensait le réalisateur lui-même. Ce n'est d'ailleurs pas non plus un film qu'il puisse totalement renier, le scénario reprenant un certain nombre de figures qu'on retrouve dans son oeuvre, et qui pour certaines allaient attendre un peu...

Pearl Chavez (Jennifer Jones), la fille d'un gentleman Sudiste déchu (Herbert Marshall), doit faire un voyage lorsque son père, condamné pour le meurtre de son épouse, est exécuté: il lui a conseillé d'aller chercher refuge chez une de ses anciennes amours, Laura Belle McCanles (Lillian Gish), mariée à un très riche et très irascible propriétaire terrien du Texas (Lionel Barrymore). Celui-ci n'accueille pas Pearl, pour moitié Indienne, d'un très bon oeil, mais ses deux fils Jesse (le gentil, interprété par Joseph Cotten) et Lewton (le méchant, incarné avec excès par Gregory Peck), eux, se réjouissent de l'arrivée de la jeune femme...

Ajoutons pour faire bonne mesure Harry Carey en avocat qui est en lutte ouverte avec le vieux McCanles au sujet de l'arrivée du chemin de fer, Walter Huston en prédicateur auto-proclamé, Charles Bickford en prétendant assassiné, et Butterfly McQueen en domestique de Laura Belle, et on pourra au moins reconnaître que la distribution est impressionnante. Seulement voilà, à trop vouloir refaire l'exploit de Gone with the wind, à trop reprendre des mains de ses réalisateurs (Vidor, mais aussi Dieterle, et il se murmure que Sternberg aurait aussi mis la main à la pâte) son jouet pour le remodeler indéfiniment, Selznick a commis erreur sur erreur... Et le film est excessif en tout. Parfois excessivement beau à voir en même temps qu'excessivement vide, avec trop de stars et trop de trop, on s'étouffe.

Tiens, justement: Jennifer Jones, comme d'habitude et plus que d'habitude, en fait trop. Et si Vidor a pu ressortir quelques idées du placard, et s'intéresser aussi à deux jusqu'au-boutistes qui préfigurent un peu les héros de The fountainhead (1949), il se noie sous le cahier des charges et surtout les aspects passionnels du film: chaque personnage porte en lui un rapport à la passion qui est différent: le vieux McCanles en est revenu, la dame Sudiste l'a vécue et souhaiterait y revenir, le fils raisonnable s'en tient précautionneusement à l'écart... Seuls Lewt et Pearl y succombent: lui volontairement, elle à son corps défendant. On ne s'étonnera pas que ça finisse mal; on ne s'étonnera pas non plus d'apprendre que Jennifer Jones et Selznick filaient le parfait amour: on ne voit que ça.

...Et Lillian Gish, bien sûr, pour l'un de ses rôles les plus substantiels d'après sa période muette. Une bonne raison de voir le film, en somme...

 

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Published by François Massarelli - dans Western King Vidor Lillian Gish
1 février 2019 5 01 /02 /février /2019 11:08

"He stole her jewels, but that wasn't all" clamaient les affiches de ce petit film (moins de soixante-dix minutes) qui était assurément un produit de série pour la Warner, le deuxième film en vedette de l'actrice Kay Francis, cette fois accompagnée de la séduction légendaire du grand William Powell. Dieterle, concurrent direct de Michael Curtiz au sein du studio, a réalisé cinq films en cette année 1932, et tous portent évidemment sa marque celle d'une mise en scène excentrique, inattendue, et constamment inventive. Quand les sujets sont intéressants, il n'y a pas moyen de s'y ennuyer...

Vienne: Kay Francis, en héroïne exemplaire des films pré-code, interprète la baronne Teri, qui est doté d'un mari tendre, âgé, et richissime: donc elle s'ennuie à mourir, entre les séances de massage et les visites aux bijouteries. Les deux péchés mignons de la belle sont en effet les diamants et les amants. Lorsqu'en se rendant dans une bijouterie, elle est victime d'une attaque à main armée par un génie du vol, spécialisé dans les bijoux justement, c'est l'amour fou entre les deux...

Et oui, le voleur élégant qui utilise son charme (et des cigarettes qui font rire pour endormir les pandores) dans ce film est bien interprété par William Powell, et ces deux acteurs ensemble font toujours des merveilles...

Le metteur en scène n'a sans doute pas pris très au sérieux cette histoire, et lui a appliqué un traitement inattendu: d'une part il a constamment accéléré le tempo, rendant les dialogues presque surréalistes; ensuite il a appliqué à cette petite comédie une structure presque Shakespearienne, dissociant souvent l'action (avec des mouvements de caméra, des angles d'approche et des plans d'une grande invention) et des dialogues dont il a demandé à ses acteurs de souligner l'artifice: Francis est géniale dans ce registre. Enfin, il a laissé le farfelu s'installer avec tranquillité, tout en se ménageant des moments de pur cinéma "à l'Allemande". Bref, d'un petit film de rien, il a fait une petite merveille, pas si éloignée d'une rencontre entre Curtiz et Lubitsch...

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie William Dieterle William Powell
1 février 2019 5 01 /02 /février /2019 10:58

Lois Ames (Kay Francis) est la rédactrice en chef du magazine dont son mari (Kenneth Thompson) est le propriétaire: il est riche, héritier, et ne fit absolument rien de ses journées. Leur vie est un arrangement perpétuel entre Madame, qui travaille cogite, ne se repose jamais et vit une vie exaltante, et Monsieur, qui papillonne, cocktailise, et flirte. Et pas qu'un peu: bref, l'arrangement a l'air, comme ça, de leur convenir, mais on s'imagine bien qu'un jour ou l'autre, ça ne pourra plus aller. Jusqu'au jour où Madame engage en qualité de secrétaire Thomas Sherman (David Manners), un représentant qui se lasse de son travail, et qui présente bien, voire très bien...

Il est fiancé, elle est mariée. Le mari est volage, la fiancée (Una Merkel) insupportable, donc forcément on sait où ça ira. N'empêche, Dieterle joue en permanence avec de la dynamite dans ce petit film où Kay Francis, qui pour la première fois avait un rôle en vedette pour un film Warner, est la meneuse du jeu dangereux de la séduction. Le film est d'ailleurs taillé pour elle, et c'est un délicieux interlude dans une carrière faite de hauts, glorieux et justement célébrés, et de bas, le plus souvent dispensables mais riches en petites qualités finement dispersées...

Et aux côtés de Ruth Chatterton, spécialisée dans les rôles de grande bourgeoise qui se fait rabattre son caquet plus souvent qu'à son tour, on apprécie au moins que Kay Francis puisse interpréter des rôles de femme forte... ...qui le reste.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code William Dieterle Comédie
30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 18:52

Max Linder se marie... Et il y gagne puisque il ramène non pas une mais deux femmes chez lui: la présence envahissante de la belle-mère se fait en réalité sentir dès la nuit de noces, dont elle gâche l'intimité en venant littéralement pleurer dans les appartements de sa fille... empêchant le couple de faire un certain nombre de découvertes cruciales. Puis elle s'installe, avant de participer, bien sûr, au voyage de noces à Chamonix...

Le film est confondu de manière systématique avec un court métrage du même titre, tourné par Lucien Nonguet en 1911. Mais d'une part le style en est plus moderne, et surtout le film est typique de la production permanente de Linder, qui voyageait en compagnie d'acteurs et d'une équipe afin de tourner des films dans les lieux qu'il visitait... Une habitude qui le mènera jusque dans l'arène! Mais aussi un moyen de prendre définitivement le contrôle de ses films, tout en fournissant beaucoup de pellicule à Pathé.

Mais ça a un effet négatif sur la dimension artistique, cette fois, car en faisant de la sorte il lui arrivait de tourner un peu tout et n'importe quoi: ainsi cette oeuvre de deux bobines, qui totalise 28 minutes, un fait assez rare chez l'acteur/metteur en scène, est un peu un prétexte pour une série de gags répétitifs dans la neige, qui bénéficient au moins de la beauté des paysages... Mais c'est un peu tout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Linder
30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 18:45

Une jeune femme parfaitement avenante (Gabrielle Lange) promène son chien dans Paris, quand deux jeunes voyous lui font une farce: ils lui prennent le chien à son insu... Max intervient, et insiste pour raccompagner la belle dame et l'animal chez eux. Il réussit à soutirer une promesse de suite à la jeune femme. Quelques jours plus tard, profitant de l'absence du père (Georges Gorby), le séducteur se présente chez elle, et interrompt une séance de pédicure. Mais quand le père revient, Max va devoir s'improviser comme un professionnel de cette pratique, pour la jeune femme dans un premier temps, puis pour le papa...

C'est un marivaudage assez classique, boulevardier dans l'âme, et sur lequel il n'y aurait rien à dire si ça et là quelques touches ne nous permettaient d'anticiper l'une des marques les plus intéressantes du cinéma de Linder: la chorégraphie extrêmement précise qu'il aimait à appliquer en particulier à deux personnages. Ici, Gabrielle Lange se prête volontiers à ce petit jeu de la réaction simultanée et de l'angoisse additionnée de deux personnages, au moment où les deux personnages sont justement en pleine séduction, et le père rentre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Linder
29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 18:17

Ne faisant rien comme tout le monde, Solveig Anspach s'est soudainement intéressée à une histoire qui selon ses propres mots, était particulièrement saugrenue: celle d'une amie actrice, qui vivait à Paris dans un appartement adorable au sixième étage, mais régulièrement pris de tremblements intempestifs, car situé pile au-dessus du métro. Tout l'immeuble en profitait, remarquez, mais c'est ce sacré sixième étage qui raflait la mise...

Histoire de se distinguer donc, la réalisatrice de quelques longs métrages déjà, s'est décidée à en faire un film. Un documentaire, me direz-vous? Non, pas vraiment: la prouesse est remarquable: dans un tournage à la fois structuré ("On va filmer ça") et improvisé ("qu'est-ce que je dis, là?"), Anne Morin et Solveig Anspach ont donc retracé l'histoire burlesque de ces tremblements et de l'impossibilité de s'en débarrasser, quand on est une jeune femme qui aime sa tranquillité. Sont venus se greffer sur le projet des amis, des voisins, des acteurs des non-acteurs, et le résultat est à la fois un documentaire, une fiction et donc un film fortement atypique...

...Qui pose bien sûr le problème (mais pourquoi cela serait-il d'ailleurs un problème?) de la fiction et du réel, et dans cette histoire de sol qui vibre, la réalisatrice effrontée, qui adore faire des courts parce qu'elle peut y faire ce qu'elle veut, casse avec allégresse le quatrième mur, en faisant jouer un rôle à la perche du micro, et en apparaissant à plusieurs reprises sur la bande-son, et même dans une scène finale (dont la voix off d'une protagoniste nous fait croire qu'il s'agit d'une scène volée, mais est-ce la réalité, ou bien une actrice a-t-elle joué les agents de sécurité de la RATP? nous ne le saurons jamais), l'équipe de tournage apparaît en reflet sur une rame de métro...

Je vous le disais: jamais comme tout le monde!

 

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Published by François Massarelli - dans Solveig Anspach
28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 14:39

Ayant déjà prouvé qu'il était payant de mélanger sans vergogne le film noir et la comédie avec Le monocle noir, dans lequel il avait introduit en contrebande un certain nombre d'éléments perturbateurs avec tact, afin de miner le film de l'intérieur, Lautner est en quelque sorte passé à la vitesse supérieure avec ce nouveau film, son huitième long métrage. Le "Monocle" est déjà revenu dans un deuxième film, mais il est encore soumis à une production tatillonne qui croit qu'il est impératif que le public puisse encore suivre le film comme si c'était sérieux... Mais Albert Simonin, auteur adapté et adaptateur, puisqu'il est le scénariste de ces Tontons, et Michel Audiard responsable des dialogues, sont sur une mission autrement plus directe: une comédie, qui ne fera que très vaguement semblant d'être un film noir, mais le fera bien.

L'intrigue est essentiellement un cas de règlements de compte liés à des "droits" de succession dans l'affaire florissante d'un parrain du milieu Parisien, et la "crise du personnel" qu'elle enclenche. Chaque acteur a été choisi, finalement, avec soin, pour "incarner" sans aucune réserve un personnage clé du genre, mais cette fois tous le savent: ce sera une parodie. Une parodie, d'ailleurs, qui prend son temps, car si le verbe fleuri de Michel Audiard est présent dès le début, on pourrait presque croire, durant les vingt premières minutes, assister à un film de gangsters classiques... Et Ventura, Blier, Blanche, Venantini et les autres maintiennent l'illusion assez longtemps.

Mais l'esprit frondeur de la comédie s'installe et s'infuse tant et si bien que le film semble succomber sous les coups de boutoirs de cette insolence caractérisée. Cette approche subtile, qui fait défaut au film suivant du trio Lautner-Ventura-Audiard (Les Barbouzes) est sans doute l'une des clés de son succès: on a ainsi un semblant d'intrigue qui fonctionne, et permet à Lautner d'installer sa "petite vie des truands" à travers leurs attitudes (le patron face aux employés, la vie d'un truand n'a rien de démocratique), leurs habitudes (le truand se couche tard et se lève tard, quand il se lève), et surtout leur langage.

Oui, car le film a des dialogues, bien sûr, c'est même à ça qu'on le reconnaît. Et ils sont savoureux, d'ailleurs... Mais d'abord et avant tout ces Tontons flingueurs, c'est un film et un film c'est de l'image: avec le complice Maurice Fellous, Lautner s'est amusé une fois de plus à prendre les codes du film noir et les appliquer à la lettre, et à parfaire un style fait de la froideur des faits, de collages inattendus (la visite du président Delafoy, sourd comme un pot, pendant qu'autour, ça défouraille à tous les vents), de running gags (les bourre-pifs que se prend Blier), et d'une musique de Michel Magne dont le motif unique a probablement été écrit en 12 secondes, mais est ensuite décliné  de toutes les façons possibles...

Voilà qui fait un divertissement solide, qui a eu un grand succès et fini de forger la carrière de son metteur en scène; celui-ci a fait littéralement des dizaines d'autres films, dont certains sont bien meilleurs encore... Mais de là à faire comme feu Henry Chapier (oui, le grand homme nous a quitté, eh bien, hier) qui fustigeait ce film qui rencontrait un grand succès public, d'un cinglant "vous pavoisez haut... mais vous visez bas". Ce qui est petit, mais on comprend bien ce qui gênait avec Les Tontons Flingueurs: le cinéma, ça pouvait être du style, un style effronté, et qui plus est qui ne gênait pas le public... Une révolution à laquelle la Vouvelle Nague n'était sans doute pas prête.

Mais je ne veux pas non plus affubler Les Tontons Flingueurs d'une trop grande influence, ni de ces intentions ronflantes, car Lautner l'a toujours dit: si on le laissait faire un film en déconnant un peu, et en le laissant concocter ça et là une scène visuellement forte, il était content. Si en plus, le public se dérangeait...

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Comédie Michel Audiard Lino Ventura
27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 14:00

Forcément, ça interpelle: quand Brad Bird, metteur en scène de trois films majeurs de l'animation Américaine contemporaine, se trouve aux commandes d'un film de la franchise sous-James Bond qui sert de prétexte au Scientologue Suprême pour se rappeler occasionnellement au bon vouloir du public, on tend une oreille, et on soulève une paupière... Et quand en plus le bouche à oreille est excellent, on a envie de se laisser convaincre.

Je n'irais pas par quatre chemins: c'est une réussite, absolue et totale, si ce n'est peut-être une tendance fâcheuse à vouloir absolument se raccrocher à une sorte d'univers de la franchise, ce qui est doublement une erreur: d'une part parce que l'énorme atout du film est de nous montrer des agents désavoués par leur hiérarchie, livrés à eux-mêmes, leurs principes et leur système D. Ensuite parce que le personnage principal, Ethan Hunt (Tom Cruise) est sur la majeure partie du film limité à un signe, une sorte d'entité extra-humaine, qui lui sied finalement bien. Cette sous-intrigue qui le raccroche au monde des vivants est irritante et apporte quelques moments de fraternité gauches et mal foutus... Mais pour le reste, on comprend tout à fait pourquoi le metteur en scène des Incredibles s'est senti si à l'aise... 

L'intrigue est comme la hiérarchie: on peut s'en passer. Nous dirons juste que les agents secrets autour de Ethan Hunt vont devoir se livrer à une extraction de l'un d'entre eux de geôles Serbes, à une infiltration du Kremlin, faire un peu de tourisme au Burj Khalifa de Dubaï, visiter l'Inde, et casser beaucoup de verre, faire exploser des voitures, tuer un certain nombre de malpropres, e tutti quanti. Le tout sans jamais se prendre au sérieux, et surtout surtout, sans jamais laisser le temps à Tom Cruise de prendre son expression N°12, celle qu'il arbore quand il soupèse toute la misère du monde, ou qu'il fait un caca, car par un hasard extraordinaire, c'est justement la même: non, ce qu'il y a de bien dans ce film c'est qu'on peut le regarder en se foutant royalement d'une intrigue de terrorisme et d'agents doubles... Bref on peut la regarder.

Et ce qui devient important, ce sont les liens à l'instant T des agents entre eux, leur amitié si on veut, mais surtout, dans ce monde de "Jusqu'ici tout va bien" permanent, leur nécessité de se fier les uns aux autres, et d'avancer, pendant que le public a juste ce qu'il faut pour apprécier: la perspective de voir Cruise faire de l'escalade sur une paroi du Burj, par exemple (et on SAIT que ça ne va pas bien se passer), ou de le voir avec moustache et Russe courant de rigueur, déguisé en colonel de l'armée Russe... Le tout, comme dans The Incredibles, sans que le monde s'arrête de tourner.

Bien sûr que ça ne fait pas un chef d'oeuvre, mais c'est un divertissement irrésistible. Ce qui n'est pas un mal...

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Published by François Massarelli - dans Brad Bird