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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 17:49

Un vieil homme, sonneur de cloches à Notre-Dame, désavoue sa fille qui fricote avec un monsieur pas comme il faut. La fripouille abandonne la jeune femme avec un bébé, et celle-ci n'a d'autre solution que de laisser la petite à son père, qui la prend en charge, avec suffisamment d'amour. Mais la mère cherche ensuite à revoir la petite, contre l'avis du grand-père.

Ce film, toujours tourné en 1906, est nettement plus long que ses prédécesseurs: la copie dure dix minutes, et est un condensé du film, qui nous est annoncé incomplet... un mélodrame, donc, mais marqué par la composition, la scénographie et l'utilisation parcimonieuse de figuration: on est devant un film qui ménage ses effets, et si certaines scènes avec le vieux sonneur, au jeu excessif, vont trop loin dans le pathos, on le suit avec tension. Une scène avec le vieux sonneur à coté d'une gargouille, qui contemple l'horizon, et donc les toits de Paris, atteint à la grandeur: c'est un moment de pure poésie. N'oublions pas que Capellani réalisera une version de Notre-Dame de Paris, en 1911...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 17:44

Tourné en 1906, La femme du lutteur fait partie de la première vague des courts métrages de Capellani. Vu à plus grande distance que les autres, ce film incorpore un grand nombre de figurants, ce qui est d'autant plus justifié qu'une partie de l'action se place dans le cadre forain: un lutteur à succès se laisse draguer par une riche bourgeoise, et abandonne roulotte, femme et enfants pour s'installer dans la belle vie.

Le sujet parle d'abandon du domicile conjugal, d'adultère, et donc de sexe. Le fait que l'homme fasse un usage professionnel de son corps est à prendre en compte. En tout cas, cette fois, contrairement aux crimes et autres actions violentes commis dans Drame Passionnel, Mortelle idylle ou dans L'âge du coeur, on utilise ici plutôt une arme blanche qu'une arme à feu. Une fois de plus, le crime est la fin: la police n'intervient pas, en tout cas pas dans l'espace filmique, tout comme, on le verra, dans L'assommoir... Pas de résolution bourgeoise, donc. Mais je me garderai d'y voir une intention, puisqu'on nous annonce que cette copie est incomplète.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 16:12

La parodie, c'est pour une grande partie de l'observation aussi respectueuse que possible, et pour le reste la nécessité de connaitre sur le bout des doigts les codes au premier degré de l'art qu'on parodie. Hazanavicius, lorsqu'il parodie les OSS 117, ne se contente pas d'accumuler les gags, il fait un travail aussi rigoureux que le sera par la suite son film muet The artist. Il n'est pourtant pas un faussaire (Même s'il a plus d'une fois revendiqué cette étiquette), juste un conteur avec un solide second degré, qui a l'amabilité de ne pas prendre son public pour des imbéciles, et la conscience d'un artiste. D'où deux films impeccables, qui réussissent à ne pas être répétitifs et sont superbement bien construits, inventifs, et visuellement constamment crédibles.

L'intrigue du premier tourne autour de la nécessaire présence d'un agent Français au Caire, alors que son meilleur ami et collègue, Jack Jefferson, vient de se faire tuer. Le reste est indescriptible, ou alors contentons-nous du titre: "nid d'espions"! Chez Pabst, c'était Salonique, mais le Caire ça ira très bien aussi. Et ça permettra à Hubert Bonnisseur de la Bath (Jean Dujardin) de faire la preuve de son impressionnante étroitesse d'esprit... 

Apprenant que sa secrétaire Larmina (Bérénice Béjo) ne boit pas d'alcool "à cause de sa religion",OSS 117 prouve qu'il n'a jamais entendu parler de l'islam. Ce qui va d'ailleurs l'amener à commettre une monumentale boulette: réveillé à 5h par le muezzin, il lui hurle, je cite "Non mais il pourrait pas fermer sa gueule?", avant d'aller en personne la lui casser, une scène hilarante jouée entièrement en off. Invité chez un dignitaire à fumer un narguilé de kif, il se lâche sur la supériorité des occidentaux sur les peuples arabes... Bref, c'est un festival d'auto-suffisance béate, qui fait selon moi la grandeur du film. Elle est due à Jean-François Halin, Hazanavicius, et à une interprétation impeccable de Dujardin.

Le film multiplie les gags liés au genre aussi, à travers les abominables transparences mal foutues, les scènes ultra-prévisibles, une bande-son aussi bourrée de clichés détournés que le film lui-même, et s'amuse des passages obligés des films d'espionnage, d'autant que l'espion principal, reste, après tout, un enfant. De 35 ans, mais un enfant quand même!

Et comme le veut la tradition, dans ce film, quand tout va mal, c'est que les nazis sont impliqués...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Michel Hazanavicius
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 11:19

Encore un horrible fait divers: ce dur film conte les mésaventures d'un couple "mal assorti", nous dit un intertitre: il est vieux, elle est jeune, le premier gandin qui passe devient un amant. une bonne âme prévient le mari, qui jure de se venger... Mais il en est incapable, alors... il retourne dans sa chambre et se suicide, de façon très graphique.

On est ici à deux doigts du grand guignol, avec un alliage astucieux de trucage cinématographique (On arrête tout simplement la caméra et le mouvement) et de maquillage sanglant. Le cinéma de Capellani va déjà vers le réalisme sans concessions... Le film est construit sèchement, sans jamais s'encombrer de longueurs, et en utilisant au maximum l'efficacité très impressionnante du signe riche établi riche en possibilités (les amants se retrouvent dans une cabane de chasseur... où ils s'embrassent), et les cadrages les plus clairs. C'est une épure de quatre minutes...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 11:11

Tout comme le rudement bien nommé Drame passionnel, tourné la même année, ce film très court (moins de six minutes) montre l'essentiel d'un drame, dont l'aboutissement est la finalité de la représentation. On termine donc une sombre histoire de sentiments qui dégénèrent, par une image scandaleuse, composée comme pour donner à voir LA photo choc.

Là encore, on ne peut pas dire que le titre soit vraiment crypté. Une femme trahit l'amour de son ami d'enfance, celui-ci se venge d'une façon expéditive. Le film montre un exemple très intéressant de construction de suspense, puisque il y a une tentative de meurtre avant que le tueur n'atteigne son but. Ainsi, le spectateur est placé dans l'attente de ce qui va venir... Encore une fois, un film choc, qui atteint son but en peu de temps. Le plan final renvoie à toutes ces gravures qui se trouvaient aux premières pages des feuilles à scandale de la belle époque.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 11:01

Avec ce film et beaucoup de ceux qui suivront dans la carrière de Capellani, on aborde un genre qui donnera naissance à d'autres types de films, mais qui rappelle que le cinéma est encore, d'une certaine façon, un art "nouveau", un angle d'approche qui permet encore d'expérimenter avec des choses qu'on n'a pas encore faites. Et Pathé, la maison où Capellani fera toute sa carrière Française, est particulièrement attirée par la dimension populaire du média... 

Ce film permet donc de visualiser un fait divers, le genre d'histoire crapuleuse, dont on lira le compte-rend forcément édulcoré dans les journaux du soir, et les détails qui croustillent dans les gazettes... Le titre est très clair, le drame en question nous est narré par le menu: un homme quitte sa maîtresse, mère d'une petite fille, et se marie pour l'argent. Lors du mariage, l'ex est là, décidée à se venger... un film assez direct, cru, d'une grande clarté.

Capellani, filmant ses promeneurs nonchalants sur le pavé Parisien, ancre son film dans la vérité de l'époque, aidé en cela par le naturel des acteurs. Quand le drame commence à pointer le bout de son nez, on passe au studio, et le jeu devient nettement moins naturel, mais ça reste dans un certaine limite du raisonnable... Le film aboutit, au terme de six minutes bien remplies, à un plan qui est le but à atteindre pour le cinéaste: parfaitement composé, un mariage qui se finit par un coup de revolver: le poids des passions, le choc des images. La combinaison gagnante...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 08:26

Enid et Rebecca sont deux adolescentes de 18 ans auxquelles quelque chose de pas vraiment exceptionnel vient d'arriver: elles ont fini le lycée, et vont donc maintenant affronter la suite. Ensemble, pensent-elles... Elles ont pourtant des idées radicalement différentes sur la marche à suivre et probablement ses finalités: Rebecca (Scarlet Johansson), qui vit chez sa grand-mère, entend bien travailler durant l'été, puis trouver un appartement à partager avec celle qui est sa meilleure (et seule) amie depuis l'enfance. Mais Enid (Thora Birch), qui vit avec son père (Bob Balaban) va devoir passer un été plein d'imprévus (notamment le fait que son diplôme de fin de lycée est soumis à une condition: elle doit suivre des cours d'arts plastiques), si possible trouver un travail, et si possible trouver un destin autre que ce qui est pour l'instant son désir d'avenirle plus cohérent: attraper un bus pour nulle part et disparaître. Mais les deux filles, qui traînent généralement ensemble pour faire des trucs idiots, vont un jour faire une rencontre déterminante, du moins pour Enid: un adulte, un minable globalement, qui collectionne les 78 tours de blues et se sent totalement déplacé dans le monde moderne. Pour Enid, Seymour (Steve Buscemi) est tout d'abord le couillon parfait, une victime qui lui tombe toute cuite dans les mains. Puis il devient un objet d'études, avant de devenir une sorte de mentor...

Le film commence par un générique très inattendu: alors que la caméra effectue un panoramique sur des appartements, au rez-de-chaussée d'un ensemble de type HLM, des inserts d'un numéro musical tiré d'un film de Bollywood viennent nous perturber. C'est Enid, qui habite l'un de ces appartements, qui est en plein visionnage (Avec chorégraphie à la clé) d'un film. C'est la seule fois qu'on la verra aussi exubérante, car le style de jeu pratiqué par les deux actrices principales est plutôt minimaliste. Elles ont toutes les deux composé des personnages d'ados mal à l'aise, qui ont fini par ne plus se soucier de leur malaise en le portant comme un vêtement. Thora Birch, en particulier, joue de son physique ici avec un certain courage, puisque les vêtements d'Enid tendent à en souligner ce qui, du point de vue d'une Américaine de 18 ans en 2001, est une somme d'imperfections, dont elle ne sait absolument pas quoi faire... Et leur comportement est à l'unisson de cette tendance. Les deux filles sont des sociopathes qui se sont bâti une tour d'ivoire faite de mépris à l'égard de tout ce qui est à leurs yeux pires qu'elles... Et la liste est longue. 

Du coup, la rencontre avec Seymour, l'obsédé de blues, totalement décalé dans le monde contemporain, et que personne ne comprend (Quand il dit à une femme qu'il est un fan de Laurel et Hardy, elle le regarde perplexe, et la seule chose qu'elle puisse trouver à lui dire, c'est "je n'ai jamais compris pourquoi le gros est si méchant avec le petit"!!), va tourner à une expérience salutaire pour Enid... Plus ou moins, en tout cas cela va agir comme un révélateur. D'ailleurs il serait faux de dire que les deux filles sont pareilles, ou qu'elles ne sont pas changées par ces deux mois. La transformation va être profonde...

Ghost Word est adapté d'une bande dessinée, du même nom, par Daniel Clowes, et l'auteur a participé au scénario avec Terry Zwigoff. Et ça se voit, non seulement dans la froideur calculée du jeu des deux actrices (remarquez, Thora Birch, dans American Beauty de Sam Mendes, ce n'était pas un modèle de chaleur non plus!), mais aussi dans le cadrage du film. Chaque plan est composé comme une case de BD, sans avoir besoin de passer par d'autres artifices: on reste malgré tout dans le cadre du cinéma. Et Zwigoff évite les pièges et les écueils du cinéma dit "indépendant". C'est son premir long métrage de fiction, il avait auparavant sorti un documentaire sur son ami le dessinateur Robert Crumb, et non seulement ce dernier a participé au projet (On retrouve quelques-uns de ses dessins ça et là, présentés comme ceux d'Enid), mais des allusions au rapport entre Crumb et Zwigoff sont disséminés un peu partout: l'obsession de Seymour pour le blues et sa collection de 78 tours, bien sur. Son incompréhension du monde moderne, mais aussi son physique renvoient à Crumb... et à Zwigoff, lui aussi musicien du dimanche dans des ensembles de jazz des années 20, et d'ailleurs Thora Birch et Buscemi parlent à un moment d'un album de jazz qui nous est brièvement montré: Crumb et Zwigoff jouent dessus!

Et la morale dans tout ça? Vous la trouverez, ou pas, suivant votre degré d'adhésion à un film-ovni, qui a le bon goût d'être rigoureux et plein de moments intrigants qui ne demandent qu'à devenir hilarants à la deuxième ou troisième vision. Une expérience filmique qui cache une certaine tendresse ô combien triste pour ses deux personnages derrière une pudeur en forme de mépris. Un Juno, mais pour adultes, quoi.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Criterion
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 17:35

Ce premier film conservé de Capellani est aussi sa première adaptation répertoriée de Victor Hugo. Il y reviendra, ne serait ce que pour donner un contexte à ce chemineau: c'est Valjean bien sur, et Capellani réalisera en 1912 une adaptation impressionnante des Misérables.

En attendant il se concentre sur l'épisode de Jean Valjean recueilli chez Monseigneur Myriel, le vol, et l'arrestation du vagabond. La résolution du film manque, les copies conservées étant incomplètes, mais le film est fascinant: Capellani, durant cette aube du cinéma, avait déjà des idées picturales qui l'élevaient au-dessus du lot: ce premier plan de vagabondage hivernal, tout en atmosphère, avec son héros qui s'avance vers l'écran, puis le panoramique chez Myriel qui se substitue à un montage, permettant à un changement de décor dans le plan de faire office d'ellipse, sont plus que prometteurs.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:27

M. et Mme Lepic ne s'aiment plus, et depuis longtemps. Elle (Charlotte Barbier-Krauss), cette vieille bique, s'accroche comme elle peut à sa réputation et au fait qu'étant aisée, elle tient sans avoir à faire de grands efforts à son rôle de notable, dans la toute petite bourgade à flanc de montagne où ils vivent. Elle aime particulièrement à montrer des photos de son grand fils Félix (Fabien Haziza), un garnement, presque un adulte, auquel elle pardonne tout. M. Lepic (Henry Krauss), donc, n'aime plus son épouse, et comme on le comprend. Il est aigri, solitaire, mais lui non plus ne dédaigne pas briller en société, ce qui explique qu"il va accepter, dans le cadre de ce film, de participer à la vie de la cité en acceptant de briguer un mandat de maire, devant un conseil municipal qui lui fera une bonne fois pour toutes ouvrir les yeux sur ce qui cloche dans son foyer.

Outre le grand, Félix, les Lepic ont deux jeunes enfants: Ernestine (Renée Jean) est une jeune bique, et François (André Heuzé), eh bien, c'est le petit François, celui qu'on n'a pas voulu et qui s'est invité quand même: Madame Lepic le lui fait comprendre tous les jours. Roux, au visage constellé de tâches de rousseur, on a surnommé François "Poil de carotte". Et comme il l'écrit un jour dans une rédaction (qui lui vaudra évidemment les remontrances de son instituteur): La famille, c'est la réunion de gens qui ne peuvent pas se sentir...

Le film commence par nous montrer ses deux principaux protagonistes adultes, les Lepic, dont il est évident que Jules Renard, autant que Julien Duvivier, entendaient cette histoire comme un portrait de l'un et de l'autre. Madame est vue dès la première séquence dans son rôle de matrone sociale, mais vue en ombres chinoises d'abord et avant tout. ...Ca permet d'atténuer le choc, parce que Mme Barbier-Krauss ne s'est pas arrangée pour tenir ce rôle! Elle est à peu près aussi laide que méchante. On passe ensuite à une vision de M. Lepic, qui se tient dans son salon, les volets mi-clos, dans une pénombre enfumée. Il ne quittera d'ailleurs jamais sa pipe du début à la fin du film, pas plus que son attitude distante de solitaire. Au début, donc, il fuit son foyer car le babillage incessant de son épouse, et des commères qu'elle reçoit, l'incommode. En sortant, il croise une jeune femme, autre personnage important du film: Annette (Suzanne Talba) est une domestique qui arrive au service des Lepic, et qui aura un rôle important auprès de Poil de Carotte dont les vexations qu'il subit de la part de sa propre mère irriteront la jeune femme, et l'amèneront plus d'une fois à prendre sa défense.

Et le film, en faisant semblant de nous montrer une anecdote après l'autre, conte en fait la progression du drame intérieur de François Lepic, comment de fil en aiguille il va être amené à projeter très sérieusement de se supprimer, pendant que le père Lepic va peu à peu prendre conscience du fait qu'il est devenu en quelque sorte complice de l'attitude de son épouse à l'égard de leur plus jeune fils, en affichant pour se défendre un détachement que le petit prend pour une autre version du désamour que lui témoigne sa mère. Et Duvivier installe, mine de rien, un sacré suspense, en nous faisant nous demander si la réalisation par le brave Lepic viendra à temps.

Le metteur en scène a subi une formidable influence: celle de Feyder, dont l'admirable Visages d'enfants vient de sortir quand il réalise ce film. C'est intéressant de rappeler, peut-être, que Feyder a envisagé un temps de réaliser ce film, mais ce projet n'a pas été au-delà d'un script. Duvivier, venu entre-temps sur le projet, a écrit son propre traitement, scénario comme "dialogues", car les intertitres ont une importance capitale ici, relayant le naturalisme particulier, fait d'une vulgarité enfantine consciente, de la langue de Jules Renard. Et le metteur  en scène a choisi de tourner son film dans les Alpes, plutôt que de choisir le Morvan: plus photogénique, le décor du film permet d'atteindre à une certaine grandeur qui contraste avec l'apparent ton de comédie du film. Une réussite, d'ailleurs, car Duvivier refuse de choisir entre le drame et la comédie de moeurs, parce qu'il sait que ce film doit être vu à hauteur d'enfant...

André Heuzé, le jeune acteur qui prête son visage et ses tâches de rousseur à Poil de Carotte, avait affaire à forte partie avec les Krauss. Les deux monstres sacrés sont bien sur splendides, mais... lui est fantastique. Souvent traité en gros plan, il a un naturel époustouflant, et joue avec ses émotions sans difficulté. Il réussit à nous entraîner avec lui sur le chemin de sa tentative de suicide, un terrain glissant s'il en est. Du reste, tout l'interprétation est formidable! Et le metteur en scène est constamment touché par la grâce, privilégiant des compositions complexes qui incorporent plusieurs points de vue, et imaginant des dispositifs inédits: lors d'un début de prise de conscience de M. Lepic, Duvivier filme Krauss seul dans son jardin, qui visualise tout à coup plusieurs Poil de Carotte autour de lui, travaillant à toutes sortes de tâches imposées par la mère sans scrupules... Duvivier imagine aussi de montrer d'une façon inédite le drame d'un soir, quand la mère réalise qu'on a volé de l'argent (C'est ce bon à rien de Félix) et qu'elle va, bien sur, charger ce pauvre François de ses soupçons. Le metteur en scène incorpore des miroirs, pour passer en un éclair d'un côté à l'autre de la pièce, permettant aux acteurs de jouer l'intégralité de la scène sans la morceler, tout en offrant plusieurs angles! Il utilise aussi à plusieurs reprises surimpressions savamment orchestrées et un montage dynamique et parallèle, dont il n'abuse jamais.

Bref, de par son ton, le jeu de ses acteurs, sa modernité, le traitement d'une histoire désormais classique, et par l'équilibre impressionnant des émotions qu'il distille, ce film est un chef d'oeuvre, qui a bien sur été influencé par Visages d'enfants, et je ne pense pas que Duvivier ait pillé cet admirable film de Jacques Feyder: il l'a, tout simplement, égalé. Le metteur en scène devait d'ailleurs avoir une certaine affection pour ce film et cette histoire, car il en a fait un remake en 1932, avec Harry Baur et Robert Lynen. Un bon film, remarquez... mais il a des défauts. Le premier d'entre eux est d'être parlant. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Julien Duvivier **
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 12:24

Dans les courts métrages de Capellani, qui sont rappelons-le antérieurs ou contemporains des courts métrages de Griffith, on est frappé par leur imprévisibilité, et le jeu avec ce qui va devenir les genres, ainsi que leurs codes. Ce film en est un exemple frappant...

Bien que contemporain du film L'assommoir (1908), qui était d'une durée plus importante (35 minutes environ), L'homme aux gants blancs ne dure que 17 minutes, et ne prend donc pas trop son temps: il nous montre d'abord l'arrivée à Paris, à son hôtel, d'un homme que son patronyme (M. Rasta) identifie comme un escroc, malgré sa présentation et l'impeccabilité de sa tenue. M. Rasta qui projette un mauvais coup commence par s'assurer de sa présentation, et voit que ses gants blancs sont abîmés: un épisode assez long nous le montre s'en plaindre, puis accueillir une couturière, et on voit (Un gros plan est utilisé) un bouton tout neuf... Pourquoi, au-delà de l'identification au titre, se préoccuper à ce point de ce détail vestimentaire? C'est que Capellani a un plan...

Le reste de la soirée se passe sans accroc: le gentleman cambrioleur rencontre une femme, ils se connaissent, ils se donnent rendez-vous. le soir il l'accompagne chez elle, et pendant qu'elle est occupée en dehors du salon, il lui vole subrepticement un bijou, avant qu'elle ne le raccompagne dehors. Durant toute la scène, nous avons vu, nous, un malfrat (avec le costume d'Apache 1908, des godasses en lambeaux à la casquette sale), qui attendait dehors. Et au moment où M. Rasta sort, il perd, en manipulant l'un des bijoux qu'il a subtilisé, sa paire de gants blancs. Le malfrat s'en empare, rentre dans la villa ou il va faire chou blanc... Et pour cause, le bourgeois qu'il a vu était déjà passé par là. mais ce qu'il n'avait pas prévu, c'était qu'il lui faudrait faire face à la présence de la dame: il la tue, laisse les gants et s'en va.

Le reste, techniquement, est prévisible: c'est une erreur judiciaire particulièrement ironique, dans laquelle Capellani va au bout de tout ce qu'il nous a montré, et la police n'a aucun mal à mettre la main sur la couturière qui a  bien sur très bien vu les gants blancs, et leur bouton distinctif! Mais là ou on attendrait un dénouement qui serait plus confortable pour notre "M. Rasta" (La Gaumont l'aurait sans doute exigé!), le dernier plan nous montre le gentleman cambrioleur emmené par la police sous les yeux des badauds.

Parmi eux, l'apache: il assiste tranquillement à la scène, et une fois la voiture partie, il continue son chemin comme si de rien n'était...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani