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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 21:08

Marcel et Odette se marient, Marcel (Serge Reggiani) et Odette (Romy Schneider) sont heureux... Les deux hôteliers tiennent un établissement sous le viaduc de Garabit, ils ont un charmant bambin, ils habitent un endroit où les touristes viennent se masser l'été... Donc tout va bien. Sauf que Marcel est épouvantablement jaloux...

Voilà ce qu'on peut dire de l'intrigue de départ de ce film qu'on ne peut pas voir, qui n'a pas été fini, et qui ne le sera jamais... Clouzot avait déjà évoqué la jalousie furieuse, celle qui vous fait faire des bêtises, avec Quai des orfèvres. Il se raconte qu'avec Vera Clouzot, le cinéaste vivait dans un enfer quotidien de jalousie mutuelle, qui avait fourni la base de l'étude contenue dans L'enfer... peu importe après tout: comme toujours avec Henri-Georges Clouzot, le sujet choisi devient une obsession, et comme avec tous ses films précédents, la rage de filmer emporte tout sur son passage, risquant d'entraîner la santé du maître et les engagements tenus... Sauf que cette fois-ci, justement, les engagements n'ont pu être tenus.

Selon certains témoignages, l'infarctus du metteur en scène, qui était en tain de filmer une scène surprenante de sensualité entre Romy Schneider et Dany Carrel, a mis fin au tournage, et c'était nécessaire, car plus personne ne savait où ça allait, pas même Clouzot: près avoir été au bout des possibilités classiques du cinéma avec La vérité, le metteur en scène partait vers l'inconnu, cherchant de nouvelles méthodes narratives, et essayant de mêler cinéma et art cinétique. Le résultat, parcellaire, est beau... mais plus que troublant!

C'est tout ça et même plus, que raconte un documentaire indispensable, fascinant et forcément un peu frustrant, réalisé par Serge Bromberg et Ruxanda Medrea, qui ont tenté de faire sens avec ce qui reste des trois semaines de tournage, et des périodes d'essai et de préparation. Ils offrent à la fois un reflet du film, et de son tournage, en faisant intervenir beaucoup de témoins. Mais surtout ils puisent dans l'énorme stock de bobines qui sont restées inutilisées depuis longtemps... Et même si on voit clairement, par ces images tellement différentes de tout ce qui existe, que le film n'aurait certainement pas pu se faire, les voir reste un privilège...

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Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot
26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 09:52

1961: 13 adolescents qui viennent de quitter le lycée sont engagés dans un voilier-école, l'Albatross, dirigé par le capitaine Christopher Sheldon (Jeff Bridges). Ils vont y parfaire leurs études tout en apprenant à se débrouiller en mer en toutes circonstances. Le but ultime? Pour certains, il s'agit d'apprendre la mer, pour d'autres, devenir des hommes, pour d'autres... obéir à leurs parents. Bien sur, les garçons viennent avec un bagage: l'un d'entre eux a une sévère acrophobie suite au décès de son frère; un fils de riches traîne comme un boulet l'ombre envahissante de son père; un autre fait le fier-à-bras mais est quasiment illettré. Tous ne conçoivent pas de la même façon l'entraide et l'esprit de corps, mais tous vont y sacrifier d'une manière ou d'une autre. Et le navire s'embarque pour une croisière qui ne sera pas de tout repos: il y aura des tempêtes, et puis un naufrage, et puis... des morts.

On sent bien dans le résumé qui précède, la formule du film d'apprentissage; par certains côtés, on n'est finalement pas si loin de Dead poets society. Mais contrairement à Robin Williams dans le film de Peter Weir, le personnage interprété par Bridges a charge de vies et doit effectivement à la fin du film répondre de pertes humaines. Et si le film se déroule de façon classique, avec ses trois actes dans le bon sens (Exposition, consolidation, drame), entre la convention et le souffle de l'aventure, Scott a choisi: le film est passionnant pour ses images maritimes, pour le pouvoir de fascination ressenti par les gamins et partagé par le public.

Alors bien sur, quand il s'agit de se faire une opinion sur le problème montré, on est dans l'incapacité d'avancer! parce que Sheldon a vraiment mis en danger ses adolescents, et devrait sans doute vraiment en répondre, mais il a été poussé par un système éducatif placé aux Etats-Unis depuis des années (A plus forte raison avec les garçons) sur le mode de "tu deviendras un homme mon fils", ce genre de proto-fascisme si courant dans l'Amérique des années 50 et 60.

Blanche. Dans l'Amérique Blanche. Et Scott ne se prononce pas, il nous laisse juges... Tout en montrant que les gamins qui ont participé à l'expérience sont quant à eux solidaires du skipper, il n'oublie pas non plus de nous rappeler que ce dernier s'est ouvertement accusé d'être le responsable de la mort de quatre personnes... Mais il nous a aussi montré, en filigrane, une vision très blanche de la société de 1961, dans laquelle les noirs, en Floride, sont dans le décor mais pas dans la vie. Les femmes sont des prostituées, et la famille du plus riche des gamins a un chauffeur noir... Tous ces gamins sont blancs, leurs professeurs sont blancs... C'est une autre époque, c'est une autre planète. 

Ce n'est pas non plus le sujet, mais ça participe de ce qui reste le péché mignon de Scott: la recréation d'une époque et les désastres qui ont laissé des traces dans l'histoire. A ce titre, il a été servi, le film en ayant été un au box-office. Pas sûr pourtant qu'il le mérite, contrairement au navet qui précède et au navet qui suit.

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 15:20

Ce très court métrage amateur (Mais qui fut distribué par Pathé, tellement il avait impressionné) est donc le premier contact de Capra avec le cinéma. Inutile de chercher ici le style des films qu'il tournera par la suite, il aura besoin de faire convenablement ses classes chez Sennett avant de devenir le prince de la comédie sentimentale, mais au moins trouve-t-on ici un vrai talent pour accumuler les trognes dans ce qui reste un exercice un peu vain: l'illustration se voulant servile d'un poème de Kipling.

La pension de famille de Fultah Fisher est un vrai bouge, on y boit, on y joue, et on s'y bat sans vergogne, en particulier pour les filles. Mais ce qui relie malgré tout ces quelques 12 ùinutes à l'oeuvre future, outre un certain sens du montage (Je ne sais pas si le film n'a pas été révisé et embelli par la suite, notez), c'est le talent pour accumuler les images de personnes de tous horizons, l'un des éléments qui font l'Amérique de toujours, et une obsession pour le metteur en scène...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Frank Capra
24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 17:19

La mère a été élu en 1958 par un panel de critiques Européens, à la demande d'une cinémathèque, parmi un ensemble de 12 films, comme l'un des meilleurs films de tous les temps. Reflet d'une critique très marquée par les idéologies, et d'une sympathie particulièrement marquée, qui durera jusqu'aux années 80, pour le cinéma Soviétique. Pour mémoire, la liste comprenait aussi deux autres oeuvres de la même nationalité: Le cuirassé Potemkine d'Eisenstein et La Terre de Dovjenko. Tout aussi absurde. Si on voulait célébrer le cinéma Russe, pourquoi tant qu'à faire ne pas ajouter L'homme à la caméra? Ou Aelita?

Maintenant, il convient afin de juger ce film à sa juste valeur, de le revoir, en essayant de faire abstraction de toute idéologie préconçue: c'est plus facile pour ce film que pour les deux autres pré-cités: d'une part, c'est et de loin le meilleur des trois... Et d'autre part, Poudovkine a basé son style sur deux points que semblent refuser farouchement aussi bien Eisenstein que Dovjenko: le drame et ses péripéties, qui attrapent le public pour ne plus le lâcher, et les personnages, saisis dans leurs actions comme autant de marques de caractérisation.

L'intrigue est assez typique, non seulement d'un film Soviétique, mais aussi d'une drame Européen des années 20: en 1905, la famille Vlassov se bat contre la misère: le père (Alexandre Tchistiakov) est un ouvrier, mais il est surtout violent et alcoolique, et déserte aussi bien son travail à l'usine que sa famille. La mère (Vera Baranovskaia) est battue, mais résignée... Et inquiète quant à l'avenir de leur fils Pavel (Nikolai Batalov), qui fréquente des révolutionnaires... Ils lui ont confié des armes, qui sont cachées chez eux. 

Un jour de grève, les amis de Pavel sont attaqués par des briseurs de grève. Parmi eux, Vlassov... Dans la confusion qui s'ensuit, celui-ci est tué: on l'amène chez lui, et quand Pavel arrive à la maison, mère et fils s'affrontent... Mais il est très vite rejoint par la police, qui exige des réponses...

La suite est connue: Pavel sera emprisonné suite  un geste de sa mère qui croyait le sauver en donnant à la police le lieu où sont cachées les armes. Et celle-ci, qui était auparavant hostile aux idées révolutionnaires, va joindre le mouvement, et la foule qui gronde. Et c'est là qu'on imagine un commissaire du peuple qui imposerait au studio Mejrabpom, qui a produit ce film, d'ajouter un intertitre "Et bientôt, nous serons des milliers!".

Et justement, ce qui fait le sel de ce beau film malgré tout, c'est justement que s'il y a propagande (Et il y en a, c'est indéniable), elle est amenée par le drame, par les personnages: on rentre dans ce film comme on arriverait chez Dickens, ou... chez Griffith: car il est impossible avec La mère de passer sous silence la dette au metteur en scène Américain: Poudovkine a placé ici une recréation de la fabuleuse scène de la fonte des glaces de Way down east, avec Nikolai Batalov en Lillian Gish! Et il prend son temps pour installer le drame, économisant ses effets jusqu'à la peinture de la grève, avec laquelle le film s'emballe, en montage ultra-rapide, et en plans très rapprochés et d'une précision diabolique. 

Et enfin, Poudovkine n'a pas fait sienne l'obsession qu'avait Eisenstein à cette époque, de filmer la foule par dessus l'individu: il demande beaucoup à ses deux acteurs principaux, qui ont d'ailleurs chacun un visage très marquant. La scène de l'arrestation, et plus encore le souffle épique du final (Qui au passage est de la propagande totale), sont l'occasion de le vérifier: Baranovskaia en particulier est magistrale...

Donc, l'un des meilleurs films du monde? Non. Mais une oeuvre intéressante, hybride, qui montre bien que le cinéma soviétique avait tout intérêt à ouvrir les yeux sur le cinéma mondial s'il voulait exister...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 **
22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 18:11

Ce film n'existe plus. Tout simplement parce que la dernière copie en existence a brûlé lors d'un incendie qui a ravagé l'entrepôt où elle était stockée. Un accident semble-t-il assez courant, qui nous a coûté de nombreux films, de Murnau (The four devils) ou de Stroheim (La deuxième partie de The wedding march) entre autres... Et s'il y a un film qui est perdu et bien perdu, c'est London after midnight car sa perte est tellement médiatisée, que si une copie ou des fragments avaient réellement survécu (Il y a eu quelques escroqueries et canulars à ce sujet), ça se saurait!

Et donc cette médiatisation passe aussi par la case reconstruction, voyez ce qui est arrivé pour The four devils, de Murnau: Janet Bergström en a reconstitué les contours au moyen de photos de plateau et autres documents... C'est ce qui est fait ici, mais le documentaire adopte une position unique, à savoir qu'il entend se substituer au film pour en raconter l'intrigue, et le fait par ses intertitres tels qu'ils sont connus aujourd'hui (Probablement la liste de ceux qui étaient prévus a-t-elle été conservée avec le script) en plus des photos de plateau, qui au moins sont un reflet partiel de l'aspect visuel voulu par Browning...

L'intrigue, inspirée d'une histoire de Browning intitulée The hypnotist (un titre qui décidément en dit trop) est très proche de celle du remake du film, Mark of the Vampire, à ceci près que ce dernier film est plus logique sur un point: tout part d'un meurtre, maquillé en suicide dans London after midnight. Le remake change cette idée, puisque le meurtrier a plutôt l'idée de maquiller son acte en une attaque de vampires, ce qui justifie la suite! Ici, le détective Burke (Lon Chaney) enquête autour des exactions de vampires, parmi lesquels on reconnait le mort, sir Roger Balfour. Il s'agit d'une machination (Balfour est en fait un sosie) pour confondre l'assassin, et déterminer si c'est le meilleur ami (Henry B. Walthall) de Balfour, ou son neveu (Conrad Nagel) qui a fait le coup... la fille de Balfour (Marceline Day) est au courant de tout, et prête son concours aux comédiens qui interprètent les vampires... Parmi lesquels Burke lui-même, déguisé en créature de cauchemar, l'image la plus connue de ce film perdu du reste.

Une collection de photos de plateau, qui étaient toujours prises à part du tournage, ne rendra que très partiellement compte d'un film disparu. On a malgré tout une assez bonne idée de l'ensemble, même si on est sur (A plus forte raison si on a vu le remake!) que Browning avait su rendre le film plus nocturne. Le maquillage de Chaney en vampire est justement célèbre, et me paraît intéressant en particulier parce qu'il semble être plus inspiré du design de la créature de Frankenstein dans sa version Edison 1910! On est loin du gothique ouvragé à la Lugosi. Et Burke, énigmatique détective qui a plus d'un tour dans son sac, est une autre création probablement fascinante de Chaney, un homme qui dès qu'il n'est pas seul, se comporte comme un inspecteur pompeux de Scotland Yard, avec une moue dédaigneuse. Mais ça ne l'empêche pas, selon la légende établie de Chaney, d'en pincer pour la fille de Balfour...

On ne verra sans doute jamais London after midnight, pas plus que The big city (De Tod Browning), The tower of lies (Victor Sjöström), ou Thunder (William Nigh) si ce n'est pour ce dernier les quelques secondes qui ont survécu. Alors, impossible de trancher l'actuel débat entre ceux qui avancent que c'est probablement un chef d'oeuvre et d'ailleurs c'est le plus gros succès de Chaney et Browning à la MGM, et ceux qui au contraire se basant sur les souvenirs de ceux qui ont vu le film, estiment que c'était un navet de catégorie Z! Quoi qu'il en soit, il est dommage que les deux seuls films de Browning et Chaney qui aient disparu soient justement ceux qui essayaient de sortir des schémas établis avec The unholy three et The blackbird, et offraient justement un peu d'air frais dans un corpus que je continue à trouver un tantinet poussiéreux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Tod Browning Lon Chaney 1927 Film perdu
22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 15:58

L'Espagne était à la mode dans les films Albatros de la fin du muet...Mais contrairement à Carmen, ce film co-produit entre Paris et Madrid reste majoritairement Espagnol, témoin d'une époque de grands bouleversements, durant lesquels la compagnie de Montreuil cherchait à rebondir en multipliant es co-productions Européennes...

Bon, Cette Comtesse Marie n'est pas, hélas, le Thérèse Raquin de Feyder, collaboration notoire entre la France et l'Allemagne, et film perdu et recherché sans succès depuis bien longtemps. Mais c'est un témoin de son temps, et un mélodrame très intéressant dont la mise en scène n'ennuie jamais.

L'intrigue est d'un grand classicisme: à Madrid, Rosario, une jeune couturière (Sandra Milowanoff), aime un beau militaire (Jose NIeto) sans savoir que celui-ci est le fils de l'illustre Comtesse locale! Cette dernière (Rosario Pio) ignore tout de l'idylle. Mais quand le bel officier est envoyé au Maroc, Rosario tombe malade. Elle est enceinte, et le jeune homme ne revient pas parce qu'il a été fait prisonnier. Rosario n'a pas d'autre solution que d'aller demander asile à la Comtesse, non sans lui faire croire que son fils l'a épousée avant.

Mais l'arrivée de la mère et de l'enfant, accueillis à bras ouverts par la brave femme, ne se passe pas sans heurts: Manolo (Valentin Parera) et Clotilde (Renée Standart), les neveux et nièces de la comtesse, sentent l'arrivée de Rosario comme une réelle menace à leur bien-être oisif...

C'est sans grande rétention, mais Perojo s'amuse beaucoup à lier les scènes par des associations visuelles souvent brillantes qui donnent au film un côté presque ludique parfois... Et le ton, résolument à mi-chemin entre le drame et la comédie, fait beaucoup pour le charme du film. 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Albatros
21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 16:58

L'étape souvent la plus difficile dans le monde du cinéma d'après la chute des studios, c'est probablement le deuxième film. A plus forte raison quand le premier a eu un certain retentissement, et c'était vraiment le cas pour Sex, lies and videotape! Soderbergh a choisi d'en prendre le contre-pied en rendant hommage à Kafka et à une certaine idée du cinéma Allemand. C'est un naufrage...

Tout de suite je vais le dire parce que ça m'énerve au plus haut point: chez certains critiques, en fait la majorité d'entre eux, le raccourci est de mise pour tout ce qui est tellement loin de nous qu'on fait confiance aux braves gens du public pour ne pas s'en approcher: et du coup c'est tout le cinéma Allemand voire Germanique d'avant Hitler qui devient "expressionniste"... Allez voir les critiques de ce film sur internet, ça ne loupera pas: "hommage au cinéma expressionniste"! Mais bon... Soderbergh sait que Kafka n'était pas qu'un gratte-papier qui avait essayé de transcender sa vie en écrivant, il était aussi un fou de cinéma, et a beaucoup écrit à ce sujet. L'idée derrière ce film, c'était donc de montrer un Kafka qui aurait vécu des aventures étrange, et de le montrer dans un noir et blanc nocturne et poisseux comme dans un film d'horreur à l'ancienne.

Il faut beaucoup de courage pour s'accrocher à cette intrigue vaseuse de fonctionnaires qui disparaissent, capturé par un certain Dr Murnau (Sic) qui les trépane parce qu'ils en savent trop sur l'organisation secrète qui contrôle la ville de Prague... Sans rire. Quoique... Le film est aussi sensé être une comédie.

Alors Soderbergh pousse Jeremy Irons (Kafka) à accomplir quelques molles cascades, et son personnage n'a rien pour qu'on ait envie de le suivre non plus. le mystère est mou, le suspense étiolé, et l'idée de passer, le temps d'une bobine, du noir et blanc à la couleur, ne donne rien de bien extravagant? C'est un ratage, le public n'a d'ailleurs pas suivi... On ne se demande pas pourquoi.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 10:56

Ce film court est en réalité le deuxième segment d'une anthologie intitulée Eros. Vous ne l'avez pas vu? C'est normal, le film n'a pas eu la moindre promotion et les réalisateurs se sont empressés de l'oublier. Sauf un, qui est mort (celui des trois auquel je ne concède pas un gramme de talent, en fait).

Comment dire? Equilibrium est plutôt de la veine expérimentale de Soderbergh, celle avec laquelle depuis tant d'années il nous dit qu'il fait ce qu'il veut, comme il veut,quand il veut. Et à cette époque, il lui suffit encore de claquer le petit doigt pour reformer la clique Ocean, donc on lui fiche assez généralement la paix. Et le bougre est particulièrement efficace et économique... mais cette veine-là (Full frontal, Bubble, The Good German, The girlfriend experience) reste quand même sérieusement problématique, et ce petit exercice d'Equilibre ne fait absolument pas exception.

L'économie se retrouve d'abord dans l'interprétation: trois acteurs, pour cinq personnages. En 1955, un publicitaire (Robert Downey Junior) consulte un psy (Allan Arkin) pour essayer de trouver la clé de son stress, qui l'empêche en particulier de trouver le slogan idéal pour un radio-réveil le tenant en échec depuis quelque temps. La conversation dérive bientôt de l'obsession du patient pour la moumoute de son collaborateur Hal, à un rêve érotique récurrent qui le met dans tous ses états: il s'y trouve toujours avec une très belle femme (Ele Keats) qu'il ne connait pas, dans une chambre d'hôtel...

Pendant ce temps, le psy fait tout pour donner l'illusion à son client qu'il s'occupe de lui, alors qu'il est plutôt occupé à capter l'attention d'une personne qui vit dans un immeuble voisin, et lui fixer un rendez-vous. a la fin de l'entrevue, le publicitaire va mieux, a même trouvé un slogan, et on assiste à son réveil... aux côtés de son épouse: c'est la belle femme du rêve. Le film se termine sur une scène à son travail, située dans le même décor que la séance, et en compagnie de son collègue Hal: C'est le psy.

C'était un rêve? Ce n'en était pas un? On s'en fout, ce genre de pirouette étant le plus souvent destiné essentiellement à mettre une chute à une histoire... C'est exactement sa fonction dans ce film en forme d'énigme burlesque, dont le principal atout est sans doute le numéro de décalage d'Allan Arkin, qui joue de sa voix et de son corps avec génie pour incarner un psy hypocrite qui a autre chose à faire que d'écouter. Pour le reste, c'est longuet, on n'a pas forcément envie de suivre Bob Downey dans cette auto-analyse un peu vaine de l'homo Americanus 1955. Et Soderbergh et l'érotisme, c'est toujours un peu délicat: il se force à adopter des codes très, comment dire, Pirelli 1955 dans sa séquence de rêve. Et il reviendra à des tentatives érotiques froides et déstabilisantes dans d'autres films expérimentaux (The Good German, The girlfriend experience) sans grand succès. Mais on pourra au moins noter un jeu de couleurs très intéressant... La séquence de rêve initiale est en couleur, dominée par le bleu. La séance est en noir et blanc, et l'épilogue est en couleurs atténuées tirant vers le beige...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Steven Soderbergh
20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 18:09

Au commencement, il y a un scénario pour un film qui aurait pu s'appeler The hypnotist... L'idée était du pur Browning, et il n'a eu aucune difficulté à convaincre Irving Thalberg de produire une version avec la star Lon Chaney, sous le titre de London After Midnight: un film désormais légendaire pour des raison inattendues.

D'une part, tous les commentateurs qui ont eu la chance de le voir, et qui sont probablement tous morts aujourd'hui, le disent: London after midnight ne cassait rien. Selon eux, Chaney y était en pilotage automatique, les gags étaient nuls, et on s'ennuyait ferme. Au vu de la relative médiocrité de la majorité des films de Chaney à la MGM (J'en sauve un ou deux sur ceux que j'ai vus, pas plus), je suis prêt à y croire.

D'autre part, London after midnight a disparu: la dernière copie en a brulé dans un incendie il y a cinquante ans... Des hordes de fans transis d'un film qu'ils ne verront jamais, leur intérêt attisé en particulier par des photos d'un maquillage il est vrai exceptionnel, le cherchent... 

Mais la MGM, ayant d'autres chats à fouetter, a offert à Browning la possibilité de revenir à cette histoire en 1935, sans Chaney décédé en 1930. Browning a eu une carrière en dents de scie, et au vu de ses films muets de 1925 à 1929, je ne m'explique plus vraiment la cote d'amour dont il jouit auprès de nombreux fans de Chaney et d'adorateurs du bizarre. C'est un réalisateur capable, mais ses histoires ne tiennent pas debout, ses obsessions se répètent jusqu'à l'embarras et les fautes techniques abondent, sans parler du rythme mortifère et d'une direction d'acteurs souvent inexistante. On le cantonne à des films sans grand relief... Ses films avec Chaney tournent à vide à force d'exploiter inlassablement la même formule... C'est le même homme qui a commis avec Dracula l'un des films les plus agressivement ennuyeux et mal foutus de l'histoire, avant de revenir en grâce avec un chef d'oeuvre sans aucune concession, Freaks... Voilà, Mark of the vampire est à la croisée de ces chemins: un script ridicule, des acteurs peu ou pas dirigés, et au final un petit miracle paradoxal de non-sense, qui propose comme souvent chez Browning une mise en abyme du monde du spectacle sous un versant qui sent particulièrement mauvais des pieds.

Si vous n'avez pas vu le film, arrêtez vous à la fin du paragraphe suivant.

Le film se situe dans une Transylvanie de pacotille: un homme meurt... On a tôt fait d'accuser les vampires, auxquels tout le monde croit. Pas le Baron Otto (Jean Hersholt), l'ami du défunt, et futur tuteur de l'héritière Irena (Elizabeth Allan), ni l'inspecteur Neumann (Lionel Atwill). Le crime, si crime il y a, reste impuni... Mais quelques mois plus tard, on retrouve Fedor le fiancé d'Irena, qui a subi une attaque de vampire à son tour. Puis on commence à apercevoir le légendaire comte Mora (Bela Lugosi) et sa fille Luna (Caroll Borland), les deux vampires les plus célèbres de la région... accompagnés souvent d'un troisième: Sir Karell, le défunt père d'irena. Il est temps pour un spécialiste d'entrer en scène: le professeur Zelin (Lionel Barrymore) arrive donc...

Lionel Barrymore a parfois besoin de direction, et a priori il n'en a pas reçu ici, il n'en fait qu'à sa tête... mais ça fonctionne parce que ça participe en plein du joyeux style franchement parodique de l'ensemble. Browning, pas si attiré par le fantastique, plus par le bizarre, semble se moquer de son propre Dracula (Que faire d'autre, du reste?) en laissant ses acteurs cabotiner en roue libre, et son intrigue faite de tromperie permanente faire le reste. Et au final, il s'avère que ce n'est qu'illusion, mensonge permanent, mise en scène et décorum... Et y revenir pour en dénombrer les failles est assez facile, mais rappelons que le film n'est pas que l'histoire d'une équipe policière qui trompe un meurtrier (Le baron Otto, qui a cru bon de simuler une attaque de vampires pour camoufler son meurtre, et qui se retrouve tout-à-coup face à des vampires qu'il croit vrais), il est aussi l'histoire d'un public de cinéma qui se fait berner jusqu'au trognon. Le péché mignon de Browning, qui adorait les menteurs et les truqueurs, et semble prendre tellement de plaisir avec ce petit film pour rien...

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Published by François Massarelli - dans Tod Browning Boo!
20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 17:43

La fonction sociale du cinéma n'a pas attendu les révolutions. Un excellent exemple, sombre et ironique comme d'habitude chez cet auteur, se trouve dans ce qui est l'un des plus longs films de Bauer, ainsi d'ailleurs que l'un de ses plus anciens: dans ce mélodrame implacable, on voit vivre une maison, plus par ses domestiques que par ses propriétaires, de riches nobles. La bonne souhaiterait faire une pause pour voir ses enfants, mais la maîtresse de maison refuse. La fille (Dora Chitorina) du portier, une adolescente, se propose pour la remplacer et lui permettre quelques jours de repos. Pavel, le fils de la maison (Alexandre Chargonine) accepte... Et se montre un peu trop affectueux avec elle. C'est qu'il souffre: la femme qu'il aime (Elsa Kruger) est volage, et semble passer plus de temps avec un autre homme, un Baron. Du coup, Pavel se console avec la jeune domestique. Mais tout ne va pas bien se passer pour elle...

Le message est clairement orienté, le public n'a pas d'autre choix que de condamner sans appel, aussi bien le comportement de prédateur sexuel du jeune homme, que le fait qu'il s'affiche ensuite, quand sa "fiancée" a changé d'avis, avec sa future épouse devant la jeune femme qu'il a séduite. De même, la façon dont il se comporte vis-à-vis d'elle avec un invité, la tripotant sans vergogne devant lui, donne une assez bonne idée de ce que cette bonne société pense de ses domestiques. Mais le titre, qui tranche avec le fait que la jeune femme est plus une victime qu'un témoin, est surtout là pour anticiper sur le fait que c'est la jeune héroïne qui va devoir sacrifier un peu plus en essayant dans une séquence de remettre la future épouse sur le droit chemin... Ainsi les domestiques, sensés vivre dans l'ombre, influent immanquablement et au détriment de leur propre vie, sur celle de leurs employeurs et maîtres...

Ca ressemble beaucoup à une intrigue de mélodrame théâtral, sans que quoi que ce soit au générique ne nous le prouve. Mais Bauer a contourné comme à son habitude toute possibilité d'enfermer sa mise en scène, en jouant sur les décors, les mouvements et les placements de caméra. Et comme il sait su bien le faire il nous livre un drame humain, riche et baroque, qui se finira pour la jeune domestique à la fois tristement et sans drame. Le métier qui rentre, en quelque sorte...

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Published by François Massarelli - dans Muet Yevgueny Bauer 1914