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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 08:25

Des événements météorologiques étranges se déroulent en Australie, dans divers endroits aussi bien ruraux que citadins. Peu après, lors d'une altercation entre cinq Aborigènes, l'un d'entre eux est tué. Les quatre autres sont immédiatement accusés du meurtre. Leur défense est confiée à un homme qui n'a aucune expérience en matière de défense criminelle, étant avocat pénaliste spécialisé dans les affaires financières... David Burton (Richard Chamberlain), qui n'a jamais côtoyé les Aborigènes, et qui a de leur condition et de leur culture une vision très restreinte, va recevoir l'aide d'un homme qui connait bien les deux mondes, Chris Lee (Gulpilil). Mais s'agit-il vraiment d'une aide?

Dès le départ, le film cultive le flou: il n'est pas vraiment clair comment David en vient à se voir confier l'affaire, ni pourquoi un avocat spécialisé en impôts a été préféré; et pour David, son inexpérience bien sur s'étend au monde des Aborigènes, inexpérience qui est relayée par celle de sa famille. Mais élevé par son pasteur de père, ayant vécu toute sa vie dans la quiétude Blanche de Sydney au milieu des certitudes, David Burton a sans le savoir une connexion avec la civilisation Aborigène, et le film va au bout d'un moment quitter sa propre intrigue, au terme d'un procès de toute façon perdu d'avance, pour s'intéresser à un voyage hallucinant dans l'imaginaire: on y explore le dreamtime, cet "âge d'or" des Aborigènes qui est leur mythologie religieuse, et dont sans le savoir david Burton est un dépositaire...

Donc une fois encore, un héros de Peter Weir se découvre une existence parallèle, décalée par rapport à ce qu'il croyait être son destin. David Burton et sa famille sont assez symboliques de la façon dont les blancs Australiens ignorent totalement les Aborigènes et leur société... Mais le film multiplie les zones d'ombre, les non-dits, au point de devenir plus obscur qu'il n'est supportable. Au point qu'on se demande parfois pourquoi ce film a le statut de classique, très franchement, tant il lui arrive de ressembler à un téléfilm pour samedi soir.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir
13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 09:09

Un film de Lewin ne ressemble pas à n'importe quel film de n'importe quel metteur en scène. Parfois, il faut le dire, pour le pire: Saadia et The living idol sont deux impressionnants navets dont on n'ose pas souvent s'approcher de peur d'être irradié... Pandora and the flying Dutchman est un film étrange, et il est parfois difficile de le prendre au sérieux. Mais reste qu'avant ces exercices de style en excentricité, le producteur-romancier-metteur en scène avait réalisé trois films authentiquement enthousiasmants, uniques et liés par un certain nombre de détails de mise en scène: présence de statues, objets divers et autres décorations internes aux plans, qui relaient la thématique et appuient la composition, le montage dans le but de faire du sens. Un sens qui ne sera parfois appréciable qu'au bout de quelques visions. Présence, aussi, de l'art, sous toutes ses formes mais en particulier la peinture: les trois films en noir et blanc ont d'ailleurs tous recours à une ou deux séquences en couleurs afin de présenter une oeuvre picturale; on se souvient bien sur du Portrait de Dorian Gray qui donne son titre au film... Et les trois films enfin ont un atout unique: George Sanders.

Ce dernier est, comme dans The moon and sixpence, le héros du film, mais il est ici un héros paradoxal, George Duroy, le Bel-Ami de Maupassant, qui débarque un peu naïf à paris, avant de se rendre compte qu'il est préférable de se fier à son allure avenante qu'à un quelconque talent pour réussir dans la vie: c'est donc par les femmes que l'ancien hussard va devenir quelqu'un. Trouvant refuge auprès de Madeleine Forestier (Ann Dvorak), l'épouse de son ami Charles, qui le fait entrer à la rédaction d'un magazine, et qui va d'ailleurs plus ou moins écrire ses articles à sa place, George maintient une relation ouverte avec une jeune veuve, Clotilde (Angela Lansbury), avant de commencer à s'intéresser à Suzanne (Susan Douglas), la fille de son patron, une jeunette de seize ans qui n'a d'yeux que pour lui. Mais il sait aussi que pour accéder à la fille, il lui faudra séduire la mère (Katherine Emery)! Georges a un ennemi, le parlementaire Laroche-Mathieu (Warren William), dont il aime se moquer, mais qui sera présent lors de sa perte...

Comme souvent chez Maupassant, et la présence de Sanders oblige, tous ces événements sordides forment en réalité une comédie, qui passe par l'ironie la plus noire. Et George Duroy partage bien des éléments avec Dorian Gray, le héros de Lewin dont il est le plus proche. la mise en scène se déroule de salon bourgeois en taverne, donnent bien l'idée des deux mondes dans lesquels évolue le personnage: près du peuple dont il ne fait pas partie mais dans lequel il se reconnaît ne serait-ce qu'inconsciemment, et dans cette bonne société qui l'accueille pour son talent en matière de répartie, et dont les femmes apprécient sa compagnie. Mais George Duroy est aussi le reflet d'une époque et de ses travers. L'intérêt pour Lewin n'est pas ici de dénoncer bien sur selon un prétendu code moral, mais plutôt de s'intéresser à un parcours: il l'avait fait pour un double de Gauguin comme pour Dorian Gray, et partout où il va, George sera souligné, complété par son environnement. La musique (Le surnom Bel-ami vient d'une chanson qui est souvent entonnée dans le décor, justement), la décoration sont un constant commentaire sur lui; on notera une petite statue de gargouille en particulier qui est parfois vue dans le champ et qui semble jouer le rôle du tableau de Dorian Gray dans le conte d'Oscar Wilde: rappeler la vraie nature de Duroy, tout en soulignat avec ironie la différence entre l'image de l'homme et son moi profond.

Et la pièce de résistance, le tableau de Max Ernst La tentation de St-Antoine (Glorieusement anachronique, qui ressemble à une version surréaliste de Jérome Bosch), de souligner justement la présence de multiples gargouilles... Le film s'organise d'ailleurs autour de cette oeuvre pendant toute une séquence: George Duroy et Madeleine son invités à une fête chez Walter, le patron du journal, dont l'épouse va dévoiler le tableau qu'elle vient d'acquérir, dont elle ne parvient pas à détacher les yeux. Comme dans les deux films précédents, Lewin choisit donc de placer un insert en couleurs, un seul plan cette fois contrairement à The moon and sixpence, et nous envoie en pleine figure le tableau étrange et si décalé, à l'époque de l'impressionnisme triomphant. A ce moment, le film se révèle à nous, derrière la distance de Sanders, le ton volontiers élégant, et la retenue de tout ce petit monde: burlesque, méchant, goguenard et grossier! Ce n'est plus qu'une question de jours avant que Bel-Ami ne soit rappelé à la réalité par un homme qu'on a cru faible, et qui va lui montrer qu'on ne marche pas impunément sur les autres.

Supérieurement interprété (Angela Lansbury, John Carradine, et surtout Ann Dvorak et Warren William en plus de George Sanders, ça fait beaucoup de cerises pour un seul gâteau, non?), à l'élégance vénéneuse, ce film est une plongée en plein dans l'imaginaire de Lewin bien pus que dans celui de Maupassant. Il a retenu du roman un mouvement d'ascension, et un contrepoint d'ironie de plus en plus méchante, qui font de ce film inclassable une expérience assez unique en son genre... Impatients s'abstenir, le film prend son temps. Si vous aimez les poursuites en voiture, passez votre chemin: ce film n'est pas pour vous, et... vous n'êtes pas pour lui.

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Published by François Massarelli - dans Albert Lewin
10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 18:03

Comme d'autres metteurs en scène parmi ses contemporains, Weir, étudiant en cinéma, a réalisé pour la télévision un certain nombre de films en tous genres: documentaires, sujets d'actualité étirés, et même d'étranges fictions. Certains de ces films dont inclassables, mais l'oeil du bonhomme est incontestablement là. Patricia Lovell ne s'y est pas trompée, qui l'a approché afin de travailler avec lui après avoir vu Homesdale... Et ces films en tous genres présentent déjà, comme le feront The cars that ate Paris, Picnic at hanging Rock, The last wave, The plumber et Gallipoli une vision très personnelle d'une Australie à plusieurs vitesses partagée entre tradition servile et tentations d'absolu...

Homesdale (1971)

Dans une pension de famille, des vacanciers (certains habitués, d'autres nouveaux) viennent passer un petit séjour, et sont accueillis par une équipe en uniforme qui rappelle celui (ridicule, mais c'est un uniforme) des marins locaux. Il va se passer des choses étranges, surréalistes, mais ce qui compte semble-t-il pour Weir c'est de montrer des types de comportement et de caractères. Cette apparente méchanceté goguenarde lui passera avec l'âge. Tourné en noir et blanc, le film anticipe largement sur le ton de The cars that ate Paris. Quant au metteur en scène, il a su payer de sa personne en interprétant un petit rôle... et en tournant dans sa maison.

Three directions in pop music (1971)

Littéralement: trois groupes contemporains sont filmés en situation, en couleurs. C'est anecdotique, assez typique des documentaires sans commentaires socio-culturels des années 70, mais on voit que Weir s'intéresse autant au public qu'aux groupes, tous a priori oubliés dans les poubelles de l'histoire.

Incredible Floridas (1972)

Ce film documentaire nous présente la démarche du compositeur Richard Meale, qui a souhaité rendre hommage à Rimbaud à travers une pièce contemporaine. C'est un aller-retour permanent entre la vie et la mort du poète, et la performance de la pièce musicale.

Whatever happened in Green valley (1973)

Alors qu'il présente un programme de courts métrages réalisés par des habitants d'un quartier, qui avaient été invités à défendre leur environnement face aux médias, Weir se fend d'un pastiche burlesque des actualités filmées. Il y a une certaine complicité affichée avec les petites gens dans ce petit moyen métrage, pour lequel le metteur en scène a laissé la place à d'autres.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 16:34

En entendant parler de cette évasion spectaculaire de prisonniers d'un goulag en pleine seconde guerre mondiale, Peter Weir a plus que tout souhaité savoir si leur expérience, contée dans un roman, était authentique ou non. De fait, trois hommes ont bien réussi à rejoindre l'Inde depuis la Sibérie, en marchant. Les péripéties, l'itinéraire, tout est vrai. Les personnages sont inspirés des caractères originaux, mais sont bien sur romancés...

Bien sur, si le film est généreux, il a ses défauts, à commencer par l'insupportable manie de donner à des personnages qui parlent l'Anglais pour les besoins du public, mais qui sont d'origine non anglophones, un accent idiot: Jim Sturgess, Colin Farrell et Saoirse Ronan doivent ici mâcher leur langue et rouler les R. Mais c'est une convention que le scénario explique en mettant dans les prisonniers un Américain, qui va faire que les autres s'expriment d'abord et avant tout dans sa langue, car après tout ils viennent d'un peu partout: Russes, Polonais, Lettons...

Les commentaires sur ce beau film sont unanimes: peut mieux faire! Mais comment faire mieux qu'une évocation délicate et respectueuse, qui se refuse en permanence au spectaculaire, et qui prend bien soin d'opposer deux philosophies de la survie, celle d'un individualiste forcené (Ed Harris, l'Américain), et celle d'un Polonais déterminé à rester décent, et la générosité à fleur de peau (Jim Sturgess, le Polonais)? Peut-être l'ascèse cherchée (Mais pas atteinte) par Weir a-t-elle gêné? Cette équipée grandiose, qui a été tournée sur des lieux plausibles, en Asie sur les traces du parcours original (Sibérie, lac Baïkal, Mongolie, Chine, Tibet, Inde), rappelle le prix qu'accorde Peter Weir à la liberté, fut-elle cosmique (Picnic at Hanging rock), spirituelle (Witness), culturelle (Dead poets Society), concrète et politique (Green card) ou sous toute autre forme (Mosquito Coast, The Truman Show, Master and commander). et ce film est de ceux qu'on reverra souvent et avec plaisir, j'en suis certain. Partis du goulag, déshumanisés, animalisés, ses protagonistes vont littéralement apprendre à redevenir humains. Et "The way back", le chemin du retour donc, devient essentiellement un chemin vers l'avenir.

Et puis quand on aime Peter Weir, comment ne pas constater les allusions? Un plan qui mêle un train et une carriole, est-il un renvoi conscient à Witness? Un autre qui montre un personnage épuisé par le soleil en plein désert, qui se voit visiter par un serpent, est-il un clin d'oeil à Picnic at Hanging Rock? Coïncidences, ou dépôt de bilan? après ce film, et à l'heure où j'écris, pas de nouvelles du metteur en scène.

Dommage.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir Saoirse Ronan
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 08:50

Eh oui, car il fait bien parfois rappeler que Peter Weir est Australien, et qu'il a fait ses classes de réalisateur à la télévision et dans les bureaux de studios locaux qui se battaient désespérément non seulement pour maintenir une industrie cinématographique locale, mais aussi pour l'imposer à l'extérieur. Bon, avec Picnic at Hanging Rock ou même The last wave, Weir a par la suite beaucoup contribué à faire connaître le cinéma Australien... Mais ses débuts, le plus souvent avec des sujets courts, sont intrigants. Pour commencer, avec ce film qui est sa première participation à un long métrage, aussi fauché soit-il, on trouvera des éléments de ce qui deviendra sa thématique de base, en même temps qu'une certaine ironie qui se manifeste probablement à cause des limites imposées par la censure, ou tout simplement par les codes moraux en vigueur. Three to go, film collectif, examinait l'Australie au tournant d'une décennie, alors que les coups de boutoirs des médias, de la mode, mais aussi de l'atmosphère explosive héritée des années 60, menaçait de se manifester dans l'autre monde qu'est le continent Australien, drapé jusqu'à présent dans un conservatisme de bon aloi. Les deux autres segments ont été tournés par d'autres réalisateurs, et les trois films sont désormais disponibles indépendamment les uns des autres.

Michael présente, dans une Australie obsédée par les changements dans la jeunesse, la vie de Michael (Matthew Burton), un jeune fils de bonne famille tenté de rejoindre Grahame (Grahame Bond) et ses amis, des jeunes aux cheveux longs et aux vies de bohème, mais se heurte à ses propres parents, ainsi qu'à ses propres codes...

Le film commence par un montage très finement fait de situations qui mettent en valeur le contexte, et il est très surprenant d'y voir en ouverture une révolution façon Cuba, sanglante et violente, qui s'avère être un film interprété par Grahame et ses copains, que Michael a vu. D'autres images nous montrent des panels d'adultes qui tentent de comprendre le phénomène des nouveaux jeunes, des manifestations anti-Vietnam, et une parodie d'un micro-trottoir mené par un journaliste tout droit sorti des années 50, entouré de jeunes ironiques aux cheveux longs... Michael va se heurter à ses parents, à la société toute entière, mais il n'ira pas au bout de sa tentative de liberté: "la drogue", comme on dit, va l'en empêcher, parce qu'il se sent assez mal lorsque son ami Grahame fait passer une cigarette qui rend nigaud. C'est gentil, c'est naïf, mais cette limite (Qui a probablement été imposée à Weir, lui même assez bohème à cette époque) n'empêche pas une vraie échappée vers de nouveaux horizons, et des images marquées par le contraste: entre Michael et ses amis, mais aussi entre jeunes et adultes, et enfin, dans de réjouissantes images probablement tournées en contrebande, entre les cheveux longs et les uniformes ridicules de quelques troufions. Je sais, c'est facile, mais je n'y résiste pas, que voulez-vous: on ne se refait pas.

Bref, on l'aura compris, aussi anecdotique soit-il, ce film nous promène déjà un peu dans l'univers de ce cinéaste fasciné par les chemins de traverse. Ce qui n'allait pas cesser de se manifester jusqu'à The Way back.

Youtube:

https://www.youtube.com/watch?v=MZEMwLERdIs

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir Australie
5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 09:31

Hildy Johnson (Pat O'Brien), reporter extraordinaire, veut se marier... et pour ça, il lui fait cesser d'être un journaliste, surtout qu'il travaille pour Walter Burns (Adolphe Menjou), un patron sans aucun scrupules, qui lui a plus d'une fois fait vendre son âme. Mais le problème, c'est que Burns ne veut pas se résoudre à perdre son meilleur journaliste. Profitant d'une crise inattendue (Un condamné à mort s'est évadé dans des circonstances étonnantes, juste à côté de la salle de presse de la prison), Burns va tout faire pour retenir Johnson qui serait selon lui le meilleur pour rendre compte de l'incident.

Ce film nerveux et désormais mythique est donc la première des trois adaptations de la pièce de Ben Hecht. La place qu'il tient dans l'histoire du cinéma, en comédie exemplaire supposée avoir établi une bonne fois pour toutes que ce n'était pas parce que le cinéma était désormais parlant qu'il devait s'abstenir de bouger, et le ton qui s'est imposé dans tant de films des années 30 consacrées au monde de la presse, contraste quand même avec l'objet qu'on a devant les yeux: un film certes distrayant, certes drôle, mais qui reste confiné, théâtre oblige, même si les efforts pour bouger la caméra, et lui faire transmettre ce frisson du scoop, cette fébrilité et cette frénésie des moments durant lesquels il faut être plus rapide que le concurrent. Et on voit aussi très bien Howard Hughes à la manoeuvre, qui pousse les boutons derrière Milestone, et appuie pour avoir un peu plus de sous-entendus, un peu plus de vulgarité, etc... Le résultat parait souvent excessif, gonflé, et en manque d'un certain raffinement. Pour finir, pourrait-on trouver tant de mérites à Menjou et O'Broen, si Grant et Russell n'étaient à leur tour passés par là 8 ans plus tard? La meilleure version de The front page est celle de Hawks, His Girl Friday. Haut la main.

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Published by François Massarelli - dans Lewis Milestone Comédie Pre-code Edward Everett Horton
3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 18:15

Sorti en 1919, ce film a obtenu l'appui de tous les critiques, qui y ont reconnu, je cite, "La plus grande épopée cinématographique du désert", selon les termes de la critique publiée dans le Los Angeles Times. De fait on a le sentiment, avant que le genre n'obtienne encore plus de lettres de noblesse avec les grands films des années 20 (The covered Wagon et The iron horse, bien sur), de voir un acte fondateur du western, en même temps qu'un film gonflé, tourné partiellement en plein désert, et accompli avec la plus grande des rigueurs, dans un genre connu surtout pour sa fantaisie codifiée. pas de fantaisie dans Wagon tracks, un film tout entier dédié à la personne de William Hart...

Ce dernier incarne un pionnier, Buckskin Hamilton, qui s'accorde un peu de bon temps entre deux caravanes, pour accueillir son petit frère venu de l'est avec son diplôme de médecin en poche... Mais sur le bateau qui l'amène de St Louis, Billy Hamilton est tué par un homme, dans des circonstances peu glorieuses: le tueur (Robert McKim) trichait aux cartes dans un jeu prohibé, et le jeune frère l'ayant accusé ils en sont venus aux mains. Jane (Jane Novak), la soeur du meurtrier, est intervenue afin de les séparer, mais dans la confusion le meurtre avait eu lieu, sous les yeux d'un autre homme (Lloyd Bacon). Non content d'avoir tué un homme, le bandit avait en prime accusé sa jeune soeur. En arrivant sur les lieux, Buckskin ne peut croire en la culpabilité de Jane, et comme quelques jours après tout ce petit monde se retrouve dans la même caravane vers l'ouest, le désert va imposer sa loi, et la vérité va éclater...

Derrière le droit et impassible William Hart, c'est bien sur de morale qu'il s'agit. Les hommes et femmes impliqués dans cette histoire, confrontés à la violence des lieux, vont devoir faire des choix cornéliens... Comme toujours, Hart (producteur en titre, aux côtés du "superviseur" Ince  fait de son western le théâtre d'une tragédie, dans laquelle le désert et ses décors austères vont jouer le rôle d'arbitres. C'est vrai que le film fait penser par de nombreux côtés à The big trail de Raoul walsh sorti 11 années plus tard et qui montre une histoire de vengeance sur fond d'un déplacement de pionniers. Mais là ou Walsh fera d'une pierre deux coups, en montrant l'épopée des caravanes vers l'ouest en même temps que la beauté des grands espaces, ce film fait la part belle à une fascination pour l'austérité des lieux, et nous montre des comportements plutôt authentiques. Comme souvent dans les westerns Ince, on a une participation notable d'un parti Indien, interprété par des natifs. Et l'ombre de futurs chefs d'oeuvres passe par moments, notamment Greed et son tournage à Death Valley, ou encore The treasure of the Sierra Madre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western Thomas Ince 1919 **
1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 19:36

Une jeune Américaine se rend en Angleterre pour visiter la famille, parfaitement déterminée à montrer par un tempérament totalement désagréable à quel point elle est décidée à s'ennuyer. Mais elle se laisse vite aller à la douce vie de ses cousins, dont la mère diplomate n'a plus le temps de s'occuper. Et surtout il y a son cousin Eddie... Mais à l'extérieur, les choses se précipitent, le terrorisme fasciste se manifeste, et la guerre éclate.

Saoirse Ronan habite totalement son personnage d'Américaine paumée qui fait le bon choix (Rester en Angleterre) au mauvais moment (C'est l'état d'urgence, et les militaires se comportent comme des militaires, soit ils régentent, brutalisent et massacrent). Elle y est admirable, et le film, fait d'urgence post-apocalyptique matinée de poésie bucolique (Si, si...), est de ceux qui vous restent longtemps dans la tête. Et pourtant ce n'était pas gagné: trois films en un, réellement; un conte de science-fiction noir, très réussi. Une histoire d'exaltation amoureuse adolescente, ce qui peut tout donner y compris le pire. Et un conte philosophique qui prend acte du rite de passage très particulier qui va changer Daisy en une femme.

Et le film ne prend surtout pas de gants, n'invente pas de raisons ni d'excuse à la violence, ne rationalise pas à outrance... Et on y tue des chiens et des enfants. Pas de gants, je vous dis, dans ce conte d'anticipation en noir et rose...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Saoirse Ronan
1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 16:15

La seule réplique, entendue plusieurs fois dans ce film de court métrage, est justement "Next floor!", "étage suivant". On y sert un repas gargantuesque à un certain nombre de personnages manifestement importants, aux costumes et aux attitudes qui les mettent clairement au-dessus de la mêlée. Ils mangent assez salement, sans dire un mot, et énormément, pendant que des domestiques, garçons, et musiciens s'affairent autour d'eux. Lorsque, sous le poids de la tablée qui s'empiffre, le sol cède, le personnel se précipite à l'étage d'en dessous, ce qui fait dire dans un interphone au maître d'hôtel: "Next floor". L'opération se répète un certain nombre de fois, sans que ça ait l'air de troubler l'appétit vorace des convives. Jusqu'à ce que...

C'est féroce en effet, et on retrouve une tendance occasionnelle à une certaine forme narquoise d'humour surréaliste... Mais à froid, et le dernier plan, insistant, sur le maître d'hôtel qui a assisté sans sourciller à la scène, et nous regarde avec un léger sourire, droit dans nos yeux de spectateurs, nous fait dire que tout ça n'est pas tant une comédie que ça, finalement.

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 16:33

Avec Gallipoli, retour sur un haut fait d'armes (Comprenez "une boucherie totale") qui a permis à un grand nombre de jeunes Australiens, en âge de voir le temps venir, de rejoindre leurs ancêtres plus tôt que prévu et pour pas grand chose (Comprenez "mourir pour leur pays", et d'ailleurs même pas, puisque c'était pour l'Empire Britannique), Peter Weir ne célèbre pas, il narre. Il chronique même pourrait-on dire, à travers la fiction... Il invente deux personnages, deux jeunes (L'un d'entre eux est même trop jeune pour combattre) qui pour voir le monde se sont engagés en 1915 et se sont retrouvés en Turquie pour la plus fameuse bataille ayant impliqué des Australiens. 

Archie (Mark Lee) veut voir le vaste monde, comme d'autres Australiens avant lui. Il a malgré tout une belle vie: il est champion de course, et connu un peu partout dans la région de Perth. Lors d'une compétition il fait la connaissance de Frank (Mel Gibson), un autre coureur un peu plus âgé que lui. Ils s'engagent: un désir mûrement réfléchi pour Archie, mais un coup de tête pour Frank. Ils vont bientôt se retrouver, chacun dans un régiment différent, en Egypte puis en Turquie à Gallipoli où les Turcs alliés aux Allemands donnent du fil à retordre aux Anglais.

La bataille en elle-même est vue selon une multiplicité de points de vue: les soldats, des hommes jeunes et idéalises se rendant de plus en plus compte de la gravité de leur situation, et des officiers; ceux-ci sont soit Australiens, et amers du sacrifice qu'on demande à leurs recrues, soit Britanniques, et décodés à utiliser les Australiens comme chair à canon.

On attendra une heure et une quinzaine de minutes avant de voir les deux personnages principaux arriver sur le lieu du conflit, le temps de sacrément les aimer. A travers eux, on saisit l'illusion héritée du romantisme du XIXe siècle (Pour Archie) ou plus simplement née d'une hésitation quant à l'avenir (pour Frank). Le voyage se transforme en une série de rites de passage qui tendent à se succéder à une vitesse folle... Jusqu'à l'épreuve du feu, qui est vue, comme souvent, comme un enfer qui vient progressivement effacer toute l'innocence.

...Peter Weir finit par faire se rencontrer la fiction et l'histoire dans ce film humaniste et généreux.

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Published by François Massarelli - dans Première guerre mondiale Australie Peter Weir