Richard De La Croix (Johannes Riemann) reçoit une nouvelle alarmante: son frère Andreas (Alfred Abel) est devenu fou suite à une histoire compliquée avec une femme. Il lui rend visite, et est très ému devant l'état déplorable du jeune homme. Quelques jours après le très propre sur lui jeune homme, qui fait le bonheur de sa mère et courtise une jeune femme bien comme il faut, va faire la rencontre de Sappho (Pola Negri), une femme fatale qui s'amuse de son côté propret avant de le vampiriser complètement. Bien sur, Richard est amoureux, Sappho aussi du reste... Mais comme on est décidément dans un mélo classique, la femme qui a causé la perte du frère n'est autre que Sappho.
Pas grand chose à retenir de ce mélo empesé et qui conte une histoire si bourgeoise... Le film a été censuré lors de sa sortie internationale (Le film remonté a été re-titré Mad Love aux Etats-Unis), on se demande pourquoi, la version intégrale ne révèle rien qui soit embarrassant... Si ce n'est que Pola Negri ne semble pas avoir à faire d'efforts phénoménaux pour jouer une femme fatale! Ses cènes avec Alfred Abel sont cependant au-dessus du lot.
Curtiz était-il un auteur? C'est le genre de question dont on se demande encore qui elle peut passionner à l'heure de Netflix, le truc qui est train de tuer le cinéma à grandes enjambées, en commençant par gommer le rôle du metteur en scène dans sa logistique! Mais Curtiz a en effet la réputation, pas vraiment usurpée, d'avoir durant son passage à la Warner été indifférent à la globalité de ses films, se concentrant sur une scène, voire un plan à la fois... Et obtenant des résultats parfois miraculeux.
C'est vrai qu'il y a tellement de stupidités révoltantes dans la Bible, qu'on a l'impression qu'il suffit parfois de se pencher pour en ramasser... C'est à peu près ce qu'a fait Darryl F. Zanuck, qui ne présidait pas encore aux destinées de la Fox, mais était une étoile montante du scénario en cette fin du muet. La mission que lui avait confiée la Warner était de faire du Cecil B. DeMille, ni plus ni moins, en se gardant toutefois de faire un démarquage des Dix Commandements de 1923, ce qui avait déjà été fait en Europe, lorsque Mihaly Kertesz et Sascha Kolowrat s'étaient lancés dans la production de L'esclave Reine, une superproduction Autrichienne qui piquait à DeMille ses meilleurs effets... En toute logique, la warner, qui préparait ce film depuis longtemps, a fait appel à Kertesz, l'a rebaptisé Curtiz, et lui a confié les clés. Et si on ne refaisait pas The ten commandments, rien n'empêchait de le singer à chaque fois que c'était possible!
On raconte dans ce film une anecdote hautement improbable, celle de deux Américains, dont l'un (George O'Brien) a rencontré dans des circonstances dramatiques la femme de sa vie, la danseuse Marie (Dolores Costello), une jeune Allemande. Mariés, il leur a fallu faire face à un dilemme en 1917... Mais le sens du devoir, n'est-ce pas... Donc O'Brien parti sur le front Français, Costello a du reprendre son métier en Europe. Mais une connaissance commune (Noah Beery) qui a une dent contre eux l'a reconnue, et l'a dénoncée comme espionne; Devinez qui sera dans le peloton... Comme dans tant de films de DeMille, une digression de luxe fait bifurquer les personnages vers l'époque biblique, tentant par tous les moyens de dresser un parallèle avec l'épisode de l'Arche de Noë. Je dis bien "tentant par tous les moyens", tant la ficelle est grosse...
Le "DeMille Autrichien" (Qui était comme chacun sait Hongrois) a fait ses gammes de 1926 à 1928, le temps que se monte cette production. Sorti trop tard, à l'époque du parlant, ce film est de toute façon un ratage, une histoire symbolique, d'un genre auquel DeMille lui-même ne touchait plus en 1928. dans cet ahurissant mélange (Scènes parlées dans un film muet, histoire contemporaine appuyée par des séquences bibliques) on voit bien ce qui fait l'essence du cinéma du jeune Curtiz: il tourne ce qu'on lui donne à tourner, y trouvant ou non son intérêt, mais fait de l'image à tout prix. Un cinéma donc de l'émotion, de la séquence, dans lequel l'élément humain est ballotté, maltraité. Des "attractions" selon l'expression de Mauritz Stiller: train qui déraille, explosions et batailles sur le front, un obus qui déclenche un glissement de terrain, et autres déluges. Le film s'appelant L'arche de Noë, ça va sans dire. Bien sur, on le sait, la légende honteuse de ce film fait de Curtiz un fou dangereux, responsable d'un nombre mal défini mais hélas réaliste de morts de figurants. Une étrange façon de prendre congé du cinéma muet, que ce film qui est mal fichu, mais considéré comme un classique...
La religion dans ce film n'a aucun sens, c'est un toilettage passe-partout, une série de clichés lénifiants, auxquels la cinéaste n'a apporté aucun crédit. Il est même probable, occupé qu'il était à tenir une cravache dans une main, une méthode Assimil dans l'autre pendant qu'il tentait d'établir une communication avec les figurants qu'il s'apprêtait à noyer, que Curtiz n'a même pas réalisé qu'il y avait quoi que ce soit de religieux dans son film!
On peut se rassurer en imaginant que la version intégrale (environ 135 minutes selon les filmographies) sans doute perdue était plus cohérente, mais j'en doute fort. Du reste, autant le film est raté, autant il en devient distrayant, par les moyens engagés, par l'ahurissante puissance de feu d'un réalisateur capable de tant de choses, y compris pour le pire... Baroque, ça oui, le film est quand même bien plus intéressant que, disons, Mammy, The woman from Monte Carlo, God's gift to women, ou The soldier's plaything, tous ces films réalisés par Curtiz en 1930 - 1931! Et puis, ce film raté qui fut un échec reste symboliquement un bon moyen de clore une période de la vie d'un cinéaste marquée par le baroque, l'énorme, la grandiloquence, au moment-clé ou un nouveau type de cinéma, moins ambitieux, allant à l'essentiel, plus proche des gens va commencer à exister, dont paradoxalement le hautain Michael Curtiz sera l'un des plus intéressants artistes durant le début des années 30.
C'est paradoxal: après l'avoir vu hier, je n'ai finalement pas la moindre idée de ce qui est contenu dans le script de ce film... Il semble qu'il y soit question, dans une histoire qui est finalement assez proche du type de mélodrames de luxe qui ont rendu Erich Von Stroheim à la fois célèbre et maudit, d'une histoire d'amour entre une femme du peuple et un soldat issu de l'aristocratie, dans le Vienne du tournant du XXe siècle. Mais là où Stroheim aurait probablement voulu (Ou prétendu, il y a une nuance) recréer l'Autriche dans ses moindres détails, Sternberg utilise lui des moyens de tricherie plus élaborés, et le film était certainement un jalon important dans la carrière du metteur en scène de Dishonored, Shangai Express ou The Scarlet Empress.
Etait, parce qu'il est perdu.
Sauf pour quatre minutes superbes, qui sont d'autant plus frustrantes qu'elles sont conservées dans des conditions extrêmement rares: il suffit au hasard de comparer ces images superbes avec les passages de Metropolis retrouvés en 2008 dans une abominable copie contre-typée en 16mm, ou encore les fragments restants (Et nettement plus substantiels, car ils totalisent, eux, près d'une heure) de The river de Frank Borzage... L'épisode contenu dans ces quatre minutes voit la jeune Lena (Esther Ralston) à une fête foraine, et assister à divers numéros enchaînés dans un tourbillon d'images. Puis elle est repérée par un jeune officier, puis...
Je pense que lorsque John Lennon a été assassiné, on a du en informer Ringo Starr sur le plateau de ce film... Ce qui compte tenu du genre (Comédie burlesque sans aucune retenue) et du sujet (Des hommes des cavernes) n'a pas du faciliter les choses. Quoi qu'il en soit, le souvenir de Lennon est bien présent, puisque le film commence, "un zillion d'années avant notre ère", un 9 octobre... Il s'agit d'un film situé à l'âge de pierre, et les premiers hommes vont apprendre à se tenir de bout, à utiliser le feu, à fabriquer et utiliser des armes, et à domestiquer un improbable dinosaure qui comme ses congénères présents dans le film, n'a pas compris le sens du mot "anachronisme".
Ringo Starr en homme des cavernes? Ca doit être idiot!
Ce film de William Wyler, sorti en 1946, a l'étrange privilège d'être celui qui a gagné le trophée du meilleur film en 1946 face à It's a wonderful life... Ou Henry V, de Laurence Olivier. On ne lui en voudra pas, tant le film de Wyler est passionnant: consensuel, totalement de son époque mais terriblement attachant, riche en émotions sans avoir l'indécence de nous forcer les larmes. L'histoire est désespérément simple pour la durée épique de 170 minutes: trois hommes reviennent de la seconde guerre mondiale à Boone City, une ville plus ou moins fictive inspirée de Boone, Iowa. Ils ne se connaissent pas, ni d'avant la guerre puisqu'ils ne se sont jamais croisés, ni des combats auxquels ils ont participé, même s'ils auraient bien pu se croiser. Al Stephenson (Fredric March) est sergent dans l'infanterie, Fred Derry (Dana Andrews) Capitaine dans l'US Air Force, et Homer Parrish marin. Ce dernier a perdu ses deux mains et est très inquiet de l'avenir de sa relation avec sa petite amie d'enfance, Wilma (Cathy O'Donnell); Al, pour sa part, a du mal à envisager l'avenir: son retour à la vie civile est difficile à cause de sa répugnance à adopter l'éthique stricte de la banque dans laquelle il travaille, mais aussi parce qu'il a du mal à se faire à un foyer dans lequel les adolescents qu'il avait quitté sont devenus des adultes, sous la surveillance de Milly son épouse (Myrna Loy); enfin, Fred est appréhensif à l'idée de retrouver son épouse (Virginia Mayo) qu'il n'a vue que quelques jours avant de repartir au combat, sans parler du fait qu'il lui faut retrouver un travail...
A ces considérations sur le difficile réajustement des soldats dans la vie civile, le script ajoute un triangle d'un genre pas vraiment courant dans le prude cinéma des années 40: Fred se doute que son épouse l'a sans doute plus épousé pour ses galons et son bel uniforme (Ce en quoi il a d'ailleurs parfaitement raison), mais est attiré par la fille d'Al, la jeune infirmière Peggy (Teresa Wright): un lien fort se crée entre les deux lors de la première nuit 'civile' du capitaine; hébergé chez Al, il a fait un cauchemar récurrent lié à un mauvais souvenir de guerre. Elle l'a entendu et a su tout de suite le rassurer... Très vite, il apparaît que les deux sont tombés amoureux l'un de l'autre, et Peggy qui a rencontré Mrs Derry, sait à quoi s'en tenir. Lors d'une scène d'anthologie, Peggy annonce à ses parents qu'elle sait quoi faire: elle va briser ce mariage... Les mots, aussi durs, dans la bouche de la douce Teresa Wright, c'est l'un des grands moments inattendus de ce film. Une autre scène qui marque est liée au problème d'Homer. Celui-ci est joué par un véritable vétéran, dont les mains ont effectivement été arrachées lors d'un combat. On ne verra le véritable aspect de ses membres qu'une fois, lors d'un moment de révélation d'une beauté et d'une crudité inédites: Homer envisage de façon dont on le regarde à cause de son handicap; Wilma au contraire l'assure de son affection, et tente de regagner sa confiance. Afin d'en avoir le coeur net, Homer un soir propose à la jeune femme de l'accompagner dans sa chambre. Appréhensive mais résignée elle l'accompagne, marchant lentement... vers Homer qui enlève son peignoir, révélant l'harnachement des crochets qui lui tiennent lieu de mains. Elle le regarde faire tandis qu'il lui explique que ce dispositif qui le rend dépendant d'une autre personne pour se coucher ne devra jamais changer. Avec douceur et en souriant (Peut-être un peu soulagée de la tournure des événements, aussi) la jeune femme l'assiste simplement, naturellement, et désormais Homer connait la vérité de ses sentiments. La façon dont Wyler aborde la scène, mélange de réalisme et de mélodrame, interprétée aussi simplement que possible, en utilisant des prises longues, mais un éclairage qui laisse la part belle à l'expression douce et amoureuse de Cathy O'Donnell, est à l'image du film: La photo de Greg Toland, forcément, est superbe, permettant le grand écart entre le réalisme quotidien (Combien de films présentent une conversation entre Teresa Wright et Myrna Loy dans une cuisine à éplucher des légumes?) et la beauté sombre du cinéma en noir et blanc, dans un style qui magnifie à la fois la situation, les émotions, et la simplicité et la beauté du geste. Les recours nombreux à la profondeur de champ permettent d'installer l'illusion d'une vie en pleine effervescence sous nos yeux.
Mais le film n'est pas qu'un consensus bien huilé: à l'inévitable réajustement tragi-comique du retour à la vie civile (En particulier représenté par Al et ses homériques cuites), à ce réveil pénible vécu par Fred, et à cette occasion de réapprendre à vivre représentée par Homer, vient s'jouter très vite un sentiment d'abandon, partagé par les soldats qui reviennent après d'héroïques actions dont désormais plus personne n'a cure... Une scène montre aussi les dangers de l'oubli: un homme, militant anticommuniste, annonce à Homer et Fred que les Etats-Unis auraient du s'engager auprès du Japon et d'Hitler plutôt que de combattre auprès des "rouges". Le constat amer rejoint pour Fred celui de passer subitement du statut de capitaine à celui de chômeur. Comme le dit un homme qui travaille dans le drugstore qui employait Fred avant la guerre, ces hommes en uniforme se croient tout permis, ils viennent voler leur travail à ceux qui sont restés et qui ont trimé... Le titre renchérit sur ce sentiment d'amertume: les "plus belles années de notre vie", ce sont toujours semble-t-il celles qu'on a déjà vécues... Mais le film réussit à se terminer sur une note d'espoir, avec un mariage et un plan qui réunit de façon plausible tous les protagonistes essentiels: Al et Milly, leur fille Peggy, Wilma et Homer, et enfin Fred. Ces 170 minutes sont passées comme un éclair.
Il n'y a qu'un film comme celui-ci, qui part d'un présupposé glorieusement improbable et va au bout de l'hypothèse, sans laisser une seule piste de côté, sans jamais s'égarer dans les chemins de traverse d'une explication rassurante au phénomène qui agite le héros Phil Connors: celui-ci vit et revit sans arrêt la même journée, si on cherche à savoir pourquoi, on en sera pour ses frais...A quoi d'ailleurs cela servirait-il? Autant aller chercher un sens aux microfilms cachés dans les statuettes de North by northwest! on, ce film n'a rien de fantastique au-delà de ce phénomène qui reste en dépit des nombreuses fois ou Phil Connors s'en ouvre notamment à la dame de ses pensées, un embêtement privé! Et le film se promène du côté d'une Amérique ordinaire, visitée comme tous les ans par un sale type qui va changer de façon impressionnante...
Rappelons les faits: journaliste météo à TV Pittsburgh, imbu de lui-même et porté sur le cynisme et le sarcasme, Phil Connors (Bill Murray) doit se rendre à Punxsutawney, Pennsylvanie, pour y enregistrer une émission clin d'oeil, et y couvrir un festival folklorique délicieusement ringard, le jour de la marmotte. Il déteste ça, à plus forte raison parce qu'il ambitionne de faire de la télévision nationale. Une fois l'enregistrement terminé, il s'apprête à partir en compagnie de l'équipe très réduite, dont la jolie productrice Rita (Andie McDowell) avec laquelle on ne peut pas dire que les rapports aient été chaleureux... Mais le blizzard les contraint à rester sur place, et le le lendemain, Connors est surpris de constater que la même journée recommence. Puis recommence, encore et encore... Lui seul le sait.
La transformation absolue de Phil en un type ouvert sur les autres, sympathique et constructif, qui cesse de se cacher derrière une carapace de méchanceté et d'égocentrisme, ne serait pas crédible si on n'avait pas clairement l'impression qu'il passe en réalité dans sa prison temporelle de 24 heures sur 24, plusieurs mois sinon années. Il va passer par tous les stades: surprise, angoisse, déprime, exubérance devant les possibilités offertes à quelqu'un qui sait ce qui va arriver minute après minute dans une petite ville, mais qui connait aussi la vie, les goûts, les opinions et l'emploi du temps pour la journée, d'absolument tout le monde en ville! il va aussi essayer de séduire, des inconnues d'abord, avant de s'intéresser à Rita. Et il va accomplir des rêves, les siens, d'abord, puis pas que. Enfin il va, clairement, tomber amoureux... et enfin s'ouvrir.
Le tout reste une comédie, bien sur, impeccable, servie par la simplicité limpide de l'action et le traitement exceptionnel des caractères: un personnage contre tous les autres, d'une certaine façon. Et puis comme dans le film suivant de Ramis, qui repose aussi sur un dispositif fantastique arbitraire et rigolo (mais moins productif à mon sens), le réalisateur profite de son jouet avec une gourmandise visible. Et il invente un comique de répétition d'un genre nouveau, le comique de variation, parfois subtile, parfois spectaculaire. On débouche enfin sur un film qui fait le même voyage que son héros. Et j'applaudis un film qui sait éviter le cynisme à la fin sans tomber dans le larmoyant: je n'ose imaginer ce que ce brave Ron Howard aurait fait de ce film...
Qui n'aura hélas, à part le sympathique Multiplicity, pas vraiment de suite: les comédies ambitieuses de Ramis sont désormais du passé, mais celle-ci est un joyau. Avec Bill Murray en cerise sur le gâteau: il est splendide.
En dépit de la simplicité, pour ne pas dire l'austérité, de son titre (...oui,; en effet c'est bien un western!), Cowboy est un film admirable, lyrique et tendre, qui explore l'âme complexe du "garçon vacher", de ces baroudeurs terrestres qui parcouraient en compagnie de troupeaux de bovins tout un territoire, pour véhiculer les bêtes depuis les confins du Texas et de l'Arizona, jusque aux marchés de Chicago...
C'est à Chicago, justement, que le film commence, lorsque Frank Harris (Jack Lemmon), employé d'un palace, reçoit l'instruction de son gérant de déménager une famille qui occupe une suite luxueuse: un convoi de cow-boys viennent d'arriver, et compte tenu du marché, ils sont les rois et la chambre de leur choix doit leur être attribuée. Harris est déstabilisé, d'autant que la famille Vidal, des propriétaires de terres à Guadalupe (Arizona), d'origine Mexicaine, est aussi la famille de sa petite amie (Anna Kashfi). Mais le père Vidal, qui apprécie peu d'être relogé, ne compte pas laisser sa fille épouser un homme aussi peu intéressant que Frank Harris. celui-ci prend donc une décision: il va parler avec Tom Reece (Glenn Ford), le chef du convoi, et lui propose de lui financer une partie de son expédition avec ses économies, afin de devenir un interlocuteur valable pour son beau-père, tout en réalisant un rêve: celui de devenir un cow-boy sur la route. mais la dure réalité du terrain va être une source de désillusion, et de conflits entre Harris et Reece, le vétéran et le jeune enthousiaste...
De Chicago, on assiste à une initiation bien sur, celle de Harris le jeune naïf... sauf que Jack Lemmon en fait un personnage passionnant, certes avec toujours un décalage sur les autres, mais doté d'une force de caractère peu commune. La confrontation avec Reece, le faux dur qui n'ose arborer de façon trop évidente un coeur tendre, mais aussi la dure loi de la route, le fait qu'on puisse perdre un copain aussi stupidement que parce qu'on lui a jeté un serpent dans le cou pour lui faire un blague, et puis la dureté du travail, tout tourne à l'épreuve de force, pour Harris le citadin. Daves utilise le décor mis le fait surtout pour le réalisme de ses séquences, plus que pour en faire un théâtre grandiose comme Mann ou Ford. Mais son réalisme, plus que jamais, se pare d'un lyrisme épique dans la geste des cow-boys, annoncée par cette presque absurde obsession manifestée par Reece, tout crotté et à peine arrivé, qu'on lui donne les programmes de l'Opéra de Chicago, ou il va le temps d'une soirée manifester son amour de l'art lyrique... et sa saouler comme un cochon!
La poésie inévitable du genre se teinte d'une vraie amertume lorsqu'on apprend le destin d'un autre associé de Reece (Brian Donlevy), qui a souhaité après une vie entière à tenter de faire régner la loi, prendre un peu de bon temps, mais dans une bagarre a tué un de ses amis, et s'est pendu ensuite. On n'échappe pas à son destin? Harris a donc trouvé le sien, car il finira cow-boy, comme Reece.
Si on veut trouver quel est le film qui symbolise le mieux la cristallisation de ce qu'était le libéralisme à la sauce Reaganienne, oubliez ce pauvre Wall Street d'Oliver Stone, mélodrame dont la bassesse peine à cacher la vacuité. Non, pour moi, la meilleure façon de représenter les excès boursicoteurs des années 80, c'est cette comédie. Et pour commencer, je pense que si John Landis, qui connaît bien l'histoire de la comédie, et qui fait rarement les choses au hasard, a confié à deux vieilles gloires de la screwball comedy, Don Ameche et Ralph Bellamy, des rôles si importants que ceux des deux abominables frères Duke, c'est tout sauf un hasard: son film se situe dans la droite ligne du genre, tendance Preston Sturges. ...Mais à la façon de John Landis, un réalisateur qui n'oublie jamais de vouloir d'abord et avant tout rester un iconoclaste, un punk de la caméra, un trublion, qui préfère soigner ses effets et ses gags, plutôt que de faire de l'art. Bref, Trading places est un film efficace, qui énonce clairement son intrigue avant de déclencher un feu d'artifices loufoque...
Et il y a de l'exagération, bien sur: les deux frères Duke (Ameche et Bellamy), à Philadelphie, règnent sans partage sur la spéculation, un art dans lequel ils sont passés maîtres. Côté face, ils ont pignon sur rue, avec un cabinet dirigé d'une main sure par Louis Winthorpe III (Dan Aykroyd), un quasi clone des deux frères, qui est à leurs ordres, et qui vit dans une maison qui leur appartient. Côté pile, ils manoeuvrent en douce et pratiquent le délit d'initiés avec un talent rare. Mais les deux frères ne s'entendent pas sur tout: Mortimer (Ameche) est persuadé que l'homme est doté par la nature de talents, et que suivez mon regard, si Louis est si doué c'est parce qu'il est blanc. Randolph (Bellamy) de son côté reste persuadé que c'est le milieu qui fait tout. Ils décident de faire un pari: trouver un prétexte pour virer et dégrader Louis Winthorpe, le renvoyer dans la rue, et le remplacer par un voyou de la pire espèce, un raté, si possible noir: Billy Ray Valentine (Eddie Murphy)... Si ce dernier s'en tire, c'est que Randolph a raison, si en revanche Louis réussit à remonter la pente, c'est Mortimer qui a raison...
Le film va donc suivre les aventures cocasses de Louis déchu, trouvant refuge auprès d'une prostituée au grand coeur (Jamie Lee Curtis), pendant que Billy Ray va très vite fort bien s'adapter à son nouvel environnement. Mais l'intérêt du flm redouble au moment où les deux "cobayes" vont unir leurs forces contre leurs manipulateurs...
L'esprit satirique de Landis ne le pousse en rien à accomplir un film militant, au contraire. La vengeance de louis Winthorpe et Billy Ray Valentine s'effectuera avec les propres armes des deux frères Duke, mais au moins, le metteur en scène va tout faire pour mettre le public du bon côté, c'est à dire contre la noblesse d'argent de l'est, ces abominables riches, que nous voyons vivre entre eux dans leurs clubs (Des scènes probablement tournées dans un club quelconque, ce qui est assez amusant en soi), et dont les occupations principales sont d'exercer un métier sans aucune justification morale, d'avoir des discussions sur ce qui se fait ou ne se fait pas qui débouchent le plus souvent sur des propos racistes, et bien sur la manipulation des masses. Et les deux grains de sable seront une prostituée (Jamie Lee Curtis est bien sur excellente, mais ça allait de soi) et un noir, joué avec inventivité, et une certaine forme de génie dans l'excès par Eddie Murphy.
Et il y a un gag lamentable avec un gorille. Ou deux. bref, on rigole.
Avec un titre pareil, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre, mais la date, et la présence de Ruth Chatterton au générique devraient quand même nous mettre la puce à l'oreille... Non, ce film ne conte en rien un accident de voiture! C'est plutôt un mélodrame sentimental sur fond de... crise économique. Il raconte en effet les atermoiements d'un couple que l'argent, ou plutôt son manque, a conduit à l'impasse: incapable d'assumer leur amour, ils attendent un divorce qui restera hypothétique tant que l'un et l'autre refusent de faire le premier pas de peur de blesser l'autre...
La mise en scène est, selon la formule consacrée, élégante, il me semble que c'est ce que l'on dit à chaque fois que Dieterle est dans le coup... N'empêche qu'il n'y a rien qui distingue profondément ce film ennuyeux (Bien que n'atteignant pas une heure) des autres films avec Ruth Chatterton, quel qu'en ait été le metteur en scène. pire: son sujet (Le drame des nantis) le destine à la poubelle. Bon, ni Chatterton, ni son inévitable comparse George Brent ne sont en cause, mais au moins, le splendide Female, réalisé l'année suivante par un conglomérat fabuleux (Commencé par Curtiz, fini par Dieterle, à moins que ce ne soit le contraire), avait au moins l'avantage d'être sardonique et provocateur.
Un film écrit par John Cleese, avec lui-même, Jamie Lee Curtis, Kevin Kline, Michael Palin, Mary Aitken, et qui est probablement un sommet de la comédie de tous les temps... Mais assez parlé de A fish called Wanda, et reconnaissons à ce film écrit par John Cleese, avec lui-même, Jamie Lee Curtis, Kevin Kline, Michael Palin, Mary Aitken, qui n'est certainement un des sommets de la comédie, que l'équipe, d'une part, a eu le courage de ne pas se limiter à l'évidente tentation de créer une suite à l'énorme succès de Wanda, et d'avoir dépensé une belle énergie... Pour pas forcément grand chose, ça c'est sûr.
On retrouve pourtant beaucoup d'ingrédients qui auraient du faire un bon film: les acteurs pour commencer dont on sait à quel point ils fonctionnent bien ensemble; les obsessions de Cleese pour les animaux, le volontarisme de Palin pour assumer les textes les plus horripilants, l'absurde de l'exagération (Jamais d'absurde gratuit chez Cleese, dans les Monty Python, c'était le terrain de jeu de Terry Jones et Michael Palin), et même une série d'allusions bien placées: "It's only a flesh wound", "Beautiful plumage" d'une part, les connaisseurs apprécieront; et à un moment, Rollo (Cleese) appelle Willa (Curtis) "Wanda"...
Mais rien n'y fait: le script s'enlise en dépit du volontarisme sus-mentionné. Reste, dans cette histoire de zoo dont les employés s'attaquent à la haute finance qui les gouverne, quelques jolis moments de comédie, basée sur des gags parfois bien ficelés... et parfois sur des pets intempestifs, lâchés par un Kevin Kline qui a quand même tendance à en faire, disons, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Je parle de ses excès d'acteur, bien sur, pas de ses conséquences sonores d'une digestion mal assumée. Une occasion manquée? Un proverbe anglais nous assure que "lightning never strikes the same place twice"...