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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 16:40

Dans les années 30, durant l'occupation Japonaise de la Corée, Sook-Hee, une jeune servante locale (Kim Tae-ri) est employée pour être la femme de chambre d'une jeune héritière Japonaise (Kim Min-Hee), orpheline et couvée par son vieil oncle qui envisage de se marier avec elle. Elle devient très vite sa confidente, et lui est clairement indispensable. Elle assiste à l'arrivée d'un noble Japonais, le comte Fujiwara (Ha Jung-Hoo), qui envisage lui aussi de demander la main de la jeune femme.

Sauf que...

Ce n'est pas la première fois que Sook-Hee rencontre le "comte", qui n'est en réalité ni noble ni Japonais. Il s'agit d'un aventurier, sans aucun scrupule, qui a engagé Sook-Hee pour manipuler l'héritière et faire main basse sur sa fortune. Mais Sook-Hee a de plus en plus de scrupules, car à force de fréquenter au quotidien sa maîtresse, elle en est tombée amoureuse. 

Sauf que...

On pourrait continuer comme ça longtemps, à montrer les tournants, coups de théâtres et autres digressions. C'est d'ailleurs ce que fait très bien le film, qui joue avec nos acquis sur le film, et notre perception des personnages, en permanence. Un peu à la façon dont Denis Villeneuve ouvre ses films de l'intérieur en jouant sur la chronologie, il multiplie les décrochages temporels, qui replacent les mouvements déjà aperçus des personnages dans un contexte différent, et le fait en maintenant en permanence son cap: faire un film qui explore avec un certain esprit satirique la Corée sous la botte, sous l'angle des profiteurs que sont les escrocs du genre du "comte"...

Il s'agit aussi de retracer une anecdote du passé dans ses moindres détails, un domaine dans lequel il excelle: le sens du détail du cinéaste laisse pantois, ainsi que son montage inventif et qui joue en permanence sur les pleins et les déliés, alternant non seulement lenteur et rapidité, mais aussi mobilité et immobilité; Il explore aussi une histoire d'amour entre deux femmes, située dans un monde patriarcal, peuplé d'hommes tous plus dégoûtants les uns que les autres...

Au final, un film maîtrisé dans ses moindres détails, superbe de bout en bout, osé bien sur, mais aussi drôle. Qui ne demande qu'à être revu.

Donc on le reverra...

 

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Published by François Massarelli - dans Park Chan-Wook
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 17:49

Il a tout fait, tout tenté, tout expérimenté... Il y a même eu une époque durant laquelle ça devenait presque un argument publicitaire, à faire valoir auprès des studios: "Soderbergh, sait tout faire, le fait vite et bien"... Mais ça n'a pas tenu, et pour cause: il y a eu tout, et puis il y a parfois eu n'importe quoi: Full Frontal, l'intrigant film bardé de principes érigés en barbelés autour du projet, qui ont tout simplement rendu le visionnage désagréable et le film inutile; The Good German, parodie nullissime de Casablanca, ou encore The girlfriend experience, le film dans lequel on a l'impression que rien ne se passe. Mais Soderbergh a pourtant beaucoup donné aussi, entre l'ambitieux Che, le magnifique Traffic, ou la luxueuse trilogie Ocean's 11, 12, 13

C'est au milieu de sa décennie la plus féconde que l'on trouve cette expérience unique en son genre, sorte de film amateur, tourné avec un budget ridicule, par des acteurs non-professionnels, chez eux, et qui emprunte deux sentiers inattendus: d'une part, c'est un film social, un peu à la manière dont tant de metteurs en scène des années 30 ont expérimenté le réalisme poétique en Europe (Menschen am Sonntag, par exemple), donc on y verra la classe ouvrière Américaine sur son lieu de vie et son lieu de travail; d'autre part, Bubble emprunte à un genre iconique entre tous, le film policier.

Kyle (Dustin James Ashley) et Martha (Debbie Doebereiner) sont collègues de travail, dans une petite usine qui fabrique des poupées. Leur routine est immuable: Martha, une femme d'âge moyen, passe prendre le jeune homme à sa caravane, où il vit avec sa mère, puis l'amène au travail. Ils mangent ensemble le midi, puis le soir elle le ramène chez lui, avant de rejoindre son propre père qui est invalide et qui vit avec elle. Ils parent nu peu, de tout et surtout de rien; et comme Kyle a un autre boulot car les temps sont durs, il n'a pas le temps de penser à la bagatelle... Arrive Rose (Misty Dawn Wilkins), qui vient gonfler l'effectif de l'entreprise, et qui est accueillie très vite par les deux amis. Kyle est tout de suite attiré par la jeune femme, ce qui ennuie Martha... D'autant que Rose, mère célibataire d'une petite fille, Jesse, est exigeante et envahissante selon elle... Un matin, alors que Kyle et Rose sont sortis la veille, on retrouve la jeune femme étranglée. Trois suspects: Kyle, qui est sorti avec elle, mais l'a raccompagnée assez tôt; le père de Jesse qui est venu faire un esclandre chez elle sous le prétexte de lui emprunter de l'argent, et Martha qui a joué les baby-sitters d'un soir, et a assisté à la bagarre entre les deux parents...

Les acteurs, sans doute afin de pallier à leur manque d'assurance, ont été priés de ne pas manifester la moindre émotion, ce qui est assez déstabilisant... Le montage (dû comme d'habitude à la fidèle Mary Ann Bernard qui est tellement habituée à travailler avec Soderbergh qu'on a l'impression qu'ils ne font qu'un) fonctionne justement dans l'idée de pallier à ce manque d'émotion, en privilégiant des plans courts et dénués de drame. On est souvent à distance des non-acteurs, qui devisent parfois sur leur quotidien, avec naturalisme, mais sans misérabilisme. Et comme on n'est pas chez Pialat, ils le font sobrement... Le jeu dédramatise, mais le montage et la mise en scène font très bien le boulot. 

C'est peut-être l'un des films les moins chers au monde! Peter Andrews, le chef-opérateur attitré de Soderbergh (Qui ne lui coûte presque rien, paraît-il), a travaillé en vidéo numérique légère et a travaillé le cadre en fonction des lieux, toujours à l'économie, dans des plans qui bougent peu, mais sont autant de vignettes du quotidien... Pas de glamour donc, mais une impression de tangibilité poignante... Qui a ses limites, j'en conviens! Disons, qu'au moins, contrairement à Bruno Dumont, aucun mépris n'est présent à l'égard des gens qui sont filmés non pour leur médiocrité, mais pour leur humanité. Et Debbie Doebereiner fait un travail remarquable.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 13:23

Prenons un peu de hauteur...
Situé dans le riant milieu si fortement intellectuel de l'université Américaine, ce petit exercice de style en subtilité est le troisième long métrage de John Landis, et un jalon essentiel, quintessentiel même, de la comédie Américaine. C'est aussi le premier film réellement notable de tout un genre, fait de riantes blagues du meilleur goût, diverses saillies drolatiques, et comportements poétiques liés à toutes les fonctions humaines, sans parler de la franchise souvent rafraîchissante et désarmante de son langage, de ses situations.

Bref, ça rape, ça pique, ça ne fait pas dans la dentelle, et il y a ici moult occasions d'exhiber l'obsession sexuelle de l'étudiant moyen, d'y voir l'université comme un endroit de haute lutte, pour boire, tricher, faire du sexe, prendre forces drogues qui carboniseront tout reste de poésie dans le cerveau des uns et des autres, faire du sexe, reboire, et taper sur les autres fraternités: vous savez, ces maisons organisés en loge, où vivent les étudiants en auto-gestion, et qui sont toutes officiellement différentes les unes des autres, même si ça revient toujours au même: fête, boisson, sexe.

Le film ressemble donc à sa caricature: des jeunes arrivent à l'université, se font accepter ou non dans une "fraternité", et sont ensuite en concurrence avec les autres fraternités, se font des blagues, tout en essayant de contrer les tentatives de l'administration (qui souffre de l'humeur quelque peu blagueuse des impétrants, cela va sans dire) de fermer leur maison.

Et il y aura moult beuveries, coucheries et autres occasions de se distinguer.

Ca ne vole donc pas très haut...

Mais c'est totalement assumé par Landis, qui assumera d'ailleurs tous ses films à 100%, que ce soit Trading places et sa comédie relevée, ou An American Werewolf in London, ou The Blues Brothers. Chez lui, se dédier corps et âme au ton choisi pour faire un film est une affaire de principe, donc si on cherche la meilleure comédie idiote et décérébrée de tous les temps, ne cherchez pas plus loin...

Et en plus, il y a John Belushi.

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Published by François Massarelli - dans Comédie John Landis
30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 14:17

Tout commence par un prologue superflu, qui va orienter le film dans une mauvaise direction: on s'attend à une variation sur The graduate, de Mike Nichols, puisque le prologue nous raconte comment à Pasadena dans les années 60, une affaire de coucheries entre une dame de la bonne société et un camarade de sa fille aurait influencé l'auteur du futur best-seller de Charles Webb, lui-même un camarade de lycée des deux jeunes... Et la fille aurait ensuite fui avec le jeune homme, pour un dernier week-end de folie, peu de temps avant de se marier... avec un autre. Ouf!

Mais l'histoire ne commence vraiment qu'en 1997, lorsque Sarah (Jennifer Aniston), le produit du mariage en question, revient à Pasadena pour le mariage de sa soeur, en compagnie de son petit ami Jeff (Mark Ruffalo). Elle a des doutes sur l'opportunité de se marier avec ce dernier, doutes qu'elle n'a pas encore exprimés de façon définitive, mais elle pense trouver dans le mariage de sa soeur des réponses à ses interrogations...

Elle va surtout, au contraire, trouver de plus embarrassantes interrogations: elle apprend l'histoire du prologue, que nous conaissons déjà, et commence à se demander si elle est bien la fille de son père, ou...

C'est, en dépit du côté délirant de ce qui précède, d'une grande sagesse. Le défaut de tous les films de Reiner depuis belle lurette, en fait: il assure le strict minimum, fait bien son travail, mais ne va pas plus loin. les acteurs sot parfois bons (Aniston), très bons, (Richard Jenkins, en père apparemment dépassé par les événements), voire excellents (Kevin Costner en incorrigible séducteur, Shirley McLaine en grand-mère politiquement incorrecte), mais il n'y a pas là de quoi se relever la nuit...

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Published by François Massarelli - dans Rob Reiner Comédie
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 16:23

Un homme désespéré d'avoir perdu la femme de sa vie, une mort dont il peut plus ou moins s'accuser, rencontre quelques temps après les faits un sosie de son épouse disparue, et tombe bien sûr amoureux... Ca rappelle forcément des souvenirs, et le fait que la musique de ce film soit signée de Bernard Herrmann n'arrange rien à la confusion entretenue par De Palma. Celui-ci avait déjà largement repris des thèmes de Psycho dans Sisters, dont la musique était aussi signée par Herrmann. La première partie est, contrairement à Vertigo, très courte: en 1959, la vie de Michael Courtland (Cliff Robertson) est un conte de fées, mais il perd tout lorsque son épouse et sa fille sont enlevées. La police le persuade de ne pas livrer la rançon, afin de garder le dessus sur les ravisseurs, et lorsque les bandits constatent qu'ils se sont faits avoir, ils s'enfuient. leur voiture explose lors d'un accident, et aucun des corps ne sera retrouvé...

Quinze années plus tard, Robertson accompagne son associé Robert Lasalle (John Lithgow) à Florence, et rencontre une jeune restauratrice d'art dans une église; Sandra (Geneviève Bujold) est le portrait craché de son épouse Elizabeth. Il la courtise, l'emmène dîner, puis... se décide à l'épouser. Pour ce faire, il revient à New Orleans avec elle. Une fois arrivée dans sa grande maison hantée par le souvenir permanent d'Elizabeth et Amy, Sandra semble perdre pied avec la réalité, exactement comme si en plus de plagier Vertigo, De Palma se mettait à loucher avec insistance sur Rebecca...

L'intrigue, bien sur, est gonflée, on n'y croit pas une seconde. Ce qui rappelle qu'il y a toujours un élément vaguement camp chez De Palma... Ce qui l'intéresse ici, c'est de manipuler le spectateur devant la manipulation dont est (bien entendu) victime le héros. Et de lui donner des indices dans tous les sens, en cadrant juste ce qu'il faut cadrer. Le film n'a pas été au bout de ses audaces, dans la mesure ou du début à la fin il y a des soupçons d'inceste: une scène posait problème, et a été traitée en rêve. Sinon, le metteur en scène a recours à la psychanalyse, bien sur, comme il sait si bien faire, et on constatera qu'il utilise souvent Herrmann en complément dramatique: certaines scènes, privées de musique, seraient anodines. Elles en deviennent intéressantes... C'est le génie.

Celui de Herrmann, bien sur. De Palma n'est qu'un plagiaire sans aucun intérêt, ni le moindre talent, si ce n'est celui d'être un perroquet, et son film ne vaut pas tripette. Il y accumule les clichés Hitchcockiens, et on retrouve comme chez Truffaut cet étrange impression d'assister à un brouillon de film plutôt qu'un produit fini.

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Published by François Massarelli - dans Noir
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 13:17

 

Dans les adaptations de Stephen King, Stand by me, Misery et The Shining ont une place particulière, à cause de l'évidente présence écrasante de l'auteur. Crise d'inspiration, angoisse personnelle face aux dérives et aux démons intérieurs dans The Shining, l'auteur littéralement prisonnier de son succès et dépendance à l'héroïne pour Misery, les clés qui rattachent ces oeuvres à l'écrivain Stephen King sont nombreuses. The Body est un roman court (ou une grosse nouvelle) paru en 1982, qui renvoie au souvenir d'enfance d'un écrivain à succès, qui vient d'être confronté à la nouvelle du décès d'un ami qu'il n'a pas revu depuis longtemps, et le titre, même totalement approprié, posait problème en raison de l'équivoque interprétation qu'on pouvait en faire. C'est pourquoi on a eu l'idée de Stand by me... Passons.

King tenait Kubrick en bien piètre estime, estimant qu'il avait sans doute trahi son livre The shining... Comme d'habitude, l'écrivain se croyait également l'auteur des films adaptés de son oeuvre! Par contre, il n'a eu que des louanges à l'égard de Reiner, dont il estimait qu'il avait lui su adapter sans jamais trahir, que ce soit pour ce film ou pour Misery... Et il a raison sur un point: Stand by me est un sacrément bon film!

Eté 1959: quatre ados vont partir à pieds dans un périple qui n'est qu'un prétexte, car l'un d'entre eux a entendu son grand frère raconter à un copain qu'il a découvert le corps inanimé d'un jeune garçon qui est recherché par tout le conté. Ils ont décidé de partir à la recherche du corps, afin de se couvrir de gloire en le ramenant... Mais le grand frère et ses copains, pas vraiment des tendres, vont se mettre en quête aussi, en voiture par contre... Les quatre garçons de douze ans, qui s'apprêtent à intégrer le collège (Et de fait à se séparer), sont Chris Chambers (River Phoenix), un jeune garçon brillant, mais qui vit dans une famille pauvre, et sujette à la tentation de la délinquance; Teddy Duchamp (Corey Feldman), un gamin à leur de peau, qui a du mal à grandir, et qui souffre en particulier de la réputation de son père, considéré comme fou, et ce ne serait pas forcément loin de la vérité; Vern Tessio (Jerry O'Connell), un gamin un peu lent, et un peu trop enveloppé, qui est parfois le souffre-douleur un peu facile de ses copains; enfin, Gordie Lachance (Wil Wheaton), un enfant brillant mais solitaire, qui a le malheur de ne pas ressembler suffisamment à son frère décédé Denny, qui était lui un sportif connu de tous; son père, en particulier, lui en veut d'être celui de ses deux enfants qui a survécu... Alors il écrit, beaucoup, et en particulier développe des nouvelles cocasses ou étranges, dont il raconte parfois des extraits à ses copains...

La virée prend deux jours, et bien sur il va y avoir du pittoresque, des moments de peur un peu forcés, car l'un des intérêts de cette promenade dans l'Oregon est précisément de se donner l'impression de vivre une grande aventure... Et il y aura des menaces, même si peu sont vraiment graves: le propriétaire d'une case et son chien à la réputation terrifiante, qui s'avère être un toutou relativement accommodant; des trains qui passent, ce qui est embêtant quand on suit la voie ferrée et qu'on est sur un pont étroit; des sangsues, qui s'attaquent à un endroit particulièrement embarrassant; et puis, bien sur, les grands frères, bande de malfrats mal dégrossis, qui s'occupent en donnant des coups de batte de base-ball sur les boîtes aux lettres et qui prennent assez mal le fait d'avoir été devancés auprès du corps du jeune garçon par les petits. Mais aucune de ces menaces ne changera rien au fait que le voyage initiatique que s'imposent les garçons est surtout pour eux la dernière occasion de rester ensemble, avant que la vie ne les sépare. Et cette promenade va être celle durant laquelle ils vont beaucoup échanger, sur leurs frustrations, leurs craintes pour l'avenir, et pourquoi pas tester leur amitié...

Le "corps", celui dont ils veulent s'emparer les premiers afin de briller un peu dans le ronron quotidien de la petite localité, devient leur planche de salut, un petit Graal qui va les aider à se faire accepter, et à s'accepter eux-mêmes. il est aussi une fin annoncée de l'histoire, un prétexte donc à raconter quelques chose, car comme le dit Gordie, "un jour, je raconterai cette histoire... si je n'ai pas d'autre idée!". Mais l'idée est trop bonne pour ne pas le faire. On notera donc que King s'est bien sur mis en scène en la personne de Gordie, mais qu'il n'a pas oublié de donner à son jeune écrivain un auditoire parfois critique, comme Annie Wilkes sait si bien l'être dans Misery: Teddy désapprouve la fin d'une histoire que Gordie raconte mais lui suggère une autre fin!

Reiner a parfaitement choisi ses jeunes acteurs, et capture à merveille la douceur Américaine de vivre de ces années 50, et l'insupportable mal-être de ces quatre jeunes hommes coincés entre deux mondes inconciliables: les trente glorieuses, et la classe ouvrière Américaine... 

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Published by François Massarelli - dans Rob Reiner Stephen King
26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 13:59

Barry Sonnenfeld n'est pas Billy Wilder. C'est une évidence, mais il ne faudrait pas non plus passer à coté de lui: le metteur en scène, qui était au départ un talentueux directeur de la photographie, a un style, une obsession même, celle de réaliser des scènes qui renvoient à la comédie pure, celle de la juxtaposition burlesque. Il a non seulement expérimenté à peu près tous les styles actuels de comédie en y injectant son grain de sel personnel, mais il a aussi su créer une franchise qui allie grosse artillerie et humour visuel loufoque, en obtenant le succès par dessus le marché, et créé (entre autres) une série fabuleuse qui est hélas passée à la trappe des télévisions pour cause d'originalité, Pushing daisies. Autant de raisons pour aller fouiller parmi les recoins d'une filmographies en grand danger de devenir une simple TVgraphie...

For love or money est un film qui renvoie partiellement à The apartment, sans qu'on sache vraiment si c'est volontaire: Doug (Michael J. Fox) est le concierge du Bradbury, un hôtel de luxe, et il est très populaire auprès des clients: et pour cause! Il leur fournit ce dont ils ont besoin, en permanence, et il n'oublie jamais rien ni personne... Mais en dépit de son succès professionnel, Doug a des rêves: d'une part,il désire se lancer dans un projet de rénovation d'un bâtiment pour en faire un hôtel de rêve, à Manhattan; d'autre part, il souhaite séduire une employée de l'hôtel, Andy (Gabrielle Anwar)... Ce qu'il ne sait pas, c'est que les deux rêves vont se mélanger l'un et l'autre, de façon inattendue: il trouve un partenaire idéal pour son projet, en la personne d'un milliardaire britannique et pompeux, mais apprend très vite que cet homme, richissime, marié et père de famille, est l'amant d'Andy... Pire: il doit souvent subir l'humiliation d'occuper la maîtresse de son futur associé, et lui mentir pour excuser l'absence de son amant; comme il souhaite que son plan aboutisse, Doug va donc s'exécuter, mais pour combien de temps?

Ceci est le troisième film, et l'un des plus obscurs, de Sonnenfeld. Coincé entre les deux cartons successifs de Addams Family et Addams Family values d'une part, et les succès confirmés de ses deux films suivants, Get Shorty et Meninblack d'autre part, il est tout bonnement oublié. C'est dommage, même si on comprend un peu le désamour du public, devant un film qui tient beaucoup de la comédie romantique traditionnelle, sans la touche particulière, mélange de burlesque visuel et de comédie froide, qu'on associe le plus souvent au réalisateur. Non qu'il n'y ait de gags visuels, loin de là, mais c'est toujours relégué à l'arrière-plan. Et si le film reste difficilement plus qu'un agréable divertissement, le metteur en scène s'est ingénié à placer des petites idées saugrenues à l'arrière du champ.

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Published by François Massarelli - dans Barry Sonnenfeld
23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 14:26

Quand Harry (Billy Crystal) a rencontré Sally (Meg Ryan)... il ne s'est pourtant pas passé grand chose. Trop d'agressivité chez des ados à peine sortis de l'université, et qui campaient fermement sur des positions tranchées vis-à-vis des rapports hommes-femmes. Ce n'est qu'au bout de quelques années, de quelques rencontres l'un avec l'autre, qu'ils ont dévelopé une vraie amitié, qui débouche irrémédiablement sur un grand nombre d'interrogations: se sont-ils rendus compte qu'ils étaint faits l'un pour l'autre? Quand succomberont-ils? Pourquoi s'acharnent-ils à tenter de se placer avec d'autres? Et que se passera-t-il quand... ?

Le classiscisme assumé de cette comédie maline est sans doute du à son parfait équilibre entre la comédie à point de vue, typique de Woody Allen (Annie Hall, Manhattan) et la comédie romantique classique. Rob Reiner oblige, réalisateur au non-style revendiqué, le film penche plutôt vers cette sage mais efficace caractéristique, et fait désormais office de grand ancêtre pour un grand nombre de comédies romantiques, dont peu lui arrivent en plus à la cheville! Un jeu s'effectue avec le public, qui suit les pérégrinations romantiques de deux personnages en sachant bien qu'à un moment ou à une autre, ils iront dans les bras l'un de l'autre... le sel du film provient donc de l'habile dosage, de l'abattage des comédies, du savant suspense qui consiste à ne pas lâcher du lest trop vite, des clins d'oeil aux changements d'époques qui passent, bien sur, par les coupes de cheveux et la mode. Et puis il y a LA scène mythique, plus un clin d'oeil bien assumé à un film mythique, dans lequel, comme au début de When Harry met Sally, on assiste à la naissance d'a beautiful friendship....

Il y a finalement pas mal d'éléments qui relient ce film avec une autre comédie romantique de Reiner, The American president. Celle-ci reste malgré tout supérieure en tous points, de par sa légèreté, sa liberté de ton, par les personnages aussi. Je référais à Woody Allen tout à l'heure: ses films me laissent pourtant froid (Pour parler avec tact), en raison de la trop grande liberté laissée aux comédiens. Ici, le juste milieu a été atteint, les dialogues sont vifs, percutants, drôles, les personnages touchants, et le film accomplit une sorte de miracle, en manipulant toutefois un brin son spectateur, par le biais de tous ces couples qui apparaissent pour ponctuer l'évolution de l'intrigue: des couples âgés, qui nous racontent quelques détails sur leur histoire commune. Des vrais, des faux peu importe: ils sont adorables.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Rob Reiner
22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 17:08

On va essayer de faire abstraction du fait que désormais l'expression du titre désigne forcément beaucoup plus une vermine fasciste irresponsable qu'un type foncièrement sympathique, et rappeler ceci: comme beaucoup de films, finalement, The American president n'a rien de politique mais utilise le pouvoir magique de la fiction pour créer un président Américain imaginaire, sans aucun message autre qu'une jolie histoire... Ce n'est pas la première fois qu'on imagine un président, rappelez-vous la fable Gabriel over de White House de La Cava, sorti en 1932... Suivi par des dizaines d'autres. 

Andrew Shepherd (Michael Douglas) est un président Démocrate élu par malheur, sur la sympathie qu'avait engendré dans l'opinion le décès inopiné de son épouse peu de temps avant l'échéance. Le maintien de sa popularité tient largement à la continuation de ce capital sympathie engendré dans la pitié. Et il sait que c'est bien fragile donc il hésite à se lancer dans des réformes qui pourraient faire trop de vagues. Symboliquement, il a renoncé depuis belle lurette à la plus controversée de ses promesses de campagnes: une législation sur les armes qui viendrait contrer les effets dévastateurs du deuxième amendement à la constitution. En lieu et place, il s'apprête à mettre la dernière main à une réforme anti-criminalité tiède, mais consensuelle et sans risque. C'est à ce stade qu'une association de militants de l'environnement lui envoie dans les pattes une lobbyiste hors pair, qui a pour mission de lui faire accepter une réforme écologique difficile...Sydney Elle Wade (Annette Bening) ne sait pas qu'une fois qu'elle aura mis les pieds à la Maison Blanche, l'histoire d'amour qui va les unir ne les lâchera plus.

Qu'importe la politique, après tout: Michael Douglas joue à la fois de son charme naturel (et d'âge moyen) et d'une certaine dose de mystère bienvenue pour interpréter son président qui sait qu'il est en sursis: tant qu'il sera "le pauvre veuf", il restera président. Après... ce sera une autre paire de manches. Il sait que l'un de ses opposants, le sénateur Républicain Bob Rumson (Richard Dreyfuss) se tient prêt à se lancer dans une campagne électorale qui ne fera pas de quartier. En même temps, l'histoire d'amour entre deux personnages plus si jeunes, joue à fond la carte du romantisme échevelé, et Annette Bening est fantastique en scoute du lobbying qui se fait surprendre par l'irrésistible attrait des sentiments. On évoque Capra, bien sur, dans une scène en forme de clin d'oeil. C'est tout sauf un hasard, même si Rob Reiner, comme il l'a toujours revendiqué, fait "juste son travail"... Mais le fait décidément (Stand by me, When Harry met Sally, The princess bride, Misery) très bien... On admettra que si la situation de base du film est inhabituelle, la construction de ce film qui se résoudra dans une prise de position digne assortie d'un discours bien senti, débouche sur une batterie d'émotions conventionnelles. Oui, mais bon: Annette Bening et Michael Douglas, quand même.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Rob Reiner
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 20:22

Ce long métrage est entièrement taillé sur mesure pour l'énormité de John Barrymore, qui ne s'en est jamais vraiment remis, et c'est le premier Jekyll important. Il ressemble à une démonstration du savoir-faire de la Paramount en matière d'ambiances et de mise en valeur des images. L'histoire est aussi un prétexte intéressant pour une descente aux enfers de l'humanité, ce dont Robertson ne se prive absolument pas... Le film aurait pu être bien anodin, s'il n'y avait eu la volonté affichée de traiter le sujet de manière appropriée: en rendant une vision aussi valide que possible de l'Angleterre Victorienne dont cette intrigue est imprégnée de façon inextricable, en tournant l'essentiel du film en scènes nocturnes, en prenant son temps, et en laissant le grand acteur faire le boulot comme il l'entendait...

Donc Barrymore est bien le Docteur Jekyll qui poussé par son entourage et sa vanité, a voulu isoler le bien du mal et a tenté de faire des allers retours entre les deux. Il me semble que le personnage de Lord Carew, le père de la fiancée du Docteur, doit beaucoup à Oscar Wilde, plus qu'à Stevenson, et en faisant le tentateur qui ne se mouille pas, il a le même rôle dans le film qu'avait Lord Henry Wotton dans The picture of Dorian Gray. Mais le mal et la descente aux enfers, si palpables et si réels, sont filmés avec un naturalisme qui est finalement bien rare dans le cinéma fantastique Américain. Même les adaptations futures en seront bien dépourvues... Et il y a Nita Naldi, la vamp qui incarne la séduction du mal. elle est grandiloquente, mais elle sied si bien à l'intrigue, tranchant avec l'hypocrisie ambiante par son allure de femme fatale...

N'empêche, elle finit bien tristement, l'histoire du gars qui avait voulu se transformer en un autre pour évaluer la part de mal qui est en chacun de nous. Un jour, j'aimerais, rien qu'une fois, voir un Jekyll qui se termine par le triomphe du mal. Rien que pour rigoler... Quant à Barrymore, il a tellement aimé se déguiser (Et incarner un Hyde sautillant qui a beaucoup fait rire Laurel, tant et si bien qu'il l'a parodié en 1925 dans le film idiot mais superbe Dr Pyckle and Mr Pryde) en monstre, qu'il s'est souvent ménagé dans ses futurs films des apparitions horrifiques pour y retourner.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 **