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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 16:45

Si les trois films précédents d'Almodovar représentent à bien des égards un passage progressif du mélo à la comédie, en enchaînant les figures et les variations, Attache-moi doit beaucoup à des genres qui furent réputés mineurs, et qui sont omniprésents par les références (une affiche de Invasion of the body snatchers, de Don Siegel, un extrait de Night of the living dead de George Romero visionné à la télévision par Victoria Abril), par le film dans le film qui est une variation sur les films d'horreur de série Z, par le suspense et, mais oui, les scènes d'action impliquant notamment Antonio Banderas et Rossy de Palma. De plus, le cinéaste a fait appel pour la musique de ce film à Ennio Morricone, qui s'est fait un plaisir de composer une bande-son truffée d'associations étranges, comme il en a toujours eu le secret. Bref, une série d'hommages au cinéma d'action, à suspense, mais qui débouchent sur une comédie, une étrange comédie sentimentale avec un vrai kidnapping dedans...

Ricky (Antonio Banderas) obtient le droit de sortir de l'institution psychiatrique ou il vient de passer un grand nombre d'années; son obsession, c'est de retrouver Marina (Victoria Abril) une actrice de porno avec laquelle il a passé une nuit mémorable. Il la kidnappe alors qu'elle rentre chez elle après avoir fini le tournage d'un long métrage "mainstream", son premier, en compagnie de Maximo (Francisco Rabal), un metteur en scène mourant qui tente de rendre hommage au film d'horreur. Le kidnappeur est déjà amoureux de sa victime, mais celle-ci va paradoxalement vite tomber sous son charme... 

Le ton est, finalement, assez léger, et Antonio Banderas qui a interprété jusqu'ici un terroriste moyen-oriental, un jeune violeur raté et homosexuel, un psychopathe homo fétichiste, et un fils de famille dépassé par les événements, trouve ici un rôle à sa (dé)mesure, et une partenaire avec laquelle faire les quatre-cents coups... On a beaucoup glosé sur l'authenticité présumée de leur joyeuse partie de jambes en l'air, je ne me risquerai pas sur ce terrain, bien que la scène fut réjouissante. Mais le film réussit l'impossible en nous attachant (sans jeu de mot) à ses personnages et leur improbable situation. L'amour du cinéma extrême, et de ses exagérations en série nous autorise à considérer cet étrange kidnapping comme une sorte de renaissance pour la pulpeuse Marina, rangée des pornos, mais toujours affublée d'une libido notable, et dont la fin de la toxicomanie l'a rendue sans doute soucieuse de trouver un nouveau sens à sa vie. Le choix de la référence à Don Siegel et son film prend alors du sens, avec cette histoire de corps qui volent les âmes, comparés à Marina qui souhaite elle que son âme et son corps soient sur la même longueur d'ondes, après un passage désastreux par l'héroïne. De plus, le film qu'elle tourne ne lui offrira symboliquement pas grand chose, tourné par un metteur en scène infirme, incomplet, et qui tourne pour ne pas mourir plus que pour s'exprimer...

Bref, si le film est bien un 'petit' Almodovar (Avec une fin qui vient trop facilement), une comédie certes délectable, on y trouvera sans doute suffisamment de fils rouges, et beaucoup de ces petits délices farfelus (Une chanson décalée, interprétée avec conviction, une fois de plus, et une fausse pub outrageusement hilarante), et de cette science de l'allusion et de la référence qui se poursuit avec rigueur jusqu'à nos jours dans l'oeuvre de Pedro Almodovar.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 17:07

Voici un film charnière dans la carrière d'Almodovar. Non seulement il va lui apporter enfin un succès international conséquent, et amplement mérité, non seulement ce film est la preuve que le raffinement et le soin apporté à ses scénarios ont permis au cinéaste de dépasser sa tendance au clinquant et à la provocation, sans pour autant perdre son humour, mais surtout ce film va consacrer une bonne fois pour toutes Almodovar comme un cinéaste de la femme: Ce film se concentre sur les affres d'un certain nombre de femmes, liées entre elles par un homme (Ivan), et d'autres billevesées, et passe avec une certaine dextérité du mélodrame, dans la droite lignée du film précédent La loi du désir, à la comédie de boulevard. une large portion du film se passe en effet dans un appartement, celui de l'héroïne Pepa (Carmen Maura), chez laquelle tous les protagonistes ou presque semblent s'être donnés rendez-vous; il décline les figures de la rupture, de la tromperie, du désespoir, avec une verve comique étourdissante, sans oublier d'ajouter... du gaspacho.

Pepa, une jeune actrice dont l'essentiel du travail est consacré au doublage et à la publicité, a une liaison avec son partenaire Ivan (Fernando Guillien); mais celui-ci la quitte pour une autre sans le lui dire. Au bout du rouleau, elle souhaite lui avouer qu'elle est enceinte, mais les choses vont se précipiter lorsque son amie Candela (Maria Barranco) vient se cacher de la police après avoir hébergé son petit ami terroriste, que le fils d'Ivan, Carlos (Antonio Banderas), vient par coïncidence visiter son appartement qu'elle envisage de sous-louer, en compagnie de sa petite amie Marisa (Rossy De Palma), et que l'épouse légitime d'Ivan, Lucia (Julietta Serrano), vient pour chercher querelle. il faut dire qu'elle sort d'un long séjour en hôpital psychiatrique, suite à sa rupture avec son mari... Voilà, j'ai tenté un résumé, c'est sans doute très insatisfaisant...

Le lien avec l'oeuvre déjà existante d'Almodovar tient en une série de motifs et d'anecdotes: les premières séances reprennent l'idée de la loi du désir, de faire vivre une partie du quotidien des protagonistes par le biais de séances de doublage; mais ici, le doublage d'un film (Johnny Guitar, de Nicholas Ray) est effectué en différé, par les deux acteurs séparément; une façon comme une autre d'indiquer la fin d'une histoire d'amour. Sinon, le mélange entre pathos et comédie, mélodrame et modernité (D'ailleurs relayé par le générique qui fait la part belle à l'imagerie de la mode féminine des premières années 60), renvoie à l'art du mixage façon Almodovar, qui n'a jamais été aussi fin qu'ici. Il y a aussi, comme dans Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier, une fausse publicité trash, avec Carmen Maura en mère de meurtrier, qui utilise la lessive ecce Omo pour nettoyer le sang et les viscères de ses chemises... Le lien entre les deux films est un renseignement intéressant, comme si Almodovar souhaitait signaler le début d'une renaissance personnelle, en revenant à son premier film. Symptomatiquement, le court métrage qui accompagne Etreintes brisées revient d'ailleurs à ce film-ci, et à son gaspacho plombé.

Mais l'un de ces motifs sert aussi le film lui-même, en introduisant la voix: c'est elle qui semble être le principal élément de séduction d'Ivan; Lucia revient à la raison en entendant la voix de son mari qui a doublé un film, c'est en effectuant des doublages que Ivan et Pepa ont commencé leur aventure, et Pepa reste dépendante du téléphone, l'instrument qui lui permet de communiquer avec Ivan; Mais Almodovar sait aussi donner dans la joie de la comédie, avec le fameux gaspacho, qui sert de fil rouge, truffé de somnifères, qui auront raison d'à peu près tous les personnages. La galerie de portraits déjantés autour de Pepa sert largement la comédie, mais l'argument principal, celui de Pepa et de la fin de sa liaison, reste un solide élément dramatique, propre à toutes les flamboyances du mélo; que ce soit Carmen Maura qui en soit chargée reste une excellente idée, elle sait y faire. Mais le film offre une véritable renaissance à la jeune héroïne, qui a quasiment détruit son appartement, et qui par sa confrontation avec Lucia, décidément folle, va trouver une sérénité inattendue. La fin d'ailleurs illustre sans ambiguïté l'idée que la vie serait sans doute meilleure sans les hommes, avec Rossy de Palma et Carmen Maura en conversation sur une jolie terrasse, tranquilles. Elles ont, l'une et l'autre, avancé...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 16:44

Hemingway reprochait à ce film adapté d'un roman qui lui tenait à coeur de s'éloigner de la réalité de la guerre, de ne pas s'y attarder. C'est sans doute vrai, on sait que Borzage n'aimait pas représenter la guerre, même s'il l'avait fait à plusieurs reprises, un peu (Humoresque, Lazybones, Seventh heaven, Lucky star), mais jamais en faisant de cette sacrée "grande guerre" le principal cadre d'un film. Avec celui-ci, c'est chose faite; mais le peintre de la marge qu'était Borzage a bien sur concentré ses efforts sur les personnages, soldats de l'arrière, infirmières, médecins... qui sont dans les coulisses du conflit. Celui-ci est à la fois omniprésent (Raids aériens, batailles dont on voit passer les blessés...) et constamment en retrait. de plus, Borzage, qui a tourné an Californie un film sensé se passer dans les Alpes Italiennes, s'est ingénié à tricher en permanence en représentant le conflit sous un angle symbolique, cette tendance culminant dans un montage muet admirable qui cède parfois à la tentation de s'inspirer des cadrages expressionnistes, et qui renvoie au souffle visuel admirable de ses grandes oeuvres de la fin du muet. Bref: Frank Borzage, sollicité par Paramount pour réaliser ce film de prestige, n'a pas fait les choses à moitié, et s'est entièrement approprié l'histoire, la situation et les personnages, et c'est tant mieux. Ce faisant, il retrouve son style et sa maîtrise de 1927-1929, et du même coup réalise un film essentiel, charnière, qui inaugure de la plus belle façon une nouvelle période d'indépendance de sa carrière, après le contrat Fox qui vient de se terminer...

Frederic Henry, un jeune étudiant architecte Américain engagé au coté des Italiens, et dont la fonction est de conduire une ambulance, fréquente beaucoup les bordels de l'arrière, voire les infirmières en compagnie de son copain le Major Rinaldi. Par le biais de celui-ci, il fait la connaissance de Catherine Barkley, une jeune infirmière Anglaise. Ils tombent amoureux, mais la hiérarchie militaire, méfiante à l'égard des idylles, les supérieures de l'infirmière, garantes de la morale, le major Rinaldi, qui n'a pas compris le sérieux de l'histoire d'amour, et finalement la guerre, vont s'acharner à les séparer...

Gary Cooper interprète le lieutenant, passant sans douleur de l'affreux séducteur sur de lui à un homme amoureux fou, qui va fuir ses responsabilités jusqu'à la désertion pour vivre son amour; face à lui, Helen Hayes se jette à corps perdu dans le drame. On sait à quel point Borzage avait besoin de croire en ce qu'il filmait, en jusqu'au-boutiste du mélodrame; nous en avons la démonstration, et l'actrice l'a suivi sur ce terrain. Enfin, troisième larron, qui joue un peu malgré lui les trouble-fêtes, le major Rinaldi est interprété par Adolphe Menjou. Hostile à l'aventure au départ, Rinaldi va se racheter au moment ou il découvrira la sincérité de l'amour des deux héros. Il est un peu la bonne fée tardive de ce film, permettant une ultime rencontre entre son ami et Catherine, au moment ou celle-ci meurt après avoir eu un enfant mort-né... Mais le film a d'autres références à Cendrillon, à commencer par cette rencontre inopinée, durant un raid aérien, entre un Gary Cooper saoul et armé de la chaussure d'une prostituée, et Helen Hayes pieds nus, et en chemise de nuit... 

Le changement de Frederic a lieu lors de la deuxième rencontre entre les deux héros. Ils se courtisent dans un premier temps dans les règles de l'art (Il souhait l'embrasser, elle refuse, puis après quelques minutes, lui demande de la faire), avant que le jeune homme ne brûle les étapes: il est clairement venu pour passer du bon temps, et la force; elle n'avait pas l'intention de coucher avec lui, mais elle l'aime déjà. La suite de la scène est sans ambiguités: il s'en veut de l'avoir brusquée, elle est sonnée, mais accepte son sort, car elle sait qu'ils sont désormais liés. De fait, si plus tard elle le soupçonne effectivement de vouloir la laisser de côté, lui revient blessé, dans une scène prise en caméra subjective (de la même façon que Dreyer filme de l'intérieur d'un cercueil la même année les rêveries de David -ou Allan- Gray dans Vampyr.), et il fixe le plafond décoré de peintures religieuses pendant la scène, jusqu'au moment ou Helen Hayes vient le voir, et l'embrasse. Cette séquence superbe et déroutante est le point de départ des retrouvailles du couple, qui va ensuite se marier comme on le fait dans les films de Frank Borzage: en contrebande. Un prêtre est venu visiter Frederic, en convalescence, et Catherine est là. Sans le leur demander, il prie, selon le rite de mariage Catholique, et les unit. Au fur et à mesure de la "cérémonie", Frederic désolé des circonstances rappelle à Catherine tout ce qui leur manque pour faire un vrai mariage, mais elle balaie toutes ses remarques: elle est heureuse.

Le sacrifice, c'est Catherine qui le fait; elle est enceinte, le sait, mais même après leur cérémonie symbolique de mariage, elle ne peut le lui annoncer, car elle ne veut pas qu'il se sente forcé par elle à rester avec elle. Elle l'assure en permanence qu'il n'est pas tenu de lui être fidèle tant qu'il n'en raconte rien, et il ne découvrira la vérité que trop tard: les circonstances les ont séparées, et Catherine est à l'hôpital pour y mourir... La dernière scène est connue, mais il est essentiel d'y passer, tant elle est cruciale autant pour le film que par rapport à l'oeuvre de Frank Borzage: Avec Frederic à son chevet qui vient enfin de la retrouver après une longue séparation, Catherine va mourir, c'est une évidence. elle le sent bien, et y fait même allusion, demandant à Frederic s'il l'aimera encore après sa mort. Elle panique soudain, a peur de mourir, et c'est désormais lui qui la rassure, la prend dans ses bras. Elle meurt après s'être calmée. Au dehors, les cloches sonnent, c'est l'armistice. Frederic prend le corps sans vie de Catherine dans ses bras, et la sort du lit, sa chemise de nuit comme une longue traine blanche. de dos, il s'adresse au ciel une dernière fois: "Peace"... (ou "please?", je ne sais pas!)  De Seventh Heaven et son miracle, on est passé à une vision pessimiste qui anticipe sur les fins admirables de deux futurs films, Three comrades et The mortal storm, un constat amer sur la sacrifice de la guerre, cette saleté. Les cloches de la paix, joie futile pour les amoureux désormais séparés par la vie et la mort, prennent une autre signification: ils sont, malgré tout, mariés pour l'éternité.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Première guerre mondiale Pre-code Gary Cooper
31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 16:38

Sous le retour à une narration stimulante après l'intermède musical, sous l'élégance d'une production réalisée directement au Vietnam, avant que celui-ci ne redevienne la poudrière que l'on sait, se cache un film qui est à la fois une adaptation ratée et une catastrophe personnelle: cet échec aura en effet raison de Figaro Inc, et donc de l'indépendance de Mankiewicz... Graham Greene et Mankiewicz, on aurait difficilement un alliage plus noir, et le film a été tourné par Mankiewicz dans un noir et blanc goudronneux à souhait, avec une cinématographie de Robert Krasker. Le réalisateur a détesté travailler en cinémascope sur son projet précédent, et le format de ce film, un 1.66:1 plus traditionnel, lui donne une allure plus immédiate. De fait, l'utilisation des décors et paysages Vietnamiens fonctionnent également dans ce sens.

 

Saïgon, 1952. L'histoire concerne la mort d'un homme Américain (Audie Murphy), dont le cadavre est découvert dans une rivière; la police enquête, et prévient un journaliste Anglais, Fowler (Michael Redgrave), connu pour avoir été son ami. Celui-ci se souvient alors de ce jeune idéaliste venu pour travailler à trouver une voie médiane entre les communistes et les forces coloniales, qui lui a piqué sa petite amie locale, Phuong... Très vite, il a entendu les rumeurs qui faisaient de son "Américain bien tranquille" un dangereux terroriste, et poussé par la jalousie, il l'a livré aux Communistes. A la fin, convaincu de l'innocence de l'homme qu'il a vendu, il souhaite récupérer sa petite amie, mais celle-ci ne l'entend pas de cette oreille...

 

La trahison de l'adaptation tourne autour de deux aspects principalement. Il est clairement dit dans le film que l'Américain (Pyle, dans le roman, mais Audie Murphy ne sera affublé d'aucun nom dans le film, il reste "the American".) est innocent des accusations de terrorisme, alors que ce ne serait pas explicite dans le roman; de plus, le livre reste un pamphlet contre la guerre et les implications politiques pro-coloniales; ceci inclut les Américains, qui commencent à cette époque à fourrer leur nez un peu partout en Indochine; Audie Murphy, de son côté, joue un personnage angélique, face à un comportement colonial (les Français, et leurs alliés objectifs les Anglais, dont Michael Redgrave représente symboliquement la nation) et des Communistes retors qui manipulent avec aisance le journaliste... Le film reste intéressant malgré tout par son recours à la narration d'un seul personnage, le journaliste, qui récapitule les rapports difficiles qu'il entretient avec le jeune Américain, dont le portrait en creux réserve même une fois mort quelques surprises: on notera en particulier le moment ou le policier Vigot (Claude Dauphin) fait entendre une bande enregistrée peu avant sa mort par le jeune homme, en compagnie de Phuong: contrairement à Fowler qui considérait Phuong comme sa chose, et se comportait parfois comme avec une esclave, l'Américain lui apprenait l'Anglais, avec douceur, en la considérant comme une égale. Le message politique est on ne peut plus clair...

 

Le doute religieux cher à Greene, qui nous conte l'histoire d'un Judas par bien des cotés, est présent dans le personnage de Fowler qui n'a aucune affiliation religieuse, contrairement à son épouse restée au pays (Et qui ne veut pas divorcer); si l'Anglais la présente comme épiscopalienne, le catholicisme, avec lequel Greene entretiendra toute sa vie des rapports ô combien conflictuels, n'est pas très loin... Miachel Redgrave est excellent, comme Claude Dauphin. Par contre, la Vietnamienne Phuong est interprétée par une jeune découverte, l'Italienne Georgia Moll, qui est tellement nulle qu'on se croirait revenus à la Fox au bon vieux temps des "fiancées" de Zanuck. Quant à Audie Murphy, sa caractérisation vide lui a apporté des critiques négatives, certes, mais dans la mesure ou il est plus le sujet de l'intrigue et de lanarration, et qu'il se dérobe constamment à l'interprétation du narrateur, c'est adéquat... Même si c'est semble-t-il involontaire.

 

Voilà, ce film pas vraiment réussi n'est en aucun cas un préambbule fascinant pour l'histoire délirante des rapports entre le cinéma Américain et le Vietnam. On n'en est pas encore là; mais son échec a probablement couté cher à Mankiewicz, qui détestait d'ailleurs le film, estimant qu'il reflétait surtout son incapacité à surmonter ses problèmes personnels au moent ou il le tournait. Certes, il n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est beaucoup plus qu'une curiosité, quand même...

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz
31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 11:06

Lorsqu'à la fin de ce film Chaplin, dans le rôle de M. Verdoux, se dirige d'un pas résigné vers la guillotine, une immense tristesse se dégage de l'image, qui vient pourtant en écho du premier plan du film: on y voyait la tombe du "héros" du film, dont la voix enjouée et chantante entamait avec une grande légèreté la narration... Humour noir, ou burlesque, la tentation de faire rire est ce qui est peut-être le plus frappant de ce film tant le ton est grave. On peut renvoyer à The great dictator, et le paradoxe de devoir redécouvrir le film alors que nous savons qu'il était finalement très en-dessous de la vérité dans l'horreur de ce qu'il décrivait; ici, Chaplin sait désormais ce que vient de subir l'humanité, et il s'en sert pour nourrir son film... Donc le ton est noir, très noir, et le film a nourri la polémique, a donné à tous les détracteurs de Chaplin des armes et des arguments, et peu d'entre eux se sont retenus. C'est pourtant à un autre qu'il attribue l'étincelle créatrice, puisque au début de ce film il remercie Orson Welles pour l'idée initiale, à savoir une transposition de la vie de Landru. Mais dans le seul choix d'incarner un Landru après tant d'années dans les défroques d'un vagabond au grand coeur, qu'il soit soldat, évadé, golfeur ou ouvrier, Chaplin a commis un acte fort: pour commencer, il assume son age, et apparait presque tel qu'en lui-même à la fin de ce film; ensuite il rappelle à ceux qui l'auraient oublié qu'il n'est en rien un conteur angélique, et qu'il sait convoquer la méchanceté; il l'a jusqu'ici fait de manière déguisée, mais cette fois-ci, l'esprit noir est en pleine lumière.

M. Verdoux est un homme pas spécialement gâté par la vie, qui a fait un choix pragmatique simple: utiliser les ressources de veuves esseulées, en les mariant, puis en les tuant, et enfin en disparaissant. On assiste à sa chute, son arrestation, et son procès. Parallèlement, on assiste à l'évolution tumultueuse d'un monde en crise, d'un désastre à l'autre. Chaplin ne nomme pas les évènements, restant dans le vague quant aux dates et aux évènements historiques, mélangeant allègrement les époques (la crise est-elle celle de 1929? il y en a plusieurs...) en montrant par exemple des bistrots 1945, des guinguettes 1910, des toilettes 1947... Il donne une motivation personnelle à son "héros", en lui donnant une vraie famille, avec sa femme invalide, mais le fait que ceux-ci disparaissent du film par la grâce du dialogue les condamne à n'être que des comparses: en vérité, Verdoux est seul contre tous. Et s'il a parfois des gestes de pitié (La jeune femme ramassée dans la rue pour être la cobaye d'un poison, qu'il décide finalement de ne pas lui administrer) c'est parce qu'il se reconnait un peu trop dans sa victime potentielle. Du reste, de la plupart de ses victimes, nous ne voyons rien ou presque; Lydia, la seule de ses "épouses" dont nous faisons la connaissance avant qu'elle soit bel et bien exécutée, est une horrible mégère; des autres, nous voyons deux victimes potentielles, la douce Mme Grosnay, et l'insuportable Annabella Bonheur. Cette dernière justifie à elle toute seule l'épousicide... une façon d'atténuer la criminalité de Verdoux, et d'entrainer le public derrière lui, juste ce qu'il faut. 

La construction reprend un peu celle de The great dictator, dans sa suite de scène plus ou moins jointes; évidemment, la quête de la richesse et les meurtres savamment calculés de Verdoux lient assez efficacement l'ensemble; mais comme dans son film précédent, Chaplin s'est réservé une tribune, et il sait après le discours final de son film anti-Hitler qu'il est forcément attendu au tournant... Son "Je vous attend là-haut, nous nous reverrons très vite" est une clé du film, bien sur, une façon de renvoyer la culpabilité de Verdoux à l'ensemble de l'humanité. C'est le sens de la dernière demi-heure, qui est sans doute la partie du film la plus nourrie des dernières années; comme si le criminel nous disait avoir perdu la foi dans le crime, parce qu'il se sent dépassé par l'humanité toute entière et sa propension à faire le mal. En tant que message, c'est peut-être agressif, mais c'est, finalement, un constat totalement valide, hélas. 

La principale erreur des détracteurs du film et de son auteur est sans doute d'avoir recours à la confusion habituelle entre l'acteur (Cet homme qu'on aime aimer) et son personnage, mais aussi de croire que tout film doit avoir une morale: non, Verdoux n'est pas un héros, et ses crimes sont odieux, c'est un fait.  si le film est une comédie, et si le personnage est bien un avatar de Chaplin, avec sa voix, sa gestuelle étourdissante, son charme naturel, ça n'est en aucun cas une invitation à le suivre. Le constat du film est une grosse claque dans la figure, ne l'oublions pas, et la comédie nous le rappelle en permanence, grâce à la faculté de Chaplin de passer du rire sardonique à l'évocation du drame. S'il recule devant la représentation du crime (L'anecdote de Lydia, qui meurt hors-champ, son exécution symbolisée par un trait musical qui enfle avant de s'arrêter brusquement), c'est qu'il n'est pas fou, et souhaite pouvoir faire passer son film: il avait raison, du reste, la vision du gentil Verdoux qui jardine tranquillement pendant que son incinérateur fontionne à plein régime est suffisamment violente pour ne pas en rajouter. Donc, le film est drôle, parfois trop (Je sais bien que Martha Raye, son faire-valoir en "Annabella" a été choisie parce qu'elle est irritante, mais elle est effectivement insupportable...), mais il est surtout grave, et cette humanité, montrée sous la forme d'une famille éplorée qui se demande ce qu'est devenue l'une d'entre eux, tombée en fait victime du Landru filmique, est en fait incapable de s'exprimer hors de l'agression: cette scène, situé au tout début sert non seulement à présenter de l'extérieur le personnage de Verdoux et le modus operandi du Barbe-Bleue (Femme seule, mariage précipité, ponts coupés avec la famille); elle permet aussi de juger de l'insuportable nature des autres...

En tout cas, le film a valu à Chaplin une haine indéfectible de la droite Américaine, dont soyons honnête il est évident qu'elle n'attendait que cela pour le montrer du doigt. La facture sera salée, puisque Chaplin va denoir fuir, et ne fera plus que trois films. plus grave, le succès ne sera plus jamais au rendez-vous, et le règlement de comptes avec l'Amérique va prendre la place de l'humanisme de Chaplin, qui s'exprime ici, paradoxalement, avec force. L'austérité naturelle de chaplin, qui prend ici le contrepied du film noir, se met au service d'un film encombrant et sombre, mais dont l'accès difficile est d'une honnêteté remarquable. Et le film est notable pour être l'un des rares à avoir osé rappeler que le héros d'un film n'est pas forcément un exemple (Il me vient à l'esprit que cette même année, Curtiz réalise The unsuspected, mais c'est un autre sujet...). Quant à la tristesse évoquée plus haut, eh bien, c'est peut-être parce que dans ce dernier plan, c'est un homme qu'on va exécuter; pire: c'est Chaplin.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Criterion
25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 18:04

9e film de Akira Kurosawa, 4e d'une série de sept films consécutifs entièrement consacrés au Japon de l'après-guerre avant que Rashomon n'ait le succès que l'on sait, et deuxième rencontre avec le grand Toshiro Mifune, ce Duel silencieux vient juste après L'ange ivre, et juste avant le Chien enragé... Autant dire que c'est un film important. Son manque de notoriété est du à un certain nombre de facteurs, notamment le fait qu'il traite de la syphilis, en termes parfois crus, ce qui a dui un peu freiner non seulement sa carrière au japon, mais rendre tout espoir de le diffuser internationalement bien vain... Le "duel silencieux" dont il est question dans le titre réfère en fait à deux aspects de l'histoire de ce médecin (Toshiro Mifune) qui contracte la syphilis dans un hôpital de campagne en se blessant avec son scalpel. Il apprend le lendemain le risque qu'il court d'avoir contracté la maladie, lorsqu'il entend le patient se vanter auprès d'un autre sodat qu'il a toutes les chances d'être démobilisé, compte tenu de sa maladie. Fujyo Fukisaki, le docteur, lui demande: "Est-ce que vous avez la syphilis?", et il répond sans hésiter: "oui".

 

Mais Fukisaki aura la plus grand mal à oraliser son affliction, ne serait-ce que pour expliquer à sa fiancée pourquoi il refuse désormais de se marier avec elle; il préfèrera ne jamais le lui dire de vive voix, la laissant partir sans qu'elle puisse avoir totalement compris. De son coté, il souffrira le plus souvent en silence: ne pas se plaindre, d'un côté, et cacher sa honte de l'autre, deux raisons de garder le silence dans ce beau film qui choisit de rester confiné aussi souvent que possible dans l'enceinte d'un hôital civil, une fois la démobilisation effectuée. Fukisaki rejoint son père obstétricien (Takashi Shimura) dans sa clinique. Après son premier rôle dans L'ange ivre, Shimura n'est ici qu'un comparse, mais une splendide conversation a lieu entre lui et Mifune, lorsque le fils dit la vérité sur sa maladie dans un premier temps, puis explique les circonstances dans lesquelles il l'a attrapée. C'est que dans cet hôpital, tout passe par les rumeurs, largement colportées par une jeune infirmière, Rui Minegishi; celle-ci en veut à la terre entière au départ de la juger, car elle a un enfant sans être mariée, et elle répand la nouvelle de la syphilis du bon docteur qu'elle accuse d'être un hypocrite. Mais elle entend (Ou écoute, plutôt) la conversation entre les deux hommes qui établit la vérité, et va changer son avis sur le médecin; c'est à elle que Mifune avoue le plus dur, le fait de ne plus pouvoir assumer ses désirs, de crainte de répandre la maladie. mais elle lui dit qu'elle est là pour lui, et que s'il le souhaite, elle se sacrifiera, tant pis pour la syphilis. Le médecin n'aura aucune réaction apparente...

 

Les différences entre Nakada, le soldat qui lui a refilé la maladie, et Fukisaki qui est près à sacrifier sa vie sexuelle et affective tout en se battant consciencieusement contre la maladie ne débouchent pourtant pas sur une division manichéenne entre les bons et les méchants. le personnage de Minegishi est là pour l'éviter; elle est admirable, et l'actrice (Noriko Sengoku, qu'on reverra dans un rôle proche de celui-ci dans Scandale) joue à merveille l'évolution humaine de son personnage, apprentie infirmière sans foi ni loi qui se fait accuser de tout, parfois à tort, parfois à raison, en une jeune femme prète à un sacrifice fou, par amour pour un personnage dont elle sait qu'il est prèt à tout donner. Mine de rien, Kurosawa réussit à nous placer un amour sublime dans son film, lui qui n'était pas un expert en la matière... Mais ce n'est pas là le propos du film, qui se termine sur une note ambigue (Fukisaki est toujours là, et est cité en exemple par les infirmières), alors qu'il aurait du se finir sur la folie du personnage principal. Mais l'espoir, finalement, subsiste.

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Published by Allen john - dans Akira Kurosawa
25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 08:24

Bien qu'il soit arrivé aux portes du succès (les trois films suivants lui apporteront la notoriété définitive), Almodovar continue de mélanger le mélodrame et la provcation avec son style personnel dans ce film qui le touche de près; il y est, après tout, question de la vie privée d'un réalisateur et metteur en scène de théâtre Espagnol homosexuel, aux prises avec un amant récalcitrant. Le début est un intéressant trompe-l'oeil ambigu et provocateur: un jeune homme seul à l'écran se déshabille et obéit aux ordres très explicites d'un homme hors champ, qui lui donne de l'argent une fois les actes accomplis. C'est à ce moment qu'on comprend qu'on assiste à une séquence de post-synchronisation, dans laquelle les deux voix des protagonistes sontr interprétées par des hommes d'age moyen, pas vraiment aussi glamour que le jeune homme vu à l'écran; dès le début, Almodovar a su imposer une distance entre ce qui va nous être montré et la vérité, tout en se livrant à une provocation, en montrant un jeune homme soumis à un plus agé et se livrant sur l"écran à des actes sexuels... La quadrature du cercle...

 

La première partie concerne la vie de Pablo (Eusebio Poncela), metteur en scène arrivé et amoureux d'un jeune homme libre, Juan (Miguel Molina), qui ne l'aime pas. Pablo voudrait plus, mais il voudrait également le dominer, et lui imposer ses faits et gestes. Tina (Carmen Maura), la soeur de Pablo, est également déçue de la vie: elle est en fait le frère de Pablo, et son histoire compliquée l'a faite se détourner des hommes un fois sa transformation accomplie; elle vit avec sa fille, qui aime Pablo d'une façon excessive... Enfin, on rencontre Antonio (Banderas), un jeune homme qui aime Pablo avec déraison. Il va réussir à s'introduire dans sa vie, et y semer la pagaille... la deuxième partie montre l'assassinat de Juan par Antonio, puis la machination de celui-ci pour que le meurtre soit imputé à Pablo. La troisième partie fait intervenir deux policiers antagonistes, l'un vieux et ouvert, l'autre jeune et psychorigide. C'est la partie la moins intéressante du film...

 

Le désir, donc, est la clé du film. Pas tant le désir sexuel que ses conséquences: chacun des protagonistes a une histoire différente, et une façon différente de traiter ses désirs: Tina a été très loin pour assumer son attirance pour les hommes en devenant une femme, et a perdu toute confiance dans les hommes (Après deux histoires mouvementées... avec un prêtre, puis avec son père... Hum.) Sa fille est manifestement prète à tout pour que Pablo la remarque (mais Almodovar a su rester dans le ton léger de la comédie, il n'a pas franchi la ligne jaune ici); Pablo, lui, est un dominateur frustré: il voudrait que tout marche dans son sens, mais que ça le fasse naturellement: il va jusqu'à écrire une lettre à Juan dans laquelle il lui dicte la réponse qu'il souhaite lire; il ne sera jamais satisfait... Antonio, prèt à tout lui aussi, est le moins inhibé des personnages, c'est lui qui va le plus loin... il va bien sur trop loin.

 

Le film va loin aussi, nous enjoignant de le suivre dans l'intimité sexuelle de Pablo et Antonio. Les deux acteurs sont remarquables, dans la mesure ou ces scènes réussissent à dépasser la malaise qu'elle pourraient installer, et remplissent avec aisance leur fonction. Elle donnent du poids à la composition des personnages, tout en maintenant un lien avec les années de jeunesse du metteur en scène. De fait, son cinéma est devenu plus rigoureux, plus solide et pour tout dire plus engageant. On assiste ici à une partie intéressante de sa métamorphose: Avec La loi du désir, il a su continuer à intégrer le mélodrame débridé dans son cinéma transgressif, mais sans sombrer dans les excès de Matador...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 18:39

Le dernier film à la Fox de Frank Borzage, qui va devenir un réalisateur freelance avant de signer un petit contrat à la Warner, fait justement un peu penser aux films qui sortent à la même époque grâce à ce studio: les films "sociaux", de Wellman (Wild Boys of the road) ou Le Roy (I'm a fugitive from a chain gang) étaient sans doute vus et étudiés à la loupe par les autres studios. Mais ce film reste assez typique de la manière de Frank Borzage, avec une tendresse particulière pour les personnages qui n'apparait pas aussi clairement dans les autres films cités.

 

Borzage prend son temps pour installer un contexte très particulier, avec une scène de jugement routinier à une Juvenile Court présidée par le très débonnaire Ralph Bellamy, qui reçoit une jeune femme (Doris Kenyon) venue faire une sorte de reportage (Pour le club des épouses de la ville), et lui montre le mécanisme de la justice face aux délinquants adolescents. un cas retient l'attention, celui de Artie (Jimmy Conlon): la ville entière lui dit qu'il ne vaut rien, ce qui est faux. Il a juste une trop grande imagination, ce qui va l'amener à de gros ennuis: il veut défendre l'honneur d'une camarade de classe, Mabel (Dawn O'Day), contre un voyou de l'école, et ça lui vaudra une correction en bonne et due forme. Il veut aider la grand mère (Josephine Hull) de son meilleur ami (Raymond Borzage, le neveu) en lui trouvant un médicament en pleine nuit, mais ça l'oblige à cambrioler une pharmacie. Le couple de pharmaciens (Spencer Tracy et Doris Kenyon) va justement être chargé de le remettre dans le droit chemin...

 

Le film est construit sur une pente dramatique, parfois un peu exagérée (Un jeune homme de 10 ans y arrête les deux bandits qui ont commis un cambriolage), mais dont son optimisme et sa foi en l'homme nous prennent facilement par les sentiments. le film est en plus relativement court, et dotés de figures qu'on a déjà vues, notamment un ensemble de "bonnes fées", comme dans l'incontournable Cendrillon, qui vont orienter les personnages dans le bon sens. le juge, pour commencer, dont la bienveillance permet à des jeunes de s'en sortir. Doris Kenyon, qui va permettre au jeune homme de trouver un échappatoire à la délinquance. Mais Art lui-même fait le bien autour de lui, allant jusqu'à s'accuser d'un crime pour faciliter la bonne entente des pharmaciens qui se disputent par rapport à leur interprétation du personnage d'Artie. En prétendant être aussi filou que le soupçonne les pharmacien, il favorise leur réconciliation... Spencer Tracy a un rôle qu'on ne lui donnera plus très souvent, surtout une fois passé à la MGM: il est un antipathique commerçant sur de son bon droit qui prend la justice de haut, et pour lequel une porte est soit ouverte, soit fermée: un délinquant est et restera un délinquant. Le film est l'histoire de son éducation avant tout...

 

Si on est loin des chefs d'oeuvre de Borzage, ce film tend à démontrer que le réalisateur s'intéresse, sans pour autant retourner systématiquement à sa thématique de l'amour sublime, à des petites gens coincés dans des vies ou il faut se battre. A man's castle couve déjà, on y viendra bien vite...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Pre-code
23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 17:58

Brando dans une comédie? Musicale, qui plus est? une idée de Goldwyn, qui n'en démordait pas. De même voulait-il Mankiewicz, encore auréolé du prestige du beau doublé de A letter to three wives et All about Eve. Si celui-ci avait des réticences, elles ont sans doute été balayées assez vite: d'une part, il était déja très impatient de tout essayer (Ce qui le conduira 15 ans plus tard à filmer un western, dont il disait à l'époque "On n'aura qu'à l'appeler 'Joe Mankiewicz's western'..."), et après Shakespeare avec Julius Caesar ou l'espionnage de Five fingers, il voulait sans doute imprimer sa marque dans le musical. Guys and dolls était donc un musical pré-existant, et garde dans sa version filmée des traces évidentes de cet aspect, c'est sans doute le seul autre rapprochement qu'on puisse faire avec Julius Caesar excepté la part de Mankiewicz et Brando dans les deux films... Contrairement à Caesar, Mankiewicz a néanmoins beaucoup ajouté à ce nouveau film, semble-t-il, retranchant avec la collaborations des concepteurs du spectacle des numéros musicaux, en ajoutant d'autres, plus faciles à faire passer dans un film, et essayant d'ajouter beaucoup de traits de personnalités aux personnages. C'est bien, et cela se sent sans doute, mais cela n'empêche pas ce musical de 150 minutes d'être parfois lourd, indigeste et même très occasionnellement irritant...

Sky Masterson et Nathan detroit sont les deux princes de l'entourloupe, du jeu et du pari à New-York, confrontés l'un et l'autre au choix entre l'amour et leur liberté liée aux activités frauduleuses pour ne pas dire illégales qui les font vivre (Et dont l'un comme l'autre assument les aspects quasi-philosophiques): Nathan Detroit (Frank Sinatra), organisateur de jeux clandestins poursuivi par un créancier chatouilleux de la gâchette et par un flic forcément Irlandais, en pince depuis 15 ans pour une danseuse, Adelaide (Vivian Blaine), et Sky (Marlon Brando) rencontre Sarah Brown (Jean Simmons), sergent dans l'armée du salut, à la faveur d'un pari, et tombe amoureux d'elle, au point de renoncer à sa passion pour le pari.

D'un coté, le pari de Goldwyn, de confier à des acteurs talentueux mais non chanteurs s'est avéré gagnant avec Brando et Simmons, les deux sont sinon excellents, en tout cas très bons. Jean Simmons en particulier est fantastique dans son rôle, et assume à merveille la transformation de la très rigoureuse Sarah en une amoureuse débridée, sous les effets de l'alcool dans la séquence cubaine. Les scènes entre les deux sont toutes excellentes et maintiennent l'intérêt parfois vacillant du spectateur pour ce long film... D'un autre côté Mankiewicz n'est pas Minnelli, ni Donen, et on le sent totalement extérieur à toutes les scènes dansées, qui reproduisent un peu platement le proscénium, et sentent le réchauffé, exécutées sans doute par les artistes de la pièce, tellement rodés que ça en devient mécanique. C'est le même problème qu'on a avec Vivian Blaine, qui en fait toujours trop, et dont le caricatural accent New-Yorkais est plus irritant qu'autre chose. Quant à Sinatra, il n'y a pas de problème avec son chant, bien sur, mais il est notoire qu'il voulait le rôle de Masterson, et que ses rapports avec Brando ont été plus que houleux. De fait, il ne semble pas l'homme du rôle pour son Nathan Detroit qui manque singulièrement de relief. Un comble finalement, que ce film ultra-New-Yorkais qui ait pu poser problème à ce New-Yorker militant qu'était Mankiewicz...

Ce film n'est pas un naufrage, c'est une demi-réussite. Il se laisse voir, mais la danse en boîte qui ouvre le film augure assez bien de l'impression d'un mélange qui ne se fait pas. On a des scènes brillantes, des dialogues plutôt bons (mais pas aussi incisifs que les dialogues habituels de Mankiewicz), et puis des moments de lourdeur, des séquences inutiles, dont une sous-intrigue gonflée pour allouer plus d'espace à Sinatra. Mankiewicz a tenté de faire de son mieux, ce n'est pas un cas de film alimentaire; mais si la fin du contrat Fox lui a donné une indépendance enviable, qui lui permet de voguer d'un studio à l'autre (MGM, Goldwyn) et de créer sa propre société (Figaro Inc, qui a produit The barefoot Contessa, et qui produira deux autres films, I want to live, de Robert Wise, et The Quiet American, le prochain Mankiewicz), il n'en est pas plus devenu omnipotent.

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz Musical
20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 15:51

Avant tout, il convient de rappeler trois choses, qui ne sont pas évidentes face à ce titanesque classique dont l'évident statut de chef d'oeuvre n'était pas gagné d'avance à sa sortie: premièrement, au moment du tournage de cette oeuvre, Murnau n'est pas encore le wonder-boy du cinéma Allemand, loin de là; deuxièmement, Nosferatu est un vol, une oeuvre copiée, ce qui a eu des répercussions en justice; et enfin on est face non pas à une révolution stylistique consciente et sure de son fait, orchestrée par des artistes avant-gardistes qui souhaitaient laisser une oeuvre, non: Nosferatu est un tout petit film, presque privé, qui ne doit aujourd'hui sa notoriété et sa survie qu'à un coup de chance fortement improbable.

Si Henrik Galeen, scénariste de ce film, était bien sur partie prenante dans l'aventure, il est clair que son script est si largement inspiré de Dracula, de Bram Stoker, que c'en est embarrassant. Bien sur, aucun arrangement n'a été cherché avec les ayant droit de la famille de l'écrivain Irlandais, Nosferatu est donc une copie pirate de Dracula, dont les auteurs ont cru bon de déguiser les noms des protagonistes: Harker devient Hutter, Dracula devient Orlok, Mina Ellen et Renfield Knock, parmi d'autres. La partie citadine du film se passe non pas à Londres, mais à "Wisborg", une ville sur la mer du Nord inventée par les soins des auteurs. Sinon, Nosferatu ne garde de l'imagerie vampirique que ce qui va être utile. Pour le reste, en dépit de tout ce qui précède, si le film est un plagiat, il reste tellement inventif qu'on en a cure. Pour être clair, il suffit de comparer ce film et le Dracula de Tod Browning, oeuvre officielle celle-ci, puisque sanctifiée par un accord en bonne et due forme entre la famille Stoker et le studio Universal, pour s'en convaincre... N'accablons pas Galeen pour ce plagiat, Murnau était manifestement coutumier des emprunts géants: en 1920, en effet, il réalise sur un scénario de Carl Mayer Der Bucklige une die Tänzerin, (Le bossu et la danseuse), en piquant Notre-Dame de Paris, puis Der Januskopf, sur un script de Hans Janovitz, qui recycle sans aucun frais The strange case of Dr Jekyll, de Stevenson. ces films-là sont perdus, donc on ne pourra pas en juger. Par contre, on connait bien Nosferatu... 

Il est parfois amusant d'aller consulter certains sites auto-proclamés encyclopédiques pour y lire des bêtises: concernant Nosferatu, on lit, non seulement sur ces sites mais aussi dans bon nombre de publications, notamment Anglo-saxonnes, que Murnau était un pionnier du film d'horreur, ce que ses films pre-Nosferatu survivants tendent à nier, et que Nosferatu est une grande date du cinéma Expressionniste (les Anglais disent German expressionnist, tendant à confondre notoirement les deux adjectifs...). c'est bien sur une crétinerie, le film étant de fait éloigné de l'expressionnisme; par contre, il est fantastique, au sens générique du mot, et c'est un film d'horreur. C'est aussi, dans l'intention de ses auteurs, un film occultiste. En attendant de revenir brièvement à ce terme, accordons que le mot d' "expressionnisme" a fini par devenir synonyme pour un grand nombre de critiques et autres historiens un mot facile à sortir pour qualifier tout ce qui vient d'Allemagne entre 1919 et 1933, et concentrons-nous sur le film...

Les auteurs de ce film sont en réalité trois: Albin Grau, Henrik Galeen et Murnau. Grau, qui co-signera la décoration du film, en est le premier architecte, attiré depuis la guerre et une anecdote personnelle qui l'avait fait découvrir la profonde superstition de certains habitants de Serbie, par les histoires de vampires... Grau ayant fondé en 1921 une société de production avec Enrico Dickmann, souhaitait faire de Nosferatu la première production Prana Films... Ce serait la seule. Henrik Galeen est déjà un vétéran du scénario en 1921, auquel on doit des collaborations notoires avec Paul Wegener... Grau a exploré un certain nombre d'endroits en compagnie de Murnau pour effectuer des repérages, l'idée ayant été assez vite de profiter de décors naturels aussi souvent que possible, soit en réaction contre le cinéma expressionniste (Qui battait de l'aile à cette époque, et qui était tributaire de studios où les visions déformées des décorateurs trouvaient à s'exprimer), soit pour des raisons budgétaires. Aujourd'hui, le film serait considéré comme une petite production indépendante... Mais ce choix de privilégier les extérieurs naturels va beaucoup faire pour le film et son étrange beauté, tout en créant une dynamique d'adaptation pour Murnau, ses acteurs et le principal chef-opérateur engagé dans l'aventure, Fritz Arno Wagner: celui-ci allait devoir s'adapter constamment aux lieux, mais aussi se contenter d'une caméra pour des raisons pratiques lorsque la troupe tournera dans des endroits reculés des Carpathes.

L'argument reste très proche de Dracula: un jeune homme, Hutter, agent immobilier dépêché par son patron auprès d'un riche noble un peu excentrique qui vit dans une vieille demeure, se fait vampiriser par le comte; celui-ci découvre une miniature de sa jeune épouse Ellen, est subjugué et décide faire le voyage séance tenante pour Wisborg; il voyage en bateau, avec des cercueils pour emmener sa terre natale de Transylvanie vers l'Allemagne, car sinon il mourra; pendant ce temps, Hutter très affaibli fait le voyage lui aussi pour empêcher le vampire de posséder son épouse, mais celle-ci est déjà entrée mystérieusement en contact télépathique avec le monstre, qui une fois débarqué à Wisborg, a amené la peste avec lui. Pendant que les gens meurent par dizaines, le vampire s'empare du corps de Ellen , qui se sacrifie en se laissant prendre jusqu'au petit matin, le lendemain, elle meurt en ayant triomphé de la bête. Parallèlement, on suit les aventures de Knock, le commanditaire du voyage de Hutter: premier vampirisé par le comte Orlok, il est devenu fou, et commente l'action dans la marge. Hutter est interprété avec un enthousiasme parfois ridicule par Gustav Von Wangenheim, Ellen au contraire est jouée avec une lenteur et une froideur un peu raides par Greta Schröder; Max Schreck (Oui, c'est un vrai acteur, et non une énigme; il a tourné peu de films, mais il en a tourné, dont un autre Murnau, Les finances du Grand-Duc, en 1923. il faut arrêter les fantasmes à son sujet!!) interprète un Nosferatu (Mot hérité du Roumain, selon le film et le roman, mais on n'en trouve pas de traces en Roumain...) digne de ce nom, longiligne, tordu, inquiétant, et pour tout dire définitif... Au sujet des tourtereaux, si Hutter est insupportable, il me semble que cela sert magnifiquement le film. En opposant son optimisme caricatural avec la noirceur des craintes d'Ellen, et son comportement fantastique (elle communique à distance aussi bien avec son mari qu'avec son bourreau) fait d'elle un vrai personnage de premier plan, qui mérite de rivaliser avec le personnage-titre. 

On ne sait pas très bien quelle est la part de Murnau dans la volonté de tourner le film, au départ, qui semble être le caprice de Grau, lui-même attiré par l'Occultisme. Il semble que Murnau qui est de toute façon exclu de toutes parts en raison de son homosexualité, ait été attiré par ce mouvement obscur et difficile à définir, mais principalement pour des raisons esthétiques. de même, Nosferatu lui permet d'expérimenter avec sa production presque en contrebande dans les montagnes, et de se lancer un défi: tourner un film fantastique en décors naturels, aller chercher l'angoisse dans de vieilles demeures, et utiliser les ressources de la caméra et du montage afin d'amener, soutenir, et augmenter l'horreur et l'angoisse. Mais par ces biais, il conte aussi une étrange histoire d'exclusion, et avouons le prend un malin plaisir à lâcher la peste sur ces pauvres gens de Wisborg et leur petite vie calme... Le film en tout cas bénéficie allègrement des décors, et profite aussi d'un goût déjà très affirmé de Murnau pour la composition. Ses deux films précédents qui ont été conservés ne brillent que par intermittence dans ce domaine, mais avec Nosferatu, est né le Murnau qui sait instantanément tirer profit d'un décor, qui cadre sans faille et qui utilise toutes les ressources de la composition et du montage... Mais oui, du montage, je sais qu'officiellement, Murnau n'est "pas un monteur", mais ce film est monté avec une telle rigueur qu'il faut se rendre à l'évidence: il a inventé le montage du film d'horreur: tout est dans Nosferatu! Et puis il y a cette obsession du cadre.

C'est frappant dans la plupart des plans, Murnau place ses personnages dans des cadres à l'intérieur du cadre; notons bien qu'il le refera, même toute sa vie, comme le montrent si bien tant de photos tirées de ses films. Dès le départ, il nous montre deux personnages enfermés dans leur cadre, Hutter et Ellen. Aux cadres formés par les alcôves confortables, les fenêtres rassurantes et les portes entrouvertes, se substituent lors du voyage en Transylvanie les ogives inquiétantes, dans lesquelles s'engager revient à se prendre au piège du vampire. Celui-ci, pris au piège d'Ellen qui se laisser vampiriser afin de tuer la menace du comte Orlok, ne voit pas que son reflet est "pris au piège" d'un miroir derrière lui... Le plan qui clôt le chapitre final de la famille Hutter voit le médecin qui a aidé Ellen, à l'écart d'une chambre, comme à l'écart du drame qui s'y joue: Hutter, en pleurs, vient de constater au second plan le décès de son épouse. derrière le lit ou se trouve l'épouse et son mari éploré, un miroir nous renvoie des fragments de leurs corps. Le médecin, comme happé par le drame humain qui les concerne tous, marche lentement, et vient se placer dans le cadre de l'entrebaillement de la porte. Enfin, l'apport de Murnau et de ses opérateurs est évident dans la batterie de trucages déployés pour donner ou accentuer l'étrangeté de l'histoire. négatif, prise de vue accélérée, image par image, surimpressions, ombres... Tout est bon, et tout fonctionne, donnant raison au cinéaste dans sa volonté d'improvisation; on est clairement à l'écart d'un production expressionniste, et de ses déformations très calculées, planifiées. Et surtout tous les extérieurs de ce film sont situés dans des lieux authentiques, et c'est peu dire que le film s'en ressent; ces grandes batisses ou le vampire élit domicile au final, les rues de Wismar ou les plans sur la grande peste ont été tournés, et puis surtout l'arrivée dans le port de ce bateau qui vient semer la mort, tant d'images inoubliables.

Murnau, qui va devenir bien vite l'un des plus grands cinéastes Allemands pour de nombreuses personnes, et l'un des grands noms du cinéma mondial, devra beaucoup à Nosferatu, auquel il reviendra souvent: un film comme Tabu (1931) y renvoie, avec son prêtre-vampire qui vient prendre possession de l'âme de l'héroïne, jusqu'à ce que celle-ci se sacrifie pour sauver son amant de la malédiction; la aussi, un bateau va représenter la progression des forces du mal... Et si j'ai effectivement décidé de rendre à César ce qui n'appartient pas à Murnau en rappelant qu'il s'agissait en quelque sorte d'une commande pour le cinéaste, n'oublions pas qu'une fois à bord d'un projet, Murnau le faisait sien à 100%. 

Si on peut voir le film, c'est grâce à une poignée de copies qui a survécu à la destruction, puisque Nosferatu a inévitablement fait parler de lui: premier film de vampires digne de ce nom, il était difficile à la Prana Films de cacher l'origine encombrante de son film. La famille Stoker a donc fait ce qu'on attendrait d'elle en toute circonstance, porté plainte, et les producteurs ont été condamnés, le film interdit et détruit sur décision de justice, jusqu'à ce que des copies survivantes aient fait leur apparition aux Etats-Unis, ou le film était dans le domaine public.

Ouf.

 

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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau 1922 Muet **