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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 15:55

Dans la même veine que son Doctor Bull, le deuxième film tourné par John Ford avec Will Rogers est un indispensable passage pour qui s'intéresse à la carrière du grand cinéaste. C'est aussi l'un des meilleurs, sinon le meilleur de ses films qui soit basé sur une chronique tendre de la vie des petites gens. Une fois de plus, Rogers est un homme d'un certain âge, dont une large part de sa vie est derrière lui (Son épouse et ses enfants sont décédés, son heure de gloire se situe durant la guerre de Sécession, et il a été élu juge.); L'homme ne fait pas l'unanimité, puisqu'un procureur manifestement Républicain se présente contre lui avec une artillerie lourde d'arguments contre les manières débonnaires du juge. Mais surtout, il y a une intrigue, et un enjeu beaucoup plus marqué que dans Doctor Bull...

Une petite ville du Kentucky, 1891. Le Juge Priest assiste avec plaisir au retour au bercail de son neveu, parti étudier le droit. Le jeune avocat revient et courtise la jeune Ellie May, mais celle-ci n'est pas du gout de la belle-soeur de Priest: elle n'a jamais connu son père, et n'est pas un beau parti. Mais un homme, venu du Nord, prend la défense de la jeune femme, chez un coiffeur ou le nom d'Ellie May a été souillé. Ce même homme va se retrouver acusé de tentative de meurtre dans un procès qui va opposer le juge Priest, son neveu avocat, et l'opposant de Priest, procureur...

 

L'indolence, qu'elle soit assumée par Priest, ses copains vétérans de la guerre de Sécession, Jeff, le noir tellement lent que les mots qu'il tente de prononcer vont plus vite que lui (Stepin' Fetchit, un comédien noir qui s'était fait une spécialité de ce type d'auto-caricature embarrassante), est le maitre mot de ce film ou Ford prend finalement autant son temps pour installer une petite communauté que ses personnages pour siroter un Mint Julep... Bref, on est dans le Sud, un Sud certes très aseptisé: Noirs et Blancs, à 26 ans de la guerre civile, en pleine époque de ségrégation, vivent en bonne intelligence, et le juge va même à la pêche avec Jeff, chante des Spirituals avec sa bonne, etc... Mais c'est un tel bonheur de passer du temps avec ces personnages... Rogers et Ford y reviendront pour leur film suivant, Steamboat Round the bend. Outre Rogers, on verra avec plaisir des acteurs connus, dont Henry B. Walthall (En vétéran de la guerre civile), Berton Churchill 5 ans avant son rôle en Gatewood dans Stagecoach, et bien sur le grand frère Francis Ford en électron libre et saoul dans un procès. La vraie valeur d'un homme, l'honneur, et l'idée que la justice, tout comme la vérité, triomphera d'une manière ou d'une autre, grâce au bon génie de Will Rogers, accompagnent cette nouvelle incursion Fordienne en Americana...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:11

Après un film austère et concentré (La fleur de mon secret) sur le personnage d'une femme qui a bien des égards était en crise d'inspiration autant qu'en crise amoureuse, Almodovar reprend son sens des mélanges avec ce qui est une adaptation très ilibre d'une nouvelle noire de Ruth rendell. Tellement libre qu'on est devant une construction très personnelle, les liens entre les personnages sont en effet du pur Almodovar...

 

Victor (Liberto Rabal) est né à Noël 1970 à Madrid, au moment ou Franco instaurait un état d'urgence. Une jeune prostituée (Penelope Cruz) a acouché dans un bus. A la dure, le cordon obilical ayant été coupé avec les dents. Des années plus tard, devenu un jeune homme à problème, Victor a été pris en flagrant délit de menace sur une jeune toxicomane, Elena (Francesca Neri), par deux policiers en patrouille, David (Javier Bardem) et Sancho (Jose Sancho). Les deux hommes partageaient un contentieux, David couchant avec Clara (Angela Molina), l'épouse de Sancho...

 

Compliqué? pas vraiment. Ce point de départ, qui culmine dans une scène avec flingues pointés dans tous les sens, genre oblige, est clair dans sa narration, logique dans ses quiproquos. Il s'agit pour Almodovar d'installer une intrigue de vengeance, qui se déroulera ensuite d'une façon peu commune: si Victor sera motivé par la vengeance durant son passage en prison, il en déviera bien vite, et une autre vengeance se mettra en place, la vieille querelle entre Sancho et David ressurgissant quelques années après.

 

Ce film est troublant, dans la façon dont almodovar nous lance sur la fausse piste d'une vengeance pour nous montrer comment Victor en vient, un jour, à enfin coucher avec Elena, et comment ils se trouvent enfin. Comment également David, devenu paraplégique durant l'arrestation de Victor, va apprendre qui est le varitable responsable de son état. Et coment Victor, né dans un bus, et en constant apprentissage (Il n'a jamais fait l'amour avant de rencontrer Elena, reprend ses études en prison, et sollicite Clara Sancho pour lui enseigner les arts de l'amour) va enfin se réaliser... Le film noir se pare des couleurs invraisemblables du feuilleton, et on avoue, sinon une certaine impatience, en tout cas un certain scepticisme devant tout ce dispositif. Mais une scène parmi d'autres retient l'attention: l'ouverture, durant laquelle Penelope Cruz nait à Almodovar. Elle serait bientôt de retour...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 09:52

Avec ce film en forme de chronique campagnarde, Ford inaugurait en 1933 une collaboration avec le comédien vénéré de l'Amérique profonde, Will Rogers, humaniste et bon génie dans une série de films à succès produits par la Fox, dans lesquels il promenait son bon sens et son accent typiquement Sudiste, jouant les pères de famille décalés, les patriarches sages et drôles. Cette collaboration, dans laquelle la star incontestable restait Will Rogers, allait être un grand moment de la carrière de Ford, qui allait profiter de l'aubaine pour redessiner "son" amérique à la lueur de celle de Rogers, et garder un tel souvenir de l'expérience qu'il y reviendrait en 1953 pour un de ses films les plus personnels, The sun shines bright, un remake à peine déguisé de Judge priest, deuxième des trois films. Will Rogers, lui, est décédé dans le crash d'un avion en 1935.

 

Dans la petite ville de Little Winton, on jase beaucoup sur le Docteur George Bull: il semble passer beaucoup de temps auprès d'une jeune veuve, mais n'a pas des manières comme il faut; il se soucie d'améliorer le sort de gens sans le sou, mais il n'a pas la révérence nécessaire à l'égard des riches et des puissants. Mais de malade en malade, il distribue les soins humains avec coeur d'un coté, et des doses incroyables d'huile de ricin pour ceux qui n'ont besoin de rien de l'autre coté...

 

Une petite communauté, ses ragots, ses petites gens. La fonction du héros lui permet de se rendre chez l'habitant, et nous permet d'observer une Amérique dans laquelle la tolérance et l'altruisme sont bien mal répartis. Typiquement Ford et Rogers s'attachent à nous montrer une famille d'immigrants Italiens aux enfants innombrables, chez lesquels Bull en passant, fait une visite éclair, le temps d'un acouchement; ils s'amusent des ragots des vieilles rombières qui ne supportent pas de voir le bon médecin faire une cour incessante à une jeune veuve qui s'ennuierait à mourir si elle n'avait son George, montrent Andy Devine en insupportable barman hypochondriaque, ramené chez le juge avec une jeune femme qu'il a engrossé, encadrée par deux grands frères qui portent des massues; d'une manière générale, entre deux trains (Le film s'ouvre et se clôt sur l'arrivée et le départ d'un train), ils nous offrent une tranche tendre de la vie d'un village. Le naturel épatant du comédien fait mouche, le petit monde convoqué par Ford est une grande source de bonheur humaniste, pour un film qui a beau être le moins bon des trois collaborations entre le réalisateur et le comédien, on en redemande quand même.

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Published by François Massarelli - dans John Ford
25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 10:00

 

Panic room, cinquième long métrage de David Fincher, est une leçon de cinéma, et un manifeste personnel de l'art de la mise en scène selon David Fincher. D'une part, le film est un exercice de style, en matière de suspense et de tension cinématographique, qui repose sur une construction logique, basée sur un ensemble de préceptes clairs. Ensuite, le film est d'une rigueur impressionnante, tant dans l'élaboration de chaque plan, dans les choix de montage (Et de « montrage »), que dans la mise en route d'une situation dont toute image inutile est bannie. Après le manifeste punk de The fight club, Fincher affûtait ses couteaux, et se préparait à réitérer l'expérience avec Zodiac, un autre film dans lequel assurance de la mise en scène irait de pair avec rigueur et pragmatisme...

Meg et Sarah, la mère et la fille, se voient offrir par Stephan, le père richissime qui a filé avec une jeune femme, une maison qui rendra le partage de la fille par le couple séparé plus facile, à deux pas de chez lui; en plein Manhattan, c'est une demeure impressionnante, de plusieurs étages, avec ascenseurs et surtout une « panic room », un dispositif de sécurité qui permet aux habitants de se mettre instantanément à l'abri de tout danger éventuel dans une chambre forte aménagée pour tenir un siège. Et le soir de leur emménagement, l'héritier du propriétaire décédé, qui croit la maison vide (Meg a décidé de brûler les étapes et de ne pas attendre avant de s'installer), vient avec deux malfrats pour trouver un magot qui serait justement caché dans la fameuse « panic room »...

L'intrusion d'un danger dans un espace fermé, avec les figures multiples d'un jeu de cache-cache mortel, c'est un cas de figure auquel Fincher est rompu: Alien3, son premier effort, n'est que ça, Ripley affrontant cette fois un alien au milieu d'une petite planète transformée en espace pénitentiaire; Seven joue aussi sur cette notion d'enfermement, en transformant San Francisco en un lieu d'enquête claustrophobe, avec confrontation au mal absolu. The game aussi voyait un homme s'enfermer dans un système déstabilisant sur lequel il n'avait aucun contrôle... Donc Panic room est la concrétisation d'un thème cher au metteur en scène, son expression la plus pure aussi. Un film sans second degré, d'une certaine manière, dans lequel il ne faut pas chercher midi à quatorze heures... Tous les acteurs sont fantastiques, Jodie Foster en tête, qui remplaçait pourtant au pied levé Nicole Kidman.

Outre Meg (amère face à son mariage foutu en l'air) et Sarah (préado un rien cynique et diabétique), les autres personnages qui comptent dans ce film sont les cambrioleurs, parfaitement définis: nommé « Junior » du début à la fin, l'héritier (Jared Leto) est sans doute le plus caricatural, un fort en gueule qui a cru amener le plan du siècle à deux autres personnes, et qui a négligé suffisamment de détails pour que l'opération tourne à la catastrophe. Il avait prévenu Burnham (Forrest Whitaker), un technicien qui a travaillé sur la maison, précisément à l'élaboration de la « panic room », et qui a de sérieux besoins financiers, sans pour autant lui dire qu'il faisait appel à un troisième homme, un chauffeur de bus nommé Raoul (Dwight Yoakam) qui passe les trois quarts du film avec une cagoule sur le visage, et qui ne rigole pas du tout: c'est un psychopathe, d'autant plus inquiétant qu'il est laconique et que son visage est caché. Le contact ne passe pas bien entre Raoul et Burnham, celui-ci ayant des principes. L'alchimie des trois personnages commence par tirer le film vers la comédie, avec des échanges savoureux, puis le danger représenté par Raoul finit par tout emporter. Bien sur le plus humain reste Burnham, qui refuse de cautionner des meurtres, et il est d'autant plus amer qu'il va constamment à l'encontre de ses principes. Une scène le voit aider Sarah qui a besoin d'une piqûre d'insuline, le rapport est étrangement facile entre eux...

Dès le départ, le générique inscrit les nom des acteurs, techniciens et participants du film à hauteur d'immeuble, dans des vues majestueuses de Manhattan, puis on assiste à l'arrivée de Meg (Jodie Foster) et Sarah (Kristen Stewart) à la maison en compagnie d'un agent immobilier afin de visiter. On ne quittera plus la maison jusqu'à la fin, tout le script de David Koepp s'organisant autour de cette fameuse soirée qui va virer au cauchemar pour la mère et la fille. Le réalisateur s'est plu à donner à ses caméras une mission: celle d'alterner en les liant les points de vue (Divergents, on l'a vu) des trois cambrioleurs, ceux des deux femmes, Meg en particulier, ceux enfin... de la maison. L'intrusion des hommes est en effet vécue de l'intérieur, sans que Meg le sache, et la caméra virevolte d'une pièce à l'autre au fur et à mesure de l'avancée des intrus. Fincher a effectué quelques clins d'oeil à ce sujet, passant d'une façade à l'autre en passant par tous les objets, allant jusqu'au fond d'une serrure où on voit une clé qui tente de faire son office, etc... Cette virtuosité se sent aussi dans la façon d'envelopper les personnages, de les cadrer au plus près, toujours au meilleur endroit pour appréhender aussi bien l'action en elle-même que les pensées des personnages. Il se place aussi en maître du temps, en ralentissant à un moment crucial l'action jusqu'à l'extrême, se faisant l'impasse au passage sur des dialogues jugés redondants ou inutiles (Le moment ou Meg, retranchée avec Sarah dans la "panic room", tente une sortie pour récupérer son portable alors que les trois hommes sont dans l'escalier à débattre). Enfin, il manifeste son contrôle absolu d'une situation où les deux camps sont bien sur un peu metteurs en scène eux-mêmes, la maison étant bien entendu dotée de nombreuses caméras et d'un circuit vidéo interne, dont les écrans sont évidemment dans la chambre forte. Le film est totalement dominé par la mise en scène de Fincher, qui savait ce qu'il voulait au point de remplacer le directeur de la hotographie Darius Khondji (Son complice de Seven) par Conrad Hall, Khondji n'ayant aucune envie de n'être qu'un participant au projet, dont Fincher refusait de laisser la moindre parcelle de responsabilité sur l'image...

Un hommage discret à Hitchcock, au moment où nous entrons dans la maison? Un homme assez corpulent, d'age moyen avec une moue boudeuse passe dans la rue alors que Meg et Sarah entrent dans la maison pour la première fois. Pas un hasard, ni un caprice, juste une façon, sans doute, d'annoncer que le jeune metteur en scène a relevé le gant. J'en suis pour ma part persuadé, et la suite de sa carrière l'a prouvé, David Fincher est l'un des plus importants metteurs en scène du cinéma actuel.

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Published by François Massarelli - dans David Fincher Jodie Foster
23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 10:45

Réalisé dans la foulée de son grand classique A star is born, avec Fredric March et Janet Gaynor, Wellman retrouve les studios Selznick et son acteur principal pour une comédie cette fois. Mais ce qui frappe, c'est bien sur Carole Lombard, comédienne survoltée rompue à un style de comédie qu'elle a quasiment contribué à définir dans le mythique Twentieth century de Howard Hawks. La comédie loufoque, ou screwball comedy en Anglais, c'est bien sur 'un des genres rois de cette fin des années 30. On n'y attend sans doute pas le bourru Wellman, en oubliant que "Wild Bill" savait tout faire. Un autre atout de ce film, c'est la présence de la couleur, via le système Technicolor trois bandes, désormais en route vers la gloire et le prestige que lui apporteront Gone with the wind (des mêmes studios Selznick, réalisé par Victor Fleming, en 1939) et The Wizard of Oz (MGM, Réalisé également par Fleming, en 1939). Mais n'oublions pas que la couleur est déja là, depuis les années 20, et qu'en cette fin de décennie, il y a déja eu Snow White and the seven dwarfs, Becky Sharp, ou Doctor X. Mais ce qui est nouveau, en revanche, c'est justement de tourner une comédie en couleurs... A ce niveau, la copie visionnée est splendide: les couleurs de New York en particulier dans les scènes nocturnes, se voient avec délectation...

 

Un reporter prêt à tout, Wallace Cook (March) se rend à Warsaw, Vermont pour y dénicher Hazel Flagg (Lombard), une jolie jeune femme blonde à laquelle on a diagnostiqué un empoisonnement au radium. Il souhaite faire une série d'articles sur les derniers jours de la jeune femme, sans savoir qu'Hazel a en fait une santé de fer, et un médecin (Charles Winninger) qui s'est un peu hasardé dans son jugement. Mais désireuse de voir New York à tout prix, la jeune femme part, son médecin prié de garder le silence sous le bras, vers la grande ville, ou elle va être accueillie comme une héroïne des temps modernes, par la presse, les politiciens, et le monde du spectacle.

 

Carole Lombard est donc l'attraction principale, et elle ne se retient absolument pas de faire ce qu'on attend d'elle. Boule d'énergie, il y a de l'ironie à la voir jouer quelqu'un qui est suposé être à l'article de la mort. Mais le film n'est pas qu'une brillante mise en relation de caractères et d'énergies, comme souvent dans ces superbes comédies. Non, il y a un thème ici, celui de la vérité, qui finira toujours par sortir... Vraiment? Ici, tout le monde ment: Cook est un journaliste qui croit certes dur comme fer à la maladie de sa protégée, mais il ne change pas sa ligne d'un iota au moment ou il aprend le pot-aux-roses. Hazel bien sur ment sur toute la ligne, d'abord pour profiter des avantages, ensuite parce qu'elle est trop embarrassée pour dire la vérité. Le médecin est dans ce cas aussi, et le patron de presse (Walter Connolly) est habitué des coups fourrés; Nothing is sacred, rien n'est sacré, surtout pas la vérité. Wellman construit son film sur la tendance de la presse au mythe, c'est à dire au vide. Comme pour mettre cette tendance en valeur, il se plait d'aileurs à tourner des scènes durant lesquelles il masque ce qu'il faut montrer, une vieille habitude (On se rappelle de la fusillade hors-champ dans The public enemy): la première entrevue en tête à tête des deux héros, à Warsaw, se situe derrière une opportune branche d'arbre qui dissimule leurs visages. Comme en écho, le moment ou ils s'avouent leur amour (Mais pas le subterfuge qui les unit) est filmé de l'extérieur d'une caisse ou ils se sont réfugiés après un bain forcé dans l'East River... Le metteur en scène, d'humeur vacharde comme on le sait, se paie aussi le luxe d'ajouter sa version des rapports compliqués entre la campagne et la ville, mais pas en opposant comme Capra le faisait la corruption citadine à la simplicité campagnarde. Après tout le mensonge vient ici du village, et d'un caprice de gamine. Il en rajoute en montrant l'hostilité de tout le village à l'égard de cet étranger qui déchaine l'imagination féroce des enfants contre lui...

 

Cerise sur le gateau: Kino a sorti ce film en Blu-ray dans une copie restaurée, pour une oeuvre qui est tombée dans le domaine public ("Tomber" est le verbe approprié), on a doit à une copie fort belle, les restauraeurs n'ayant pas essayé de faire passer le film pour plus jeune qu'il n'est. il y a des rayures, c'est manifestement un vieux film, mais la patine, ses couleurs travaillées sont extrêmement engageantes. Beau comme la vérité qui sort de la rivière...

 

http://www.dvdbeaver.com/film3/blu-ray_reviews55/nothing_sacred_blu-ray.htm

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Published by François Massarelli - dans William Wellman
22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 10:47

 

Après avoir réussi, de façon éclatante, une métaphore du rêve Américain et de l'ascension sociale (Safety last!), Harold Lloyd et son équipe (Les réalisateurs Newmeyer et Taylor, les scénaristes Tim whelan et Ted Wilde, tous ces gens partageant également la casquette de gagmen) sont revenus à un type de situation et de personnage qui renvoie à A sailor made man, ainsi que Grandma's boy, et de fait ils ont ainsi raffiné une formule qui resservirait, qu'on en juge: Girl Shy (1924), The Freshman (1925), For heaven's sake (1926) et The kid brother (1927) seront tous des variations sur le même modèle: un homme inadapté à une situation va finalement se découvrir et se révéler en puisant en lui des ressources insoupçonnées, lui permettant enfin de s'affirmer. Les obstacles à cette découverte du vrai soi, après l'oisiveté des riches dans A sailor made man, et la lâcheté de Grandma's boy, seront toujours différents: bégaiement (Girl shy), timidité et gaucherie (The Freshman), égoïsme et incommunicabilité (For heaven's sake), et enfin un environnement familial étouffant (The kid brother).

 

Ici, le problème renvoie un peu au personnage de A sailor made man. Harold Van Pelham est un hypochondriaque savamment entretenu à coup de pilules par son médecin, qui part pour une ile paradisiaque passer des vacances réparatrices. Il est accompagné de son valet et d'une infirmière personelle, qui est secrètement aoureuse de lui. Chaque changement en lui étant source d'inquiétude, il n'a jamais pris le risque de réaliser ses propres sentiments, et comme en plus il est riche et épouvantablement distrait, il ne peut s'apercevoir de rien. D'ailleurs, lorsqu'il arrive à Paradiso, une révolution vient juste d'éclater, mais Harold prendra au moins 30 minutes à comprendre la situation, croyant même qu'on le conduit à son hôtel sous escorte lorsqu'il est envoyé en prison par les nouveaux maitres de l'île...

 

L'hypochondrie du personnage n'est finalement qu'une part de son problème; le principal écueil pour que le personnage s'ouvre aux autres, c'est sa richesse, son insupportable côté enfant gâté. Mais le génie de Lloyd, qui était un grand acteur, n'ayant jamais peur de varier ses personnages, lui permet de réussir à fédérer les spectateurs derière son insuportable Van Pelham... Sa naiveté à l'égard du monde qui l'entoure est plus ou moins celle d'un enfant, qui ne se rend pas compte que l'habitant qui semble faire une révérence est en fait un homme qu'on vient d'assommer, qui prend les gestes d'une femme qui essaie de retenir la chute d'un home blessé pour une danse spontanée et improvisée en pleine rue, et se met à applaudir à tout rompre... Ces gags situés dans la première demi-heure sont justement célèbres. L'art du trompe-l'oeil est ici utilisé aux dépens du personnage et non du spectateur...

 

Si le film renvoie tout de même, avec son île et sa révolution de pacotille, au grotesque de certains des courts métrages parmi les moins bons (On pense parfois à His royal Slyness), le film est malgré tout sauvé par une construction logique et la création de personnages qui sont solides. Outre Van Pelham et les chefs de la révolution (On y reconnaît le versatile Leo White, pear exemple), on fait la connaissance de John Aasen, un géant de 2m20 qui joue un rôle important aux cotés de Van Pelham, et dont la complicité va lui rendre bien des services. Mais conforme aux mythe du bon géant, ce n'est pas l'intelligence qui l'étouffe. Par contre, jetée en pleine révolution, l'infirmière va se révéler efficace et va prendre la résolution de profiter des circonstances pour prouver à Harold qu'il n'est pas malade, qu'il n'a pas besoin de ses sacrées pilules, et qu'ils sont faits l'un pour l'autre. De son costume d'infirmière, rhabillée avec des habits locaux, la nouvelle leading lady Jobyna Ralston va se révéler beaucoup plus capable que Mildred Davis, qui à ce moment était désormais l'épouse, et non la partenaire du chef. Si Mildred a pu payer un peu plus de sa personne notamment dans Dr Jack, elle était généralement passive, mais Jobyna sera souvent une partenaire à égalité, volontaire et bien souvent plus lucide qu'Harold. Ici, elle porte une grande part de responsabilité dans les idées délirantes des trois héros pour triompher des révolutionnaires...

 

On a souvent comparé Lloyd à Fairbanks, notamment pour l'optimisme de ses courts métrages. Avec ce film, on voit quand même que l'optimisme de lloyd est largement soumis à des circonstances dans lesquelles le personnage doit trouver sa voie. Ces circonstances sont très clairement dues à la rencontre, avec Jobyna, mais aussi avec Colosso le géant. Doug aurait été seul, dans des films comme His majesty the American. Du reste, quand Doug jouait les benêts, il était dur de le croire. Harold, lui, s'en sort bien. Après ce film, il a effectué le grand saut vers l'indépendance... En attendant, même si on voit bien que ce n'est pas son meilleur film, on prend bien du plaisir avec cette superbe construction burlesque, qui se clôt sur un retour à a vie citadine, dans laquelle le bon géant a d'ailleurs un rôle à jouer, fut-il subalterne...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1923 Sam Taylor * Jobyna Ralston
20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 18:35

Harold Lloyd a quitté la petite ville de Great Bend, pour devenir quelqu'un dans la grande ville. Il a promis à sa fiancée Mildred de devenir important rapidement, afin qu'ils puissent se marier. Mais la réalité ne lui permer pas de monter si vite les échelons du magasin ou il travaille, et il est un simple vendeur au rayon tissus. Lorsqu'elle vient le visiter, il a toutes les peines du monde à la maintenir dans son ilusion, c'est la raison pour laquelle il saute sur l'occasion qui se présente, lorsque ses patrons cherchent un coup publicitaire pour faire bondir leurs ventes, il leur propose de demander à un de ses copains, un ouvrier qui travaille dans la construction de gratte-ciels, et qui n'a pas la moindre complexe à grimper sur les façades des buildings, d'escalader l'immeuble du grand magasin afin de provoquer une affluence record. Mais le jour venu, le copain a maille à partir avec un policier, et c'est à Harold de remplir le contrat s'il veut vraiment monter en grade...

Ce film est bien sûr le plus connu de tous les longs métrages de Lloyd, et on peut sans aaucun doute facilement le comprendre. Au coeur du film, la fameuse ascension, cette icone du muet, qui fait penser à bien des gens que Lloyd est une sorte de super-cascadeur, ce qu'il n'était pas, ou que tous ses films ne sont qu'un enchainement d'acrobaties. Le fait que Lloyd ait été particulièrement fier de cette séquence, l'ait souvent montrée hors contexte, a bien sur été un facteur déterminant. Mais voir le long métrage entier dans la continuité de ses 73 minutes, c'est toujours une occasion splendide de toucher du doigt le génie d'Harold Lloyd. On mentionnera une bonne fois pour toutes deux faits: d'une part, le comédien a perdu des doigts de sa main droite, ici cachée sous un gant qui la reconstitue: certaines scènes ont du être plutôt compliquées à tourner; ensuite, contrairement à la légende, ce n'est pas le comédien qui a fait toute cette impressionnante scène, mais tous les plans généraux de l'immeuble ont été tournés avec le cascadeur Bill Strothers qui joue le copain de Lloyd dans le film... La substitution de l'histoire est en fait inversée durant le tournage. Sinon, bien sur la topographie particulière de la Californie a permis à l'équipe de tourner les plans rapprochés de Lloyd qui grimpe en trompe-l'oeil. Mais c'est tellement bien fait! L'idée en était venue à Lloyd lorsqu'il avait vu un cascadeur escalader un immeuble en pleine ville; rendu conscient du suspense inévitable inhérent à ce genre d'activité, il avait eu l'idée d'en faire un film. Le nom du cascadeur? Bill Strothers...

Il est sans doute un rien facile de le dire, mais ce nouveau long métrage fait partie d'une petite liste, précieuse, de films parfaits: la construction, qui culmine à tous les sens du terme dans cette fameuse scène d'ascension, les gags superbes et riches, et nombreux, les enjeux qui collent si bien aux années 20, et le timing de tous les comédiens, Lloyd en tête, tout concourt à faire du film une réussite. De plus, si on était dans les deux longs métrages de Lloyd devant une glorification tranquille d'une certaine idée de la vie rurale, ici le sujet est bien sur axé sur la vie citadine, et sur une certaine idée du rêve Américain, et l'ascension sociale si simplement et si efficacement symbolisée par cette ascension réelle. 

Cette montée sur l'échelle sociale, festival de gags parfaitement enchainés, a été pour Lloyd si importante que le tournage (Durant l'été 1922) a commencé par ces scènes, avant de faire le reste, brillant, mais plus routinier. Lloyd a ensuite attendu le premier avril 1923 pour le sortir, ce qui lui a permis de raffiner son film à travers le système de previews dont il était l'inventeur. Comme de juste, sortant son film un premier avril, il a d'ailleurs commencé le long métrage par un des ses trompe-l'oeil qu'il affectionnait tant: tout concourt à fare croire que le jeune homme est condamné à mort et va être pendu, alors que lorsque la caméra s'éloigne elle révèle qu'il est juste dans une gare, derrière une barrière, le noeud coulant pris pour celui de l'échafaud étant un dispositif par lequel les postiers accrochent le courrier à prendre... Le film est le dernier pour lequel Lloyd joue avec sa future épouse Mildred Davis. Devenue Mme Lloyd, elle laissera sa place sur l'écran à la délicieuse Jobyna Ralston. Sinon, le succès énorme de ce film dont Lloyd a assumé toute la production sera sans doute déterminant dans sa décision de partir de Rolin Productions, le studio d'Hal roach, afin de tourner ses films en indépendance totale. Une page se tourne bientôt... Mais quel beau film!! La quintessence de l'art de Harold Lloyd, tout simplement.

 

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1923 Sam Taylor Criterion **
19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 16:55

Donc, pour finir, il convient d'abord de passer par ce mauvais film, une comédie romantique qu'il a cru bon de réaliser afin de reprendre pied dans le cinéma mondial, avec des stars pour changer... La médiocrité du film est un fait assez facile à remarquer, je dirais qu'il suffit de le voir pour s'en rendre compte; le cinéaste abandonne la rigueur sèche de son style pour meubler son film(Qui réussit le tour de force d'être supposé se passer sur un bateau, mais qui est à 95% situé dans d'hermétiques cabines sans âme qui pourraient aussi bien être d'hypothétiques chambres d'hôtel) en multipliant les angles de prise de vue d'une façon inattendue et assez gauche. D'autre part le dialogue prend de la place, et si le metteur en scène a choisi des acteurs de renom pour peupler son film, il n'en a pas moins dirigé chaque geste, chaque virgule, et si dans le cas de Sophia Loren elle ne s'en sort pas trop mal, c'est franchement gênant en ce qui concerne Brando, et pire encore avec Tippi Hedren, qui est un glaçon sans vie. Enfin, le scénario n'a pas grand intérêt:

Un diplomate Américain quitte Hong Kong et rentre chez lui, vers sa carrière prometteuse et son mariage détruit. Durant la croisière, il se lie avec une passagère clandestine, une Russe Blanche réduite à la semi-prostitution. il faut la cacher, puis réussir à la faire paser aux Etats-unis, au nez et à la barbe de la douane, des services d'immigration et de l'épouse légitime.

 

Chaplin, je pense, a survécu au muet; s'il a fait du cinéma dans les années qui ont suivi l'arrêt de ce style dont il était l'un des plus brillants représentants, force est de constater qu'il a perdu beaucoup. Mais passé Limelight, il a aussi du composer avec des circonstances qui ne lui convenaient pas: au lieu de tourner dans ses studios, à son rythme, il a du se compromettre en tournant plus vite dans des lieux pas toujours appropriés, deux films. A king in New York passait encore, et la satire qu'il proposait montrait qu'il n'avait pas perdu sa rancoeur à l'égard des Etats-Unis, mais ce nouveau film en forme d'exil perpétuel montre que les sentiments ont évolué. Bien sur, il s'en prend au culte de la richesse, mais tape aussi bien sur les Britanniques, par le biais de riches désoeuvrées qui sont bien idiotes, que sur les américains via l'épouse de Ogden, le personnage de Brando. Et tous ces personnages en quête d'un nouveau souffle nous rappellent que tous sont des ex: Ogden Mears, le diplomate, n'y croit plus, et Natascha est une comtesse d'un pays qui ne veut plus d'elle et de ses semblables. Après tout tous ces gens rentrent aux Etats-Unis, un message subliminal de la part de l'ex-roi d'Hollywood?

 

Celui-ci apparait dans on film, mais il est clair que la vieillesse est  là. De même, il a perdu son oeil exceptionnel pour le placement de la caméra, et c'est un crève-coeur que de le voir essayer de rendre drôle ce qui ne l'est pas, en demandant à Brando de roter aussi souvent que possible, en jouant le jeu d'une comédie de boulevard à coup de sonnettes intempestives et de portes qui claquent. Sans oublier l'humour autour de la saoulographie d'un personnage de majordome (Patrick cargill, qui sauve pourtant quelques scènes du film). Bref: Chaplin a réussi à exercer son métier durant 52 années, il faut forcément s'en réjouir. Que son dernier film soit médiocre, c'est une évidence, mais tant pis, au moins, il pu essayer de se maintenir à flot jusqu'au bout. Après ce film, il n'a plus rien fait de nouveau, a essayé de réexploiter certains de ses films, avec succès, a taillé dedans, ce qu'on est en droit de désapprouver, a recueilli enfin l'admiration de ses pairs à hollywood, dans une cérémonie émouvante, et nous a fait en 1975 le pire cadeau de Noêl de tous les temps... Oubliez ce film, mais quoi qu'il arrive, Chaplin est un génie, un mythe, un géant.

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Navets
17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 17:56

J'aime bien Salvadori: ses films sont bien interprétés, ce que je dirais d'assez peu de film Français. sa mise en scène est un subtil alliage d'observation et  d'écriture, et il sait mettre en scène des silences... Et les alliages entre personnages qu'il met en scène sont du plus haut comique...

 

Ménage (1992)

Cible émouvante (1993)

De plus il n'a pas son pareil pour définir un personnage rongé par la maniaquerie, confronté à son pire cauchemar: l'imprévu. C'est d'ailleurs le sujet de ces deux premiers films, un court et un long, interprété par le grand Jean Rochefort, le grand (1m85) Guillaume Depardieu, et feu la belle Marie Trintignant. Le mélange entre le tueur et deux imprévus humains est souvent source d'un comique qui réussit à être tendre, y compris en parlant de l'approche de la mort...

 

Les apprentis (1995)

 

C'est avec ce film que Salvadori a vraiment percé, en 1995. Deux inadaptés, dans la débrouille, entre mythomanie et dépression: le fil du rasoir selon Pierre Salvadori, soit un disciple de Lubitsch qui sait mener des personnages qu'on aime dans des films qu'on aime... Pourtant, le film est moins attachant que les autres, le recentrage sur l'amitié d'abord et la débrouille font du film une sorte de film Français assez traditionnel, avec son mélange de système D et d'humour triste.

 

Comme elle respire (1997)

 

Le film préféré de Salvadori dans ceux qu'il a fait, et une étonnante construction, qui privilégie un humour burlesque et bon-enfant avant de laisser la gravité de la maladie mentale (Mythomanie ici) prendre le dessus. Au fait, on n'est pas très loin de la méchanceté feutrée de Hors de prix, ici... Avec feu Marie Trintignant. La mythomanie rejoint la maniaqueraie de Jean Rochefort (Cible émouvante), et sera bientôt accompagnée de nombreux menteurs...

 

Les marchands de sable (2000)

 

Avec ce qui reste l'unique drame ou film noir de sa carrière, le Lubitschien Salvadori a sans doute voulu montrer sa versatilité, déja visible dans la mélancolie profonde de son film précédent, Comme elle respire. Si l'intrigue avance de façon dynamique et prenante, avec suffisamment de suspense pour soutenir l'intérêt, le film est plombé par ses dialogues, hum, Français. 'Casse-toi, pôv' con', 'Mais kess tu fais? Déconne pas, quoi', ou encore 'Laisse moi réfléchir, merde!'. Pauvre, pauvre...

 

Après vous (2003)

 

L'un des meilleurs, une comédie sentimentale forcément, après l'échec de son film noir. un personnage bien intentionné s'enfonce dans le mensonge parce qu'il est trop gentil, d'une part pour dire non, d'autre part pour dire la vérité... Là encore, les acteurs excellent, et le dialogue pétille sans jamais prendre toute la place...

http://allenjohn.over-blog.com/article-apres-vous-pierre-salvadori-2003-72902437.html

 

Hors de prix (2006)

 

Les aventures de deux jeunes gens amoureux l'un de l'autre, mais dont la principale source de revenus est de vivre au crochet de gens seuls et très riches... Excellente source de comédie, et des acteurs à la hauteur du défi. Mais une noirceur sous-jacente et une vraie gravité se cachent derrière la gouaille d'Audrey Tautou et le côté lunaire de Gad Elmaleh... Mais, une fois de plus ces gens mentent!! Ils en vivent, même.

 

De vrais mensonges (2010)

 

Emilie a un admirateur secret, dont elle reçoit un jour une lettre brûlante d'amour. elle choisit tout simplement d'ignorer celle-ci, et de ne pas chercher à connaitre son admirateur... Mais lorsqu'elle demande à cet homme qu'elle côtoie tous les jours de se dévouer pour faire semblant d'être l'admirateur secret de sa mère, dépressive et en quête d'amour, les limites du tranquille ne tardent pas à être franchies. Souvent drôle, mais parfois grave, une comédie subtile de plus d'un admirateur de Lubitsch, avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, et l'excellent Sami Bouajila en victime expiatoire des égarements de la femme qu'il aime... En Anglais, le film est connu sous un joli titre: Beautiful lies... Les menteurs, il y en a beaucoup dans le cinéma de Pierre Salvadori... Il y en aura peut-être d'autres. Au moment ou triomphe The artist, de Michel Hazanavicius, il convient de rappeler que les Anglo-Saxons plébiscitent de nouveau la comédie Française de qualité, et c'est justement vers ce film que s'est portée leur attention: il a eu semble-t-il plus de succès à l'étranger que chez nous.

 

Vivement la suite!

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori
16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 10:01

L'un de mes films préférés. Un jour, lisant un article prouvant que les rats ont une sorte de télépathie atavique, qui permet à un rat Européen de savoir instinctivement quel danger est représenté par un poison développé aux Etats-Unis, et s'en préserver, Kieslowski développe le scénario le plus délirant du monde: deux jeunes femmes sont nées en même temps, à des kilomètres de distance, et sont le double parfait l'une de l'autre. Sauf que l'une est Polonaise, et l'autre Française, que l'une va vivre, grâce à l'expérience de l'autre, et l'autre mourir dans une scène transgressive qui mêle de façon provocante mort et sexe, funérailles et rapports intimes, jouissance et tristesse. Interrogé au sujet de cette étonnante idée de leurrer le public en tuant une héroïne dès la première demi-heure, Kieslowski répondait par une pirouette qu'il avait fait son Psychose, voilà tout...

Le mystère reste entier, dans ce film, on ne vous expliquera rien, mais chaque vision révèle un peu plus de beautés, et cette étude à fleur de peau de l'âme féminine se transforme un peu plus en une chronique des rapports humains. Pourquoi est-on avec les autres, quelles chances a-t-on de leur apporter quelque chose, quel but poursuivent les autres dans leur rapport à nous-même, et pourquoi aime-t-on? Voilà quelques-unes des questions qui sont abordées visuellement dans ce film, emporté par une Irène Jacob qui joue le rôle de sa vie. Encore aujourd'hui, dans la rue, les gens l'appellent Véronique... Ou Weronika. 

On sait que Kieslowski, ouvert à toutes les propositions des acteurs durant les tournages, habitué à fonctionner en collaboration avec tous les techniciens, mais sûr de ce qu'il voulait obtenir, finissait toujours par bloquer au montage, un ensemble de décisions difficiles pour lui. Ce film aujourd'hui fermé par le fait d'être sorti, d'avoir été vu, et d'être désormais propriété intime de tous ceux qui l'ont aimé, a posé tellement de problèmes qu'il a failli le sortir sous plusieurs formes, dans dix-sept montages différents. Des pans entiers, des histoires parallèles, des scènes qui vont dans un sens puis dans l'autre... On l'a échappé belle, mais c'est aussi la définition de son cinéma depuis l'étrange film Le hasard (1984): chaque scène, comme chaque être, renferme son lot de possibilités, sa part d'hypothèses. Véronique et Weronika en sont donc deux.

Le film est beau, non seulement esthétiquement (Avec une responsabilité très forte du chef-opérateur Slawomir Idziak dont l'utilisation de filtres dorés dans certaines scènes leur confère un aspect inoubliable), mais aussi par sa mise en scène à la fois totalement maîtrisée, et ouverte: un jeu sur l'oeil, le regard, d'une grande cohérence, et bien sûr le refus d'imposer quoi que ce soit. Une transition parfaite pour le passage du metteur en scène de la Pologne vers l'Europe, mais aussi le début d'une nouvelle ère d'internationalisation du cinéma...

 

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Published by François Massarelli - dans Krzysztof Kieslowski Criterion