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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 09:47

Clara Bow n'était pas qu'une star en devenir en 1927: elle était naturellement jolie et exubérante, il fallait bien qu'un jour ou l'autre elle ait la vedette d'un film. Fleming était aguerri avec ses films pour Douglas Fairbanks, il insufflait une énergie fantastique à ses films: à Hawaii, Hula Calhoun (Bow) a grandi avec les manières des indigènes, et lorsqu'elle voit un homme, un vrai (Clive Brook), elle jette son dévolu sur lui, même si'il est marié. Elle va tout tenter (Du moins ce qu'un film Paramount de 1926 lui autorise). Va-t-elle parvenir à ses fins? 

Disons qu'elle n'y va pas de main morte: elle lui tend des pièges gros comme une maison, finit toujours par se retrouver dans ses bras, et Fleming utilise toutes les ressources de l'euphémisme cinématographique pour nous faire comprendre qu'il ne faudrait pas trop les laisser seuls très longtemps: on voit une cafetière laissée à bouillir à un moment, dont le café déborde dans tous les sens... 

Bref: l'énergie, voila le maître mot; le scénario ne vaut pas grand chose, avec un enjeu simple: ce n'est pas qu'Anthony ne veut pas de Hula, c'est juste qu'il veut rester noble. Etant marié, certes sans amour, il ne souhaite pas profiter de la sitution. Mais Hula va bien sur tout faire, en parfaite dame du jazz age, pour qu'il profite de la situation. En vérité, ce qui compte bien sur, c'est Clara Bow, ses manières, sa danse, son sans-gène, et bien sur son bain sans pudeur, qui prouve dès l'ouverture du film qu'une actrice savait se mouiller à l'époque du muet. Rigolo... Victor Fleming, qu'on imagine en grosse brute du baroud, a toujours été particulièrement à l'aise avec les actrices, on peut en juger avec Ingrid Bergman, Vivien Leigh ou Jean Harlow. et bien sur avec Miss Bow. Toutefois, si on peut voir le film aujourd'hui, on aimerait le voir aussi dans une copie décente, mais ça...

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Published by Allen john - dans Muet Victor Fleming Comédie Clara Bow 1927 **
16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 09:41

Trichons un peu, le film étant par certains cotés indissociable des deux précédents de la trilogie; contrairement au film Ocean's 11, de Lewis Milestone (1960), le projet de Soderbergh était à l'origine de réaliser un film grand public expérimental, qui incorpore ses réflexions habituelles sur les stratégies de manipulation, le point de vue et surtout la mise en scène. Confiné à Las Vegas, le film se concentre sur le casse, mis en abyme avec humour, et se voit récompensé par un triomphe public.

Ocean's twelve est une tentative de recycler le projet en faisant le contraire: après l'attaque, les 11 doivent se défendre, ils délaissent Las Vegas pour le reste du monde, et le metteur en scène intègre une structure à la Alain Resnais (Son réalisateur favori) en mélangeant la chronologie. Le public suit, mais a du mal, devant ce qui reste le film le moins abouti de la série.
Ocean's thirteen, donc, voit nos amis renouer avec les situations des deux premiers films, dans un bilan très complet (Seules évacuées, les intrigues sentimentales ne pouvaient être intégrées faute de Julia Roberts et de Catherine Zeta-Jones): Retour donc à Las Vegas, retour à l'arnaque à gros cigare, mais cette-fois ci il s'agit d'une vengeance: Reuben Tishkoff (Elliott Gould) a failli mourir, on va faire payer le responsable... Au final, le dispositif habituel joue en permanence avec ce que voit le spectateur, ou avec ce qu'il a cru voir; la chronologie est globalement respectée, mais on effectue de petits retours en arrière ça et là; l'assimilation du casse à un film est encore plus forte que d'habitude, après tout chacun dans ce groupe de malfrats remplit un rôle; Clooney, what else, incarne en quelque sorte le rôle principal, et chaque spécialiste remplit efficacement sa partie dans son coin. Un clin d'oeil à ces équipes de cinéma, d'autant plus amusant quand on sait que Soderbergh est à la fois réalisateur, directeur de la photo et monteur, et producteur de ses films... De même nos cambrioleurs sont ils metteurs en scène, scénaristes, monteurs, spécialistes en effets spéciaux et acteurs de leur casse géant. Ils recherchent même un "producteur", en la personne de Benedict, qui va financer le projet...Donc Steven Soderbergh, réalisateur indispensable à la bonne tenue du cinéma Américain, a inventé le concept de blockbuster-éprouvette, dont ce Ocean's thirteen (Généralement décrié un peu partout) est assurément un bel exemple.

Maintenant, si je puis me permettre un petit ajout en forme d'actualisation: ça m'a échappé à l'époque, mais il me semble qu'Al Pacino a reçu pour mission d'interpréter un millionnaire sans aucun scrupules, avec des moyens démesurés, aucune culture, un complexe écrasant de supériorité, une méchanceté crasse, et... des cheveux rigolos (il est teint en roux et ça ne lui va pas du tout). Il incarne le mal Américain dans toute sa splendeur, et... il ne vous rappelle pas quelqu'un?

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh George Clooney
15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 18:17

C'est toujours intéressant de se repencher a posteriori sur tel ou tel film. Celui-ci, par exemple, devenu un réel classique, presqu'une évidence, et qui est situé dans la carrière de Scott avant une décennie de vide avant le grand retour de Gladiator. Thelma & Louise a bien failli ne pas se faire! Trop spécial, trop ouvertement différent, et avec un étrange happy ending en forme de tragédie!

Mais aujourd'hui, on y voit clair: non seulement ce film est un classique, mais il est aussi l'une des riches heures du cinéma Américain de ces trente dernières années. Il a non seulement recyclé avec bonheur des aspects de divers genres, mais il a aussi été à l'origine d'une relecture des rapports hommes-femmes au cinéma. Ca tombe bien: c'est le principal thème de cette cavale magnifique, cette fuite en avant de deux femmes qui se découvrent une deuxième nature de rebelles...

Thelma et Louise, donc, quittent leur trou de l'Arkansas pour un week-end de folie; Louise est seule (Ou du moins, c'est compliqué...), mais Thelma est mariée à un crétin, qui manifestement la trompe et la brime de toutes les façons. Elle ne l'a donc pas prévenu de son escapade, qu'elle considère comme son petit geste de résistance... seulement l'équipée devient vite sauvage: les deux femmes sont en effet confrontées à un dragueur invétéré qui va tenter de violer Thelma sur le capot d'une voiture, ce qui va pousser la très chatouilleuse Louise à le flinguer à bout portant. Les deux femmes se lancent alors dans une cavale à travers l'oklahoma, puis le Nouveau Mexique, enfin l'Arizona. Elles prennent de l'assurance, et tant qu'à faire vont multiplier les pieds de nez à la loi...

Pour commencer, bien sûr, on est face à un casting fabuleux: deux femmes, pas plus, sont ici présentes avec un rôle conséquent, même si l'apparition d'une serveuse sert à orienter la perspective du spectateur, ainsi que celle du policier en charge de l'affaire, dont l'épouse jouée par Catherine Keener a été coupée au montage. Non, Scott laisse à Susan Sarandon (Louise) et Geena Davis (Thelma, son meilleur rôle) le soin d'incarner une certaine vision dela réalisation d'un idéal symboliquement féministe...

Louise, de prime abord, est le moteur des deux amies, se positionnant facilement en personne plus agée: on voit ça lors de sa première apparition, lorsqu'elle dit à des jeunes clientes qu'elles sont sans doute trop jeunes pour fumer, ce qui ne l'empêche pourtant pas d'en griller une ensuite à la première occasion. En écho à cette scène, on apprendra le fin mot quant à son histoire: Louise a quitté le Texas, pour avoir tiré sur un homme qui la menaçait, ou l'avait violée; elle ne donnera jamais complètement sa vision de l'histoire...

De son coté, Thelma est au début, à tous points de vue, sous la coupe de sa copine, et on sent à quel point elle a besoin de cette escapade, tant son mari Darryl est une insupportable andouille. Le film prend en ce qui la concerne des allures de voyage initiatique (Première cigarette, premier adultère, premier orgasme, et premier casse!!). Mais c'est elle qui va réellement imprimer à leur fuite sa véritable nature lorsqu'elle se rend responsable de la perte de leur argent, elle prend sur elle d'improviser un cambriolage, et va ensuite devenir le moteur du couple en matière d'illégalité, toujours teintée d'une vengeance toute féminine.

Cette tendance à vouloir venger la femme culmine dans une scène des plus jubilatoires, lorsque les deux jeunes femmes font exploser le camion-citerne d'un routier obsédé sexuel de la pire espèce, afin de lui faire regretter de leur avoir manqué de respect, comme du reste à toutes les femmes. Les deux femmes incarnent par ailleurs leur transformation en passant de leur parure typiquement Américaine (ultra-maquillées) à ce look rugueux, mis en avant par les très nombreuses scènes durant lesquelles elles utilisent un miroir, ou changent aussi consciemment que possible de toilette. Dans les scènes finales Thelma porte comme un trophée la casquette ridicule enlevée au routier dégoutant dont elles ont fait sauter le camion. Plus que l'éternel féminin, ces scènes symbolisent leur métamorphose consciente en révolutionnaires.

Les hommes, dans ce film, n'en mènent pas large: Darryl, bien sur, est un VRP qui ment à sa femme en lui interdisant de s'amuser; Harlan (Timothy Carhart), le violeur, passe sans honte ni remords des mots doux aux baffes puis au viol; personne parmi les protagonistes ni la police n'aura le mondre mot de respect suite à son meurtre par Louise. J.D. (Brad Pitt), un jeune auto-stoppeur pris par Louise pour faire plaisir à Thelma qui craque sur lui, va partir avec l'argent des filles après avoir couché avec Thelma; enfin, même le sympathique Jimmy (Michael Madsen), le petit ami de Louise, qui l'aime, et veut bien faire, gâche tout en essayant de la manipuler. Seul, sans doute, le policier Hal joué par Harvey Keitel semble à même de comprendre à travers divers recoupements que les deux femmes ont des circonstances atténuantes...

D'une certaine façon, avec ce film on assiste à un attentat anti-machiste pérpétré par deux magnifiques kamikazes. Ces deux personnages savent mettre les rieurs de leur côté, mais on notera qu'une bonne part du film louche vers la comédie, grâce au ton des scènes de l'enquête, dans lesquelles Hal est aidé de Max, un collègue joué par le grand second rôle Stephen Tobolowsky. Plutôt que d'occasionner une simple rupture de ton, ces scènes permettent à Scott et à l'acteur Christopher McDonald de charger le personnage de Darryl... Qui semble bien mal parti sans Thelma: il marche dans la pizza, littéralement.

Le mélange entre road-movie et la comédie, matiné d'enquête policière, est également accompagné par une véritable plongée dans le western contemporain. L'itinéraire choisi n'a rien de naturel, puisque de l'Oklahoma vers le Mexique, où les deux femmes souhaitent fuir, il conviendrait d'emprunter des routes Texanes. Mais Louise fait comprendre au fur et à mesure que tout passage par ce dernier état est impensable, elle y est recherchée pour meurtre. Donc les deux femmes bifurquent par le nouveau Mexique, puis l'Arizona.

...Ce qui permet au spectateur de profiter de la vue (Grand canyon, Monument valley), mais aussi de voir les us et coutumes de l'ouest contemporain. Le jeu savoureux des accents, les idiosyncrasies locales exacerbées (Beef-jerky, danse western, 10-gallon hats), tout nous fait penser aux frères Coen d'une certaine façon, Scott s'étant intéressé de très près aux moyens d'utiliser les ressources esthétiques locales. Lachées en pleine nature superbe, Thelma et Louise, en héroïnes Scottiennes, finissent par se confondre avec l'environnement; on est à la fois en plein dans l'univers de Ridley Scott (Voir Sigourney Weaver dans Alien, Sean Young dans Blade Runner, Mia Sara dans Legend, Eva Green dans Kingdom of Heaven, et enfin Cate Blanchett dans Robin Hood, pour s'en tenir aux femmes), voire en plein mythe...

...Le film se termine par le saut dans le vide, comme chacun sait. Les deux femmes, relativement calmes face à leur destin, ont pris soin de remarquer que le Grand Canyon était décidément bien beau à voir. C'est Thelma qui prend la décision, en faisant comprendre à Louise que la seule solution, c'est "de continuer", c'est à dire de se précipiter dans le vide. Typiquement, la police a répondu à la surenchère des deux femmes par une surenchère à sa façon, avec des voitures, des snipers à la gâchette facile, un hélicopère, et un Harvey Keitel bien embêté de se trouver là: son policier qui a compris que les deux jeunes femmes sont bien au moins partiellement des victimes, tente dans une course absurde, et au ralenti, de les empêcher, mais...

 

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Criterion
15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:47

Compte tenu du principe de la série Skins, à savoir de prendre deux saisons pour traiter un groupe de personnages unis par leur appartenance à la même tranche d’âge, cette deuxième saison n’a pas les mêmes enjeux que la première. Ici, il s’agit de prendre les mêmes, et non de recommencer, mais de les amener à un point de ralliement, qui est symbolique : la fin du lycée, l’obtention des notes du A-Level, cet équivalent très lointain du bac (Une forme de pré-spécialisation qui prépare à l’Université), et le départ de l’enfance : en Grande-Bretagne, la mobilité commence à 18 ans, donc le départ pour l’Université est un passage très important, qui met un point final à tout ce qui précède…

 

 

 

On prend les mêmes, disais-je, et ils en sont au même point qu’à la fin de la première saison :

Tony a donc eu un accident dont il garde de profondes séquelles neurologiques, alors qu’il avait enfin pris conscience de ce qui était important pour lui, son amour pour Michelle.

Celle-ci, rongée par l’état de son ami, cherche l’oubli dans la fête, l’alcool et le sexe, et vit mal sa relation avec sa mère remariée.

Sid, l’éternel adolescent, supporte avec difficulté l’éloignement de sa petite amie, Cass.

Celle-ci espère revenir, mais a du mal à conserver Sid dont l’insécurité permanente le pousse à faire de mauvais calculs, sans parler de sa difficulté à gérer son amitié blessée avec Tony, et sa rancœur face à la séparation de ses parents.

Chris, le rigolo de la bande, se remet mal du départ de la prof de psycho dont il était amoureux, et semble ne pas remarquer dans un premier temps que Jal, la clarinettiste, passe beaucoup de temps avec lui.

Celle-ci tente de concilier savie personnelle avec la vie de privilégiée décalée offerte par son riche musicien de père.

Anwar est toujours tiraillé entre religion et vie d’adolescent, mais beaucoup moins : il lui faut maintenant trouver un peu plus de sens à sa vie.

Enfin Maxxie, le danseur gay, doit maintenant passer à la vitesse supérieure dans deux domaines : d’une part, faire accepter à son père que l’avenir pour lui réside dans la danse professionnelle, et d’autre part avoir une vraie relation avec un garçon, pas du sexe à la sauvette. Il est aussi victime de « Sketch », une lycéenne obsédée par lui qui a décidé de le séduire par tous les moyens jusqu’à la folie. Elle est la seule des gens extérieurs au groupe de huit, avec Effy, la sœur de Tony, a bénéficier d’un épisode à son nom.

Quant à Effy, elle joue un rôle déterminant pour aider les autres, toujours l’ange gardien de son frère; elle assume tranquillement son rôle de bonne fée en préparant la relève.

 

 

 

Toujours aussi drôle et inventif, le ton de la série permet de faire passer de la noirceur. On assiste à moins de dépravation ici, comme si cette information n’avait pas besoin d’être répétée. Tout ici tourne autour des relations, de la construction de couples, ou de tentatives de construction : Tony-Michelle, Michelle-Sid, Cass-Sid, Jal-Chris, Anwar-Sketch… Les figures sont multiples, et l’accent est mis très vite sur l’idée de stabilité apportée par une relation. Mais comme les deux « petits génies » de la bande, Tony (Qui se prépare à aller à l’université de Cardiff), et Michelle (En partance pour York), le signalent à la fin, comment concilier cet éloignement futur et l’abandon à une romance fragilisée par l’incertitude ? En écho à cette situation bien réelle, un éloignement encore plus fort menace l’avenir de Sid et Cass, et un encore plus irrémédiable se dresse entre Jal et Chris. Le seul couple bien parti est celui formé par Maxxie et James, qui ont tous les deux abandonné l’idée des études et partent ensemble à Londres… Ironiquement, ceux qui vont pleinement assumer leur amour vont aussi galérer !

 

 

 L’adieu à l’enfance passe par la séparation amoureuse donc, mais il passe par d’autres choses : l’adieu aux parents, soit dépassés (Ceux de Maxxie, ceux de Tony et Effy), occupés ailleurs (Ceux de Michelle, les parents d’Anwar, dont on ne voit d’ailleurs que la mère), et bien sur la mort d’un parent (le père de Sid, au terme d’une lutte contre son propre père, dans un épisode hallucinant par ses ruptures de ton)… tout ça forge des adultes, mais laisse béantes de profondes blessures ; un autre élément de cet adieu, c’est le rite de passage représenté par l’université, avec l’exemple d’un épisode onirique dans lequel Tony semble se débarrasser de sa lenteur due à son

accident dans une épiphanie liée à sa visite de l’université. Un épisode partagé de façon inextricable entre vérité et rêve, un chef d’œuvre de perception. L’exil, décidément, de Cass, fait partie des épreuves vécues par l’éternel

Loser Sid ; Les examens, vécus différemment, sont un autre rite évoqué, et enfin, tristement, l’adieu symbolique à l’enfance par la mort d’un d’entre eux.

 

A la fin de la saison, plus rien ne sera jamais comme avant, et au lieu de faire une dernière fête, tous se séparent pour préparer l’avenir, laissant presque sur le carreau Anwar, qui n’a nulle part ou aller. C’est impressionnant de voir à quel point ce qui a commencé comme une série sur la transgression semble rentrer dans le rang, mais c’est tout simplement qu’on faisait fausse route. Dans cette société Britannique qui assume un peu trop facilement sa mobilité et son refus des attaches, on est supposé être responsable avant d’être adulte, et la jeunesse y est un feu de paille dont on doit profiter au plus vite, avant d’entamer le jour de l’obtention des résultats un virage à 180°. Les jeunes en sont conscients, et le moins qu’on puisse dire, c’est que beaucoup d’entre eux vont probablement souffrir plus tard. Certains souffrent déjà beaucoup : Tony le dit lui-même, après avoir enterré un pote, dit adieu à son meilleur ami, il doit dire adieu à sa petite amie… c’est trop. « Je ne suis pas prèt… »

 

 

…Personne ne l’est !

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Published by François Massarelli - dans Skins
15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:35

Ah… skins, skins… Ces « peaux », ce sont les feuilles de papier à rouler, semble-t-il un outil très répandu chez les ados Britanniques, pas forcément pour y mettre du tabac. La consommation de stupéfiants (Amphés, cannabis sous toutes ses formes, crack, cocaïne, et même viagra…) des héros de Bristol de cette série en 9 épisodes crée par Jamie Brittain et Bryan Elsley est franchement gargantuesque, mais elle n’est pas le seul signe extérieur de comportement orgiaque : on y fait du sexe, beaucoup, de multiple façons, en y détruisant allègrement les repères et les frontières : des deux garçons obsédés par leur virginité (Anwar et Sid) auxquels la fin de la saison offrira une résolution différente, au jeune homme qui vient d’assumer son homosexualité (Maxxie) et qui souhaite que tout le monde l’accepte comme tel, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes à Anwar, tiraillé entre son adolescence et sa religion… Le pire ou le plus pathétique reste Tony, centre imposé de cette hiérarchie, puisque il a droit de faire l’ouverture de la série (Chaque épisode est centré sur un personnage, le dernier faisant le point sur les « arcs », ces continuité impliquant un ou plusieurs personnages) : Tony est un jeune homme apparemment sur de lui, confiant en son magnétisme, qui a décidé d’utiliser le sexe afin de prendre le pouvoir sur les êtres, et il n’hésite pas à se comporter de façon particulièrement aguichante avec son pote Maxxie, voire plus si affinités, uniquement pour voir ce que sa propre petite amie Michelle en dira.

Ne réduisons malgré tout pas cette série souvent hilarante au sexe, à la drogue et aux orgies, d’abord parce que en dépit de ce qui vient d’être dit, on n’a pas le sentiment d’assister à un spectacle malsain, juste à des adolescences confrontées à des opportunités particulièrement bien concentrées. C’et aussi l’un des atouts de cette série : le réalisme qui s’en dégage provient en particulier du peu d’arcs, qui restent dans le domaine du raisonnable et non d’un quelconque misérabilisme à la Ken Loach : oui, ces gens proviennent pour beaucoup de la classe ouvrière Britannique, et leurs vies ne sont pas faciles, mais on n’est pas dans un pamphlet révolutionnaire, juste devant un manifeste de la vie.

A l’issue des quelques semaines qui se déroulent sous nos yeux, on n’a pas beaucoup avancé, mais on a fait connaissance avec des personnages qui sont tous attachants, sans exception, pas même Tony, qu’un épisode révélant son amour très fort pour sa sœur tend à racheter en dépit de la cruauté qu’il a manifesté à l’égard d’absolument tous ses amis. Certains ont grandi, découvrant le pouvoir cruel des sentiments (Sid), l’attraction du sexe vécu librement et sans contraintes religieuses (Anwar), filant enfin une relation tant désirée avec sa prof de psycho Galloise (Chris), ou revenant d’une tentative de suicide (Aparemment) plus fort (Cassie). Tous ont de toutes façons dépassé les bornes un grand nombre de fois, le point cuculminant de leurs joyeuses aventures se situant en lointaine Russie, dans un épisode hilarant, qui incorpore avec délectation tous les clichés possible et imaginables de la Russie d’aujourd’hui.

La poésie de la série trouve dans le dernier épisode une expression touchante et un peu inattendue, lorsque par ailleurs un climax dramatique et inattendu a été atteint. Un personnage vient de prendre une résolution , et s’adresse désormais à la caméra, se mettant à chanter Wild world, de Cat Stevens. La chanson est une merveille, mais cette interprétation des personnages reprenant à leur compte les paroles , à la façon de Magnolia de Paul Thomas Anderson, ou du superbe épisode Once more with feeling de la série Buffy the vampire slayer, est particulièrement enthousiasmante. Le plan final, point d’orgue inattendu, montre un cliché (Deux amoureux sur un banc face à la lune) qui clôt efficacement la série sur un petit clin d’œil salutaire.

Voilà, une première saison comme celle-ci ne peut que donner envie de connaître la suite, même si le concept de la série est de considérer les saisons par tranche d'age: la deuxième reprend les personnages et les amènent à leurs 18 ans, et leur sortie du lycée, et la troisième reprend d'autres personnages à leurs 17 ans, avec semble-t-il quelques éléments repris de la permière. Un dispositif innovateur, qui devient une autre garantie de réalisme dans la fiction, mais qui n'a de toutes façons pas menacé le succès très important de Skins dans le monde entier.

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Published by François Massarelli - dans Skins
10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:35

L'un de ses films muets de long métrage les plus méconnus (Avec For Heaven's sake, de 1926), ce Dr Jack est très éloigné du film précédent (Grandma's boy, 1922). Deux thèmes, celui de l'Amérique profonde et de sa simplicité d'une part, et le volontarisme énergique du héros d'autre part, renvoient pourtant à Grandma's boy. Mais là où il s'était composé un personnage de benêt timide et complexé par sa lâcheté, son Dr Jack (diminutif de Dr Harold Jackson) est au contraire marqué par la débrouillardise et le culot, et son intégration dans la petite communauté dont il est le médecin est parfaite.

L'intrigue proprement dite de ce film concerne une famille riche, dont la fille (Mildred Davis) est supposée malade: son père (John T. Prince) est tombé sous la coupe d'un Tartuffe, le Docteur Von Saulsbourg (Eric Mayne) qui maintient la fille et son père en état de dépendance, en interdisant à la pauvre jeune femme toute sortie, toute distraction, toute excitation, et en la bourrant de médicaments inutiles... L'avocat de la famille, Jamison (C. Norman Hammond); qui a vu dans le petit village de sa mère les miracles accomplis par le docteur Jackson, dont le principal outil reste l'humanité, essaye de persuader la famille d'utiliser les ressources de ce dernier...

L'opposition entre Lloyd et Saulsbourg, ou entre le petit village tranquille et la grande ville ou habitent cette famille riche, c'est bien sûr l'inévitable conflit entre le bon sens simple et rural, et la corruption et l'appât du gain, symbolisés par cet affreux profiteur barbu qui vit au crochet de Mildred et de son père. Lloyd incarne en Dr Jack un personnage moins comique, dont l'énergie phénoménale est entièrement mise au service du bien-être de ses contemporains. Il est doté d'un romantisme particulier, il est médecin, fait parfois face à la simulation (un enfant qui fait semblant d'être malade) mais n'hésite pas à avoir recours aussi souvent que possible au stratagème (Pour renvoyer l'enfant à l'école, pour arrêter une partie de poker qui risque de coûter les yeux de la tête à une famille, et bien sûr pour prouver la duplicité du Dr Von Saulsbourg...). Il est attachant, excessivement sympathique, et pour une fois parfaitement installé; le seul vrai enjeu reste amoureux, c'est la raison pour laquelle le film, tout en étant très soigné (On a l'impression que Lloyd ne savait pas bâcler un film...) fait quand même un peu pâle figure aux cotés de son illustre sucesseur, Safety last...

Mais comme d'habitude, on sent que le film a été riche en rebondissements dans sa confection même. Tout au long de ces cinq bobines, c'est une construction riche et complexe qui se met en place, depuis l'exposition qui fait la part belle à la maison de la famille de Mildred, avant même de présenter le village et son docteur. Toute cette partie pastorale est fascinante, puisque l'équipe réussit à enchaîner gag sur gag sans jamais se moquer du bon docteur (une poursuite contre la mort est même présentée au début, avec Lloyd en voiture, moto, vélo sans chaîne et finalement à pieds, pour découvrir qu'il n'y avait rien de grave), et une fois le branchement effectué entre les deux groupes de personnages, tout mène à une séquence délirante de fausse chasse à l'homme dans une maison, destinée à redonner de la joie de vivre à Mildred. Lloyd y déploie toute son impressionnante énergie, et même si c'est un peu long, On y prend bien du plaisir.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1922 *
10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 11:25

Dans la galerie des personnages de dessins animés Américains, il y a des superstars, bien sûr, et puis des plus obscurs, des "unsung heroes", comme on dit dans la langue de Bob Clampett. Comme la plupart des personnages récurrents des dessins animés, ces héros plus rares sont nés de ce qu'on appelle un one-shot, donc un dessin animé unique, qui n'appartient pas à une série récurrente. C'est le cas de Pepe le pew, le fameux putois. Et son acte de naissance, c'est ce film, réalisé par Chuck Jones, expérimentateur de combinaisons en chef à la Warner...

Le film se concentre sur un chat, ou une chatte, on ne sait pas trop; l'animal souffre du rejet qui se manifeste par la brutalité, et nous le prouve en se prenant coup de pieds, et coups divers assurés par divers personnages, humains ou animaux (un de ces abominables bulldogs). Pour se tirer de cette situation, l'animal a l'idée de se déguiser en putois, avec de la peinture noire, de la peinture blanche, de l'ail et du fromage Limburger (le plus puant de tous.)... et si l'idée s'avère payante, lui permettant d'entrer dans une boucherie dont tous les occupants s'enfuient, elle aura pour conséquence de le faire tomber entre les griffes du plus obsédé de tous les animaux, un putois en rut perpétuel qui cache ses intentions, peu avouables dans un cartoon de 1945 ("We shall make such beautiful musics together!" me parait d'ailleurs assez allusif), derrière un accent Français et une utilisation artistique du langage, ainsi qu'un aveuglement qui confine à l'abrutisme le plus absolu...

Pepe est-il déjà lui-même? Il y a débat là-dessus: en effet, le brave putois est déjà doté de cette incapacité à s'arrêter, de son manque total de raisonnable, de cet impayable accent Français, et de cette sophistication qui renvoie à l'acteur Charles Boyer. Mais il se révèle à la fin marié, père de famille, et Américain! Cela ne durera pas. Saluons en tout cas la première apparition d'un personnage qui saura rester attachant en dépit, ou sans doute à cause de tous ses défauts...

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Chuck Jones
10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:57

Ce film occupe une place très particulière dans le cinéma Hollywoodien des années 20: il représente un étrange mélange dans l’œuvre de DeMille; d’une part, il s’agit une fois de plus d’une comédie matrimoniale, centrée cette fois sur le mari, joué par Wallace Reid, confronté bien malgré lui au choix entre la tranquillité du droit chemin, et l’attrait du péché. Ensuite, le film est une expérience visuelle quasi constante, à l’instar des mélos de 1915 et 1917, dans lesquels le réalisateur et ses techniciens utilisaient la lumière à des fins dramatiques; On remarquera d’ailleurs le nom de Karl Struss au générique… Enfin, le réalisateur invente ici le « All-stars », battant le rappel de la plupart de ses acteurs fétiches: Wallace Reid, Gloria Swanson, Bebe Daniels, Monte Blue, Agnes Ayres, Theodore Roberts, Raymond Hatton, tous sont là, dans des rôles plus ou moins importants. Et les silhouettes de domestiques, notamment, sont confiées à Lucien Littlefield ou Julia Faye. Polly Moran fait même une apparition en danseuse excentrique dans un cabaret.

Le film, inspiré d’une pièce de Arthur Schnitzler adaptée par Jeanie McPherson, est divisé en trois parties d’inégale longueur. Dans la première, Reid et Swanson interprètent deux jeunes mariés, après quelques semaines de bonheur, qui s’accordent une soirée pour s’encanailler; lors de la sortie, l’homme repère au restaurant une jeune femme (Wanda Hawley) qui ne lui est pas inconnue, une ancienne camarade d’école désormais « chercheuse d’or », accompagnée d’un milliardaire ; choqué qu’elle soit tombée aussi bas, le mari décide de la réformer; la jeune femme accepte, sachant quel parti elle pourra tirer de la situation; tout cela n’est pas du goût de l’épouse, qui verra revenir son mari lorsque celui-ci aura totalement compris ce que veut son ancienne amie.

La deuxième partie, très courte, voit se télescoper deux intrigues: les deux jeunes mariés souhaitent se retrouver après la crise seuls à la campagne, et le mari tombe suite à un quiproquo dans un piège; surpris dans les bras d’une jeune femme (Agnes Ayres) à laquelle il croit avoir sauvé la vie (Qui va d’ailleurs lui voler son argent au passage), il est bien obligé de voir partir son épouse. Dans la dernière partie les deux époux décident séparément de se laisser aller, et le mari, après toutes ces situations durant lesquelles il aura été victime de son bon cœur et de sa naïveté, va tomber pour la première fois sur une sainte en cherchant une vamp (Bebe Daniels). Inévitablement il retournera chez son épouse, après avoir eu des doutes sur la moralité de cette dernière, surprise au bras de leur meilleur ami commun (Elliot Dexter). D’ailleurs, le spectateur a, lui, plus que des doutes…

Wallace Reid dans le rôle d'anatol est un indécrottable naïf , systématiquement victime des agissements féminins, qu’il ne comprend pas du tout, du début à la fin du film… Il est intéressant de constater que dans ce film, DeMille et McPherson inversent les rapports Swanson /Daniels par rapport à Why change your wife?, même si ils jouent sur l’image de l’une et de l’autre pour semer le doute chez le spectateur: déguisée en parodie de caricature de vamp (Plus encore que la vamp typique des premières scènes de Singing in the rain, avec des robes plus ou moins similaires, bardées de fausses toiles d’araignées), Bebe Daniels est en vérité une femme qui se sacrifie pour sauver son mari, dont la vie est sérieusement en danger suite à une blessure de guerre, alors que la frêle épouse, dont le mari clame la pudeur, organise en son absence une partie fine durant laquelle il se peut que sa vertu ait souffert… On termine le film sur ce doute, et si le mari n’en sort pas moins naïf, ce sont toutes les femmes qui en prennent pour leur grade...

Si le film n’apporte rien au cycle des comédies matrimoniales de DeMille, se contentant d’en rafraîchir la trame et de la transposer de manière à intégrer 12 acteurs de premier plan de l’époque, il en va tout autrement de la mise en scène, qui réintègre des expériences comme DeMille ne se permettait plus depuis The whispering chorus. l’accent est mis ici sur l’éclairage de nouveau, sur les décors, extrêmement travaillés et rendus très abstraits (Sauf dans la deuxième partie; celle-ci ne se fait pas trop remarquer, à part dans une très jolie scène entre Monte Blue et Agnes Ayres, dont les deux visages sont caressés par une lumière lunaire du plus bel effet, mais en totale contradiction avec l’action…), notamment dans les scènes de boîte de nuit, toutes différentes, représentant à chaque fois une étape vers la débauche : au final, la scène chez Bebe Daniels voit un décor envahi par le noir, le mobilier de la dame étant en harmonie avec sa robe… La lumière est utilisée dans le film pour rythmer les parties : la fin des la première partie voit le jeune couple éteindre progressivement toutes les lumières, avant de n’être plus que des silhouettes dans la pénombre, la deuxième partie se clôt sur la scène entre Monte Blue et Agnes Ayres déjà citée… La structure ainsi soulignée reste démarquée par des éléments visuels ; ce n’est pas un défaut dans un film plutôt bavard en intertitres... 

La copie actuellement diffusée de ce film est teintée, colorée de diverses façons, ce qui est du plus bel effet, mais ce sont surtout les titres qui en bénéficient (avec une exception frappante, un tableau vivant de Bebe Daniels). La composition de ceux-ci tend d’ailleurs à prouver que cette coloration est d’origine. L’effet est très joli, mais il sert aussi à renforcer le texte. Celui-ci est comme d'habitude assez envahissant, la majorité des gags étant fournis par les cartons. Cela renforce l’idée d’un narrateur qui prend le pouvoir, qu’on est en droit d’imaginer, mais avec un film muet, c’est un peu gênant…

Mais on a quand même des belles surprises! lorsqu’un titre ironise sur la fable du films prodigue, on se prend à rêver: venant de McPherson et DeMille qui s’apprêtent à nous donner en 1922 et 1923 les plus lourdes leçons de prêchi-prêcha qui soient, c’est cocasse. Et l'intrigue centrale nous montre une frêle jeune femme qui n'hésite ni à tenter de tromper son mari, ni à voler pour remettre l'argent qu'elle a dérobé dans la caisse de l'église, et son mari chrétien fondamentaliste est un incommensurable crétin; le film est riche en utilisations brillantes des détails de la vie quotidienne, voire intime, comme seuls Stroheim et DeMille savaient le faire. Et l'ironie de Schnitzler reste bien présente du début à la fin avec une morale assez élastique qui sera la même dans The marriage circle (de Lubitsch, 1924), en plus positif, et dans Eyes wide shut (de Kubrick, 1999), en franchement noir...

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1921 Comédie **
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:40

Encore un film matrimonial de Cecil B. DeMille? Oui, mais celui-ci est vraiment spécial, à plus d'un titre. Tout d'abord, il a failli être mis en scène par William de Mille, le frère, qui est d'ailleurs l'auteur de l'argument, et qui est réputé pour sa finesse, par opposition aux gros sabots de Cecil; ensuite, il reprend la trame de Don't change your husband (1918), en la retournant, en l'épurant; notons également que le réalisateur se passe de deux de ses démons ici: Jeanie McPherson n'est pas créditée au scénario, et aucune scène d'orgie lascive pseudo-biblique ne vient ternir l'ensemble; enfin, il s'agit d'un des derniers films dans lesquels le réalisateur dirige Gloria Swanson, et celle-ci est désormais particulièrement à l'aise dans cet univers: c'est bien simple, le réalisateur lui fait reposer le film sur ses frêles épaules. Tant mieux.

 


D'ailleurs, les épaules de miss Swanson sont l'un des signes mis en oeuvre tout au long de ce film au cours duquel les figures de comparaison (D'une épouse à l'autre, d'un mari à sa femme) égrennent les habitudes, rituels domestiques, signes de classe ou de vulgarité, etc: comme dans les autres comédies de la même série, il s'agit ici pour un couple de se remettre en question et de passer par l'épreuve du changement, afin de se rendre compte, la crise passée, que c'est inutile. On voit donc Beth (Swanson) se séparer de son mari (Thomas Meighan) qui va se consoler avec son amie d'enfance (Bebe Daniels). Une fois le divorce accompli, Beth va changer radicalement, affichant des tenues provocantes afin de rivaliser avec les robes de sa la nouvelle Mrs Gordon, sortant dans les endroits chics et au final se battant de façon assez énergique avec sa rivale. Si le film est loin d'être féministe, au contraire (Il nous apprend tout simplement que la femme a tort jusqu'à ce qu'elle s'en rende compte et se range à l'avis de son mari... De plus, si une femme se bat, c'est pour conserver le droit d'être une épouse...), il n'en a pas moins eu un énorme succès, grâce notamment à la clarté de son intrigue, clairement centrée autour des trois personnages du triangle, et interprétée par des acteurs rodés et populaires; DeMille, fidèle à son habitude, accumule les signes du temps, phonographes et leurs disques (les chansons prenant une fois de plus part à l'intrigue), hôtels chics, visite dans les magasins, et fait feu de tout bois, multipliant les rimes: c'est parce qu'il ne voit pas souvent les épaules de son épouse que Meighan tombe dans les filets de Daniels; Celle-ci, mannequin dans une boutique de lingerie, enlève son jupon lors d'un essayage de négligé afin de mieux séduire l'homme, qui s'étonne en revanche, une fois le négligé offert à sa femme, de la présence d'un jupon: Beth est décidément trop prude pour se permettre des tenues révélatrices... A l'empressement de Daniels pour se révéler correspond chez Beth la peur maladive (Swanson est irrésistible) de trop montrer: une fois le négligé enfilé, elle se montre d'ailleurs à son mari, cachée derrière une grosse couverture.

  


La salle de bains, habituel révélateur de la beauté, est ici l'arêne du quotidien, l'endroit ou mari et femme s'affrontent à coup de mesquineries et d'habitudes, présente dès l'ouverture du film pour montrer la crise du couple. La scène, comparaison entre mari et femme, sera reprise pour montrer qu'une fois remarié, l'homme est toujours logé à la même enseigne: la salle de bain reste un lieu de conflit. Autre scène frappante: Meighan ne souhaite d'abord vraiment pas tromper sa femme, même si celle-ci, de toute évidence, est frigide et repousse toutes ses avances. Pourtant il a bien failli: DeMille nous présente Daniels et Meighan enlacés devant un miroir, et en un seul plan, nous montre une tentative du héros qui s'enhardit, la réaction de Daniels, sans équivoque, et puis la réaction de Meighan à sa propre initiative: lui aussi se voit dans le miroir, et refroidi, ne l'embrassera pas. Malgré tout, le parfum de la jeune femme est déja sur son menteau, il est trop tard: l'épouse saura à qoi s'en tenir...

 


Les acteurs sont en terrain connu: Swanson est depuis trois ans la collaboratrice de DeMille, et elle est fidèle à elle-même, excellente, se rappelant sa formation chez Sennett; Daniels est moins bonne, jouant surtout sur sa vulgarité; elle manque un peu de subtilité sans doute, mais ce n'est pas de la subtilité que DeMille lui réclame. Quant à Meighan, il est moins flegmatique, moins majordome en somme que dans Male and female (1919)... Sa gaucherie sert élégamment le propos, et le final du film l'escamote (Le mari a un accident, laissant les deux épouses quasiment s'entretuer pour s'occuper de lui), nous rappellant qu'il s'agit surtout d'une lutte entre femmes, ce qui nous rappelle un peu Male and female et l'alternance de l'affection prodiguée par Crichton aux deux jeunes femmes présentes avec lui sur l'ile.


Typique des comédies "risquées" de la période, Why change your wife prouve une fois de plus que la mise en scène de DeMille allait décidément pâtir de l'arrivée de la censure prochaine. Les sujets évoqués, les moyens mis en oeuvre allaient vraiment disparaître de son cinéma, et la subtilité et le spirituel laisser la place au religieux, et disons le, à l'hypocrisie, notamment dans Manslaughter (1922) et les Ten commandments (1923). Bref, cette comédie du divorce remplit largement son but, qui est rappelons-le de nous divertir d'une satire pas trop poussée, et de le faire mieux que dans les autres films du même genre. On se réjouit de disposer d'une oeuvre qui résume aussi bien le style d'un cinéaste, même si on ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il serait advenu du film si William l'avait réalisé.
 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1920 *
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:28

L'un des plus connus parmi les classiques muets de son auteur, Male and Female, connu en France sous le titre de L'admirable Crichton (Du nom de la pièce dont le film est une fidèle adaptation), représente une étape décisive dans la carrière d'un auteur qui a, à son apogée (Vers 1918) pratiqué une mise en scène d'une grande sophistication, mais va désormais revoir ses ambitions. Ce film en porte un peu la marque, le metteur en scène n'ayant plus rien à prouver en matière d'élégance, et sans doute a-t-il aussi trouvé, avec sa troupe (Thomas Meighan, Theodore Roberts, Gloria Swanson, Bebe Daniels...) des acteurs sur lesquels se reposer, et un cadre théâtral bien charpenté, qui lui permet d'économiser ses moyens. Ses plans se font plus longs, et l'alternance entre l'intérieur (Bourgeois, bien sur) de la première partie du film, et les extérieurs (Exotiques, comme il se doit) de la deuxième, lui font élargir le cadre, et on peut remarquer qu'il se concentre beaucoup moins sur le détail dans la deuxième heure, et laisse le soin aux acteurs d'exprimer l'essentiel. Désormais sa chez lui, la composition se fera plus statique.

 

Parmi les constantes de l'oeuvre, nombreuses dans ce film, on notera une de ces fameuses scènes de bain, systématiquement associé à la classe sociale de l'héroïne (Une armée de bonnes s'occupe de Swanson ici-ne serait-ce que pour la cacher à notre regard; on retrouvera d'ailleurs une scène semblable dans la Princesse aux huitres de Lubitsch) ainsi qu'à la futilité féminine, souvent évoquée dans ses comédies.

L'histoire du film est connue, qui procède de deux thêmes: d'une part, une étude satirique des moeurs de la Haute société, vue du point de vue d'un domestique dévoué et moraliste, qui prend une tournure inattendue lorsque ce petit monde fait naufrage et que le valet, de par ses capacités, devient littéralement le roi. D'autre part, l'émergence d'une histoire d'amour entre la maitresse et son domestique revient au thême déja exploré des rapports inter-classes, ce qui nous renvoie à The golden chance. Cet aspect du film permet la scène la plus célèbre du film lorsque Meighan et Swanson se voient transportés à l'antiquité, et que l'on assiste eberlués à des visions d'un kitsch retentissant, incluant une Gloria jetée aux lions, avec une vraie Swanson et un vrai lion(Elle en parlait encore 60 ans plus tard, avec une certaine émotion); comme de juste, cette dernière scène, qui nous rappelle les métaphores malencontreuses de Don't change your husband, est restée la plus célèbre du film, et est certainement un sommet en matière de ridicule : une vraie faute de goût, qui préfigure aussi bien les orgies déplacées de Manslaughter que l'ensemble des films antiques de l'auteur. Mais le reste, distrayant et spirituel, est un beau moment de cinéma muet, léger,avec un coté "rêve éveillé" qui en fait un lointain cousin des futurs courts de Buster Keaton, avec ce voyage dans les îles, plus burlesque que satirique, et les scènes dans laquelle les enfants de bonne famille, vêtus de peaux de bêtes, se soumettent de façon presque masochiste au bon vouloir de leur domestique apportent un coté bouffon à l'ensemble, qui contraste avec la gravité du retour final à la civilisation.

 

En bref, voici une oeuvre finalement assez étrange, mais attachante, qui est d'autant plus représentative de la carrière de DeMille que, outre les aspects repris de l'oeuvre antérieure, le metteur en scène y fait allusion à son Squaw man: prenant acte du fait que leur amour est impossible, Crichton et sa maitresse se séparent: elle va rester en Angleterre et lui va épouser la bonne, et immigrer vers les Etats-Unis, ou ils vont trouver le bonheur en achetant un ranch: DeMille cite ouvertement des plans de son premier film (Dont il a fait un remake en 1918) dont il reprend la composition, et en reprend également le sens, terminant ainsi le film sur une comparaison entre le vieux monde et l'ancien, qui tourne bien évidemment à l'avantage de l'Amérique, le seul pays ou Crichton peut être lui-même. Autre écho de l'oeuvre, certains thêmes de ce film seront repris dans le mineur (Mais très distrayant) Four frightened people de 1933. Male and female est donc assez clairement une vraie synthèse de l'oeuvre de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1919 *