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Succéder à Amélie Poulain, ce n'était évidemment pas gagné; le succès phénoménal du film, dans le monde entier, a eu deux effets: d'une part, achever de présenter le cinéaste au grand public, en le détachant totalement du reste de son oeuvre, principalement représentée par trois autres longs métrages de styles divers; d'autre part, officialiser un quasi-divorce entre Jeunet et la critique Française, qui le voit désormais comme un truqueur, voire pire: un nouveau Besson. C'est d'autant plus injuste que Jeunet, lui, a du talent... la situation n'allait pas s'améliorer, puisque la profession cinématographique allait emboîter le pas à la critique en partant en croisade contre ce film, accusé de porter atteinte à la production Franco-Française en se faisant distribuer par Warner.... ce qu'on n'a jamais reproché à Tavernier en son temps, par exemple, voire à Chabrol, de même qu'on a semble-t-il toujours revendiqué Les félins de René Clément (production MGM tournée en anglais) comme un film Français, sans parler de The big blue ou The Fifth Element, de Luke Besson, pas spécialement tournés en Français non plus... Tout ce préambule est là pour situer, il y a bien sur des problèmes plus importants, mais lorsque Jeunet se dit, en 2004, victime d'un acharnement médiatique, il n'a peut-être pas tout à fait tort.
L'un des problèmes auxquels le film devra faire face de toute façon, c'est bien sûr le fait qu'il ne soit en aucun cas Amélie II. Il y a un monde entre Delicatessen et la Cité des enfants perdus, puis entre ce dernier et Alien Resurrection. Jeunet a déja prouvé sa versatilité... Mais ici, il se livre à quelque chose de nouveau: finie la science-fiction, finie la fantaisie liée à la création d'un monde fantastique sans nom... Avec ce film, on recrée un monde qu'on connaît, voire qu'on croit bien connaître... il y a du Tardi dans le Jeunet qui s'engage à recréer avec maniaquerie la guerre des tranchées. Du reste, il y a du Tardi aussi dans la représentation du début des années 20 en France, avec ses décors qu'on croirait repris d'une version prolongée d'Adèle Blanc-Sec, qui se continuerait dans les décennies suivantes... Alors le film n'est pas que cette reconstruction maniaque, mais elle a été accomplie avec un tel soin (et le renfort notable d'effets spéciaux pointus, qui n'ont pas manqués d'être reprochés au cinéaste, bien entendu) qu'elle entre en compte de façon importante dans le puzzle ainsi obtenu.
Oui, parce que ce nouveau film de Jean-Pierre Jeunet est un puzzle, à la fois par son histoire (Une "enquête" menée après la guerre par une jeune femme qui recherche son amant disparu) et par son déroulement (un ensemble de points de vue qui sont centralisés par la jeune femme et sa famille, mais pas seulement, le spectateur ayant parfois droit à des avant-premières qui renforcent le mystère). Un puzzle qui est certes complexe, mais qui reste en permanence d'une grande lisibilité. Et bien sûr, ce puzzle est propice à l'utilisation des obsessions de Jeunet, qui nous présente un grand nombre de boîtes à secrets (telle celle qui contient les objets laissés par cinq condamnés à mort à leurs proches), et utilise les ressources améliorées du split-screen, façon 1915 pour montrer le cheminement des associations d'idées dans la tête de Mathilde.
C'est à porter au crédit d'Audrey Tautou de ne pas s'être noyée au milieu de toute cette construction complexe, pas plus d'ailleurs qu'aucun personnage. Jeunet les aime, ses protagonistes, depuis Mathilde et sa quête folle jusqu'à Germain Pire, le détective dont il a confié le rôle à Ticky Holgado. Il a enfin réussi à s'attacher les services d'André Dussolier, dont la narration du Fabuleux destin d'Amélie Poulain est dans toutes les mémoires, et confie des rôles à un grand nombre d'acteurs, dont l'inévitable Dominique Pinon, mais aussi Chantal Neuwirth, Daroussin, Jean-Paul Rouve, le revenant Jean-Claude Dreyfus, Clovis Cornillac voire Jodie Foster. Car s'il est parfois reproché à Jeunet de privilégier son imposant château de cartes sur l'humain, il a soigné sa distribution, et une fois de plus a laissé la part belle à ses personnages, dont il sait faire de leurs passages parfois très courts à l'écran les reflets d'une vie tangible: ainsi en est-il de Benjamin Gordes dit Biscotte et de son ami Bastoche; pareillement pour le capitaine irascible (Dont le dialogue pétri de grossièreté renvoie explicitement à Tardi et à ses marginaux en colère: un échange en pleine tranchée entre lui et un soldat se résume ainsi:
Soldat: -Merde!
Capitaine: Ta gueule!
Soldat: -Merde!
Capitaine: Ta gueule!)
Tout ça a une importance, parce qu'en fait beaucoup plus que l'évocation d'une époque, ce film est une accumulation de puzzles humains, des gens qu'on nous présente et qui se présentent à nous dans leur fragments, que nous assemblons d'épisode en épisode, tels ce "paysan de la Dordogne" qui prend tant d'importance au fur et à mesure, ou l'énigmatique soldat Desrochelles... Le plus transparent des acteurs dans ce contexte, c'est Gaspard Ulliel qui joue l'objet de la quête, Manech.
Le puzzle n'est, pas plus que la reconstitution maniaque, le fond du film, mais on ne saura reprocher à Jeunet d'avoir voulu faire un cinéma formellement ambitieux. D'autant que c'est très réussi. Mais ce qu'il a voulu faire ici, c'est comme toujours raconter la lutte d'une personne contre le temps qui passe (d'où l'obsession de Bénédicte, la tante de Mathilde, pour que sa nièce se case, et cesse de vivre dans ce qu'elle estime être le passé), lutte qui était déjà un peu au coeur de tous les films personnels de Jean-Pierre Jeunet; ici, elle est évidemment l'apanage de Mathilde, et on sent comme des regrets chez tous ceux qui ont laissé filer des occasions, vus partir des gens qu'ils aimaient, etc: Elodie Gordes, quasi veuve de deux hommes; Tina Lombardi, lancée dans une vengeance inutile, et qui en mourra; et puis au milieu de tout cela, on trouve un autre humain qui a compris qu'il pouvait arrêter le temps, s'il le voulait. Plus: il a réussi; et sa machination fait probablement le sel du film...
Jeunet, lui aussi, a réussi de film en film, à arrêter le temps, en nous montrant ses personnages obsédés par l'un ou l'autre aspect de la vie (la quête d'un amour disparu, faire oublier aux poilus la vie dans les tranchées comme le réussit si bien Célestin Poux, ou la bonne tenue du gravier pour l'oncle de Mathilde... Tout le monde a son petit jardin pas toujours secret). Il a aussi su une fois de plus construire un objet cinématographique aussi atypique que traditionnel, renvoyant à toute l'histoire du cinéma, qui sait aussi bien se jouer du spectateur que compter sur son intelligence, et qui se paie en plus le luxe d'être une représentation valide de la guerre: ici, pas de pitié pour l'officier. Car en plus d'être anti-guerre, son film est en plus furieusement antimilitariste, une immense qualité humaine comme chacun sait... Tout ça fait un film dans lequel il est indispensable d'aller se noyer de temps à autre...
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Oui, je sais, la description qui précède n'a aucun sens, et pourtant le film est une petite merveille de comique d'observation, chaque histoire se développant avec ou sans les autres, d'une façon quasi-muette: on ne parle pas (oui si peu) dans ce film, une raison de plus pour goûter le choix des acteurs, tous passés maîtres dans le comportement visuel... Les décors si plastiques du Croisic et de ses environs serviront les étendards de chacun, les amateurs de vacances à la mer et ceux qui ne les aiment pas: de la même manière que les acteurs se sont livrés sans maquillage, Rabaté semble utiliser l'environnement qu'il a choisi tel quel, pour ce qu'il est. On est pas loin de St Marc sur Mer, et sa plage choisie par Tati, mais il se dégage
de ce film à la fois douceur et tristesse, de la tendresse et quand même (parfois) une certaine dose d'humeur noir. Et puis contrairement au héros de Jacques Tati dans Les vacances de M. Hulot, les protagonistes de ce film sont sexués, et plutôt actifs. Mais là encore, il y a eu un effort pour renouveler les gags en ce sens... Bref, une excellente surprise, en ces temps ou plus que jamais on se repose en matière d'humour sur le texte, toujours le texte.../image%2F0994617%2F20260516%2Fob_47425d_pascal-rabate-fait-des-bulles-sur-la-p.jpg)
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Pour commencer, ce qui frappe, c'est le jeu sur la présence virtuelle de la bestiole, jamais vue en entier (Un choix dicté par le fait que l'acteur de 2m20 qui jouait la créature ressemblait à un homme de 2m20 dans un costume de monstre, ce que trahissent encore quelques plans du film tel qu'il existe dans son montage de 1979. On ne le voit jamais en pied, et le fait de n'en avoir que quelques bribes, que des instants volés, contribue bien sur à créer cet effet de malaise. Le montage, qui privilégie les amorces de moments terrifiants plutôt que leur plein déroulement, renforce cette impression. Mais c'est la réalité tangible de l'univers dépeint, une constante chez le metteur en scène, qui est le principal atout. Les cinq premières minutes sont d'ailleurs entièrement consacrées au vaisseau Nostromo et à la "remise en route" de l'équipage en hibernation. On apprend à connaitre à la fois l'équipe et le lieu dans lequel ils vivent, mais on se fait aussi à l'atmosphère très particulière du lieu, ou il n'est manifestement pas facile de vivre. De même, le passage par une planète morte passe-t-il par toutes les difficultés, les obstacles, héritages du réalisme poétique Kubrickien de 2001 en matière de représentation de la science-fiction... Ainsi, lorsque la bête deviendra une menace, celle-ci sera d'autant plus importante qu'on sait que dans le vaisseau, échapper à un tel prédateur ne se fait pas tout seul./image%2F0994617%2F20250321%2Fob_2afde5_alien-1979-main-cast.jpg)
Sous ce titre-coup de poing, digne d'un roman policier à tendance noire comme ceux qui ont inspiré Chien enragé ou Entre le ciel et l'enfer, se cache un démarquage fascinant de /image%2F0994617%2F20230718%2Fob_f41d31_517xzlifqul-ac-ul210-sr210-210.jpg)
A la situation de déliquescence du royaume Danois dans la pièce originale, Kurosawa substitue donc une entreprise dont la solidité repose sur des marchés truqués, et un complot à sa tête... A Polonius, il oppose Iwabuchi qui sera autrement plus résistant. Mifune, en homme venu de nulle part et qui adopte avec astuce la duplicité de rigueur (Plutôt que les relents de folie du personnage de la pièce), va donc mener sa vengeance, hanté par la mort de son père Furuya. Mais pour faire bonne mesure, Kurosawa a également donné vie, si je puis dire, à un fantôme, puisque le personnage joué par Mifune sauve du suicide un subalterne, Wada, avant de laisser la rumeur de sa mort se répandre. Ainsi, il s'attache les services d'un homme que tout le monde croit mort, qui est assez terne, un peu lâche, et déboussolé: il est beaucoup plus une réminiscence des deux paysans de La forteresse cachée, de certains personnages picaresques des Sept samouraïs, que de Rosencrantz et Guilderstern qui font une apparition dans
vengeance et de l'amour que Nishi lui porte. Et un autre indice véhiculé avec insistance par la mise en scène nous rapelle que le plan de Nishi, aussi noble et justifié soit-il, est voué à l'échec: tout ici est inachevé; dès le mariage, on entend des musiques qui seront coupées court. La bande-son regorge de ces musiques qui vont et viennent sans jamais être menée à leur conclusion, et les scènes d'inachèvement se suivent; le fils dIwabuchi qui apprend la duplicité de Nishi, le menace d'une correction qu'il ne lui donnera jamais, Iwabuchi achète un somnifère dans le but de se suicider peut-être, mais l'utilisera d'abord pour neutraliser sa fille, avant d'y faire de nouveau allusion dans une dernière scène qui semble se clôre sur du vide. La tentative nocturne de se débarrasser de Shirai, l'un des lieutenants de Iwabuchi, n'aboutira pas, et la mort de deux personnages très importants, vers la fin, se jouera hors champ, narrée après coup par un personnage qui n'en a vu que ce qu'il en a déduit... Comme de plus, ce personnage a échangé son identité avec l'un des morts, il clôt le film sur une note sardonique: non seulement la noble vengeance est vouée à l'échec, mais l'existence des hommes peut être arrêtée même sans qu'ils meurent... On est donc un peu chez Shakespeare, peintre acide de la folie meutrrière des grands de ce monde, mais surtout on est bien chez Kurosawa, le moraliste en colère du Japon meurtri d'après-guerre, qui se reconstruit dans la douleur...
Rabbit Hood (Chuck Jones, 1949):
L'épisode de la rencontre entre Robin-Erroll Flynn et Frère Tuck-Eugene Palette, revu et corrigé avec l'aide de Daffy Duck, Porky Pig et Chuck Jones; Une fois de plus, on part de pas grand chose et on arrive à rien, pour le plus grand bonheur de tous. Bref, c'est la thématique de Chick Jones dans les années 50, comme les aventures du pauvre Coyote.
Cette production à la gloire de Kevin Costner, auréolé du succès et des Oscars (largement mérités) de Dances with wolves, est supposée remettre les pendules à l'heure et donner une version "plausible", réaliste de la légende. donc, on prend à partir des croisades, on ajoute à la sauce un Sarrasin, qui permet un d
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incontestée de Flesh and the devil, de Clarence Brown, un puissant drame romantique dont la co-star est Greta garbo dans son troisième film Hollywoodien. Les deux tombent amoureux, vont même manquer de se marier, mais il n'en sera rien, la dame ayant de légendaires vélléités d'indépendance. C'est un homme irritable qui se fâche alors avec le dirigeant du studio, Louis B. Mayer, qui va selon la légende s'acharner à le détruire personnellement. Contrairement à Valentin, Gilbert a accepté le défi du parlant, mais sur des conseils mal avisés, a eu le plus grand mal à placer sa voix (Un problème récurrent chez les acteurs habitués à ne pas utiliser le dialogue); de fait, les spectateurs n'ont pas accepté l'acteur dans ses rôles parlants, et son étoile a décliné très vite. En 1933, Garbo a tout fait pour le remettre en selle en l'imposant pour être son partenaire dans Queen Christina, ou il est excellent (Une anecdote à l'origine d'une péripétie de The artist), mais la déchéance se poursuivra jusqu'à son décès prématuré en 1936. D'autre part, le nom même de Valentin renvoie à Rudolf Valentino, star phénoménale, mais celui-ci est décédé en 1926, soit avant la révolution du parlant. La silhouette campée par Dujardin renvoie autant à Gilbert qu'à Douglas Fairbanks, dont un film (The mark of Zorro, de Fred Niblo, 1920) est utilisé pour la séance de cinéma solitaire que s'octroie Valentin; les extraits du film sont saupoudrés de gros plans de Jean Dujardin en Zorro, mais les cascades sont bien celles de Fairbanks, une personnalité exubérante qui partage avec Valentin une petite manie de se livrer en public à des petits tours, excentricités et autres
gags. Lui aussi a été écarté par le parlant... Quant à Peppy Miller, le nom renvoie probablement à Peggy Pepper, le personnage de Marion Davies qui devient une immense vedette à la MGM dans la comédie géniale de King Vidor Show People (1928). Mais Bérénice Béjo compose un personnage plus générique, au-delà de ce nom, il n'y a pas plus d'allusions, sa silhouette pouvant aussi bien ramener à Louise Brooks que Clara Bow, ou Carole Lombard, dont elle a le style de jeu physique et drôle.../image%2F0994617%2F20240301%2Fob_4aaec2_81oipyxpcbl-ac-uf1000-1000-ql80.jpg)
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Calvero est un vieux clown lessivé et alcoolique, qui rentre chez lui un matin pour trouver une étrange odeur de gaz dans l'escalier: une voisine est en train de se suicider: il la sauve et appelle un médecin; elle s'installe chez lui, et le vieil homme va patiemment lui redonner confiance en elle et en la vie, en son art aussi: elle est danseuse. Terry (Elle s'appelle Thereza) va en échange soutenir le vieil homme dans ses tentatives de retourner sur scène, en particulier lorsque la santé lui reviendra, et que sa nouvelle carrière de prima ballerina prendra son envol.../image%2F0994617%2F20250914%2Fob_03a222_true-grit.jpg)