
Ce long métrage est le dernier que Mariaud tournera en France, et l'avant-dernier film de sa carrière. Il n'a quasiment pas tourné depuis 1924, et sa place dans l'histoire du cinéma, ou plutôt son absence, semble déjà scellée. C'est avec un studio indépendant qu'il tourne ce film policier, qui lui permet de retrouver les lieux de son enfance: le réalisateur a grandi à Alger...
L'intrigue, un récité original co-écrit avec Jean-François Martial, qui interprète le rôle principal, est une histoire d'aventures rocambolesques de détective, de déguisements, de coup de théâtre et d'objets mystérieux. Un titre alternatif annonce d'ailleurs mieux la couleur: L'énigme du poignard... L'objet en question devient un McGuffin au sein d'une enquête du valeureux et intrépide commissaire Delcamps (Martial) qui va secourir la belle chanteuse Miralda (Jeanine Lequesne), séquestrée par trois vils impresarii...


Ca commence sur un bateau qui fait la navette entre la côte Nord-Africaine et Marseille, et les allers et retours sont nombreux entre les deux continents. Le film, qui aligne les coups de théâtre et les bagarres, permet à Maurice Mariaud de mettre en scène quelques scènes durant lesquelles il transcende intelligemment la violence, en en limitant la représentation. Comme un Michael Curtiz (mais sans sa maîtrise en ce domaine), il utilise avec adresse les plans d'ombres pour ajouter du mystère. Enfin, il se permet aussi une poursuite dans le désert dont on set qu'elle a du faire plaisir à l'équipe!
Le film n'est pas très sérieux (le principal collaborateur de Delcamps est son chien Sherlock...), et ne se départit jamais d'un esprit boy-scout suranné, mais ça n'empêche pas les bonnes idées, comme un traumatisme de la jeune héroïne, qui se remémore une terrifiante anecdote en voyant le visage grimaçant d'un de ses tortionnaires en quatre exemplaires... Mais l'essentiel, paradoxalement, me semble être le plaisir de tourner à Alger, où Mariaud a ses repères. Il sait bien choisir ses lieux pour obtenir le meilleur effet de ses décors, et ceux-ci sont naturels...


Puisqu'on parle de naturel, je ne peux m'empêcher de penser qu'en représentant deux bandits, poursuivis par des cavaliers aguerris, qui s'enfoncent vers la mort dans le Sahara, Maurice Mariaud envoyait probablement un clin d'oeil appuyé à un très grand nom du cinéma: toutes proportions gardées, comment ne pas penser en effet au final sardonique de Greed? Ici, Mariaud en fait le triste destin de deux canailles...
Bref, c'est un bon film en dépit d'un héros un peu terne, mais c'est surtout un film qui ne va pas marcher et va tout bonnement disparaître de la mémoire collective pendant des années. Remercions une fois de plus Frédéric Monnier, l'auteur du seul livre consacré au cinéaste, de ses efforts pour remettre le nom de Maurice Mariaud dans l'histoire du cinéma, et de nous permettre en prime, de voir une poignée de ses films sur un DVD paru avec l'ouvrage.
http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

















Sadie Thompson est-elle une prostituée? Peu importe, mais pour Davidson, c'est une évidence: elle fume, boit, se complaît dans la promiscuité masculine... Gloria Swanson incarne avec génie un personnage défini à travers un cocktail de comportements aujourd'hui plus pittoresques que scandaleux, mais l'intérêt, c'est que pour Sadie comme pour O'Hara, il semble qu'il n'y ta là rien de foncièrement immoral. Sadie provient de quartiers de San Francisco ou elle a subi la tyrannie des hommes, qui l'ont prostituée, ou associée malgré elle à des manigances criminelles. Cela importe peu, donc, car ce qui est important, c'est que pour Davidson, incarné par un Lionel Barrymore génial, elle porte sur elle tous les stigmates de la "femme perdue". Le film est de fait une attaque en règle de ces hypocrites et réformateurs de tout poil, et se sert de cette image de femme transcendée par un père-la-pudeur en réalité obsédé par sa propre concupiscence...
Walsh aborde son film en Irlandais, et en catholique : c’est une évidence, même s’il fait jouer à l’amour au sens sentimental du terme un rôle extrêmement important, il est clair que la rédemption comprise dans le titre naît d’un engagement personnel complet du personnage principal. Il peint une Amérique des bas-fonds dans laquelle certes les gens les moins aisés ont la solution de facilité du crime, mais ne les juge d’autant pas que son héros, Owen Conway (Rockliffe Fellowes), s’est fait tout seul après avoir fui le domicile de ses parents adoptifs, le père (James Marcus) étant une grosse brute avinée. Son caractère fondamentalement positif apparaît dans une anecdote, lorsque Owen sauve un jeune garçon handicapé des brimades d’un groupe de grosses brutes: il le suivra ensuite jusqu'au bout du monde par reconnaissance. Le déclic se fait lorsqu’ Owen rencontre Marie Deering (Anna Q. Nilsson), une jeune bourgeoise qui participe à une mission. Il l’aide, et bien vite va tomber amoureux, ce qui va le pousser à s’amender. Mais tous ses ex-copains ne l’entendent pas de cette oreille.
Le naturalisme du film est son meilleur atout : autant dans la reconstitution des bas-fonds, que dans la participation de vrais gangsters et de figurants authentiques, on retrouve la vision simple et directe d’un monde tangible. Les acteurs sont amenés à jouer d’une façon toujours juste; Walsh atteint ainsi une certaine vérité des sentiments qui permettent à la dimension sentimentale importante du film (On est Irlandais ou on ne l’est pas) de passer sans forcer. Et puis contrairement à Griffith, il se repose largement sur les images sans imposer une seule fois d’éditorial: c’est un film réalisé par un conteur qui a compris que les images sont son seul vecteur. 


