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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 16:11

Sans être aussi connu que Broken Blossoms, ou aussi flamboyant que les énormes Birth of a nation et Intolerance, cette petite comédie tendre et à la petite musique douce et nostalgique est un bien beau film: avec Lillian Gish, bien sur, dont le point de vue reste le principal point d'ancrage d'une narration souvent douce-amère , mais aussi avec Bobby Harron, dont c'est l'un des derniers rôles en vedette pour Griffith.

Je ne reviendrai pas en longueur sur les circonstances tragiques et jamais élucidées de sa mort (On estime qu'il se serait suicidé en raison du choix de Richard Barthelmess pour interpréter Way Down East), mais c'était une grosse perte: on connaît son interprétation magistrale du "Garçon" de Intolerance, et son visage juvénile (ici, il a 26 ans) et malléable lui permet dans True Heart susie d'interpréter de manière convaincante un pré-ado aussi bien qu'un jeune adulte.

L'histoire, située dans l'Indiana, est la chronique rurale d'une petite communauté à l'écart des bouleversements du monde, dans laquelle vivent Susie (Gish) et William (Harron); inséparables, ils se sont aimés comme des enfants jusqu'au jour où par un stratagème, la jeune fille a réussi à envoyer William à l'université, sans lui révéler qu'elle était sa bienfaitrice. Revenu quelques années après et devenu pasteur, il se marie avec la première pimbêche venue (Clarine Seymour, qui allait bientôt décéder aussi), mais Susie souffre en silence car elle sait que ce mariage est une erreur, non seulement de son point de vue à elle, mais aussi par rapport à William qui ne se rend pas compte que sa femme le mène en bateau...

Une fois accepté le trou béant du scénario, par ailleurs typique du mélo facile (Mais pourquoi diable Bettina -Seymour- se marie-t-elle avec William?), le film est un enchantement, basé sur la dichotomie propre au muet (Et si bien illustrée par les films The Kid Brother de Harold Lloyd, Tol'able David de Henry King ou même en plus complexe et intérieur, l'inégalable Sunrise de Murnau) de l'opposition entre une ville qui corrompt, et une campagne authentique et sincère, les deux étant symbolisées par une femme. Le film déroule tranquillement sa trame, à coupe de séquences ponctuées d'intertitres avec clins d'yeux permanents d'un Griffith narrateur, dans un style lumineux et forcément doux.

Mais bien sur, les fans de Lillian Gish sont à la fête, avec une Susie qui ne se laisse jamais aller à devenir une figure tragique, restant du début à la fin une femme-enfant: elle a déjà, par un deuil précoce (Elle est orpheline) une certaine maturité, qui la pousse à se comporter en vraie grande soeur avec ce grand nigaud de William, mais grandie trop vite, elle garde en adulte son allure d'enfant. Le contraste avec Bettina est assez peu subtil, mais Griffith et Clarine Seymour ont bien chargé le personnage, avec un certain succès: il ne s'agit pas ici de faire dans le réalisme, et la comédie se satisfait de cette exagération. C'est d'ailleurs un film pour lequel on convoquerait volontiers les comparaisons avec les grands longs métrages burlesques: Keaton s'inspirera de cette veine Griffithienne dans The goat, ou dans Our Hospitality. Sinon, j'ai déjà fait allusion à Harold Lloyd, mais le jeu de Lillian Gish fait aussi penser à Harry Langdon, en particulier par sa lenteur, son décalage, et l'importance de ses yeux par rapport à un corps dont elle souligne la gaucherie.

Après une séquence un peu plus relevée, dans laquelle Bettina fait face à son destin, et doit affronter les conséquences de ses mensonges, une tempête et la maladie, le film permet aux amoureux d'avoir une seconde chance, et on les revoit une fois de plus, à distance, par le souvenir des enfants qu'ils ont été. On est loin du cynisme, du tumulte des grandes épopées, on est en pleine Americana, et que voulez-vous, on en redemande... On retrouvera une partie de cette atmosphère dans Way Down East.

https://www.youtube.com/watch?v=NxpjXrzWW4Q

 

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1919 Comédie Lillian Gish *
3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 18:23

La jeune femme qui donne son nom au film est interprétée par Francesca Bertini, et elle est lavandière. Dès le départ, nous sommes confrontés au coeur du drame: elle est fiancée à un homme, un boucher très violent, Michele (Gustavo Serena), mais un autre homme la courtise avec insistance, Raffaele (Luciano Albertini). Averti par une lettre anonyme qu'Assunta passe du temps avec un rival, Michele attaque la jeune femme et la défigure. Il va faire de la prison, mais Assunta cède au chantage d'un homme influent, et lui accorde des faveurs en l'échange de la mise en liberté sous six mois de son fiancé...

Cette sombre histoire d'une fuite en avant est notable par beaucoup plus que son intrigue... D'une part, la fatalité de la situation est rendue par des acteurs qui usent d'une grande subtilité, jouant presque plus la fatalité que le drame, Bertini en tête... Véritable auteure du film, elle a obtenu de pouvoir le diriger dans les rues de Naples, au milieu des commerces et des petites gens, et c'est une Italie au naturel, captée dans son jus et pour l'éternité, que nous trouvons devant nous...

Elle a aussi obtenu de son équipe une impressionnante façon de composer le drame, dans des plans souvent tournés dans d'authentiques boutiques, et où la vie grouillante de la ville est captée dans une utilisation gourmande de la profondeur de champ.

 

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Published by François Massarelli - dans Francesca Bertini Muet 1917 *
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 17:56

On est, avec cette rare comédie qui date d'avant l'âge d'or, mais juste avant, en plein univers de Frank Capra... Mais quinze années avant! C'est un des films réalisés autour de la personnalité attachante du comédien aujourd'hui oublié Douglas Maclean, et si le nom de Jack Nelson ne nous évoque lui aussi pas grand chose, on connaît en revanche le nom du superviseur de ce film, le célèbre Thomas Ince, qui adorait signer au delà du raisonnable mes films qui sortaient de ses ateliers; par exemple, sur les trois premiers cartons du générique de ce film, son patronyme apparaît 5 fois...

Jimmie Knight vient de finir ses études, il fait donc ce que tout héros de comédie muette doit faire: il rentre dans son petit trou pourri originel, en l'occurrence Centerville, Iowa... En chemin, il rencontre une adorable créature (Marian De Beck) et le coup de foudre est manifestement réciproque... Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il s'agit en fait de Miriam Rogers, la fille des rivaux du drug store qu'il va désormais tenir, en ayant hérité. Et le père Rogers, lui, est un capitaliste du genre qui ne rigole pas, le magasin familial pourrait bien être liquidé en deux semaines. L'idée qui va sauver le commerce familial est de prétendre que le père de Jimmie, avant de mourir, a trouvé la panacée absolue, de fabriquer un médicament (plus il sera dégoûtant, mieux ce sera), et de le vendre à tous les imbéciles qui le demanderont... Et en plus, ça marche: le truc commercial, bien sûr, mais surtout le médicament, qui guérit effectivement tous ceux qui y croient, quel que soit leur maladie!

Le titre fait allusion à une formule de P.T. Barnum, selon laquelle toutes les minutes, il naît un imbécile à arnaquer... ce qui annonce quand même assez sérieusement la couleur. On notera que sur les fonds baptismaux de la panacée créée par Jimmie Knight (charbon de bois, terre, gingembre...), on trouve non seulement un jeune diplômé de droit, mais aussi le journaliste local, propriétaire de l'unique organe de presse de Centerville: un beau pedigree, donc, pour un médicament qui n'est finalement que de la poudre aux yeux...

S'il faut admettre que le film promet plus qu'il ne donne (on s'attend longtemps à ce qu'un retour de bâton punisse les prétentions du héros, en vain), le film est plaisant pour son optimisme, sa simplicité, et le fait que finalement toute cette histoire de clochers se résout entre amis, au village, pour ainsi dire. Certes, c'est une vision par trop optimiste des dures lois de la publicité et du capitalisme, mais c'est dit avec le sourire, et Maclean évoluant dans un univers qui fait tellement penser à ceux de Fairbanks, Lloyd et Chase, qu'on lui pardonne beaucoup.

 

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Published by François Massarelli - dans Douglas MacLean Comédie Thomas Ince Muet 1921 *
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 09:01

Ce film est un cas à part, y compris dans le contexte parfois franchement baroque du cinéma Italien des "divas " des années 10! Il est l'adaptation d'un poème de Fausto Martini, une variation sur Faust au féminin. Non seulement il a été conçu comme un "véhicule" pour Lyda Borelli, mais il était accompagné 'une partition très élaborée de Pietro Mascagni, faisant du film une sorte d'opéra cinématographique!

La respectable vieille dame Alba d'Oltrevita (Lyda Borelli) aime à s'entourer de jeunes personnes dans sa demeure, mais ils lui rappellent cruellement la vérité sur son sort. Passant devant une toile présentant Faust et Mephisto, elle émet le souhait d'être confrontée comme le vieux Faust à une nouvelle jeunesse... ce qui n'est pas tombé dans les oreilles d'un sourd: Mephisto (Ugo Bazzini) l'a entendue, et le tableau s'anime.

L'accord conclu entre le démon et la vieille dame est simple: elle va récupérer sa jeunesse et sa beauté, mais a l'obligation de ne pas tomber amoureuse. Et bien sûr elle accepte...

Dans la première partie, Alba tourne la tête d'un jeune homme, Sergio (Giovanni Cinni) qui ne l'intéresse pas du tout. Elle préfère passer du temps avec le frère de celui-ci, Tristano (Andrea Habay) qui est venu pour lui demander de cesser ses manigances, et bien entendu, elle tombe amoureuse, ce qui va précipiter les deux frères dans la mort...

Oxilia a conçu le film en trois parties distinctes, un prologue donc, la première partie qui laisse la place au lyrisme et dans laquelle Lyda Borelli se retrouve très entourée. Mephisto est généralement dans l'ombre, mais au fur et à mesure de l'avancée de la situation, les figurants disparaissent... La deuxième partie, qui vient après la révélation de l'amour d'Alba pour Tristano, est quasiment un solo de l'actrice, qui joue comme elle savait le faire, des pieds à la tête: son jeu n'est ni timide, ni mesuré, mais elle réussit à éviter le ridicule en maintenant un répertoire d'expressions magistral. Oxilia se plait à filmer avec adresse tous les éléments de l'immense propriété où se situe l'action, trouvant toujours des solutions personnelles pour cadrer l'actrice derrière des filtres, des éléments de décor, des branchages... Le cinéaste profite aussi d'une belle lumière estivale.

Un élément essentiel du film, outre sa partition, est la couleur: teintes, mais aussi pochoirs, sont utilisés dramatiquement. Alba et Mephisto en particulier bénéficient d'un traitement de faveur, puisque dans de nombreuses scènes ils sont les seuls à avoir été colorés: Mephisto en pourpre, et Alba en fuschia... Ce dispositif particulier est l'un des éléments qui ont fait que la sortie du film a été retardée, jusqu'à juillet 1917, peu de temps avant la mort d'Oxilia.

Ce reflet extravagant d'une autre époque, mais aussi d'une confiance inconditionnelle dans les pouvoirs du cinéma, cette fois allié aux autres arts, est de ces oeuvres qui ne peuvent laisser indifférent, et qui plus de cent années plus tard, intriguent forcément... A voir donc à tête reposée, dans les meilleures conditions possibles, soit avec ses couleurs et sa musique.

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Nino Oxilia Muet Lyda Borelli *
28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 11:00

Ce film de Nino Oxilia, qui inaugure la période la plus importante de la carrière de Francesca Bertini est situé en France, sinon il aurait probablement été impossible de le situer dans la prude et très Catholique Italie de 1914: un divorce, des adultères, un suicide sur scène... La barque est bien chargée, la censure allait donc se déchaîner.

La Princesse de MontVallon (Francesca Bertini) , ou de Monte Cabello dans la version néérlandaise qui circule sur internet, a enfin la preuve que son mari a une aventure avec une comtesse volage... Elle lui fait une courte scène, mais ne peut se résoudre à abandonner son semblant de bonheur familial. Mais le Prince Consort, lui, ne se gêne absolument pas: il prend prétexte de la scène que lui a faite son épouse pour déclencher une procédure de séparation, puis de divorce. Puis, avec un coup de pouce de la comtesse, il obtient 'un juge que la princesse, dont la moralité est mise en doute après avoir été vue en compagnie d'un acteur, perde la garde de leur unique enfant. C'est la descente aux enfers...

Oxilia suit les aventures de la belle dame, et son tourment grandissant, en mettant beaucoup l'accent sur la perte de statut, et les soudaines barrières que le destin lui met dans son parcours: si le film réussit à se terminer, in extremis, par une fin heureuse, le metteur en scène auront malgré tout eu le temps de nous montrer, sous le soleil radieux de la méditerranée, les affres d'une vie entière de luxe et de volupté, qui tout à coup se dérobe sous les pas de l'héroïne. Francesca Bertini, qui joue des pieds à la tête, et de façon intense, le drame, est magistrale, et la mise en scène est toute de lumière, avec un sens aigu de la composition.

Nino Oxilia, mort d'une explosion dans une tranchée lors d'une bataille contre l'Autriche en 1917, était un très grand nmo des jeunes années du cinéma Italien... On appréciera ce film en particulier pour cette façon impressionnante qu'il a ici de cadrer Francesca Bertini, de penser la mise en scène en fonction à la fois des lumières, du cadre et du corps de la star, sans parler de son utilisation constamment symbolique et géniale du décor...

https://www.youtube.com/watch?v=FweGcuLu2jk

 

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Published by François Massarelli - dans 1914 Nino Oxilia Muet Francesca Bertini *
27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 16:14

Et donc, il va falloir parler de Douglas Maclean: acteur chez Ince entre 1918 et 1924, il s'est très vite spécialisé dans la comédie; pas le grotesque façon Sennett, non, plus un croisement entre le Doug Faibanks de His picture in the papers, les acrobaties en moins, et le futur Harold Lloyd de Safety last. Il a occupé un créneau qui allait certainement influencer fortement les studios Roach, d'ailleurs...

Ici, en cinq bobines, il nous livre tambour battant une histoire très amusante qui est à la croisée de ces univers: il joue un héritier potentiel qui est coincé entre un oncle riche (John Stepping), mais bardé de principes, et une fiancée (Margaret Loomis) qui ne veut pas d'un inutile, et lui fait comprendre qu'il va devoir travailler. L'oncle, incidemment, n'aime pas les saltimbanques, et la fiancée est actrice...

Pour échapper à l'un, il va devoir faire preuve d'ingéniosité de tous les instants: faux incendie, déguisement, poursuite en voiture de pompiers... Pour rejoindre l'autre, il va devoir, eh bien, travailler: étant client d'un hôtel la seule inspiration qui lui vient est de devenir groom, ce qui ne sera pas de tout repos. On dénombre des gaffes, des quiproquos, et même une dangereuse promenade sur le mur extérieur de l'hôtel...

D'autant que le groom n°13, quand son oncle obtient son licenciement, va provoquer une grève géante qui va agiter tout l'hôtel: du bolchevisme chez Ince? 

...On aura tout vu. Oh, et sinon, Eugene Burr joue un personnage mystérieux, qui sert de fil rouge à tout ça, et qui cherche à dérober un portefeuille d'actions que Douglas a oublié dans une poche. Mais qui est cet étrange sbire moustachu? Réponse (idiote, donc délectable) à la fin de cette gourmande intrusion dans la comédie Américaine.

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 Comédie Muet Thomas Ince Douglas MacLean William Seiter *
27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 15:49

Un scandale éclate au duché de Wallenstein: des plans secrets ont été volés par un espion qui s'était introduit dans la famille d'un membre de l'état-major, sous le prétexte de conter fleurette à sa fille. L'officier responsable des plans se suicide, et sa fille Elsa (Lyda Borelli) doit partir en exil. En Suisse, elle travaille dans le monde du spectacle, et se fait rapidement un nom, mais le poids du souvenir la laisse constamment insatisfaite... Jusqu'au jour où elle rencontre un bel inconnu (Mario Bonnard) avec lequel elle file bientôt le parfait amour, sans savoir que ce désoeuvré, incognito, est en réalité le prince héritier de Wallenstein...

Bon, on va le dire de suite, comme ça ce sera fait: l'ignoble individu, qui subtilise les plans au début du film, puis qui reparaît dans le seul but de nuire gratuitement à la belle Elsa, s'appelle dans le film Moïse Sthar: une parfaitement inutile touche d'antisémitisme qu'on pourrait faire disparaître en remplaçant son nom par Jean Dupont sur un intertitre! Mais les maladies honteuses ont la peau dure, et pas que dans ce début de siècle précédent... Quoi qu'il en soit, malgré cette tache indélébile, ce film est important, ne serait-ce que c'est l'un des premiers films de Lyda Borelli, et sans doute le premier à être significatif...

Certes, c'est un mélodrame assez classique, un film dans lequel les passions finissent mal, à peine mâtiné d'un brin d'espionnage. Mais surtout, c'est un film qui repose intégralement sur les épaules d'une actrice qui avait un certain renom au théâtre, mais qui a instinctivement compris qu'elle pouvait utiliser la gestuelle, et les attitudes, pour faire passer l'émotion, dans ce nouveau médium en construction qu'était le cinéma... Le résultat, c'est qu'elle vampirise l'écran, obligeant le pépère Caserini à tresser toute sa mise en scène autour d'elle. Chaque scène qu'elle joue est une merveille d'invention, d'expression et d'émotion. La dernière dans laquelle elle meurt sur scène comme Molière (oui, C'EST une tragédie, forcément) particulièrement: une seule comparaison me vient à l'esprit, c'est Lillian Gish dans sa scène finale de La bohême... Excusez du peu. 

A coup sûr, c'est un film qui aura été crucial pour cimenter une grande part du cinéma Italien sur la verve de ses actrices, Lyda Borelli qui donne ici des échos de sa carrière théâtrale à travers les rôles joués par son personnage, l'avait bien compris, et le reste de la décennie allait être particulièrement intéressant.

 

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Published by François Massarelli - dans 1913 Muet Lyda Borelli Mario Caserini *
17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 09:43

Aux tous débuts du western, d'une part il s'agit de bien comprendre qu'il n'y a aucun besoin de vernis passéiste ou de distance mythique: ce qui rend les westerns des premiers temps précieux, est le fait que nombre d'entre eux sont strictement contemporains! Ce qui n'est pas forcément le cas, mais il y a néanmoins toujours des liens avec la vérité; ce film a été produit en réaction à la multiplication des films produits par d'anciens bandits, le plus célèbre étant Al Jennings qui dans la plus pure tradition du western, avait une façon bien à lui de se mettre en avant. Des anciens hommes de loi ont donc décidé d'utiliser l'arme du cinéma eux aussi, pour rappeler les spectateurs à une certaine décence vis-à-vis de la loi!

Ainsi Bill Tilghman, qui ne se met pas trop en avant, nous montre dans ce film la façon dont les forces de l'ordre balbutiantes du territoire de l'Oklahoma ont fait face à des bandes organisées qui écumaient la région. Le film est fortement authentique, du moins dans la partie qui nous est parvenue: une seule bobine sur les six du long métrage a survécu, mais on y sent un réalisme et un besoin de règlement de comptes particulièrement marqués, comme dans cette scène finale où les bandits abattent gratuitement un passant, suivi d'un intertitre: c'est parce qu'ils sont comme ça que ce sont des bandits...

Bref, on est loin, très loin, de la vision romantique du hors-la-loi comme un Robin des Bois moderne...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1915 *
25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 10:40

Ce film de moyen métrage qui s'intéresse à l'actualité brûlante de la guerre fait partie d'une veine qui tient plus de la propagande que de la tranche de vie, pour l'auteur de la série justement célébrée, La vie telle qu'elle est, et bien entendu on n'y trouvera pas l'attrait du mystère si présent dans les films criminels et les séries d'aventure. Cela étant dit, il y a là matière à trouver de l'intérêt...

L'histoire est d'un caractère édifiant, mais n'est pas assimilable à l'esprit "fleur au fusil" des premiers mois de la première guerre mondiale: l'intrigue tourne autour de trois environnements, avec d'un côté, un poilu qui se languit de sa famille quand il est au front, de l'autre la famille à l'arrière et déplacée (leur région est occupée par l'ennemi) et enfin, la "marraine de guerre" du héros, une brave châtelaine Tourangelle, de la meilleure société évidemment, qui va réunir la famille séparée à l'occasion de Noël...

Les bons sentiments, la présence inévitable d'un arrière-plan religieux ('un esprit Catholique d'avant 1905!) trahissent l'esprit Gaumont dans toute sa naïve splendeur, et je ne suis pas sûr que le très comme il faut Feuillade, pourtant si conservateur, se soit beaucoup intéressé à cette histoire. Mais il a su traduire les solitudes, les langueurs des uns et des autres, en images superbes. Il utilise avec verve la pénombre et même la profondeur de champ pour révéler à la faveur d'une porte entrouverte les soldats ennemis qui ont investi une cuisine pour y boire et célébrer leurs victoires. Par moments, on pense au cinéma Tsariste d'un Bauer ou d'un Protozanov, des cinéastes qui n'avaient pas de concurrence pour représenter la détresse intérieure...

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Louis Feuillade Muet *
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 14:58

Sous ce titre aussi court que lourd de menaces, se cache l'un des films de la série de Louis Feuillade et Gaumont, La vie telle qu'elle est. Si le "cinéma premier" de la firme se nourrissait déjà du goût du public pour les séries, celle-ci était novatrice: il ne s'agissait ni de scènes comiques, ni d'histoires autour de personnages récurrents (Onésime, Léonce, Bébé, Bout-De-Zan faisaient alors le bonheur des spectateurs); La vie telle qu'elle est entendait rester fidèle à son titre, et proposer un reflet de la réalité, sous un jour dramatique, et tant qu'à faire coller à l'actualité.

De façon surprenante pour la très bourgeoise Gaumont, les films étaient parfois assez novateurs aussi en matière de revendication sociale, tel ce drame de trois bobines dans lequel Feuillade se paie la fiole des réformateurs de tous poils et de leur esprit étriqué... Lui qui était royaliste, et qui travaillait pour le très Catholique, très (très très) droitier, et très comme il faut M. Léon Gaumont, devait sans doute en connaître un rayon sur le sujet...

Anna Moulin (Renée Carl), dite Nana, travaille pour un "cabaret pour jeunes femmes", un établissement dans lequel il ne fait sans doute pas aller très loin pour pouvoir l'appeler une maison close. Elle souffre de sa situation, mais ne voit pas comment en sortir... Jusqu'au jour où elle s'occupe d'un consommateur, le Docteur Perrin (Henri Collen), qui lui propose de quitter son "métier" et de travailler avec elle dans une clinique dédiée aux pauvres. Nana le suit, devient la clé de voûte de l'institution, et a la surprise d'entendre, le jour où on fait lecture du testament de Perrin qui vient de décéder, qu'il la nomme à la tête de sa clinique. Tout le conseil d'administration s'en réjouit, mais Anna va devoir vivre un calvaire quand un étudiant qu'elle a éconduit, Alphonse (Jean Ayme), décide de la dénoncer comme ancienne prostituée...

On appréciera les efforts de l'équipe du film pour contrer le risque de censure: le "cabaret" où travaille Nana n'a rien qui puisse nous faire penser qu'il s'agit d'autre chose qu'un débit de boisson (d'ailleurs le Docteur Perrin s'y rend sans penser à mal), mais le contexte et l'intrigue nous permettent de recoller les morceaux de ce qui n'est jamais clairement dit. Le film est notable par son refus de juger, tout en pointant un doigt accusateur envers ceux qui rejettent l'héroïne. Le film tout entier est évocateur de deux courants qui' n'ont pu qu'influencer Feuillade: les films Scandinaves et particulièrement Danois, dont la franchise et la noirceur étaient un exemple pour tous les cinéastes de l'époque, sans parler de la qualité du jeu des interprètes; les films "populaires" de Capellani chez Pathé, le grand concurrent, ont certainement aussi eu une influence sur La Tare. A travers le refus du spectaculaire, la clarté de l'intrigue, c'est une preuve de l'importance indéniable de ce courant réaliste chez Feuillade.

 

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet 1911 *