Entre 1924 et 1928, Lang a surtout cherché à s'éloigner du style qu'il avait adopté avec Dr Mabuse, der Spieler: en se lançant dans l'évocation successive d'un impossible passé mythologique (Die Nibelungen, 1924), puis en essayant de visualiser le futur urbain de la planète (Metropolis, 1926), il a développé un nouveau cinéma, fait de grandeur, qui tranche avec l'évocation neveuse et à peine voilée de la crise Allemande dans le Mabuse de 1922. Mais l'échec de Metropolis a sans doute joué un rôle dans le retour au cinéma de genre avec ces Espions de 1928, un thème bien sur déjà exploré avant Mabuse avec le diptyque Die Spinnen, Les araignées, si influencé par le cinéma de Feuillade. Puisque le mot "genre" est prononcé, autant aller tout de suite dans cette direction: si Lang lui-même a qualifié ce nouvel opus de modeste film d'espionnage, pour montrer à quel point il s'éloignait des préoccupations de Metropolis, le film qui fit un tel flop dans sa carrière internationale qu'il en devenait gênant pour tout le monde, il ne faut pas s'y tromper: tous les grands films de Lang, qu'ils soient ambitieux ou non, qu'ils soient des succès ou non, ont deux facettes: ils traitent à la fois du rêve et du cauchemar, parfois même ouvertement, comme dans ces merveilleuses scènes de Metropolis ou Freder part en vrille, cherchant l'amour de Maria et ne trouvant devant lui qu'une statue de la Faucheuse... Spione ne change en rien cette règle, puisque le film, qui traite d'histoires d'espions, d'aventures trépidantes, et de péripéties excitantes, cache lui aussi la mort en ses moindres recoins...
Mais bien sur, Spione le fait en accumulant les rebondissements, avec un rythme appuyé: dès le début, largement commenté ultérieurement par Lang lui-même, le metteur en scène s'amuse à nous placer au coeur d'un chaos de délits et de coups d'éclats, avec bandfits qui subtilisent des documents, tuent des espions rivaux, jusqu'à ce qu'un protagoniste de cette étonnante introduction ne pose une question fatidique: qui est responsable de cette situation? Un homme répond, face à la caméra: Ich. C'est le banquier Haghi, interprété par Rudolf Klein-Rogge, comme l'était déjà Mabuse... Lang a décidé de ne pas nous le cacher, et le film deviendra vite un jeu de chat et de souris, entre Haghi et les services secrets, représentés par l'agent 726 (Willy Fritsch). Les affaires se résovent en traitrises, infiltrations, séduction et autres tractations. Comme toujours chez Lang, le signe, qu'ils soit de communication (Les messages, télégrammes, et autres signes distinctifs) ou de symbole, est roi, et le rythme très rapide du film ne permet pas au spectateur de souffler.
Pour autant, le film ne se contente pas, contrairement à ce qui a souvent été dit, de reprendre une formule ou de sitiller de façon mécaniques des effets très bien orchestrés. Lang prlonge une réflexion entamée dès Mabuse, sur la loyauté, la morale aussi, à travers ces nombreux protagonistes de sbires souvent réduits à trahir, ou à commettre de simples meurtres pour le compte du chef. Et à travers Haghi, il montre les pouvoirs de l'argent (Le colonel Jellusic, un militaire qui aime un peu trop le confort, va trahir pour les beaux yeux d'une femme et surtout pour une liasse qu'elle exhibe négligemment), de l'amour et de la luxure (Le vertueux colonel Matsumoto va se laisser aller avec une très jeune femme qui va le pousser au suicide)... C'est aussi l'amour toutefois qui sera la source de rédemption de l'héroïne, heureusement, ce qui permet au film de remplir son contrat en faisant triompher le bien. En attendant, on aura vu à quel point la fin inévitable de tous ces gens, d'ailleurs liée à la notion de loyauté, que ce soit pour une cause ou un pays, c'est la mort, et on assistera à trois suicides... La part de cauchemar insistante, et qui reviendra de film en film chez lang, a ici fait un grand nombre de victimes...
Terriblement distrayant, moderne et souvent drôle, le film est en plus marqué par le jeu de six acteurs de chox, qui compsent des rôles inoubliables, à des années lumières des clichés expressionnistes: Gerda Maurus, une débutante découverte par Lang qui essaie avec elle de rééditer l'exploit de Brigitte Helm, Fritz rasp, Rudolf Klein-Rogge, la jeune Lien Deyers en garce impayable, Lupu-pick et surtout l'impeccable Wily Fritsch, superbe jeune premier qui a droit à un cadeau rare chez les acteurs masculins de Lang à cette époque: pas de maquillage. Et le film a sa dose de souterrains, trains en furie, cave emplies de gaz, coups de théâtre, scènes nocturnes... Contrairement à sa réputation, c'est bien un grand film de Lang.




Aloysius Riley
(McDonald) est un policier New Yorkais, un vrai: Irlandais, plus oncle bourru que véritable bras de la loi, il est aimé de tous, même s'il a un certain ressentiment à l'égard de son collègue
Krausmeyer, un immigré Allemand comme son nom l'indique (Harry Schultz). Il estime qu'on mesure l'efficacité d'un policier "aux arrestations qu'il ne fait pas", une devise mise en exergue dans le
film et qu'il applique tous les jours. Quand il y a un problème, il se débrouille pour que ce soit sur le territoire de Krausmeyer... Pas grand chose ne se passe, Riley y pourvoie, jusqu'à ce
qu'on fasse la connaissance d'un jeune couple d'amoureux, Mary (Nancy Drexel) et Davy (David Rollins). ils s'aiment, mais ne vont pas pouvoir se marier de suite, var Mary doit partir en
Allemagne. Le bouillonnant Davy part pour la rejoindre, mais il est entretemps accusé d'avoir volé dans la caisse de la patisserie ou il travaille. On décide d'envoyer Riley en Allemagne, afin de
récupérer le jeune; là, il va non seulement procéder à sa première arrestation, celle de Davy qu'il a vu grandir; mais Riley va surtout rencontrer l'amour, en la personne de Lena (Louise
Fazenda)...
Victor McLaglen y incarne 'Citizen' Hogan, un soldat exilé qui revient en Irlande ou il est hors-la-loi (Pour son engagement politique contre la couronne, sans aucun doute) afin d'y tuer un homme, après avoir reçu un message dont la teneur restera longtemps énigmatique. On assiste donc à son arrivée, déguisé en moine, dans un conté dont l'ancien juge, le très sévère Baron O'Brien (Hobart Bosworth) apprend qu'il n'a plus qu'un mois à vivre. Hanté par les nombreuses morts qu'il a causées (On l'appelle "le Bourreau", the Hangman), il est obsédé par l'idée de 'placer' sa fille Connaught (June Collyer). Il ignore l'amour simple et pur que celle ci éprouve pour le jockey Dermot McDermot (Larry Kent), et veut la marier à John D'Arcy (Earle Foxe), identifié dès le départ comme un traître (il ne passe presque jamais de temps en Irlande, préférant voyager en Europe, et il vise une place à Londres...). Le soir du mariage, assailli par ses "victimes", le vieux juge décède, et D'Arcy veut comme de juste passer la nuit avec Connaught, mais celle-ci, aidée par les domestiques de la maison, se refuse. C'est dans ces circonstances que Hogan fait son apparition, et commence à tourmenter D'Arcy; on apprendra ensuite que celui-ci s'est marié en France avec sa soeur, et qu'elle est ensuite morte lorsque il l'a abandonnée...
figure fantômatique du 'moine', et prend peur: il vient de comprendre que Hogan est revenu en Irlande. Voilà qui va précipiter son alcoolisme!
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Le film semble assez fidèle à l'esprit du drame D
Mais on ne saura jamais. Si vraiment une copie de ce film dormait quelque part dans le monde, je pense que la personne qui la dissimulait l'aurait sortie de ses cartons il y a dix ans, au début du boom du DVD, à une époque où, brièvement, il devenait possible à un studio comme la Fox de sortir un coffret aussi luxueux que
La "tempête", c'est la révolution Russe... Tempest est un film d'aventures romanesque dans lequel on assiste aux changements de la Russie entre 1914 et 1917; un genre à part entière en somme, en même temps qu'un moyen de ne pas vraiment prendre parti dans le Hollywood de 1928... Le film, un véhicule pour John Barrymore et l'un de ses meilleurs films, a semble-t-il une histoire encore plus tumultueuse que son intrigue. Si le film porte la signature de Sam Taylor, l'ancien collaborateur de Harold Lloyd, deux autres metteurs en scène ont participé à la confection, et c'est tout un symbole, puisque aussi bien Victor Tourjansky, un émigré qui avait tourné en France (Michel Strogoff, 1926, avec Ivan Mosjoukine!) que Lewis Milestone (Un protégé de Howard Hughes) étaient Russes... Pourtant aucun des deux ne restera sur le film... Joseph Schenck, qui à la United Artists tentait semble-t-il de diversifier sa production avant de lâcher son poulain Buster Keaton à la MGM, avait mis les petits plats dans les grands pour ce film, dont le scénario avait là aussi traversé plusieurs états. On sait que parmi les scénaristes qui se sont succédés, il y avait un certain Erich Von Stroheim... Il y aurait travaillé à la demande de Schenck suite à sa mise à l'écart du montage de The wedding march, et le script aurait du être une collaboration entre Stroheim et Milestone, destinée à être mise en scène par ce dernier; donc, dès le départ le film est un projet de Schenck, dans le cadre du contrat de trois films avec John Barrymore. Le fait est que dans la version finale du film, on retrouve quelques touches de l'oeuvre de Stroheim, mais diluées, et le résultat est un film d'aventures, sans prétentions, qui se joue des conventions avec insouciance... Pas de leçon d'histoire, donc.
Russie, avant la guerre; le sergent Ivan Markov (Barrymore) travaille d'arrache-pied pour obtenir un grade d'officier, ce qui n'est pas acquis, puisqu'il est d'extraction paysanne; lorsqu'il l'obtient grâce à un général bienveillant (George Fawcett), les autres officiers parmi lesquels un capitaine (Ulrich Haupt) qui le méprise ouvertement, lui font sentir qu'ils ne l'accepteront jamais comme un égal. Fin saoul, Markov se retrouve par erreur dans la chambre de la princesse Tamara (Camilla Horn), fille du général, dont il est amoureux. Elle donne l'alerte, il est arrêté, dégradé, et finalement mis en prison. Pendant ce temps, la guerre intervient, puis la révolution. Un personnage que Ivan a souvent croisé, un agitateur (Boris de Fast) socialiste, le fait libérer pour faire de lui un leader du peuple... De son côté, Tamara qui a toujours aimé Ivan 'depuis la première minute' tente de survivre à la "tempête"...
rôle important, la première séquence étant un brillant travelling qui pourrait sans trop de problème être une idée de Milestone... Mais le film final est enlevé, probablement un brin gratuit aussi, sans qu'on songe à s'en plaindre. Barrymore est égal à lui-même, Camilla Horn joue la noblesse pincée avec une certaine conviction sans risquer sa peau à chaque plan comme c'était le cas durant le tournage de Faust, et on a la chance de voir aussi le grand Louis Wolheim (un complice de Milestone) dans le rôle du copain d'Ivan, qui lâche tout pour le suivre...