Un homme se comporte mal avec une laitière... Pour faire court, il a une envie de la toucher, et ne s'en prive pas. Mais elle transporte du lait, et l'inonde...
Dans ce petit (tout petit) film, cousin de The finish of Mr Fresh, une femme a le dernier mot dans une histoire de main baladeuse, ce qui est bien. Les non-dits (et à-peine-montrés!) sont intéressants aussi, puisque le monsieur, comme tout Américain qui se respecte, a une obsession mammaire si on en croit l'endroit qu'il essaie de toucher sur le corps de sa "victime". Recevant une douche laitière, il est en quelque sorte puni par là où il a péché!
Réalisé en 1899, ce film tourné à 36 images par secondes est assez typique du matériau fourni aux Nickelodéons par l'American Mutoscope and Biograph Company (ancêtre de la Biograph, qui allait ensuite s'illustrer avec des films importants sous la direction de David Wark Griffith entre 1908 et 1913): une bande courte, basée sur un gag unique, et qui se termine une fois le gag attendu passé... Un peu comme les vidéos idiotes qui inondent aujourd'hui les plateformes et réseaux sociaux? Non, bien sûr, parce que ces films d'un autre âge participent à leur façon de l'évolution et de l'histoire du septième art...
Et un peu plus, d'ailleurs: il est tentant de lire ce film presque anodin, avec un esprit légèrement mal tourné, en se rappelant qu'il y a un avant et un après "me too"... Il est question ici d'un homme (l'adjectif "fresh" qui est utilisé pour le surnommer dans le titre veut tout simplement dire qu'il se croit tout permis avec les dames) qui se croit obligé de démontrer à une femme qui se trouve en train de baratter du beurre, qu'elle n'a pas le technique, alors que lui, si... Le film démontre qu'il a tort... Et il s'inonde de beurre à la fin.
Mais faut-il avoir l'esprit mal tourné pour constater quand même les gestes faits de part et d'autre, et surtout l'éruption gluante qui termine le film? Sachant que bien souvent, dans les appareils (individuels) qui montraient ces films, il était question de situations coquines, de déshabillage, je pense qu'on est effectivement devant un film où la jeune femme (qui arbore un sourire large, indicatif d'une complicité évidente avec le public) prend le dessus avec une certaine classe sur un imbécile, tout autant que devant une métaphore sexuelle assez osée.
Une famille bourgeoise prend le café... qui est dégoûtant. Mais quand madame se rend dans la cuisine pour demander des explications à la cuisinière, Victoire, celle-ci non seulement lui répond, mais aussi la vire sans ménagement. C'est le jour où la brave domestique a décidé de clamer son indépendance, et de la revendiquer sans ménagement...
Bien sûr, entre les deux compagnies qui se partageaient l'essentiel du marché cinématographique en France à l'époque, seule Pathé pouvait se permettre un tel sacrilège: faire de la révolte d'une domestique (soulignons ici le féminin) un sujet de film, sans pour autant qu'elle se fasse châtier. Du moins, dans la copie disponible (sur le coffret Cinema's first nasty women), qui est probablement incomplète...
En attendant une hypothétique réaction de ses patrons (qui de toute évidence ont peu d'elle!), Victoire aura le temps en tout cas de détruire consciencieusement la vaisselle...
Pour finir, le film présente un problème de lisibilité, car il y a deux espaces visibles: le salon, avec sa porte à gauche et des fenêtres à droite; la cuisine, avec sa porte à gauche. Le résultat est que quand un protagoniste quitte le salon pour se rendre en cuisine, il part par la gauche, et arrive par la gauche, ce qui implique un effort supplémentaire pour le spectateur... Une erreur de gestion de l'espace cinématographique qui ne se trouverait plus dans un film dès les années 10
Un père bourgeois est catégorique, il ne donnera plus d'argent à son fils si celui-ci refuse le parti qui a été choisi pour lui; on en aura la confirmation mais on devine que la riche héritière choisie est impossible et tout sauf désirable). Or le jeune homme a déjà choisi, et il a une petite amie, Lea (Giunchi). Il lui propose une étrange manipulation...
Ca, pour être étrange.. Ce qu'il désire, c'est que Lea se déguise en poupée, pour impressionner tout le monde lors de la signature du contrat de mariage en présence des deux familles... Mais évidemment, il y a une très bonne raison de faire ainsi, ce que je vous laisse découvrir...
Le film permet à Lea Giunchi d'incarner une jeune femme qui devient une poupée articulée, et se permet des extravagances (parfois athlétiques, et pas très pudiques dans l'ensemble)... Elle s'amuse beaucoup, du coup nous aussi. Mais si cette idée aura des échos (conscients ou non) à commencer par Die Puppe de Ernst Lubitsch, il est troublant de constater qu'en visionnant le film qui est une pure comédie, le cinéma fantastique remonte étrangement à la surface lors de la scène qui voit le jeune homme apporter une caisse avec à l'intérieur, sa "poupée"... Un avant-goût du Cabinet du Dr Caligari, tout à coup...
C'est un jour férié, et... c'est semble-t-il une invitation à la coquinerie, dans cette comédie matrimoniale où deux jeunes femmes invitent leurs petits amis à un déjeuner chez elles, mais sans savoir d'une part qu'ils se connaissent, et d'autre part qu'ils sont mariés, l'un étant même le gendre de l'autre! Le plus, c'est qu'évidemment, les épouses sont conviées...
On nage en plein boulevard, et le film coche toutes les cases de l'embarras pour les deux maris volages... C'est assez anecdotique, si ce n'est pas la qualité de réalisme recherchée dans certaines scènes, qui évitent de rechercher le gag à tout prix, et qui sont du même coup un reflet tangible de la vraie vie, plus qu'une caricature à fin de comédie...
Sinon, je profite de l'occasion pour souligner un type de conclusion qui a été très en vogue, depuis la première décennie du cinéma, jusqu'au milieu des années 10: pour finir un film comique, on représentait souvent, en gros plan, les protagonistes exprimant leurs émotions pour un dernier tour de piste. Ici, ce sont trois miniatures qui concluent le court métrage, une vision des deux héroïnes (Lea Giunchi et Fernanda Negri-pouget), les deux épouses meurtries et en colère, et enfin les deux maris adultères...
Lea Giunchi interprète une jeune fille qui demande l'autorisation à ses parents d'aller patiner avec les copines, mais ils ne veulent pas... Elle patine donc dans sa chambre, ce qui va occasionner une dose intéressante de destruction, mais surtout n'étant pas très douée, elle va en tomber par la fenêtre. Ce qui lui permettra non seulement d'aller patiner dans un endroit adéquat, mais aussi et surtout d'y déclencher de nombreuses catastrophes...
Lea Giunchi était une actrice Italienne, l'une des premières stars, et surtout elle échappait totalement au statut de diva qui allait être revendiqué par les Pina Menichelli, Francesca Bertini et autres... C'est que, souvent sous le simple pseudonyme de Lea, soit son vrai prénom, elle a sévi dans la comédie burlesque. Et pas que, puisqu'on retrouve son nom, par exemple, au générique du Quo vadis? de Guazzoni. Ses films pour la Cines, dont le réalisateur est inconnu, montrent un mélange intéressant entre un burlesque à la Sennett, avec le grotesque de rigueur, et un certain réalisme des situations: des films précurseurs de l'univers d'un Hal Roach, en quelque sorte...
Pour finir sur ce petit film amusant et bienvenu, qui nous montre un visage inhabituel de l'Italie d'avant le fascisme, on peut noter que si c'est l'une des premières fois que la patinage intervient dans une comédie burlesque, ce n'est pas la dernière fois, et Chaplin, en particulier, qui était un patineur émérite, saura admirablement se servir de ce sport. Incidemment, dans ce film, un placard invite les passants à pratiquer le pattinagio americano...
Il m'a été demandé de préciser comment pouvaient être visionnés les films de Starewitch, et il se trouve qu'un éditeur s'est consacré à rendre les films du réalisateur du Roman de Renard (Renart) disponibles pour le visionnage... Et j'imagine que les médiathèques de France et de Navarre se sont saisies de la chance, mais vous pouvez les trouver assez facilement.
Concernant les films que j'ai vus, on notera tout d'abord le disque consacré aux films Russes. Beaucoup sont perdus, et certains ne sont plus que fragments, je le signale dans mes articles... Mais si quinze d'entre eux sont encore disponibles, quatorze seulement figurent sur ce DVD sorti tout récemment: https://store.potemkine.fr/dvd/3760338290388-la-periode-russe-de-ladislas-starewitch-1909-1919-ladislas-starewitch/
Les films y sont présentés sans musique, et sous la forme d'un seul programme vidéo, mais le transfert en est décent. Pas de musique, en revanche, ce qui peut rebuter les personnes qui n'ont pas grandi dans le visionnage des muets du cinéma de minuit! Sur l'absence d'un film (s'agit-il de Pan Twardowski? Je ne suis pas sûr, le livret n'est pas de la plus grande clarté), on peut émettre l'hypothèse qu'il soit trop abimé, en cours de restauration ou tout simplement que les propriétaires des copies existantes fassent la sourde oreille.
Le reste des films muets se compose de 13 films, répartis sur quatre parutions. Nina Star (https://store.potemkine.fr/dvd/3700246905967-nina-star-ladislas-starewitch/) propose quatre films tournés en France mettant en valeur Jeanne, la fille du réalisateur: L'épouvantail, Le mariage de Babylas, La Voix du Rossignol et La reine des papillons.
La petite chanteuse (https://store.potemkine.fr/dvd/3700246908289-la-petite-chanteuse-starewitch-ladislas/) contient pour sa part La petite chanteuse des rues, et les deux derniers films muets réalisés en France par Starewitch, la petite parade et L'horloge magique.
Plus concentré sur les hommages du réalisateur au cinéma lui-même, L'homme des confins (https://store.potemkine.fr/dvd/3700246905981-l-homme-des-confins-ladislas-starewitch/) propose trois films qui font intervenir des allusions aux acteurs de premier plan (Chaplin en tout premier lieu). On y trouve le pastiche de mélo Dans les griffes de l'araignée, le film burlesque Amour en noir et blanc, et Les Yeux du dragon.
Enfin, un recueil de cinq films consacré aux adaptations de la Fontaine existe, (https://store.potemkine.fr/dvd/3700246905127-les-fables-de-starewitch-ladislas-starewitch/) partagé entre deux courts parlants, un sixième film bonus, qui s'avère d'ailleurs être le bonus générique des trois DVD que je viens de détailler... On trouvera, pour se limiter aux films muets, Les grenouilles qui demandent un roi, la version 1927 de La cigale et la fourmi, et bien sûr Le rat des villes et le rat des champs...
L'édition de films en DVD est ce qu'elle est aujourd'hui: nous savons qu'un petit éditeur prend des risques en se consacrant au film de patrimoine, y compris et surtout s'il s'agit de films aussi spécifiques et particuliers que ceux-ci. Nous ne sommes peut-être pas devant un travail éditorial et technique comparable à celui de Flicker Alley, Kino ou Criterion. Reste que l'idée est de rendre disponible, de façon systématique, les films d'un réalisateur de premier plan, salué aujourd'hui comme un précurseur de génie, ce que son oeuvre singulière confirme... Je ne peux donc que conseiller ces parutions, et rappeler que l'oeuvre parlante est également disponible en quelques DVD dans la même collection; j'y reviendrai en temps voulu...
L'histoire du cinéma n'a pas retenu les noms de tous les pionniers du cinéma, et en particulier de ceux qui ont eu la lourde tâche de filmer les turpitudes voyeuristes et salaces de personnages obsédés... Mais des films de ce genre étaient effectivement disponibles chez des studios pourtant honnêtes. Pas Gaumont, évidemment, le diocèse de paris en aurait certainement pris ombrage... Mais la prolétaire Pathé ne s'est pas privée.
Attention, toutefois, on ne parlera pas de pornographie, ici, mais bien de la mise en scène comique de situations considérées à cette lointaine époque durant laquelle la vision d'une cheville était considérée comme du plus haut coquin, comme scabreuses. La plupart du temps, ces visions fugitives de dames se déshabillant était surtout orientées vers le regard masculin...
Pas ce film, qui nous montre une employée d'un établissement de bains cherchant à se rincer l'oeil. Dans un premier temps, elle avise une cabine mais elle s'en désintéresse très vite car c'est une dame qui va s'y baigner. Elle va donc voir du côté de l'autre cabine, où un homme va subir une pédicure...
Deux femmes se font mutuellement peur, suite à l'annonce d'un meurtre sanglant, elles voient dans leur salon des ombres menaçantes...
Le film serait totalement anecdotique, une comédie burlesque, voire grotesque, de plus, s'il n'y avait d'une part un traitement très intéressant, et assez en avance: une année avant Lois Weber et son traitement définitif du split-screen dans Suspense, Bosetti utilise le procédé pour montrer simultanément les ombres mystérieuses, les victimes potentielles et leurs réactions, disons, excessives, et la police qui se met en route... en en faisant des tonnes. Nul doute que le cinéaste facétieux ne mette en boîte le split-screen tels que les Danois l'avaient utilisé l'année précédente.
Et sinon, il appartient à la série Léontine, de chez Comica-Pathé, une série éphémère de 24 films centrés autour d'une énigmatique actrice dont les copies n'ont pas retenu le nom, et qui n'a pas percé beaucoup plus loin que ces anarchiques comédies. Dommage, on aimerait en savoir plus sur Léontine, la mécréante, punk avant l'heure, qui aime tant effrayer le bourgeois... Sauf qu'ici, dans son apparition finale éclair, elle ne fait même pas exprès!
Mais même si on n'est pas chez Gaumont, tout se terminera de façon apaisée et dans la bonne humeur: ouf!
Cette fois, l'actrice qu'à défaut d'autre éléments concernant son identité nous appellerons "Léontine", joue une adulte... Une mélomane qui a déposé une annonce dans le journal pour trouver l'âme soeur, un mélomane comme elle. Un homme se dévoue et lui donne rendez-vous: il lui suggère que tous deux jouent d'un instrument...
Il a choisi la grosse caisse... Elle a choisi le trombone. Ils finiront dans les bras l'un de l'autre, mais auparavant le chaos aura été déclenché, et ils finiront au poste, ainsi que tous les gens qu'ils auront croisés...
Le film, en l'état, est très court, et je ne serais pas étonné qu'il soit incomplet. On commence par une vue du jeune homme épluchant les annonces... On est en pleine comédie grotesque, même si l'actrice porte une tenue fort citadine, pour une fois... Mais le jeu est poussé jusqu'à l'outrance.