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21 octobre 2022 5 21 /10 /octobre /2022 17:26

Bon, pour commencer, je propose qu'on passe sur le titre, qui n'est pas à proprement parler très digne de son auteur... Le film est très incomplet ,il n'en subsiste que la fin et toute la mise en contexte est tellement obscure qu'il y a, fait assez rare, un carton introductif dans les copies qui circulent. Il reste à peine deux minutes de ce court métrage qui en faisait probablement 5.

Un peintre fait le portrait d'un modèle exotique, en buvant de l'alcool... Constatant que son serviteur se sert aussi de la bouteille, il la cache, et l'assistant se sert alors dans d'autres flacons, qui contiennent de la peinture...

La fin nous montre les deux hommes se succédant à la place du peintre, une décapitation, et un retour du fantôme sans tête... Comme le film, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
21 octobre 2022 5 21 /10 /octobre /2022 17:16

On mettra du temps avant que le titre ne devienne pertinent! Dans ce film Méliès est un magicien en prison, qui trompe son ennui en faisant apparaître de nombreux signes de confort: décoration, tables, chaises, jusqu'à une pimpante convive qui va partager son repas (il dépose une tenue de femme entière sur une chaise, et la dame apparaît comme par enchantement)... Quand un gardien pointe le bout de son nez, il fait tout disparaître avant de s'évanoui lui-même, puis de réapparaître dans son déguisement favori...

C'est un film éblouissant, sorte de chaînon manquant entre le film à trucs, entièrement basé sur des effets spéciaux, et la comédie absurde. Car Méliès ne se contente pas d'accumuler les faux tours de magie ici, il raconte une histoire, qui ne ressemble à rien d'autre de connu. Il impose même des énigmes à son public, car de même qu'il n'y a dans un premier temps pas de Satan à l'horizon, ici, le décor ne laisse pas vraiment penser à une prison: l'arrivée des gardiens permet enfin de donner du sens à cette hypothèse carcérale...

Et la façon dont s'enchaînent les apparitions puis disparitions, dans un ordre précis (les premiers objets apparus seront les derniers à disparaître) et sans qu'à un seul moment on puisse savoir où exactement Méliès a arrêté la caméra... Du grand art, de toute évidence un des chefs d'oeuvre de son auteur.

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
21 octobre 2022 5 21 /10 /octobre /2022 17:11

Un camelot vante en pleine rue les mérites d'une colle extraordinaire, et deux policiers dispersent la foule... Le bonimenteur, pour se venger, les colle l'un à l'autre... Avant de se faire humilier à son tour.

Une comédie assez basique, dans laquelle Méliès joue autant sur le sentiment populaire anti-agent (n'oublions pas que Méliès se situe dans la lignée de Guignol), que sur le "tel est pris qui croyait prendre"... Bon, ça n'est clairement pas son meilleur film.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
19 octobre 2022 3 19 /10 /octobre /2022 15:36

Un ensemble de touristes visite un site archéologique, sous la responsabilité d'un guide qui ressemble furieusement à Méliès, mais l'une d'entre eux s'endort. Un homme saoul, qui portait les bagages, reste sur le même site et grisé par le whisky, a des visions de plus en plus délirantes, au point de se voir attiré par la dame d'un certain âge qui dort à ses côtés!

C'est un festival de fondus enchaînés, de fond noir, et autre surimpression, qui se vautre assez jovialement dans le gag franchouillard, avec argument alcoolisé. Mais Méliès était toujours à la recherche de possibilités de renouveler ses situations de base, et devait sans doute beaucoup écouter son équipe et sa troupe, au moment de confectionner ses films, et comme la concurrence était rude en Europe à l'époque, il fallait sans doute tout faire pour se distinguer.

Du coup, le film contient les deux aspects de l'oeuvre à l'époque: d'une part la maîtrise des effets spéciaux, et la faculté de faire apparaître ou disparaître des jolies femmes dans le champ, en fonction des voeux; d'autre part, une troupe d'acteurs qui vont vers la comédie, et qui jouent une scène sous nos yeux. Une troupe assez importante en effet...

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
19 octobre 2022 3 19 /10 /octobre /2022 15:25

Alors qu'un professeur d'astronomie donne un cours sur une éclipse solaire, les étudiants observent l'événement, et nous assistons à d'étranges ballets entre les planètes et lés étoiles, représentés comme l'était la Lune en 1902, par des têtes ou parfois des gens, dont les inévitables mannequins de Méliès, qui ont revêtu ici leurs plus beaux atours...

Le film aura une chute, si j'ose dire, sous forme de gag, mais ce n'est sans doute pas le plus spectaculaire. Méliès se comportait en poète dès que la lune était en jeu, et elle l'inspirait. Mais ici, il va plus loin, beaucoup plus loin...

En effet le segment le plus étonnant du film est le rapprochement de la lune et du soleil, la première étant selon le genre qui la désigne grammaticalement une jeune femme, et le second logiquement un homme. A gauche, la tête de la lune, aguicheuse, s'approche inéluctablement du soleil situé à droite, dont les grimaces le font ressembler à un satyre, et le rapprochement a finalement lieu, le soleil disparaissant derrière madame la lune, dont les mines de plus en plus suggestives trahissent de façon évidente l'émoi. Après l'éclipse, le soleil s'éloigne et s'endort. Rien que ça...

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
19 octobre 2022 3 19 /10 /octobre /2022 15:03

Invité à l'Elysée, le Roi Edward VII prend congé du président de la République Armand Fallières... Chacun dans son lit, les deux hommes vont faire le même rêve, celui de l'accomplissement en grandes pompes d'un tunnel sous la Manche qui permettrait à des trains de passer du continent à la Grande Bretagne...

Durant de nombreuses années le tunnel sous la Manche a été évoqué comme un projet éventuel dans le cadre d'une coopération entre la Grande-Bretagne et la France, afin de relier les deux pays. On date à 1750 environ la première hypothèse, donc Méliès, en imaginant deux chefs d'état qui rêvent littéralement (et ensemble, encore en plus, quelle magie) d'un tel ouvrage, ne fait pas tant figure de pionnier que ça... Mais c'est surtout à sa verve de caricaturiste (il a tâté du dessin de presse, décidément cet homme pouvait tout faire) qu'il fait appel ici, en mettant en scène le président Armand Fallières et le roi Edward VII, rêvant ensemble du Tunnel et rêvant surtout d'un accident ferroviaire conséquent!

On a donc ici une esthétique inspirée des dessins de presse, avec des effets de combinaison entre plusieurs prises de vues espacées au moyen de caches. Le fait que ce soit un rêve permet assez facilement de faire passer cette esthétique qui renvoie aussi parfois aux gravures de Gustave Doré (une influence majeure à mon avis du cinéaste), et qui tranche avec le côté presque réaliste des vues des deux vieux barbus à l'Elysée! Mais Méliès y exprime quand même plus son sens de l'absurde, et un esprit Français assez railleur, qu'une véritable méchanceté. Et cet état d'esprit, de rire d'un projet improbable, se retrouvera aussi dans l'album Astérix chez les Bretons de Goscinny et Uderzo, en 1966... Un gag qui aujourd'hui doit être compliqué à capter! Reste que durant des décennies, le film le prouve bien, ce projet était le symbole même du machin qui ne se ferait jamais...

Sauvé miraculeusement, le film est aujourd'hui disponible dans un drôle d'état: une moitié est basée sur un contretype, soit une copie de copie, dont la définition est fort désagréable aux yeux, l'autre, incomplète mais tirée d'une copie en couleurs d'origine, nous permet de terminer le visionnage en de bien meilleures conditions...

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
18 octobre 2022 2 18 /10 /octobre /2022 18:03

Josef (Paul Lukas), le valet d’un prince très séducteur (Nils Asther), finit par décider de tenter sa chance comme son maître, en se faisant à son tour passer pour un noble. Il tombe amoureux d’une comtesse(Elissa Landi), sans savoir qu’elle est en réalité la femme de chambre d’une famille noble…

Sorti la dernière année de l’époque dite « pré-code », ce film de James Whale est surprenant à plus d’un titre, d’abord bien sûr dans le fait que son auteur est aujourd’hui surtout connu pour ses quatre films fantastiques (Frankenstein, The invisible man, Bride of Frankenstein) ou gothiques (The old dark house) alors que son œuvre est d’une plus grande richesse, pour l’instant largement ignorée; mais aussi, Whale s’y livre à une refonte personnelle de la comédie, selon des codes qui lui sont propres et qui vont à l’encontre, par exemple, de ceux d’un Lubitsch…

Mon choix de Lubitsch n’a rien d’u hasard : c’est que le héros du film, le valet d’un prince qui admire tellement son patron qu’il lui pique sa technique de séduction, qu’il note et répète en s’entrainant devant le miroir, nous fait penser que Lubitsch se serait plu à imaginer la même histoire, vue du point de vue du prince, justement. Et le prince aurait pu, certainement, prendre la place de son valet. Ce genre d’étude des strates de la société, du point de vue du populaire comique Berlinois qu’avait été Lubitsch, n’est pas du même genre après tout que ce que Whale en fait, lui qui s’intéresse d’abord à l’admiration inconditionnelle de Josef pour son maître.

Il va aussi plus loin, car quand le Prince rentre à l'improviste et surprend une conversation entre Josef et Marie, cette dernière appelant le majordome Prince, il se glisse automatiquement dans la peau du valet, et va même effectuer de façon impeccable les mêmes gestes que lui. Une façon de montrer ici que si le valet a observé le maître, le maître lui sait parfaitement imiter son valet, qu'il a forcément observé...

On sait que Whale a « caché » parfois de manière très visible dans son œuvre des allusions à sa sexualité, à commencer par le rapport curieux qui s’établissait par exemple entre Ernest Thesiger et Colin Clive dans Bride of Frankenstein. Dans ce film, on pourrait se livrer à une lecture asse intéressante de la fascination exercée par Nils Asther sur son valet; mais ce qui frappe plus, c’est à quel point finalement la mise en scène de la frustration du valet qui se prend pour le maître, et tombe amoureux d’une femme qui est exactement comme lui, une dissimulatrice et une menteuse, est moderne!

Et Whale utilise son élégante mise en espace en s’amusant à semer le doute, le mystère, passant au début du temps à nous faire nous interroger sur la véritable identité de ce dandy, qui s’avèrera au final être un domestique. Lorsque nous découvrons quelques séquences plus loin la fausse comtesse, elle aussi seule dans un boudoir où elle prend ses aises, nous comprendrons qu’elle est en fait, elle aussi une domestique. La mise en scène de Whale, qui utilise (d’ailleurs c’est parfois irritant) un contrepoint musical permanent, mène finalement aux mêmes conclusions que Lubitsch, mais avec des moyens bien différents : un homme est un homme et une femme est une femme. Paul Lukas est exceptionnel, Elissa Landi est assez à l’aise dans la comédie, et les personnages sont attachants: le film est une joyeuse bulle d’euphorie dans une oeuvre inquiète…

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Published by François Massarelli - dans Comédie James Whale Pre-code
17 octobre 2022 1 17 /10 /octobre /2022 18:05

On va cette fois pouvoir mettre un nom sur une actrice autre que Jehanne d'Alcy, dans un film de Méliès: présente au moins depuis 1904, Fernande Albany était ce qu'on appelait sans fard ni pudeur en Anglais, un "heavy", soit un(e) acteur(rice) spécialisé(e) dans le rôles massifs et qui prenaient toute la place, tout en jouant des antagonistes agressifs. Elle pouvait aussi jouer les matrones, les bonnes, les cuisinières... 

C'est ce dernier rôle qu'elle joue en la personne de Victorine, une employée qui au lieu d'être à son fourneau, se laisse lutiner par un pompier. Afin de ne pas se laisser surprendre par la famille, il s'enfuit par les toits, et donc ça dégénère en course-poursuite avec bris de verre, de meubles, et tout et tout... La fin justifie non pas les moyens, mais bien le titre.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
17 octobre 2022 1 17 /10 /octobre /2022 18:00

Forcément, le titre interpelle... Jusqu'à ce qu'on découvre le pot-aux-roses: dans un omnibus, l'arrivée d'une fromagère et de ses productions extrêmement odoriférantes provoque un scandale, que seule la police peut dénouer. Mais grâce à des fromages qui se déplacent tout seuls (d'où le titre) et qui se jettent au visage des bourgeois comme le premier alien venu, elle sen sortira indemne! 

Pas nous, devant ce qui est à ce jour le film le plus affligeant (et donc, pas que le titre) que j'aie vu de son auteur!

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Published by François Massarelli - dans Muet Méliès
17 octobre 2022 1 17 /10 /octobre /2022 17:51

Une exploration en sous marin du fond des mers se profile. On confie la mission à un marin très inexpérimenté en matière de commandement, qui coule le sous-marin à la première occasion! Il se retrouve, seul naufragé, au fond des mers où tout devient un piège, surtout les dangereuses sirènes...

Ce film longtemps perdu, dont seules subsistaient des photos de plateau alléchantes, a fini par être retrouvé par un historien, mais dans quel état! C'est donc une copie en noir et blanc, usée, défraîchie, par moments invisible, qui se déroule sous nos yeux, là où on se doute que Méliès aurait utilisé des couleurs, et soigné son spectacle, dont il ne fait pas de doute que c'est un rêve...

Le final, en forme de "c'est un rêve, donc allons boire un coup!" confirme le glissement du maître vers une veine populiste et franchouillarde assez irritante...

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet