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4 février 2024 7 04 /02 /février /2024 08:55

Voilà, en une vingtaine de secondes, une belle leçon de cinéma. Etant entendu qu'avec ces images qui, enfin, bougeaient, on pouvait avoir accès au monde à portée d'yeux, les ateliers Edison fonctionnaient en plein et cherchaient des sujets à montrer, qui puissent révéler le monde à tous les cureux qui s'aventureraient dans les arcades près d'un Kinetoscope, une pièce de monnaie à la main pour faire fonctionner la machine... Après les danses sioux des natifs employés par Buffalo Bill, après les muscles de Sandow le culturiste, pourquoi ne pas montrer des pompiers en plein exercice?

Seulement le studio exigu d'Edison étant ce qu'il est, on n'allait quand même pas y mettre le feu, pour appeler les pompiers ensuite... Ce film est donc une tentative assez réussie de reproduction de la réalité à partir d'éléments disjoints, et de moyens de prolonger l'illusion: une échelle, des gestes sûrs, des costumes empruntés, des faux pompiers (des techniciens et ouvriers d'Edison), et une utilisation combinée d'un fond noir et d'un éclairage intense, donnent ainsi l'illusion d'assister à une opération de sauvetage. Le cinéma était né: on pouvait enfin reréer totalement quelque chose de tangible à partir de... rien.

Et le titre, utilisant le terme de Scene, ne nous cache même pas la vérité, il n'aura donc pas fallu longtemps pour comprendre que la destinée du cinéma n'est pas tant de montrer le monde, que de le recréer par la fiction...

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Published by François Massarelli - dans W.K.L. Dickson Muet Thomas Edison
4 février 2024 7 04 /02 /février /2024 08:46

Eugen Sandow (1867 - 1925) était le premier culturiste, ou Body-builder... En temps que tel il était aussi un artiste de foire, se montrant dans des exhibitions, et il avait une certaine notoriété... Ce qui explique ces quelques secondes de film: dans le studio Edison, la "Black Maria", on cherchait justement à reproduire des images qui témoignaient de ce qu'était le monde, et de permettre à tous de pouvoir avoir l'expérience de voir les artistes du monde entier, ou les folklores et les cultures...

Ou les muscles. Car dans les Kinetoscopes, qui étaient je le rappelle des machines de visionnage individuelles, on pouvait aussi se rincer l'oeil. Gageons qu'en exhibant en plans rapprochés le corps de l'athlète allemand, les proto-cinéastes d'Edison savaient ce qu'ils faisaient, et que la chair exposée allait trouver son public, tout comme les mouvements d'Annabelle et de sa danse serpentine... Le cinéma était en route et était déjà un art dans lequel on rappelle le lien entre voir, regarder et voyeurisme...

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Published by François Massarelli - dans W.K.L. Dickson Thomas Edison Muet
4 février 2024 7 04 /02 /février /2024 08:22

"Les films Edison"... Il en va du célèbre homme d'affaires comme d'Elon Musk, ou de Walt Disney: ces gens ont eu du génie, mais leur rôle dans le cinéma, ou les progrès technologiques, est à relativiser. Leur nom prend toute la place, ça c'est sûr... Maintenant la volonté d'Edison de rendre possible le progrès technologique, et à y participer, est aussi indéniable que le fait que Disney, par l'impulsion qu'il donnera à ses équipes, permettra au cinéma d'animation de faire des avancées considérables, même s'il n'en est pas le responsable artistique véritable. Et en cette fin du XIXe siècle, l'image qui bouge est au centre de son attention...

D'un côté, donc, développer un système qui permette non seulement de photographier (ça, on sait faire), mais surtout de restituer le mouvement. Les inventeurs sont nombreux à cette époque, des frères Allemands Skladanovsky, à Louis Le Prince (dont la tentative est la première image mouvante avérée qui éit été conservée), en passant par le farfelu Nadar, ou bien sûr l'anglais Robert William Paul... Edison mettra le paquet pour permettre l'existence d'un système fiable, et qui lui soit propre. Il a effectivement mis la main à la pâte, mais on pense qu'il s'est quand même beaucoup inspiré de dispositifs déjà existants (celui de Edward Muybridge en particulier, l'inventeur du "fusil photographique" qui permettait de capter le mouvement en le décomposant, par exemple les pas d'un cheval au galop). 

Une fois l'invention validée, Edison savait qu'il lui faudrait passer à l'étape suivante, à savoir l'exploitation... Edison aura l'idée d'une formule qui avait du génie: le kinétoscope était en effet un appareil qui permettait à une personne de faire défiler des images prises avec les "caméras" Edison, donc c'était une machine pour un seul consommateur. Edison avait anticipé les possibilités privées de ce qu'on n'appelait pas encore le cinéma, et aussi le voyeurisme qui pouvait fort bien en découler... Mais l'étape cruciale serait réservée à d'autres: les frères Lumière (dont le procédé était, il faut le dire, particulièrement soigné et les images obtenues d'une grande qualité) ont en effet perfectionné de leur côté la projection publique. Et ça ce n'est pas rien...

Revenons donc à ce film, qui est le plus ancien conservé de toute la "production" Edison. Filmé dans le "Black Maria", le studio expérimental de l'entreprise... Souvent, on en verra des versions lentes, car les films Edison étaient souvent tournés assez rapidement, vers 30 ou 36 images par secondes, et la tendance des projectionnistes actuels est de les montrer à 24. D'où des mouvements trop lents (contrairement aux films des années 10, qui eux étaient tournés à 16 ou 18 images par seconde, devenant trop rapides à la vitesse standard actuelle).

On y voit des maréchaux-ferrants s'activer, puis prendre une pause pour boire de la bière... On a l'impression d'assister à une scène captée d'un temps immémorial, à l'époque de la floraison de métiers aujourd'hui quasi disparus... Autant le dire tout de suite, c'est du pipeau: les artisans sont en fait des techniciens d'Edison, et les gestes ont été calculés, répétés, et donc mis en scène. Deux "metteurs en scène" pour un film de trente secondes, bien sûr, c'est un peu beaucoup, mais on est aux temps héroïques... W.K.L. Dickson serait le pionnier Américain du cinéma, finalement, bien plus que Thomas Alva Edison, en comprenant très vite comment créer des situations devant son objectif, qui rendaient les images qui bougent fascinantes pour les futurs spectateurs... Les premiers du moins, car ce qui fascine aujourd'hui, c'est plus le symbole, et cette durable impression de tutoyer un passé disparu rend justement le cinéma indispensable...

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Published by François Massarelli - dans Muet Thomas Edison W.K.L. Dickson
3 février 2024 6 03 /02 /février /2024 18:17

Dans un carnaval où Minnie est danseuse du ventre, Mickey vend des hot-dogs... Il lui en offre un... Puis il lui improvise une sérénade avec deux chats.

Oui, ça n'en a pas l'air comme ça, mais c'est l'un des grands films des débuts de Mickey Mouse, quand la maison Disney laissait les coudées franches à l'animateur Ub Iwerks (créateur du personnage) pour dérouler son style fait de déformations corporelles, d'une grosse tranche d'Americana, de divertissements populaires, et de chansons immédiatement reconnaissables: une fois de plus Carl Stallings place le fameux Streets of Cairo (en France, la chanson paillarde Trabadja la moukère!).

Bon, on hésite sur le chemin à prendre pour analyser ce flm dans lequel Mickey propose  Minnie des saucisses phalliques dotées d'une vie propre... Le moins qu'on puisse dire c'est que le personnage et son univers allaient quelque peu s'assagir avec le temps!

 

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Published by François Massarelli - dans Disney Animation
3 février 2024 6 03 /02 /février /2024 18:03

Juno est une comédie.

Comme d'autres films d'Ivan Reitman (et ça inclut son retour à Ghostbusters, l'entreprise familiale), c'est un film qui observe d'un ton légèrement décalé l'Amérique contemporaine, et en particulier sa jeunesse, et les adultes qui l'entourent. Il n'y a pas de méchant, juste un problème: Juno (Ellen Page, qui désormais est Elliot) est enceinte de son plus ou moins petit ami Paulie Bleeker (Michael Cera) et ne veut pas garder l'enfant qui est né d'une situation qu'elle n'identifie pas... Elle trouve donc un couple pour adopter l'enfant. Mais autre problème, le couple, justement, Vanessa (Jennifer Garner) et Mark (Jason Bateman), n'est pas forcément suffisamment solide... L'arrivée potentielle du bébé va bouleverser l'équilibre fragile de leur mariage, mais aussi la vie de la mère porteuse...

Oui, ça fait en effet une comédie, qui parle de la vie, et en des termes parfois assez sombres (même si elle en joue et se montre voulant se pendre avec du réglisse, Juno contemple probablement le suicide), mais avec un heureux ton, qui met en valeur la gaucherie des uns (Juno, Paulie) et le pittoresque des autres (J. K. Simmons admirable en père protecteur à grande gueule), à travers des choix esthétiques qui parfois auraient pu être ceux de Wes Anderson. Le metteur en scène sublime sa représentation de la réalité par une utilisation brillante de l'espace.

Juno n'est ni un pamphlet, ni un plaidoyer conservateur. 

Au pays de l'Oncle Sam, il y a une tempête, qui dure et durera probablement encore longtemps, au sujet de l'interruption volontaire de grossesse. Mais le film n'est absolument ni pour ni contre, car ce n'est absolument pas le sujet... Mais une séquence a fait beaucoup pour lui donner une fausse réputation (voire deux, car les deux camps ont revendiqué le film!) à ce sujet. Non, c'est juste un petit film attachant sur des gens attachants, des personnes normales ou un peu excentriques, qui n'ont rien d'exceptionnel, mais qui font le tissu d'un pays. Des personnages idéaux pour Jason Reitman, donc.

 

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Published by François Massarelli - dans Jason Reitman
3 février 2024 6 03 /02 /février /2024 07:45

Dans une petite ville du Texas, nous suivons la vie d'un certain nombre de personnes, toutes ayant un rapport bien défini avec le monde du numérique et des réseaux sociaux... Tim Mooney (Ansel Elgort) et son père (Dean Norris) se remettent avec difficulté du départ de mme Mooney, et Tim contre l'avis d eson équipe de football, décide d'arrêter le sport; Don (Adam Sandler) et Helen (Rosemarie deWitt) ont des difficultés de couple, et Don passe beaucoup de temps sur les sites pornos pour pallier; il n'est pas le seul: leur fils Chris (Travis Tope) en fait une telle consommation qu'il lui devient difficile de ne pas être blasé sexuellement alors qu'il n'est pas encore majeur! Patricia (Catherine Garner ) monitore tellement la vie numérique et sociale de sa fille Brandy (Kaitlin Dever) que celle-ci étouffe; Allison (Elena Kampouris) utilise internet pour gérer son anorexie, et développe une obsession pour un de ses camarades qui l'a trop longtemps ingorée; enfin Joan (Judy Greer) encourage sa fille Hannah (Olivia Crocicchia) à paraître sur internet, ignorant que celle-ci y a déjà installé un site pornographique sur lequel elle est très active...

La réalité brutale, glauque même d'une certaine Amérique ordinaire, voilà le grand sujet de l'oeuvre de Jason Reitman, qui ne s'éloigne pas toujours de la comédie. ici c'est pourtant le cas, et son choix d'un film choral pour dresser (il y a dix ans!) un portrait du monde à l'ère numérique est judicieux, permettant de nourrir les sous-intrigues à partir des autres ramifications. C'est évidemment un portrait d ela société d'une certaine vision d ela classe moyenne, vue par le prisme des relations qu'entretiennent entre eux les ados qui se rendent au même lycée. 

S'il s'attache effectivement à montrer le point de vue des jeunes (avec un vrai talent, ils ne ressemblent qu très peu à des caricatures, et si c'est parfois un peu le cas, ce n'est pas plus invraisemblable que certains raccourcis de ses comédies, justement, comme Juno ou Thank you for smoking), le point de vue des parents est également très important, et montre assez bien comment une génération déboussolée soit se réfugie dans l'illusion du numérique (les deux parents qui cultivent des adultères en ligne parce qu'ils n'oseraient plus se toucher), soit se prend à son propre piège de vouloir se mêler de la vie de leur progéniture (la mère tellement avide de contrôler la vie de sa fille sur le web qu'elle va en provoquer une tentative de suicide collatérale... 

Et la situation ne touche évidemment pas que le numérique, et ne s'arrête pas à la sexualité (omniprésente dans la plupart des intrigues): il y est aussi question de l'obsession des Américains (et particulièrement des Texans, nous dit la voix off, incidemment enregistrée par Emma Thompson) pour le football. Celui qui a décidé de quitter l'équipe subit un enfer quotidien sur son portable... le film, d'ailleurs, réussit une gageure: montrer sur grand écran un monde dont tous les acteurs semblent vouloir disparaitre dans le fil de leurs petites boîtes personnelles, en utilisant avec bonheur l'espace autour de ses personnages pour incruster juste ce qu'il faut de leur consommation numérique...

Mais aucun misérabilisme pourtant. Certes,comme toujours dans ces films qui nous montrent l'envers d'un certain décor, la vérité n'est pas rose, mais il y a de l'espoir, et la performance de tous les acteurs (au fait je n'ai pas mentionné l'apparition de J.K. Simmons, habitué des films de Reitman) est irréprochable...

 

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Published by François Massarelli - dans Jason Reitman
31 janvier 2024 3 31 /01 /janvier /2024 15:25

Un oiseau, dérangé dans ses petites habitudes, qui survole une jungle; un train qui s'arrête devant des prisonniers en train de travailler sur la piste; dès le départ, Lean nous présente la guerre comme un dérangement, un tumulte saugrenu dans une nature qui va pourtant rester un témoin muet des turpitudes humaines et de passions inattendues. C'est peu dire que The bridge on the river Kwai est un grand film de guerre; à l'évidence, c'est un grand film - tout court. Il montre comment la logique militaire combinée avec les passions personnelles d'un certain nombre de personnes peuvent aller jusqu'à l'absurde, tout en déroulant avec une logique infaillible les histoires combinées de ses protagonistes: le colonel Nicholson (Alec Guiness), officier de sa majesté; le "Major" Shears (William Holden), en fait un simple soldat devenu par magie officier devant la menace d'un camp de prisonniers; le commandant Saito (Sessue Hayakawa), l'officier en charge du camp de prisonniers Britanniques, et le Major Warden (Jack Hawkins), un instructeur-aventurier-espion-artilleur dont le plaisir est de tout faire sauter... Chacun d'eux a son rôle à jouer dans un drame qui se résoud dans une scène extraordinaire au suspense haletant.

 

Une compagnie de prisonniers Britanniques, emmenés par le Colonel Nicholson, arrive dans un camp Japonais de prisonniers dans lequel le Commandant Saito veut les obliger à construire un pont sur la rivière Kwai, mais Nicholson s'oppose durement à lui, refusant selon les conventions de Genêve que les officiers soient amenés à travailler. il gagne sa "bataille", mais dès qu'il le peut, il devient le plus ardent supporter du pont, voyant en sa construction une occasion de démontrer à Saito et à l'armée Japonaise la supériorité de soldats Britanniques quand ils se sentent libres; de son coté, le soldat Shears s'évade du même camp de prisonniers, mais est vite recruté pour accompagner une mission de sabotage de ce même pont, n'ayant aucune idée de l'étendue de l'implication des prisonniers Britanniques dans le projet...

Saito est clairement obsédé par l'honneur de sa mission et de son statut, et l'idée du suicide (Seppuku...) le traverse clairement lorsque les Britanniques ont fini le pont, construit non pas grâce à l'officier Japonais, mais presque malgré lui. En terme d'honneur, il a failli à sa mission, tout en l'accomplissant... Nicholson, d'abord admirable par son intransigeance lorsqu'il défie son garde-chiourme en brandissant les conventions de Genêve, se lance ensuite dans la construction du pont avec un tel aveuglement, qu'il en finit par se retourner contre les saboteurs Britanniques... Warden, on le sent bien, considère la guerre comme un terrain de sport, une sorte de permis de faire exploser, comme le prouve la gourmandise qu'il affiche à l'approche du pont, alors qu'il est grièvement blessé... Enfin, Shears, le seul Américain, échappe aux considérations sur l'honneur et le sport, et est un imposteur, un simple soldat qui a usurpé l'identité d'un officier afin d'échapper aux rigueurs de la vie de prisonnier; n'empêche, son évasion réussie est tout bonnement incroyable, et il sait le moment venu se donner à sa mission. Tous ces protagonistes mènent donc à la scène formidable qui est consacrée au sabotage du pont, avec ses personnages tous campés sur leurs positions, le pont majestueux qui défie tout ce petit monde, et le son du train, symbole de l'enjeu de la mission, qui s'approche inexorablement. Magnifiquement monté (David Lean connait le montage, bien sûr), c'est un ensemble de près de quarante minutes...

A propos du train, l'utilisation du son dans ce film est d'une richesse exceptionnelle, depuis les sons de la jungle, qui rappellent toujours l'existence d'une nature témoin de ces évènements, à la magistrale fonction de la musique, qui s'insère dans une scène du début, lorsque les fameux sifflements de défi accompagnent l'arrivée quasi triomphale des prisonniers Britanniques dans le camp, la musique de Malcolm Arnold s'insinue dans la bande-son, et semble nous donner le point de vue du colonel Nicholson. Celui-ci, joué par un Alec Guiness proprement génial, a en effet une conception aussi radicale de la condition de prisonnier que Saito est campé sur sa position de dominant. L'interprétation globale est d'ailleurs splendide... A la fin du film, on assiste de nouveau au vol d'un oiseau, qui répète inlassablement le motif ironique, au-dessus de tout, relayé durant tout le film par d'autres volatiles tout long du film... Pourtant, on a l'impression que tous les protagonistes de ce film s'inscrivent bien dans la trajectoire de ces personnages des films de David Lean, qui trouvent une voie à l'écart des sentiers battus, les Lawrence, les Zhivago... Et les différentes conceptions de la situation par l'ensemble des personnages, les uns aveuglés dans une tâche paradoxale que les autres ont pour mission de faire sauter, ne sont que des témoignages de l'absurdité de la guerre.

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Published by François Massarelli - dans David Lean
31 janvier 2024 3 31 /01 /janvier /2024 14:31

Jane Hudson (Katharine Hepburn) est une touriste Américaine qui vient à Venise pour la première fois: non mariée, d'âge moyen... la tentation est forte de l'appeler une "vieille fille", comme on disait alors. Amérivaine en territoire conquis elle a tendance à venir avec des idées préconçues sur tout, et pour commencer sur le fait qu'elle va forcément aimer Venise... Mais ce qui apparaît bien vite c'est sa solitude.

La découverte de Venise par Kate Hepburn est une expérience aussi sensorielle que déroutante. L'actrice n'a pas son pareil pour réussir à faire passer aussi bien sa frustration de personne solitaire que sa fascination presque juvénile pour un monde sensuel, forcément romantique (et tant pis si c'est un cliché!) etqui la pousse à se réfugier derrière sa caméra, un artifice qui dans un premier temps fait d'elle la touriste parfaite, et un peu ridicule aussi, mais qui va aussi l'aider à voir...

Et à se montrer aussi, et c'est justement parce qu'elle filme à tour de bras qu'un homme la regarde, sur une terrasse de café, les yeux plantés sur elle avec un sourire amusé... Une autre personne qui l'a repérée, c'est un gamin des rues, Mauro, qui la suit et la guide parfois de manière inattendue... 

En se rendant dans une boutique, pour acheter un objet qui lui a tapé dans l'oeil, elle rencontre le propriétaire, qui n'est autre que le flâneur (Rossano Brazzi) qui l'avait dévisagée la veille...

Une histoire d'amour va donc se dérouler, mais elle sera cruelle...

La palette choisie par Lean est fabuleuse, obtenue sur place (le film est une rareté, une production internationale intégralement tournée dans des "décors naturels", si tant est qu'une ville comme Venise puisse être considérée comme telle!), filmée en Eastmancolor et tirée sur support Technicolor, elle est vibrante, et les choix de vêtements pour la plupart des figurants (Hepburn est souvent habillée de blanc -virginal- ou de couleurs claires) montrent des couleurs primaires éclatantes qui se détachent sur les tons pastels des décors des rues de Venise. C'est, on s'endoute, magnifique. Il est vrai que Lean, qui a tourné This Happy breed et Blithe spirit dans les années, n'est pas un novice en matière de couleurs... 

Le ton du film, aussi, est une surprise, et le générique nous donne rapidement l'impression que ce sera une comédie, une impression fausse mais que de nombreuses séquences prolongent: le sentiment d'inadaptation de l'héroïne, par exemple, peut former la base d'un film burlesque, et une scène de pur slapstick à la Tati la voit méthodiquement filmer un décor, en marchant à reculons vers la lagune, et finir dans l'eau. Même sa répartie quand elle est repéchée sera de la comédie: "vous auriez du me voir aux Jeux Olympiques"... une petite blague bien placée mais dont l'échec sonne tragiquement, une fois de plus comme une façon de souligner sa solitude, et son immense frustration d'être seule dans la capitale romantique du monde...

D'où une histoire d'amour inévitable, en quelque sorte: car Jane Hudson est prête, plus que prête même: elle désire ardemment être comme les autres et elle aussi sentir les frissons d'être avec quelqu'un. Comme Brief encounter, Madeleine et The Passionate friends, comme quelques années plus tard avec Dr Zhivago et Ryan's daughter, cette histoire d'amour adulte sera teintée d'amertume, de transgression, d'incompréhension et d'une inéluctable mélancolie, car ce sera un adultère.

L'amertume du film rejoint donc celle manifestée dans Brief encounter, si ce n'est que dans ce dernier, les deux amants (...potentiels) partageaient un point commun, puisque tous deux étaient mariés, et que force restait à la morale. Ici, Jane et son amant ne sont pas d'accord sur la sainteté des liens matrimoniaux, mais cette querelle illumine le parcours de l'Américaine d'un vernis de transgression supplémentaire. Elle succombe à son désir mais est d'autant plus amère qu'elle désapprouve autant l'adultère que son inacapacité à y résister. Cette histoire d'une Américaine et d'un Italien (le film sera interdit ça et là, au passage...) est une rencontre qui passe dans un souffle et s'éteint comme on s'étrangle... Un souvenir amer qui sera probablement occasionnellement teintée d'une étrange rêverie, pour une femme qui ne savait pas que même en amour on pouvait en quelque sorte faire un peu de tourisme.

Et cette production Anglo-Américaine, la première d'une longue série, inaugure la partie la plus glorieuse de la carrière de son metteur en scène, mais celui-ci l'a longtemps affirmé: Summertime (également connu en Grande-Bretagne sous le titre de Summer madness) était de tous les films qu'il avait réalisés, son préféré...

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion
29 janvier 2024 1 29 /01 /janvier /2024 15:52

Pour entamer sa dernière année chez Hal Roach, Chase réalise un premier court métrage particulièrement étrange... Il y joue avec un concept totalement idiot, dont il fait le centre du sujet. Et il y retrouve notre vieil ami James Finlayson, en psychiatre qui commence le film en recevant un médaille du meilleur menteur... Egalement présente est Joyce Compton, qui joue la petite amie momentanée.

Chase est donc venu consulter car il a un problème! Parfois, le temps s'arrpete autour de lui, ou du moins les actions se figent, mais la communication continue... Et elle prend le plus souvent une tournue inattendue. Mais il est le seul à s'en apercevoir, reprochant continuellement à son entourage des conversations que personne ne se rappelle avoir eues avec lui...

Bizarre, et difficile à raconter donc, le film tourne autour d'arrêts brusques sur image, durant lesquels les dialogues ne s'interrompent pas, et c'est du grand n'importe quoi dans son développement... Bref: tout est normal, quoi.

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Hal Roach
28 janvier 2024 7 28 /01 /janvier /2024 16:13

Je l'ai déja dit, le plus immense animateur de l'histoire n'est pas Tex Avery, encore moins Walt Disney, qui n'a jamais vraiment été animateur. C'est (roulement de tambour) Bob Clampett!!

Hystérique, halluciné, tellement riche qu'on ne peut tout capter, son style explose dès le début des années 40. Coal black, c'est bien sûr une version "noire" de Snow White, et ...la censure est-elle justifiée?

Dans cette histoire ou tout personnage est noir, on parle l'argot de Harlem, on fait référence au jazz, et à une certaine culture de vaudeville auto-référentielle... On y voit surtout un intéressant noircissement de l'écran, alors que la plupart des films à succès alignaient les gens blancs en gommant toute minorité, ce film qui pousse la "négritude" jusqu'à l'absurde est bienvenu, surtout grâce à la vitalité dont il fait preuve. 

Et puis marre: on peut voir des sketches entiers de ce facho de Bigard, on a droit au racisme vénéneux de Eric Zemmour et Pascal Praud à la télévision, on nous concocte des lois anti-immigration pour stigmatiser les étrangers, on peut aujourd'hui voir, acheter, télécharger légalement The Birth of a nation, film important oui, mais totalement raciste, mais on ne pourrait pas voir ce petit court qui utilise des stéréotypes pour faire rigoler? Ca m'irrite, quand même. Surtout que le film est soigné, et une intéressante comparaison avec Snow white and the Seven Dwarfs, le chef d'oeuvre de... David Hand.

 

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Published by François Massarelli - dans Bob Clampett Looney Tunes Animation Censored 11