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2 janvier 2024 2 02 /01 /janvier /2024 13:50

Pour son cinquième long métrage, David Lean prend définitvement son indépendance de l'ombre de Noël Coward, auteur des quatre arguments, certains adaptés directement de ses pièces de théâtre... Exit donc Coward, et bonjour Charles Dickens, pour la première de deux adaptations de son oeuvre, pour lesquelles Lean est épaulé à la production par ses partenaires Anthony Havelock-Allan et Ronald Neame... 

Un garçon, Philip Pirrip (Tony Wager), qui a perdu ses deux parents (il vit avec sa soeur qui est une vraie brute), fait l'inquiétante rencontre d'un bagnard évadé (Finlay Currie), qui l'oblige à le nourrir et lui amène une lime. Il va ensuite faire une autre rencontre, en se rendant chez une excentrique voisine, Miss Havisham, qui vit dans son passé... Aux côtés de la vielle dame, Estella (Jean Simmons) est une étonnante jeune fille qui va en dépit de sa cruauté fasciner le jeune homme... Devenu apprenti chez un notaire, Pip (John Mills) va recroiser Estella (Valerie Hobson), et retrouver la trace du bagnard...

Dès le début, avec ces scènes de brouillard impressionnantes sur les landes parcourues par le jeune héros, on sent que Lean a su à la fois traduire Dickens en images, en étant aussi proche que possible de l'esprit de son oeuvre, et s'approprier un univers de drame et de mélodrame dans lequel il va s'attacher aux pas de son jeune héros, qui rejoint les amants maudits de Brief encounter, car comme eux, "Pip" est aussi bien narrateur que sujet de son récit, candide dans une histoire qui souvent le dépasse, et enfin aussi riche en possibilités que tansparents. Les héros de Lean sont souvent ainsi, présents à l'écran mais à peine palpables dans leur vérité. Impossible à réduire à des clichés tout en étant parfaitement adaptés à leurs circonstances: Alec Guiness dans Bridge on the river Kwai, et les personnages principaux de Lawrence of Arabia ou Dr Zhivago ne seront pas autre chose... Sans parler des héros de A passage to India, qui se croiseront à l'écran, mais seront tous des victimes des préjugés d'une époque, dans laquelle ils ne pouvaient ni être compris ni surtout se comprendre... Il est coutumier pour les personnages de lean d'être furieusement à l'écart. Et pour Pip, qui va sans comprendre faire un héritage venu de nulle part, et évoluer dans un monde qu'il n'est pas taillé pour comprendre, c'est bien de ça qu'il s'agit... Les deux actes fondateurs de sa vie ont longtemps été d'une part l'aide apportée à Abel Magwitch, et la rencontre avec Miss Havisham et Estella. Qu'il ait imaginé que c'était le deuxième de ces actes qui l'aient rendu riche, est normal, mais il en a fait presque une carte d'identité. Et pourtant il a tort sur toute la ligne...

Avec Dickens pourtant en apparence, le metteur en scène s'assure une tranquille place au soleil du box-office, en faisant mine, finalement, de se contenter d'une modeste mais impeccable adaptation d'un roman emblématique (l'un des plus riches en possibilités) dont il s'amuse à peupler l'intrigue bien connue de caractérisations uniformément savoureuses, à l'écart de la normalisation Hollywoodienne en vogue (notamment à la MGM): Finlay Currie en bagnard évadé est inquiétant à souhait, Bernard Miles, interprétant le beau-frère Joe Gargery, prête sa bonhomie et son accent si typique, et Martita Hunt campe Miss Havisham avec un certain génie, en se vieillissant à loisir... L'odysée de Pip est décidément un fascinant voyage au coeur d'une Angleterre qui ne demande qu'à déraper vers ses propres légendes. Et en se servant de Dickens, le réalisateur s'approprie avec gourmandise un univers visuel qu'il va traduire en toute beauté, dans un noir et blanc sublime, généralement nocturne, qui rend justice à l'époque de l'intrigue en évoquant les gravures des éditions illustrées de l'oeuvre d Dickens.

Enfin, n'oublions pas d'évoquer l'arrivée dans l'univers de David Lean d'un jeune acteur de génie, qui à 32 ans était déjà un vétéran du théâtre, mais allait faire encore mieux, et souvent avec Lean (6 films en comptant celui-ci), au point de devenir presque incontournable, que ce soit pour incarner un gradé Britannique (Kwai)... ou un vieux sage indien (A passage to India): Alec Guiness allait vraiment faire parler de lui.

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean
2 janvier 2024 2 02 /01 /janvier /2024 10:39

Sur la côte vendéenne, François (Jean-Marc Bory) est vétérinaire, et il est marié à la fragile Catherine (Liselotte Pulver), qui s'ennuie beaucoup, ar le jeune homme déterminé à s'en sortir, travaille beaucoup au point de négliger son épouse... Amené à travailler aussi à Noirmoutier, il reçoit une demande d'un mystérieux individu, le Dr Vial (Jacques Dacqmine), qui souhaite qu'il soigne un guépard sur l'île. L'animal appartient à une non moins mystérieuse jeune femme revenue d'Afrique, Myriam Heller (Juliette Gréco). Celle-ci fascine François, que le Docteur Vial pousse à la séduire... Pendant ce temps les soucis se multiplient pour Catherine...

Avec cette adaptation d'un roman de Boileau et narcejac, comment pourrait-on ne pas attendre une machination délirante, après avoir vu Les Diaboliques et Vertigo? Et il y aura bien ici une intrigue qui tournera autour d'une manipulation, liée à des sentiments (sous le versant le plus noir possible), avec à la clé des soupçons d'empoisonnement, voire de sorcellerie, et surtout un suspense diffus, autour d'une caractéristique bien connue de Noirmoutier: à cette époque, on n'y accédait que par le passage d'une route qui était sous eau à marée haute... Un endroit où celui qui n'y prenait garde pouvait se faire piéger par la montée des eaux, contre laquelle une personne à pied ne pouvait absoluement pas lutter. Ce passage, le Gois, existe toujours, mais il a depuis longtemps été supplanté par un pont, bien plus pratique... Mais pour le suspense c'est un endroit remarquable! Maurice Tillieux, auteur d'une formidable bande dessinée au titre explicite (La voiture immergée, 1960) en avait gardé un souvenir frappant, même s'il avait relocalisé son intrigue dans le Morbihan...

Quoi qu'il en soit, le film repose bien sûr sur la montée d'un sentiment diffus, inéluctable: qui manipule qui? Et pourquoi? Que veut réellement Myriam, s'approprier le vétérinaire, ou ses desseins sont-ils plus tortueux? Et quelles sont les intentions de ce bon Doceur Vial, qui se tient à bonne distance, à Nantes où il met la dernière main à la pâte d'un documentaire sur la sorcellerie? Pourqui met-il dans la tête du jeune vétérinaire des idées de maléfices? Qui en veut, enfin, à la vie de la fragile Catherine, l'épouse délaissée?

On aura des réponses à tout ça, et on aura aussi en plus une poésie particulière, celle de la Vendée hors saison (ce pourrait être en automne ou à la fin de l'hiver): des endroits tous assez sinistres, on comprend pourquoi Myriam Heller se plaint du vent... Mais a Vendée sert un autre propos, présent d'ailleurs dans les confrontations entre le Dr Vial et le jeune vétérinaire. Le premier roule en voiture Américaine de sport, et se targue d'habiter à Nantes à l'Hôtel de la Duchesse Anne. C'est un homme du monde, il a vécu et bourlingué, et il a un sens évident de sa propre supériorité. Le deuxième roule en 2CV, habite une fermette à l'écart de Beauvoir-sur-Mer, et a du mal à joindre les deux bouts... L'opposition campagne-cité, un vieux ressort du mélodrame, servait souvent à déterminer une différence sociale criante, c'est particulièrement vrai ici. Bref... le Dr François, vétérinaire Vendéen, est objectivement un minable... Je vous laisse sur cette dernière considération, qui aura son importance, peut-être...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Henri Decoin
1 janvier 2024 1 01 /01 /janvier /2024 11:18

On retrouve Charlie, le chien en quête de maître révélé dans Little Orphan Airedale en 1947, qui poussait le pourtant affable Porky Pig dans les derniers retranchements de l'irritation! Cette fois il est sur un bateau où manifestement il est un serial passager clandestin: on entend la voix du capitaine qui demande "je ne m'étais pas débarrassé de toi au Pérou?"... Il est donc une fois de plus débarqué, cette fois dans un port Italien. Sa quête est toujours la même: puisqu'il est un chien, et donc se croit irrésistible, trouver un humain qui sera son maître. Il jette son dévolu sur un patron de restaurant, ce qui ne manque pas de jugeotte. Cela dit l'amour n'est pas réciproque...

Dans un port Italien, Charlie est plus natif de Brooklyn que jamais: entendant la population lui parler en Italien, il se plaint du nombre d'étrangers... Ce chien qui réclame tant d'affection est sans doute l'une des personnalités les plus détestables de toute l'histoire du cartoon! il réclame de l'affection par principe, mais n'a pas le moindre sentiment à partager. Du reste on le lui rend bien puisqu'il est généralement inévitable qu'il soit rejeté, dans une récurrence de gags qui est la marque de fabrique la plus distinctive du style de Chuck Jones...

Celui-ci s'amuse aussi beaucoup avec le langage, dans ce port Italien, où un restaurant (Pasquale's palazzia di spagettini) affiche en vitrine de bien curieuses formulations qui ne sont de l'italien que si on n'y prend pas garde: on y annonce par exemple qu'on y sert des "speciali di jiorno" qui seraient des "Meata balls & Spaggetti" (les fautes sont d'origine)... Il y a aussi au menu une "pizza si cheeso". Et quand un client arrive, il demande "Na bella piatta del una cacciatore di tetrazzini cu ragù di marinara di la piazza rigotini mozzarella fina": si vous googlez cette impressionnante séquence de syllabes, vous n'aboutirez qu'à des pages consacrées à ce film. On s'y moque bien sûr aussi gentiment des accents, ce qui renvoie à une autre série plus fournie due aux talents de Jones et du scénariste Michael Maltese, consacrée aux aventures de Pepe le putois. Un autre personnage irritant dont il est particulièrement difficile de se débarrasser, mais pour d'autres raisons...

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Looney Tunes Animation
1 janvier 2024 1 01 /01 /janvier /2024 10:07

Une vieille dame et deux animaux qui se font une guerre larvée et impitoyable pour ses affections... Tiens tiens, quelques années avant de raconter les mésaventures d'un chat aux prises avec le canari le plus sadique de toute la terre, Freleng faisait ses gammes... D'ailleurs il y a aussi un canari!

Donc un chat et un chien se battent tout le temps, et avant qu'ils ne s'entretuent, leur maîtresse leur pose un ultimatum: ils deviennent amis et cessent toute vélléité d'escarmouche, ou ils iront dehors dans la froidure et la neige comme il se doit. Bien sûr, les deux animaux vont plutôt tout faire pour que l'autre soit exclu, mais... ils n'ont pas compté sur le canari qui a plus d'un tour dans son sac, lui aussi...

C'est d'un côté un prototype, dans lequel le chien ("Roscoe") joue un rôle important, mais il ne sera pas de l'équation une fois de Freleng aura trouvé sa formule autour de Sylvester, Tweety et "Granny". Cette dernière ici, n'est pas encore bien défini, et ni le chat ni le canari (d'ailleurs ressemblant beaucoup plus à un canari que l'oiseau malingre créé par Bob Clampett qui évoluera ensuite pour devenir Tweety Bird) ne sont encore bien définis...

De l'autre, c'est un excellent film dans lequel l'intrigue est posée très vite, la lutte sans merci et ses enjeux parfaitement définis, l'animation splendide et le timing légendaire de Freleng à son top niveau. 

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes
1 janvier 2024 1 01 /01 /janvier /2024 09:50

Elmo est un rongeur (on est dans un cartoon donc ça ne doit pas nous surprendre outre mesure), et il, disons, tout sauf sophistiqué... Quand il se rend chez sa petite amie Daisy Lou, elle est en grande conversation avec Blackie, qui a de l'éducation et les moyens... La lutt est très inégale.

On a déjà vu ce genre de choses chez Tex Avery, avec des représentants de la volaille: The Hick Chick opposait avec une verve inégalable un coq venu de la ville à un, disons, représentant de la ruralité, dans une lutte là encore inégale entre sophistication (mais intentions louches), et abrutissement caractérisé. La lutte tournait de toute façon à l'avantage du héros... 

Ce sera aussi le cas ici, dans un film simple mais efficace, où Elmo va devoir prouver qu'il est plus que ce qu'il parait, et s'illustrer de fort belle manière... en ramenant un manteau de fourrure en pur chat à Daisy Lou!

Arthur Davis combine un trait vraiment différent de ceux de ses petits camarades Chuck Jones, Bob McKimson et Friz Freleng, avec une exubérance qui renvoie un peu à Bob Clampett et Frank Tashlin... Son histoire de souris (saoule en prime) en lutte avec un chat n'est sans doute pas très originale, mais la verve emporte tout sur son passage!

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Published by François Massarelli - dans Arthur Davis Looney Tunes Animation
31 décembre 2023 7 31 /12 /décembre /2023 18:01

Ce film a vu le jour une fois la série finie (momentanément, mais ce n'était pas vraiment prévu à l'époque de sa sortie) et a un peu été une pierre tombale lourde à porter... Pourtant, à le revoir, on se rend compte que si c'était un (long) épisode, il ne serait finalement pas si mauvais que ça! Bien sûr, il lui manque un ingrédient qu'on a appris, après la gaucherie des débuts, à attendre de cette série: l'humour. Un humour souvent absurde, à plus forte raison quand les épisodes n'étaient pas liés à la fameuse conspiration délirante qui ne menait nulle part et qui a fini par s'autodétruire en vol durant la sixième saison. Tout au plus verra-t-on ici un clin d'oeil sardonique à un président en bout de course, dans un rare gag situé vers le début.

L'intrigue partage avec quelques uns des meilleurs épisodes deux aspects: d'abord, il est question ici de crimes sexuels inexpliqués, qui sont légion dans X-Files, mais qui sont généralement le point de départ vers les hautes sphères de l'imagnation baroque des créateurs. On ne sera pas déçu... ensuite il est situé dans l'Amérique profonde, donc rurale, en plein hiver, et Chris Carter profite de cet aspect pour rentrer dans le vif du sujet: ces deux agents, ils ont l'air comme ça, derrière leur élégance si photogénique, mais en réalité ils font un boulots de dingue, physique, qui est le plus souvent rendu encore plus compliqué par les circonstances... 

Car il sera beaucoup question de ça: qui on est, pourquoi on fait ce qu'on fait, pourquoi on dédie sa vie entière à des chimères, pourquoi on nee se contente pas de faire ce qu'on fait le mieux: enquêter pour l'un, Mulder (il est souvent prié de se tenir à l"écart de la partie physique de l'investigation), et la médecine pour Scully, qui ici exerce la médecine générale dans une institution catholique. Et il sera aussi beaucoup question de foi: celle de Mulder pour son métier, basée sur des chimères irréconciliables avec la réalité, notamment la disparition de sa soeur. Et surtout celle de Scully, qui la pousse à la fois vers l'acceptation des intuitions de Mulder, et vers une certaine humilité aussi, celle d'un médecin qui n'essaiera pas forcément de se substituer à Dieu. Une certaine profondeur qui doit sonner ridicule, mais qui est totalement ancrée dans le personnage...

Avec une intrigue un peu bancale (des meurtres non élucidés pour lesquels les agents du FBI, dont ne font plus partie nos héros, font appel à Scully pour joindre Mulder afin qu'il se joigne à un prêtre pédophile qui a été désigné comme expert), le film (j'allais écrire "l'épisode") ne va pas au bout de ses promesses. Mais il a l'avantage d'offriri un éclairage qui remet un peu d'équilibre dans la balance,une bonne partie de la série étant centrée sur Mulder, ici, clairement, c'est Dana Scully qui est le principal élément du couple.

Maintenant, vous voulez mon avis?

For fans only...

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Published by François Massarelli - dans X-Files Science-fiction
31 décembre 2023 7 31 /12 /décembre /2023 14:39

Les poules échappées de la ferme Tweedy, quelques années auparavant, coulent des jours heureux sur la petite île où elles ont trouvé refuge. Rocky le coq Américain mesure sa chance: le couple qu'il forme avec Ginger, la petite poule rousse et aventureuse qui avait mené la révolte, a vu arriver une adorable petite, Molly... Qui s'avère aussi aventureuse que sa mère, et a elle aussi des envies de liberté. Mais loin de l'île, si possible... Et sinon, les poules réfugiées ont vu se construire une route, à l'écart, où transitent des camions qui se rendent vers... une ferme pour volaille; la tentation est forte pour Ginger: intervenir? Mais elle n'a pas envie de mettre la communauté en danger. Sauf que Molly, elle, saute le pas, et forte d'une rencontre, celle de Frizzle, une autre jeune pouler avide de liberté, elle va tenter sa chance à l'extérieur... et se retrouver dans une batterie, prête à être transformée en un seau de nuggets. 

C'est réussi, et ça ne pouvait pas être autrement de toute façon: en retournant le principe du premier film, en ajoutant quelques personnages, et en reprenant les plus emblématiques héros et protagonistes du premier film, la production jouait vraiment sur du velours; je suis sûr que c'était d'ailleurs l'idée: revenir dans la course grâce à Netflix, leur donner exactement ce qu'ils voulaient, le faire bien et en faire un film qui ne déparera en rien dans la glorieuse galerie des longs métrages Aardman, faire oublier Early man qui s'est un peu planté quand même, et toucher du même coup toute la famille...

A l'exception de Julia Sawhala et Mel Gibson (qui, pas plus que depardieu, ne trouvera sans doute beaucoup de travail dans les années à venir), tout le monde revient... Ce qui revient aussi, c'est la tentation d'une usine ultra-moderne dans les mains sadiques de Mrs Tweedy, ce qui permet quelques JamesBonderies appropriées... C'est plaisant, drôle, beau à voir, toujours animé avec un soin phénoménal (c'en est même tellement léché qu'on en oublie que c'est de l'animation, ce qui était déjà le cas avec Chicken Run, à la demande de Dreamworks), et ça fait parfaitement le job.

...pas plus. Mais c'est déjà beaucoup.

 

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Published by François Massarelli - dans Aardman
30 décembre 2023 6 30 /12 /décembre /2023 14:38

La vie de Florenz Ziegfeld (William Powell), célèbre entrepreneur de spectacles, depuis ses débuts en tant qu'aboyeur de foires, jusqu'à sa mort, fêté par tous, un modèle enviable, créateur d'une institution, découvreur de talents... et surtout un homme ruiné jusqu'à son dernier cent par la crise de 1929.

Ziegfeld, c'est un symbole avant tout, un homme qui en tant que tel n'a aucun talent artistique, mais sait parfaitement repérer celui des autres, y compris quand il est potentiel... Et c'est d'autant plus paradoxal que lors de l'élaboration de ce film, on se souvenait sans doute plus de ses échecs que de ses réussites.

Mais voilà: Ziegfeld, c'est aussi l'une des sources du cinéma Américain (les acteurs qui ont transité par lui avant de faire carrière à l'écran forment une troupe impressionnante), et l'un des inspirateurs du virage pris à l'arrivée du cinéma sonore: tant de musicals lui doivent tant, il fallait bien qu'un studio s'empare du bonhomme, et de sa vision d'un rêve Américain, que le cinéma a fini par sacraliser autour du spectacle: les musicals de la Warner (1933-1935), A star is born (quatre versions, entre 1937 et 2018) et beaucoup de films musicaux ou non tournés depuis, ont perpétré cette idée que le monde du spectacle, avec ces entreprises pharaoniques et destinées à n'exister qu'une saison, en faisant le plus de bruit possible, était l'incarnation même de la réussite Américaine, ouverte à tous, mais dont l'accomplissement reste limité aux plus chanceux...

Pour incarner Ziegfeld, William Powell, capable d'incarner dans sa vie aussi bien des bandits inquiétants (à l'époque du muet), des détectives surdoués, excentriques et débonnaires (Nick et Nora Charles, mais aussi Philo Vance), des personnages profondément romantiques (One way passage), des hommes de loi intransigeants mais humains (Manhattan Melodrama), des pères de famille (Life with father) ou tout simplement de braves hommes du monde, élégants et jamais dénués d'humour (l'ensemble de sa carrière parlante): un choix parfait, d'autant plus parfait d'ailleurs qu'il est impossible après avoir vu ce film d'imaginer Ziegfeld autrement qu'incarné par lui. Autour de lui, on trouvera Frank Morgan dans le rôle d'un ami (l'impresario jack Billings) qui est, clairement, sous le charme: constamment concurrents, les deux hommes s'apprécient, et Billings ne résiste jamais très longtemps au rouleau-compresseur de Ziegfeld; Anna Held, la première épouse, est incarnée avec maestria par Luise Rainer, alors que Myrna Loy interprète tout en douceur, pour la dernière heure du film, la deuxième épouse l'actrice Billie Burke. D'autres célébrités (Eddie Cantor, Will Rogers) sont incarnés par des acteurs, avec une certaine efficacité. La comédienne et chanteuse Fanny Brice, de son côté, se joue elle-même... De quoi donner une certaine authenticité au film.

Et puis, finalement, ce que voulait la MGM, qui a tout mis dans ce film, qui a l'outrecuidance de durer plus de 3 heures (ce qui est rare à l'époque, très rare dans le cinéma Américain depuis Intolerance), c'était la reconnaissance des autres, pour ne pas dire la domination sur les autres. Irving Thalberg entendait placer le studio à la tête de la pyramide du cinéma Américain; Louis B. Mayer qui était persuadé que son studio était le champion toute catégorie du cinéma familial (ily a cru toute sa vie, le pauvre), voulait le prouver par un film imperméable à tout: et tant qu'à faire, on pouvait ajouter dans la recette des numéros musicaux spectaculaires... dont un qui est probablement l'un des plus hallucinants plans-séquences de l'histoire. 

Et ce que tout ce petit monde voulait, cyniquement, c'était un deuxième Oscar du meilleur film consécutif après celui de 1936. Pari tenu, donc... mais il n'yaurait pas de troisième, puisqu'en 1938 c'est la Warner qui raflerait la mise. Oui, dit comme ça, c'est tellement plus terre-à-terre, non? En attendant, ce n'est pas le meilleur film de tous les temps, ni même celui de 1936-1937. Mais c'est totalement distrayant!

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Published by François Massarelli - dans William Powell Robert Z. Leonard
30 décembre 2023 6 30 /12 /décembre /2023 08:58

Les deux amis René Goscinny et Jean-Jacques Sempé ont l'idée de créer un personnage, le Petit Nicolas, qui va prendre vie et les accompagner, jusqu'à 1977 et la mort de l'un de ses créateurs... Sous les idées de René Goscinny, et grâce aux crayons et à la plume de Sempé, le garçon vit à l'écran les aventures qu'ils lui imaginent... la voix d'Alain Chabat donne vie à Goscinny, et Laurent Lafitte incarne Sempé.

Totalement atypique, dans la production normalisée de notre époque si médiocre, ce film exigeant a bien du se planter en beauté quand il est sorti! Aux antipodes des adaptations (charmantes, mais ô combien gnan-gnan) de Laurent Tirard, en "live-action", cette production graphique a délibérément été conçue pour ne pas être une reprise des aventures du personnage telles qu'elles sont parues dans les nouvelles de Goscinny illustrées par Sempé...

Il s'agit plutôt d'un voyage à travers la genèse d'une oeuvre, dans laquelle les créateurs expliqueront au fur et à mesure de l'action, leurs parcours, la façon dont ils se sont rencontrés, mais aussi leur propre vécu: un sentiment d'abandon et de brimades pour Sempé, qui a tout fait pour fuir sa jeunesse, et l'exil pour Goscinny, déplacés en Argentines, et priés par leur famille de ne pas revenir quand la menace des nazis s'est précisée... Des souvenirs douloureux donc, qui sont évoqués avec délicatesse à un enfant de papier...

Occasionnellement, le film bifurque, comme pour illustrer les conséquences de cette rencontre, vers les aventures de Nicolas avec une poignée d'anecdotes, tirées des récits... Mais il y manque un je-ne-sais quoi, un décalage qui était si savoureux dans les récits, devenus trop sages par leur passage au dessin animé. Par contre, le dessin de Sempé sert d'inspiration pour la charte graphique, et c'est une merveille. A aucun moment, on ne quittera le domaine de la création, par contre; les dessins s'animent sous nos yeux, les décors se parent de couleurs (pastel, bien sûr) au fur et à mesure de l'évolution des intrigues...

C'est un pari osé, porté par deux réalisateurs, et une équipe de scénaristes (Michel fessler, Benjamin Massoubre en plus d'Anne Goscinny) et avec l'assentiment de Jean-Jacques Sempé, décédé peu de temps après. Aux antipodes d'une adaptation, un document inattendu sur la création, délicat et exigeant. Un film qui choisit donc une voie inédite pour l'animation...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation René Goscinny
30 décembre 2023 6 30 /12 /décembre /2023 08:48

L'ensemble des cartoons Warner était donc, à l'époque, divisé fermement en deux: d'un côté, les Looney tunes, des films en noir et blanc, aux méthodes de production plus rapides, et au ton souvent anarchique, dans lesquels s'illustraient Norm McCabe, Tex Avery ou même Ub Iwerks, transfuge de Disney. C'est dans ce cadre que Frank Tashlin, Bob Clampett et Chuck Jones (brièvement), allaient faire leurs gammes. De l'autre, les Merrie Melodies, au nom si clairement inspiré des Silly symphonies de Disney, des courts métrages en couleurs, soignés voire clinquant, et leur production était confiée au vétéran Friz Freleng, par exemple, voire (là encore) à Tex Avery. Souvent dédié à une chanson (choisie dans le répertoire musical détenu par WB), les films étaient souvent retenus, et à destination des enfants (on disait alors "toute la famille"...). 

Ce film appartient évidemment au deuxième groupe, et ça se voit: un enfant très jeune veut veiller et écouter la radio, mais ses parents le forcent à aller se coucher. Il rêve que ses jouets lui donnent à voir un programme de radio pour lui seul...

C'est, comme on dit, charmant, c'est à dire assez gnan-gnan, mais c'est soigné, et il y a quelques gags sympathiques... Les références, notamment les caricatures, nous échappent aujourd'hui totalement à part sans doute l'apparition d'Eddie Cantor, mais je remarque que ce bébé irascible s'inscrit assez bien dans la longue liste des mauvais caractères mis en images par Friz Freleng...

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Friz Freleng